LES ACTES DE SAINT JANVIER, ÉVEQUE

 

(Sous la persécution de Dioclétien)

Ces Actes ont été publiés et annotés par le savant Mazzochi, dans son Kalendarium Neapolitanæ Ecclesiæ.

 

fêté le 19 septembre

 

Au temps de l'empereur Dioclétien, Constantin étant consul pour la cinquième fois et Maximien pour la septième, il s'éleva une violente persécution contre les chrétiens. Dans l'Église formée en la ville de Misènes vivait un diacre nommé Sossius, homme d'une rare prudence et d'une très grande sainteté. Il était âgé de trente ans environ. Les violences des païens l'empêchaient, il est vrai, de se montrer en public; mais il savait se rendre secrètement auprès des fidèles, la nuit comme le jour, afin de les fortifier à l'approche des derniers combats, et de travailler aussi à la conversion des infidèles, qu'il attirait en grand nombre à la foi du Christ. Le bienheureux Janvier gouvernait en ces jours l'Église de Misènes, et Sossius lisant devant lui, dans un jour de fête, le saint évangile de Dieu, l'évêque aperçut tout à coup, sur la tête du saint diacre, une flamme qui s'élevait vive et brillante, et que personne autre ne vit à ce moment. À ce signe, l'évêque Janvier reconnut que Sossius serait martyr; et baisant avec joie cette tête qui devait souffrir pour le Christ, il lui fit part de son pressentiment et rendit grâces au Seigneur.

Peu de jours après, Dracontius, juge de la Campanie, était informé de leurs paroles et de leurs actes. Il donna l'ordre aussitôt de les arrêter et de les amener devant son tribunal. Les satellites n'ayant trouvé que Sossius, le conduisirent en présence du juge. Dracontius commanda de le jeter dans un noir cachot, jusqu'au jour où se ferait l'interrogatoire. Sossius fut aussitôt chargé de chaînes et gardé par les soldats dans sa prison. Lorsque le bienheureux Janvier apprit que le saint diacre était dans les fers, il s'empressa d'accourir, avec son diacre Festus et son lecteur Désidérius, afin de consoler le confesseur du Christ. Étant entré dans le cachot, l'évêque s'écria, à la vue du bienheureux Sossius : «Comment peut-on tenir ainsi enchaîné l'homme de Dieu, sans qu'il soit accusé d'aucun crime ?» Les gardes, qui entendirent ces paroles, se hâtèrent de les rapporter au juge, en lui disant : «Ces hommes, que par l'ordre de ta puissance nous devions arrêter, sont venus à la prison et se sont écriés : «Comment peut-on tenir ainsi enchaîné l'homme de Dieu, sans qu'il soit accusé d'aucun crime ? Le juge ordonna aussitôt de les saisir et de les amener devant son tribunal. On les trouva encore auprès du diacre Sossius, et ils n'hésitèrent pas à se rendre devant le juge.

Dès qu'ils furent arrivés, Dracontius, assis sur son siège, interrogea ainsi le bienheureux évêque Janvier : «Dis-moi, ô homme, de quelle religion es-tu ?»

Janvier répondit : «Je suis chrétien et évêque.»

Le juge dit : «De quelle ville ?»

Janvier répondit : «De l'Église de Bénévent.»

Le juge dit : «Et ceux-ci, que sont-ils pour toi ?»

Janvier répondit : «L'un est mon diacre, et l'autre lecteur.»

Le juge dit : «Et ils se déclarent aussi chrétiens ?»

Janvier répondit : «Assurément, car si tu les interroges, j'ai en Jésus Christ la ferme espérance qu'ils s'avoueront véritablement chrétiens.»

Interrogés par le juge, ils répondirent en effet : «Nous sommes chrétiens, et prêts à mourir pour l'amour de notre Dieu.»

Alors le juge, plein de colère, dit au bienheureux évêque Janvier et à ses compagnons : «Approchez et offrez aux dieux des libations comme le veulent les empereurs; vous pourrez ensuite vous retirer sains et saufs.»

Janvier répondit : «Chaque jour nous offrons à Jésus Christ, notre tout-puissant Seigneur, un sacrifice de louange; mais jamais nous ne sacrifierons à vos dieux impuissants.» Entendant cette réponse, le juge commanda de les reconduire en prison, et de préparer l'amphithéâtre pour le jour suivant, afin de les livrer aux ours avec le bienheureux Sossius.

Le lendemain, l'amphithéâtre de la ville de Pouzzoles ayant été préparé selon les ordres du juge Dracontius, les saints furent conduits dans l'arène. On n'attendait plus que le juge lui-même qui, retenu par les affaires publiques, tardait beaucoup à venir. Enfin l'arénarius vint le trouver à son tribunal, et lui dit : «Seigneur, l'heure est trop avancée; il sera difficile d'entendre les accusés à l'amphithéâtre.»

Alors le juge Dracontius ordonna que les saints lui fussent amenés, et s'étant assis, il dicta leur sentence en ces termes : «Nous ordonnons que l'évêque Janvier, les diacres Sossius et Festus, et Désidérius le lecteur, qui se déclarent chrétiens et méprisent nos commandements, subissent la peine capitale.»

Comme on conduisait les martyrs au supplice, Proconsulus, diacre de l'Église de Pouzzoles, et deux laïques nommés Eutychis et Acutius, qui se trouvaient au milieu de la foules, s'écrièrent tout d'une voix : «Quel crime ces hommes ont-ils commis, pour que le juge ordonne de les mettre à mort ?»

On rapporta ces paroles à Dracontius, qui commanda sur l'heure même de les arrêter, et de leur trancher la tête avec les saints martyrs Sur leur route un pauvre vieillard, qui se trouvait dans une extrême indigence, s'approcha d'eux, espérant recevoir quelque bienfait des saints martyrs. Il se jeta aux genoux du bienheureux Janvier, le suppliant de vouloir bien lui donner un de ses vêtements.

Le saint évêque dit à ce vieillard : «Lorsque l'on déposera mon corps dans la sépulture, tu prendras l'orarium dont je me servirai pour bander mes yeux; car je te le donne.»

La mère du bienheureux Janvier, qui était alors dans la cité de Bénévent, avait vu en songe, trois jours auparavant, l'évêque son fils qui, porté dans les airs, montait au ciel. S'étant réveillée, elle demandait à ses suivantes ce que cela pouvait être, lorsqu'on vint tout à coup lui annoncer que l'évêque Janvier avait été jeté dans les fers pour la cause du Christ. Pleine d'émoi à cette nouvelle, elle se prosterna la face contre terre pour prier le Seigneur, et rendit l'âme.

Lorsque les saints furent arrivés au lieu où ils devaient périr par le glaive (c'était auprès d'une solfatare), saint Janvier fléchit les genoux et fit cette prière : «Seigneur, Dieu tout-puissant, je remets mon âme entre vos mains.» Et se levant, il prit son orarium, le lia sur ses yeux, et se mettant à genoux, porta la main à sa tête, avertissant en même temps le bourreau de frapper. Ce dernier donna de son épée avec tant de force, qu'il trancha d'un même coup la tête et un doigt de la main du saint martyr. Tous les autres furent à l'instant même décapités, et reçurent ainsi la couronne éternelle. Après sa mort, saint Janvier apparut au vieillard, et lui donnant l'orarium dont il s'était servi pour couvrir ses yeux, il lui dit : «Voici que je te rends ce que je te dois; prends donc ce que je t'ai promis.» Cet homme ayant reçu l'orarium, le cacha avec un grand respect dans son sein. Cependant le bourreau et les gardes se moquaient du vieillard et lui disaient : «As-tu reçu ce que t'avait promis celui qui vient d'être décapité ?». Mais il leur répondit : «Certainement;» et il leur montra l'orarium. Ils le reconnurent à leur tour, et demeurèrent dans un grand étonnement.

Les chrétiens des diverses villes de la province surveillaient de loin les corps des saints, afin de les enlever pendant la nuit et de les ensevelir chacun dans leur cité. Ils prenaient des précautions pour n'être point vus; et la nuit venue, comme tous les gardes étaient plongés dans le sommeil, le bienheureux Janvier apparut à un de ceux qui se disposaient à emporter les saints corps, et lui dit : «Frère, lorsque tu enlèveras mon corps, recherche avec soin le doigt de ma main qui a été tranché avec ma tête, et place-le avec mes autres dépouilles.» Il fut fait comme le saint l'avait prescrit. Les précieuses dépouilles qui gisaient dans la solfatare (où plus tard l'on éleva une basilique à saint Janvier), furent secrètement emportées, la nuit, par ceux qui désiraient de ces saints martyrs faire leurs patrons et leurs protecteurs. Les Napolitains trouvèrent moyen, par la Permission divine, de choisir le corps du bienheureux martyr Janvier, afin qu'il fût leur intercesseur auprès du Christ.

Dans la suite, les temps étant devenus plus tranquilles, le vénérable évêque de Naples, suivi de tout le peuple pieux de la cité, fit la translation de ces précieuses dépouilles dans la basilique où elles reposent encore aujourd'hui, et produisent même de nos jours, par la Grâce de Jésus Christ, des oeuvres merveilleuses et innombrables dues au mérite du saint martyr. On célèbre la fête du bienheureux Janvier le treize des calendes d'octobre.