SAINT PAUL LE NOUVEAU, MARTYR À CONSTANTINOPLE

(LE 8 JUILLET DE L'ANNÉE 766)


Depuis longtemps déjà était dissipée la peste des hérésies toujours renaissantes, et une période de paix s'était ouverte pour la religion. L'ennemi de toute vérité rougissait de honte, se consumait de dépit; car aucun mensonge ne pouvait plus subsister devant l'éclat de la vérité divine. Mais le Malin, jaloux et envieux, ne put pas se résigner à ne plus déchirer désormais le corps de l'Église; il chercha des occasions de reprendre une guerre quĠil n'avait interrompue que malgré lui et qu'il entendait poursuivre sans trêve.
À cette époque, un syrien, nommé Léon, qui avait reçu le gouvernement de lĠOrient, entreprit de s'emparer du pouvoir impérial; il leva l'étendard de la révolte contre l'empereur Théodose, qui, ayant été vaincu, embrassa l'état monastique, et abandonna le sceptre à son ambitieux rival. Ce tyran impie (put-il n'avoir jamais régné !) engagea immédiatement la lutte contre Dieu; le misérable, en effet, osa livrer aux flammes et condamner à la destruction toutes les vénérables et divines icônes honorées sur la surface de la terre qu'éclaire le soleil. Comme la vengeance divine suit infailliblement les actes mauvais, il arriva que le successeur de ce prince impie hérita de son impiété en même temps que de son pouvoir. Mettant en Ïuvre la cruauté et la malice que lui avait léguées son père, il réunit le conseil de Caïphe afin de persécuter et d'anéantir le Christ en son image; puis, s'installant avec ses complices dans le temple de la Mère de Dieu, situé aux Blaquernes, il se mit, selon le mot du prophète David, à former de vains complots contre le Christ.
En entrant dans ce saint temple, que les peintures décoraient autrefois, l'empereur aperçut des tableaux représentant la Nativité du Sauveur, ses principaux miracles, sa mort, sa résurrection, son ascension et la descente du saint Esprit. L'impie détruisit tout, et rendit l'église affreuse à voir. Beaucoup de fidèles résistèrent jusqu'au sang pour la défense de la foi véritable et entière; leur courage et leur générosité étaient tels qu'ils préférèrent sans hésitation endurer tous les supplices plutôt que de déserter les divins commandement, ainsi qu'on le leur ordonnait.
Parmi ces nombreux fidèles qui luttèrent courageusement pour la défense de la vérité, nous devons mentionner le bienheureux Paul. Quand il eut connaissance de l'édit qui prohibait sous peine de mort le culte des icônes, il sécha de zèle pour l'honneur de son divin Maître, selon l'expression du psalmiste. Se dépouillant de tout ce qu'il possédait, et s'affranchissant des soucis de cette vie (il était de race noble et possédait de grandes richesses), il s'avança pour lutter contre le péché qui s'affichait impudemment, Il ne redouta point l'empereur Constantin, qui siégeait sur son tribunal et avait pris à son service une tourbe de méchants et d'impies païens pour faire exécuter ses ordres et qui se livrait à un honteux trafic avec l'or et l'argent des statues qu'il détruisait. Il ne recula devant aucun obstacle; il ne trembla pas devant la fureur de l'empereur, mais se jetant au milieu de la foule, il s'écria : «Si tu n'avais pas en mains le pouvoir, Sire, on pourrait t'absoudre de ces horribles sacrilèges. Mais voici que, perdant la tête, et cédant aux suggestions d'un mauvais démon, tu as renoncé à tout sentiment religieux, tu as insulté le nom vénérable de l'Église, tu l'as dépouillée de ses ornements, tu as souillé sa tunique sans tache, tu l'as rendue laide et affreuse, oserai-je dire; tu as agi d'une façon indigne d'un empereur, indigne de ta noblesse, indigne de ta prudence. Tu ignores donc que la nature divine a daigné s'approprier toute la masse de notre misérable chair, qu'elle s'est intimement unie à l'humanité tout entière, qu'elle a relevé ce qui était tombé, qu'elle a sauvé ce qui était perdu ? Or, nous représentons ce corps que le Christ a daigné prendre pour notre salut, et nous vénérons humblement cette image; car elle nous rappelle le Verbe de Dieu incarné, dont elle nous offre les traits, non pas en tant que Dieu, mais en tant qu'homme. Lors donc que, par légèreté d'esprit ou pour obéir à un instinct de cruauté, tu détruis ces vénérables statues, penses-tu pouvoir échapper aux châtiments qui doivent suivre indubitablement des actes si criminels ?»
À la vue du courage du martyr, le fou, le voluptueux, l'orgueilleux empereur s'écria, avec indignation : «Quel est donc ce meneur, qui ose mépriser publiquement le tribunal de l'empereur, qui se permet une telle violence de langage, et qui cherche à mettre le trouble dans cette sainte assemblée ?» — «Je ne suis pas un étranger, répondit le martyr Paul; je suis né, j'ai été nourri et élevé dans tes États. Mais en voyant le Christ outragé dans son image, je me suis armé de courage pour réprimander ton indigne folie. Les tourments ne m'effraieront pas, les caresses ne me gagneront pas; car je me suis volontairement décidé à m'exposer à la mort pour défendre le culte des vénérables images.»
L'empereur dit : «Que trouves-tu en nous qui s'écarte de la rectitude de la foi, ou soit opposé aux lois divines, et qui par conséquent soit digne de répréhension ?» — Saint Paul répondit : «Tu as porté un loi qui tend à livrer au mépris et à anéantir les ordonnances reconnues divines en tout temps par les saints pères.» — L'empereur : «Et comment est-il juste de laisser représenter par la matière et peindre en image Celui que l'intelligence humaine ne peut comprendre, que nos yeux ne peuvent voir, dont nos oreilles ne pourraient supporter la voix tonnante, Celui enfin qu'aucune limite ne peut circonscrire et que l'infini seul contient, comme dit Grégoire le Théologien ?» — Saint Paul : «Avons-nous la prétention de représenter en peinture pour l'adorer une nature qui nous est inconnue et qui du reste n'a aucune forme sensible ? Point. Quand nous adorons la représentation en peinture ou sculpture du corps que notre Sauveur a daigné s'unir, c'est à Dieu lui-même, c'est-à-dire au Verbe incarné que se rapportent nos hommages.» — L'empereur : «Donc, de deux choses l'une : ou bien le divin est immatériel, ou il est uni à la matière. S'il est immatériel, il est hors de doute qu'il n'a ni beauté ni forme sensible. S'il est uni à la matière, comme tu sembles le prétendre, alors il peut être circonscrit dans des limites certaines, il est susceptible de formes, et on peut dans ce cas l'adorer dans des images. Mais, à moins de soutenir une opinion si absurde, je ne comprends pas comment on pourrait le faire.» — Saint Paul : «Il faut distinguer, sire. Selon sa nature première et divine, il est évident que Dieu le Verbe est impassible et sans limites; mais lorsqu'il lui a plu de prendre notre nature, il est devenu circonscriptible par le temps, et nos sens ont pu la percevoir.»
LĠempereur demeura interdit, ne trouvant pas moyen de réfuter son interlocuteur et ne sachant que répondre; la fureur bouillonnait dans son âme, et la confiance calme du martyr ne faisait que l'attiser; considérant la logique de son adversaire, l'autorité de ses arguments et le mordant de ses paroles, il se prit à craindre qu'une discussion plus longue ne fit que porter les assistants à étudier leur religion, et il cessa d'argumenter contre le martyr. Il était du reste sous l'impression d'une stupeur écrasante, et les commentaires commençaient à se produire dans son entourage. Il donna donc ordre aux officiers publics de mener immédiatement le martyr dans la prison du prétoire. Dans cette prison, le bienheureux Paul avait les pieds enchaînés dans les ceps, mais son esprit n'était nullement paralysé par la crainte du tyran. L'espoir des biens futurs lui faisait mépriser les maux présents. Aussi ses chants étaient continuels. Retenu, dans les fers et placé sous la surveillance de la garde, il se plaisait à répéter les versets de psaumes qui s'adaptaient le mieux aux circonstances où il se trouvait et aux maux qu'il endurait. «Je me suis délecté, chantait-il, dans l'accomplissement de vos commandements, Seigneur, comme d'autres se réjouissent dans l'acquisition de richesses considérables. Je parlais de vos témoignages en présence des rois, sans me laisser intimider. Dirigez mes pas conformément à vos commandements et ne permettez pas à l'injustice, quelle qu'elle soit, de triompher de moi, etc.» Il ne cessa pas un instant de chanter durant les huit jours, de détention injuste qu'il eut à subir. Il endura sa peine avec dignité et grandeur d'âme, étendu paisiblement dans la prison comme s'il avait reposé sur une pelouse verdoyante, remplaçant par les cantiques sacrés la nourriture, la boisson et tous les plaisirs dont il était privé.
Les huit jours écoulés, le martyr, sur l'ordre du tyran, comparut de nouveau devant le tribunal impérial. L'empereur l'interpella en ces termes : «Je pense que c'est le dérangement de ton cerveau qui t'a poussé l'autre jour à une si monstrueuse incontinence de langage. Mais je veux bien oublier l'infatuation criminelle à laquelle t'a entraîné la bassesse de tes pensées, si au moins maintenant tu consens à penser comme nous et à te soumettre aux ordres impériaux.» — Saint Paul répondit : «Sire, nous autres, chrétiens, qui obéissons aux commandements de Dieu et aux préceptes des apôtres, nous sommes soumis à l'autorité. Mais dès que cette autorité s'attaque à Dieu lui-même, nous lui résistons, nous nous opposons à elle formellement, et nous disons avec le prophète de ces tyrans impies comme de toi : Seigneur, n'est-il pas vrai que je haïssais ceux qui vous haïssent, et que je séchais de dépit à la vue des agissements de vos ennemis ? Oui, je les haïssais de tout mon cÏur, et je les ai considérés comme mes propres ennemis.» — L'empereur : «Tu dis que je déclare la guerre à Dieu, parce que nous répudions le culte rendu aux idoles qui fait échec à celui du Christ.» — Paul : «Et n'ai-je pas raison de t'appeler ennemi de Dieu et même de reconnaître en toi la perfidie des Juifs ? Ces derniers, en effet, dénièrent tout honneur au Fils et au saint Esprit, malgré les avertissements de Dieu, et furent privés de la grâce divine. Et toi, en méprisant le culte des images et en profanant ainsi l'économie de l'Incarnation, vous êtes déchus de la dignité de Fils de Dieu, et vous encourez les peines réservées aux Juifs.»
Ainsi parla et raisonna le bienheureux Paul. Le tyran ordonna de couper le nez du martyr et de le reconduire en cet état dans la prison du prétoire. L'exécution suivit immédiatement l'ordre, et l'on eut alors le spectacle d'une patience vraiment surhumaine. Le saint ne fit entendre ni plainte ni gémissement; il ne versa pas une larme et ne poussa pas le moindre soupir; on ne put saisir aucun des signes extérieurs que donnent ordinairement les hommes qui endurent un supplice. Après avoir subi cette atroce torture, il fut ramené dans sa prison et reprit comme auparavant ses chants sacrés. On l'entendit psalmodier ces paroles du prophète : «J'ai présenté mon dos aux coups; j'ai offert mes joues aux soufflets; je n'ai point détourné ma face des honteux crachats qu'on lui lançait.» Et encore : «Le Seigneur est mon soutien, je ne redouterai rien de ce que l'homme peut me faire. Le Seigneur est mon appui; aussi mépriserai-je les menaces de mes ennemis. Mes lèvres nĠont rien de plus agréable que de chanter vos louanges; et mon âme, qui vous est redevable de sa rédemption, trouve en cela ses délices.»
Trois jours ne s'étaient pas écoulés que lĠempereur, s'asseyant à son tribunal, donna ordre de lui amener de nouveau le bienheureux Paul. «Eh bien ! ces tortures, quoique légères, tĠont-elles persuadé de prendre une meilleure résolution, de t'attacher enfin à ce qui t'est le plus avantageux, d'abandonner tout entêtement inutile et de renoncer à un culte idolâtrique ? ou bien persistes-tu dans ta superstition et ta témérité ?» Saint Paul répondit : «Sache-le bien, sire, ni la détention, pour longue qu'elle soit, ni lĠamputation de mes membres, ni les supplices qui font souffrir et défigurent le corps, ne seront capables de m'arracher au culte des icônes. S'il te semble bon, tu peux apprêter les fouets, faire jeûner les bêtes féroces, allumer le bûcher; si tu connais quelque autre genre de supplice plus horrible, essaie-le sur moi, et tu te convaincras quĠil t'est impossible de me détourner de ma noble confession.» En achevant ces mots, il dirigea ses regards vers la terre, éleva la voix et, tendant les mains vers le ciel, il s'écria : «Gardez-moi, Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, gardez-moi de jamais profaner l'adoration de votre image sacrée, de celle de votre Mère et de vos saints; car ce culte est un moyen pour nous de vous adresser nos hommages.» L'empereur ordonna de verser sur la tête du martyr du soufre et de la poix fondus. Le martyr endura ce supplice avec la même force dĠâme quĠil avait manifestée dans le précédent, et lĠon ne découvrit pas la moindre altération dans ses traits.
L'emprisonnement succéda à ce supplice, et le bienheureux Paul, dès qu'il fut remis aux fers, recommença à louer Dieu. On l'entendit psalmodier d'une voix ferme et claire : «Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ? Le Seigneur est ma défense, devant qui tremblerai-je ? etc.» Et encore : «Le Seigneur me conduit, rien ne me manquera : il m'a établi au milieu de gras pâturages. Il m'a fait croître près des eaux réconfortantes, il m'a dirigé dans les sentiers de la justice. Si donc je viens maintenant à marcher au milieu des ombres de la mort, je ne redouterai aucun mal, parce que vous êtes toujours auprès de moi. Seigneur Vous avez oint abondamment d'huile ma tête, et votre miséricorde m'accompagnera tous les jours de nia vie.»
C'est ainsi que le B. Paul supportait vaillamment les épreuves de sa détention, fortifié qu'il était par l'Esprit saint et nourri par les paroles divines : tant est vraie cette parole des Livres saints : «L'homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.»
Mais le tyran était de plus en plus surexcité par se folie; il n'avait pas de repos tant qu'il n'avait pas amené le saint à embrasser son impureté, et ses insuccès précédents ne le décourageaient pas. Il le fit donc tirer une troisième fois de prison et amener en sa présence. Dès qu'il l'aperçut, la fureur s'empara de lui, et lançant des regards féroces, il cria : «Jusques à quand, misérable, désireras-tu la mort, jusques à quand nous exciteras-tu par tes provocations à te priver de cette vie si désirable dont nous jouissons ici-bas ? Continueras-tu toujours à nous appeler transgresseurs de la loi, ennemis de la substance divine, profanateurs des traditions légales, et que sais-je encore ?» Saint Paul répondit : «Ce n'est pas moi, sire, qui t'accuse; ce sont tes propres actions. Car ceux qui méprisent les antiques traditions des pères sont à juste titre accusés et réprimandés par ces mêmes traditions que les pères ont promulguées. Si celui qui enfreint les lois portées par le roi est condamné à subir un châtiment et un supplice, combien plus en sera-t-il de même pour celui qui injurie les objets d'un culte divin !» — L'empereur : «Et laquelle donc des traditions établies par les saints pères et les docteurs avons-nous abolie ?» — Saint Paul : «Tu as violé les traditions des pères en vouant à l'anathème et à la destruction, en jetant hors de l'Église les images des saints que les pères y avaient établies et vénérés.» — L'empereur : «Mauvaise tête ! Est-ce à toi que les prophètes, les apôtres et les pères ont ordonné de peindre des formes humaines et de les baiser sacrilègement ?»
Saint Paul :» Nous savons qu'anciennement l'hémorroïsse qui avait été guérie d'un flux de sang en touchant la frange du vêtement du Sauveur avait déposé dans le temple une image de notre Seigneur; en outre, tout le monde reconnaît comme authentique et vénère l'image de la Mère de Dieu peinte par saint Luc, et les saints conciles universels ont autorisé ce culte. Ils l'ont même affermi en lui accordant une autorisation officielle. Ainsi donc ce sont ces vénérables images de saint, dont l'origine était si sacrée, et que tous avaient approuvées, que tu n'as pas eu honte de détruire, toi le plus misérable et le plus fou des hommes. C'est un profond chagrin pour moi de voir que tu mets tant d'animation à te mériter le feu éternel, et à vouloir nous faire partager ta folie et ta témérité, c'est-à-dire nous arracher à Dieu et nous livrer au diable.»
Ces paroles ne firent qu'exciter davantage la fureur du tyran les ténèbres s'épaissirent en son âme et la mort du martyr fut résolue. Il négligea de répondre, et ne songea plus qu'à porter la sentence. Aussitôt la foule des juges s'assemble autour de l'empereur; on feuillette les lois pour trouver quel juste châtiment ou infligerait bien au coupable qui a osé injurier l'empereur. Le tyran se posait comme catholique, et voulait appuyer par la loi ses actes de vengeance.
Les juges déclarèrent que Paul méritait de subir la mort sur-le-champ. Mais le tyran voulut que cette mort fût traînée en longueur afin d'être plus cruelle. Il ordonna d'abord d'arracher les yeux au bienheureux Paul, puis de le traîner par les pieds à travers le forum jusqu'à ce qu'il rendit l'âme, enfin de livrer son cadavre aux oiseaux carnassiers et aux chiens, afin qu'il soit privé de sépulture.
À peine la sentence de mort fut-elle portée que les officiers d'iniquité s'empressèrent de la mettre à exécution : ils lièrent derrière le dos les mains du martyr, lui attachèrent une corde au pied et le traînèrent à travers le forum. Durant ce supplice, le bienheureux Paul priait ainsi : «JĠai levé les yeux vers les montagnes d'où descendra pour moi le secours. Mon secours viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.» Tiré en tous sens et heurtant de pierre en pierre, le saint martyr ne tarda pas à rendre l'âme. Les impies continuèrent à traîner et à rouer de coups son cadavre, jusqu'à ce quĠarrivés à la citerne Asparis. Ils l'y précipitèrent en compagnie des cadavres des suppliciés, pour devenir la pâture des chiens. — Mais quelques fidèles craignant Dieu parvinrent à l'en retirer; ils ensevelirent dans une propriété privée le vénérable corps du martyr, et roulèrent par-dessus une grosse pierre, pour empêcher qu'on ne vint profaner ces saintes reliques.
Le confesseur et sacré martyr du Christ, Paul, mourut le 8 du mois de juillet, la 4 e année du règne de l'impie Constantin Copronyme, qui, après en avoir régné 34 autres, reçut enfin le châtiment de ses crimes : il mourut rongé par les vers et devint la proie du feu éternel.
Au bout d'un temps qui parut interminable aux fidèles, la tyrannique persécution des iconoclastes disparut. Michel, fils de la pieuse Théodora, étant monté sur le trône impérial, releva et restaura les temples, aida de tout son pouvoir à la diffusion de la foi catholique, remit en honneur et développa le culte des vénérables icônes, et procura aux églises les ornements qui leur conviennent. Puis ce pieux empereur (par un jugement dont Dieu seul connaît la raison) mourut de mort violente. Ce fut alors le Macédonien Basile qui lui succéda, tandis qu'Ignace occupait la chaire pontificale de Constantinople. Ignace étant mort sous cet empereur, fut remplacé par Antoine, abbé du vénérable monastère de Caléos; homme de sainte vie et de haute intelligence, le saint évêque Antoine eut une apparition divine qui lui révéla l'endroit où était enseveli le corps du bienheureux martyr Paul. Un ange en effet lui apparut durant son sommeil, et lui dit : «Lève-toi de bon matin et, prenant avec toi un clerc craignant Dieu, dirige-toi vers le quartier d'Asparis. Là, tu entreras dans le monastère Chaioma et tu y trouveras en cherchant le corps du bienheureux martyr Paul, qui a soutenu de nombreuses luttes pour la défense de la vérité et a conquis par ce moyen la couronne de lĠimmortalité. «Le patriarche, après avoir pris conseil de l'empereur, réunit un synode et fit part de la mission qu'il venait de recevoir d'un ange. Tous furent d'avis d'ordonner de solennelles litanies auxquelles prendraient part le clergé, les moines et les fidèles, et de se rendre en priant sur l'emplacement signalé au patriarche. Ainsi fut fait. On alluma les cierges, l'étendard de la croix dirigea la marche, et on se rendit au chant des psaumes et des hymnes au monastère désigné. On y célébra les saints mystères dans l'église de Notre Souveraine, Mère de Dieu et toujours Vierge Marie; puis commencèrent les recherches et, guidés par la grâce divine, on découvrit le sépulcre, au-dessus duquel se trouvait une pierre énorme, roulée par les pieux fidèles, comme nous l'avons rapporté plus haut, et si lourde qu'on pouvait à peine l'ébranler. Le patriarche, après avoir prié longuement, plein de confiance dans le secours du saint, entreprit d'enlever cette pierre de ses propres mains. Il y réussit, et l'on aperçut le corps sacré du martyr étendu dans le tombeau. Tous purent alors constater un prodige éclatant : il y avait 122 ans que le cadavre du saint avait été déposé dans ce sépulcre, et il paraissait alors vivant encore. Le corps en effet était tout entier en état de conservation parfaite, et sans la moindre tache de corruption; son visage même resplendissait d'un éclat si vif, qu'il éclipsait les rayons mêmes du soleil. Le saint patriarche baisa respectueusement la dépouille sacrée, et la transporta, accompagné du clergé,et du peuple, dans le temple de notre très sainte Souveraine, Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, tout spécialement honorée dans le monastère de Chaioma. Depuis lors, le saint et vénérable corps du martyr se conserve incorruptible, opérant des guérisons miraculeuses en faveur de tous ceux qui l'invoquent. Qui donc, accablé par la maladie et assailli par les calamités, ne s'est pas trouvé subitement délivré après avoir invoqué le nom du bienheureux martyr Paul ? Ces reliques sont le prompt remède des infirmes, le secours toujours prêt de ceux qui sont dans la tribulation.
Et maintenant, ô Martyr, splendeur des justes, et protecteur de cette église, maintenant que vous êtes en possession d'une puissance céleste, venez à nous qui implorons votre aidé et votre secours; faites-nous triompher des tentations du malin, que notre faiblesse nous fait trouver insurmontables. Apaisez les troubles qui forment la trame de la vie d'ici-bas; maintenez notre âme dans le calme, et obtenez-nous la force de dominer les tempêtes et les révolutions de ce monde. Dirigés par le gouvernail de votre intercession, nous marcherons en paix dans le chemin de cette vie, et puis nous arriverons à la possession des biens célestes, que nous souhaitons à tous avec la grâce et la bonté de notre Seigneur Jésus Christ, en union duquel soient gloire, règne, honneur et hommage au Père et au saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.