LE MARTYRE DES SAINTS JUST ET PASTEUR

(l’an de Jésus Christ 301)

fêtés le 6 août


En ce temps-là le très cruel Dacien, cédant aux inspirations du perfide serpent, se mit à parcourir comme un furieux toute la contrée pour livrer aux supplices les chrétiens qu'il pourrait découvrir, et dont la sainte vie lui serait révélée. Il voulait, par ce moyen, soumettre toutes les populations de la province au culte sacrilège de ses dieux. A peine fut-il arrivé à Complute, qui se trouvait sur son passage, que toute la ville fut mise en émoi par la terrible renommée qui précédait toujours sa marche. Deux pieux enfants, Just et Pasteur, ayant appris son arrivée, laissèrent aussitôt de côté les tablettes de l'école, où étaient tracées ces premières lettres qu'on apprend à leur âge; et sans vouloir suivre davantage les enseignements d'un maître terrestre, ils coururent avec une sainte ardeur, ainsi que des disciples éprouvés du Christ, pour être comme les spectateurs de leur propre martyre. Arrivés devant Dacien, ils examinaient attentivement ce qu'allait entreprendre sa cruelle fureur, lorsqu'on lui annonça que ces
deux petits enfants qui venaient de se présenter, étaient chrétiens et fils de chrétiens. «Ils sont accourus, ajouta-t-on, afin que, si votre clémence fait rechercher les chrétiens, ils puissent s'offrir aussitôt pour subir les supplices que vous réservez aux gens de cette secte.»

En entendant ces paroles, le féroce Dacien se livra au plus violent accès de rage, et commanda qu'ils fussent saisis sur-le-champ, et livrés, sans qu'on écoutât leur défense, à la grande torture. Il craignait, en effet, qu'en les faisant comparaître devant son tribunal, leur constance dans les tourments ne raffermît tous les assistants dans la confession du nom chrétien, et il disait aussi que s'il ne pouvait triompher de leur résistance, il aurait la honte de se voir vaincu par deux jeunes enfants. Les bienheureux martyrs furent donc enchaînés, et, comme on se préparait à les faire souffrir, ils s'encourageaient joyeusement l'un l'autre, soutenus par l'ange de Dieu, qui leur inspirait une sainte confiance. Just disait à son petit compagnon : «Ne crains pas, frère Pasteur, ces tourments de courte durée qu'on nous prépare; n'aie pas peur des coups que l'on va faire pleuvoir sur tes tendres épaules, ni du glaive qui menacera ta vie; car si, par la Grâce du Seigneur Jésus Christ, nous parvenons à son glorieux royaume, nous y obtiendrons une grandeur et une force merveilleuses de Celui qui n'a pas dédaigné notre petitesse, mais a bien voulu nous faire partager les palmes des martyrs et les couronnes des anges.» Le très saint enfant Pasteur lui répondit : «Tu parles bien, frère Just, et comme il te convenait de le faire pour acquérir avec ton ami Pasteur cette justice dont tu portes le nom. N'hésitons plus maintenant; abandonnons au fer des bourreaux nos faibles corps sans défense; répandons avec joie tout notre sang pour confesser le Nom du Christ, afin qu'il nous soit permis d'adorer son Corps divin et son précieux Sang dans le céleste sanctuaire des cieux. Que l'affection pour nos parents et pour nos proches ne nous arrête pas dans le chemin du martyre; ne pleurons pas notre jeune âge qui passe si promptement, mais hâtons-nous de monter au paradis, où nous mériterons d'obtenir grâce pour nos propres fautes, comme pour les péchés de tous ceux que nous aimons.»
Les soldats qui avaient été envoyés pour saisir les deux enfants, les entendant parler de la sorte, rapportèrent à Dacien ces paroles d'encouragement au martyre que Just et Pasteur s'adressaient l'un à l'autre. Le gouverneur, très étonné, dit alors : «Il n'est pas possible que nous les admettions en notre présence; car si des enfants qui méprisent ainsi le culte des dieux immortels et qui n'ont aucun égard pour la tendresse de leur âge, arrivent à l'âge d'homme, que seront-ils alors ?» Aussitôt donc il commanda de les mettre à mort loin de la ville. Ils furent sur l'heure conduits au champ dit de la Louange, où ils souffrirent pour le Nom du Christ un glorieux martyre, sans que personne s'y opposât. À l'instant les portes du ciel s'ouvrirent, et leurs âmes, accueillies par les chœurs triomphants des anges et des martyrs, furent reçues par le Sauveur dans l'éternel repos et mises en possession de anges glorieux. L'exécrable Dacien s'étant promptement retiré après leur mort, les chrétiens vinrent ensevelir honorablement leurs précieuses dépouilles, dans le lieu même où ils avaient souffert. Une basilique protège chacun de leurs corps, et des autels y ont été dédiés à leur mémoire. Notre Seigneur Jésus Christ a tellement rempli de la majesté de sa Puissance ces lieux saints et sacrés que tous ceux qui viennent y implorer les bienheureux martyrs avec une foi vive et une ardente dévotion obtiennent, quelle que soit leur infirmité ou l'obsession dont les démons les tourmentent, une entière et pleine délivrance. Aussi devons-nous, dans les jours de leurs fêtes, faire retentir en leur lhonneur des paroles de louange mêlées au chant des psaumes, et dire tout d'une voix : «Ames justes, réjouissez-vous dans le Seigneur; c'est vous que l'on doit louer, vous que l'on doit bénir; et puisque vous avez répandu votre sang pour le royaume des cieux et pour notre salut, il est de notre devoir, en ce jour, de glorifier le Très-Haut, en Lui offrant nos dons pour la grâce du martyre dont Il vous a honorés. Que son Nom soit béni dans tous les siècles ! Amen.»