TIMOTHÉE LE TRÈS SAINT ÉVEQUE D'ALEXANDRIE

L'UN DES CENT-CINQUANTE PERES DE CONSTANTINOPLE
RÉPONSES CANONIQUES AUX QUESTIONS QUI LUI FURENT
POSÉES
PAR DES ÉVEQUES ET DES CLERCS

1

Question. Si un catéchumène, enfant d'environ sept ans ou bien homme adulte, assiste fortuitement à l'offrande eucharistique, qui a lieu quelque part, et sans s'en rendre compte y communie, que doit-on faire de lui ?

Réponse.

Il doit être baptisé, car il y est appelé par Dieu.

 

Il

Question. Si un possédé est encore catéchumène et demande lui-même, ou les siens, de recevoir le saint baptême, peut-il le recevoir ou non, surtout s'il est près de mourir ?

Réponse.

Si le possédé n'est pas libéré du démon impur, il ne peut recevoir le saint baptême; mais au moment du trépas il sera baptisé.

 

III

Question. Si un fidèle est possédé du démon peut-il communier aux saints mystères, ou non ?

Réponse. S'il ne divulgue pas le sacrement ni ne blasphème de quelque autre manière, qu'il communie; cependant, pas tous les jours, il lui suffira de ne le faire qu'en dimanche.

 

IV

Question. Si un catéchumène, tombé malade, perd le sens et n'est pas capable de réciter le symbole, et cependant les siens demandent qu'il reçoive le saint baptême tant qu'il vit encore, peut-il le recevoir, ou non ?

Réponse. Il peut le recevoir, s'il n'est pas tenté par un démon impur.

 

V

Question. Si une femme a des rapports conjugaux avec son mari dans la nuit, ou bien le mari avec sa femme, et qu'une synaxe eucharistique a lieu, peuvent-ils communier, ou non ?

Réponse.

Ils ne le peuvent pas tout de suite, puisque l'apôtre proclame : "Ne vous refusez pas l'un à l'autre, sauf d'un commun accord pour un certain temps, afin de vous adonner à la prière; puis unissez-vous encore, de peur que Satan ne vous tente, profitant de votre manque de maîtrise sur vous-mêmes".

 

VI

Question. Si une femme catéchumène s'est fait inscrire en vue de recevoir le baptême et qu'à l'approche du jour de son baptême elle fût prise des dérangements mensuels habituels aux femmes, doit-on lui conférer le baptême ce jour-là, ou bien le remettre à plus tard, et de combien le remettre ?

Réponse.

On doit le remettre à plus tard, jusqu'à ce qu'elle soit purifiée.

 

VII

Question. Si une femme se rend compte qu'elle a les dérangements mensuels de femme, peut-elle approcher des saints mystères en ce jour-là, on non ?

Réponse.

Elle ne le peut pas, jusqu'à ce qu'elle soit purifiée.

 

VIII

Question. Si une femme doit mettre un enfant au monde vers Pâques, doit-elle observer le jeûne et ne pas boire de vin, ou bien est-elle dispensée du jeûne et de ne pas boire de vin, à cause de sa délivrance imminente ?

Réponse.

Le jeûne fut institué pour humilier le corps; si donc le corps est déjà humilié et se trouve bien affaibli, il peut prendre et nourriture et boisson, autant qu'il peut en supporter.

 

IX

Question. Est-il permis à un clerc d'officier en présence d'ariens ou d'autres hérétiques, ou bien cela n'y fait rien, lorsqu'il fait la prière c.-à-d. l'offrande eucharistique,

Réponse.

Durant la divine anaphore, avant le baiser de paix, le diacre dit à haute voix : "Vous tous qui n'avez pas le droit de communier, partez"; ils ne peuvent donc pas y assister, à moins de confesser qu'ils se repentent et quittent l'hérésie.

 

X

Question. Si quelqu'un est malade et bien épuisé par une grave maladie et qu'arrive la sainte Pâque, doit-il absolument jeûner ou bien le clerc lui permettra-t-il de prendre la nourriture qu'il peut, même de l'huile et du vin, à cause de sa grave maladie ?

Réponse.

On doit permettre que le malade prenne des aliments et du boisson, autant qu'il peut en supporter; et c'est justice, que de laisser prendre de l'huile à quelqu'un qui est épuisé physiquement.

 

XI

Question. Si l'on fait venir un clerc pour procéder à une union matrimoniale et le clerc apprend que le mariage à conclure est illicite, étant un mariage entre oncle et nièce, ou bien que la future est la soeur de l'épouse décédée, le clerc doit-il répondre à l'invitation ou encore faire l'offrande eucharistique ?

Réponse.

Du moment que vous dites : si le clerc apprend que le mariage est illicite, si donc le mariage est illicite, le clerc ne doit pas communier aux péchés d'autrui.

 

XII

Question. Si un laïc, qui a fait des rêves impurs interroge un clerc, celui-ci doit-il lui permettre de communier, ou non ?

Réponse.

Si un désir impur de femme a précédé, il ne le doit pas; mais si Satan le tente, pour l'éloigner sous ce prétexte de la communion aux saints mystères, il peut communier; car le tentateur ne cessera pas de l'attaquer au temps où il voudrait communier.

 

XIII

Question. A ceux qui sont unis par les liens du mariage en quels jours de la semaine doit-on leur dire qu'ils s'abstiennent de rapports mutuels, et quels autres jours ils ont en leur pouvoir d'en avoir ?

Réponse.

Ce que j'ai dit auparavant, je le redis encore maintenant. L'apôtre dit : "Ne vous refusez pas l'un à l'autre, sauf d'un commun accord pour un certain temps, afin de vous adonner à le prière, et qu'ensuite vous soyez encore ensemble, de peur que Satan ne vous tente, profitant de votre manque de maîtrise sur vous-mêmes". Forcément, il leur faut s'abstenir le samedi et le dimanche, puisqu'en ces jours le sacrifice spirituel est offert à Dieu.

 

XIV

Question. Si quelqu'un perd la raison et attente contre sa vie ou se tue en se précipitant d'une hauteur, fait-on l'offrande eucharistique pour lui, ou non ?

Réponse.

Le clerc doit discerner après enquête, s'il a vraiment fait cela étant hors de sens; car, souvent les proches du suicidé, désireux d'obtenir qu'on fasse l'offrande eucharistique pour lui, mentent et disent qu'il avait perdu la raison; or, il se peut qu'il ait fait cela vous l'influence de considérations humaines ou encore par pusillanimité, et dans ce cas il ne faut pas faire l'offrande eucharistique, son corps présent, car il est son propre meurtrier. Il faut donc absolument que le clerc s'en enquière minutieusement, pour ne pas encourir de condamnation.

 

XV

Question. Si l'épouse de quelqu'un est terriblement possédée au point d'être mise aux fers, et que le mari dise : je ne puis garder la continence, et qu'il veuille en prendre une autre, peut-il prendre une autre épouse, ou non ?

Réponse.

L'adultère se mêle à cette histoire et je ne trouve aucune réponse à y donner.

XVI

Question. Si quelqu'un jeûne en vue de communier et en se lavant la bouche ou bien au bain, il avale de l'eau sans le vouloir, peut-il communier ?

Réponse.

Certainement, sinon Satan, voyant que c'est un prétexte pour l'éloigner de la communion, le lui procurera encore plus fréquemment.

 

XVII

Question. Vu que nous entendons souvent la parole de Dieu, mais n'en faisons pas les oeuvres, ne sera-ce pas une cause de réprobation pour nous ?

Réponse.

Même si nous faisons pas les oeuvres, il ne nous est pas possible de ne pas nous reprocher d'entendre la parole et d'y désobéir; or ce reproche contre nous-mêmes est un début de notre salut.

 

XVIII

Question. A partir de quel âge les fautes sont justiciables du tribunal de Dieu ?

Réponse.

Il y a bien des distinctions à faire à ce propos; car chacun est jugé selon son savoir et son jugement pratique, les uns à partir de l'âge de dix ans, d'autres, même à partir d'un âge plus avancé.

 

XIX

Question. Pourquoi nous ne rebaptisons pas tous les hérétiques, lorsqu'ils font retour à l'Église catholique ?

Réponse.

Si cela se faisait, c'est sans empressement qu'un homme reviendrait de son hérésie à l'Église, ayant honte d'être rebaptisé; car ailleurs, le saint Esprit descend aussi normalement sur les hommes par la simple imposition des mains, comme en témoignent les actes des apôtres.

 

XX

Question. Convient-il que communie l'homme qui a eu de rêves impurs ?

Réponse

A mon avis, ceux qui vivent dans le monde ne doivent pas être critiqués pour cela, à condition qu'ils observent tout le reste.

 

XXI

Demande. Est-il permis à un diacre ou au protodiacre de faire communier un prêtre au saint calice, ou non ?

Réponse.

C'est permis.

 

XXII

Est-il permis à des diacres après la fraction du pain consacré de prendre eux aussi et de partager en morceaux le précieux Corps du Christ, ou non ?

Réponse. En présence de l'évêque, non; mais en son absence, si la foule presse, cela peut se faire. Cependant, dans ce cas le diacre n'agira qu'en second, une fois que le prêtre, le premier, après la fraction du pain, lui en aura donné.

 

XXIII

Demande. Comme l'usage a prévalu chez nous, de ne point rompre le jeûne de la sainte Nativité du Christ et celui des saintes Théophanies, quel que soit le jour où il tombe, fut-ce un samedi ou un dimanche, mais de faire l'offrande du matin de dimanche, de communier et se purifier la bouche, puis le soir faire à nouveau l'offrande de la vigile nocturne et communier encore : tout cela se fait-il régulièrement, ou non ?

Réponse.

Il n'existe pas à Alexandrie la coutume de jeûner avant le saint anniversaire de la Naissance de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ; la Tradition sur ce point, je veux dire le jeûne et la synaxe eucharistique, ne concerne que le jour précédant les saintes Théophanies; le jeûne de ce jour qui tombe fréquemment en dimanche selon le cycle des années, est selon l'avis de nos saints pères rompu par l'eau de la purification de la bouche, après la sainte synaxe; mais il est à nouveau observé du fait que la Tradition établie ne laisse prendre rien d'autre que l'eau de la purification. Il en résulte que le jeûne est d'une part rompu à cause du dimanche, et il est gardé de l'autre, comme l'a décidé la tradition, avons-nous dit, concernant cette fête, conformément à la sage réglementation, transmise par ceux qui ont été véritablement des prudents et fidèles intendants de l'Église.

 

XXIV

Demande. S'il est permis, après la communion et la purification du saint calice, une fois que le prêtre, ou le diacre, s'est purifié la bouche, de préparer de nouveau le précieux calice et d'en donner la communion à des personnes qui surviennent a ce moment-là pour communier, ou non ?

Réponse.

Il faut que le diacre, ou le prêtre, attende et reste sans se purifier la bouche, aussi longtemps qu'il s'attend à voir arriver du monde. Mais si contre tout espoir et attente il en arrive quelqu'un et après sa purification il se voit forcé de le faire, qu'il prépare le calice et en donne la communion et consomme ensuite ce qui reste.

 

XXV

Demande. Si un hérétique se présente en une de communier ou de prendre du pain bénit de dessus la sainte table, est-il permis de lui en donner, ou non ? Car il s'en présente en grand nombre, jusqu'à leurs diacres, quoique ce ne soit pas continuellement.

Réponse.

Ce n'est pas permis, à moins que ne passe inaperçue la présence de l'un d'entre eux dans une église bondée de monde; dans ce cas celui qui donne la communion n'est pas responsable à cause de la foule et de son ignorance du fait.

 

XXVI

Demande. S'il y en a qui ont reçu ou reçoivent l'ordination, et pour une raison quelconque renient leur ordination ou se laissent pousser la chevelure, comme l'ont déjà fait certains, faut-il les recevoir à la communion en cas de repentir, ou non ?

Réponse.

La règle prescrit ceci : que de telles personnes soit reçues dans les rangs des laïcs, à condition, évidemment, qu'elles regrettent leur faute.

 

XXVII

Demande. Certains, après leur ordination, leur compagne étant morte, en prirent une autre, les uns une vierge, d'autres une veuve, d'autres encore une femme chassée par son mari : faut-il les admettre à célébrer la liturgie, ou non ?

Réponse.

La règle canonique ne permet point d'admettre de telles personnes, au contraire, elle les désapprouve absolument : en effet, non seulement ils encourent le reproche d'avoir convolé en secondes noces, mais ils doublent leur faute pour l'avoir fait après leur admission dans le clergé; de plus l'inconvenance d'avoir pris une veuve on une femme chassée par son mari rend la faute de beaucoup plus impardonnable.

 

XXVIII

Certaines personnes, après avoir embrassé la vie monastique, s'en désintéressèrent dans la suite; et quittant leurs monastères, ils se firent ordonner et après leur ordination, abandonnant complètement le genre de vie de moines, prirent femme : faut-il les admettre à célébrer la liturgie, on non ?

Réponse.

Ils sont totalement inadmissibles à célébrer la liturgie, pour avoir défroqué, de même que pour s'être mariés après l'ordination.

 

XXIX

Est-il permis des lire de livres profanes, c-à-d. les livres païens, ou non ?

Réponse.

C'est selon la valeur des livres et des lecteurs, qu'il faut en juger.