LETTRE CANONIQUE DE SAINT GRÉGOIRE ÉVEQUE DE NÉOCÉSARÉE LE THAUMATURGE

AU SUJET DE CEUX QUI ONT MANGÉ DES METS SACRIFICIELS OU BIEN COMMIS D'AUTRES DÉLITS PENDANT L'INCURSION DES BARBARES

De ceux qui pendant l'incursion ont mangé des aliments impurs et du sort des captives violées par les barbares.

Les mets sacrificiels ne nous sont pas un poids sur l'âme, vénéré père, si des prisonniers ont mangé ce que leurs maîtres leur ont servi; d'autant plus, que tout le monde est d'accord, que les barbares, qui ont fait l'incursion dans nos contrées, n'offrent pas de sacrifice aux idoles; l'apôtre d'autre part dit : "les aliments sont faits pour le ventre et le ventre pour les aliments; or, Dieu détruira ceux-ci comme celui-là"; et le Sauveur aussi, qui a purifié tous les aliments "ce n'est pas ce qui entre dans la bouche, dit-Il, qui souille l'homme, mais ce qui en sort".

Quant au fait de la violation des femmes captives, du corps desquels les barbares ont abusé, si la conduite de l'une ou l'autre avait auparavant été déjà critiquée, "parce qu'elle se laissait entraîner par les regards pleins de désirs impurs" comme dit l'Écriture, elle sera évidemment suspectée d'avoir aussi commis la fornication au temps de sa captivité et il ne faut pas admettre facilement de telles personnes à la communion. Tandis que si quelqu'une, après avoir vécu dans l'extrême chasteté et témoigné d'une vie antérieure pure et exempte de tout soupçon, venait à subir une insulte à sa vertu sous la violence et la contrainte, nous avons pour son cas l'exemple donné par le Deutéronome, à propos de la jeune fille qu'un homme a rencontré dans la campagne et lui faisant violence, coucha avec elle : "vous ne ferez rien à la jeune fille, dit-il, elle n'a point commis de faute digne de mort, car son cas est comme celui d'un homme, qu'un autre a attaqué à l'improviste et lui ôta la vie; la jeune fille a crié, mais il n'y avait personne pour la secourir".

II

Contre la cupidité.

Voilà pour ces cas.

C'est déjà chose terrible que la cupidité et il n'est pas possible de citer dans une lettre les paroles divines, qui dénoncent comme un mal à fuir avec horreur non seulement le vol, mais en général la cupidité et de toucher aux biens d'autrui poussé par la malhonnêté, et tout homme de cette sorte est exclu de l'Église de Dieu; mais que quelques-uns aient osé, au temps de l'incursion des barbares, au milieu des lamentations et de tant de pleurs, estimer ce temps de malheur général temps de profit pour eux-mêmes, c'est là le fait de gens impies et haïs de Dieu, sans mesure dans leur inconvenance.

C'est pourquoi nous avons décidé de les exclure tous de l'Église, de peur que la colère de Dieu ne tombe sur tout le peuple et en premier lieu sur les pasteurs qui se seraient abstenus de les punir; car "je crains, dit l'Écriture, qu'un impie n'entraîne le juste dans sa perte","la fornication et la cupidité, dit l'apôtre, voilà ce qui attire le courroux de Dieu sur les fils de la désobéissance"; "n'ayez donc rien de commun avec eux; autrefois, en

effet, vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur; marchez donc comme des enfants de lumière; tout ce qui est bon, juste et vrai, est fruit de la lumière; examinez ce qui est agréable au Seigneur et ne prenez aucune part aux oeuvres stériles des ténèbres, mais plutôt réprouvez-les; car on a honte même de dire ce que ces gens font en secret; mais tout ce mal dévoilé par la lumière apparaîtra aux yeux de tous". Voilà ce que dit l'apôtre. Or, si nous devons expier la cupidité que nous avons eue en temps de paix, si pendant le temps de la Colère de Dieu il y en a qui s'adonnent de nouveau à la cupidité, s'enrichissant du sang et de la ruine des fuyards et des prisonniers et des morts, à quoi devons-nous nous attendre, sinon d'accumuler la Colère de Dieu sur nous et sur tout le peuple, en laissant régner la cupidité ?

III

(De l'exemple d'Achat)

Ne voilà-t-il pas Achar fris de Zara qui a péché à l'encontre de la malédiction jetée sur le butin, et la Colère de Dieu vint sur toute l'assemblée d'Israël ? Or, il fut seul à pécher : est-il mort lui seul dans son péché ? Pour nous aussi tout profit qui ne vient pas de nos biens, mais des biens d'autrui dans le temps présent doit être considéré comme une malédiction; car Achar a pris une part du butin, et ceux d'à présent prirent aussi du butin; mais il avait pris, lui ce qui appartenait à l'ennemi, ceux d'à présent en prirent à des frères, profitant ainsi d'un profit funeste.

IV

De ceux qui pendant l'incursion s'emparèrent des biens de leur congénères.

Que personne ne se leurre, même en disant qu'il s'agit d'une trouvaille, car il n'est pas permis de tirer profit même d'une trouvaille; le Deutéronome dit : "en voyant le veau de ton frère ou sa brebis errer sur la route, tu ne les négligeras point : tu essayeras de les ramener à ton frère. Et si ton frère n'habite pas près de toi ou si tu ne connais pas le propriétaire, tu les recueilleras et les garderas chez toi, jusqu'au jour où ton frère viendra les chercher et alors tu les lui rendras.

Tu en feras de même pour son ânesse, tu en feras de même pour son manteau et pour tout objet perdu par ton frère que tu auras trouvé". Voilà ce que dit le Deutéronome. Tandis que l'Exode parle non seulement des biens trouvés d'un frère, mais même de ceux d'un ennemi : "Tu auras soin de les retourner dans la maison de leur propriétaire ". Si donc en temps de paix, alors qu'un frère ou un ennemi dans sa paresse ou ses plaisirs néglige ses biens, il n'est pas permis d'en profiter, à combien plus forte raison, s'il est dans le malheur et fuit l'ennemi et se voit contraint d'abandonner ses biens ?

V

De ceux qui s'emparent des biens des autres pour remplacer les leurs.

D'autres se leurrent eux-mêmes, en gardant les biens trouvés d'autrui à la place de ce qu'ils ont perdu, pour devenir eux-aussi Borades et Goths pour les autres, parce que les Borades et les Goths leur ont fait subir la loi de la guerre.

Pour tout cela nous avons envoyé vers vous Euphrosynos notre frère dans le sacerdoce, afin qu'il applique chez vous la norme de chez nous à l'égard de ceux qu'il faut recevoir à l'accusation et de ceux qu'il faut exclure de la communion.

VI

De ceux qui retiennent de force captifs ceux qui se sont échappés des mains des barbares.

On nous a d'autre part appris quelque chose d'incroyable qui a eu lieu dans les campagnes de votre région, accompli certainement par des gens infidèles et impies qui ne connaissent même pas le nom du Seigneur : que certains en sont arrivés à un tel degré d'inhumanité et de cruauté, qu'ils gardent de force comme esclaves les captifs échappés aux barbares. Dépêchez vos envoyés à ces campagnes, de peur que la foudre ne tombe sur ceux qui agissent de la sorte.

VII

De ceux qui se sont enrôlés chez les barbares et ont osé commettre des infamies contre ceux de leur race.

Quant à ceux qui se sont enrôlés chez les barbares et pendant leur captivité, oubliant qu'ils étaient de race pontique et de religion chrétienne, sont devenus eux-aussi barbares au point de faire périr les gens de leur race par la croix ou la pendaison, et d'indiquer route ou maisons à piller aux barbares qui ne s'y connaissaient pas, ceux-là il faut leur interdire même l'audition des Écritures, jusqu'à ce leur sort soit décidé par l'assemblée des fidèles et avant eux par le saint Esprit.

VIII

De ceux qui ont osé piller les maisons des autres pendant l'incursion des barbares.

Ceux qui ont osé piller les maisons des autres, s'ils sont convaincus de ce fait après dénonciation, on ne les admettra pas même à l'audition; mais si d'eux-mêmes ils l'avouent et rendent le bien volé, ils prendront place parmi les prosternés.

IX

De ceux qui ont trouvé dans les campagnes ou dans leurs maisons des objets abandonnés par les barbares.

Ceux qui ont trouvé dans la campagne ou dans leurs propres maisons des objets abandonnés par les barbares et les ont gardés, s'ils sont convaincus de cela après dénonciation, ils prendront aussi place parmi les prosternés; si d'eux-mêmes ils l'avouent et rendent les objets, on les admettra même à la communion.

X

De ce qu'il ne faut pas exiger une récompense pour les objets trouvés.

Ceux qui accomplissent le commandement de Dieu doivent l'accomplir hors de tout arrière-pensée de cupidité, sans exiger une récompense pour avoir signalé ou sauvé ou trouvé quelque chose, ou sous n'importe quel autre titre, qu'on donnerait à leur acte.

XI

Des lieux de la pénitence publique.

La place des pleurants est devant la porte d'entrée de l'église, où le pécheur doit se tenir et demander aux fidèles de prier pour lui. La place des auditeurs est à l'intérieure de la porte d'entrée dans le narthex, où le pécheur doit se tenir jusqu'à la prière sur les catéchumènes et puis sortir de l'église; car "ayant entendu, dit-il, la lecture des Écritures et la prédication, qu'il soit invité à partir et qu'il ne soit pas admis à la prière des fidèles". Etre parmi les prosternés, c'est se tenir à l'intérieur de la porte de l'église et sortir avec les catéchumènes. Etre parmi les simples assistants, c'est assister à la prière avec les fidèles, sans sortir avec les catéchumènes. En dernier lieu, vient la participation aux dons sanctifiés.