CANONS DU SYNODE DE GANGRES

Les 20 canons des saints pères réunis à Gangres, canons qui furent publiés après le concile de Nicée.

 

Lettre Synodale

Aux seigneurs nos frères dans l'épiscopat en Arménie, nous, Eusèbe Elien, Eugène, Olympe, Bithynicos, Grégoire, Philétos, Pappos, Eulalios, Hypatios, Proérésios, Basile, Bassos, réunis au saint synode de Gangres, le salut dans le Seigneur.

Comme le saint synode des évêques réunis dans l'église de Gangres pour traiter certaines affaires ecclésiastiques, en examinant entre autres celle d'Eustathe, a trouvé bien des choses faites par l'entourage d'Eustathe contre la règle ecclésiastique, il s'est vu obligé de prendre des décisions et s'est empressé de les rendre manifestes à tous pour condamner ce qui se fait à tort par eux. Car, du fait qu'ils blâment le mariage et suggèrent par là qu'aucun de ceux qui sont mariés ne peut espérer de Dieu le salut, de nombreuses femmes mariées déçues par eux ont quitté leurs maris et des maris leurs femmes; ensuite, n'ayant pu vivre depuis dans la continence, ils ont commis l'adultère et en furent couverts de honte. Il s'en est trouvé aussi qui quittèrent les maisons de Dieu et les églises paroissiales, étant pleins de mépris pour l'église et ceux d'église, et tenant des assemblées particulières, des cérémonies et homélies différentes et tout le reste pour s'opposer aux églises paroissiales et à ce qui se fait dans les églises; ils portent des habits étranges par mépris pour les habits du commun; se regardant comme des saints, ils se partagent entre eux et les leurs les dons faits à l'Église, qui de tout temps revenaient à l'Église; des esclaves quittèrent leurs maîtres, témoignant par leur étrange habillement du mépris à l'égard de leurs maîtres; des femmes ont pris contre l'usage des habits d'homme au lieu d'habits de femme, pensant qu'elles atteignaient la sainteté par ce moyen; bon nombre d'entre elles ont même fait couper leur chevelure naturelle sous prétexte de piété; ils gardent le jeûne en dimanche, comptant pour rien la sainteté de ce jour libre de toute pénitence; tandis qu'ils se croient au dessus des jeûnes prescrits dans les églises et les rompent, cependant, certains d'entre eux ont en horreur de manger de la viande; ils ne veulent pas prier dans les maisons de gens mariés, ni prendre part à l'offrande qui a souvent lieu dans les maisons de gens mariés; ils méprisent les prêtres mariés et ne touchent point aux Liturgies offertes par eux; ils condamnent les assemblées auprès des tombeaux des martyrs, ceux qui s'y réunissent et y célèbrent; de même, ils condamnent les riches qui ne quittent pas tout ce qu'ils possèdent, comme des gens sans espoir auprès de Dieu; il y a bien d'autres points qu'on ne peut énumérer, car chacun d'eux s'est fait des lois particulières, une fois la règle ecclésiastique abandonnée; car cela s'est fait non point d'un commun accord, mais chacun d'eux en a ajouté, pour dénigrer l'église et pour son propre dam, ce qui lui a passé par la tête. A cause de tout cela le saint synode réuni à Gangres s'est vu obligé de les condamner et d'édicter par des canons, qu'ils sont rejetés de l'église. Si cependant ils se repentent et anathématisent chacune de ces erreurs, ils seront reçus. C'est pourquoi le saint synode a exposé chaque point en particulier, qu'ils doivent anathématiser pour être reçus, Mais si quelqu'un ne consent pas à ce qui a été dit, qu'il soit anathématisé comme hérétique, qu'il soit privé de la communion et séparé de l'Église, et les évêques devront mettre en garde tous ceux de leur territoire contre un tel.

1.De ceux qui ont horreur du mariage légitime.

Si quelqu'un blâme le mariage et déteste ou blâme celle qui en étant par ailleurs chrétienne et pieuse dort avec son mari, comme ne pouvant entrer dans le royaume de Dieu, qu'il soit anathème.

2. De ceux qui ont horreur de manger de la viande.

Si quelqu'un condamne celui qui étant par ailleurs chrétien et pieux, mange de la chair, à l'exception du sang, des mets immolés aux idoles et des animaux impurs, comme s'il perdait par cela tout espoir de salut, qu'il soit anathème.

3. Des esclaves qui s'insurgent contre leurs maîtres sous le couvert de vie ;chrétienne.

Si quelqu'un sous prétexte de piété enseigne à un esclave de mépriser son ;maître et de quitter son service et de ne pas le servir avec toute la bienveillance et l'honneur, qu'il soit anathème.

4. De ceux qui se font un cas de conscience de communier de la main d'un prêtre marié.

Si quelqu'un juge qu'il ne doit pas prendre part à la communion pendant la Liturgie célébrée par un prêtre marié, qu'il soit anathème.

5. De ceux qui méprisent les assemblées liturgiques des églises paroissiales.

Si quelqu'un enseigne qu'on peut mépriser la maison de Dieu et les offices qui s'y célèbrent , qu'il soit anathème.

6. De ceux qui célèbrent des offices en dehors des églises paroissiales.

Si quelqu'un célèbre des offices religieux en privé hors de l'église paroissiale, et méprisant l'église veut faire ce qu'elle seule a le droit de faire, sans la présence du prêtre agréé par l'évêque, qu'il soit anathème.

7. Des offrandes pour l'église, faites sans le consentement de l'évêque.

Si quelqu'un veut recevoir des dons offerts à l'église ou en faire indépendamment de l'église, sans l'assentiment de l'évêque ou de celui qui est préposé à ce service, ou s'il ne veut pas agir avec l'agrément de celui-ci, qu'il soit anathème.

8. Des offrandes pour les pauvres, faites sans le consentement de l'évêque.

Si quelqu'un fait des dons pour les pauvres ou en reçoit sans l'assentiment de l'évêque ou de celui qui est chargé de l'administration de la bienfaisance, celui qui donne et celui qui reçoit sont également frappés d'anathème.

9. De ceux qui professent la virginité parce qu'ils ont le mariage en horreur.

Si quelqu'un garde la virginité ou la continence, quittant le siècle par mépris pour le mariage et non pas à cause de la beauté et de la sainteté de la virginité, qu'il soit anathème.

10. De ceux qui s'enorgueillissent de leur profession de virginité.

Si quelqu'un de ceux qui gardent la virginité pour l'amour du Seigneur se montre plein d'orgueil vis-à-vis de ceux qui sont mariés, qu'il soit anathème.

11. De ceux qui se rient des repas offerts aux pauvres.

Si quelqu'un méprise ceux qui avec esprit de foi offrent des repas aux pauvres et y invitent leurs frères en l'honneur du seigneur, et s'il ne répond pas à ces invitations parce qu'il regarde la chose comme de peu d'importance, qu'il soit anathème.

12. De ceux qui portent le manteau des philosophes et se moquent des gens habillés de la bure romaine.

 

Si sous prétexte d'ascétisme un homme revêt le manteau des philosophes et se croyant juste par ce fait même, il méprise ceux qui vivant dans la piété portent la bure romaine et s'habillent comme tout le monde, qu'il soit anathème.

 

13. Des femmes qui mettent des habits d'hommes.

Si sous prétexte d'ascétisme une femme change ses habits et au lieu des habits habituels de femme prend des habits d'homme, qu'elle soit anathème.

14. Des femmes qui abandonnent leurs maris.

Si une femme abandonne son mari et veut quitter le siècle par mépris de l'état de mariage, qu'elle soit anathème.

15. De ceux qui sous prétexte de piété négligent leurs enfants.

Si quelqu'un abandonne ses enfants et ne les élève pas, s'il ne leur inspire pas autant qu'il est en son pouvoir la piété qui leur convient, mais sous prétexte d'ascétisme il les néglige, qu'il soit anathème.

16. De ceux qui sous prétexte de piété négligent leurs parents.

Si des enfants, particulièrement des enfants de parents chrétiens, quittent le siècle et ne rendent pas à leurs parents l'honneur qui leur est dû, donnant par là la préférence à la piété envers Dieu, qu'ils soient anathème.

17. Des femmes qui sous prétexte de piété se coupent les cheveux.

Si sous prétexte d'ascétisme une femme se coupe les cheveux que Dieu lui a donnés pour lui rappeler sa dépendance, vu qu'elle énerve par là le précepte de l'obéissance, qu'elle soit anathème.

18. De ceux qui jeûnent le dimanche.

Si quelqu'un sous prétexte d'ascétisme jeûne le dimanche, qu'il soit anathème.

19. De ceux qui ne gardent pas les jeûnes d'Église.

Si sans nécessité corporelle, mais seulement par orgueil un ascète n'observe pas les jeûnes, prescrits au peuple chrétien par la tradition et observés par l'Église, avec la pensée secrète qu'il a atteint le rang des parfaits, qu'il soit anathème.

20. De ceux qui détestent les assemblées liturgiques auprès des tombes des martyrs.

Si quelqu'un sous le coup de l'orgueil ou de l'aversion critique les assemblées auprès des tombeaux des martyrs, ou les services divins qui s'y célèbrent et les mémoires des martyrs, qu'il soit anathème.

Épilogue

Nous avons rédigé cet écrit, non pour exclure ceux qui dans l'église de Dieu veulent pratiquer l'ascétisme conformément aux règles de l'écriture sainte, mais pour exclure ceux qui n'ayant que leur orgueil pour ascétisme, veulent s'élever au-dessus de ceux qui mènent une vie ordinaire, et introduire des nouveautés également opposées à l'écriture sainte et aux canons ecclésiastiques. Pour notre part, nous éprouvons de l'admiration pour la virginité unie à l'humilité et nous admettons la continence jointe à la piété et à la modestie. Nous admirons le fait de s'éloigner des affaires du monde par humilité; nous honorons l'état de mariage rempli de modestie et ne méprisons pas la richesse qu'accompagnent la justice et la bienfaisance. Nous louons la modestie et la simplicité des habits, qui sans trop d'artifices servent à couvrir le corps, mais nous rejetons les modes dans les habits, qui favorisent la mollesse et le luxe. Nous honorons la maison de Dieu et saluons comme saintes et profitables les assemblées qui s'y tiennent; sans confiner cependant la piété dans ces maisons, nous honorons, au contraire, tout lieu sur lequel on a bâti en l'honneur du nom de Dieu. Nous approuvons l'assemblée religieuse qui se fait dans l'église (paroissiale) pour le bien de la communauté. Nous n'avons que des louanges pour la grande bienfaisance des frères à l'égard des pauvres, qui s'exerce par l'intermédiaire de l'Église, comme le veut la tradition. Pour tour dire en un mot, nous souhaitons que l'on fasse dans l'Église ce qui nous a été transmis par les saintes écritures et les traditions apostoliques.