SAINT CYRILLE

ARCHEVEQUE D'ALEXANDRIE

Cyrille à Domnos

I

Que l'évêque déposé doit cesser même de célébrer.

Toutes les fois qu'une de nos affaires est expédiée selon le bon ordre prescrit par les canons, elle ne nous cause aucun trouble, nous délivre des médisances possibles de certains et nous procure plutôt l'éloge des gens bien pensants. Qui, en effet, n'accepterait pas une sentence impartiale prononcée sur quelqu'un, et comment un jugement juste et conforme aux lois ne serait-il pas sans reproche ou plutôt plein de tout louange? J'écris tout cela parce que votre piété, dans ses lettres expédiées à moi-même et à notre très saint et très aimé-de-Dieu frère et comministre Procle, donne le titre d'évêque au très pieux et très religieux Pierre, alors que celui-ci de son côté se lamente et dit qu'il a été contre toute raison écarté de l'Église qui lui avait été attribuée.

Or, il eût été logique, ou bien qu'il eût avec le titre de pontife la chose aussi, ou bien, s'il avait mérité de ne pas présider au saint autel, qu'il ne fût pas même honoré du titre d'évêque. Mais, peut-être mes paroles semblent à votre piété bien dures et peu charitables; cependant, il n'en est pas ainsi, Nous croyons montrer de la pitié pour le vieillard, en lui laissant le titre seul; mais il eût mieux valu considérer aussi l'autre côté de la question : il affirme, en effet, qu'il peut bien défendre sa propre réputation, mais qu'il ne put obtenir la permission de se justifier, ni qu'on lui accordât l'instruction de son affaire selon les prescriptions canoniques. Or, si cela avait eu lieu, le résultat même des enquêtes ou bien eût prouvé, que des accusations justifiées le déclaraient coupable et il ne pourrait plus se dire victime d'une injustice, ou bien, le déclarant innocent, il lui eût rendu de présider à l'Église, qui avait été placée sous son autorité. Mais comme rien de tel ne fut fait, il s'emporte contre ce traitement et dit qu'on lui a fait subir une injustice insupportable, qu'il a été chassé de son siège à l'encontre des institutions ecclésiastiques, ajoutant à cela qu'on lui a ravi de plus toute sa fortune personnelle.

Que votre sainteté donc, considérant d'un côté ce que prescrivent les saints canons, de l'autre ce qui est digne de l'Église et des personnes au service du saint ministère, et de plus, par déférence pour notre présente lettre, fasse cesser les pleurs du vieillard. Et s'il veut être jugé contre ses accusateurs, qu'il soit jugé selon l'usage devant votre piété, en présence évidemment aussi des très pieux évêques de votre juridiction, sauf s'il en récusait certains comme suspects; certes, nous sommes certain qu'aucun des très pieux évêques ne saurait nourrir de l'inimitié contre son frère, mais, pour qu'il n'y ait aucun prétexte énervant son procès, il n'y a rien de pénible à ce que certains, tenus par lui pour suspects, s'abstiennent d'assister à l'assemblée des évêques.

 

II

Que l'évêque doit avoir la libre disposition de tous les biens d'église.

Quant aux biens qu'on lui a enlevés à tort, il est juste qu'on les lui rende pour deux raisons. D'abord, parce qu'il ne fallait point faire pareille chose, et puis parce que cela attriste fortement et jette dans un extrême abattement les très pieux évêques de toute la terre, que de se voir obligés de rendre compte de la raison des dépenses qu'ils ont pu faire, prises soit sur les biens d'église soit sur des dons privés; en effet chacun de nous aura à rendre compte de ses intentions au juge universel.

Certes, il faut garder intacts à l'église les objets précieux et les biens immobiliers, mais aussi faire confiance à ceux qui chaque fois sont préposés au clergé de Dieu à propos de la raison des dépenses qu'il leur arrive de faire.

 

III

Qu'un prêtre n'a pas à présenter de démission.

Quant au document de sa démission, il affirme l'avoir donné, non pas de son propre gré, mais par crainte et sur la menace de certaines personnes. D'ailleurs, c'est un fait qui ne s'accorde point avec les pratiques de l'Église, que des ministres du culte présentent des libelles de leur démission; car, s'ils sont dignes d'exercer le ministère, qu'il y restent; s'ils en sont indignes, qu'ils le quittent non pas sur démission, mais plutôt parce que condamnés pour leurs actes. De tels faits pourraient susciter de hautes protestations, parce qu'ils s'écartent de toute tradition.

Saluez la fraternité qui est près de vous. Celle qui est avec nous vous salue dans le Seigneur.

DU MEME

AUX ÉVEQUES DE LA LYBIE ET DE LA PENTAPOLE

IV

(Prologue)

Il faut se soucier de tout ce qui est utile et nécessaire à l'édification des peuples et contribue en même temps à la bonne réputation des saintes Églises; il est, en effet écrit : "Rendez pieux les fils d'Israël ".

Or, des pères vivant dans les monastères de la province de Thèbes, hommes pieux et dont la vie ne laisse pas d'être admirable, venus à Alexandrie et interrogés par nous sur l'état des monastères de là-bas, nous ont appris qu'un grand nombre sont scandalisés pour la raison que voici.

 

1. Qu'il ne faut ordonner personne sans examen canonique.

Des personnes récemment mariés et pour ainsi dire sortant directement de la chambre nuptiale, surprennent la bonne foi des très pieux évêques et sans que personne n'ait certes donné des renseignements sur leur compte, sont ordonnés clercs ou encore prêtres.

 

2. De ceux qui quittent leur monastères et se font ordonner.

D'autres, chassés même pour indiscipline des monastères arrivent à se faire ordonner; et une fois clercs, ils retournent aux monastères mêmes, dont ils avaient été chassés et veulent offrir la sainte offrande et accomplir les fonctions d'usage des clercs; et ils font cela, au point que certains de ceux qui les connaissent abandonnent les assemblées eucharistiques et ne se permettent pas de communier lorsque ceux-là célèbrent.

 

3. Comment et quand on peut ordonner quelqu'un et quels sont les points à examiner.

Or, parce qu'il faut que tout soit fait par nous, je le répète, pour l'édification des peuples, que votre piété veille à cela; et si quelqu'un va être ordonné clerc, qu'elle examine sa vie : s'il a pris femme ou non; comment et où il a contracté mariage et s'il s'en est abstenu; s'il n'est pas de ceux qui furent chassés par un autre très pieux évêque ou des monastères; et qu'il ne l'ordonne que s'il le trouve libre de tout reproche. En effet, nous garderons ainsi pure notre conscience, et sans reproche le saint et vénérable ministère.

 

V

Des catéchumènes et des pénitents, arrivés au terme de leur vie.

Si quelques uns, séparés des fidèles, parce que mis en pénitence pour leurs fautes, sont ensuite sur le point de mourir, s'ils sont catéchumènes qu'on les baptise, et qu'ils m'émigrent point de la terre sans participer à la grâce, c'est-à-dire sans communion; car, cela aussi semble être conforme aux institutions ecclésiastiques.

Saluez la fraternité qui est près de vous. Celle qui est avec nous vous salue dans le Seigneur.

SAINT CYRILLE ARCHEVEQUE
A MAXIME DIACRE D'ANTIOCHE

VI [De la raison d'intérêt général]

J'ai appris de notre cher moine Paul, que votre piété refuse jusqu'à ce jour la communion du très pieux évêque Jean, parce que dans l'Église de Antioche il y en a peut-être qui partagent encore les idées de Nestorius, ou bien les ont partagées, mais les ont abandonnées. Que votre indulgence examine donc, si ceux qu'on dit se réunir à part partagent et propagent parmi les autres les idées de Nestorius ouvertement et avec effronterie, ou bien s'ils ont eu jadis la conscience pervertie, et se réunissent à présent à part, se repentant d'avoir été entraînés, mais ayant honte peut-être de confesser publiquement leur faute : il arrive, en effet, que les gens trompés agissent ainsi. Et si vous voyez qu'ils sont maintenant dans la vraie foi, ne leur gardez pas rancune du passé; nous préférons en effet les voir renier plutôt que défendre les idées perverses de Nestorius; et pour ne pas donner l'impression d'aimer les querelles, acceptons la communion du très pieux évêque Jean, eu lui accordant le pardon, si précisément dans l'intérêt général il ne recherche pas avec trop de minutie ce que fout les gens qui se repentent. Car il faut considérer l'intérêt général, je le répète, eu cette affaire.

DU MEME
A GENADE PRETRE ET ARCHIMANDRITE

 

VII

Sur l'économie

Le zèle pour la vraie foi de votre piété, ce n'est pas d'aujourd'hui que je le connais; je le connaissais depuis longtemps et je vous loue certes bien de vouloir vivre dans une telle exacte observance. Mais la considération du bien général oblige parfois certains de sortir quelque peu hors du chemin prescrit, afin d'obtenir un plus grand bien. En effet, de même que les voyageurs en mer devant la tempête qui éclate et le danger que court le vaisseau, pris de peur, jettent à la mer une partie de la cargaison pour sauver le reste, de même, nous aussi, en face des événements, toutes les fois qu'il n'est pas possible de garder la très grande exactitude, nous négligeons une partie pour ne pas subir la perte totale.