LETTRE SYNODIQUE

de saint Cyprien archevêque de Carthage et martyr

Prologue du traducteur grec

Décision, traduite en grec du texte latin, qu'il faut baptiser les hérétiques; prise par les quatre-vingt-quatre évêques, réunis à Carthage aux calendes de septembre de l'Afrique, la Numidie et la Mauritanie, en présence de prêtres et de diacres et de la plus grande partie du peuple chrétien, après lecture de la lettre de Jovien évêque à Cyprien et de celle de Cyprien au même Jovien, qu'il faut baptiser les hérétiques.

Je crois nécessaire de vous apprendre, à Théophile, que le bienheureux Cyprien n'est pas le seul à avoir rejeté les hérétiques et à condamner à l'anathème leur baptême, mais que même dès les temps anciens un bon nombre d'évêques saints et prudents, réunis pour cette question, après l'avoir discutée tous ensemble, ont décidé que les schismatiques revenus au sein de l'église seront rebaptisés, en annulant et anathématisant le baptême conféré par les hérétiques ou schismatiques; et ils réunirent pour cela à Carthage un synode de quatre-vingt-quatre évêques, parmi les quels fut Cyprien l'ancien, l'illustre évêque. Je m'empresse de vous faire connaître le vote de chacun d'eux, et je m'empresse en même temps de vous envoyer la lettre signée par les évêques mêmes et par le grand Cyprien.

 

Lettre écrite par des évêques, parmi les quels fut aussi Cyprien l'ancien, l'illustre évêque; adressée à Janvier et à d'autres évêques.

 

I. Qu'il faut rebaptiser les hérétiques.

Cyprien, Libéral, Caldonius, Julien, Prime, Cécilice, Polycarpe, Nicodème, Félix, Marrucius, Successus, Lucien, Honoré, Fortuné, Victor, Donat, Lucius, Herculanus, Pomponius, Démétre, Quintus, Saturnin, Janvier, Marc, un autre Saturnin, un autre Donat, Rogatien, Sédatus (Tertulle; Hortensien, encore un autre Saturnin, Sattius), donnent le salut à nos frères Janvier, Maximin, et Saturnin, Maximien, Victor, (un autre Victor), Cassius, Procule, Molien, (Cittinus), Gargilius, (Eutychien, un autre Gargilius,) un autre Satumin (Cittinus et un autre Gargilius), Némésien, Nampule, Antonien, Rogatien, Honoré.

Réunis en synode, chers frères, nous avons lu la lettre que vous nous avez envoyée au sujet des hérétiques et des schismatiques, qui s'estiment baptisés et qui reviennent à l'église catholique, la seule à nous baptiser et régénérer. Et nous sommes convaincus qu'en agissant comme vous le faites dans cette question, vous gardez la fermeté de l'usage de l'Église catholique. Cependant, comme vous participez à notre communion et que vous avez voulu pour la commune charité nous interroger, nous vous présentons non pas une opinion récente ni fondée d'aujourd'hui, mais, celle qui jadis fut approuvée, après examen, par nos prédécesseurs en toute exactitude et sollicitude et par nous observée, nous vous la communiquons et joignons ci-après, en décidant par nos votes, ce que depuis toujours nous avons gardé en toute certitude; que personne ne peut recevoir le baptême hors de l'Église catholique, parce qu'il n'y a qu'un baptême et il n'existe que dans l'Église catholique. Il est en effet écrit : "Ils ont abandonné moi la source d'eau vive et ils se sont creusé des citernes fissurées, qui ne peuvent retenir l'eau"; et la sainte Écriture met de nouveau en garde et dit : "Tenez-vous loin de l'eau étrangère et ne vous abreuvez pas à la source d'autrui". Il faut tout d'abord que l'eau soit et purifiée et sanctifiée par le prêtre, afin qu'elle puisse, par le bain qu'elle donne, laver les péchés de l'homme baptisé; car le Seigneur dit par le prophète Ezéchiel : "Je verserai sur vous de l'eau pure et vous purifierai et vous donnerai un coeur nouveau, Je vous donnerai un esprit nouveau". Or, comment pourrait-il purifier et sanctifier l'eau celui qui est lui-même impur et en qui n'est pas l'Esprit saint, alors que le Seigneur dit dans les Nombres : "Tout ce que touchera l'impur, sera impur"? Ou comment pourrait-il donner par le baptême la rémission des

péchés à autrui, celui qui ne peut, étant hors de l'Église, se libérer de ses propres péchés ?

Mais l'interrogation même qui se fait pendant le baptême témoigne en faveur de la vérité; en disant au candidat : "Crois-tu à la vie éternelle et à la rémission des péchés (par l'Église)", nous disons que rien de cela ne peut être donné sinon dans l'Église catholique; donc, chez les hérétiques, où il n'y a pas d'Église, il est impossible d'obtenir la rémission des péchés.

C'est pourquoi les avocats des hérétiques doivent ou bien changer l'interrogation ou bien alors défendre la vérité, à moins qu'à ceux dont ils défendent le baptême, ils n'accordent aussi d'être l'Église. De plus, il est nécessaire que reçoive la sainte onction celui qui vient d'être baptisé, pour devenir participant du don du Christ en recevant l'onction; or, c'est un service eucharistique que l'huile, sanctifiée à l'autel, avec laquelle les baptisés sont oints; mais l'hérétique ne saurait sanctifier l'huile, lui qui n'a ni autel ni église; il ne peut donc point y avoir chez les hérétiques de sainte onction, puisque nous savons d'une manière évidente qu'ils ne peuvent célébrer un service eucharistique pour y sanctifier l'huile de l'oction; nous devons, en effet, savoir et ne point oublier qu'il est écrit : "L'huile du pécheur ne m'oindra point la tête", monition que nous donne l'Esprit saint dans les psaumes, de peur qu'on ne sorte de la voie tracée et que l'on n'erre loin du droit chemin, en se faisant oindre chez les hérétiques, les adversaires du Christ.

Comment d'autre part peut prier pour le baptisé celui qui n'est pas un prêtre, mais un sacrilège et un pécheur, alors que l'Écriture dit : "Dieu n'exauce pas les pécheurs; mais, si quelqu'un a la crainte de Dieu et obéit à sa Volonté, celui-là Dieu l'exauce ?" Or, la rémission des péchés n'est accordée selon notre foi que par la sainte Église, et celui qui ne l'a point obtenue pour lui-même, comment peut-il l'accorder ? Ou bien encore, comment peut-il opérer les oeuvres de l'esprit, celui qui s'est privé de l'Esprit saint ? C'est pourquoi l'homme qui vient ainsi vide de toute grâce à l'Église, doit être baptisé et renouvelé, pour recevoir la sanctification intérieure des mains de ceux qui sont saints, car il est écrit : "Vous serez saints, comme Moi-même je suis saint, dit le Seigneur", afin que l'homme, qui a été conduit dans les pâturages de l'erreur, grâce au vrai baptême de l'Église se dépouille de l'erreur, commise du fait que venant à Dieu et cherchant un prêtre il se trompa et tomba entre les mains d'un sacrilège. Car, c'est approuver le baptême des hérétiques et des schismatiques que de reconnaître comme baptisés ceux qui l'ont reçu d'eux; il ne peut en effet être partiellement valide : si l'hérétique a pu conférer le baptême, il fut capable aussi de donner le saint Esprit; s'il ne peut pas le donner, vu qu'il n'a pas l'Esprit saint, étant hors de l'Église, il ne peut non plus baptiser, puisqu'il n'y a qu'un seul baptême, qu'un seul saint Esprit et qu'une seule Église, fondée sur Pierre par le Christ notre Seigneur, qui affirma ainsi dès le début son unicité.

C'est pourquoi tout ce qu'ils accomplissent, étant faux et vide de toute grâce, est aussi invalide; car rien ne peut être agréé et agréable à Dieu de ce que font ceux que le Seigneur appelle ses ennemis et adversaires, en disant dans les évangiles : "Celui qui n'est pas avec moi, est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi, disperse"; et le bienheureux apôtre Jean, fidèle observateur des commandements du Seigneur, a prescrit dans son épître: "Vous avez entendu que l'antichrist doit arriver, voici que présentement il y en a beaucoup; par où nous savons que la dernière heure est là. Ils sont sortis de chez nous, mais ils n'étaient pas des nôtres; s'ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous". De cela nous devons déduire et comprendre, si les ennemis du Seigneur, ceux qui furent appelés antichrists, sont capables de communiquer la grâce du Seigneur.

C'est pourquoi nous qui sommes avec le Seigneur et restons fidèles à l'unité de l'Église, voulue de lui, et tenant de lui notre dignité exerçons la fonction sacerdotale à sa place dans l'Église, nous devons réprouver et rejeter et tenir pour une profanation tout ce que ses adversaires, c.-à-d. les ennemis et antichrists font; et donner absolument à ceux qui reviennent de l'erreur et de la perversion à la connaissance de la vraie foi de l'Église le sacrement de l'unité et la vérité dans la foi.