CANONS DU CONCILE DE CARTHAGE

Canons des 217 pères réunis à Carthage

Après le consulat des très glorieux empereurs augustes Honorius consul pour la douzième fois et Théodose pour la huitième, le huitième jour avant les calendes de juin, à Carthage, dans les bureaux de l'Église de saint Fauste, s'étant réunis : le pape Aurélius, Valentin évêque du premier siège du pays de Numidie, Faustin de l'Église de Potenza de la province du Picénum en Italie, légat de l'Église de Rome, et d'autres délégués des provinces africaines, c.-à-d. des deux Numidies, de la Byzacène, de la Mauritanie Césarienne et de la Tripolitaine, et Vincent évêque de Colusium, Fortunat de Néapolis et les autres évêques du pays de la Proconsulaire, 217 évêques en tout, de même que les prêtres Philippe et Asellus, légats de l'Église de Rome, après qu'ils eurent pris place, les diacres étant présents ;

Aurélius évêque dit : Vous vous souvenez, mes bienheureux frères, qu'après le jour fixé pour le synode, en attendant nos frères qui sont arrivés maintenant comme délégués à ce synode, nous avons traité plusieurs questions, qu'il faut mettre dans les actes; c'est pourquoi il nous faut rendre grâces à notre Seigneur de la réunion d'une si grande assemblée et produire d'un côté la copie des décrets du concile de Nicée, que nous possédons et que nos pères ont publiés chez nous, de l'autre, ce qu'ont décidé ici en accord avec ce concile nos prédécesseurs de même que les clercs de tout degré, du premier au dernier, agissant dans le même esprit, pour le bien général.

 

Tout le synode dit : Qu'ils soient produits.

Daniel notaire lut : La confession de foi du concile de Nicée, de même que ses décisions, sont les suivantes.

Et pendant qu'il lisait, Faustin, évêque du peuple de Potenza de la province du Picénum d'Italie, délégué de l'Église de Rome, dit : Nous avons reçu du siège apostolique pour certaines des questions à traiter des instructions écrites, pour d'autres des instructions orales, ainsi que nous l'avons mentionné aux sessions précédentes, je veux dire au sujet des canons de Nicée, afin que soient observés et leur sens défini et le droit usuel qui en a résulté, car il y a des questions réglées par la discipline canonique, d'autres par la formule du droit coutumier ; si votre béatitude le veut bien, nous traiterons en premier lieu de cela, puis on mettra dans les actes en vue de leur confirmation ce qui a été conclu ou simplement discuté ; ainsi vous pourrez déclarer dans votre réponse au siège apostolique et montrer au vénérable pape, comme nous vous l'avons rappelé avec diligence, dans quelle mesure les chapitres des questions à traiter ont été mis dans les actes. De cela, donc, ai-je dit, si tel est l'avis de votre béatitude, nous devons traiter. Qu'on produise par conséquent la lettre d'instructions, afin que vous puissiez en connaître le contenu et que la réponse soit donnée à chacune des questions.

Aurélius évêque dit : Qu'on produise la lettre d'instructions, que nos frères et comministres ont mise récemment dans les actes, de même que la minute de ce qui a été traité ou doit encore être traité.

Daniel notaire lut la Lettre d'instructions :

A notre frère Faustin et à nos fils Philippe et Asellus les prêtres, Zosime évêque.

Les affaires qui vous sont confiées n'échapperont pas à votre attention : traitez-les toutes comme si nous étions, bien plus parce que nous sommes présents avec vous là-bas, puisqu'avant toutes choses vous avez notre mandat et le texte des canons, que pour plus de sécurité nous avons inscrits dans la présente lettre d'instructions. En effet, ainsi se sont exprimés nos frères du concile de Nicée, lorsqu'ils ont décidé de l'appel des évêques : "Il a plu, que si un évêque était accusé et les évêques de la même province réunis le jugent et le déposent de sa dignité, et lui, en vient à interjeter appel et à recourir au bienheureux évêque de Rome, si celui-ci veut bien recevoir son appel et estime devoir en justice faire une révision du procès, qu'il daigne écrire aux évêques de la province limitrophe, afin qu'ils examinent tout avec soin et prononcent en toute vérité leur sentence. Que si quelqu'un prétend que sa cause doive être à nouveau entendue et sur sa prière l'évêque de Rome juge bon d'envoyer des prêtres de son entourage, il sera au pouvoir de celui-ci de faire ce qu'il voudra et jugera bon : et s'il croit de son devoir d'envoyer des personnes qui munis de l'autorité de celui qui les a envoyées, jugeront de l'affaire avec les évêques, ce sera à lui d'en décider; et s'il pense même que les évêques suffisent pour mettre un terme à l'affaire, il fera ce que sa très sage prudence lui inspirera".

Après cette lecture, Alype, évêque de l'Église de Thagaste, délégué de la province de Numidie, dit : Nous avons déjà répondu sur ce point dans la lettre précédente du synode et nous déclarons que nous observerons la décision du concile de Nicée; mais ce qui me préoccupe encore, c'est qu'en examinant les copies grecques de ce concile de Nicée, nous n'avons pu, je ne sais pour quelle raison, y trouver ce texte. C'est pourquoi nous prions votre honneur, très saint pape Aurélius, puisqu'on dit que le texte officiel du concile de Nicée se trouve à Constantinople, d'y envoyer quelqu'un avec une lettre de votre sainteté; et cela, non seulement à notre très saint frère l'évêque de Constantinople, mais aussi aux vénérables pontifes d'Alexandrie et d'Antioche, afin qu'ils nous envoient le texte de ce concile accompagné de l'attestation de leur main, en sorte que toute contestation ultérieure soit évitée; car nous n'avons point trouvé ce que Faustin, notre frère, a exposé. Néanmoins, nous déclarons, ai-je dit, que nous observerons cette décision pour le peu de temps, jusqu'à l'arrivée des copies authentiques. Nous devons d'autre part demander par une lettre au très vénéré évêque de l'Église de Rome, Boniface, de daigner, lui aussi, envoyer quelqu'un aux dites églises, qui rapporteront sur sa demande écrite ces mêmes copies. Pour le moment cependant, nous ne joindrons aux actes que la copie en notre possession du dit concile de Nicée.

Faustin évêque, délégué de Rome, dit : Votre sainteté ne préjuge rien contre l'Église de Rome, ni sur ce chapitre, ni sur d'autres, du fait que notre frère et comministre Alype affirme que ces canons sont douteux, Mais daigne écrire cela à notre très saint pape, afin qu'après avoir lui aussi, examiné le texte des canons entiers, il puisse traiter avec votre sainteté de ce qui sera décidé. Il suffira en effet qu'à part lui il examine la question, comme votre sainteté la discute elle-même, afin d'éviter qu'une discorde ne naisse entre les églises; vos délibérations seront après sa réponse bien plus empreintes de charité fraternelle, sur ce qu'il faudra observer pour le plus grand bien.

Aurélius évêque dit : En plus de ce que nous avons mis dans les actes, il nous faut aussi exposer par une lettre de notre petitesse à notre très saint frère et comministre Boniface tout l'objet détaillé de nos discussions. Si donc ma proposition plaît à tous, que nous l'apprenions de la bouche de vous tous.

Tout le synode dit : Il plaît.

Navat évêque, délégué de la Mauritanie Sitifienne, dit : Nous nous souvenons maintenant que cette lettre d'instruction contient aussi au sujet des prêtres et des diacres, que leurs causes doivent être entendues de leurs propres évêques ou bien des évêques voisins, chose que nous n'avons point trouvée en lisant les canons du concile de Nicée. Nous prions pour cela votre sainteté qu'on nous la relise.

Aurélius évêque dit : Que soit lu sur le champ ce point aussi.

Daniel notaire lut : Quant à l'appel des clercs, je veux dire ceux des rangs inférieurs, la réponse du même concile est certaine; pour votre conduite sur ce point nous avons cru devoir vous la transcrire, telle est en effet sa teneur : "Hosius évêque dit : Je ne dois pas passer sous silence ce qui m'a toujours préoccupé. S'il se trouvait quelqu'évêque irascible, chose qui ne devrait pas arriver, et que, mû par une colère soudaine ou violente contre un prêtre ou un diacre de son diocèse, il voulut l'excommunier de son église, il faudra pourvoir à ce que la condamnation ou la perte de la communion n'ait point lieu sans raison. Que le clerc exclu ait donc la possibilité de recourir aux évêques voisins, afin que sa cause soit entendue et examinée avec plus de diligence; car il ne faudrait pas refuser à celui qui le demande d'entendre sa cause. Et évêque qui l'a exclu de la communion à tort ou à raison, supportera sans rancune que l'affaire soit réexaminée et sa décision soit ou confirmée ou corrigée;" et le reste.

Après cette lecture, Augustin évêque de l'Église d'Hippone, du pays de Numidie, dit : Cela aussi nous promettons de l'observer, sous réserve de la collation ultérieure des canons du concile de Nicée.

Aurélius évêque dit : Si tel est votre avis, confirmez-le par la réponse de votre charité à vous tous.

Tout le synode dit : Tout ce qui a été décidé au concile de Nicée a notre approbation à nous tous.

Jocond, évêque de l'Église de Suffétule, délégué du pays de Byzacène, dit : Ce qui fut décidé au concile de Nicée ne saurait être contredit par personne.

Faustin évêque, délégué de l'Église de Rome, dit : Donc, selon la déclaration de votre sainteté, du vénéré Alype d'une part, de notre frère Jocond de l'autre, je crois que certains points sont infirmés, d'autres confirmés; un doute semblable ne devrait point exister, si nous possédons les mêmes canons. Par conséquent, selon notre avis et le votre, que votre sainteté daigne en référer au très saint et vénéré évêque de l'Église de Rome, afin que lui aussi, comme a bien voulu le dire le très saint Augustin, il puisse repenser chacun des deux points; nous devons en effet concéder et nous taire sur ce point aussi, je veux dire les appels des clercs inférieurs, s'il est pour le moment douteux, et il est juste que sur ce chapitre encore l'évêque du bienheureux siège devrait nous informer, si l'on peut admettre que ce chapitre se trouve parmi les canons.

Aurélius évêque dit : Veuillez écouter la lecture de la copie des décisions du concile de Nicée, déjà lues par nous à votre charité; mais aussi ce qui fut décidé par nos prédécesseurs conformément à l'Esprit de ce même concile pour le bien général, et de plus ce qui fut décidé par nous-mêmes à présent, que tout soit lu et mis dans les actes.

Tout le synode dit : Que la copie de la profession de foi et les décisions du concile de Nicée, qui nous furent jadis apportés par Cécilien, le prédécesseur de votre sainteté : de plus ce qui fut établi en ces lieux à la suite de ces décisions et ce que nous avons établi à présent dans nos communes discussions soient mis dans les actes ecclésiastiques du synode et approuvés, c. à d. que votre béatitude daigne écrire, ainsi qu'il a été dit, aux vénérés évêques des églises d'Antioche, d'Alexandrie et de Constantinople, afin qu'ils envoient la copie des canons de Nicée accompagnée de l'attestation de leur propre main; ainsi la vérité apparaîtra et les chapitres, que Faustin, notre frère dans l'épiscopat, et les prêtres Philippe et Asellus ont apportés avec eut dans la lettre d'instructions, seront ou confirmés, s'ils s'y retrouvent, ou, s'ils ne s'y trouvent pas, discutés ultérieurement, tant que le synode est encore réuni. Daniel notaire lut au synode d'Afrique la profession de foi du concile de Nicée et ses décisions.

 

LA PROFESSION DE FOI DU CONCILE DE NICÉE

Nous croyons en un seul Dieu, père, tout puissant, créateur des choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui est né du père comme fils unique, c. à d. de la substance du père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, d'une commune substance avec le père, par qui toutes choses ont été faites, celles qui sont au ciel et celles qui sont sur terre : qui pour nous, les hommes, et pour notre salut est descendu (sur terre), et s'est fait chair et devint homme, souffrit (la passion) et ressuscita le troisième jour et monta aux cieux et s'est assis à la droite du père et à nouveau viendra pour juger vivants et morts. Et au saint Esprit.

D'autre part ceux qui disent : il fut (un temps), où il n'existait pas, et avant d'être engendré (du père) il n'existait pas, et qu'il a été fait du néant (de choses non-existantes) ou d'une autre substance, qui disent ou changeable ou transformable le fils de Dieu, ceux-là l'Église catholique et apostolique les anathématise

On lut de même les décisions du concile de Nicée en vingt chapitres; on lut ensuite ce qui fut légiféré dans les synodes de l'Afrique et se trouve consigné dans les présents actes.

 

1. Qu'il faut absolument observer ce qui fut décidé à Nicée

Aurélius évêque dit : Telle est la copie des canons en notre possession, que nos pères ont jadis rapportée du concile de Nicée; l'ordre fixé par celui-ci a été observé par les canons qui suivent et qui ont été définis dans le passé, ils doivent être à présent confirmés par nous et observés.

 

2. Qu'il faut proclamer le mystère de la sainte trinité

Le synode tout entier dit : La foi de l'Église que nous devons avec l'aide de Dieu enseigner d'un commun accord, doit être en tout premier lieu proclamée dans cette illustre assemblée; puis, la discipline ecclésiastique doit être observée du consentement de chacun et de tous ensemble. Pour confirmer d'autre part les âmes de nos frères dans l'épiscopat, récemment sacrés, il faut ajouter la formule définie que nous avons reçue de nos pères : que la trinité, imprimée dans nos coeurs consacrés en son nom, c. à d. le père et le fils et le saint Esprit, ne connaît dans son unité aucune différence.

Cette formule, telle nous l'avons reçue, telle nous l'enseignerons à nos peuples.

Et tous les évêques récemment promus répétèrent d'une voix distincte : ainsi avons-nous appris, ainsi croyons-nous, ainsi enseignerons-nous, nous conformant à la foi évangélique et à votre enseignement.

 

3. De la chasteté.

Aurélius évêque dit : Lorsqu'au synode précédent on discuta de la règle de continence et de chasteté, il fut décidé que les trois degrés, qui par leur consécration sont tenus tous les trois par la même obligation de chasteté, je veux dire les évêques, prêtres et diacres, soient continents en toute chose, comme cela convient à de saints évêques, à des prêtres de Dieu et à des lévites qui sont les ministres des divins sacrements, afin qu'ils puissent obtenir ce qu'ils demandent en toute simplicité à Dieu; ainsi nous garderons nous aussi ce qui fut transmis par les apôtres et observé de toute antiquité.

 

4. Des différents ordres de clercs obligés de s'abstenir du commerce d'avec les femmes.

Faustin évêque de Potenza de la province du Picénum, légat de l'Église de Rome, dit : Il nous plaît que l'évêque, le prêtre et le diacre, et toutes les personnes qui touchent aux choses saintes, gardant la chasteté s'abstiennent de tout commerce avec leurs femmes.

Tous les évêques dirent : Il nous plaît que tous ceux qui servent à l'autel gardent la chasteté.

 

5. Du désir insatiable des richesses.

Aurélius évêque dit : Il faut mettre un frein à la passion de l'avarice, que personne n'hésite à considérer comme la mère de tous les vices, en sorte que personne ne s'arroge abusivement les droits d'autrui, ni que par amour du gain on transgresse les règles posées par nos pères et qu'il ne soit absolument pas permis à un clerc de percevoir des intérêts de n'importe quoi. Ce qui a été rapporté récemment, étant encore obscur et quasi ignoré, sera examiné par nous et réglé; par contre, ce que l'écriture sainte a d'une manière très claire décidé, n'a pas besoin d'être discuté, mais suivi; il est en effet logique que la chose condamnable chez un laïc soit encore plus à condamner chez un clerc.

Tout le synode dit : Personne n'a agi contre les préceptes des prophètes, personne contre les préceptes de l'évangile, sans encourir condamnation.

 

6. Que le saint chrême ne doit pas être confectionné par les prêtres.

Fortunat évêque dit : Nous nous souvenons que dans les synodes précédents il fut décidé qu'il ne soit fait par des prêtres ni le saint chrême, ni la réconciliation des pécheurs repentants, ni la consécration des vierges, mais si jamais quelqu'un se présente qui fasse cela, que doit-on décider à son égard ?

Aurélius évêque dit : Votre condescendance a entendu ce qui a été rapporté par Fortunat notre frère dans l'épiscopat; que dites-vous à cela?

Par tous les évêques il fut déclaré que la confection du chrême et la consécration des vierges ne doivent pas être faites par des prêtres, ni qu'il soit permis à un prêtre de réconcilier quelqu'un pendant un office liturgique public : cela plaît à tous.

 

7. De la réconciliation de ceux qui se trouvent en danger.

Aurélius évêque dit : Si quelqu'un se trouvant en danger demande à être réconcilié avec les saints autels en l'absence de l'évêque, le prêtre doit certes prendre l'avis de l'évêque et réconcilier selon ses instructions la personne en danger. Nous devons confirmer ce point par une décision salutaire.

Tous les évêques dirent : Il nous plaît, ce que votre sainteté a daigné juger nécessaire pour notre utilité.

 

8. De ceux qui accusent nos pères les évêques; et qu'il n'est permis à aucun homme compromis d'accuser un évêque.

Numidius évêque de la Maxulitaine dit : Il y a beaucoup de gens d'une conduite non saine, qui pensent qu'il peuvent mettre en accusation leurs pères les évêques, à tort et à travers; faut-il recevoir ces accusateurs ou non?

Aurélius évêque dit : Votre charité est-elle d'avis que des personnes compromises dans des crimes déposent un vote d'accusation contre leurs pères? Tous les évêques dirent : Si la personne est compromise, elle ne sera pas admise à l'accusation.

 

9. De ceux qui sont exclus du catalogue du clergé en raison de leurs crimes.

Augustin évêque, délégué du pays de Numidie, dit : Daignez décider aussi, que si un évêque ou un prêtre reçoit dans sa communion les personnes chassées de l'Église en raison de leurs crimes, il aura lui aussi à répondre du même crime, que celui des personnes qui cherchent à se soustraire à la sentence canonique de leur propre évêque.

Tous les évêques dirent : Cela plaît à tous.

 

10. Des prêtres condamnés par leurs propres évêques.

Alype évêque, délégué du pays de Numidie, dit : Il ne faut pas non plus passer sous silence, que si jamais un prêtre condamné par son propre évêque, poussé par la vanité et l'orgueil, pense qu'il peut offrir à part le saint sacrifice à Dieu, ou estime qu'il peut élever un autel contre la foi et l'ordre de l'Église, un tel prêtre ne doit pas en sortir indemne.

Valentin, évêque du premier siège du pays de Sumidie, dit : Ce que notre frère Alype propose est évidemment conforme à la foi et à l'ordre de l'Église. Qu'en pense donc votre charité ? dites-le.

 

11. Si un prêtre révolté contre son évêque provoque un schisme, qu'il soit anathème.

Tous les évêques dirent : Si un prêtre est condamné pour sa conduite, il doit en appeler aux évêques des diocèses voisins, afin qu'ils accordent audience à son affaire et que par eux il soit réconcilié avec son évêque. S'il ne fait pas cela, mais si, ce dont Dieu nous garde, gonflé d'orgueil il se sépare de la communion de son propre évêque et fondant à part avec d'autres une église schismatique il offre le saint sacrifice à Dieu, un tel sera frappé d'anathème et perdra sa place. Il faut prendre en considération, évidemment, si par hasard sa plainte contre son évêque n'était pas fondée en justice.

12. Si un évêque tombe sous une accusation hors du temps du synode, qu'il soit jugé par douze évêques.

Félix évêque dit : Je suggère conformément aux décisions des anciens synodes, que si un évêque tombe sous quelque accusation, ce dont Dieu nous garde, et la grande nécessité des temps empêche la réunion d'un grand nombre d'évêques, qu'il soit entendu de douze évêques, afin qu'il ne reste pas longtemps sous le coup de l'accusation; et le prêtre, qu'il soit entendu de six évêques plus le sien propre, et le diacre, de trois évêques.

 

13. Qu'il n'est permis à un évêque d'être élu, sinon par un bon nombre d'évêques; mais en cas de nécessité, qu'il soit élu même par trois évêques.

Aurélius évêque dit : Que dit à cela votre sainteté?

Tous les évêques dirent : Il faut que soient observées par nous les décisions de ceux qui nous ont précédés, décisions que les primats de certaines provinces n'oseront inconsidérément négliger. Donc, un grand nombre d'évêques réunis éliront un évêque; en cas de nécessité cependant trois évêques, où qu'ils se trouvent, sur l'ordre du primat, éliront l'évêque. Si quelque évêque se met en contradiction avec sa profession de foi ou sa signature, il se dépouille par là lui-même de sa dignité.

 

14. Que de la Tripolitaine un seul évêque viendra comme délégué, et le prêtre y sera jugé par cinq évêques.

De même il fut décidé à propos de Tripolis, à cause de la pauvreté de la province, qu'un seul évêque en serait envoyé comme délégué au synode; que le prêtre y serait jugé par cinq évêques, et le diacre par trois, comme il a été dit plus haut, sous la présidence évidemment du propre évêque de l'accusé.

 

15. Des différents ordres qui sont au service de l'Église, en sorte que si quelqu'un d'entre eux tombe sous le coup d'une accusation et refuse le tribunal ecclésiastique, un tel risquera sa place; et que les enfants des prêtres ne s'approchent pas des spectacles publics.

De même il fut décidé qu'un évêque quel qu'il fût, ou un prêtre ou un diacre ou un clerc, contre lequel une action criminelle ou civile a été introduite devant l'Église, si laissant le tribunal ecclésiastique il veut se laver de l'accusation devant les tribunaux civils, il perdra sa place dans le clergé, même si la décision des tribunaux civils lui a été favorable, et cela dans une cause criminelle; si c'est une cause civile, il perdra ce qu'il a gagné devant les tribunaux civils, dans le cas où il voudra conserver sa place dans le clergé.

Il fut aussi décidé que si un appel a lieu des juges ecclésiastiques quels qu'ils soient à d'autres juges ecclésiastiques qui ont une plus grande autorité, ceux dont la décision est cassée ne subiront aucun dommage, si l'on ne peut prouver qu'ils ont jugé sous l'effet de l'inimitié ou de la passion, ou qu'ils ont été corrompus par quelque don. Mais si les juges ont été choisis du consentement des parties, même si leur nombre est inférieur à celui qui est prescrit, il ne sera pas permis d'en appeler.

De même il fut décidé que les enfants de prêtres ne donnent pas de jeux séculiers ni qu'ils y assistent; en effet, cela fut de tout temps interdit à tous les chrétiens, de s'approcher des lieux où l'on blasphème.

 

16. Que nul évêque ni prêtre ni diacre n'accepte une charge civile; que les lecteurs peuvent prendre femme; que les clercs s'abstiennent du commerce d'avec les femmes et du prêt à intérêt; et à quel âge ceux-ci et les vierges peuvent se consacrer à Dieu.

De même il fut décidé qu'évêques, prêtres et diacres ne rempliront point les charges de fermier ou d'intendant, ni ne se procureront de quoi vivre d'une chose honteuse ou malhonnête; ils doivent en effet avoir devant les yeux ce qui est écrit : "Aucun homme au service de Dieu ne se laisse entraver par des soucis de ce monde".

De même il fut décidé que les lecteurs arrivés à l'âge de la puberté soient obligés de se marier ou de vouer la chasteté.

De même il fut décidé qu'un clerc qui a prêté de l'argent, ne reçoive que son argent; s'il a donné des biens matériels, il recevra autant qu'il en a donné.

Qu'avant l'âge de vingt-cinq ans personne ne sera ordonné diacre, [ni aucun vierge consacrée].

Et que les lecteurs ne fassent point la salutation au peuple.

 

17. Que chaque province ait son primat à cause de l'éloignement.

Il fut décidé que la Mauritanie Sitifienne selon sa demande adressée au primat du pays de Numidie, dont elle a cessé de faire partie, possède son propre primat; du consentement donc de tous les primats des provinces africaines et de tous les évêques il lui fut permis de l'avoir, à cause de l'éloignement.

 

18. A son ordination le clerc doit être averti qu'il doit observer les canons; que l'eucharistie ne doit pas être administrée au corps des défunts, ni le baptême; et que de toutes les provinces les métropolitains doivent se réunir en synode une fois par an.

Il fut de même décidé que dans le cas de l'ordination d'un évêque ou d'un clerc les ordonnances des synodes leur seront inculquées par ceux qui les ordonnent, afin qu'ils n'aient pas à se repentir plus tard en agissant contre ces ordonnances.

De même il fut décidé qu'on ne donne pas l'eucharistie aux corps des défunts; il est en effet écrit : "Prenez, mangez"; or les corps des défunts ne peuvent ni prendre ni manger. De même, que les prêtres dans leur ignorance ne donnent pas le baptême à ceux qui sont déjà morts.

C'est pourquoi il faut réaffirmer dans ce saint synode que, suivant les décisions prises à Nicée, un synode doit être convoqué chaque année pour les questions ecclésiastiques, dont les solutions tirent souvent en longueur au grand dam du peuple chrétien; à ce synode les titulaires des premiers sièges de la province doivent envoyer comme évêques délégués de leur synode provincial deux évêques de leur choix ou même plus, afin que l'assemblée réunie puisse avoir une autorité pleine et entière.

 

19. Que si un évêque est accusé, l'affaire doit être portée devant le primat de sa province.

Aurélius évêque dit : Si un évêque est sous le coup d'une accusation, l'accusateur doit déférer l'affaire au tribunal du primat de ce pays; l'accusé ne sera pas privé de la communion ecclésiastique dans l'intervalle, à moins que, convoqué par écrit à présenter sa défense au tribunal de ceux qui ont été choisis comme juges, il ne se présente pas à la date fixée, c'est à dire dans le délai d'un mois depuis le jour où il appert qu'il a reçu la lettre de convocation. Si cependant il produit des raisons vraies et de force majeure, qui l'ont empêché de se présenter pour se défendre contre les griefs proposés contre lui, qu'il ait un autre mois entier à sa disposition. Mais après ce second mois il n'aura pas le droit de communier, jusqu'à ce qu'il ait prouvé son innocence. Si d'autre part c'est au synode général annuel qu'il ne veut pas se présenter, afin de mettre, au moins alors, un terme à son affaire, on en conclura qu'il a prononcé lui-même contre soi la sentence de condamnation. Dans le temps où il est privé de la communion, il ne communiera ni dans sa propre église ni dans une église de la campagne.

Quant à son accusateur, s'il ne manque point aux sessions où l'on examine l'affaire, qu'il ne soit point empêché de la communion; mais si jamais il y manque en tergiversant, l'évêque sera rétabli à la communion et lui, l'accusateur, sera rejeté de la communion; à condition cependant que lui non plus ne soit pas privé de la possibilité de rester accusateur dans l'affaire, s'il peut prouver qu'il n'a pu se présenter dans le délai fixé, non par mauvaise volonté, mais par impossibilité. Il est évident que dès le début de l'action devant le tribunal des évêques, si la personne de l'accusateur est suspecte, elle ne sera pas admise à l'accusation, à moins qu'il ne veuille introduire une action, touchant ses intérêts privés et non point les affaires d'église.

 

20. Des prêtres et des clercs accusés.

Et si des prêtres ou des diacres sont sous le coup d'une accusation, qu'on réunisse le nombre prescrit des évêques choisis parmi ceux des territoires avoisinants sur la demande des accusés, c'est à dire pour les prêtres six évêques et pour le diacre trois; avec eux l'évêque propre des accusés examinera leur cause, la même procédure que plus haut étant observée pour ce qui regarde les dates des sessions du tribunal, les dilations, les enquêtes et la qualité des personnes des accusateurs et des accusés. Quand aux causes des autres clercs, seul l'évêque du lieu les instruira et en décidera.

 

21. Que les enfants des clercs ne doivent pas contracter de mariage avec des hérétiques.

De même il fut décidé que des enfants de clercs ne contracteront mariage ni avec des païens, ni avec des hérétiques.

 

22. Que les évêques et les clercs ne doivent faire aucune donation à des hérétiques.

Les évêques ou les clercs n'inscriront pas dans leur testament pour des donations de leurs biens des chrétiens non-orthodoxes, même si ceux-ci leur sont apparentés.

 

23. Que les évêques ne doivent pas s'en aller au delà des mers.

De même, que les évêques n'entreprennent la traversée de la mer, sinon de l'avis de l'évêque du premier siège de chaque territoire, c'est à dire pas sans avoir surtout reçu du primat ce qu'on appelle une lettre dimissoriale formée, ou recommandation.

 

24. Qu'on ne doit rien lire dans l'Église hormis les écritures canoniques.

De même il fut décidé que dans les églises sous le titre d'écriture sainte on ne lira rien en dehors des livres canoniques. Les livres canoniques sont : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué fils de Navé, Juges, quatre livres des Rois, deux livres des Paralipomènes, Job, le Psautier, cinq livres de Salomon, douze livres des Prophètes, Esaïe, Jérémie, Ezéchiel, Daniel, Tobie, Judith, Esther, deux livres d'Esdras. Du Nouveau Testament : quatre évangiles, un livre des Actes des apôtres, quatorze épîtres de Paul, deux de l'apôtre Pierre, trois de l'apôtre Jean, une de l'apôtre Jacques, une de l'apôtre Jude.

Que le canon de l'écriture ci-exposé soit notifié à notre frère et comministre dans l'épiscopat Boniface, et aux autres évêques de ces terres-là en vue de sa confirmation, car pour nous, nous n'avons reçu de nos pères que ces livres à lire dans l'Église.

 

25. Les évêques et les ordres suivants de clercs, qui touchent aux mystères sacrés, nous décidons qu'ils s'abstiennent de tout commerce d'avec leurs femmes.

Aurélius évêque dit : Comme il a été question de certains clercs, surtout des lecteurs, à propos de la continence vis-à-vis de leurs femmes, j'ajouterai, mes très chers frères, ce qui a été confirmé dans maints synodes, que les sous-diacres qui touchent aux mystères sacrés, et les diacres et les prêtres, et les évêques aussi conformément aux ordonnances qui les concernent, s'abstiendront de leurs épouses, "comme s'ils n'en avaient pas"; que s'ils ne le font pas, ils seront écartés de toute fonction ecclésiastique. Quant aux autres clercs, ils n'y seront obligés qu'à un âge avancé.

Tout le synode dit : Ce que votre sainteté a réglé selon la justice, nous le confirmons, car il est digne du sacerdoce et agréable à Dieu.

 

26. Que les biens d'église ne doivent être dilapidés par personne.

De même, il fut décidé que personne ne doit vendre un bien d'église. Que si ce bien ne rapporte rien, alors qu'on se trouve dans une grande nécessité, il faut en référer au primat de la province et ensemble avec le nombre requis d'évêques délibérer sur ce qu'il faudra faire. Si cependant l'Église se trouve dans une nécessité si urgente, qu'on ne puisse délibérer avant de vendre, l'évêque doit au moins convoquer comme témoins les évêques voisins, en prenant soin de donner plus tard au synode les preuves de toutes les difficultés, qu'a traversées son église; s'il ne le fait pas, l'évêque qui a vendu sera considéré comme coupable devant Dieu et le synode, et perdra toutes ses dignités.

 

27. Les prêtres et les diacres convaincus d'une lourde faute ne doivent point recevoir l'imposition des mains comme les pécheurs laïcs.

De même il fut confirmé, que si jamais des prêtres ou des diacres furent convaincus d'une faute par trop lourde, qui les écarte nécessairement de leurs fonctions, on ne doit pas leur imposer les mains comme à des pécheurs repentants ou à des fidèles laïcs; il ne leur est pas non plus permis, en se faisant rebaptiser d'avancer de nouveau dans la cléricature.

 

28. Les prêtres, diacres et clercs qui dans leur cause feraient appel aux tribunaux d'au-delà des mers, ne seront point reçus à la communion.

De même il fut décidé que les prêtres et les diacres et les autres clercs inférieurs, qui dans leurs procès auraient des reproches à faire aux tribunaux de leurs propres évêques, trouveront audience auprès des évêques voisins et que les évêques appelés par eux décideront de leurs différends du consentement du propre évêque. Que si même contre la décision de ceux-ci ils croient devoir interjeter un appel, ils n'en appelleront pas aux tribunaux d'au-delà les mers, mais aux primats de leurs provinces, comme il fut à plusieurs reprises décidé même à propos d'évêques. Ceux qui en appelleront aux tribunaux de l'autre côté du canal, ne seront reçus à la communion par personne en Afrique.

 

29. Si, en étant excommunié et avant d'être jugé, quelqu'un ose communier, il se condamne lui-même.

De même, il fut décidé par tout le synode, que l'évêque ou n'importe quel clerc qui fut excommunié pour sa négligence, s'il ose communier dans le temps de son excommunication avant d'être entendu en procès, sera considéré comme ayant prononcé lui-même contre soi la sentence de condamnation.

 

30. De l'accusateur et de l'accusé.

De même, il fut décidé que l'accusé ou l'accusateur, s'il craint quelque violence de la part de la populace effrontée dans les lieux, dont l'accusé est originaire, pourra se choisir un lieu le plus proche, ou il n'aura pas de difficultés à produire ses témoins, et où l'affaire sera conclue.

 

31. Si des clercs, promus par leur évêque à un poste, le refusent, ils ne garderont pas même celui, qu'ils n'ont pas voulu quitter.

De même il fut décidé que les clercs quels qu'ils soient et les diacres, qui n'obéiront pas à leurs évêques, désireux de les promouvoir à des dignités supérieures dans leurs diocèses pour des besoins urgents de l'Église, n'exerceront pas non plus les fonctions de la dignité qu'ils n'ont pas voulu quitter.

32. Si un clerc peu fortuné, réussissant dans son poste, y acquiert du bien, ce bien restera à la disposition des évêques.

De même il fut décidé que les évêques, prêtres, diacres ou même n'importe quels clercs, qui ne possédaient rien, si, leurs affaires ayant prospéré dans le temps de leur épiscopat ou de leur cléricature, ils achètent des biens à la campagne ou n'importe quelle propriété en leur nom, ils seront considérés comme coupables de s'être approprié des biens d'église, à moins que rappelés à l'ordre ils ne les rendent à l'Église. Mais si un bien est acquis à eux personnellement par la générosité de quelqu'un ou par la succession d'un parent, ils en disposeront selon leur volonté; si cependant après s'être proposé de le laisser à l'Église ils changent d'avis, ils seront jugés indignes de toute dignité ecclésiastique, comme des gens inconstants.

 

33. Que les clercs ne vendront rien des biens de l'Église, à laquelle ils ont été nommés; et qu'il n'est permis à aucun évêque de mal user des biens inscrits sur le rôle de l'Église

De même il fut décidé que les prêtres ne doivent pas vendre un objet appartenant à l'Église pour laquelle ils furent ordonnés, sans l'avis de leurs propres évêques, comme il n'est pas permis aux évêques non plus de vendre des propriétés de l'Église à l'insu du synode ou de leurs propres prêtres.

Sans qu'il y ait nécessité, même à l'évêque, il n'est pas permis d'aliéner un objet inscrit au rôle du registre des biens d'église.

 


Canons des différents synodes de l'Église d'Afrique.

Dans ce même synode furent aussi lus les actes des divers synodes de la terre d'Afrique, qui ont eu lieu dans les années précédentes sous Aurélius évêque de Carthage.

 

Du synode qui a eu lieu à Hippone-Rhégius.

Sous le consulat du très glorieux Théodose empereur auguste, consul pour la troisième fois, et du clarissime Abundantius, le huitième jour des ides d'octobre, à Hippo-Rhégius, au secrétariat de l'Église de la Paix et le reste. Les actes de ce synode ne furent pas copiés, parce que ses décisions sont contenues dans ce qui précède.

 

Du synode de Carthage, où on décida d'envoyer des évêques de l'Afrique proconsulaire comme délégués au synode d'Hadrumète.

Les très glorieux empereurs augustes étant consuls, Arcadius pour la troisième fois et Honorius pour la deuxième, le seizième jour des calendes de juillet, à Carthage. Dans ce synode on choisit parmi les évêques de l'Afrique proconsulaire des délégués pour le synode d'Hadrumète.

 

Du synode de Carthage, ou de nombreuses décisions furent prises.

Sous Césaire et Atticus les clarissimes consuls, le cinquième jour des calendes de septembre, à Carthage, au secrétariat de la basilique Restaurée, sous la présidence d'Aurélius évêque, les évêques étant présents assistes de diacres, y assistant aussi Victor le vénérable évêque de Pupput, Tite évêque de Migirpa, Évangèle évêque d'Assuras, Aurélius évêque de Carthage parla aux évêques.

Aurélius évêque dit : Après le jour fixé pour la réunion du synode, alors que nous siégions, comme vous vous en souvenez, mes très bienheureux frères, et attendions que les délégués de toutes les provinces d'Afrique arrivent au jour de notre réunion, jour fixé, dis-je, à l'avance, on lut une lettre de nos comministres de la Byzacène; on lut aussi à votre charité les discussions qui ont eu lieu entre moi et ceux qui sont arrivés avant le jour fixé pour le synode; nos frères Honoré et Urbain, qui prennent part à la session de ce jour, nous ont lu la délégation qui fut envoyée du territoire Sitifien; or notre frère Rhéginus de l'Église Végétsélitaine présenta à notre modestie des lettres de nos comministres Crescentien et Aurélius, titulaires des premiers sièges des deux Numidies, dans lesquelles, votre charité s'en souvient avec moi, ils promettent ou bien de daigner venir eux-mêmes à ce synode ou bien d'y envoyer, selon l'usage, des délégués. Mais comme cela n'a eu aucunement lieu, les délégués de la Mauritaine Sitifienne, arrivés de si loin, protestent qu'ils ne peuvent s'attarder plus longtemps.

C'est pourquoi, mes frères, si tel est l'avis de votre charité, qu'on lise dans cette réunion bénie les lettres de nos frères de la Byzacène et le mémoire qu'ils y ont ajouté, afin que soit corrigé pour le mieux ce que votre charité estimerait pouvoir être corrigé avec plus de soin; c'est cela en effet que notre frère dans l'épiscopat Mizonius, le titulaire très illustre du premier siège, demande en écrivant à mon humilité d'une manière digne de sa grandeur et de sa prudence. Si donc tel est votre avis, qu'on lise ce qui fut débattu et que votre charité prête attention à chaque question.

A nos bien-aimés frères dans l'épiscopat dans les diverses provinces : la Numidie, les deux Mauritanies, Tripolis et la Province proconsulaire, Aurélius, Mizonius et les autres évêques.

Plusieurs d'entre nous, en vue du bien de l'Église, avaient rapporté, lors de notre assemblée dans la ville de Carthage, que certains dans leur audace effrénée n'observent point les décisions que jadis le synode d'Hippone après mûre réflexion a légitimement prises et publiées pour l'amélioration salutaire de la discipline. Or pour s'excuser de ces fautes, certains mettent en avant, qu'ils ont péché parce qu'ils ignoraient ce fui jadis fut statué comme loi.

C'est pourquoi nous avons décidé d'un commun accord de porter tout cela à la connaissance de tous dans la province de Byzacène, afin que désormais quiconque enfreindra ces décrets sache qu'il aura perdu par là son rang dans le clergé. Le résumé de ces décisions, qui nous semble embrasser tout et établir avec un peu plus de soin certains points, nous l'avons fait joindre à cette lettre; en sorte qu'ayant sous les yeux le résumé des décrets, nous veillions avec plus de sollicitude à les observer.

Nous vous souhaitons, frères, de vous toujours bien porter en Dieu et de vous souvenir de nous dans votre prière.

Et de la main du vénérable Mizonius : Nous vous souhaitons, frères, d'avoir la joie bienheureuse de Dieu et de vous souvenir de nous.

 

34. Qu'aucune des décisions du synode d'Hippone n'est à corriger.

Épigone évêque dit : Dans ce résumé, qui est un choix des actes du synode d'Hippone, il n'y a, croyons-nous, rien qui doive être corrigé ou complété; sinon, que la date de la sainte pâque devra être communiquée au temps du synode.

 

35. Que les évêques et les clercs ne doivent pas trop facilement émanciper leurs enfants.

Que les évêques et les clercs ne laissent pas leurs enfants devenir indépendants par un acte d'émancipation, sans s'être assurés de leur conduite et de leur maturité, afin que leurs péchés retombent sur eux-mêmes.

 

36. Que les évêques et les clercs ne doivent pas être ordonnés, avant qu'ils n'aient converti au christianisme tous les leurs.

Que personne ne soit ordonné évêque, prêtre ou diacre, avant d'avoir fait chrétiens orthodoxes tous ceux de sa maison.

 

37. Qu'il n'est pas permis d'offrir pendant le saint sacrifice autre chose que du pain et du vin mélangé d'eau.

Que dans les saints mystères on n'offre rien de plus que le corps et le sang du seigneur, comme le seigneur lui-même l'a enseigné, c'est-à-dire du pain et du vin mélangé d'eau. Quant aux prémices, miel ou lait, qu'elles soient offertes en l'un des jours fixés par l'usage pour le sacrement des enfants; car bien qu'elles soient offertes pour la plupart du temps dans le sanctuaire, elles doivent recevoir une bénédiction toute spéciale, de manière à être distinguées du corps et du sang du seigneur.

Qu'on n'offre en guise de prémices rien d'autre que du raisin et du blé.

 

38. Que les clercs et les ascètes ne doivent pas entrer dans les maisons des veuves et des vierges.

Des clercs et des moines ne doivent point entrer dans les maisons des veuves ou des vierges, sans la permission de l'évêque ou des prêtres; et même dans ce cas, qu'ils n'y aillent pas seuls, mais en compagnie d'autres clercs, ou avec des personnes avec lesquelles l'évêque ou les prêtres y vont. Mais pas même l'évêque ou les prêtres n'entreront chez les femmes qui mènent ce genre de vie sans la présence d'autres clercs ou de chrétiens honorables.

 

39. Que le premier évêque de la province ne doit pas s'intituler prince des prêtres.

Que l'évêque du premier siège ne se fasse pas appeler exarque des prêtres ou souverain prêtre ou quelque chose de semblable, mais simplement évêque du premier siège.

 

40. Que les clercs ne doivent pas entrer dans les cabarets, sauf s'ils sont en voyage.

Que les clercs n'entrent pas dans les tavernes pour y manger ou boire, à moins d'y être contraints par les nécessités du voyage.

 

41. Que le sacrifice de la liturgie doit être offert à jeun.

Que les saints mystères de l'autel ne soient accomplis sinon par des hommes à jeun, sauf au jour anniversaire, où l'on commémore le cène du seigneur. Si un évêque ou quelqu'un d'autre mourait dans l'après-midi, l'office de la recommandation de l'âme que l'on fait, se fera avec des prières seulement, si ceux qui le font se trouvent avoir déjà mangé.

42. Qu'on ne doit point donner des banquets dans les églises

Qu'évêques ou clercs ne prennent point de repas dans une église, à moins que par hasard ils ne soient obligés par les nécessités du voyage de passer la nuit dans une église sur leur passage. Le peuple doit être de même détourné autant que possible de ce genre de banquets.

 

43. Des pécheurs repentants.

Qu'il faut fixer aux pénitents, selon le jugement de l'évêque, un temps de pénitence mesuré à la variété des fautes.

 

Que le prêtre ne réconcilie point le pénitent sans l'avis de l'évêque, sauf si en cas d'absence de l'évêque il y était poussé par la nécessité. Si le délit d'un pénitent quel qu'il fût, est public et connu de tous, jetant le trouble dans toute l'Église, on lui imposera la main devant l'abside de l'église.

44. Des vierges.

Que les vierges consacrées, en se séparant de leurs parents qui les gardaient, devront être confiées par les soins de l'évêque ou en son absence par ceux du prêtre à des femmes honorables; ou bien les faisant habiter ensemble on leur procurera une surveillance réciproque, afin qu'elles ne causent point de tort au bon renom de l'église en errant de tous côtés.

 

45. Des malades qui ne peuvent plus parler.

Que les malades qui ne peuvent répondre eux-mêmes soient alors seulement baptisés, lorsqu'il pourront rendre témoignage de leur volonté sous leur propre responsabilité.

Des gens de théâtre qui se repentent et reviennent au Seigneur.

Qu'aux acteurs, mimes et autres personnes menant ce genre de vie, ou à des apostats, la grâce ou la réconciliation ne soit pas refusée, ils se repentent et retournent à Dieu.

 

46. De la lecture des passions des martyrs.

Qu'il soit aussi permis de lire les passions des martyrs, lorsqu'on fête leur jour anniversaire.

 

47. Des enfants donatistes baptisés chez les donatistes.

Nous avons décidé d'interroger nos frères dans le sacerdoce Sirice et Simplicien aux sujet des enfants nouveaux-nés baptisés par les donatistes, si ce qu'ils n'ont pas commis de leur propre gré, mais par l'erreur de leur parents, peut les empêcher d'entrer au service des autels, lorsque par une volonté salutaire ils reviennent à l'église de Dieu.

 

Après qu'on eût traité ces questions, Honoré et Urbain, évêques de la province de la Mauritanie Sitifienne, dirent : Envoyés comme délégués à votre sainteté, nous avions depuis assez longtemps remis de lire nos instructions écrites, comprenant qu'il fallait attendre l'arrivée de nos frères, les délégués de la Numidie; mais comme un nombre, pas le moindre, de jours s'est écoulé, sans que les délégués attendus n'arrivent, nous ne devons pas négliger plus longtemps les instructions qui nous furent données par nos collègues dans l'épiscopat. Veuillez donc, frères, écouter avec bienveillance notre rapport. Nous avons déjà entendu ce qui fut dit de la confession de la foi, formulée à Nicée; il est vrai aussi que fut en son temps confirmée la décision concernant les saints mystères accomplis dans l'après-midi, pour qu'ils soient offerts par des personnes à jeun, comme cela convient.

 

48. Des rebaptisations, réordinations et transferts d'évêques.

Nous avons été chargés d'en référer à vous au sujet de la décision du synode de Capoue, c'est-à-dire qu'il est interdit de procéder à des rebaptisations ou des réordinations ou des transferts d'évêques d'un siège à un autre. Or, Cresconius évêque de Villa-Régis, méprisant son propre troupeau, s'empara de l'église de Tubuna, et averti à plusieurs reprises jusqu'à ce jour de quitter selon la décision prise cette même église, dont il s'empara, il ne le voulut point. Nous avons entendu la confirmation des sentences prononcées à son sujet; et nous demandons conformément à notre instruction, que vous daigniez nous donner la liberté de pouvoir recourir contre lui, puisque la nécessité nous y contraint, au chef civil de la province, suivant les prescriptions des très glorieux empereurs; de cette manière, celui qui n'a pas voulu obéir à l'avertissement plein de douceur de votre sainteté et corriger sa faute impardonnable, sera aussitôt empêché d'y persister, grâce à l'autorité civile.

Aurélius évêque dit : Conformément à la procédure établie il ne sera pas considéré comme membre de notre synode, puisqu'invité avec bonté par votre charité, il refusa de partir; car par sa propre présomption et audace il tomba sous le coup de l'autorité civile.

Honoré et Urbain les évêques dirent : Tel est-il donc l'avis de tous ?

Tous les évêques dirent : Cela est juste, tel est notre avis.

 

49. Combien d'évêques sont requis pour sacrer un évêque.

Honoré et Urbain les évêques dirent : Nous avons reçu aussi l'instruction suivante; vu que tout récemment deux de nos frères évêques de Numidie ont osé sacrer un évêque, décidez que le sacre des évêques ne se fasse sinon par douze évêques.

Aurélius évêque dit : L'ancienne règle sera observée, que moins de trois évêques, exigés par elle, ne suffiront pas au sacre des évêques; pour la raison évidente qu'à Tripolis et à Arzag des peuples barbares se tiennent aux frontières; et en Tripolitaine, vous le savez, il n'y a que cinq évêques et il est possible que souvent sur ce nombre deux soient pris par quelque service urgent; il est en effet difficile que sur quelque nombre que ce soit tous puissent répondre à l'invitation : faudrait-il que cela fût un obstacle au bien de l'église ? Dans cette église-ci, par exemple, dans laquelle votre sainteté a daigné se réunir, nous avons souvent tous les dimanches des personnes à sacrer; puis-je donc convoquer continuellement douze ou dix ou même un nombre moindre d'évêques ? Tandis que m'adjoindre deux évêques voisins est facile à ma petitesse. Votre charité voit par conséquent avec moi que l'on ne saurait observer pareille règle.

 

50. Combien d'évêques doivent être ajoutés au nombre des électeurs, si une contestation s'élève sur le choix de l'ordinant.

Cependant nous devons décider, que si jamais nous procédions à l'élection d'un évêque et que surgît un désaccord, car de tels faits se sont déjà produits chez nous, il serait osé que trois évêques seuls se trouvent réunis pour purger des accusations le candidat au sacre, mais il faut ajouter au nombre susdit un ou deux autres évêques et examiner d'abord la personne des contradicteurs, en présence du peuple du diocèse où le candidat doit être ordonné; ensuite on ajoutera l'examen des griefs proposés; et lorsqu'il paraîtra pur de toute accusation en face du peuple, alors on l'ordonnera.

Si votre sainteté daigne accepter cela, qu'il soit confirmé par la réponse unanime de votre autorité.

Tous les évêques dirent : Cela nous plaît fort.

 

51. Que le jour de pâques sera annoncé par l'église de Carthage.

Honoré et Urbain les évêques dirent : Puisqu'il faut adjoindre tout ce qui se trouve dans le mémoire de nos instructions, nous ajouterons que nous avons été aussi chargés de la question de la date du jour de pâques : que nous puissions nous y préparer avertis toujours, selon l'usage, par l'église de Carthage, mais non pas à la dernière minute.

Aurélius évêque dit : Si tel est l'avis de votre sainteté, puisque nous savons que depuis longtemps déjà vous vous êtes promis, de nous réunir chaque année pour débattre nos affaires, au temps de notre réunion vous sera aussi communiquée la date du saint jour de pâques par les délégués qui se trouveront présents au synode.

Honoré et Urbain les évêques dirent : Maintenant dans la présente assemblée nous demandons que vous daigniez en avertir par lettre nos synodes provinciaux.

Aurélius évêque dit : Il faudra bien faire cela.

 

52. De la visite canonique des provinces.

Honoré et Urbain les évêques dirent : Nous avons reçu aussi l'instruction orale suivante : que vous daigniez appliquer à nous aussi la décision du synode d'Hippone de votre devoir de visiter chaque province au temps du synode; or cette année-ci et la précédente vous avez omis de visiter la Mauritanie dont c'était le tour.

Aurélius évêque dit : Nous n'avons alors rien décidé de la province de Mauritanie, vu qu'elle est située aux confins de l'Afrique et au voisinage du pays des barbares. Dieu veuille nous accorder de pouvoir le faire de notre plein gré, sans l'avoir promis, et visiter votre province; vous devez en effet comprendre, frères, que s'il était raisonnable d'exiger pareille visite, les frères de la Tripolitaine et d'Arzag pourraient avoir la même prétention à notre visite.

 

53. Qu'on n'établira pas un second évêque dans un diocèse, sinon du consentement du titulaire de ce diocèse.

Épigone évêque dit : En des nombreux synodes fut décidé par l'assemblée des évêques que les peuples des campagnes dépendant d'un évêché, qui n'ont jamais eu d'évêque propre, ne reçoivent de chefs à elles, c'est à dire des évêques, que du consentement de l'évêque auquel elles étaient soumises dès le commencement. Il y en a, en effet, qui ayant obtenu quelque autorité se détournent de la communion de leurs frères et une fois sur la pente du mal ils revendiquent l'indépendance pour eux, comme par droit d'une autorité déjà ancienne; d'autres part, plusieurs prêtres orgueilleux et sots relèvent la tête contre leurs propres évêques, en excitant la foule par des banquets et des conseils malhonnêtes, afin qu'elle les établît ses chefs par une faveur désordonnée. La preuve insigne de ce que vous pensez, Aurélius notre frère, nous la possédons dans le fait bien connu, que vous avez déjà repoussé à plusieurs reprises de telles tentatives sans les tolérer. Mais en vue des intentions malhonnêtes et des machinations concertées pour le mal, je propose que le peuple d'une campagne, soumise depuis les temps anciens à un évêque et n'ayant jamais eu un évêque à elle, ne doit point recevoir de chef à elle. Si donc ma proposition plaît à tout le saint synode, qu'elle soit confirmée.

Aurélius évêque dit : Je ne m'opposerai pas à la proposition de notre frère dans l'épiscopat, j'avouerai même que je l'ai pratiquée et la pratiquerai, évidemment vis-à-vis de ceux qui sont en accord non seulement avec l'église de Carthage, mais avec toute la hiérarchie. Il y en a en effet beaucoup qui excitent leurs peuples, qu'ils trompent, comme il a été dit, en flattant leurs oreilles et se gagnant la faveur de gens de moeurs perdues; ils s'en enflent davantage et se séparent de notre communion, eux qui à plusieurs reprises convoqués à se présenter au synode, s'y refusent en s'appuyant sur leur troupeau, comme s'ils avaient peur que leurs fautes ne deviennent manifestes. Je dis donc, si tel est votre avis, qu'il faut de toute manière nous efforcer à ce que non seulement ils ne gardent pas les premiers sièges des provinces, mais pas même les églises qu'on avait à tort mises entre leurs mains, et qu'ils soient expulsés par l'autorité civile et destitués, même s'ils occupent un siège primatial. Car il faut que les évêques en communion avec tous les frères et tout le synode, non seulement occupent en toute justice leur propre siège, mais même acquièrent de tels diocèses; tandis que ceux qui semblent se contenter de leur peuple et méprisent la charité fraternelle, perdront non seulement le premier siège de la province, mais même, dis-je, le territoire pour lequel ils furent sacrés, et en seront privés par l'autorité civile comme des rebelles qu'ils sont.

Honoré et Urbain les évêques dirent : La très grande prévoyance de votre sainteté en impose à tous les esprits et nous pensons que la réponse générale confirmera votre proposition.

Tous les évêques sans exception dirent : Tel est notre avis, tel est notre avis.

 

54. Que les clercs étrangers ne seront pas reçus par un autre évêque.

Épigone évêque dit : Décidé en de nombreux synodes, il fut même confirmé à présent par votre sagesse, très bienheureux frères, qu'aucun évêque se doit d'approprier un clerc étranger, sans l'avis de l'évêque auquel il appartenait jusque-là. or, je dois mentionner que Julien, se montrant ingrat de tous les bienfaits de Dieu accumulés sur sa personne par ma petitesse se conduisit avec une telle effronterie et audace, que l'enfant baptisé par moi en bas âge, enfant qu'à cause de sa grande indigence il me confia et que j'ai nourri et élevé pendant de longues années, enfant, dis-je, qui dans ma propre église fut baptisé de la main de mon humilité et qui au su de tous fut fait lecteur dans la paroisse des Mapalitains et durant deux ans y exerça la fonction de lecteur, celui-là, je ne sais par suite de quel mépris de mon humilité ce même Julien le prétend originaire du territoire Bazaritain, qui relève de lui, et, contre mon avis, il l'a pris à son service : car il l'a même ordonné diacre. Si une telle action est licite, qu'on nous fasse connaître qui l'autorise; sinon, qu'on mettre fin à une telle effronterie, afin que le susdit Julien ne mette pas la main sur le bien d'autrui.

Numidius évêque dit : S'il est prouvé que Julien a fait cela sans interroger votre dignité ni l'en prier, nous jugeons tous le fait injuste et indigne. C'est pourquoi, si ce même Julien ne corrige pas son erreur et n'y remédie en rétablissant parmi votre troupeau ce clerc qu'il a osé ordonner, se mettant en contradiction avec les décisions du synode et séparé de nous, il prononcera lui même la sentence de sa propre excommunication.

Épigone évêque dit : Notre père par l'âge et notre aîné par la vertu, homme digne de louanges, notre frère et comministre Victor veut que cette proposition trouve une application générale pour tous.

 

55. Qu'il est permis à l'évêque de Carthage d'ordonner un clerc de n'importe quel diocèse.

Aurélius évêque dit : Frères, écoutez avec bienveillance mes paroles. Des demandes me furent souvent adressées par les gens d'église, qui avaient besoin de diacres ou de prêtres ou d'évêques; cependant, me souvenant de ce qui fut décidé, je m'y suis conformé, en me concertant avec l'évêque du clerc qui m'est demandé et lui représentant que ceux de telle ou telle église demandent un de ses clercs. Certes, jusqu'à présent ces évêques consultés n'ont pas contredit; mais pour que cela n'arrive pas dans la suite, c'est à dire qu'ils ne m'opposent un refus lorsque je leur adresserai une demande à ce sujet, vous savez en effet que je porte la sollicitude de nombreuses églises et de leurs ordinations, si quelqu'un de mes collègues dans l'épiscopat avec lequel je me concerterai à ce sujet en présence de deux ou trois témoins de votre rang, si ce collègue se montre inflexible, il est juste que votre charité juge ce que je dois faire; car moi, vous le savez, mes frères, par la grâce de Dieu je suis chargé des soucis de tant d'églises. Numidius évêque dit : Depuis toujours votre siège posséda la faculté d'ordonner des évêques selon le désir exprimé par chaque église diocésaine, d'où qu'ils soient et quel que fût le nom suggéré.

Épigone évêque dit : La bienveillance modère l'autorité; vous osez faire moins que votre droit, frère, en vous montrant bon et charitable en tout; car vous avez la préoccupation de ménager la personne de chaque évêque.

Or, dès la première consultation, qui sera aussi la seule, si vous le jugez nécessaire, vous devez réclamer le droit qui revient à votre siège. Ce n'est donc pas nous qui vous en donnons le droit, mais nous le confirmons selon votre proposition, c'est à dire qu'il vous soit permis de prendre celui que vous voulez et de nommer pour les églises et pour les peuples ceux que l'on vous demande comme chefs, et cela de partout où vous le jugerez nécessaire.

Postumien évêque dit : Dans ce cas, si un évêque n'a qu'un seul prêtre, cet unique prêtre devra-t-il lui être aussi enlevé ?

Aurélius évêque dit : Par la grâce de Dieu un seul évêque peut ordonner de nombreux prêtres, tandis qu'un prêtre apte à l'épiscopat peut être difficilement trouvé; c'est pourquoi si quelqu'un se trouve avoir un seul prêtre et celui-ci est apte à l'épiscopat, il devra donner ce seul prêtre pour qu'il soit sacré.

Postumien évêque dit : Donc, si un autre évêque possède une foule de prêtres, il doit m'aider d'une partie de cette foule.

Aurélius évêque dit : Évidemment, comme vous avez aidé l'autre église, ainsi l'évêque qui possède plusieurs clercs, vous en accordera un pour que vous l'ordonniez.

 

56. Que les évêques ordonnés pour la campagne ne doivent réclamer aucun autre diocèse pour eux.

Honoré et Urbain les évêques dirent : Nous avons entendu qu'il fut décidé que les campagnes ne seront en état de recevoir un évêque, sinon du consentement de celui, auquel elles étaient soumises. or dans notre pays, avec la permission de l'évêque qui au début gouvernait le diocèse on sacra pour les campagnes des évêques, qui réclament maintenant d'autres territoires en plus. Par une décision de votre charité cela doit être empêché et interdit à l'avenir.

Épigone évêque dit : Ce qui revient à chaque évêché lui fut de tout temps gardé intact, en sorte que rien de l'ensemble des possessions de campagne ne puisse en être détaché pour avoir son propre évêque sans le consentement de celui qui a pouvoir sur elles; si celui-ci consent à ce que dans son diocèse une partie soit autorisée à avoir son propre évêque, l'évêque promu à cette dignité ne doit pas mettre la main sur les autres parties du diocèse, car une seule partie détachée du corps des autres parties fut seule jugée digne de l'honneur d'être un évêché distinct.

Aurélius évêque dit : Je ne doute pas de l'avis de votre charité, que l'évêque, élu pour une partie du diocèse avec la permission du premier évêque du diocèse, n'aura autorité que sur le troupeau pour lequel il fut sacré.

Puisque tout, je crois, a été traité, si tout cela correspond à votre pensée, confirmez le tout par vos acclamations.

Tous les évêques dirent : Nous sommes tous de cet avis et nous l'affirmons par notre signature.

Et ils signèrent. Aurélius évêque de l'Église de Carthage, je consens au présent décret et l'ayant lu j'ai signé.

De même les autres évêques aussi signèrent.

 

Dans ce synode il fut décidé qu'aucun évêque ne traverse la mer sans s'être muni de lettres dimissoriales.

Sous Césaire et Atticus, les clarissimes consuls, le sixième jour des calendes de juillet, à Carthage, il fut décidé qu'aucun évêque ne devrait traverser la mer sans lettres dimissoriales du primat.

Qui veut les actes les trouvera dans les archives.

Dans ce synode on décide l'envoi des évêques sous-désignés comme délégués à l'empereur.

Après le consulat du très glorieux empereur auguste Honorius, consul pour la quatrième fois, et du clarissime Euthychien, le cinquième jour des calendes de mai, à Carthage, au secrétariat de la basilique restaurée.

Dans ce synode Épigone et Vincentien évêques ont été envoyés comme délégués, afin d'obtenir des empereurs très glorieux en faveur de ceux gui cherchent asile dans l'église, quelle que fut l'accusation portée contre eux, une loi pour que personne n'ose les en arracher

Dans ce synode fut décidé l'envoi d'une ambassade aux évêques de Rome et de Milan au sujet des enfants en bas âge baptisés par les hérétiques, et à l'empereur pour ordonner la suppression des restes du culte des idoles et pour plusieurs autres choses.

Après l'élévation au consulat du clarissime Flavius Stilichon, le seizième jour des calendes de juillet, à Carthage, au secrétariat de la basilique restaurée, prenant part à la session avec ses frères dans l'épiscopat, assistés des diacres, Aurélius évêque dit : Les besoins des églises de Dieu constituées dans toute la terre d'Afrique, votre charité, mes très saints frères, les connaît aussi précisément que moi; et puisque le seigneur aidant, votre assemblée sacrée fut réunie, bien qu'en partie seulement ici présente, il me semble bon d'exposer devant vous les besoins, dis-je, que j'ai moi-même pu connaître. Après que votre sincérité aura confirmé cela, il sera nécessaire de choisir de notre nombre un collègue dans l'épiscopat, qui devra avec l'aide du seigneur par nos prières se charger de ces mêmes besoins et les porter courageusement en Italie de l'autre côté du détroit, et être capable d'exposer ce même besoin où nous sommes à notre douleur et notre indigence d'un côté à Anastase, le vénéré et saint évêque du siège apostolique, de l'autre à notre très saint frère Venier, évêque de l'église de Milan. En effet, ces sièges ont interdit ce qu'ils autoriseront devant le péril commun, dès qu'ils l'auront connu : si grand est le manque de clergé et de nombreuses églises sont à ce point dans l'abandon, qu'il n'est pas possible d'y trouver un diacre, tut-il illettré; je dois passer sous silence les grades et rangs supérieurs du clergé, je pense, car si l'on ne trouve pas facilement (quelqu'un pour le ministère de diacre, la disette est évidemment plus grande pour les dignités supérieures; nous ne pouvons plus tenir devant les pleurs quotidiens des peuples des divers diocèses ,oui se meurent; si nous ne voulons point leur venir en aide, l'accusation très lourde et sans excuse des âmes sans nombre oui se perdent nous attend devant Dieu.

 

57. Que ceux qui, petits enfants, ont été baptisés chez les donatistes, pourront être ordonnés dans l'église catholique.

C'est pourquoi, étant donné que dans le synode précédent fut décidé, votre unanimité s'en souvient avec moi, que les enfants en bas âge baptisés par les donatistes et qui n'ont pu encore connaître l'abîme de leur erreur, si parvenus à l'âge de raison et la vérité reconnue, ils détestent la perversion des donatistes, ils seront reçus dans l'église catholique répandue dans tout l'univers par la simple imposition des mains comme le veut la règle ancienne; ces mêmes enfants ne doivent pas se voir refuser l'accès à l'ordre clérical à cause du nom de leur erreur précédente, puisqu'en venant à la vraie foi, ils admirent la véritable église comme la leur et par leur foi au Christ ils y reçoivent les saints mystères de la sainte Trinité; mystères qui sont tous, nous le savons bien, vrais et saints et divins, et en eux est placée toute l'espérance de notre âme, quoique l'audace mentionnée des hérétiques a l'effronterie d'enseigner sous couvert de vérité certaines propositions contraires à la vérité. Mais comme ces saints mystères sont simples, comme l'enseigne l'Apôtre en disant : "Un Dieu, une foi, un baptême", et que ce qui a dû être donné une fois, il n'est pas permis de le renouveler : ayant anathématisé le nom de l'erreur, ils seront reçus par l'imposition de la main dans le sein de l'unique église, l'Église appelée colombe et seule mère des chrétiens, dans laquelle tous les sacrements sont reçus pour le salut éternel et la vie de l'âme. Ces sacrements procurent à ceux qui persistent dans l'hérésie un plus grand châtiment de condamnation, car ce qui eût été pour eux un point plus lumineux à suivre vers la vie éternelle s'ils étaient dans la vérité, cela leur est dans l'erreur un point plus obscur et plus abhorré.

Ce sort, certains d'entre eux l'ont fui et ayant reconnu les voies très droites de notre mère l'Église catholique, ils ont cru par amour de la vérité à tous ces saints mystères et les ont embrassés. Pour ces personnes, lorsque le témoignage d'une vie honnête s'y ajoute, il est hors de doute que la carrière du ministère des saints mystères leur sera aussi ouverte; surtout, dans la si grande nécessité des temps présents, il n'y a personne qui ne concède cela. Certes des clercs de cette secte désirent venir à nous avec leurs troupeaux et leurs dignités, clercs qui, mûs par l'amour des honneurs, donnent à leurs troupeaux des conseils de vie ou les empêchent d'arriver au salut ; mais il faut laisser cela, je pense, à la plus grande compréhension de nos frères mentionnés plus haut, qui en décideront, lorsque dans leur sage conseil ils amont pris connaissance du motif de notre rapport, et daigneront nous informer de ce qui doit être suivi par nous. Nous nous contenterons de leur demander au sujet de ceux qui furent baptisés en bas âge, d'approuver, si tel est leur avis, notre voeu de les admettre aux ordinations.

Tout ce que nous avons décidé d'entreprendre auprès des très saints évêques, ne semble-t-il pas à votre honorable fraternité devoir être réalisé ?

 

58. Des idoles et des temples païens restants, qu'il faut détruire.

Il faut demander aux très religieux empereurs que les restes des idoles scient totalement détruits dans toute l'Afrique sur leur ordre; car en de nombreux endroits des bords de la mer et en diverses propriétés fleurit encore l'illégalité de cette erreur. Qu'ils ordonnent donc que cela aussi soit supprimé et que les temples des idoles établis dans les campagnes et en de lieux cachés sans aucune valeur artistique, soient détruits sur leur ordre.

 

59. Que les clercs ne doivent pas être obligés à faire connaître devant les tribunaux leur sentence sur une cause.

Il faut encore demander aussi qu'ils daignent ordonner que, si l'on introduit devant le tribunal de l'église, selon le droit apostolique qui lui revient, n'importe quelle cause, et si la décision des juges ecclésiastiques déplaît à une des parties, qu'il ne soit pas permis au tribunal civil d'appel de convoquer comme témoin un clerc qui a connu auparavant de la question ou bien a assisté à son instruction; et même, qu'aucune personne appartenant au clergé ne soit soumise à l'obligation de servir de témoin.

 

60. Qu'il faut abolir les festins des païens.

De plus, il faut demander aux empereurs chrétiens, puisque contre leurs ordres divins des banquets issus de l'erreur païenne ont lieu en de nombreux endroits, de telle sorte que même des chrétiens prennent en cachette avec les païens part aux cérémonies de ceux-ci, qu'ils ordonnent que de tels banquets soient supprimés dans les villes aussi bien que dans les campagnes. D'autant plus que dans certaines villes aux jours anniversaires des bienheureux martyrs on les voit publiquement commettre de tels délits dans les saints lieux mêmes, et en ces jours, chose honteuse à dire, ils s'adonnent à des danses abominables dans les champs et sur les places publiques, et vont jusqu'à s'attaquer par des injures pleines de libertinage à l'honneur des femmes mariées et à la pudeur d'autres innombrables femmes, qui viennent en toute piété assister à la sainte fête, en sorte qu'on fuit presque l'assistance aux mystères de la sainte foi.

 

61. Des spectacles publics, qu'ils ne se fassent point aux jours de dimanche et des autres fêtes.

De plus, il faut demander que les représentations de jeux de théâtre soient interdites les dimanches et les autres jours de fête de la foi chrétienne; étant donné surtout que dans l'octave de pâques les foules se rassemblent plus à l'hippodrome qu'à l'église, il faut déplacer les jours fixés pour ces jeux à une date qui convient, et n'obliger aucun chrétien à assister à ces représentations.

62. Des clercs condamnés.

Il faut demander aussi, qu'ils daignent ordonner, que si un clerc de quelque dignité qu'il fût, a été condamné pour n'importe quel délit par un tribunal d'évêques, l'exécution de la sentence ne puisse être suspendue ni par l'église à laquelle il présidait, ni par n'importe quelle personne, la peine d'une amende et de la destitution étant fixée pour un tel fait, afin que sur leur ordre ni l'âge ni le sexe ne puisse être invoqué comme excuse.

63. Des trames devenus chrétiens.

Au sujet de cette catégorie de personnes aussi il faut demander que, si quelqu'un voulait venir à la grâce du christianisme de n'importe quel métier exercé dans les jeux publics et se libérer à l'avenir de ces souillures, qu'il ne soit permis à personne de le ramener à ces mêmes pratiques ou de l'y forcer.

 

64. Des affranchissements d'esclaves à faire dans l'église, chose à demander à l'empereur.

Quant aux émancipations d'esclaves, c'est-à-dire dans quelle mesure il faut y procéder dans les églises, si nos collègues dans l'épiscopat le font sans conteste en Italie, nous nous laisserons évidemment convaincre de suivre cette pratique; nous autoriserons pour cela l'envoi d'un délégué, afin nous puissions, nous aussi, accueillir pour la gloire du seigneur chez nous tout ce qui pourrait être fait de certain pour le bien de l'église et le salut des âmes.

Si tout cela plaît à votre sainteté, déclarez-le, afin que je puisse témoigner aux empereurs que mon mémoire a votre approbation et que leur disposition bienveillante accueille avec plaisir ce qui est du consentement de tous.

Tous les évêques dirent : Il plaît à tous; ce que votre sainteté a exprimé et expliqué avec tant de sagesse doit être mis à exécution.

Tous les évêques dirent : Cette proposition aussi plaît beaucoup, d'autant plus qu'Equitius a été condamné depuis longtemps déjà et son inquiète effronterie doit être de pis en pis réprimée pour le bien et le salut de l'église.

 

65. De l'évêque Equitius déjà condamné.

Aurélius évêque dit : De plus, quant à Equitius, qui fut jadis déclaré à juste titre condamné par la décision des évêques, l'affaire, je crois, ne doit pas être passée sous silence par l'ambassade, en sorte que si notre frère délégué le trouve dans ces lieux-là, il aura soin d'entreprendre pour le bien de l'église, les démarches contre lui comme il le faudra et où ce sera possible.

Et ils ont souscrit. Aurélius évêque de l'église de Carthage je consens au présent décret et l'ayant lu j'ai signé.

De même les autres évêques aussi signèrent.

Dans ce synode fut lue une lettre d'Anastase évêque de Rome, exhortant les évêques catholiques au sujet des donatistes.

Sous Vincent et Fravitus les clarissimes consuls, aux ides de septembre, à Carthage, au secrétariat de la basilique restaurée, les évêques de toutes les provinces d'Afrique s'étant réunis et constitues en assemblée, c'est-à-dire Aurélius l'évêque du dit siège et ses collègues, comme le montre la souscription de chacun, Aurélius dit :

la lettre de notre très bienheureux frère dans l'épiscopat Anastase, l'évêque de l'église de Rome, ayant été lue, dans laquelle avec la sollicitude et la bienveillance de sa fraternelle, ou plutôt paternelle charité, il nous exhorte de ne point nous laisser détourner par les machinations et l'effronterie des hérétiques et schismatiques donatistes, qui attaquent dangereusement l'église catholique dans toute la terre d'Afrique, nous rendons grâces au seigneur notre Dieu, d'avoir inspiré à son prêtre si bon et si saint une si pieuse sollicitude pour les membres du Christ, qui disperses dans les diverses parties de la terre, se réunissent cependant harmonieusement dans un seul corps.

 

66. Qu'il faut traiter pacifiquement avec les donatistes.

Après cela, ayant tout examiné, et réfléchi sur tout ce qui semblait devoir concourir à l'utilité de l'église, sous l'inspiration et la dictée du saint-esprit, nous décidâmes d'agir avec douceur et paix envers les gens sus-mentionnés, bien que leur dissentiment inquiet les tienne si profondément séparés du corps du seigneur; ainsi, autant qu'il est en notre pouvoir, tous ceux qui ont été pris dans les filets de leur communion et société dans toutes les provinces d'Afrique, sauront dans quelle misérable erreur ils restent enchaînés "peut-être alors", selon la parole de l'Apôtre, si nous cherchons à réunir en toute mansuétude ceux qui pensent autrement, "Dieu leur donnera de se convertir et reconnaître la vérité et se relever, eux qui furent pris dans les rets du diable, pour faire sa volonté".

 

67. Des lettres à envoyer aux gouverneurs, pour rendre publiques les tractations entre donatistes et maximianistes.

Il fut donc décidé d'envoyer des lettres de notre synode aux gouverneurs de l'Afrique, et il nous a semblé convenable de leur demander d'aider la commune mère, l'église catholique, dans les affaires où l'autorité des évêques n'est pas respectée dans les villes; nous voulons dire qu'avec toute l'autorité du pouvoir ils recherchent soigneusement, en esprit de foi chrétienne, ce qui est arrivé dans tous les lieux où les sectateurs de Maximien se sont emparés des églises; de plus, qu'ils notent ceux qui se sont détachés d'eux et qu'ils obligent à consigner dans des actes officiels la reconnaissance certaine de tous de ces faits.

 

68. De l'admission des clercs donatistes parmi le clergé de l'église catholique.

Ensuite, il fut décidé d'envoyer des lettres à nos frères dans l'épiscopat et surtout au siège apostolique, où préside notre sus-mentionné vénéré frère dans le sacerdoce Anastase, qui connaît le grand besoin où se trouve l'Afrique, afin que pour la paix et l'utilité de l'église et des donatistes eux-mêmes, leurs clercs quels qu'ils soient, si d'une volonté plus éclairée ils veulent passer à l'unité catholique, soient reçus en gardant les mêmes dignités, à condition que chaque évêque catholique, qui gouverne l'église dans les lieux-mêmes le veuille et pense que cela contribue à la paix entre chrétiens. Ainsi a-t-on agi dans les temps passés à l'égard de ce schisme, le fait est manifeste; l'exemple de nombreuses et même de presque toutes les églises d'Afrique, où cette erreur a poussé, en témoigne. Non pas que par là le synode qui a eu lieu de l'autre côté du détroit à ce sujet soit annulé, mais pour que reste acquise à ceux qui veulent revenir à l'église catholique la pratique mentionnée, de sorte qu'aucun empêchement à l'union ne soit élevé; et ceux, grâce à qui de n'importe quelle manière l'unité catholique semblerait pouvoir être réalisée ou aidée dans les lieux où ils demeurent pour le bien évident des âmes de nos frères, n'en soient point empêchés par la décision du synode de l'autre côté du détroit touchant leurs dignités ecclésiastiques, alors que personne n'est exclu du salut. En d'autres termes, que les clercs ordonnés chez les donatistes, si s'étant convertis ils veulent passer à la foi catholique, ne soient pas reçus dans leurs dignités ecclésiastiques, selon le synode transmarin, mais qu'au contraire on reçoive dans leurs dignités ceux par qui un avantage est procure en faveur de l'unité catholique.

 

69. De l'envoi d'une délégation aux donatistes pour conclure la paix.

Il fut décidé ensuite d'envoyer après l'exécution de ce qui précède des délégués choisis dans nos rangs vers ceux des donatistes, à leurs évêques, s'ils en ont, ou aux laïcs, afin de prêcher la paix et l'unité, sans laquelle le salut des chrétiens ne peut être établi. Par ces délégués on fera connaître à tous, qu'ils n'ont aucun grief raisonnable contre l'église catholique; et pour que cela devienne évident à tous, on fera appel aux archives officielles des municipes pour leur montrer leur attitude vis-à-vis des sectateurs de Maximien qui se sont séparés d'eux; le ciel leur montre par là, s'ils veulent bien y réfléchir, qu'ils se sont alors séparés de l'unité de l'église aussi à tort, comme les accusent les maximianistes de s'être à tort séparés d'eux aujourd'hui; or, après avoir condamné les maximianistes par décision officielle manifestant leur volonté, ils reçurent ceux qui revinrent dans les mêmes dignités et reconnurent le baptême que conférèrent les personnes condamnées et excommuniées par eux. Ils démontrent par là qu'ils s'opposent d'un coeur insensé à la paix de l'église, répandue par toute la terre, en agissant ainsi pour défendre le parti de Donat et en affirmant qu'ils ne sont pas contaminés en communiant avec ceux qu'ils reçurent forcés par le désir de la paix, alors qu'ils nous accusent, je veux dire qu'ils accusent l'église catholique, établie aujourd'hui jusqu'aux confins de la terre, d'être contaminée par la communion avec ceux qu'eux tous jadis blâmaient sans pouvoir les convaincre d'une faute.

 

70. Quels clercs doivent s'abstenir de tout rapport avec leurs épouses.

De plus, comme il a été fait mention de la continence de certains clercs à l'égard de leur propres épouses, il a été décidé que les évêques, prêtres et diacres, conformément aux décisions qui les concernent, garderont la continence vis-à-vis de leurs épouses aussi; s'ils ne le font pas, ils seront destitués de leur rang. Quant aux autres clercs, on ne les forcera pas à cela, mais l'usage de chaque église sera observé.

 

71. De ceux qui abandonnent leurs peuples.

Il fut encore décide qu'il ne sera permis à aucun évêque d'abandonner son siège officiel pour se porter à l'église d'un autre diocèse ou bien, s'occupant plus qu'il ne faut, pendant longtemps, de ses intérêts privés, de négliger le soin de sa ville épiscopale et le devoir d'y résider.

 

72. Des enfants à baptiser chaque fois qu'on n'est pas sûr de leur baptême.

De même il fut décidé à propos des enfants en bas âge, toutes les fois qu'il ne se trouve pas de témoins sûrs pour certifier qu'ils ont été sans aucun doute baptisés, et que eux non plus ne peuvent à cause de l'âge rien dire du sacrement qui leur fut conféré, qu'il faudra sans aucun empêchement les baptiser, de peur qu'une hésitation à ce sujet ne les prive de la purification du sacrement. Nos frères les délégués de la Mauritaine ont été amenés à formuler cette proposition du fait qu'ils rachètent de nombreux enfants vendus par les barbares.

 

73. Que le jour de Pâques sera annoncé pendant la durée du synode.

De même il fut décidé que le jour de l'adorable Pâque sera notifié à tous par une lettre signée comme une lettre formée. La date du synode sera la même que celle fixée an synode d'Hippone, c'est-à-dire le dixième jour des calendes de septembre. On doit donc écrire aux primats de tontes les provinces, afin qu'ils réservent cette date, lorsqu'ils convoqueront leur synode provincial.

 

74. Que l'évêque, hôte dans un diocèse, ne doit pas chercher à s'y implanter.

De même, il fut décidé qu'il ne sera permis a aucun évêque-administrateur de rester en possession du siège où il fut nommé administrateur invoquant la faveur on même les divisions du peuple de ce diocèse, mais il s'appliquera à leur procurer un évêque dans l'espace d'un an; s'il néglige cela, qu'un autre administrateur soit élu après la fin de l'année.

75. Des syndics d'église à demander à l'empereur.

A tous il a semblé bon de demander aux empereurs à cause des mauvais traitements subis par les pauvres, dont les plaintes troublent sans cesse l'église, que des syndics leur soient choisis par les soins des évêques, qui les défendent contre l'omnipotence des riches.

 

76. Des évêques qui ne répondent pas à la convocation au synode.

De même il fut décidé que toutes les fois qu'un synode doit être réuni, les évêques non empêchés par l'âge, ni la maladie ni quelque autre obligation importante, y répondront comme cela convient; et aux primats de chaque province on rappellera que tous évêques seront réunis en deux ou trois groupes; et de chaque groupe, ceux qui seront désignés à tour de rôle pour la réunion du synode, y répondront promptement. S'ils ne peuvent répondre à cette convocation, parce que, chose qui peut arriver, des empêchements se sont soudain présentés, et ne rendent pas compte de cet empêchement au primat de leur province, ils devront se contenter de la communion de leur diocèse seulement.

77. De Cresconius.

Au sujet de Cresconius évêque de Villa-Regis, il fut décidé unanimement qu'on avertira également d'ici le primat de Numidie, pour qu'il sache qu'il doit par une lettre personnelle exhorter le dit Cresconius à ne pas négliger d'être présent au prochain synode général d'Afrique; et s'il ne se soucie pas de venir, il saura qu'il aura prononcé sa sentence contre soi-même.

 

78. De l'église d'Hippo-Diarrhétus.

De plus, comme l'abandon de l'église d'Hippo-Diarrhétus ne doit pas être trop longtemps négligé et d'autre part les églises de ce diocèse-là sont occupées par ceux qui ont refusé la communion anti-canonique d'Equitius, il fut décidé que les évêques de ce synode : Rhéginus, Alype, Augustin, Materne, Théase, Évode, Placien, Urbain, Valère, Ambibe, Fortuné, Quodvultdeus, Honoré, Janvier, Apte, Honoré, Ampèle, Victorien, Évangèle et Rogatien y seront délégués et après avoir réuni et repris ceux qui avec un entêtement blâmable ont cru devoir attendre la condamnation à l'exil de ce même Equitius, on leur ordonnera un évêque répondant aux voeux de tous. Si cependant ceux-là n'ont aucune compréhension pour la paix de l'église, que les délégués ne laissent pas de choisir un chef du diocèse pour le sacrer en vue du bien de l'église, qui fut si longtemps laissé à l'abandon.

 

79, Des clercs qui négligent pendant plus d'un an de se purger de l'accusation portée contre eux.

Il fut encore décidé que toute les fois que des clercs auront été accusés de certains délits et en auront été convaincus, à cause de la honte qui en rejaillirait sur l'église, ou à cause de la révérence de leur état qui veut qu'on les épargne, ou à cause de la jubilation méprisante qu'en auraient hérétiques et païens, ces clercs, s'ils veulent, ce qui est normal, se justifier encore et ne pas encourir les peines canoniques, ils doivent le faire dans l'espace d'un an, tout en étant privés de la communion, Mais si dans l'année ils négligent de se purger de l'accusation, qu'aucun appel de leur part ne soit plus recevable.

 

80. Que les moines venant d'un monastère étranger, l'évêque ne peut les ordonner ni higoumènes de son monastère, ni clercs.

De même il fut décidé que, si quelqu'un reçoit un moine d'un monastère qui n'est pas sous sa juridiction et veut le faire avancer dans la cléricature ou en faire l'higoumène d'un monastère de son diocèse, l'évêque qui fera cela sera séparé de la communion des autres évêques et n'aura que la communion avec son propre peuple; quant au moine, il ne restera ni clerc ni higoumène.

 

81. Des évêques qui inscrivent pour leurs héritiers des hérétiques ou des païens.

De même il fut décidé que, si un évêque inscrit sur son testament comme héritiers des hérétiques ou des païens de sa parenté ou en dehors de sa parenté, de préférence à l'église, qu'on prononce contre lui l'anathème et que son nom ne soit pas commémoré par les prêtres de Dieu; et il est injustifiable, s'il meurt sans laisser de testament, car devenu évêque il doit normalement faire la disposition par écrit de ses biens conformément à sa profession.

 

82. Des affranchissements d'esclaves.

De même, il fut décidé d'adresser une demande à l'empereur au sujet des émancipations qui ont lieu dans les églises.

 

83. Des faux monuments de martyrs.

De même, il fut décidé que les autels érigés à travers champs et dans les vignobles en mémoire soi-disant des martyrs, sans qu'on y voie déposés ni corps ni reliques de martyrs, soient détruits, si possible, par les soins des évêques du lieu; si cela n'est pas possible à cause de troubles populaires, qu'on apprenne aux foules à ne pas fréquenter ces lieux, et que les chrétiens qui pensent juste ne se laissent pas entraîner par la superstition de tels lieux. D'une manière générale, on ne célébrera la mémoire des martyrs que dans un lieu où se trouvent le corps ou les reliques des martyrs, ou si une tradition ancienne fidèle affirme l'antique origine d'un bâtiment, d'une propriété ou du lieu de la passion. Quant à ériger des autels n'importe où par suite de songes et de révélations vaines de quelques personnes, cet usage doit de toute façon être désapprouvé.

 

84. Qu'il faut détruire les idoles qui restent.

De même, il fut décidé qu'on demandera aux très glorieux empereurs que les restes du culte idolâtrique, non seulement le culte des statues, mais aussi celui qui se fait dans n'importe quel lieu, dans des bois sacrés ou devant des arbres, soient de toute façon supprimés.

 

85. Que l'évêque de Carthage écrira et signera les lettres au nom de tous les évêques toutes les fois qu'il le faudra.

Tous les évêques dirent : Puisqu'il fut décidé que des lettres devaient être dictées par le synode, que l'évêque vénéré, qui préside à ce siège, daigne les dicter et les souscrire au nom de tous. Entre autres il fut décidé de donner aux évêques délégués, qui doivent être envoyés aux provinces de l'Afrique à cause des donatistes, des lettres avec clause commissoire, clause qu'ils ne doivent pas dépasser.

Et ils souscrivirent. Aurélius, évêque de l'église de Carthage, je consens au présent décret et l'ayant lu attentivement, j'ai signé.

De même, les autres évêques aussi signèrent.

On confirme dans ce synode les décrets antérieurs.

Sous les très glorieux empereurs Arcadius et Honorius, augustes, consuls, le sixième jour des calendes de septembre, dans la ville de Milève, au secrétariat de la basilique, Aurélius évêque de l'église de Carthage, présidant le synode, en présence des diacres dit :

La considération que le corps de l'église est un, et que tous les membres n'ont qu'une seule tête, nous a amenés avec la volonté et l'aide de Dieu qui fortifie notre faiblesse à nous réunir dans cette église, poussés par la grâce de la charité et de la fraternité. C'est pourquoi je prie votre charité, s'il faut croire que notre présence parmi vous n'est pas inutile, ni désagréable à tous, que votre consentement à vous tous manifeste votre approbation de tous les décrets qui ont été votés jadis, soit qu'ils aient été confirmes au synode d'Hippone, soit qu'ils aient été décidés ensuite au synode général de Carthage, et qui vous seront lus aujourd'hui selon l'ordre. Car la concorde de votre fraternité se montrera plus lumineuse que la lumière, si vous la manifestez dans les actes du présent synode non seulement par votre consentement aux décisions prises régulièrement dans les synodes précédents, mais aussi par vos signatures.

Sanctippe, évêque du premier siège de Numidie, dit : Je crois que cela plaît à toute la fraternité; en souscrivant nous attestons par notre signature que tel est notre avis, et nous confirmons par notre signature, écrite de notre main, ce qui fut décidé.

Nicète, évêque du premier siège de ta Mauritanie Sitifienne, dit : Les décrets lus, qui ne manquent pas d'être raisonnables et ont été approuvés par tous, plaisent aussi à ma petitesse, et je les confirme par ma signature.

86. De la préséance entre évêques, en sorte que ceux d'une ordination postérieure n'osent se préférer aux plus anciens.

Valentin évêque dit : Si la bonté de votre indulgence le permet, je proposerai ce qui suit: Ce qui a été décidé aux temps passés dans l'église de Carthage et fut officiellement confirmé par les signatures de nos frères, je déclare que nous aussi, nous le garderons. Or nous savons bien que l'ordre dans l'église doit être gardé sans tache, en sorte qu'aucun de nos frères ne doit prendre le pas sur ceux qui lui sont plus anciens, mais conformément à l'ordre de la charité, les anciens ont toujours les privilèges que les plus jeunes leur ont volontiers accordés; ce même ordre, que votre sainteté invite à le faire clairement confirmer par nos acclamations. Aurélius évêque dit : Il n'eût pas fallu revenir sur cette question, si certaines tendances imprudentes ne s'étaient manifestées chez quelques-uns, qui poussent notre sentiment à formuler ces décisions; mais comme la raison, que notre frère et comministre a présentée, concerne tous en général, c'est-à-dire que chacun de vous reconnaisse le rang qui lui a été destiné par Dieu et que les plus jeunes demandent l'avis des plus anciens et n'osent rien entreprendre contre cet avis, pour cette raison, je dis ce qui est ma propre pensée, ceux qui montrent du mépris envers leurs anciens et osent agir avec effronterie, ceux-là doivent en être empêchés convenablement par tout le synode.

Sanctippe, évêque du premier siège de Numidie, dit : L'assistance de tous les frères a entendu la proposition d'Aurélius notre frère dans le sacerdoce : qu'a-t-elle à y répondre?

Datien évêque dit : Les décisions votées par nos anciens seront publiées munies de votre consentement, en sorte que les actes des synodes antérieurs célébrés dans l'église de Carthage, confirmés par notre approbation, soient observés par tous.

Tous les évêques dirent : Cet ordre des choses fut observé par nos pères et par nos anciens, avec la permission de Dieu il sera observé par nous aussi, les droits des primats de Numidie et de Mauritanie étant saufs.

Des archives et des registres matriculaires de Numidie.

Il fut ensuite décidé par tous les évêques qui ont signé les actes de ce synode, que les registres matriculaires et les archives de Numidie seraient gardés au premier siège et à Constantine la métropole civile.

 

87. De l'évêque Quodvultdeus.

Relativement à Quodvultdeus évêque de Centuria, son adversaire ayant demandé à introduire la cause devant notre synode, interrogé s'il voulait vider son différend avec son adversaire devant les évêques, il le promit d'abord, puis le jour suivant il répondit que cela ne lui plaisait pas et partit; d'où il fut décidé par tous les évêques que personne n'entrera en communion avec le dit Quodvultdeus, jusqu'à ce que son affaire soit terminée; quant à le priver de son évêché avant l'issue de son affaire, aucun chrétien ne peut y songer.

 

88. De l'évêque Maximie

Relativement à Maximien évêque de Bagaï il fut décidé que le synode enverra des lettres à lui et à son peuple, afin que lui-même quitte l'évêché et que le peuple demande un autre évêque.

 

89. Que les évêques à leur sacre recevront de leurs consécrateurs des lettres, dans lesquelles le jour et le consul seront marqués.

Ensuite, il fut décidé que quiconque dorénavant recevra une ordination dans les provinces d'Afrique, se fera délivrer des lettres d'ordination, signées de la main de ceux qui l'ont ordonné, avec mention du consul et de la date, afin qu'il n'y ait plus de contestation pour savoir qui est plus ancien ou plus jeune d'ordination.

 

90. Que ceux qui ont fait fonction de lecteur, ne serait-ce qu'une fois, dans une l'église, ne pourront être admis dans le clergé d'un autre diocèse.

De même il fut décidé que quiconque aura fait fonction de lecteur dans une église ne serait-ce qu'une seule fois, ne sera pas reçu dans le clergé d'une autre église.

Et ils signèrent. Aurélius, évêque de l'église de Carthage, je consens au présent décret et l'ayant lu attentivement j'ai signé. De même, les autres évêques aussi signèrent.

Dans ce synode ont été présentés les rapports des évêques-délégués envoyés au delà des mers.

Sous le consulat du très glorieux empereur auguste Théodose et de Rumoride le clarissime le huitième jour des calendes de septembre, à Carthage, dans la basilique de la seconde région, Aurélius évêque, présidant tout le synode en présence des diacres dit :

La raison suivante a obligé ma petitesse à réunir votre fraternité dans ce synode. Jadis votre sainteté s'en souvient, ayant tenu un synode, nous avons envoyé quelques-uns de nos frères comme délégués de l'autre coté de la mer; ils doivent maintenant devant l'assemblée de votre sainteté rendre compte de l'ambassade accomplie. Et bien que nous ayons hier soigneusement examiné ce qu'ils avaient fait, en les convoquant à ce propos officieusement, cependant il faut confirmer l'examen de la journée d'hier, en l'inscrivant aux actes officiels.

Des évêques des provinces d'Afrique, qui ne sont pas venus à ce synode.

L'ordre donc des sessions exige de demander d'abord à nos frères dans le sacerdoce qui sont venus à ce synode soit de la Byzacène, soit de la Mauritanie, les instructions qu'ils ont reçues pour ce synode. Philologe, Geta, Vénustien, Félicien, évêques du pays de la Byzacène, ayant déposé les lettres de leur délégation, on les lut; de plus Lucien et Sylvain les délégués de la Mauritanie Sitifienne, ayant déposé les lettres de leur délégation, on les lut aussi. Alors Aurélius évêque dit : Que le contenu de ces documents soit joint aux actes.

Des évêques de la Byzacène.

Numidius évêque dit : Nous voyons que nos frères dans l'épiscopat des pays de la Byzacène et de la Mauritanie Sitifienne ont envoyé des délégués au synode. Examinons maintenant si les délégués de la Numidie sont arrivés ou encore ceux du pays de la Tripolitaine ou ceux de la Mauritanie Césarienne.

 

Des évêques de la Mauritanie Césarienne.

Lucien et Sylvain évêques, délégués du territoire de la Mauritanie Sitifienne, dirent : Trop tard est arrivée à nos frères de la Mauritanie Césarienne la lettre synodique; c'est pourquoi, ils sont en reste de venir, mais ils arriveront de toute façon; et nous avons confiance dans leurs sentiments, qu'ils accorderont leur approbation à tout ce qui sera fait dans ce synode.

 

Des évêques de la Numidie.

Alype évêque dit : Nous sommes venus de la Numidie, moi et les très saints frères Augustin et Possidius; mais des délégués de cette même Numidie n'ont pu être envoyés, parce que ces évêques sont encore retenus, occupés qu'ils sont dans leurs villes par leurs propres soucis causés par les troupes de la soldatesque. Car lorsque j'ai porté la lettre de convocation au synode de votre sainteté au très saint primat Sanctippe, il eut l'intention d'annoncer un synode, afin de constituer une délégation et l'envoyer à ce synode-ci; mais lorsque je le lui ai rappelé par une seconde lettre, il me donna dans sa réponse la raison de l'empêchement dû à la soldatesque, comme je l'ai dit plus haut.

Aurélius évêque dit : Il n'est pas douteux que les sus-dits frères dans l'épiscopat, ceux de la Numidie, donneront aussi leur approbation aussitôt qu'ils recevront les actes du synode, et qu'ils s'appliqueront à mettre à exécution toutes les décisions prises. Il faut donc que par les soins de ce siège les mesures nécessaire soient prises pour les leur notifier.

 

Des évêques Tripolitains.

Quant à nos frères de la Tripolitaine j'ai pu savoir qu'ils ont envoyé comme délégué notre frère Dulcice; mais comme il n'a pu arriver, alors que des personnes de notre diocèse, arrivées de ce pays, assurent l'avoir vu s'embarquer sur un bateau, il faut croire que par suite de l'intempérie il a dû dévier de sa route, ce qui le force à être en retard. Cependant, à l'égard des évêques de cette province aussi, si tel est l'avis de votre charité, on gardera la même procédure : de leur envoyer les décisions du synode.

Tous les évêques dirent : Ce que votre sainteté a décidé plaît à tous,

 

41. Des réunions à faire avec les donatistes.

Aurélius évêque dit : Ce qui a fait l'objet de l'examen de votre charité doit être, je pense, confirmé par l'inscription aux actes officiels; nous avions, en effet, tous promis, que chacun de nous devait dans sa ville rencontrer les chefs des donatistes ou seul ou en s'adjoignant un évêque voisin, afin qu'en nombre égal à celui des donatistes ils puissent se réunir dans chaque ville par les soins des gouverneurs ou des premiers fonctionnaires des dits lieux, Si cela plaît à tous, qu'on le dise.

Tous les évêques dirent : Cela plaît à tous et nous l'avons tous confirmé par notre signature. Nous demandons aussi que toutes les lettres à écrire aux gouverneurs de la part du synode soient signées par votre sainteté. Aurélius évêque dit : Si votre charité le veut bien, qu'on lise le formulaire de la rencontre avec les donatistes, afin que nous observions tous cette manière de procéder, si tel est l'avis de tous. Tous les évêques dirent : Qu'on le lise. Létus notaire, lut.

92. Formulaire des réunions d'avec les donatistes.

N., évêque de l'église N., dit : La tâche qui nous fut confiée par l'autorité du premier siège N., nous prions votre honneur d'en prendre connaissance et d'ordonner le nécessaire pour la mener à bon terme, l'ordonnance ayant été lue et mise au protocole, N., évêque de l'église catholique, dit : Le mandat qui doit être porté aux donatistes par les noms de votre honneur, daignez en entendre la lecture et le faire mettre au protocole et nous présenter aussi la réponse protocolée des donatistes.

"Nous sommes venus vous rencontrer, envoyés officiellement par notre synode plénier, avec le désir d'avoir la joie de votre retour; nous savons en effet la charité du seigneur qui a dit : "Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu"; et il nous a rappelé par le prophète de dire même à ceux qui ne veulent pas se dire nos frères : "Vous êtes nos frères". Ce rappel pacifique qui provient chez nous de la charité, vous ne devez pas n'en faire aucun cas; au contraire, si jamais vous estimez que vous êtes en possession de quelque vérité que ce soit, n'hésitez pas à la défendre, je veux dire, que vous réunissiez un synode des vôtres et choisissiez d'entre vous ceux à qui vous devrez confier la tâche d'une telle justification, afin que nous puissions en faire autant, je veux dire que de notre synode soient choisis ceux qui devront avec ceux que vous aurez choisis examiner en un lieu et temps déterminés, dans un esprit de paix, tout ce qui se rapporte à la question qui sépare votre communion de la nôtre; et qu'enfin avec l'aide du seigneur notre Dieu un terme soit mis à l'erreur ancienne, de peur que des âmes faibles et des peuples ignorants ne soient perdus à cause de ce schisme sacrilège, dû à l'obstination humaine. Car si vous acceptez cette proposition en esprit de fraternité, la vérité se montrera facilement; mais si vous ne voulez pas le faire, votre mauvaise foi apparaîtra aussitôt".

Ce formulaire ayant été lu, tous les évêques dirent : Il plaît bien, il sera suivi.

Et ils signèrent. Aurélius, évêque de l'église de Carthage, je consens au présent décret et l'ayant bien lu j'ai signé. De même, les autres évêques aussi signèrent.

Ce synode envoya des ambassadeurs aux empereurs contre les donatistes.

Sous le sixième consulat du très glorieux empereur auguste Honorius, le seizième jour des calendes de juillet, à Carthage, dans la basilique de la seconde région.

Dans ce synode Théase et Évode furent chargés d'une ambassade contre les donatistes et une lettre d'instructions fut rédigée en ces termes-ci:

93. La lettre d'instructions, qu'ont reçue les délégués à l'empereur contre les donatistes.

Lettre d'instructions donnée à nos frères Théase et Évode, envoyés comme ambassadeurs de la part du synode de Carthage aux très glorieux et très pieux empereurs.

Lorsqu'avec l'aide du seigneur ils se présenteront devant les très pieux empereurs, ils leur exposeront de quelle façon en toute franchise les chefs des donatistes furent invités conformément à la décision de l'année passée à se réunir dans des assemblées municipales, afin de choisir, s'ils avaient confiance de pouvoir défendre leur croyance, de leur nombre des gens capables de conférer avec nous en esprit de paix et montrer en toute douceur chrétienne d'une façon indubitable la part de vérité qu'ils possédaient; ainsi la sincérité catholique, qui a brillé avec éclat dans les temps passes, aurait été à présent aussi reconnue à travers l'ignorance et l'entêtement des contradicteurs; mais gênés par leur manque de confiance, ils n'ont presque rien osé répondre.

C'est pourquoi, vu que notre devoir d'évêque et les exigences et de la paix ont été remplis à leur égard, et eux, n'ayant pu répondre à l'appel de la vérité, se livrèrent à des violences insensées, de manière que des évêques et des clercs en grand nombre, nous voulons passer sous silence les laïcs, furent victimes de leurs complots, et ils s'emparèrent même de quelques églises et tentèrent de s'emparer aussi d'autres: pour ces raisons il appartient à leur bonté de prendre les mesures nécessaires, pour que l'église catholique, qui les a engendrés de son sein spirituel dans le Christ et nourris par la confirmation de leur foi, soit encore une fois garantie contre l'ennemi grâce à leur providence; de peur que sous leur pieux règne des hommes audacieux n'asservissent par la crainte les populations faibles, qu'ils n'ont pu corrompre par la persuasion. Ils sont en effet connus de tous et proclamés souvent par les lois, les méfaits que la détestable multitude des schismatiques commet, et qui furent souvent condamnés par les décrets de ces mêmes très pieux empereurs; contre la folie de ces gens nous pouvons demander une aide qui n'est ni extraordinaire, ni étrangère aux saintes écritures, puisque l'apôtre Paul, selon le témoignage des véridiques actes des apôtres, repoussa l'attaque concertée des gens de désordre grâce à l'aide des soldats.

Nous demandons donc qu'on accorde sans retard une troupe de garde aux quartiers où se trouvent les églises catholiques dans chaque ville épiscopale et dans les divers lieux des campagnes environnantes.

Il faut en même temps demander que leur soit appliquée la loi publiée par leur père Théodose de pieuse mémoire, celle des dix livres d'or, contre les hérétiques qui confèrent ou reçoivent une ordination, de même que contre les propriétaires chez qui l'assemblée de ces gens se tiendrait; qu'ils ordonnent ensuite que cette loi soit confirmée de manière à s'appliquer à ceux, dont les complots ont poussé les catholiques à déposer une protestation; ainsi par suite de cette crainte au moins, ils quitteront le schisme et la dépravation de l'hérésie, eux qui négligent de se purger de leur faute et de se corriger par crainte du châtiment éternel.

Il faut demander aussi que dans leur piété ils remettent en vigueur la loi, qui enlève aux hérétiques la faculté de recevoir ou de laisser quoi que ce soit par héritage ou par testament, et prive en un mot de leurs droits de léguer ou de recevoir quelque chose ceux qui ont été aveuglés par la folie de leur obstination et veulent persister dans l'erreur des donatistes. Tandis qu'à ceux, qui dans la juste compréhension de l'unité et de la paix veulent se corriger, la dite loi restant inappliquée, soit accordée la possibilité de recevoir par décision du juge un héritage, même dans le cas où ils se virent attribuer quelque chose par don ou par héritage alors qu'ils se trouvaient encore dans l'erreur de l'hérésie; bien entendu seront exceptés de ce cas ceux qui après s'être présentés devant le tribunal ont pensé qu'il leur fallait passer à l'église catholique, car pour ceux-ci on devra croire que non pas la crainte du jugement céleste, mais l'avidité des avantages terrestres leur fit désirer l'unité catholique. En plus de tout cela, l'appui des autorités civiles de chaque province est nécessaire.

Et si nos délégués comprennent qu'il y a quoi que ce soit d'autre à l'avantage du bien de l'église, nous leur votons une délégation plénipotentiaire pour faire cela et le mener à bon terme.

Il fut aussi décidé qu'on enverrait des lettres de la part de notre assemblée aux très glorieux empereurs et aux fonctionnaires supérieurs, pour les informer que les délégués ont été dépêchés à la bienheureuse cour impériale du consentement de nous tous. Mais comme de souscrire à toutes ces lettres est une chose très longue, pour ne pas charger ces lettres de signatures de chacun de nous, nous demandons, frère Aurélius, que votre charité daigne les signer au nom de nous tous.

Et ils signèrent. Aurélius évêque de l'église de Carthage, je consens au présent décret et l'ayant lu attentivement j'ai signé. De même, tous les autres évêques aussi signèrent.

Il faut encore envoyer des lettres aux gouverneurs, afin qu'ils fassent distribuer des troupes de garde dans les quartiers des villes épiscopales et dans les possessions rurales, jusqu'au jour où le seigneur accordera aux délégués le retour parmi nous. De plus il faut ajouter à propos d'Equitius, que son impudence soit expulsé du diocèse d'Hippo-Diarrytus qu'il réclame de par son droit d'évêque. Il faut aussi expédier une lettre à l'évêque de l'église de Rome pour lui recommander les délégués; et aux autres évêques aussi des lieux où se trouve l'empereur.

Et ils signèrent encore. Aurélius évêque de l'église de Carthage je consens au présent décret et l'ayant lu attentivement j'ai signé. De même, les autres évêques aussi signèrent.

Le bref résumé ci joint montre ce qui fut décidé dans ce synode.

Sons le consulat de Stélichon consul pour la deuxième fois et d'Anthémius, les clarissimes, le dixième jour des calendes de septembre, à Carthage dans la basilique de la deuxième région.

Les actes de ce synode ne furent pas écrits en entier, parce que plutôt que des questions d'ordre général on y décida des questions occasionnellement nécessaires c'est pourquoi il fut formulé un bref résumé des affaires traitées dans ce synode.

 

94. Le résumé des chapitres.

Qu'une délégation non liée par des instructions soit envoyée de toutes les provinces au synode. On recommanda l'envoi de délégués et d'une lettre à Mizonius, afin qu'il envoie une délégation libre. Comme l'union avec les donatistes n'a eu lieu qu'à Carthage, on enverra des lettres aux gouverneurs, afin que dans les autres provinces et villes aussi ces mêmes gouverneurs ordonnent de montrer du zèle pour l'unité. On enverra à la cour de l'empereur les remerciements de l'église de Carthage avec une lettre des évêques en vue de l'expulsion des donatistes de toutes les provinces d'Afrique. On lut une lettre du pape Innocent, demandant que les évêques ne s'en aillent pas dans les pays d'au-delà du détroit sans raison; ce qui fut confirmé par l'approbation des évêques. Que deux clercs de l'église de Carthage seront envoyés à la cour de l'empereur pour remercier de l'expulsion des donatistes.

 

Dans ce synode on corrigea certains points des décisions antérieures.

Sous les très glorieux empereurs augustes Honorius, consul pour la septième fois et Théodose pour la seconde, aux ides de juillet, à Carthage, dans la basilique de la deuxième région, Aurélius évêque ayant pris place avec ses frères dans l'épiscopat, les diacres se tenant présents, dit: Comme jadis il tut décidé au synode d'Hippone qu'un synode plénier de l'Afrique soit réuni chaque année non seulement ici, à Carthage, mais aussi dans les diverses provinces à tour de rôle selon leur rang, nous veillâmes à en indiquer un, tantôt en Numidie, tantôt dans la Byzacène. Or cela parut pénible à tous les frères:

 

95. Un synode général et complet n'aura lieu qu'en cas de nécessité.

Il fut décidé que désormais il ne serait plus nécessaire que les frères s'exposent aux fatigues du voyage annuel, mais toutes les fois une nécessité commune, c'est-à-dire de toute l'Afrique, l'exigera, sur la demande écrite envoyée à ce siège de n'importe quelle partie de l'Afrique, un synode sera convoqué dans telle ou telle province, selon que le besoin et l'opportunité le réclameront. Quant aux affaires qui ne seraient pas d'intérêt général, elles seront décidées dans chaque province en particulier.

 

96. Qu'il n'est pas permis d'en appeler à des juges-arbitres.

Si un appel a lieu, et l'appelant choisit les juges, d'accord avec celui contre qui l'appel a été fait, il ne sera plus permis à personne d'en appeler de la décision de ceux-ci.

 

Des délégués des différentes provinces.

Des délégations de diverses provinces arrivées en même temps furent accueillies avec bonne grâce; ce furent celles des deux Numidies, de la Byzacène, des Maures Sitifiens, des Césariens également, mais aussi celle de la Tripolitaine.

 

Des commissaires impériaux au service de l'église.

Il fut décidé de plus de demander la nomination de cinq commissaires, qui pourvoient aux besoins de l'église: ils seront distribués entre les diverses provinces.

97. Qu'on demandera à l'empereur l'aide de syndics pour la défense des affaires de l'église.

Il fut décidé encore qu'au nom de toutes les provinces les ambassadeurs à envoyer, Vincent et Fortunat, demanderont aux empereurs très glorieux que l'autorisation soit accordée d'établir des syndics juristes, qui ont comme profession la fonction de prendre la défense des affaires judiciaires; ainsi que les prêtres du culte païen, ces mêmes personnes qui sont chargées de la défense des églises, pourront facilement pénétrer dans les bureaux des juges civils, toutes les fois qu'il sera nécessaire de faire face aux difficultés qui surviennent, et en référer aux autorités civiles.

 

Que la délégation à la cour aura pleins pouvoirs.

Il fut décidé que les délégués choisis qu'on enverra à la cour de l'empereur auront une délégation plénipotentiaire.

Protestation des évêques de la Mauritanie contre Primosus.

Il conste de plus que les évêques de la Mauritanie Césarienne attestent d'avoir averti Primosus par lettre envoyée par l'intermédiaire des premiers citoyens de la ville de Thagaï, qu'il avait à se rendre au synode, afin d'y être personnellement présent selon les instructions impériales; or ce même Primosus, recherché comme cela se devait ne fut pas retrouvé, ainsi que l'annoncent les diacres. Et sur la demande des mêmes évêques de la Mauritanie d'envoyer une lettre à ce sujet à notre vénérable frère le primat innocent, il fut décidé de l'expédier, pour lui faire savoir que Primose fut recherché pendant le synode, mais ne fut pas trouvé.

 

98. Des peuples qui n'ont jamais eu d'évêques.

Il fut aussi décidé que les peuples qui n'ont jamais eu d'évêque propre, n'en reçoivent point, sans un vote préalable de tout le synode de la province et du primat et avec le consentement de celui, dans le diocèse duquel se trouvait cette église.

 

99. Des peuples et des diocèses donatistes qui font retour.

Que les peuples aussi, évidemment, qui sont revenus des donatistes et avaient eu jusque-là des évêques soient jugés dignes de les garder sans conteste et sans avoir à demander l'avis du synode; aux peuples d'autre part, qui avaient eu un évêque et à la mort de celui-ci ont préféré ne pas en avoir un à eux, mais appartenir au diocèse d'un autre évêque, il ne faut pas le leur refuser.

On admit aussi que les évêques, qui feront revenir à l'unité catholique avant la loi impériale à publier au sujet de l'unité, les peuples qu'ils avaient jusque-là, devront les garder; tandis qu'après la publication de la loi sur l'unité, les églises et tout leur territoire avec les droits qui auraient appartenu à ces églises, seront réclamés de droit par les évêques catholiques des territoires occupés par les hérétiques, que ceux-ci reviennent désormais à l'église catholique ou non, Et si quelques-uns ont commis des abus sur ce point après la publication de la loi impériale, ils seront obligés de tout restituer.

 

100. De l'appel de Maurent évêque.

Conformément à l'appel et à la demande de l'évêque Maurent, après lecture de la notice que Placence évêque, qui remplit le rôle de délégué de Numidie, notice qui sur avis de ce même Placence fut lue en présence des évêques, ayant mandé par les diacres ceux que l'on disait se tenir devant les portes, c'est à dire les anciens de la Nouvelle-Germanie, sans les trouver point, et les ayant fait chercher une seconde et une troisième fois, le saint synode a jugé bon pour cette raison d'envoyer une lettre à ce même Sanctippe pour lui faire savoir que ce n'est pas sur le désir du dit peuple que l'évêque fut mis en accusation.

Maurent évêque dit: Puisque les anciens de la Nouvelle-Germanie furent cherchés deux et trois fois et ne furent pas trouvés, et alors que le primat leur avait intimé l'ordre d'être présents au vénérable synode qui a lieu maintenant aux ides, eux tous prirent soin de s'en abstenir: pour cela que votre sainteté veuille décider que je ne sois pas sans cause broyé sous la persistance de leur calomnie.

Le saint synode décida que certes de l'avis des évêques une sentence du synode présent devait être prononcée contre les insubordonnés, mais comme il faut garder en toute la bonté ecclésiastique, on préparera une lettre pour le primat Sanctippe, afin de lui faire savoir que des juges choisis par le synode devront sans délai enquêter dans la ville de Thubursicum pour instruire l'affaire convenablement.

Maurent évêque dit: Je demande comme juges le très saint primat Sanctippe, le très saint Augustin, Florent, Théase, Sampsique, Second et Possidius; veuillez m'accorder cela.

Le saint synode accorda les juges demandés. Quant aux autres juges nécessaires pour compléter le nombre, le primat Sanctippe les fera désigner par les anciens de la Nouvelle Germanie.

 

101. De la pacification des églises de Rome et d'Alexandrie.

Il fut décidé encore d'écrire au très saint pape Innocent au sujet de la dissension entre l'église de Rome et celle d'Alexandrie, afin que chacune de deux églises garde envers l'autre la paix, que le Seigneur prescrit.

 

102. Des conjoints qui renvoient leurs époux ou épouses, qu'ils restent sans se remarier.

Il fut décidé que suivant la présomption de l'évangile et de l'apôtre ni l'homme abandonné par sa femme, ni la femme abandonnée par son mari, ne se marieront à nouveau, mais ou bien ils resteront ainsi, ou bien se réconcilieront; s'ils méprisent cette prescription, qu'ils soient astreints à faire pénitence. Sur cette question il faut demander qu'une loi impériale soit publiée.

 

103. Des prières à dire à l'autel.

Il fut aussi décidé que les prières approuvées par le synode, prières préparatoires, prières concluant la psalmodie, prières de recommandation du peuple, prières de l'imposition des mains sur les pénitents, soient faites par tous; on n'en prononcera jamais d'autres non-orthodoxes, mais on récitera celles qui ont été réunies par des personnes prudentes.

 

104. De ceux qui demandent à l'empereur d'être jugés par un tribunal civil.

Il fut décidé que quiconque demandera à l'empereur de faire examiner son affaire par des tribunaux civils sera déchu de sa dignité; tandis que s'il demande à l'empereur un tribunal épiscopal, rien ne s'y opposera.

105. De ceux qui, excommuniés en Afrique, veulent se faufiler au-delà des mers.

Quiconque privé de la communion en Afrique se rend en cachette au delà du détroit pour y communier, recevra comme peine d'être déchu de la cléricature.

 

106. Que ceux qui se rendent à la cour s'empressent de présenter leur cause à l'évêque de Carthage et à celui de Rome.

Il fut décidé que quiconque veut aller à la cour de l'empereur, doit le faire noter dans les lettres formées adressées à l'évêque de Rome et il recevra de là d'autres lettres formées pour la cour. Donc, si celui qui à reçu des lettres formées pour Rome seulement, y ayant tu la nécessité qui l'obligeait à se rendre à la cour, veut ensuite s'en aller à la cour, il sera exclu dé la communion. Si cependant durant son séjour à Rome une affaire soudaine apparaissait, qui l'obligeât à se rendre à la cour, il exposera cette nécessité à l'évêque de Rome et il nous rapportera un écrit de ce même évêque de Rome.

Les lettres formées des primats ou de n'importe quel évêque, qui sont données aux clercs, doivent porter marquée la date de pâques; si la date de pâques de la même année n'est pas encore connue, on y mettra celle de la pâque précédente, comme on a coutume d'écrire dans les actes publics "après le consulat".

Il fut décidé aussi que les délégués, envoyés par cet honorable synode contre les donatistes et les païens et leur culte, demanderont aux très glorieux empereurs tout ce qu'ils penseront être avantageux.

Il fut encore décidé sur la demande de tous les évêques que votre sainteté signe seule toutes les lettres qui seront expédiées au nom du synode.

Et ils signèrent. Aurélius évêque de l'église de Carthage, je consens au présent décret et l'ayant lu attentivement j'ai signé. De même tous les évêques aussi signèrent.

 

Synode contre les païens et hérétiques.

Sous le consulat des clarissimes Bassus et Philippe, le seizième jour des calendes de juillet, à Carthage, au secrétariat de la basilique restaurée.

Dans ce synode Fortunatien évêque fut chargé d'une ambassade pour la seconde fois contre les païens et les hérétiques.

De même, concile contre les païens et les hérétiques.

Sous le consulat des clarissimes Bassus et Philippe, le troisième jour des ides d'octobre, à Carthage, dans le secrétariat de la basilique restaurée. Dans ce synode Restitut et Florence évêques furent chargés d'une ambassade contre les païens et les hérétiques, au temps où Sévère et Macaire furent tués et qu'Évode, Théase et Victor les évêques furent pour la même raison massacrés.

 

107. Synode sur la sentence prononcée par un seul évêque.

Sous les très glorieux empereurs augustes Honorius consul pour la septième fois et Théodose pour la troisième, le dix-septième jour des calendes de juillet, à Carthage, dans la basilique de la seconde région. Dans ce synode il fut décidé qu'un seul évêque ne saurait réclamer pour lui le droit de connaître seul d'une affaire.

Les actes de ce synode ne furent point copiés, parce qu'il fut un synode local et non point général.

 

108. Synode contre les donatistes

Après le consulat des très glorieux empereurs augustes Honorius, consul pour la huitième fois et Théodose pour la troisième, le dix-huitième jour des calendes de juillet, à Carthage, dans la basilique de la seconde région. Dans ce synode furent chargés d'une ambassade contre les donatistes les évêques Florence, Possidius, Préside et Venance; en ce temps fut publiée la loi que chacun serait libre de faire profession de christianisme.

 

109. Synode contre l'hérésie de Pélage et de Célestius.

Sous les très glorieux empereurs Honorius consul pour la douzième fois et Théodose pour la huitième, aux calendes de mai, à Carthage, dans le secrétariat de l'église saint Fauste, Aurélius évêque présidant tout le synode, assisté des diacres; il fut décidé par tous les évêques de l'église de Carthage réunis en synode, dont les noms et les signatures suivent:

Qu'Adam n'a pas été créé mortel par Dieu.

Quiconque dit qu'Adam le premier homme a été créé mortel, en ce sens que pécheur ou non il serait soumis à la mort corporelle, en d'autres termes, il quitterait la vie du corps non par le mérite du péché, mais par une nécessité de nature, qu'il soit anathème.

 

110. Que les petits enfants sont baptisés pour la rémission des péchés.

De même, il fut décidé que quiconque nie qu'il faille baptiser les enfants en bas âge et les nouveaux nés à peine mis au monde, ou affirme qu'ils sont baptisés pour la rémission de leurs péchés, sans cependant avoir contracté de la faute originelle d'Adam rien qui ne doive être purifié par le bain de la renaissance, d'où il suit que pour ces enfants la formule "pour la rémission des péchés " n'est pas comprise au sens propre, mais qu'elle a un sens impropre, qu'il soit anathème. Car on ne doit entendre la parole de l'apôtre: " Par un seul homme le péché entra dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a atteint tous les hommes, parce que tous ont péché *, que dans le sens où l'a toujours comprise l'église catholique, répandue et déployée toute part. Par suite de cette règle de foi, en effet, même les petits enfants qui ne peuvent encore commettre aucune faute, sont baptisés en toute vérité pour la rémission de leurs péchés, afin que soit purifié en eux par la renaissance ce qu'ils ont contracté par la descendance.

111. Que la grâce de Dieu ne donne pas seulement la rémission des péchés, mais aussi l'aide pour ne plus pécher.

De même, il fut décidé que, quiconque dit que la grâce de Dieu, qui justifie l'homme par Jésus Christ notre seigneur, ne vaut que pour la rémission des péchés déjà commis, mais ne procure pas en outre l'aide pour ne pas en commettre d'autres, qu'il soit anathème.

 

112. Que la grâce de Dieu donne non seulement la connaissance de ce qu'il faut faire, mais de plus elle nous inspire l'amour, afin que nous puissions même accomplir ce que nous avons connu.

De même, quiconque dit que cette grâce de Dieu par Jésus-Christ notre seigneur ne nous aide à ne plus pécher, qu'en nous révélant et manifestant intelligence de ce qu'est le péché, de manière à connaître ce qu'il faut rechercher et ce qu'il faut éviter, mais qu'il ne nous est pas donné par elle d'aimer aussi et de pouvoir faire ce que nous savons devoir être fait, qu'il soit anathème. Car, si l'apôtre dit que "la connaissance rend orgueilleux, tandis que l'amour édifie", il serait très impie de croire que nous recevons la grâce du Christ pour devenir orgueilleux, tandis que nous ne la recevons pas pour être édifiés, alors que l'un et l'autre sont un don de Dieu, de savoir ce qu'il faut faire et d'aimer ce qu'il faut faire, afin que l'édification par l'amour ne laisse pas à la connaissance de pouvoir s'enorgueillir; car, de même qu'il est écrit, dicté par Dieu: "Celui qui enseigne à l'homme la connaissance", de même, il est encore écrit "l'amour vient de Dieu".

 

113. Que sans la grâce de Dieu nous ne pouvons accomplir aucune oeuvre bonne.

De même, il fut décidé que quiconque dit que la grâce de justification nous a été uniquement donnée pour que nous puissions faire avec plusde facilité ce que nous pouvons faire avec notre volonté libre, en d'autres termes, même si la grâce ne nous était pas donnée, nous pourrions, certes non avec facilité, mais tout de même accomplir les commandements divins sans elle, qu'il soit anathème. Car le seigneur, parlant des fruits des commandements ne dit point: Sans moi vous pouvez difficilement faire quelque chose, mais il dit: "Sans moi vous ne pouvez rien faire".

 

114. Que la parole des saints: " Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes" est non seulement pleine d'humilité, mais aussi pleine de vérité.

De même, il fut décidé que les paroles de saint Jean l'apôtre: "Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes et la vérité n'habite pas en nous", quiconque croit pouvoir les interpréter de manière à dire que c'est par humilité que nous ne devons pas affirmer n'avoir point de péché, et non pas parce qu'il en est vraiment ainsi, qu'il soit anathème, Car l'apôtre poursuit en ajoutant: "Tandis que si nous confessons nos fautes, Il est fidèle et juste pour nous les pardonner et nous purifier de toute iniquité *. Par ces paroles il est clairement déclaré qu'il ne s'agit pas seulement d'humilité, mais aussi de réalité; car l'apôtre aurait pu dire: Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous exaltons nous-mêmes et l'humilité n'habite pas en nous, tandis qu'en disant que " nous nous séduisons nous mêmes et la vérité n'habite pas en nous", il démontre clairement que celui qui dit n'avoir pas de péchés, ne dit pas vrai, mais qu'il ment.

 

115. Que les saints dans la prière dominicale prient pour eux-mêmes, en disant " Pardonnez-nous nos offenses".

De même, il fut décidé que quiconque dit que dans la prière dominicale les saints disent " pardonnez-nous nos offenses", non pas pour eux-mêmes, puisque pour eux cette demande n'est plus nécessaire, mais pour les autres qui sont encore dans la foule des pécheurs; et chacun des saints ne dit pas: pardonnez-moi mes offenses, mais "pardonnez-nous nos offenses", parce qu'il est entendu que le juste demande cela pour les autres plutôt que pour lui-même, qu'il soit anathème. Car Jacques l'apôtre était saint et juste, lui qui dit: "Nous péchons tous de bien des manières"; or, pourquoi a-t-il ajouté le mot "tous", sinon pour accorder ce sens à celui du psaume, où l'on lit: " N'entrez pas en jugement avec votre serviteur, car nul homme vivant ne peut être trouvé juste devant vous "; et dans la prière du très sage Salomon: " SI n'y a point d'homme qui ne pèche " et dans le livre du saint Job l'expression " sur les mains de tout homme il est marqué, que tout homme doit connaître sa faiblesse ". C'est pourquoi aussi le saint et juste Daniel, en disant dans sa prière au pluriel " nous avons péché, nous avons commis l'iniquité " et tout le reste qu'il confesse à cet endroit en toute humilité et vérité: afin qu'on ne croie pas comme certains le pensent, qu'il y parle non point de ses péchés, mais de ceux de son peuple, ajoute aussitôt après: "je priai et je confessai mes péchés et les péchés de mon peuple au seigneur mon Dieu"; il n'a pas voulu dire "nos péchés", mais il dit ceux de son peuple et les siens, comme si le prophète avait vu à l'avance que ceux-ci allaient le comprendre si mal.

 

116. Qu'il est dit en toute vérité par les saints, le "Pardonnez-nous nos offenses".

De même, il fut décidé que quiconque veut que les paroles mêmes de la prière dominicale, où nous disons "Pardonnez-nous nos offenses", soient dites par les saints comme expression de leur humilité, mais non comme expression de la vérité, qu'il soit anathème. Qui supporterait en effet que l'homme en prière mente non pas aux hommes, mais au seigneur lui-même, en disant des lèvres qu'il veut être pardonné, tandis qu'il avoue dans son coeur ne pas avoir les péchés qui devraient lui être pardonnés?

 

117. Des peuples qui viennent de chez les donatistes.

De même, il fut décidé: Vu que dans le synode plénier, tenu quelques années auparavant dans cette basilique, il fut décidé que toutes les églises d'un diocèse, devenues catholiques avant les lois publiées sur les donatistes appartiendraient aux sièges, dont les évêques les ont amenées par leurs exhortations à la communion catholique, tandis qu'après les lois toutes celles qui sont revenues à la communion catholique appartiendraient aux sièges sur le territoire desquels elles se trouvaient du temps où elles étaient donatistes; vu d'autre part que de nombreuses dissensions se sont élevées dans la suite entre les évêques et s'élèvent encore au sujet des diocèses, auxquels les mesures prises alors semblent ne pas s'adapter parfaitement; ce saint synode a décidé à présent que partout où une paroisse catholique et des paroisses du parti de Donat sont voisines, bien qu'elles appartiennent à des territoires de sièges différents, quel que fût le temps où l'union a eu ou aura lieu, avant ou après les lois, les paroisses donatistes appartiendront au siège auquel depuis toujours appartenait la paroisse catholique.

 

118. Comment se partageront les diocèses entre eux les évêques, soit les catholiques, soit ceux qui viennent des donatistes.

Évidemment, si des évêques donatistes sont revenus à l'unité catholique, il faut faire en sorte que le territoire du diocèse ainsi formé, où se trouvaient les deux parties, soit partagé en deux parts égales, pour que telles localités reviennent à l'un et telles autres à l'autre; le plus ancien par l'ordination fera le partage, le second choisira; si par hasard il y avait une localité sur laquelle on reste indécis, elle appartiendra au plus proche; si elle est à égale distance de tous les deux sièges épiscopaux, elle sera adjugée à celui que le peuple préférera. Si cependant la population anciennement catholique réclame son ancien évêque et ceux du parti de Donat le leur, l'avis de la majorité l'emportera sur la minorité; s'il y a le même nombre de voix, la localité sera adjugée au plus ancien dans l'épiscopat. Si d'autre part les localités où se trouvent les deux partis sont tellement nombreuses, qu'on ne saurait en faire des parts égales, le nombre des fidèles dans les localités étant inégal, on partagera d'abord les localités à nombre égal de fidèles, et à la localité qui restera on appliquera ce qui fut dit plus haut, à propos de la localité douteuse.

Que si un évêque a libéré un diocèse de l'hérésie et l'a gardé pendant trois ans, personne ne pourra le lui réclamer.

De même, il fut décidé que si quelqu'un après la publication des lois convertit une localité à l'unité catholique et la possède pendant trois ans sans réclamation de personne, on ne la lui réclamera désormais plus, à condition cependant, que dans ces trois ans il y eût un évêque qui devait la réclamer et n'en fit rien; s'il n'y en pas eu, on ne préjugera de rien en l'inscrivant dans les archives; mais du jour où le siège vacant recevra un évêque, il lui sera permis de réclamer la localité dans les trois ans à partir de ce jour-là. De même, si un évêque du parti de Donat retourne à l'unité catholique, on ne préjugera de rien du fait que le délai fixé est passé, mais, du jour de sa conversion qu'il ait le droit de réclamer dans les trois ans les localités qui appartenaient à son siège.

120. De ceux qui s'emparent des peuples, qu'ils croient leur appartenir, sans le consentement de ceux qui les possèdent.

De même, il fut décidé que les évêques quels qu'ils soient, qui, réclamant pour leur siège des populations, n'attendent pas la sentence des autres évêques, mais s'emparent des peuples, consentants ou non, appartenant à un autre, ils perdront leur cause. Et s'il y en a qui ont agi ainsi, alors que l'assemblée des évêques à ce sujet n'était pas terminée, mais le débat sur la question durait encore, l'évêque qui est accusé d'avoir envahi le territoire de l'autre au mépris des ordonnances ecclésiastiques, doit s'en retirer. Et que personne ne se flatte d'avoir reçu du primat une lettre l'autorisant à en prendre possession: qu'il ait une lettre ou pas, il doit aller trouver l'évêque qui possède le territoire et recevoir de lui un écrit, de manière à démontrer qu'il a occupé pacifiquement l'église qui lui revient. Si ce dernier présente aussi une contre-réclamation, elle sera elle aussi examinée par des évêques-juges, soit ceux que le primat leur nommera, soit ceux des évêques voisins, qu'ils choisiront d'un commun accord.

 

121. De ceux qui négligent les peuples de leur territoire.

De même, il fut décidé que les évêques quels qu'ils soient, qui négligent les territoires appartenant à leur siège, en vue de les gagner à l'unité catholique, seront rappelés à l'ordre par les évêques voisins pleins de ce zèle, pour qu'ils ne tardent pas à le faire. Si dans un délai de six mois du jour de l'assemblée épiscopale réunie à ce sujet, ils ne font rien, les localités donatistes seront attribuées à celui qui sera en état de les gagner. A condition cependant que celui à qui ces donatistes manifestement reviennent, n'ait eu l'air de paraître négligent intentionnellement et par mesure de prudence, sur la prière des évêques hérétiques d'être reçus sans bruit, et qu'entre temps son zèle fut prévenu par un autre; car s'il avait agi comme ce dernier, il aurait irrité davantage ces mêmes hérétiques; si tout cela est constaté comme vrai par le tribunal des évêques, les localités seront rendues à son siège. Si les évêques en litige sont de provinces différentes, ce primat-là nommera les juges, sur la province duquel se trouve la localité disputée; si d'un commun accord ils choisissent parmi les évêques voisins des arbitres, ils en choisiront ou bien un ou bien trois, et s'ils en choisissent trois, ils se conformeront à la décision ou des trois ou des deux.

 

122. Que la sentence des juges-arbitres ne doit pas être méprisée.

Il ne sera pas permis d'en appeler de la décision des juges choisis d'un commun accord. Si quelqu'un est convaincu de ne pas vouloir par entêtement se soumettre à la décision des juges choisis, l'évêque du premier siège en l'apprenant enverra des lettres pour qu'aucun évêque ne reste en communion avec lui, jusqu'à ce qu'il se soumette.

 

123. Que l'évêque qui dédaigne son propre diocèse sera excommunié.

Si l'évêque se montre négligent contre les hérétiques dans sa métropole, c'est-à-dire le premier siège de la province, qu'il soit rappelé à l'ordre par les évêques voisins pleins de zèle, et qu'on lui montre que sa négligence est injustifiable; et si dans les six mois à partir du jour de la remontrance, résidant dans sa propre province, il ne se soucie point de ceux qui doivent être ramenés à l'unité catholique, qu'on ne communie pas avec lui, jusqu'à ce qu'il le fasse. Si cependant le commissaire impérial chargé de l'affaire des hérétiques ne se présente pas dans son territoire, on n'inscrira pas au passif de l'évêque d'avoir différé la conversion des hérétiques,

 

124. Des évêques qui prétendent faussement avoir reçu les donatistes à la communion .

S'il est démontré qu'un tel évêque ment au sujet du retour des hérétiques, en affirmant qu'ils les a reçus à sa communion, alors qu'à son su ils n'ont pas été reçus, il perdra même son évêché.

 

125. Des prêtres et des diacres: qu'ils n'en appellent qu'aux synodes d'Afrique.

De même, il fut décidé que si prêtres, diacres et autres clercs inférieurs ont à se plaindre de la décision de leur évêque dans leur procès, les évêques voisins leur donneront audience et ceux qu'ils auront choisis du consentement de leur évêque mettront fin aux procès qu'ils ont entre eux. Et s'ils veulent en appeler, ils n'en appelleront qu'aux synodes d'Afrique ou aux primats de leurs provinces. Celui qui en appellera aux tribunaux de l'autre côté du détroit ne sera reçu en communion par personne en Afrique.

 

126. Des vierges à qui il faut donner le voile avant l'âge.

De même, il fut décidé que tout évêque qui, poussé par la nécessité de protéger la pureté d'une vierge en danger, soit qu'on craigne un amant puissant ou un ravisseur, ou même la voyant sous le coup d'une maladie mortelle, sur la prière de ses parents ou de ceux à qui en incombe le soin, afin qu'elle ne meure pas sans l'habit de moniale, donnera ou a donné le voile à la vierge avant l'âge de vingt-cinq ans, ne tombera pas sous le coup de la décision du synode, qui a fixé le nombre d'années de la vierge à consacrer.

 

127. Afin que les évêques ne soient pas retenus trop longtemps par le synode, on choisira trois commissaires de chaque province.

De même, il fut décidé de choisir de chaque province trois commissaires, afin de ne pas retenir trop longtemps tous les évêques réunis pour le synode.

Et l'on choisit: de l'Église de Carthage: Vincent, Fortunatien et Clair; de la province de Numidie: Alype, Augustin et Restitut; de la province de la Byzacène: avec le primat, le très saint évêque Donatien, Cresconius, Jocond et Émilien; de la Mauritanie Sitifienne: Sévérien, Asiatique et Donat; de la province Tripolitaine: Plaute, qui fut envoyé selon la tradition comme seul délégué. Tous ceux-là examineront toute affaire avec le très saint évêque Aurélius, auquel le synode entier a demandé de signer tous les actes déjà expédiés et toutes les lettres.

Et ils signèrent. Aurélius, évêque de l'Église de Carthage, je consens au présent décret et l'ayant lu attentivement j'ai signé. De même, tous les autres évêques aussi signèrent.

Dans ce synode aussi la délégation de l'Église de Rome était présente.

Après le consulat des très glorieux empereurs augustes Honorius consul pour la douzième fois et Théodose pour la huitième, le troisième jour des calendes de juin, à Carthage, au secrétariat de la basilique restaurée, sous la présidence d'Aurélius évêque, en présence de Faustin évêque de l'Église de Potenza du Picénum en terre d'Italie, Vincent de Culusita, Fortunatien de Néapolis, Maurien d'Usiparens, Adéodat de Simittu, Pentade de Carpita, Rufien de Muzua, Prétextat de Sicéliba, Quodvultdeus d'Ucra, Candide d'Abiris, Gallonius d'Utique, les délégués de la province Proconsulaire; Alype de Thagaste, Augustin d'Hippo-Régius, Possidius de Calama, les délégués de la province de Numidie; Maximien d'Aquae-Regiae, Jocond de Suffétula, Maximien de la même province et Hilarien d'Horréocella, les délégués de la Byzacène; Novat de Sitifis et Léon d 'Opta, les délégués de la province de Mauritanie sitifienne; Ninellus de Russurbis, Laurent d'Icosium et Numérien de Rusguniae, les délégués de la Mauritanie césarienne, choisis comme commissaires par tout le synode; les diacres étant présents, après l'expédition de certaines affaires, sur la plainte d'un grand nombre d'évêques devant le reste des affaires à expédier, que cela traînerait trop en longueur et qu'ils ne sauraient le souffrir, parce qu'ils avaient hâte de retourner à leurs églises, le synode tout entier décida que chaque province choisirait ceux qui devraient rester sur place pour conclure le reste des affaires à traiter. De cette sorte restèrent ceux dont les signatures attestent la présence.

 

128. Que les excommuniés ne doivent point être admis à l'accusation.

Il fut donc décidé : comme par les décisions précédentes des synodes il fut déterminé quels clercs peuvent être reçus comme accusateurs, mais ne fut pas spécifié quelles personnes doivent être exclues, pour cette raison nous décidons à juste titre de ne pas recevoir à l'accusation celui qui, exclu de la communion, est encore sous le coup de l'excommunication, qu'il fût clerc ou laïc celui qui veut se porter comme accusateur.

 

129. Que les esclaves et les affranchis et toutes les personnes privées des droits civils ne peuvent être des accusateurs.

De même, il fut décidé de ne pas recevoir comme accusateurs tous ceux qui sont esclaves ou même affranchis, tous ceux que les lois civiles ne reçoivent pas comme accusateurs en matière criminelle, tous ceux qui sont encore souillés par la honte de la perte des droits civils, c'est-à-dire les mimes et toutes les personnes qui exercent un métier honteux, de plus les hérétiques et les juifs et les païens. Néanmoins tous ceux à qui le droit d'accuser est refusé, ne doivent pas se voir refuser la liberté d'accuser dans leurs causes personnelles.

 

130. Celui qui n'a pu faire la preuve d'une de ses accusations ne sera point entendu pour le reste.

De même, il fut décidé que si contre des clercs ont été portés par des accusateurs plusieurs chefs d'accusation et l'un d'entre eux, le premier instruit, ne put être prouvé, les accusateurs ne seront pas admis comme tels pour les autres griefs.

 

131. Les personnes admises à témoigner.

Quant aux témoins, il ne faut pas admettre au témoignage ceux dont l'admission à l'accusation fut interdite et aussi ceux que l'accusateur amène de sa propre maison. Le témoignage d'une personne au-dessous de quatorze ans ne sera pas reçu.

 

132. De l'évêque excommuniant quelqu'un qui lui a avoué à lui seul sa faute.

De même, il fut décidé que si jamais un évêque affirme avoir reçu lui seul de quelqu'un l'aveu d'une faute et celui-ci le nie, l'évêque ne doit pas compter comme injure personnelle que son témoignage unique ne soit pas cru, même s'il affirme que sa conscience révoltée lui interdit de communier avec celui qui nie sa faute.

 

133. L'évêque ne doit pas priver de la communion à sa guise.

Les autres évêques ne communieront pas avec cet évêque, tant que lui-même ne communiera pas avec l'excommunie; ainsi il prendra garde de porter contre quelqu'un une accusation, qui ne saurait être vérifiée preuves à l'appui par d'autres.

Aurélius évêque dit: conformément à ce qui fut décidé de l'avis de tout le synode réuni et de ma petitesse, je pense qu'il faut conclure les affaires du chapitre mentionné tout entier et que la discussion formulée en ce jour soit reçue dans les actes officiels. Quant à ce qui ne fut pas encore achevé, au jour qui suit nous l'écrirons à notre vénéré frère dans l'épiscopat Boniface par nos frères Faustin évêque, Philippe et Asellus les prêtres.

Et ils signèrent.

Aurélius évêque, j'ai signé les actes présents des canons, actes qui sont gardés chez nous.

Valentin évêque du premier siège du pays de Numidie, j'ai signé les actes ici présents.

Faustin évêque de l'Église de Potenza, de la province du Picénum, délégué de l'Église de Rome, j'ai signé les actes ici présents.

Alype évêque de Thagaste, délégué du pays de Numidie, j'ai signé les actes ici présents.

Augustin évêque d'Hippone, délégué du pays de Numidie, j'ai signé les actes ici présents.

Possidius évêque de Calama, délégué de la province de Numidie, j'ai signé les actes ici présents.

Vincent de Culusita, j'ai signé les actes ici présents.

Fortunatien de Néapolis, j'ai signé les actes ici présents.

Pentade de Carpita, j'ai signé les actes ici présents.

Rufien de Muzua, j'ai signé les actes ici présents.

Prétextat de Sicéliba, j'ai signé les actes ici présents.

Quodvultdeus d'Ucra, j'ai signé les actes ici présents.

Candide de Germanie, j'ai signé les actes ici présents.

Gallonius d'Utique, j'ai signé les actes ici présents.

Maximien d'Aquae, j'ai signé les actes ici présents.

Jocond de Suffétula, délégué de la province de Byzacène, j'ai signé les actes ici présents.

Maximien, délégué de la province de Byzacène, j'ai signé les actes ici présents.

Hilarien d'Horréocella, délégué du pays de Byzacène, j'ai signé les actes ici présents.

Novat de Sitifis, délégué de la province de Byzacène, j'ai signé les actes ici présents.

Ninellus de Russurbis, délégué du pays de la Césarienne, j'ai signé les actes ici présents.

Laurent d'Icosium, j'ai signé les actes ici présents.

Numérien de Rusguniae, j'ai signé les actes ici présents.

Léon de Mocta, j'ai signé les actes ici présents.

Un autre Léon, délégué de la province Sitifienne, j'ai signé les actes ici présents.

Et les autres évêques, en tout 217, ont signé de même.

Philippe prêtre, délégué de l'Église de Rome, j'ai signé les actes ici présents, après les avoir lus.

Asellus prêtre, délégué de l'Église de Rome, j'ai signé les actes ici présents, qui ont été expédiés par nous.

 

(LE DOSSIER D'APIARIUS)

Ici commence la lettre envoyée de la part du synode de toute l'Afrique à Boniface, évêque de l'Église de Rome, par Faustin évêque et les prêtres Philippe et Asellus, délégués de l'Église romaine.

 

Au seigneur très bienheureux et vénérable frère Boniface, Aurélius, Valentin du premier siège de Numidie, et les autres évêques présents, au nombre de deux-cent-dix-sept, de l'épiscopat de toute l'Afrique.

 

Puisqu'il a plu au seigneur que les questions traitées avec nous par nos très saints frères, Faustin, notre frère dans l'épiscopat, et les frères dans le sacerdoce Philippe et Asellus, soient exposées par notre petitesse non pas à Zosime évêque, de sainte mémoire, de qui ils nous avaient apporté les lettres et les ordres, mais à votre honneur établie par Dieu à sa place, nous devons faire connaître brièvement les résultats obtenus par notre commun accord, mais non le contenu des rouleaux des actes détaillés, dans lesquels, la charité restant sauve, nous avons traîné en longueur, pris par bien de fatigantes discussions, à la recherche de la solution avantageuse de l'affaire à mettre dans les actes. Lui aussi, s'il était encore vivant, aurait reçu avec joie ce qu'il aurait vu se terminer pacifiquement, seigneur frère.

Apiarius le prêtre, au sujet de l'ordination, de l'excommunication et de l'appel duquel s'est élevé un scandale non des moindres non seulement dans l'Église de Sicca, mais encore dans celle de toute l'Afrique, après avoir demandé le pardon de toutes ses erreurs fut rétabli dans la communion, mais auparavant Urbain de Sicca, notre frère dans l'épiscopat, a corrigé sans hésiter ce qu'il a cru devoir être corrigé. Cependant comme il fallait pourvoir à la paix et la tranquillité de l'Église non seulement pour le présent, mais aussi pour la suite, car de nombreux cas semblables ont précédé, afin de nous préserver d'affaires similaires ou même plus graves, nous avons décidé qu'Apiarius fut éloigné de l'Église de Sicca, en gardant évidemment sa dignité et son grade, et que muni d'une lettre de nous il puisse exercer le ministère sacerdotal partout ailleurs où il voudrait et pourrait le faire; c'est ce que nous avons permis sans difficulté à ce même Apiarius qui l'a demandé par écrit.

Avant que cette affaire ait reçu un tel terme, entre autres questions que nous avons examinées dans nos réunions successives, nous avons été amenés, pour la régularité des actes officiels, à demander à nos frères Faustin, notre frère dans l'épiscopat, et à Philippe et Asellus nos frères dans le sacerdoce, d'exposer tout ce qui leur fut permis de traiter avec nous, ils nous expliquèrent certains points oralement et sans aucun écrit; nous avons demandé l'instruction écrite qu'ils portaient avec eux, et ils la produisirent, nous l'avons lue et mise aussi dans les actes qui vous sont rapportés par eux à présent. Dans cette instruction quatre points devaient être examinés par eux et par nous: le premier, sur les appels des évêques à l'évêque de l'Église de Rome; le deuxième, que les évêques ne traversent pas la mer sans raison pour se rendre à la cour; le troisième, que les causes des prêtres et des diacres soient examinées par les évêques limitrophes, s'ils ont été témérairement exclus de la communion par leurs évêques; le quatrième, au sujet d'Urbain l'évêque qui doit être exclu de la communion ou encore convoqué à Rome, s'il ne corrige pas ce qui doit être corrigé.

Au sujet du premier point et du troisième, c'est-à-dire qu'il soit permis aux évêques d'en appeler à Rome, et que les causes des prêtres et des diacres soient conclues par les évêques de leurs provinces, nous nous sommes empressés de représenter par lettre expédiée déjà l'an passé à Zosime évêque, de sainte mémoire, que sans vouloir l'offenser nous les remettions à un peu plus tard, jusqu'à ce que les recherches sur les canons de Nicée aient été faites. Nous demandons maintenant à votre sainteté, ces canons de Nicée, de nous les faire observer tels qu'ils ont été décidés et définis par les pères, et d'appliquer aussi là-bas chez vous ce que contient l'instruction donnée pour nous; c'est-à-dire: "Si un évêque est accusé et les évêques de la province réunis le jugent et le déposent de son grade, lorsqu'il voudra en appeler et recourra au bienheureux évêque de l'Église de Rome, celui-ci, s'il décide de lui accorder son audience et estime juste de procéder à la révision du procès, daignera écrire aux évêques établis dans la province limitrophe et voisine, pour qu'ils enquêtent soigneusement sur toute chose et concluent l'affaire sur la foi de la vérité.

Si cependant celui qui a demandé la nouvelle audience de son affaire, peut décider par sa supplication évêque de Rome d'envoyer de son entourage un prêtre, il sera au pouvoir de cet évêque de faire ce qu'il voudra et jugera bon: s'il choisit d'envoyer ceux oui, présents, doivent juger avec les évêques, ce sera à lui d'en décider; et s'il croit que les évêques suffisent pour conclure l'affaire, il fera ce qu'il jugera bon dans sa très sage pensée".

De même, au sujet des prêtres et des diacres: "Si un évêque irascible, chose qui ne doit pas être, excité soudain ou violemment contre son prêtre ou son diacre, veut le chasser de son église, il faut pourvoir de ce qu'il ne soit pas condamné injustement ou perde le communion. Et le clerc chassé aura le droit de recourir aux évêques limitrophes et sa cause trouvera audience et une enquête très soignée sera faite; car il ne faut pas lui refuser l'audience, s'il le demande. Et évêque aussi ,qui à tort ou à raison l'a chassé, doit supporter sans rancune, que l'enquête sur l'affaire ait lieu, pour que sa décision soit ou confirmée ou corrigée".

Ces deux points furent mis dans les actes, en attendant l'arrivée des exemplaires authentiques du concile de Nicée s'ils y sont dans les mêmes termes que dans l'instruction qui nous a été présentée par nos frères envoyés par le siège apostolique et sont observés chez vous en Italie de le même manière, alors nous aussi nous ne voudrons plus les négliger, ni nous empresser de les rejeter. Et nous croyons qu'avec l'aide de le miséricorde du seigneur notre Dieu, tant que votre sainteté préside à l'Église de Rome, nous n'aurons plus à supporter pareille arrogance, mais observerons ce qui par charité fraternelle doit être observé sans en discuter et que d'ailleurs même vous, selon la sagesse et la justice ,que le très haut vous a accordées, vous jugez devoir être observé, si jamais les canons du concile de Nicée sont conçus autrement. En effet, ayant examiné plusieurs exemplaires, nous n'avons nulle part pu lire dans les exemplaires latins à l'endroit du concile de Nicée les textes, tels qu'ils nous ont été envoyés dans l'instruction mentionnée plus haut.

Cependant, comme nous n'avons pu trouver cela dans aucun exemplaire grec ici-même, nous voulons qu'on nous en apporte des exemplaires des églises d'Orient, où dit-on ces canons authentiques peuvent être trouvés. C'est pourquoi nous supplions votre révérence qu'elle daigne, elle aussi, écrire aux évêques de ces lieux, c'est-à-dire à ceux des églises d'Antioche, d'Alexandrie, et de Constantinople, et à d'autres, si votre sainteté en juge ainsi, afin que nous parviennent les canons définis par les saints pères à Nicée: vous aurez ainsi procuré ce bienfait à toutes les églises d'Occident avec l'aide du seigneur. Qui, en effet, mettrait en doute que les copies grecques du concile réuni à Nicée ne soient très véridiques, si provenant de lieux si divers et d'églises grecques célèbres et, collationnées, elles concordent entre elles?

Jusqu'à ce que cela se fasse, nous reconnaissons que ce qui nous fut envoyé dans la dite instruction au sujet des appels des évêques au pontife de l'Église de Rome, et au sujet des causes des clercs qui doivent être conclues par les évêques de la même province, nous l'observerons jusqu'à ce que cela soit confirmé, et nous avons confiance que votre béatitude nous y aidera, si Dieu le veut.

Quant au reste des délibérations et décisions de notre synode, comme nos frères déjà mentionnés, Faustin notre frère dans l'épiscopat, Philippe et Asellus les prêtres, les emportent avec eux, ils les feront connaître, si vous le voulez bien, à votre sainteté.

Et ils signèrent. Que le seigneur vous garde pour de nombreuses années, très bienheureux frère. De même signèrent: Alype, Augustin, Possidius, Marin, et les autres évêques.

Ici commence la réponse de Cyrille évêque d'Alexandrie, au synode d'Afrique, dans laquelle il envoya par le prêtre Innocent la version faite sur la copie authentique grecque du concile de Nicée; laquelle lettre, avec les canons du concile de Nicée, fut envoyée par l'intermédiaire du même prêtre Innocent et Marcel, sous-diacre de l'Église de Carthage, au très saint Boniface, évêque de église romaine, le sixième jour des calendes de décembre.

Aux seigneurs très honorés et très saints frères dans l'épiscopat, Aurélius,

Valentin et tout le très saint synode réuni à Carthage, Cyrille, saluant dans le seigneur votre charité.

La lettre si pleine de religion de votre honneur, je l'ai reçue avec grande joie de la main de notre fils, le prêtre Innocent. Et puisque vous avez exprimé l'espoir que nous envoyions à votre charité, tirée des archives de notre église, la copie véridique des actes du concile authentique de Nicée, métropole de Bithynie, c. à d. ce qui fut décidé et confirmé par les saints pères à la suite de la profession de notre foi, j'ai jugé nécessaire, seigneurs mes très honorés frères, d'envoyer avec notre salutation préalable, à votre charité la copie très fidèle du concile authentique que nous possédons, par l'intermédiaire de notre fils, le prêtre innocent; vous trouverez d'ailleurs ce texte dans l'histoire ecclésiastique, si vous voulez l'y chercher. Quant à la pâque, nous vous annonçons, comme vous nous l'écrivez, que nous la célébrerons le dix-sept des calendes de mai de l'indiction imminente.

La signature. Dieu notre seigneur garde votre assemblée, comme nous le souhaitons, très honorés frères.

 

Ici commence la lettre d'Atticus, évêque de Constantinople aux mêmes.

Aux seigneurs très honorés et bienheureux frères dans l'épiscopat Aurélius, Valentin et aux autres, réunis au synode d'Afrique, Atticus évêque.

Par notre fils Marcel, votre sous-diacre, j'ai reçu avec action de grâces la lettre de votre charité, remerciant le seigneur de m'avoir jugé digne d'obtenir la bénédiction de tant de frères. Vous avez écrit, seigneurs mes bienheureux frères, que je vous envoie les canons très véridiques, qui ont été définis après l'exposition du symbole de la foi par les pères à Nicée, métropole de Bithynie. Et quel est celui qui refuserait de communiquer à ses frères le symbole de la foi commune et les décisions qui furent confirmées par les pères? C'est pourquoi je vous envoie comme vous le demandez, le texte entier des canons tels qu'ils ont été définis par les pères à Nicée, par l'intermédiaire du même Marcel, notre fils et votre sous-diacre, oui a hâte de rentrer, et je demande à votre sainte assemblée de vouloir bien prier longuement pour moi.

La signature. Le seigneur garde votre sainteté, comme nous le souhaitons, très saints frères.

 

Ici commence la copie du concile de Nicée, envoyée le six des calendes de décembre, après le consulat des très glorieux empereurs augustes Honorius consul pour la douzième fois et Théodose pour la neuvième, à Boniface, l'évêque de Rome.

Profession de foi du concile de Nicée.

Nous croyons en un seul Dieu, père, tout puissant, créateur des choses visibles et invisibles. Et en un seul notre seigneur, Jésus-Christ, le fils de Dieu, qui est né du père comme (fils) unique, c. à d. de la substance du père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai, Dieu engendré, non créé, d'une même substance avec le père, par qui toutes choses ont été faites, celles gui sont au ciel et celles qui sont sur terre; qui pour nous, les hommes, et pour notre salut est descendu (sur terre), et s'est fait chair et devint homme, souffrit (la passion) et le troisième jour ressuscita et monta aux cieux et à nouveau viendra pour juger vivants et morts. Et au saint Esprit. D'autre part ceux qui disent: il fut un temps, où il n'existait pas, et qu'il a été fait de choses non existantes, ou bien que le fils de Dieu (est) d'une autre hypostase ou substance, ou transformable ou changeable: de tels hommes l'Église catholique et apostolique les anathématise.

A ce symbole de foi fut jointe par les évêques mentionnés plus haut la copie des canons du même concile de Nicée, tels qu'ils se trouvent précédemment exposés, identiques en tous points; nous n'avons pas jugé nécessaire de les copier ici encore une fois

Ici commence la lettre du synode d'Afrique au pape Célestin, évêque de la ville de Rome

Au seigneur cher et vénéré, notre frère Célestin, Aurélius, Palatin, Antonin, Tutus, Serrusdei, Térence, Fortunat, Martin, Janvier, Optat, Celtice, Donat, Théase, Vincent, Fortunatien, et les autres évêques qui se trouvèrent présents au synode de Carthage.

Nous eussions souhaité, comme votre sainteté a manifesté sa joie de la présence d'Apiarius dans la lettre qu'elle a envoyée par notre frère dans le sacerdoce Léonce, d'envoyer nous aussi la présente lettre également remplie de joie sur la justification de la même personne; notre bienveillance et la votre eût été alors plus sûre et n'aurait pas paru trop hâtive, en préjugeant de l'affaire à instruire, comme si l'instruction était déjà terminée.

Après l'arrivée parmi nous du très saint frère dans l'épiscopat, Faustin, nous avons réuni un synode et nous étions convaincus qu'Apiarius nous fut envoyé avec lui, afin de pouvoir grâce aux efforts de Faustin se purger de toutes les nombreuses accusations des habitants de Thabracca, comme il a recouvré la dignité sacerdotale grâce au zèle du même Faustin. La nombreuse assemblée de notre synode ayant parcouru les si nombreuses et si grandes fautes de l'accusé, trouva ,qu'elles l'emportaient sur ce qui chez le dit Faustin pourrait être qualifié de patronage plutôt que de jugement, et de zèle de défenseur plutôt que de justice d'enquêteur. En effet, il opposa d'abord une grande résistance à tout le synode, y joignant diverses injures, en prétendant défendre les privilèges de l'église de Rome et en voulant ,qu'Apiarius fut reçu par nous dans la communion, que votre sainteté, croyant ,qu'un appel a été interjeté, chose qu'il ne put prouver, lui a rendue. Cependant, cela fut d son désavantage, comme vous l'apprendrez mieux par la lecture des actes.

Trois jours dura le pénible procès, pendant lesquels nous nous cassâmes la tête à examiner ce qu'on lui reprochait, lorsque Dieu le juste juge, puissant et miséricordieux, trancha d'une manière capitale les manoeuvres dilatoires de notre frère dans l'épiscopat Faustin et les roueries de ce même Apiarius, par lesquelles il cherchait d couvrir ses infamies illicites, en mettant un terme à l'entêtement dégoûtant et par trop fétide et à l'effronterie de la négation, par laquelle il voulait submerger la boue de tant de plaisirs honteux; car notre Dieu tortura sa conscience et rendit publiquement connu de tous les hommes ce qui était tenu caché dans le coeur, comme chose condamnée déjà dans la fange des crimes; en effet, soudain le rusé négateur éclata dans l'aveu de tous les délits dont on l'accusait, et de lui-même s'accusa enfin de toutes les hontes invraisemblables; et notre espoir même, qui nous faisait croire et souhaiter qu'il pourrait se laver de toutes les honteuses impuretés, il l'a changé en lamentations, sauf que notre tristesse était adoucie par la seule et unique consolation, de nous avoir libérés des gémissements de la fatigue continuelle et aussi d'avoir procuré enfin par son aveu la guérison de ses blessures, quoique malgré lui et accablé par sa conscience.

Donc, après avoir au préalable rempli notre devoir de la révérence due, nous supplions que vous ne prêtiez désormais plus aussi facilement l'oreille à ceux qui vous arrivent d'ici, et que vous veuillez ne pas recevoir à la communion ceux qui ont été par nous exclus de la communion. Votre révérence trouvera cela facilement dans la décision du concile de Nicée; car bien que le concile veuille évidemment qu'on l'applique aux clercs et aux laïques, à combien plus forte raison ne voudrait-il pas qu'on l'observe pour les évêques? Que ceux donc qui ont été dans leur propre province privés de la communion, ne semblent point avoir été avec hâte et indûment rétablis dans la communion par votre sainteté. Votre sainteté chassera aussi, comme il est digne d'elle, les prêtres et les clercs inférieurs qui se réfugient sans pudeur auprès d'elle; car par aucune décision des pères cela ne fut imposé à l'Église d'Afrique, et les décrets du concile de Nicée renvoient clairement aux métropolitains propres soit les clercs des degrés inférieurs, soit même les évêques. Avec sagesse et justice on comprit que tous les procès qui naissent quelque part doivent être conclus dans les lieux mêmes; ils pensèrent en effet qu'à la sollicitude d'un chacun ne manquerait pas la grâce du saint-esprit, par laquelle la justice des pontifes du Christ apparaît pleine de prudence et reste sans défaillance; d'autant plus qu'il est possible à chacun, s'il a des doutes au sujet de la sentence des enquêteurs, d'en appeler aux synodes de sa propre province ou même au synode plénier. A moins qu'il n'y en ait qui croient que notre Dieu peut inspirer sa justice à un seul homme quel qu'il soit, mais la refuse aux pontifes innombrables réunis en synode. D'autre part, comment ce jugement d'outre-mer pourrait offrir une garantie, si les personnes indispensables à témoigner ne sauraient s'y transporter, à cause de l'infirmité corporelle ou de l'âge ou de nombreux autres empêchements?

Quant à envoyer des personnes de l'entourage de votre sainteté, nous ne le trouvons autorisé par aucun des synodes des pères; car, ce qui fut jadis envoyé de là-bas par l'intermédiaire de Faustin, notre frère dans l'épiscopat, comme décision du concile de Nicée, nous ne l'avons point trouvé dans les copies véridiques du concile de Nicée, faites d'après les textes authentiques, que nous avons reçues, envoyées par le très saint Cyrille, notre frère et évêque de l'Église d'Alexandrie, et de la part du vénéré Atticus, évêque de Constantinople, copies qui bien avant ce jour ont été expédiées de notre part à Boniface évêque, votre prédécesseur de sainte mémoire, par le prêtre innocent et le sous-diacre Marcel, par lesquels elles nous avaient été apportées de la part des évêques nommés plus haut. Veuillez donc ne point envoyer des clercs commissaires ni en octroyer à ceux qui vous le demandent, afin que nous ne semblions pas introduire l'orgueil de domination du siècle dans l'Église du Christ, qui offre la lumière de la simplicité et le jour de l'humilité à ceux qui désirent voir Dieu. Quant au déplorable Apiarius, exclu déjà de l'Église du Christ par notre frère Faustin à cause de ses illicites infamies, nous sommes désormais sans inquiétude, que l'Afrique n'aura plus à le souffrir, lorsque votre sainteté, la charité fraternelle étant sauve, aura examiné et réglé son sort.

La signature. Dieu garde votre sainteté pour un long temps, priant pour nous, seigneur frère.