CANONS DE SAINT BASILE LE GRAND

AU MEME

TROISIEME LETTRE SUR LES CANONS

 

(Prologue)

Revenant d'un long voyage, - j'ai été en effet jusqu'au Pont pour les besoins de l'Église et pour visiter des amis, - et ramenant un corps brisé et l'âme un peu mal-en-point, à peine ai-je tenu dans les mains la lettre de votre piété, j'ai aussitôt tout oublié, en recevant les témoins de la voix qui m'est la plus agréable et de la main la plus chère. Puisque donc à cause de votre lettre je me suis senti tellement mieux, vous pouvez imaginer quel prix j'attache à votre rencontre, que le Dieu saint accorde de réaliser là où ce sera moins pénible et où vous nous inviterez vous-même; il ne me serait pas pénible, si vous gagniez la demeure située près d'Euphémias pour notre rencontre, parce que j'échapperais de la sorte aux ennuis de ces lieux-ci et que j'ai hâte de retrouver votre amitié qui ne connaît pas de feinte.

Par ailleurs, le voyage jusqu'à Nazianze m'est devenu sans doute nécessaire par le départ soudain de Grégoire, l'évêque très aimé de Dieu, départ dont la raison reste inconnue jusqu'à ce jour.

Quant à l'homme, dont j'avais parlé à votre perfection et que vous espériez vous aussi voir maintenant prêt, sachez que, pris d'une longue maladie et souffrant désormais des yeux par suite de l'ancien mal et de la maladie récente, il est devenu totalement inapte aux activités à exercer; un autre, nous n'en avons point. C'est pourquoi il vaut mieux, bien qu'ils nous en aient confié le soin, qu'ils désignent eux-mêmes quelqu'un d'entre eux. Il faut en effet penser, qu'ils se virent contraints de parler comme ils l'ont fait, mais que leur coeur voulait ce qu'ils demandèrent dès le début  : que leur supérieur soit l'un des leurs. Si leur choix se porte sur quelqu'un de nouvellement initié, que cela plaise ou non à Macédonius, qu'ils le désignent. Vous lui donnerez la bénédiction d'usage comme cela convient, le Seigneur en tout vous aidant et vous accordant la grâce nécessaire à cela 

51

De ce que tout clerc qui a fauté subira la déposition.

A propos des clercs, les canons parlent d'une manière indéterminée, ordonnant que les clercs fautifs ne subiront qu'une seule peine, la suspense de leurs fonctions, soit qu'ils occupent un grade dans la hiérarchie, ou qu'ils accomplissent un service qui ne comporte pas l'imposition des mains.

52

De celle qui a mis au monde pendant le voyage.

 Celle qui pendant le voyage a laissé mourir l'enfant qu'elle venait de mettre au monde, si pouvant le sauver elle a négligé de le faire, soit qu'elle crût cacher par là son péché, soit qu'elle y fût poussée par une pensée bestiale et inhumaine, sera considérée comme coupable de meurtre. Mais si elle n'a pu l'entourer de soins et le nouveau-né a péri, par suite de la solitude et du manque du nécessaire, la mère doit en être excusée.

53

 Des esclaves veuves convolant en secondes noces.

 La veuve, si c'est une esclave, ne tombe pas dans une grande faute en contractant un second mariage sous forme d'enlèvement; par conséquent il ne faut pas lui en faire grief  : ce n'est pas des formes qu'on a à décider, mais de l'intention.

Évidemment, il lui reste de faire la pénitence des digames.

54

De l'explication déjà faite sur les différences entre meurtres involontaires.

 Les différences que présentent les meurtres involontaires, je me rappelle les avoir exposées autant que cela m'était possible dans ma lettre d'il y a quelque temps à votre piété; je n'y puis rien ajouter, et il appartient à votre prudence de renforcer ou de diminuer les pénitences, selon la particularité de chaque cas.

55

De ceux qui entrèrent en campagne contre les bandits.

 Ceux qui entrèrent en campagne contre les bandits, si ce sont des laïcs, seront privés de la participation aux saints dons; et s'ils sont clercs, déposés; car  : "Quiconque s'est servi de l'épée, dit l'Écriture, périra par l'épée".

56

Des meurtriers volontaires.

 Celui qui a tué volontairement, puis s'en est repenti restera vingt ans sans communier aux dons sanctifiés.

Les vingt années lui seront comptées de la manière suivante  : pendant quatre ans il doit être avec les pleurants se tenant à l'extérieur de la porte de la maison de prière, et demandera aux fidèles qui entrent, de prier pour lui, en confessant publiquement son iniquité; après ces quatre ans il sera reçu parmi les auditeurs et sortira avec eux de l'église, cela pendant cinq ans; pendant sept ans il priera avec les prosternés et sortira de l'église avec eux; pendant quatre ans il assistera simplement parmi les fidèles, mais ne participera pas à l'offrande; et lorsque tout cela sera accompli, il prendra part aux dons sanctifiés.

57

Des meurtres involontaires.

 Celui qui a tué involontairement restera dix ans sans communier aux dons sanctifiés. Les dix ans lui seront fixés de la manière suivante : il sera deux ans parmi les pleurants, trois avec les auditeurs, quatre parmi les prosternés, il assistera simplement pendant un an et ensuite il sera admis aux saints dons.

58

 Des adultères.

 Celui qui a commis l'adultère restera quinze ans sans communier aux dons sanctifiés, quatre ans comme pleurant, cinq comme auditeur, quatre comme prosterné, et deux ans comme simple assistant.

59

Des fornicateurs.

 Le fornicateur restera sept ans sans communier aux dons sanctifiées, deux comme pleurant et deux comme auditeur et deux comme prosterné et un comme simple assistant et la huitième année il sera reçu à la communion 

60

De celles qui ayant promis de garder la virginité ou de ceux qui, devenus moines, ont failli.

 Celle qui a fait profession de virginité puis a failli à sa promesse, arrangera sa vie de manière à accomplir le temps de pénitence de l'adultère. La même règle vaut aussi pour ceux qui ont promis de vivre la vie de moine et ont failli.

61

Des voleurs.

 Celui qui a volé, si s'en repentant il s'en est accusé spontanément, ne sera empêché que pendant un an de communier aux dons sanctifiés avec les fidèles; s'il est convaincu de cela par d'autres, il en sera empêché pendant deux ans, et son temps lui sera partagé en prostration et simple assistance, et alors il sera admis à la communion.

62

De ceux qui ont péché contre nature.

 Celui qui s'est montré impudique avec des mâles se verra fixer le temps de pénitence de l'adultère.

63

De ceux qui ont péché par bestialité.

 Celui qui confesse un péché impie commis sur des animaux observera dans la pénitence les mêmes temps.

64

Des parjures.

 Le parjure restera sans communier pendant dix ans, deux ans comme pleurant, trois comme auditeur, quatre comme prosterné, un an comme simple assistant et alors il sera jugé digne de la communion.

65

Des sorcières et de celles qui préparent des philtres.

 Celui qui confesse avoir usé de magie ou de philtres parcourra dans la pénitence les temps du meurtrier, traité comme s'il s'était spontanément accusé de ce péché.

66

Des violateurs de tombeaux.

 Le violateur de tombeaux restera sans communier pendant dix ans, deux comme pleurant, trois comme auditeur, quatre, comme prosterné, un an comme simple assistant et alors il sera reçu.

67

De ceux qui ont été convaincus d'inceste entre frères.

 L'inceste entre frères aura le temps de pénitence du meurtrier 

68

Les parentés prohibées.

 L'union par mariage des personnes apparentés à un degré prohibant le mariage, si elle a eu lieu, vu qu'elle est un péché, recevra les temps de pénitence des adultères.

69

Des lecteurs qui ont eu commerce charnel avec leurs fiancées avant le mariage.

 Le lecteur, qui a eu commerce charnel avec sa fiancée avant le mariage, aura un an de suspense, puis sera admis au lectorat, restant sans avancement; s'il a eu commerce sans qu'il y ait eu fiançailles il sera démis de son service. De même le sous-diacre.

70

Des diacres et prêtres qui ont péché avec les lèvres.

Le diacre qui s'est souillé les lèvres par le péché et avoue n'avoir péché que jusque-là, sera suspendu de sa fonction liturgique, mais sera admis à communier aux saints dons avec les diacres. La même chose vaut aussi pour le prêtre. Mais si un clerc est convaincu d'avoir fait quelque chose de plus, dans quelque grade qu'il soit, il sera déposé.

71

Des ceux qui ont coopéré à l'un des péchés précités et ne l'ont pas manifesté.

 Celui qui fut complice dans l'un des péchés précités et ne l'a pas avoué, mais en fut convaincu, il sera aussi longtemps en pénitence, que l'auteur du péché 

72

De ceux qui ont eu recours à des devins.

 Celui qui a eu recours à des devins ou à leurs semblables, se verra imposer le temps de pénitence du meurtrier 

73

De celui qui a renié le Christ.

 Celui qui a renié le Christ et apostasié le mystère du salut doit prendre rang parmi les pleurants et faire pénitence tout le temps de sa vie; il ne sera admis à la communion du saint don qu'au moment où il quitte la vie, et cela à cause de la foi en la miséricorde de Dieu.

74

De ceux qui furent condamnés à cause des péchés précités.

 Si néanmoins chacun de ceux qui sont tombés dans les péchés précités, se montre plein de zèle dans le temps de la pénitence, celui à qui la bonté de Dieu a confié le pouvoir de lier et de délier, ne méritera pas de blâme, s'il se montre miséricordieux et diminue la durée de la pénitence, en constatant le repentir extraordinaire du pécheur, puisque le récit de l'Écriture sainte nous apprend que le repentir accompagné d'une douleur très grande obtient rapidement le pardon de la Bonté de Dieu 

75

De ceux qui pèchent avec une soeur issue d'une même mère ou d'un même père.

A celui qui s'est souillé par le péché avec sa soeur issue du même père ou de la même mère on interdira l'accès de la maison de prière, tant qu'il n'aura pas renoncé à ce commerce illicite et criminel; quand il sera venu à résipiscence de cet horrible péché, il fera trois ans comme pleurant, se tenant à la porte des maisons de prières et demandant au peuple qui se rend à la prière, qu'ils aient pitié de lui et adressent au Seigneur chacun en son particulier des prières de supplication pour lui; après cela il sera admis à l'audition seule et après l'audition de la lecture des Écritures et de la prédication on le fera sortir sans l'admettre à la prière; ensuite, "s'il a cherché le Seigneur avec des larmes" et s'est prosterné devant Lui le coeur contrit dans une grande humiliation, on lui accordera la prostration pendant trois autres années; ainsi, lorsqu'il aura montré des fruits dignes de pénitence, on l'admettra la dixième année à la prière avec les fidèles sans participation à l'offrande; et après qu'il aura assisté avec les fidèles pendant deux ans à la prière, on le jugera digne de la communion du saint don.

76

De ceux qui s'unissent à leurs brus.

La même norme sera aussi appliquée à ceux qui s'unissent à leurs brus.

77

De ceux qui abandonnent leurs conjointes et s'unissent à d'autres.

Celui qui abandonne la femme légitimement épousée et en prend une autre, tombe dans le péché d'adultère, selon la décision du Seigneur. Nos pères ont fixé à leur propos comme pénitence, un an parmi les pleurants, deux parmi les auditeurs, trois parmi les prosternés, la septième année d'assister simplement avec les fidèles et alors être jugés dignes de l'offrande, s'il se repentent de leurs péchés avec des larmes.

78

De ceux qui épousent successivement deux soeurs.

La même norme vaudra aussi pour ceux qui prennent pour épouses deux soeurs, bien qu'en des temps successifs.

79

De ceux qui commettent le péché avec leurs marâtres.

Ceux qui, emportés par une passion furieuse, pèchent avec leurs marâtres, seront soumis à la même règle de pénitence que ceux qui pèchent avec leurs soeurs.

80

Des polygames.

Nos pères ont gardé le silence sur la polygamie successive, vu qu'elle est propre aux bêtes et étrangère au genre humain. Quant à nous, elle nous semble un péché plus grand que la fornication; c'est pourquoi il est normal de faire subir à ces gens-là les temps de pénitence, je veux dire de faire un an parmi les pleurants, trois parmi les auditeurs, autres trois parmi les prosternés, et alors être reçus.

81

De ceux qui ont été amenés par les barbares à renier leur foi.

Ceux qui durant l'incursion des barbares apostasièrent à la foi en Dieu, en prêtant des serments païens et mangeant des mets impurs dans les temples des idoles de magie, ceux-là feront les pénitences déjà fixées par nos pères : s'ils ont été soumis de force à des tortures pénibles et n'ont pu supporté les tourments et furent ainsi poussés au reniement, ils seront pendant trois ans exclus de l'église, deux parmi les auditeurs, trois parmi les prosternés, et alors admis à la communion. Si au contraire sans y avoir été grandement contraints ils ont trahi la foi en Dieu et touché à la table des démons et ont juré des serments païens, ils seront pendant trois ans exclus de l'église, entendront les lectures deux ans, prieront avec les prosternés trois ans, pendant trois autres années assisteront avec les fidèles à la supplication et alors seront admis à la communion du saint don.

82

Des parjures.

Quant aux parjures aussi, s'ils ont transgressé leurs serments sous la force et la contrainte, ils seront soumis à des pénitences plus légères, de manière à être réconciliés au bout de six ans; mais s'ils ont trahi leur foi jurée sans y avoir été contraints, ils feront deux ans avec les pleurants, deux parmi les auditeurs, cinq parmi les prosternés, et, autorisés pendant deux autres années à participer à la prière sans l'offrande, enfin, après avoir ainsi témoigné d'un repentir remarquable, ils seront admis de nouveau à la communion du Corps du Christ.

83

De ceux qui ont recours aux devins ou bien introduisent chez eux des pratiques de divination.

Ceux qui ont recours aux devins et suivent les coutumes païennes, ou bien introduisent chez eux des gens en vue de découvrir les sortilèges ou de s'en purifier, seront sujets à la pénitence des six ans, un an parmi les pleurants, un an parmi les auditeurs, trois ans parmi les prosternés, un an d'assistance simple avec les fidèles et alors ils seront reçus.

84

De ceux qui font bon usage des pénitences imposées.

Nous vous avons exposé tout cela, afin que vous examiniez bien les fruits de la pénitence; certainement, ce n'est pas sur la durée de la pénitence que se fondera notre jugement, mais nous ferons attention à la qualité du repentir. Si, cependant, ils se laissent difficilement arracher à leurs habitudes et préfèrent être esclaves des plaisirs de la chair que de servir le Seigneur, et n'acceptent pas de vivre selon l'évangile, nous n'aurons rien de commun avec eux; on nous a en effet enseigné, à propos d'un peuple désobéissant et entêté, d'obéir au précepte : "Tâche de sauver ton âme à toi".

85

De ceux qui font mauvais usage de leurs pénitences.

C'est pourquoi ne nous laissons pas entraîner à la perdition avec eux, mais dans la crainte du jugement sévère et tenant devant les yeux le terrible jour de la rétribution finale du Seigneur, ne veuillons pas nous laisser entraîner à la perdition par suite des péchés d'autrui. Si les jugements terribles du Seigneur ne nous ont pas corrigés, ni de si grandes plaies ne nous ont amenés à résipiscence, - car le Seigneur nous a abandonnés à cause de notre iniquité et nous a livrés aux mains des barbares et le peuple fut emmené en captivité en pays ennemi et livré à la dispersion, à cause de ces péchés qu'avaient osé commettre ceux qui portent le Nom du Christ, - si donc ces gens-là n'ont pas reconnu ni compris que la colère de Dieu vint sur nous à cause de cela, qu'avons-nous de commun avec eux ? Bien au contraire nous devons prendre Dieu à témoin contre eux de nuit et de jour, en public et en privé; et ne nous permettons pas de nous laisser entraîner par leurs ruses, en priant Dieu avant tout de les gagner et les délivrer des pièges du malin, et si nous n'y arrivons pas, cherchons du moins à sauver nos âmes de l'éternelle condamnation.