CANONS DU SYNODE D'ANTIOCHE

Les 25 canons des saints pères réunis à Antioche.

Lettre du synode

Le saint et pacifique synode, réuni par Dieu à Antioche, des provinces de Coelo-Syrie, Phénicie, Palestine, Arabie, AIdssopotamie, Cilicie, Isaurie : à nos saints comministres de la province, qui pensent comme nous, salut dans le Seigneur.

La grâce et la vérité de Jésus Christ notre Seigneur et Sauveur, qui a visité la sainte Église d'Antioche et nous a rassemblés ici en pleine concorde et harmonie et esprit de paix, après les nombreux résultats du passé, a obtenu aussi ce résultat, sous l'inspiration du saint et pacifiant Esprit. Ce que nous avons trouvé bon de décider, après longue délibération et examen de nous tous, évêques réunis des diverses provinces dans cette ville d'Antioche, nous le portons à votre connaissance, confiant dans la grâce du Christ et dans l'Esprit saint, l'esprit de paix, que vous aussi vous serez du même avis, puisque vous étiez de coeur avec nous et nous aidiez de vos prières, ou plutôt unis à nous et présents dans l'Esprit saint, vous avez d'accord avec nous édicté ces mêmes ordonnances, en signant et confirmant dans la concorde de l'Esprit saint les justes décisions prises.

Les canons ecclésiastiques qui furent édictés sont les suivants :

1. De ceux qui agissent contre les ordonnances de Nicée au sujet de la fête de Pâques.

Tous ceux qui oseront enfreindre le décret du grand et saint concile assemblé à Nicée, en l'auguste présence de l'empereur Constantin aimé de Dieu, touchant la sainte et salutaire solennité de la pâque, doivent être excommuniés et rejetés de l'Église, s'ils s'obstinent par esprit de dispute à s'élever contre

ces sages décisions. Et cela pour les laïcs. Quant aux supérieurs ecclésiastiques, évêques ou prêtres ou diacres, si après le présent décret quelqu'un ose se singulariser en célébrant la Pâque avec les Juifs, le saint concile le tient dès lors pour séparé de l'église; car non seulement il commet une faute, mais il devient pour beaucoup une cause de trouble et de perdition; de tels clercs seront dépouillés de leur office, eux et ceux qui resteront en communion avec eux après la déposition. Les clercs déposés seront privés des honneurs extérieurs auxquels ont droit ceux qui sont inscrits au saint canon du clergé et le divin sacerdoce

2. De ceux qui méprisent la prière de la liturgie à l'église et de ceux qui communient avec les excommuniés dans la prière.

Ceux qui viennent à l'église et écoutent la lecture des saints livres, mais ne veulent pas prendre part à la prière liturgique avec le peuple, ou qui par une sorte d'indiscipline se détournent de la communion à l'eucharistie, tous ceux- là doivent être exclus de l'église, jusqu'à ce qu'ayant reconnu leur faute, ils aient fait les pénitences canoniques, produit des fruits de repentir et pu obtenir par leurs prières le pardon.

Il n'est pas permis d'être en communion avec ceux qui sont exclus de l'église, ni d'aller prier dans les maisons de ceux qui évitent de prier avec l'église, ni de recevoir dans une église ceux qui ont été exclus d'une autre. S'il est prouvé qu'un évêque, un prêtre, un diacre ou un autre clerc reste en communion avec les excommuniés, il doit être excommunié lui-même, parce qu'il bouleverse la discipline ecclésiastique.

3. De ceux qui s'établissent dans un diocèse autre que le leur sans le consentement de leur propre évêque.

Si un prêtre, un diacre ou tout autre clerc, laisse sa paroisse pour aller dans une autre, puis quittant complètement son domicile, tente de séjourner longtemps dans une autre paroisse, il ne pourra plus exercer son ministère; notamment, s'il a refusé d'obéir au rappel de son évêque et à l'ordre d'avoir à réintégrer sa propre paroisse, mais s'obstine dans son indiscipline, il doit être dépouillé complètement de ses fonctions ecclésiastiques sans espoir de réintégration. Si un autre évêque accepte un clerc déposé pour ce motif, il sera puni par un synode commun, comme transgresseur des ordonnances ecclésiastiques.

4. Des clercs supérieurs déposés qui osent célébrer.

Si un évêque déposé par un concile, ou un prêtre ou un diacre déposés par leur évêque, osent continuer quelques-unes de leurs fonctions, l'évêque, selon la coutume qui a prévalu jusqu'ici, et aussi le prêtre et le diacre, qu'aucun d'eux n'espère obtenir sa réintégration par un autre synode, ni même avoir la faculté de se défendre; et de plus, ceux qui resteront en communion avec eux seront exclus de l'église, surtout s'ils osent le faire après connaissance de la sentence portée contre les susdits.

5. De ceux qui se retirent des assemblées liturgiques de l'église et célèbrent en particulier.

Si un prêtre ou un diacre, ne faisant aucun cas de son évêque, se sépare de l'église, forme une communauté à part, érige un autel et refuse d'écouter les avertissements de son évêque, ne veut aucunement prêter l'oreille, ni obéir à ses appels répétés une et deux fois, il sera déposé complètement, n'aura plus d'espoir de rémission, ni ne pourra recouvrer sa dignité. S'il continue à causer des troubles et des séditions dans l'église, qu'on le fasse revenir à l'ordre, comme un factieux, par le pouvoir séculier.

6. Des excommuniés, qu'il est interdit de les recevoir.

Celui qui a été excommunié par son propre évêque ne peut être admis par un autre évêque, avant sa réintégration par le sien propre, à moins que, se présentant au synode réuni il ne se défende et convaincant le synode il n'obtienne une autre décision à son sujet. Ce décret vaut pour les laïcs et les prêtres et les diacres, et tous ceux inscrits sur la liste du clergé.

7. Qu'il ne faut recevoir aucun clerc étranger sans lettres de recommandation de son évêque.

Aucun clerc étranger ne sera reçu sans lettres de recommandation.

8. Des lettres de recommandation données par les prêtres et les évêques de campagne.

Les prêtres de la campagne ne peuvent donner des lettres canoniques, sauf d'adresser ces lettres aux seuls évêques voisins. Tandis que les chorévêques irréprochables peuvent délivrer des lettres de recommandation.

9. Des métropolitains de chaque province.

Les évêques de chaque province doivent savoir que l'évêque qui préside à la métropole est chargé du soin de toute la province, car c'est à la métropole que se rendent de toutes parts ceux qui ont des affaires à traiter. En conséquence, il a été statué qu'il occupera aussi le premier rang pour les honneurs et que les autres évêques, conformément à la règle ancienne établi par nos pères, ne pourront rien faire sans lui, sinon administrer leur ville avec sa campagne; chaque évêque en effet est maître de son diocèse, il doit l'administrer avec religion et veiller sur les campagnes qui dépendent de sa ville épiscopale; il doit de même ordonner des prêtres et des diacres, et faire toutes choses avec discernement. Mais en dehors de cela il ne peut rien faire sans l'assentiment de l'évêque de la métropole, comme lui non plus ne doit rien décider sans l'avis des autres évêques.

10. De ceux qu'on appelle chorévêques et des ordinations qu'ils font.

Ceux qui, résidant dans les campagnes et les bourgs, portent le titre de chorévêque, bien qu'ils aient reçu la consécration épiscopale, doivent selon la décision du saint concile, connaître les limites de leurs facultés et administrer les églises dont ils ont la juridiction et y limiter leurs soins et leur vigilance, y ordonner des lecteurs, des sous-diacres et des exorcistes, mais se contenter de ces promotions, et ne point oser ordonner des prêtres et des diacres sans l'assentiment de l'évêque, sous la juridiction duquel se trouve placé le chorévêque lui-même et son territoire. Si quelqu'un ose outrepasser ces ordonnances, qu'il soit déposé et privé de sa dignité. Le chorévêque doit être nommé par l'évêque de la ville dont dépend la campagne.

11. De ceux qui recourent à l'empereur sans le consentement du métropolitain.

Si un évêque ou un prêtre ou n'importe quel autre clerc ose recourir à l'empereur sans avoir l'assentiment ou des lettres des évêques de la province et surtout de l'évêque de la métropole, il doit être condamné et privé non seulement de la communion, mais encore de la dignité qu'il possède, parce qu'il a osé importuner notre empereur aimé de Dieu, contrairement aux règles de l'Église. Si toutefois une affaire importante l'oblige de recourir à l'empereur, il doit le faire avec l'avis et le consentement de l'évêque de la métropole et des autres évêques de la province, et ne se mettre en route que muni de leurs lettres.

12. Des clercs déposés qui recourent à l'empereur

Si un prêtre ou un diacre déposé par son évêque, ou un évêque déposé par un synode, ose aller importuner l'empereur, et alors qu'il eût dû porter sa cause devant un plus grand synode, exposer ses raisons devant un nombre plus considérable d'évêques et se soumettre à leur enquête et leur décision, lui, faisant peu de cas de ces moyens, insiste auprès de l'empereur, un tel ne sera digne d'aucun pardon, n'aura plus la faculté d'exposer sa défense et doit perdre tout espoir de réintégration.

13. De ceux qui venant d'une autre province osent faire des ordinations.

Aucun évêque ne doit oser passer de sa province à une autre, y ordonner et établir des desservants dans des église, pas même s'il était accompagné d'autres évêques; à moins d'y avoir été invité par des lettres du métropolitain et de ses suffragants, dont il traverse le territoire. Si, contrairement à l'ordre établi, il s'y rend et procède à des ordinations et à d'autres affaires ecclésiastiques qui lui sont étrangères, ses actes seront frappés de nullité et lui-même subira la peine de son désordre et de sa démarche inconsidérée, en restant déposé par le fait même, selon la décision du saint synode.

14. Du désaccord sur la sentence contre des évêques en accusation.

Lorsqu'un évêque est accusé de diverses fautes et que les évêques de la province sont partagés à son sujet, les uns déclarant l'accusé innocent, les autres coupable, pour dissiper toute incertitude il a paru bon au saint synode que l'évêque de la métropole convoque d'autres évêques de la province voisine, pour qu'ils servent d'arbitres et dissipent le doute, portant par eux et ceux de sa province un jugement certain sur l'affaire.

15. Des évêques condamnés unanimement par ceux de la province.

Lorsqu'un évêque a été accusé de diverses fautes et que tous les évêques de la province ont été unanimes à porter sur lui un jugement défavorable, il ne pourra plus se présenter devant un autre tribunal, mais la décision des évêques de la province restera irrévocable.

16. Des évêques libres qui s'emparent d'un évêché vacant.

Si un évêque sans diocèse s'introduit dans un diocèse vacant et s'empare du siège épiscopal sans l'autorisation d'un synode complet, il doit être déposé, quand même il serait parvenu à se faire élire par tout le peuple de l'Église qu'il a occupée par intrusion. Un synode complet est celui auquel assiste le métropolitain.

17. Des évêques nommés qui donnent leur démission une fois ordonnés.

Si après avoir reçu la consécration épiscopale et le pouvoir de juridiction sur un diocèse, un évêque ne remplit pas son ministère et s'obstine à ne point se rendre dans l'église pour laquelle il a été ordonné, il doit être excommunié jusqu'à ce qu'il se voie dans la nécessité d'accepter ce qui lui a été destiné, ou que le synode complet des évêques de la province statue sur son cas.

18. De ceux qui ont été nommés à un évêché, mais n'y ont pas été acceptés.

Si après avoir reçu la consécration épiscopale un évêque ne peut se rendre dans l'église qui lui a été destinée, non par sa faute, mais parce que son peuple refuse de le recevoir, ou pour tout autre motif indépendant de sa volonté, il conservera sa dignité et les honneurs qui y sont attachés; il aura seulement soin de ne pas s'ingérer dans les affaires de l'église où il célèbre, et il attendra la décision que le synode complet de la province prendra en examinant son cas.

19. Des ordinations des évêques d'une province.

Un évêque ne peut être élu sans synode et sans la présence du métropolitain; en plus de la présence indispensable de celui-ci, il serait certes souhaitable que fussent présents, tous les comministres de la province, que le métropolitain devra convoquer par lettre. Si tous viennent, ce sera pour le mieux; si cela est difficile, il faut que la majorité des évêques soit absolument présente ou qu'elle envoie par écrit son assentiment à l'élection, en sorte que l'ordination ait lieu soit en présence de la majorité soit avec son approbation écrite. Si l'on contrevient à cette ordonnance, l'ordination n'aura aucune valeur; si au contraire, tout se passe selon cette ordonnance, et que quelques-uns s'y opposent par esprit de contradiction, le vote de la majorité l'emportera.

20. Des synodes que les évêques d'une province doivent tenir deux fois par an.

Pour les nécessités de l'église et la solution des affaires contestées il a semblé bon que deux fois par an les évêques de la province se réunissent en synode; la première fois après la troisième semaine qui suit pâques, de manière à célébrer le synode dans la quatrième semaine de la pentecôte, le métropolitain doit rappeler cela aux évêques de la province; le second synode se tiendra aux ides d'octobre, c'est à dire le quinze du mois d'hyperbérétée. A ces synodes pourront comparaître les prêtres et les diacres et tous ceux qui se prétendent lésés et le synode examinera leur cause. Il n'est pas permis aux évêques de tenir synode entre eux, sans la présence des métropolitains.

21. Qu'en aucune manière on ne doit faire des transferts d'évêques.

Un évêque ne doit pas passer d'un diocèse dans un autre, s'y introduire de son propre gré ou forcé par le peuple ou contraint par les autres évêques. Il doit s'attacher à l'église pour laquelle il fut choisi par Dieu dès le début, et ne point l'abandonner, selon l'ordonnance déjà portée auparavant à ce sujet.

22. Qu'on ne doit pas ordonner des clercs dans un diocèse étranger.

Un évêque ne doit pas s'introduire dans une ville qui n'est pas soumise à sa juridiction, ni dans un territoire de campagne qui ne lui appartient pas pour y faire une ordination; il ne doit pas établir des prêtres et des diacres dans des localités soumises à un autre évêque, sinon avec le consentement de cet évêque. Si donc quelqu'un osait transgresser cette ordonnance, les ordinations faites seront nulles et lui-même sera puni par le synode de la province.

23. Que personne ne doit se nommer un successeur.

Il n'est pas permis à un évêque même au terme de sa vie, d'établir un autre évêque à sa place comme son successeur. Si le cas se présentait, l'institution serait nulle. Il faut observer la coutume ecclésiastique qui prescrit de n'instituer des évêques que par un synode et avec le consentement des évêques, qui après la mort du titulaire ont le droit de présenter celui qu'ils jugent digne.

24. Des biens appartenant à l'église et de biens personnels de l'évêque.

Les biens appartenant à l'église doivent être en bon état et conservés avec un grand soin et une conscience scrupuleuse et aussi avec la pensée que Dieu voit et juge tout; on doit les administrer sous la surveillance et l'autorité de l'évêque à qui sont confiés le peuple et l'âme des fidèles. Les prêtres et les diacres qui entourent l'évêque doivent avoir une connaissance claire et précise des propriétés de l'église, de manière à savoir et ne pas ignorer ce qui appartient à l'église. Ainsi à la mort de l'évêque, ce qui appartient à l'église étant clairement connu, rien ne s'égarera ni se perdra, et le patrimoine de l'évêque ne souffrira point de dommage sous prétexte qu'il fait partie des biens ecclésiastiques. Il est juste en effet et agréable à Dieu et aux hommes que l'évêque dispose à son gré de ses biens propres, et aussi que les intérêts de l'église soient sauvegardés. L'église ne doit subir aucun dommage ni la chose de l'évêque aucune confiscation en faveur de l'église, ou que ses héritiers soient impliqués dans un procès, d'où la mémoire de l'évêque serait en butte à des bruits infamants.

25. Que l'évêque a le pouvoir d'administrer les biens de son église.

L'évêque a la disposition des biens de l'église pour les dépenser en faveur des indigents, avec discernement et crainte de Dieu. Il peut en user pour lui- même, s'il le faut, pour ses propres besoins et pour les frères qui reçoivent l'hospitalité chez lui et qui ne doivent jamais manquer du nécessaire, selon la parole du divin apôtre : "Ayant la nourriture et le vêtement, nous devons être satisfaits". Mais si, non content de cela, l'évêque emploie ces biens à ses affaires privées, s'il ne gère pas les revenus de l'église et le produit des biens fonds selon l'avis des prêtres et des diacres, s'il les livre à gérer à ses proches ou à ses parents, à ses frères, à ses fils, de façon qu'insensiblement un préjudice réel soit porté par ces gens à l'administration de l'église, l'évêque devra rendre compte de sa gestion au synode de la province. Si d'autre part il est accusé lui ou ses prêtres, qu'ils accaparent à leur profit les revenus de l'église provenant de biens fonds ou de toute autre source, de façon à porter tort aux pauvres et à exposer aux accusations et à la diffamation l'administration et les administrateurs, à cela aussi il faudra mettre de l'ordre, par les mesures que le synode jugera bon de prendre.