CANONS D'ANCYRE

Les 25 canons des bienheureux pères réunis à Ancyre, canons antérieurs à ceux de Nicée, mais venant en second lieu à cause de l'autorité ou notoriété du concile oecuménique.

1. Des prêtres qui ont sacrifié, mais ont ensuite courageusement repris le combat.

Les prêtres qui ont sacrifié, mais qui ensuite se repentant ont repris le combat, non pas en apparence, mais en vérité, sans avoir fait de convention et sans s'être entendus et avoir obtenu qu'ils paraîtraient subir les tortures, qui ne leur seraient appliquées qu'en apparence et pour la forme; ceux-là, il a été décidé qu'il jouiront des honneurs de leur charge, mais ils ne pourront ni offrir, ni prêcher, ni remplir aucune fonction sacerdotale.

2. Des diacres qui ont sacrifié.

De même, les diacres qui ont sacrifié et sont ensuite retournés au combat, conserveront les honneurs de leurs charges, mais cesseront toute fonction liturgique et ne présenteront plus le pain et le vin et ne prêcheront plus. Si cependant les évêques, tenant compte de leur peine, de leur humilité et de leur douceur, veulent ajouter à leur peine ou la diminuer, ils y sont autorisés.

3. De ceux qui après s'être enfui furent pris et forcés de se conduire en païens.

Ceux qui se sont enfui devant la persécution, mais qui ont été arrêtés ou trahis par ceux de leur maison, qui ont souffert la confiscation de leurs biens, ont subi la torture, ont été mis en prison en déclarant qu'ils étaient chrétiens, mais ont été contraints, soit qu'on leur ait mis de force de l'encens dans les mains ou fait prendre de force des mets offerts aux idoles, et qui malgré cela ont persévéré à déclarer qu'ils étaient chrétiens, et ont prouvé leur douleur de tout ce qui leur était arrivé par toute leur retenue et dans leur attitude et dans leur vie pleine d'humilité, ceux-là, n'ayant commis aucune faute, ne doivent pas être privés de la communion; s'ils l'ont été par une sévérité trop grande ou par l'ignorance de certains, ils doivent être immédiatement réintégrés. Cela s'applique aux ecclésiastiques comme aux laïques. On examina de même si les laïques à qui on avait fait violence pour sacrifier pouvaient être promus dans les rangs du clergé; et l'on décréta qu'eux aussi n'ayant pas commis de faute, pouvaient être promus, si leur vie antérieure honnête le leur permet.

4. De ceux qui pour divers motifs ont commis quelque chose de païen.

Quant à ceux qui ont été contraints de sacrifier, et en outre de prendre part au banquet des sacrifices, ceux d'entre eux qui y étant emmenés, y allèrent d'un pas allègre et revêtirent leurs plus beaux habits et prirent part au banquet préparé sans se soucier de rien, il a été décidé qu'ils resteront un an parmi les audientes, trois ans parmi les substrati, prendront part aux prières seules pendant deux ans, et seront alors complètement réconciliés.

5. De ceux qui ont mangé en pleurant des mets consacrés aux idoles.

Mais ceux d'entre eux qui s'y sont rendus en habit de deuil, et en se mettant à table ont mangé en pleurant tout le temps du repas, après avoir accompli les trois ans parmi les substrati, ils seront admis sans prendre part à l'offrande; s'ils n'ont pas mangé, ils seront substrati deux ans et la troisième année ils seront admis au culte sans prendre part à l'offrande, afin d'être reçus complètement la quatrième année. Les évêques auront le pouvoir, après avoir éprouvé la conduite de chacun, de se montrer indulgents, ou de prolonger le temps de la pénitence; mais avant tout il faut examiner la vie de chacun avant et après la chute et mesurer la miséricorde en conséquence.

6. De ceux qui se sont conduits en païen par peur.

Quant à ceux qui ne se sont rendus qu'à la menace de la confiscation de leurs biens ou de l'exil, et qui ont sacrifié et ne l'ont pas regretté jusqu'à ce jour ni ne sont revenus, mais qui à l'occasion de ce concile sont venus et ont résolu de se convertir, il a été décrété que jusqu'à la grande fête de Pâques ils seront admis parmi les audientes, qu'ils seront après la grande fête substrati trois ans, puis, deux ans durant, ils prendront part au culte sans offrande, et alors seulement ils seront complètement admis, de sorte que tout le temps sera de six ans. Pour ceux qui auraient été admis à la pénitence avant ce concile, on comptera les six ans à partir du moment où ils ont commencé. S'ils sont cependant exposés à un danger, ou menacés de mourir à la suite d'une maladie, ou s'il y a un autre motif grave, ils seront admis sous condition, (c-à-d que remis ils feront les six ans de pénitence.)

7. De ceux qui ont mangé dans des lieux consacrés aux idoles.

Quant à ceux qui durant une fête païenne, dans un lieu destiné à des païens, ont apporté et mangé leurs propres mets, ils seront deux ans substrati, puis admis. Quant à savoir s'il faut les admettre à l'offrande, c'est à chaque évêque d'éprouver et d'examiner la vie d'un chacun.

8. De ceux qui furent forcés de sacrifier à plusieurs reprises.

Ceux qui étant contraints, ont sacrifié deux ou trois fois, demeureront quatre ans substrati; ils participeront au culte sans présenter d'offrande pendant deux ans et la septième année ils seront admis complètement.

9. De ceux qui amenèrent les autres à sacrifier.

Ceux qui non seulement ont apostasié, mais, en ennemis de leurs frères, les ont contraints à l'apostasie et les y ont fait contraindre, ils resteront pendant trois ans parmi les audientes, puis six ans parmi les substrati: ils prendront part au culte sans offrande pendant un an, en sorte qu'ayant accompli dix ans ils pourront prendre part complètement au culte. On observera aussi leur conduite pendant tout ce temps.

10. Des diacres qui à leur ordination attestent qu'ils veulent se marier.

Ceux qui sont promus diacres, si au moment de leur promotion, ils déclarent et protestent qu'il leur faut se marier, ne pouvant pas vivre ainsi, et se marient dans la suite, ceux-là pourront continuer leurs fonctions, parce que l'évêque le leur avait permis. Mais, si au moment de leur ordination ils se sont tus et ont accepté de rester ainsi, et plus tard se marient, ils seront démis des fonctions du diaconat.

11. Des fiancées prises de force par d'autres.

Des filles fiancées, puis enlevées par d'autres, il a été décidé qu'elles seront rendues à leurs fiancés, même si les ravisseurs avaient abusé d'elles par violence.

12. De ceux qui sacrifièrent étant catéchumènes.

Ceux qui ont sacrifié aux dieux avant leur baptême et ont été baptisés ensuite, il a été décidé qu'ils pourront être promus aux ordres, puisque ils ont été lavés de tous leurs péchés.

13. Qu'un clerc ne doit pas être ordonné par un chorévêque sans le consentement de l'évêque.

Il n'est pas permis aux chorévêques d'ordonner des prêtres et des diacres (pour la campagne), mais certainement pas de prêtres pour la ville sans le consentement écrit de l'évêque de chaque diocèse.

14. De ceux du clergé qui évitent de manger de la viande.

Les prêtres et les diacres qui s'abstiennent de manger de la viande, doivent en goûter et après cela s'en abstenir, s'ils veulent; mais s'ils l'abhorrent au point de ne pas même manger les légumes cuits avec la viande, et n'obéissent pas ainsi au canon, ils doivent être exclus des rangs du clergé.

15. Des biens d'église vendus par des prêtres pendant la vacance du siège.

Si des prêtres ont vendu pendant la vacance d'un siège épiscopal quelque chose appartenant à la paroisse, celle-ci a le droit de le revendiquer, et c'est à l'évêque de décider si les acheteurs doivent récupérer le prix payé, vu que souvent les revenus de la chose acquise surpassent de beaucoup le prix de l'acquisition.

16. De ceux qui ont commis la fornication avec des bêtes.

Ceux qui ont commis des actes de bestialité ou qui en commettent encore, s'ils ont commis le péché avant leur vingtième année, ils devront être quinze ans substrati, puis être admis à participer à la prière sans offrande durant cinq ans, et alors seulement ils toucheront à l'offrande. Il faudra aussi examiner leur conduite pendant qu'ils seront substrati, et avoir égard à la vie qu'ils mèneront. Quant à ceux qui auront été sans mesure dans leur péché, ils seront soumis à la longue substratio. Ceux qui avaient plus de vingt ans et ayant femme sont cependant tombés dans ce péché, ne seront admis à participer à la prière qu'après vingt-cinq ans de substratio, et après cinq ans passés dans la communauté de prières, ils pourront prendre part à l'offrande. Si des hommes mariés, âgés de plus de cinquante ans, tombent dans ce péché, ils ne recevront la communion qu'à la fin de leur vie.

17. De ceux qui ont pourri ou pourrissent encore dans la fornication avec des bêtes ou avec des mâles.

Ceux qui ont commis des actes de bestialité et étant moralement lépreux ont rendu les autres aussi lépreux, le saint concile ordonne que ceux-là prient avec les possédés.

18. De ceux qui ont été nommés à un évêché, mais ne furent pas acceptés.

Si des évêques élus, mais non agréés par le diocèse pour lequel ils ont été nommés, s'introduisent dans d'autres diocèses, y font violence à ceux qui y sont légitimement institués et veulent exciter des troubles contre eux, ils doivent être excommuniés. Mais s'ils veulent demeurer parmi les prêtres là où ils ont été prêtres jusqu'alors, ils ne doivent pas être exclus de cette dignité; si cependant ils soulèvent des partis contre l'évêque du lieu, ils perdront la dignité presbytérale et seront exclus.

19. De celles qui ont voué la virginité et vivent en soeur avec quelqu'un.

Tous ceux qui ont consacré leur virginité et ont violé leur promesse, doivent faire la pénitence des digames. Nous défendons également que les vierges vivent avec des hommes comme des soeurs.

20. De ceux qui ont une femme adultère ou sont eux-mêmes adultères.

Celui dont la femme aura commis l'adultère, ou celui qui aura commis l'adultère, il a été décidé qu'ils obtiendront la complète participation au culte en sept ans, en parcourant les divers degrés de pénitence.

21. De celles qui tuent avec des abortifs les enfants conçus dans l'adultère.

Les femmes qui se prostituent, et tuent leurs nouveau-nés ou qui cherchent à les détruire dans leur sein, étaient excommuniées par l'ancienne ordonnance jusqu'à la fin de leur vie; nous avons adouci cette mesure et leur ordonnons de faire dix ans de pénitence selon les divers degrés.

22. Des meurtriers.

Pour les meurtres volontaires, ils devront être substrati et ne pourront être reçus complètement qu'à la fin de leur vie.

23. Des meurtriers involontaires.

Quant au meurtre involontaire, la première ordonnance exigeait sept ans dans les divers degrés pour être admis à la communion, la seconde n'en demande que cinq.

24. De ceux qui recourent aux devins et aux sorciers.

Ceux qui consultent les devins et se conformant aux coutumes des païens admettent dans leur maison des gens pour leur décéler les sorts maléfiques ou faire des purifications, seront soumis à cinq ans de pénitence selon les degrés prescrits: trois ans de substratio et deux ans de prière sans participation à l'offrande.

25. Des complices des séductions de vierges.

Un homme ayant une fiancée a corrompu la soeur de celle-ci, et l'a rendue enceinte; puis il a épousé sa fiancée, et sa belle-soeur s'est pendue. Il fut statué que tous les complices ne seront admis parmi les sistentes, qu'au bout de dix ans de pénitence selon les divers degrés.