NUMÉRO

109

DÉCEMBRE

2005

ĘBulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S. B. Mgr. Nicolas

archevque d'Athnes et primat de toute la Grèce

Hiéromoine Cassien
Foyer orthodoxe
F 66500 Clara
cassien@orthodoxievco.info

 SOMMAIRE

NOUVELLES

HOMÉLIE POUR LA NATIVITÉ

LA FOI DES SAINTS (suite)

HOMÉLIE POUR LE LE ONZIÈME DIMANCHE DE MATTHIEU

SAINT POLYCARPE DE SMYRNE

ÉDIT DE MILAN

LES ANTÉCÉDENTS DU SCHISME DE 1924

DE LA VIE DE SAINT SERGE DE RADONECH

"DEMANDEZ, ET L'ON VOUS DONNERA; CHERCHEZ, ET VOUS TROUVEREZ"

CONCERNANT LA CONFESSION


NOUVELLES


Après avoir passé quelques jours en Suisse, où nous avons pu célébrer la liturgie dominicale, je suis pour quelques semaines au foyer à Clara. Le 13 janvier (cal. civ.) je partirai, plaise à Dieu, au Cameroun pour deux mois. Nous célébrerons donc la Nativité du Seigneur à l'hermitage, juste avant mon départ.

Notre ancien archevêque André nous a quitté pour l'autre vie cet automne. J'ai pu le visiter le jour avant son decès et j'ai aussi assité à son enterrement. Ci-contre une photo lors de son enterrement. Mémoire éternelle !


Je souhaite à tous nos lecteurs une fête de la Nativité dans la paix et la joie !
Vôtre en Christ,
hm. Cassien

Venez, réjouissons-nous dans le Seigneur en exposant le mystère de ce jour. Le mur de séparation est renversé; le glaive flamboyant est déposé, les chérubins ne gardent plus l'arbre de vie; et moi, je participe aux délices du paradis dont la désobéissance m'avait exclu, car l'Icône immuable du Père divin, l'empreinte de son éternité, prend forme d'esclave en naissant d'une Mère vierge, sans subir de changement, et le Dieu véritable demeure ce qu'il était, assumant ce qui lui était étranger, par amour des hommes, l'humanité; aussi chantons à notre Dieu : Toi qui es né de la Vierge, aie pitié de nous.

Vêpres de la Nativité

HOMÉLIE POUR LA NATIVITÉ

de Théodote d'Ancyre (+ après 438)


L
e Seigneur de tous est venu sous la forme de l'esclave, revêtu de pauvreté, comme un chasseur qui ne veut pas effaroucher son gibier. Il choisit pour naître un village obscur dans une région inconnue. Il naît d'une vierge qui est pauvre et il adopte tout ce qui est pauvre, afin de partir sans bruit à la chasse du salut de l'homme. Car s'il était né dans la gloire et les richesses, les incroyants diraient assurément que le monde a été transformé par ses largesses. S'il avait choisi pour naître la grande ville de Rome, ils attribueraient à la puissance de ses concitoyens les changements de l'univers. S'il avait été fils d'empereur, on aurait expliqué ses bienfaits par sa puissance. S'il avait été fils d'un sénateur, on aurait attribué à ses lois les progrès réalisés.
Or, qu'a-t-il fait ? Uniquement des actions pauvres et banales, tout ce qui était modeste et ignoré du plus grand nombre, afin que le monde sache que la divinité seule a réorganisé le monde. C'est pour cela qu'il a choisi une mère pauvre, et une patrie plus pauvre encore. Il n'avait aucune ressource, et cette indigence nous est signalée par la crèche. Car, puisqu'on n'avait pas de lit pour coucher le Seigneur, on le mit dans une mangeoire et ce manque du nécessaire devint une glorieuse annonce prophétique. Car il est déposé dans une mangeoire pour annoncer qu'il sera la nourriture de ceux qui ne savent pas parler élégamment. Le Verbe de Dieu attirait à lui les riches et les pauvres, les hommes éloquents et ceux qui s'expriment avec difficulté, puisqu'il vit dans la pauvreté, lui qui couche dans une mangeoire. Voilà comment l'indigence devient une prophétie, comment la pauvreté de celui qui pour nous s'est fait chair (Jn 1,14) a montré à tous combien il est accessible.
Car personne n'a manqué de confiance pour avoir été intimidé par les richesses inouïes du Christ; personne n'a été empêché de l'aborder par la hauteur de son pouvoir. Il est apparu banal et pauvre, lui qui s'est offert à tous pour leur salut. Car dans la crèche, c'est le Verbe de Dieu qui se présente au moyen du corps, afin que l'ignorant aussi bien que l'intellectuel puisse accéder à cet aliment qui nous sauve. Et c'est peut-être cela aussi que le prophète proclamait à l'avance quand il disait, en dévoilant le mystère de cette crèche : «Le boeuf connaît son propriétaire, et l'âne la crèche de son maître. Israël ne me connaît pas, mon peuple ne comprend pas» (Is 1,3).
Il s'est fait pauvre à notre profit, lui qui était riche en raison de sa divinité, afin de rendre le salut facilement accessible à tous. C'est ce que voulait dire saint Paul : «Lui qui était riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riche par sa pauvreté» (2 Co 8,9). Et qui donc était ce riche ? Et de quoi était-il riche, et comment celui-là est-il devenu pauvre à cause de nous ? Dites-le-moi : qui donc, quand il était riche, est devenu pauvre de ma pauvreté ? C'est Dieu, dit saint Paul, qui était riche par sa création. Donc Dieu même s'est fait pauvre, adoptant la pauvreté de celui qui devenait visible. Car lui-même est riche de sa divinité, et en même temps s'est fait pauvre pour nous.

Homélies pour Noël (PG 56, 392)

Le Christ a aussi versé son Sang pour ceux qui ont versé le sien.
st. Jean Chrysostome (homélie sur la trahison de Judas)

Évêque Nicolaï D. Velimirovitch

LA FOI DES SAINTS

Catéchisme de l'Église orthodoxe


(suite)

4.

LE CARACTÈRE CHRÉTIEN SELON LA LOI DU CHRIST

La nouvelle ou ultime Loi de Dieu a été donnée au genre humain par Jésus Christ, le Dieu incarné, pour former un nouveau caractère dans l'homme, ou pour créer des hommes nouveaux dignes d'être appelés enfants de Dieu et dignes d'hériter du Royaume céleste de Dieu.
Ce nouveau caractère de l'homme doit être à la ressemblance de Dieu ou ressemblance du Christ. Il doit être constitué de toutes les vertus évangéliques, personnelles et sociales.

CONSTITUTION DU CARACTÈRE CHRÉTIEN

Le caractère spirituel et moral de chaque chrétien et constitué de trois facteurs.

Q. Quelles sont ces trois facteurs ?
R. Obéissance au Christ et à son Église, efforts personnels dans l'exercice de toutes les vertus et la Grâce de Dieu par les saints Mystères ou des inspirations spéciales.

Q. Quelles sont les plus grandes vertus chrétiennes ?
R. La foi, l'espérance et la charité.

Q. Comment l'exprimer autrement ?
R. Rectitude de pensée par la foi en Christ; rectitude des sentiments par l'espérance en Christ et rectitude des oeuvres par amour pour le Christ.

Q. Quelles sont les autres vertus chrétiennes ?
R. Il y en a beaucoup, mais environ sept parmi elles sont considérées comme supérieures aux autres.

Q. Quelles sont ces sept vertus ?
R. Humilité,
charité,
chasteté,
bienveillance,
tempérance,
patience,
courage

Q. Comment acquérir ces vertus ?
R. Par la répétition constante d'actes de vertu jusqu'à ce qu'elles nous deviennent aussi naturelles que notre respiration.

Q. La répétition d'actes de vertu chrétienne est-elle essentielle au développement de notre caractère ?
R. Oui; à tel point que l'éducation véritable consiste en rien d'autre que la répétition, c'est-à-dire l'exercice dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes.

Q. Quel est la force qui bloque la vraie formation d'un caractère chrétien ?
R. Le péché.

Q. Qu'est-ce que le péché ?
R. C'est le contraire de la vertu. Essentiellement, tout péché est mensonge ou agression.

Q. Quels sont les péchés sataniques ?
R. Tous les péchés sont sataniques, mais le reniement de Dieu est la source la plus venimeuse de tous les péchés, parce que
le reniement de Dieu conduit au
reniement de l'âme, qui conduit au
reniement de l'autre monde, qui conduit au
reniement du Jugement dernier, qui conduit au
reniement des Lois divines, qui conduit au
reniement de l'expérience des saints, qui conduit au
reniement de l'ensemble de la foi du peuple, qui conduit
à la folie et au suicide.

Q. Quelles sont les conséquences de ces reniements aveugles ?
R. Elles sont très fâcheuses, aussi bien selon les témoignages de la Bible que selon l'expérience de notre propre époque. Elles sont les suivantes : peur, incertitudes, guerres, révolutions, brutalités, famine, peste, séditions, querelles, divorces, dissolutions, fragmentations, etc.

Q. Quels sont les péchés appelés mortels ?
R. Ceux qui mènent à la mort éternelle. Il y a sept péchés mortels.

Q. Quel est leur rapport avec les sept grandes vertus ?
R. Ils sont l'exact contraire des vertus, puisque :
l'orgueil est le contraire de l'humilité,
l'avarice est le contraire de la charité,
la concupiscence est le contraire de de la chasteté,
la jalousie est le contraire de la bienveillance,
la gourmandise est le contraire de la tempérance,
la colère est le contraire de la patience,
et le découragement est le contraire du courage.

Q. Y a-t-il d'autres péchés graves ?
R. Oui, il y en a quatre dont on dit qu'ils crient vengeance à Dieu.

Q. Quels sont ces péchés ?
R. Meurtre intentionnel avec vol, sodomie, spoliation des ouvriers pauvres et oppression des veuves et des orphelins.

Q. Combien y a-t-il de péchés moins importants ?
R. Il existe beaucoup de péchés véniels ou moins importants, en pensée, en paroles, par désir et en acte.

Q. Comment pouvons-nous nous débarrasser des péchés ?
R. Par le Mystère de la pénitence, et par une rigoureuse autodiscipline dans le but d'éviter la répétition des péchés et de pratiquer les vertus.

"Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde".

Comme nous traitons les enfants de Dieu, ainsi nous serons traités par Lui. Miséricorde pour miséricorde. Mais la Miséricorde que Dieu accorde comme rétribution est incomparablement plus grande que celle de l'homme. "Ils recevront au centuple" - dit le Seigneur des miséricordieux. La miséricorde est une vertu à la fois personnelle et sociale. Nous sommes miséricordieux envers nous-mêmes quand nous n'oublions pas notre âme et son salut. L'égoïsme, la vengeance et la brutalité sont le contraire de la miséricorde.

"Bienheureux les coeurs purs car ils verront Dieu".

Le coeur humain est l'oeil véritable qui voit les réalités spirituelles, en premier lieu, Dieu. Par de longs exercices et par la grâce de Dieu, le coeur peut être purifié de toutes les impuretés pécheresses, comme en témoignent les Vies des saints. De mauvaises pensées et de mauvais désirs rendent le coeur impur et aveugle.

"Bienheureux les pacificateurs car ils seront appelés Fils de Dieu".

Le Christ était appelé le Prince de la paix. Il donna la paix à ses disciples. On donne ce que l'on a. Si nous avons la paix à l'intérieur de notre âme, nous pouvons donner la paix aux autres. La paix de l'intellect, du coeur et de la volonté - triple paix dans l'unité - est une paix réellement divine dans l'âme. Une âme déséquilibrée cependant ne peut avoir la paix.

"Bienheureux les persécutés pour la justice car le royaume des cieux est à eux".

Être persécuté pour la justice veut dire être comme le Christ et ses apôtres. L'Église orthodoxe d'Orient a offert d'innombrables martyrs de la justice qui ont peuplé le Royaume du Christ au ciel. Saint Pierre écrit : "Il vaut mieux souffrir, si telle est la Volonté de Dieu, en faisant le bien qu'en faisant le mal" (I Pi 3,17).

"Bienheureux serez-vous lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de Moi".

Le Christ parle ici plus amplement des souffrances que subiront pour Lui ceux qui veulent Le suivre. Ils seront insultés, calomniés et persécutés.

LA CONCLUSION

"Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse car votre récompense sera grande dans les cieux".

En pleurant réjouis-toi, en souffrant réjouis-toi, en mourant réjouis-toi. Car les meilleurs du genre humain, qui ont suivi le même chemin épineux que toi, t'attendent maintenant dans le monde au-delà, où règne le Christ et où il n'y a ni soupirs, ni tristesse, ni souffrances, mais vie et joie éternelle.

à suivre

Si vraiment nous donnons la première place aux réalités spirituelles, nous n'aurons pas à nous préoccuper des biens matériels, car Dieu, dans sa Bonté, nous les procurera en abondance. Si, au contraire, nous veillons uniquement à nos intérêts temporels sans prendre soin de notre vie spirituelle, le souci constant des choses terrestres nous conduira à négliger notre âme. Nous perdons alors les biens spirituels et n'en retirerons aucun avantage matériels.
st. Jean Chrysostome (Catéchèses baptismales 8,19-20)

HOMÉLIE POUR LE LE ONZIÈME DIMANCHE DE MATTHIEU
(18,23-35)

prêché aux fidèles de Katerini


La dernière fois nous avons expliqué le passage de l'évangile où il est dit : «Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.» (Luc 6,37). Juste après il est dit : «Pardonnez et il vous sera pardonné.» L'évangile d'aujourd'hui se rapporte précisément à cela - de pardonner afin d'être pardonné à notre tour.
Il y est question d'un roi à qui un serviteur devait une grande somme d'argent. Ce roi bien sûr n'est autre que notre Seigneur et le serviteur endetté, hélas, c'est chacun de nous. Chaque péché constitue une dette envers Dieu et combien Dieu nous a déjà remis lors de la confession ? Si nous faisons maintenant le même erreur que ce serviteur ingrat alors pour tous nos péchés pardonnés nous devons rendre compte et aucun péché ne sera pardonné comme nous voyons pour ce serviteur qui ne voulait pas pardonner à son frère. Le maître lui avait remis sa dette, mais puisque ce méchant serviteur ne voulait pas remettre à son compagnon la dette, le maître revenait de sa première décision et redemandait la dette. Si nous sommes impitoyables avec notre prochain alors le Christ le sera aussi avec nous.
Ne disons-nous pas dans le Notre Père : «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à nos débiteurs ?» Ainsi nous prononçons nous même notre condamnation si nous ne pardonnons pas à notre prochain. Et qu'est-ce qu'il nous doit finalement, ce prochain ? Quelque bien matériel, une parole blessante ? Nous, qu'est-ce que nous devons envers Dieu ? Tous nos péchés commis, tout le bien non accomplit ! Peut-être notre vie est une réussite ? Qui peut se dire parfait parmi nous ?
Il est dit dans cette parabole que le roi voulait faire rendre compte à ses serviteurs. C'est-à-dire un jour il nous faudra rendre compte à notre maître, ce Dieu qui est à la foi juste et miséricordieux. Il nous faudra rendre compte de toute notre vie, de ce que nous en avons fait. Est-ce que nous avons enfoui notre talent comme ce serviteur dont il est question dans une autre parabole, ou avons-nous fructifié nos talents ? Fructifié non en vue d'un gain terrestre mais en vue de notre salut.
Ce parabole d'aujourd'hui est simple à comprendre, il traite du pardon, le pardon que nous espérons de Dieu et qui dépend finalement du pardon que nous accordons aussi à notre prochain. Simple à comprendre mais difficile à réaliser à cause de notre égoïsme et de notre orgueil. Toujours nous voulons avoir raison et toujours nous pensons d'abord à nos aises. Chaque fois nous justifions notre comportement et trouvons à critiquer celui des autres. Il s'agit donc de ce qui est au plus profond de nous mêmes, le rapport avec notre prochain et notre référence à Dieu. Si nous arrivons à y mettre de l'ordre alors tout le reste se réglera aussi.
Il faut aussi apprendre à accepter le prochain comme il est, avec ses faiblesses, ses limites et les blessures que la vie lui ont causé. Pourquoi à tout prix vouloir le changer si nous-mêmes n'arrivons pas à nous corriger. Peut-être en nous corrigeant d'abord nous-mêmes nous aiderons au prochain par notre exemple et notre prière, qui ne sera plus vide du contenu mais porteur de grâce, par suite de notre correction, à se relever aussi. «Fais la paix en toi-même et tu sauveras de milliers autour de toi,» disait saint Séraphim de Sarov. Donc en corrigeant nous-mêmes nous corrigeons le monde.

hm. Cassien

Plus nous avançons vers la perfection, plus nous avons à endurer de souffrances ici-bas.
st. Grégoire le Grand

 LES PÈRES DE L'ÉGLISE (SUITE)


Athanase Fradeaud


SAINT POLYCARPE DE SMYRNE


Traversant indemne, le supplice infligé par les bourreaux de Domitien, Jean, l'apôtre bien-aimé du Seigneur se réfugia sur l'île de Patmos. C'est là qu'il écrivit l'Apocalypse. Au chapitre 2, versets 8-11, nous lisons en tête de conseils prophétiques : «À l'ange de l'Église de Smyrne, écris É» Ainsi est appelé Polycarpe, l'un des plus illustres évêques d'Asie Mineure et l'apôtre bien-aimé avait établi comme évêque de Smyrne. Cette Église porte le nom d'une ville située au fond d'un golfe au nord d'Éphèse, résidence habituelle de saint Jean alors.
Saint Jean adressa sa prophétie aux sept églises d'Asie. Il avait comme dirigé, toute l'Église de cette contrée. À la tête de chacune de ces Églises, il y avait un pasteur supérieur que l'apôtre appelle «ange».
La tradition nous transmet le respect que les premiers chrétiens portaient aux Églises d'Asie. Tous ses évêques se groupaient autour de l'apôtre Jean, de façon à recevoir de sa bouche l'enseignement de la sainte doctrine et de connaître les circonstances de la vie terrestre du Sauveur.
Arrêtons-nous un instant sur le terme «ange» avec lequel Jean désigne chaque évêque des sept Églises d'Asie. Ange a ici le même sens que «messager», «envoyé». Le premier pasteur de ces chaires était en effet un envoyé des apôtres, tout comme un messager porteur de la Bonne Nouvelle, et qui était chargé d'en nourrir le troupeau confié à sa garde.

SA VIE

Polycarpe naquit très probablement en l'an 69 ou 70. Eusèbe de Césarée rappelle qu'il fut le disciple de saint Jean. Saint Irénée se fait l'interprète de tous en le rangeant parmi «les pères apostoliques», c'est-à-dire ceux qui avaient entendu les enseignements des apôtres et avaient été instruits par eux.
C'est encore relativement jeune qu'il dût être établi comme évêque de l'Église de Smyrne, selon les témoignages d'autres évêques.
La vie de saint Ignace d'Antioche fait une grande part aux lettres qu'il écrivit à différentes Églises alors qu'il s'acheminait vers son martyre. D'Antioche, il se dirigea alors vers Smyrne où il écrivit aux Églises d'Ephèse, de Magnésie, de Tralles et de Rome. Arrivé à Troade, il écrivit ses lettres aux Églises de Smyrne et de Philadelphie et à Polycarpe.
En quittant le rivage asiatique pour s'acheminer vers le terme de son témoignage sanglant, Ignace tint à remercier l'Église de Smyrne et son évêque Polycarpe de l'hospitalité accordée. Ce faisant, au début de sa «Lettre à l'Église de Smyrne», Ignace la félicite de s'être attachée à l'ancienne foi, de n'avoir point adopté l'hérésie de Cérinthe qu'il expose aussi clairement qu'il la réfute nettement.
La lettre à Polycarpe devait avoir un caractère différent de celui des autres. Ignace la commence comme suit : «Sachant que ton âme est comme appuyée sur une pierre inébranlable, je me félicité d'avoir vu ta figure; c'est un bonheur dont je voudrais jouir toujours.»
Il appartient aussi, au fils de saint Polycarpe, Irénée de Lyon, de nous transmettre des pans de cette si admirable vie, lui que l'on peut comparer à Élisée qui avait reçu d'Élie «une double part de l'esprit» (2 R 2,9-11). C'est bien ce qui apparaît lorsque nous voyons, dans les écrits de l'apôtre de Lyon, un précieux rappel à l'enseignement de Polycarpe. S'adressant à Florinus qui soutenait des opinions hétérodoxes, il s'exprime ainsi : «Florinus, si tu veux que je te parle franchement, les dogmes que tu enseignes ne sont pas conformes à la saine doctrine. Ils ne s'accordent pas avec les sentiments de l'Église, et entraînent ceux qui les soutiennent à de grandes impiétés. Les hérétiques eux-mêmes, chassés de lÉglise, n'ont pas osé jusqu'à aujourd'hui les soutenir; et nos maîtres, qui ont conversé avec les apôtres ne nous ont pas laissé ces traditions. Pendant ma jeunesse, je l'ai vu après de Polycarpe. Quoique alors tu fusses comblé d'honneurs à al cour de l'empereur, tu cherchais à plaire à notre saint maître. Les connaissances acquises dans l'enfance, croissent avec l'âge et s'identifient avec l'intelligence : aussi, je me souviens mieux de ce qui se passait alors, que des choses arrivées plus récemment. Il me semble encore voir l'endroit où s'asseyait le bienheureux Polycarpe pour nous instruire; je le vois entrer et sortir; son air, sa figure, ses manières sont gravés dans mon souvenir. Je l'entends parler aux fidèles, nous raconter qu'il avait vécu avec Jean et plusieurs autres qui avaient vu le Seigneur; nous redire ce qu'il en avait appris des discours de Jésus Christ, de sa vie et de ses miracles. Dieu me fit la grâce d'écouter attentivement toutes ces choses, qu'il avait apprises de ceux qui avaient vu le Verbe de Vie, et qui sont si conformes aux saintes Écritures; je les ai écrites, non sur le papier, mais dans mon coeur, et, Dieu aidant, j'en conserverai toujours précieusement la mémoire. Je puis rendre témoignage devant le Seigneur que si ce saint vieillard, cet homme apostolique, t'eût entendu proférer les dogmes que tu enseignes, il se fût bouché les oreilles et se fût enfui en s'écrivant, selon sa coutume : "Ô Dieu bon ! à quel temps m'as-tu réservé !" Tu peux en voir la preuve dans les lettres qu'il adressa à quelques Églises à et plusieurs de nos frères pour les avertir et les exhorter."
Irénée, à la fin du second siècle, parlait déjà es Écritures, parce que, alors les diverses Églises qui possédaient des écrits apostoliques avaient pu se les communiquer du moins en partie. mais il ne s'en déclare pas moins en faveur de l'enseignement traditionnel, de la tradition non écrite, conservé par les hommes apostoliques qui l'avaient reçu de vive voix et le transmettaient de même, et que la parole écrite confirmait.
Dans son livre 3 contre les Hérésies, saint Irénée raconte encore que Polycarpe ayant rencontré l'hérétique Marcion, celui-ci lui dit : «Me connais-tu ?» - «Oui, répondit Polycarpe, je te connais comme premier-né de Satan.»
Au témoignage de saint Irénée, Polycarpe avait écrit un certain nombre de lettres. Nous ne possédons plus que son excellente «Lettre aux Philippiens».
Vers l'an 158 Polycarpe se rendit à Rome pour y discuter de la question de Pâque avec Anicet, puisqu'à cette époque la pascalie n'était pas encore définitivement fixée. À Rome, Polycarpe, jouissait d'une autorité morale que l'évêque de cette Église ne possédait pas; car Anicet n'était pas, comme Polycarpe, disciple immédiat des apôtres, et il ne pouvait dire comme l'ange de l'Église de Smyrne : «voilà la doctrine que j'ai apprise de la bouche de Jean.» Polycarpe fut reçu avec beaucoup de respect par Anicet et il profita de son séjour à Rome pour y convertir beaucoup des hérétiques qui s'y trouvaient. Il leur disait grâce à l'autorité que lui donnait son âge et ses vertus : «La vérité que l'Église enseigne, c'est la seule que j'ai entendu des apôtres.» À l'occasion de ce séjour, Anicet pape de Rome voulut particulièrement honorer son frère évêque de Smyrne, en lui cédant l'honneur de célébrer les saints Mystères. Nous connaissons ce voyage par le témoignage de saint Irénée.

LE MARTYRE DE POLYCARPE
À la même époque que saint Justin et avec douze compagnons, Polycarpe couronna par le martyre, sa vie apostolique. Condamné au bûcher, Polycarpe accepta le martyre d'une âme allègre et paisible. Lé récit de son arrestation et de son supplice (il fut poignardé avant d'être réduit en cendres par les flammes) nous dit sa parfaite conformité avec le conseil donné dans l'Apocalypse à l'ange de l'Église de Smyrne : «Sois fidèle jusqu'à la mort et je donnerai la couronne de vie» (Ap 2,10-11). Ce récit a été fait par des témoins oculaires qui l'envoyèrent à l'Église de Philoménie et à toutes les Églises du monde.

BIBLIOGRAPHIE

Il n'existe plus, présentement, d'édition française de la Lettre de saint Polycarpe aux Philippiens.
Cependant l'histoire contemporaine à saint Polycarpe, certains aspects de sa vie et d'intéressantes citations de ses oeuvres se trouvent dans les ouvrages suivants :
- Aux Éditions «Sources chrétiennes» N° 10 bis - Saint Ignace d'Antioche «Lettres» (25 euros)
- Société Migne - collection sagesse chrétienne - Les Écrits des pères apostoliques (15 euros)
- Éditions du Seuil - collection Points - Sagesse - la primitive Église (7,95 euros)

Voici un texte célèbre et important qui a accordé la paix à l'Église après trois siècles de persécutions.

ÉDIT DE MILAN
(en 313)

«Nous Constantin et Licinius, augustes, nous étant réunis a Milan pour traiter toutes les affaires qui concernent l'intérêt et la sécurité de l'empire, nous avons pensé que, parmi les sujets qui devaient nous occuper, rien ne serait plus utile à nos peuples que de régler d'abord ce qui regarde la façon d'honorer la Divinité. Nous avons résolu d'accorder aux chrétiens et à tous les autres la liberté de pratiquer la religion qu'ils préfèrent, afin que la Divinité, qui réside dans le ciel, soit propice et favorable aussi bien à nous qu'à tous ceux qui vivent sous notre domination. Il nous a paru que c'était un système très bon et très raisonnable de ne refuser à aucun de nos sujets, qu'il soit chrétien ou qu'il appartienne à un autre culte, le droit de suivre la religion qui lui convient le mieux. De cette manière la Divinité suprême, que chacun de nous honorera désormais librement, pourra nous accorder sa faveur et sa bienveillance accoutumées. Il convient donc que Votre Excellence sache que nous supprimons toutes les restrictions contenues dans l'édit précédent que nous vous avons envoyé au sujet des chrétiens, et qu'à partir de ce moment nous leur permettons d'observer leur religion sans qu'ils puissent être inquiétés et molestés d'aucune manière. Nous avons tenu à vous le faire connaître de la façon la plus précise, pour que vous n'ignoriez pas que nous laissons aux chrétiens la liberté la plus complète, la plus absolue de pratiquer leur culte; et puisque nous l'accordons aux chrétiens, Votre Excellence comprendra bien que les autres doivent posséder le même droit. Il est digne du siècle où nous vivons, il convient à la tranquillité dont jouit l'empire, que la liberté soit complète pour tous nos sujets d'adorer le Dieu qu'ils ont choisi et qu'aucun culte ne soit privé des honneurs qui lui sont dus. En ce qui concerne les chrétiens, nous voulons que si quelqu'un a acheté de nous ou de qui que ce soit les lieux autrefois destinés à leurs assemblées, il les leur rende promptement et sans délai et sans remboursement. Ceux à qui nos prédécesseurs en auraient fait don les rendront de même. Les uns et les autres se pourvoiront par-devant les vicaires pour être indemnisés par nous. Ceci s'exécutera au plus tôt. Outre ces lieux d'assemblée, ils en ont d'autres qui appartiennent à leurs églises; nous voulons que vous les rendiez aux mêmes conditions, c'est-à-dire que ceux qui les auront restitués gratuitement en attendront le prix de notre munificence. En tout ce qui concerne les chrétiens, vous vous montrerez très diligents, afin que notre volonté ne souffre pas de retard et que par notre bonté la tranquillité publique soit assurée. Tout se passant suivant nos ordres, nous espérons que le ciel nous continuera les faveurs qu'il nous a prodiguées en tant de rencontres. Vous publierez les présentes afin que nul n'en ignore.»


LES ANTÉCÉDENTS DU SCHISME DE 1924

Voici un texte qui éclaire le schisme des néo-calendaristes en Grèce en 1923 :


En Grèce, le prélat qui contribua le plus à l'occidentalisation de l'Orthodoxie fut Meletios Metaxakis (1871-1935). Le ministre de Venizelos, Andreas Michalakopoulos (1875-1938), l'un des ses plus importants collaborateurs, dans une longue lettre à son président du conseil en date du 10/23 novembre 1916, lui exposa la nécessité d'une profonde réforme de l'Église grecque, ayant pour objectif son occidentalisation complète. Et son choix s'était porté sur Metaxakis qui, depuis 1910, était métropolite de Kition (Larnaka), à Chypre. C'est lui qui contribua le plus à l'occidentalisation de l'Orthodoxie
Voici les éléments essentiels de la lettre de Michalakopoulos du 10/23 novembre 1916 :
«Mon respecté Président, je vous disais, il y a longtemps de cela, en conseil des ministres, que, lorsque nous aurions terminé avec succès la lutte nationale que vous avez entreprise, il faudrait, pour le bien du pays, que vous en preniez en charge une autre, également importante, celle de la modernisation de nos affaires religieuses... Vous aurez besoin, à la tête de cette réforme vraiment révolutionnaire, d'un prélat aux larges vues, à peu près comme vous en politique. Vous l'avez : il s'agit de celui de Chypre [Meletios Metaxakisi. Il deviendra, sous votre houlette, le Venizelos de l'Église de Grèce.
Quels sont les éléments qui nécessiteront une réforme (une fois que la révolution politique aura écarté l'archevêque d'Athènes Prokopios et ses pareils) dans les cercles intellectuels et monastiques, et aura mis en place la hiérarchie ecclésiastique et le Synode oecuménique, ou peut-être seulement grec ?...
a) Abolition des jeûnes qui sont aujourd'hui une simple formalité. Personne ne jeûne, sauf celui qui n'a rien à manger. Les Anglais et les Allemands et même les Italiens du Nord, qui ont été libérés du fanatisme religieux, mangent bien et, en mangeant bien, ils travaillent bien et ils bâtissent une bonne race. La nourriture apporte la force nécessaire au travail et le travail apporte le profit et le profit la bonne nourriture. Je ne pense pas que les Italiens du Nord soient pires que ceux du Sud, que l'importante propagande de la société Dante Alighieri n'a pas réussi à arracher aux griffes des préjugés religieux.
b) Modernisation des diverses cérémonies et messes. Présence moindre du curé, du chantre, du diacre et présence accrue du prédicateur interprète. Que peut bien comprendre le peuple qui suit les cérémonies religieuses.., de ces heures dépensées et de la station debout ? Rien. Si le curé avait l'obligation de lire deux ou trois hymnes... et d'enseigner pendant une demi-heure, les auditeurs, dans un temps plus court, en profiteraient beaucoup plus, du point de vue social, moral et patriotique.
c) ... Les prêtres en sortant des écoles spéciales auront appris, non point ce que signifie [telle phrase de la messe, que Michalakopoulos ne connaît pas non plus, puisqu'il la cite de travers] ... mais comment ils pourront parler, d'une façon intelligible, au peuple, de la sobriété, de l'épargne... de l'amour de la patrie, même des devoirs politiques de leurs auditeurs, etc., etc.
d) On abolira les différentes fêtes des Saint Athanase, des Saint André et ainsi de suite, qui ne sont que prétexte à l'oisiveté. Le dimanche férié et deux ou trois jours fériés par an satisferont bien assez la paresse. Dans les villages, les jours fériés sont plus nombreux que les jours de travail... D'où l'oisiveté et ses conséquences néfastes : l'ivresse, le jeu et le crime, pendant le temps qui reste libre dans la journée, à la sortie de la messe. Évidemment, il n'est pas possible [malheureusement] de faire disparaître la notion de sainteté... A un certain moment, était tombé entre mes mains un livre français, que mon goût pour la lecture m'avait fait lire, qui portait le titre Panorama du prédicateur, un gros ouvrage... On publiera un livre de ce genre, fruit de la collaboration de bons auteurs ecclésiastiques et laïcs. Et le mot saint disparaîtra...
e) Les monastères, source de toute corruption et de tous les abus de fortune et moraux, seront abolis. Leurs terres passeront entre les mains des paysans...
Bien entendu, ce qui précède n'est qu'une toute petite partie du programme. Bien autre chose aura besoin d'être réformée... On vous dira, Monsieur le Président, que la mise en oeuvre d'une telle entreprise est chose ardue; que le peuple se soulèvera contre les nouveaux iconoclastes; que se dressera la révolution contre les impies. Rien de tout cela ne se produira, à partir du moment où aura grandi votre propre prestige... Si l'Entente, comme nous en sommes tous persuadés, dicte les conditions de la paix, alors l'Angleterre offrira à Venizelos, en tant qu'incarnation de la Grèce, au moins Chypre... Et si nous réussissons sur le plan national, alors l'autre épuration, l'épuration intérieure suivra et personne ne sera de taille à provoquer des troubles... La hiérarchie ecclésiastique que nous formerons pour préparer la réforme aura à répondre à la nécessité du règlement de nos affaires religieuses, à la suite de l'abolition de l'État turc et de la réduction de l'espace où s'exerce la juridiction du patriarcat oecuménique. Ensuite, je suis d'avis que la plus grande partie du peuple grec les ouvriers, les agriculteurs n'aime pas, au fond, les choses religieuses et n'est pas respectueuse de la religion. Seules les femmes vont à l'église; les ouvriers, comme les agriculteurs, portent les jurons contre les choses divines sur les lèvres, telle leur salive de tous les jours. D'ailleurs, pour le moment, la décoration et l'arrangement intérieurs des églises ne changeront pas... La lutte qui fut menée dernièrement, en France, n'était pas moindre que celle que nous prévoyons ici... Vôtre, Andreas Michalakopoulos.» (D. Gatopoulos, Andreas Michalakopoulos, 18751938, Athènes, Eleutheroudakis, 1947, pp. 9093. Ouvrage en grec, fondé exclusivement sur les archives privées de l'homme d'État qui, par la suite, devint président du conseil.


DE LA VIE DE SAINT SERGE DE RADONECH

Guénnadi Rousski


Des rumeurs couraient sur un nouvel ascète et thaumaturge, le starets, l'higoumène Serge. Elles se répandaient jusque dans les endroits les plus éloignés, les foires où se retrouvaient de riches marchands, les bourgades, les faubourgs, les villes, sur toute la terre. Les gens rapportaient ce qu'ils avaient entendu, et d'autres ce qu'ils avaient, selon leurs dires, vu de leurs propres yeux :
Ce starets, alors qu'il était encore jeune, installa une cellule sur une colline dans la forêt et vécut tout seul parmi les bêtes sauvages qui lui obéissaient. Même l'ours mangeait du pain dans sa main. Lorsque d'autres moines en eurent connaissance, ils vinrent le rejoindre et érigèrent un monastère, pas bien grand mais célèbre, et des princes et des boyards arrivèrent pour s'incliner devant le starets, tandis que les simples d'esprit et les humbles affluaient de tous côtés. Le starets recevait tout le monde, grands et humbles, faibles et puissants, disait à chacun une bonne parole, consolait et réchauffait, conjurait le mauvais sort et apaisait les souffrances. Il apposait ses mains sur les malades. Il fit un grand miracle en ressuscitant un adolescent. On racontait des choses encore plus prodigieuses : des anges servaient dans l'église du starets. Il n'y avait pas encore eu en Russie un tel élu : un homme saint vivait parmi le peuple.
Le bourg où demeurait Ivan était situé juste à côté de la route, et la rumeur le traversa. Ivan fut pris d'un désir ardent d'aller voir ce starets, qui était un ange terrestre, sinon un envoyé de Dieu. Le starets était grand par sa sainteté, et ses prières étaient exaucées. Mais Ivan ne voulait pas lui demander la richesse, ni la réussite, car c'était un péché que de vouloir plus qu'il n'a été donné à un homme, mais une explication, pour comprendre sa vie, pourquoi Dieu la donnait-il à l'homme ? Il vivait tranquillement, travaillait la terre, faisait ses récoltes, fauchait l'herbe, allait chercher le miel sauvage dans la forêt; sa maison lui suffisait, ses enfants étaient déjà grands et indépendants, et les temps étaient enfin devenus paisibles, les Tatars n'inquiétaient plus les gens, les aînés du canton n'abusaient pas de leur autorité - on n'avait pas à se plaindre. Cependant, depuis l'enfance, il y avait quelque chose qui troublait Ivan et le tourmentait : Sa vie était-elle juste ? Faisait-il ce qu'il fallait ? De telles pensées auraient dû le conduire à entrer en religion, mais tel n'était pas son destin.
La terre est notre mère à tous, elle nous fait vivre et nous nourrit, c'est là que nous revenons après notre mort. Et pourquoi l'homme vit-il sur la terre ? Pourquoi laboure-t-il, sème-t-il, construit-il sa maison, élève-t-il ses enfants ? Uniquement pour assurer sa descendance ? Et la descendance, à quoi sert-elle ? On nous dit : c'est le cours habituel des choses. Cela est vrai, mais on aimerait bien en savoir davantage. Et Dieu dans tout ça ? Et notre âme ? Et le jugement dernier ? Que dire lorsqu'il faudra répondre de nos actes ?
Ivan n'avait fait ni trop de mal, ni trop de bien, il vivait comme tout le monde. Mais cette vie lui paraissait bien triste, il avait le coeur gros. Si l'on regarde le monde que Dieu a créé, le pré, la rivière, le ciel où bouillonnent les nuages, l'âme aspire à quelque chose, une tristesse indicible serre la poitrine, on aimerait bien être un oiseau et s'élancer vers le ciel bleu !
Comment retrouver la paix de l'âme ?
Ivan le demanda au pope, mais celui-ci se fâcha : «Tu es un ignare, villageois, tous ces problèmes ne te concernent pas. Tu n'as qu'à travailler la terre.»
Il n'y avait que le starets qui pouvait l'aider. Il savait tout, il accueillait tout le monde, il répondrait à ses questions. Il fallait aller le voir, il n'y avait personne d'autre.
À la fin de l'été, lorsque les travaux des champs permirent un répit, il se décida à aller trouver le starets. Il emprunta la grande route qui menait vers le Moscou des grands-princes, en traversant Rostov et Pereslavl-Zalesski. Il vit des collines et des vallées, des forêts et des champs, des lacs et des rivières, chemina par tous les temps, tantôt à pied, tantôt sur une charrette, aidé par de braves gens. Et au quatrième jour, il arriva à son but.
Le monastère, situé à proximité d'un grand village, était en bois. Il était érigé sur une hauteur qui surplombait une petite rivière, dans une forêt de pins; les champs de blé jetaient leurs reflets d'or sur les collines avoisinantes, les forêts verdoyaient, on apercevait çà et là des villages. Les alentours récemment peuplés avaient l'air paisibles et radieux.
Des murs carrés et solides entouraient le monastère. On remarquait, par-dessus la porte, une petite église couronnée d'une croix. Le paysan se signa et entra.
À l'intérieur de l'enceinte, il y avait des cellules, d'autres bâtisses et une église. On ne voyait presque personne : c'était le matin, tout le monde était au travail. De temps en temps, un moine affairé passait, sans lever les yeux. Ivan demanda à l'un d'eux : «Où est donc votre higoumène, le starets Serge ?» «Là-bas», répondit l'autre avec un geste vague. Le nouveau venu ne comprit pas. il attendit un autre moine : «Dis-moi, frère, comment trouver votre higoumène Serge. J'ai à lui parler d'une affaire très importante.» Le moine eut pitié de lui : «Viens, je vais te le montrer.»
Il l'amena jusqu'à la palissade qui entourait une plantation de choux, et lui dit : «Le voilà.» Le moujik regarda à travers une fente : un homme vêtu d'une vieille soutane retournait la terre avec une pioche. Il ne payait pas de mine, le pauvre hère !
Le moine se serait-il moqué de lui ?
Il le rattrapa et s'en prit à lui : «Qui est-ce que tu m'as montré ? Où est-il, ce grand starets ? J'ai hâte de voir un prophète, et tu me montres un miséreux !»
«Tu verras, tu verras», promit le moine renfrogné en retournant à ses occupations.
Le moujik se promena dans la cour, observa les dépendances : tout était construit comme il faut, bien entretenu, l'oeil du maître veillait à tout. Ivan le savait d'après sa propre expérience : dans une propriété, il faut toujours construire ou réparer, toujours s'affairer. Et là, près de l'église, deux laïques munis de haches montaient une cage avec des rondins préparés. L'odeur des copeaux de pin embaumait le monastère.
Le moujik s'approcha des charpentiers. «Que Dieu vous aide !» dit-il quand ils marquèrent une pause. Vous bâtissez ?» «Oui», répondirent les ouvriers. «Ce n'est donc pas assez ? Si l'on regarde votre propriété, elle est pareille à celle d'un prince.» - «C'est toujours lui, le bâtisseur», expliquèrent-ils avec respect. «Il construit partout. Chez nous, cela ne lui paraît pas assez, il va dans d'autres endroits. Récemment, il est parti vers le Kirjatch. Il voulait y rester, on l'a convaincu avec peine de rentrer. Le bâtisseur, oui !» et ils retournèrent à leurs haches.
Le moujik les regarda faire, puis il s'avança vers la palissade, regarda de nouveau à travers la fente : le pauvre diable travaillait toujours, sans relâche, pourtant il n'était plus très jeune. Voilà qu'il laissa la pioche, prit une bêche pour retourner la terre, puis s'arrêta pour essuyer les gouttes de sueur ruisselant sur son visage - il faisait chaud au soleil, c'était l'un des derniers jours de l'été - et se baissa encore une fois. Prévoyant, il préparait la terre pour l'automne, on reconnaissait en lui un maître diligent.
Le moujik décida de l'attendre : le vieil homme n'allait pas le tromper, il lui indiquerait où trouver le grand starets. Le son de la cloche retentit, il était midi. Les moines et les travailleurs se dirigèrent vers le réfectoire.
Le portillon de la palissade s'ouvrit, le vieillard à la pauvre soutane raccommodée sortit. Il marchait lentement, on voyait que le labeur l'avait fatigué, mais il avait l'air satisfait, le visage calme, le regard joyeux.
Il aperçut le moujik et s'avança droit vers lui. Ivan se réjouit : on devinait tout de suite un homme bon, il dirait tout, ne cacherait rien.
On pourrait penser que l'autre avait compris, car il demanda doucement :
«Tu arrives de loin ?»
«Comment dire É mon chemin ne fut pas très long, mais pas court non plus. J'arrive des terres de Rostov, du bourg d'Ivanovski, c'est là que je suis né.»
«Quel est ton besoin ?»
«Une affaire importante, qui concerne mon âme. Je veux la raconter au starets Serge, je le cherche, mais ne le trouve pas.»
«Tu le trouveras, puisque tu es là. Viens, mon frère, mangeons ensemble, puis nous aviserons.»
Ils se dirigèrent vers le réfectoire à côté de l'église, se lavèrent les mains dans un bassin en argile, puis entrèrent dans la salle. Les moines rassemblés se levèrent, récitèrent une prière et se mirent à manger en silence, l'un d'eux faisant la lecture. Le vieillard s'installa au bout de la table et invita le moujik à s'asseoir à côté de lui. On ne pouvait pas savoir qui était le supérieur, ils étaient tous semblables, très humbles d'aspect, vêtus de bures usées. Pendant le repas, les startsy ne se parlaient pas, ils mangeaient très vite. Le moujik fut étonné : il avait aperçu des réserves pleines de provisions dans la cour, pourtant la nourriture était bien frugale, même pour un jeûne. Mais le kvas était excellent, il n'en avait jamais bu d'aussi bon, ils savaient bien le préparer.
Les moines terminèrent de manger en silence, puis partirent. Et le moujik ne reconnut pas le starets parmi eux. Le vieillard remarqua sa peine et demanda : «Pourquoi es-tu triste ?»
L'autre répondit : Je suis venu ici pour Serge et je ne l'ai pas vu, il doit être ailleurs.»
«Et comment te l'imagines-tu ?»
Je me le figure en vêtements somptueux, une multitude d'adolescents intercédant auprès de lui, une foule de serfs à son service. je ne vois rien de tel, c'est là mon chagrin.» - «Ne sois pas triste, cet endroit est tel que personne n'en sort affligé, et Dieu t'accordera ce que tu cherches.» Et il demanda encore : «Ton affaire, est-elle importante ? Tu parlais de ton âme. Pourquoi es-tu inquiet ? Raconte-moi.» «Je suis laboureur, je travaille la terre», dit le moujik au vieil homme sans rien lui dissimuler, comme s'il parlait à Serge lui-même. «Je suis venu pour voir le starets et lui ouvrir mon coeur, je n'ai personne à part lui. Les gens disent que c'est un saint, qu'il sait tout. Je suis préoccupé. Je m'interroge sur l'âme. Qu'est-ce que c'est ? Pourquoi l'homme vit-il ? Je suis, tu es, nous sommes - pourquoi l'homme est-il sur cette terre ? Pour labourer le sol, faire des enfants ? Ou bien aurait-on une autre prédestination ? Le salut ne serait-il réservé qu'à vous autres moines ? Je pense à la mort. Qu'est-ce que c'est ? Comment est-ce possible ? On te permet d'admirer la beauté terrestre, puis on t'en prive sans aucune pitié ? Comment vit notre âme dans l'au-delà, se souvient-elle de ce qu'elle a vu, sur terre ? C'est tout cela que je veux demander à Serge É»
Quelqu'un accourut tout à coup en criant : «Le prince arrive !» Plusieurs moines se précipitèrent vers la porte. Le starets répondit lentement, ne prêtant aucune attention au bruit : «Tu veux avoir la réponse en un seul mot, mais qui te le dira ? Dieu a donné l'existence à toute créature et aux hommes, c'est là le mystère de sa volonté, et la réponse ne viendra pas des hommes, mais de Dieu. Et toi tu essaies d'arracher à un homme ce que Dieu seul connaît É»
«Même Serge ne le sait pas ?»
«Serge lui aussi est un homme É»
«Lui ? C'est un homme saint, donc un élu, Dieu lui ouvre Ses desseins, il sait tout !»
En une minute, la grande cour du monastère se remplit d'hommes en armures et, près de la porte, on vit le prince en personne, vêtu de blanc et d'une cape écarlate.
Les serviteurs du prince se jetèrent sur le moujik et le repoussèrent si violemment qu'il faillit tomber. Il ne comprit pas pourquoi on le traitait de cette façon, il n'avait commis aucune faute. Les guerriers et les gens du monastère se pressèrent autour du prince en disant : «Il est venu le voir en personne É Demander sa bénédiction É» «Mais où est-il, où est Serge ?» demanda le moujik en essayant de s'avancer. J'aimerais tant le voir, ne serait-ce que du coin de l'oeil !» «Mais tu lui as parlé !» lui reprocha l'un des moines.
Se dressant sur la pointe des pieds, entre têtes et épaules, le moujik contempla une scène extraordinaire : le vieillard qui était son interlocuteur tout à l'heure se tenait seul devant la foule, tout petit, avec sa soutane usée et rapiécée, et le prince s'avançait vers lui dans ses vêtements somptueux, accompagné d'autres hommes tout aussi richement habillés. Et le modeste petit moine l'attendait tranquillement. Le prince s'approcha de lui, s'agenouilla et lui tendit les bras. Le starets s'avança et prit le prince par les mains. Celui-ci baisa les mains du vieil homme. L'higoumène le releva, lui donna sa bénédiction et l'embrassa à son tour. Ils parlèrent à voix basse, les autres n'entendirent pas leur conversation.
«Qu'est-ce que c'est ? É», murmura doucement le moujik. «Je lui parlais comme à un indigent, et le prince en personne s'incline devant lui !»
Un moine l'entendit et sourit : «Toi alors.»
N'était-ce pas un miracle ? Le prince tout-puissant demandant la bénédiction d'un humble moine !
Mais où était-il, ce miséreux ? Un starets majestueux, au regard droit, à la posture noble, au visage rayonnant d'une force surnaturelle, se tenait devant le prince ! Et tandis que les deux interlocuteurs se parlaient, un silence total régna, on n'entendit que le croassement des corbeaux qui volaient d'un pin à l'autre.
Puis le starets prit le prince par la main; ils marchèrent côte à côte en direction de l'église, et tout le monde les suivit. L'église ne pouvant contenir toute cette foule, le moujik resta près du seuil et écouta les chants.
Le prince sortit avec le starets et sa suite. Le moine l'accompagna jusqu'à la porte. On entendit le bruit des sabots des chevaux, la poussière retomba derrière les cavaliers.
Le moujik était affligé : comment avait-il pu commettre un impair pareil ! Se traînant misérablement, la tête basse, il s'en alla.
Un jeune novice le rattrapa derrière la porte du monastère. «Le père higoumène te prie de venir», dit-il essoufflé.
Le starets, toujours vêtu de sa soutane reprisée, était assis sur des rondins et le regardait avec douceur. Le moujik s'approcha en tremblant d'émotion. Il voulut se jeter aux pieds du starets, mais ce dernier s'inclina devant lui. Le moujik en fut stupéfait. Il ne put prononcer qu'un seul mot: «Pourquoi ?»
«Tout le monde est fasciné par moi, sauf toi», répondit le moine, qui prit amicalement Ivan par la main et le fit asseoir à côté de lui.
«Je le suis moi aussi», dit le moujik contrit. «J'imaginais que mon chagrin était grand, et maintenant je vois ma médiocrité.»
«Pour Dieu, il n'y a ni grandeur ni faiblesse, tout est égal à ses yeux : la grande cause de la terre tout entière et chaque âme humaine. Il est Seul et Unique pour tous et pour tout.»
Le moujik réfléchit.
«Tu t'attendais à une parole particulière, poursuivit le starets, mais qui te la dira ? Tu n'es pas le seul à venir en quête de ces paroles, vous êtes nombreux, mais que puis-je ? Une seule chose : prier. On me le demande - je prie, je ne peux rien d'autre.» - «Et l'homme, pourquoi vit-il ?» «Dieu a introduit l'homme dans le monde pour que chacun puisse comprendre à travers soi-même, par sa vie. Ce n'est pas à toi de demander, c'est Dieu qui pose des questions. Tu dois donner la réponse par ta vie à Celui qui t'a envoyé dans le monde.»
«Et l'âme?»
«L'âme, elle, se bâtit, se construit en traversant le monde. Elle se construit comme une maison.»
«Se construit ... », le moujik regarda la cage en rondins commencée.
«L'âme est solide, telle une maison. Et cette solidité s'appuie sur la Vérité. Notre âme, notre maison, et toute la terre sont solides, lorsqu'elles se fondent sur la Vérité de Dieu.»
Puis le starets lui posa des questions sur ses proches, sa femme et ses enfants, comment s'appelaient-ils, comment étaient sa maison et ses dépendances, vivait-il dans l'aisance ? Il se renseigna sur beaucoup de choses, et le moujik lui raconta tout en détail, comme à un ami très cher. L'higoumène écoutait attentivement et avec compassion, d'égal à égal. Ce n'était plus le grand starets recevant les honneurs d'un prince, mais un petit vieux rayonnant de bonté dont les paroles étaient simples et consolantes.
Le moine bénit Ivan, lui promit de prier pour lui et pour ses proches. Il ordonna de donner à son visiteur du pain en viatique - c'était la coutume du monastère. Le moujik s'inclina de nouveau devant le starets, et celui-ci devant lui; puis il se signa en se tournant vers la croix de l'église et reprit le chemin de son village.
Aux portes du monastère, il se retourna : le starets avait repris sa hache dont les coups réguliers résonnèrent loin à la ronde; il les entendit longtemps après que la communauté fut hors de vue. La route était aisée, il retrouvait la paix et le silence dans son âme.
Il n'était pas bête, notre moujik, il avait compris : le starets était un grand bâtisseur. Il ne construisait pas une cage, il bâtissait les âmes humaines, en recevant tous ceux qui venaient à lui, princes et moujiks, et c'est ainsi qu'il prenait soin de toute la terre, afin qu'elle reposât sur la Vérité.
Ivan poursuivit son chemin, il vit des lacs, des rivières et des marécages; il monta sur des collines et descendit dans des vallées; il traversa des villes et des bourgades - toute la terre s'étalait devant lui, toute la Russie si chère à son coeur, cette Russie des espaces lointains et des forêts, avec son éternel pressentiment d'une menace, mais forte de l'espoir et de la foi. Il marchait sous le ciel russe, sur sa terre natale, et il lui semblait entendre les coups réguliers de la hache. Il bâtissait, construisait ! Il bâtissait l'âme, la terre tout entière. Le vent apportait l'odeur fraîche des copeaux de pin - c'était l'higoumène, le starets Serge, le bâtisseur de toute la Russie !

Le Christ m'est témoin : lorsque je contemple son icône, je suis saisi de componction et mes larmes coulent comme la pluie du ciel.
Saint Grégoire II, pape

"DEMANDEZ, ET L'ON VOUS DONNERA; CHERCHEZ, ET VOUS TROUVEREZ"
(Mt 7,7; Lc 11,9)
"Et n'hésitez pas, c'est gratuit" - ajoute saint Phanourios
K.P. juillet 2005.


Comme beaucoup d'orthodoxes le savent, le saint martyr Phanourios est invoqué en vue de retrouver des objets perdus.
Mon mari et moi l'avons plusieurs fois invoqué avec succès, lors de recherches désespérées de choses complètement enfouies, égarées dans notre bazar à la maison.
Trois fois ? Ou quatre ? Je ne m'en souviens plus, mais je n'ai jamais fait la fameuse phanouropita, que font les Grecs en cette vue. Et je me sens toujours redevable, à saint Phanourios et à nos fidèles, de plusieurs gâteaux.
Il y a quelques semaines, j'avais égaré mes lunettes dans la maison de ma belle-mère en Angleterre, et j'avais beau les chercher longuement, je ne les retrouvais pas. Pendant un instant fugace, j'avais bien pensé à saint Phanourios, mais je n'osais pas l'invoquer, pensant que ce serait déjà de l'abus.
Cependant, j'avais besoin de mes lunettes. En réfléchissant, j'ai pu établir, sans l'ombre d'un doute, qu'elles ne pouvaient être qu'à deux endroits : soit dans la chambre, près du lit, soit dans la salle de bains.
Je les avais, en effet, chaussées pour lire au lit et c'est en revenant plus tard de la salle de bains dans la chambre que je ne les retrouvais plus. J'avais traversé le couloir, mais je n'étais allée dans aucune autre pièce, c'était sûr et certain.
Comme je ne les trouvais pas sur la table de chevet, j'ai retourné toute la literie, secoué draps, oreillers, couverture etc. je ne saurais pas dire combien de fois. Six, sept, huit ? J'ai tout regardé autour du lit, tout dans la salle de bains. En vain.
C'est impensable - me dis-je. - Ici, il est vraiment difficile de perdre quoi que ce soit. Il n'y a pas d'objets qui traînent dans cette maison, et il y fait très clair, on y voit tout, contrairement à la situation chez nous où c'est le bazar et où il y a pas mal de recoins obscurs.
Dans la chambre, en dehors du lit et la table de chevet, il n'y a qu'une coiffeuse et une chaise où j'aurais pu les poser en allant à la salle de bains; mais elles n'y étaient pas. À la rigueur, elles auraient pu tomber par terre. J'examine la moquette tout autour et sous le lit. Rien.
En désespoir de cause, on regarde, dans ces cas, même aux endroits les plus invraisemblables. Ce que j'ai fait. Je les ai cherchées sur le canapé et les fauteuils au salon, sur la table de la salle à manger, dans la cuisine sur les meubles et par terre, alors que je savais pertinemment qu'elles ne pouvaient pas y être.
J'y avais passé une partie de la matinée avant de demander à mon mari s'il ne les avait pas vues par hasard et lui aussi s'est mis à les chercher partout. En vain.
- Et saint Phanourios ? Tu n'as pas pensé à son aide ? - me demande-t-il en passant devant la porte ouverte de la chambre où j'étais retournée pour la énième fois afin d'examiner à nouveau les oreillers, la couverture et les draps.
- Si, j'y ai pensé, mais on lui doit déjà plusieurs phanouropitas, alors je n'ose pas trop. - dis-je en retournant machinalement et sans espoir mon drap de dessus, lorsque, dans un de ses replis, ma main rencontre quelque objet.
Ce n'est pas vrai ! Ce sont mes lunettes ! Mais combien de fois je les avais cherchées déjà à cet endroit même et sans succès ! Comment est-ce possible ?
Pour appeler mon mari, je me mets à crier en jubilant :
- Viens, regarde, regarde, elles sont là et elles étaient toujours là, mais je ne les ai retrouvées que grâce à saint Phanourios ! Il a suffi que nous parlions de lui ! Et il s'en fiche des gâteaux que nous n'avons pas faits ! Ce n'est pas pour les gâteaux qu'il nous aide, mais gratuitement.
Émerveillés, nous promettons d'en faire quand même plusieurs à la prochaine occasion.

Dieu prend soin aussi des païens, mais le chrétien connaît le Bienfaiteur.
St Tikhon de Voronèje

CONCERNANT LA CONFESSION


Homélie prêchée aux fidèles de Katerini en septembre 2005


Un sujet, qui me tient à coeur, et qui me semble fort utile à développer, c'est la confession. Avec beaucoup de tristesse, je constate que la plupart de fidèles se confessent mal. Ils se contentent de dire qu'ils ne se sont pas disputé avec leur conjoint et à part ça ils n'ont rien à se reprocher.
Ou ils cachent leurs péchés ou ils n'en sont pas conscients ? Si le juste pèche sept fois le jour, comme dit l'Écriture, comment nous simples fidèles n'en ont pas de péchés ? Les péchés non-confessés ne seront pas remises non plus. Si je vas chez le médecin et ne lui révèle pas mes problèmes, comment peut-t-il me soigner ? Mieux je lui en parle mieux il peut m'aider et guérir. Malheureusement nous pensons que la vie chrétienne consiste à aller parfois à l'église, à se confesser et à communier quatre fois par an et à jeûner selon les prescriptions. Cela c'est une attitude tout-à-fait pharisaïque car nous agissons comme le pharisien de l'évangile qui se croyait juste en accomplissant les préceptes de la loi. Mais l'évangile du Christ nous demande bien plus : à nous purifier de nos passions et à acquérir les vertus, comme l'humilité, la douceur etc., qui ne peuvent s'installer en nous que si les vices s'en vont. L'Esprit saint ne peut habiter là où le malin est installé. Il y a un progrès à faire dans la vie spirituelle, il faut avancer vers la sainteté et cela est demandé à chaque chrétien sans exception. Si nous n'avançons pas spirituellement alors nous gâchons notre vie et le but de notre vie c'est précisément à devenir un homme spirituel.
La confession ne consiste pas seulement à dire nos péchés mais c'est aussi une thérapie. Le prêtre nous conseille, nous corrige, nous console. Les péchés ce ne sont pas seulement les actes, mais aussi nos paroles, nos pensées, nos sentiments. «Que regarde une femme avec convoitise commet l'adultère avec elle,» dit l'évangile. Le Christ dit bien «avec convoitise» car le simple regard n'est pas une péché pas plus que d'avoir de l'argent mais le fait d'être avare, c'est-à-dire de l'employer égoïstement. Une mauvaise pensée, que le malin nous suggère, n'est pas encore un péché mais le fait de le garder dans notre coeur et de nous y complaire. Un sentiment peut être aussi un grave péché, par exemple d'avoir de l'antipathie contre quelqu'un. Le Seigneur nous recommande d'aimer notre prochain sans exception et comment peut-t-on concilier alors l'amour et l'antipathie ? Il y a aussi le péché par omission : si je manque de charité par exemple. Le pire de péchés - l'orgueil, qui ne l'a pas ? Le meilleur signe qu'il habite en nous c'est le manque d'humilité, et qui se croit humble ? Celui qui se croit humble c'est précisément l'orgueilleux qui ignore ses défauts et se croit parfait. L'ignorance d'ailleurs c'est un signe d'orgueil.
Il va de soi que je me confesse avant de communier, de même que je me lave les mains avec le repas. C'est normal que je demande la bénédiction du prêtre pour communier car c'est lui qui juge si je suis digne de m'approcher du saint mystère.
Je ne me lave pas seulement les mains avant le repas mais aussi en dehors dès qu'elles sont sales. De même je me confesse régulièrement même si je ne communie pas. Se confesser et communier quatre fois l'année c'est le minimum; un bon chrétien devrait le faire plus souvent. Quelqu'un qui n'a pas le droit de communier, suite à une pénitence à accomplir, ou pour une autre raison, celui-là peut se confesser quand même.
Tout cela, ce que je viens de dire, n'est pas une reproche que je vous fais, mais une exhortation afin de mieux faire. Mon devoir est de vous faire avancer sur le chemin spirituel et mon désir est de faire de vous des chrétiens exemplaire qs et une paroisse exemplaire également. Cela consiste d'abord à changer nous mêmes et non simplement à construire une magnifique église. De belles églises et monastères ne manquent pas mais entendre que dans tel monastère ou telle paroisse on s'aime et on vit en paix, c'est bien plus rare. Quand on dira de nous ici, comme pour les premiers chrétiens : «Voyez comme ils s'aiment», alors je pourras dire au Seigneur : «Voici et les brebis que Tu m'a donné.»

hiéromoine Cassien

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