Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction

de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes

et primat de toute la Grèce.

NUMÉRO 86

JUILLET 1999

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 NOUVELLES

LE PRETRE - ICONE DU CHRIST

DES CONSERVES PAR LA SAUMURE OU EAU OU SEL

VIE DE NOTRE BIENHEUREUX PERE PIERRE DE KORICHA

LA TRANSMISSION DE LA RÉVÉLATION DIVINE PAR LA TRADITION, LES ÉCRITURES ET L'ÉGLISE

LA VIE DE SAINT ÉTIENNE DE DECANI

LES ÉLUS DE DIEU

UNE OUVERTURE SUR LE MONDE

LE PAPISME COMME LE PLUS ANCIEN PROTESTANTISME

LETTRE DE BARNABÉ


NOUVELLES

Je ne suis toujours pas allé en Grèce pour de multiples raisons qui sont trop compliquées à expliquer. Peut-être à la fin Août, plaise à Dieu.

Le 11/5 Pierre Aguillon, notre fidèle, nous a précédé pour l'autre vie où il pourra se reposer de ses peines.

Le 17 juin furent baptisés Brigitte Gasparini et ses trois fils : Matthieu, André et Thomas.

Une nouvelle vidéo-cassette est disponible : Sons et pierre sacrées. (Un peu du même genre que la cassette précédente : Chants des saintes femmes).

Le troisième (et dernier) volume des Explications des psaumes de saint Jean Chrysostome est prêt.

Dans le mensuel "Grandes Reportages" de mois-ci se trouve un article sur l'hermitage.

votre hm. Cassien

GLOSSAIRE

THÉANDRIQUE

(du grec Théos et andros = Dieu et homme) veut dire divino-humain : à la fois divin et humain.

HÉSYCHIASME (HÉSYCHIASTE)

Quiétude, recueillement. Toute une spiritualité de la prière y est rattachée dont saint Grégoire Palamas fut le grand défenseur.

LE PRETRE - ICONE DU CHRIST

Dans le prêtre, le Christ est réellement présent et exerce son sacerdoce unique. Par l'ordination, le prêtre n'est plus un simple homme, pas plus qu'une icône n'est plus une simple planche de bois couverte de peinture. S'arrêter à l'aspect visible et se heurter aux limites et imperfections terrestres n'est rien d'autre qu'un manque de foi. L'icône, si elle peinte selon la Tradition orthodoxe, rend présent Dieu et les saints, même si le bois est fendu et si l'aspect artistique laisse à désirer. Le prêtre ordonné dans l'Église, même à travers ses imperfections humaines, exerce parfaitement le sacerdoce.

Les apôtres n'étaient-ils pas pleins des imperfections et des faiblesses de toutes sortes ? L'apôtre Pierre était illettré et c'est l'évangéliste Marc qui a mis par écrit son évangile. Paul ne disait-il pas : "Une écharde m'a été donné" (2 Cor 12,7), et Dieu lui disait : "Ma Grâce te suffit, car ma Puissance s'accomplit dans la faiblesse." (2 Cor 12,9).

La prêtrise n'est pas non plus une invention des hommes. C'est le Christ Lui-même qui a choisi les apôtres et leur a donné le pouvoir de baptiser, de lier et de délier, etc.

Les fidèles participent aussi à l'ordination d'un prêtre en criant lors de la cérémonie : "Axios" (Il est digne). Si un fidèle par contre crie "anaxios" (Il est indigne), alors la cérémonie est suspendue et l'évêque fait une enquête pour voir s'il y a réellement un obstacle canonique à l'ordination.

Le prêtre est pour ainsi dire le support à travers lequel le Christ agit. Si je demande la bénédiction au prêtre, c'est toujours le Christ qui bénit à travers lui. Lors de la confession, le prêtre se tient à côté et non en face du pénitent qui, lui, est tourné vers l'icône du Christ ou vers la croix, et il est plutôt témoin. A la fin, il ne dit pas : "Moi, je t'absous de tes péchés," mais il supplie le Sauveur en faveur du pénitent afin que miséricorde lui soit accordée par Celui qui seul remet les péchés.

Mépriser le prêtre, c'est mépriser le Seigneur Lui-même et rien d'autre. Cela n'empêche pas le fidèle de vérifier si l'action et la parole du prêtre est conforme à la Tradition de l'Église. Mais le juger pour ses fautes morales, ses faiblesses humaines ne lui revient pas. Le prêtre en rendra compte à son évêque et à son confesseur.

Ne cherchons pas un prêtre à notre goût qui nous dirige et enseigne selon nos idées. Voici une histoire qui illustre bien l'aberration de celui qui veut un père spirituel selon sa convenance :

Un frère disait à un grand ancien : "Père, je voudrais trouver un ancien à ma convenance pour demeurer avec lui." L'ancien lui dit : "C'est une bonne recherche, monsieur !" L'autre assurait que tel était son désir, sans comprendre la pensée de l'ancien. Mais, lorsque l'ancien vit que le frère s'imaginait penser droitement, il lui dit : "Donc, si tu trouves un ancien selon ta convenance, tu veux demeurer avec lui ?" - "Eh oui, répondit-il, c'est exactement mon intention, si j'en trouve un à ma convenance." L'ancien lui dit : "Ce n'est donc pas pour suivre la volonté de cet ancien mais pour que lui suive la tienne et qu'ainsi tu trouves du repos auprès de lui ?" Le frère comprit alors ce que le vieillard voulait dire; il se leva et fit une métanie en disant : "Pardonne-moi, car je me suis gonflé sans mesure, jugeant que je parlais bien, alors que je ne possède aucun bien."

Le prêtre est là pour nous corriger, nous diriger sur la bonne voie ce qui est contraire à nos penchants mauvais. Cela ne va donc pas de soi de suivre ses instructions et d'accepter ses corrections car il faut se faire violence. Si le prêtre agit avec sévérité ou douceur, c'est à lui de juger et non pas à nous car nous cherchons généralement ce qui nous flatte comme l'enfant qui ne désire que jouer et s'amuser.

Saint Cosme d'Etolie dit : "Si tu vois un prêtre et un roi, salue d'abord le prêtre car sa dignité est infiniment supérieure." Le roi n'administre que des choses terrestres tandis que le prêtre nous procure ce qu'il y a de plus grand : par son entremise, nous communions au Corps et au Sang du Sauveur. C'est le prêtre qui nous régénère à la vie nouvelle par le baptême et c'est lui également qui peut nous absoudre de nos péchés pour ne citer que ces quelques exemples.

C'est difficile à comprendre dans le monde actuel qui n'aspire qu'à l'indépendance qu'il confond avec la vraie liberté qui passe inévitablement par le sacrifice de notre ego et nous plonge dans l'amour de Dieu - ouverture infinie.

hm. Cassien


VIE DE NOTRE BIENHEUREUX PERE PIERRE DE KORICHA

Saint Pierre de Koricha est le premier hésychaste serbe connu. Il vécut au 13e siècle et consacra toute sa vie à la prière et à la contemplation spirituelle.

Les combats héroïques de saint Pierre rappellent les labeurs spirituels de saint Antoine le Grand et des moines du désert d'Égypte. Cette lutte intérieure et invisible n'est pas réservée aux seuls moines. Dès l'instant de notre baptême, nous tous, chrétiens orthodoxes, nous sommes appelés à combattre les diverses convoitises et passions de la chair et à nous opposer aux démons malins qui se déchaînent contre nous sans cesse, jour et nuit. Comme l'apôtre Paul dit : "Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes". (Ep 6,12).

Saint Pierre de Koricha naquit à la fin du 12e ou au début du 13e siècle dans le village d'Unyemir (aujourd'hui Uymir), près de la cité serbe de Pec. Ce fut au temps du plein épanouissement de l'état médiéval serbe au Kosovo. Ses parents étaient de pieux et honnêtes chrétiens orthodoxes qui firent baptiser leurs enfants et les élevèrent dans la foi orthodoxe. Dès l'enfance, son humilité et sa pureté montrèrent que la Grâce de Dieu formait déjà cette jeune âme à de grandes choses. Il fuyait les jeux des autres garçons du village, ainsi que toute réunion et occupation sociale inutile et spirituellement peu profitable. Cela attristait grandement ses parents qui, ne comprenant pas son désir des choses de Dieu, voulaient qu'il joue et s'amuse avec les autres enfants. Le jeune garçon faisait preuve d'une maturité spirituelle au-dessus de son âge et peina avec ferveur dans le jeûne, la prière, la fréquentation de l'église paroissiale et l'étude de la Bible et de la sainte Tradition de l'Église orthodoxe. La lecture de la Bible lui fit comprendre que, dans son désir de servir Dieu, il lui était nécessaire de quitter tout dans le monde, même son foyer et ses parents. En son âme, il aspirait à se consacrer au service de Dieu dans le silence et la solitude.

Après la mort de son père, Pierre décida que le moment était venu pour partir de la maison et commencer une nouvelle vie à quelque endroit caché. Mais sa mère le supplia de ne pas les laisser, elle et sa soeur cadette, pauvres et seules dans le monde sans personne pour prendre soin d'elles. Touché de compassion par les arguments de sa mère, il resta et se chargea de prendre soin du foyer. En dépit de ces nouvelles responsabilités, il ne réduisit pas ses combats spirituels de jeûne et de prière, mais en redoubla plutôt. A l'insu de tous, excepté sa mère, il portait une chemise de crin rêche sous ses vêtements. En tant que mère aimante, elle ne put manquer de remarquer les combats ascétiques de son fils et les effets qu'ils avaient sur son corps. Elle craignait cependant d'exprimer son inquiétude, de peur de le voir les abandonner pour quelque endroit désert.

Après la mort de sa mère, Pierre décida de satisfaire son désir, agréé par Dieu mais longtemps contraint, de quitter le monde. Il parla avec sa soeur cadette Hélène et lui demanda si elle voulait se marier. La conscience du jeune homme ne lui permettait pas de l'abandonner sans personne pour subvenir à ses besoins. Hélène, cependant, possédait aussi l'amour de la virginité et de la chasteté et ne désirait pas être séparée de son frère. Elle l'implora de lui permettre de l'accompagner, lui promettant de participer à sa vie de prière et de jeûne. Pierre lui dit calmement : "Que la Volonté de Dieu soit faite."

Ils quittèrent le village ensemble et dans l'église Saints-Pierre-et-Paul avoisinante, il reçut, d'un vieux moine, qui habitait tout près, la tonsure monastique. Là, Pierre construisit deux cellules séparées, une pour sa soeur et une pour lui-même, et ils y vécurent dans l'ascèse, en jeûnent et priant. Pierre acquit très vite une grande force spirituelle, la persévérance et la victoire dans le dur combat contre les tentations démoniaques, combat qui le caractérisait tout le reste de sa vie.

Cependant, l'arrivée incessante de parents et amis, qui amenaient tout ce qu'ils croyaient être nécessaire à la vie quotidienne pour tous les deux, interrompait constamment leur vie plaisant à Dieu. Contrariés par ces distractions, ils décidèrent de partir et d'aller à un endroit plus lointain. La tradition rapporte qu'ils partirent pour la région montagneuse de Crna Reka (Rivière Noire), près de l'église du Saint-Apôtre-Pierre. Mais même là, leur vertu et leur sainte vie devinrent connues et attirèrent des visites fréquentes.

Inspiré par la lecture des Vies des saints et des plus grands pères de l'Église, Pierre voulut entreprendre des combats encore plus rudes de prière, de solitude et de silence, mais se sentit gêné par sa soeur. Dans son désir de servir Dieu, il finit par prendre la décision difficile de la quitter en secret. Mais lorsqu'il tenta de le faire, Hélène s'en aperçut et le suivit. Voyageant ensemble, ils arrivèrent dans les hautes montagnes surplombant la ville de Prizren, près d'un village nommé Koricha (actuellement Kabash). Fatigués du long voyage, ils s'arrêtèrent pour se reposer. Hélène, épuisée, se plongea dans un profond sommeil. Pendant qu'elle dormait, Pierre pria et décida de la quitter pour s'éloigner tout seul et se cacher du monde dans les cavernes et rochers de la montagne. Avec une prière venant du coeur et des larmes, Il confia le soin et la protection de sa soeur à Dieu. Il demanda pour lui-même la grâce de commencer le repentir, afin qu'il puisse servir Dieu avec fidélité et obtenir le salut. Ayant fait le signe de la croix sur sa soeur endormie, il s'en alla doucement, tout en pleurant de devoir la quitter.

Quand Hélène s'éveilla et ne voyait pas son frère, elle l'appela, puis, n'ayant pas de réponse, elle se rendit compte qu'il l'avait abandonnée. Elle pleura amèrement : "Sainte montagne de Dieu. Je prie pour trouver la mort en toi. Bien que tu m'aies accueillie gracieusement, je suis toute seule. Aie pitié de moi. Accepte-moi ici et garde-moi jusqu'à ma mort. Je ne veux pas retourner vivre dans le monde. Mais je ne suis pas digne non plus de voir et de vivre avec mon frère." Pleurant et gémissant, elle se mit en route pour le village de Koricha. Elle y vécut en secret dans la virginité et la sainteté, comme son frère le lui avait enseigné, ne cessant de plaire à Dieu jusqu'à sa mort. Lorsque Pierre entendit la nouvelle du saint trépas d'Hélène, il remercia Dieu de tout son coeur, car il n'avait jamais cessé de prier pour elle.

En quittant sa soeur, Pierre escalada une hauteur dans la montagne et trouva une caverne dans une falaise. C'est là qu'il passa le reste de sa longue vie dans la solitude complète qu'il avait depuis si longtemps désirée, caché de la vue des hommes. Dans le froid glacial de l'hiver et la chaleur torride de l'été, il continuait ses combats spirituels comme s'il était un ange, se nourrissant d'herbes sauvages et de glands. Il n'avait pas pitié de son corps car il voulait se purifier de ses passions et se donner à Dieu comme une offrande pure. Les animaux sauvages ne l'attaquaient jamais mais vivaient en paix avec lui.

Pendant de longues années, les démons le combattirent sans cesse, particulièrement sous l'apparence d'un serpent dont les attaques ne le laissaient pas en paix. Durant la nuit, les rochers résonnaient des cris perçants des démons. Ils l'appelaient en prenant la voix de sa soeur, l'implorant de la délivrer des bêtes sauvages et de l'accueillir dans sa caverne. Mais le saint connaissait leurs ruses et tromperies démoniaques. Faisant mine de les ignorer, il chantait des psaumes et des hymnes spirituels sans discontinuer jusqu'au lever du soleil.

Lorsqu'il en eut assez de la présence constante du serpent, il se mit à prier avec ferveur, jeûnant pendant quarante jours et appelant à l'aide un ange de Dieu. Il quitta sa caverne et se mit à combattre le serpent démoniaque avec le Nom de Jésus. Soudain, un ange lumineux apparut et Pierre, homme âgé désormais, recula avec effroi. Le prenant par la main, l'ange dit : "Ne crains pas, je suis Michel, l'archange de l'armée de Dieu. A ta prière, Dieu m'a envoyé punir le serpent malin qui te nuit. Maintenant tu vas voir la Gloire de notre Dieu." A ces mots, le saint archange tira son épée et s'attaqua au serpent, qui s'enfuit.

L'archange Michel poursuivit : "La paix soit avec toi, âme qui cherches Dieu. Tu viens de voir la Gloire de notre Dieu. Ta prière à Dieu a été exaucée par moi et le méchant serpent trompeur ne te troublera plus jamais. Garde-toi bien et grandis dans la Force et la Puissance du Seigneur. Dans l'avenir, tu souffriras beaucoup des attaques des mauvais esprits jaloux et envieux, mais combats-les avec le Nom du Seigneur et ils s'enfuiront honteux." Ayant dit ces mots d'encouragement, l'archange disparut. Pierre, rempli de crainte et d'une grande paix du coeur, frappa sa poitrine humblement : "Qui suis-je, Seigneur, pour que tu m'envoies ton très glorieux et splendide archange ?" Tout en larmes, il retourna dans sa caverne, rendant grâce à Dieu et au saint archange Michel.

Après cela, Pierre entreprit des combats encore plus durs. Il acquit une telle pureté d'esprit qu'il était à même de voir tous les pièges démoniaques et de les détruire par la prière et les veilles. En particulier, le diable tenta de le pousser à quitter la caverne, lieu de ses combats. Un jour, il l'attaqua sous la forme d'une grande nuée de corbeaux noirs qui voulaient lui crever les yeux. Le saint ermite les combattit par la prière et la lecture du Symbole de la Foi (Credo de Nicée) et ils s'envolèrent. Le diable mit devant ses yeux beaucoup d'autres visions impures et démoniaques, mais saint Pierre combattit toutes ces tentations et supplices, sachant que Dieu voyait ses luttes et qu'Il le récompenserait pour son endurance.

Désireux d'une union encore plus étroite avec Dieu, le saint entreprit des luttes ascétiques encore plus grandes, qui mirent les démons en furie. Ils blessèrent son corps avec des pierres aiguës de sa caverne, mais sans pouvoir détourner la fermeté de son propos. Ils lui dirent que la caverne était leur maison à eux et tentèrent de l'épouvanter avec des visions de bêtes sauvages et d'autres fantasmes démoniaques. Pierre répondit à tous leurs pièges malins par une prière fervente à Dieu. Il dit aux démons : "Même si vous m'envoyez beaucoup plus de vos légions démoniaques, mon coeur ne s'effrayera pas. Si vous m'attaquez, je ferai preuve de courage en face de vous au Nom de mon Seigneur." Il pria Dieu : "Seigneur, aide-moi. Aie pitié de moi, car je suis faible et mon âme pécheresse est très troublée." Et Dieu, dans sa Miséricorde, le fortifia chaque fois. Alors les démons essayèrent de le tenter par des pensées d'orgueil et de vaine gloire, mais Pierre se ceignit d'humilité, disant : "Moi qui ne suis que poussière et cendre (cf. Gn 18,27) devant le Seigneur, je ne peux rien faire de moi-même. C'est pour Lui que je jeûne et souffre ici dans le désert, parce qu'Il est mon Dieu, mon Sauveur et mon Protecteur. En Lui je mets tout mon espoir."

Après cette grande victoire sur toutes les tentations démoniaques, le Seigneur lui donna une force nouvelle et le remplit jour et nuit de la joie ineffable de la Lumière divine. Cette vision dura un bon nombre de jours, de sorte que Pierre oublia son maigre régime d'aliments amers et se nourrit de la douceur céleste de cette Lumière divine. Enflammé d'amour pour son Seigneur et Sauveur, il répétait les paroles du saint roi-prophète David, le psalmiste : "Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant; quand irai-je et paraîtrai-je devant la Face de Dieu ? (Ps 41,2)

Pierre continua pour le reste de ses années son ascèse surhumaine, croissant en vertus angéliques, toujours dans la joie spirituelle et reconnaissant à Dieu. Les diables n'osaient plus l'approcher maintenant, craignant la grâce que Dieu avait accordée à ce saint ermite. Pierre ne s'en enorgueillit pas. Construisant son salut avec crainte de Dieu, il se souvenait toujours des paroles de l'apôtre Paul : "Jésus Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier". (I Tm 1,1) Jusqu'à la fin de sa vie, il se condamnait et continuait sa vie d'hésychia.

Le Seigneur n'a pas voulu que son champion spirituel demeurât inconnu du monde et Il lui envoya quelques moines aimant Dieu. Quand ils furent arrivés, ils l'implorèrent de les accepter et de leur enseigner la vie ascétique. Comme il savait que sa mort approchait, il les accepta avec joie et leur donna la bénédiction de vivre dans les falaises au-dessous de sa caverne. Il leur demanda de lui creuser une tombe dans le roc à l'intérieur de sa caverne pour y enterrer son corps après sa mort. Cédant à leur demande, le saint ancien leur raconta alors l'histoire de sa vie et de ses combats.

Bientôt, du fait de la faiblesse humaine, le saint tomba malade. Comme il participait, pour la dernière fois, des Mystères divins et vivifiants du Christ, il s'exclama : "Gloire à Dieu pour toutes choses." Il poursuivit en une prière fervente : "Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, accueille mon âme en paix. Donne-moi grâce et force afin que mon âme qui s'élève dans les airs grâce à l'aide et la protection de tes saints anges, passe sans obstacle et sans danger à travers les barrages des démons malins. Puissé-je être conduit par tes saints anges au lieu où je me prosternerai devant Toi, mon Dieu. Dans ta grande Pitié, donne-moi de recevoir la récompense de ta Main sans être jugé pour mes actes pécheurs." Le serviteur de Dieu donna alors un dernier baiser de paix aux frères, remettant son âme avec calme dans les Mains du Seigneur qu'il aimait depuis son enfance et qu'il avait servi vaillamment dans l'ascèse jusqu'à son âge avancé. Il s'endormit dans le Seigneur le 5 juin 1270 (ou 1275).

La nuit de son trépas, les frères avaient vu la lumière d'innombrables chandelles qui illuminaient sa caverne et entendu le chant de choeurs angéliques. Ils trouvèrent son corps le lendemain matin, enveloppé dans sa chemise de crin et reposant dans la tombe rocheuse. Son visage rayonnait d'une lumière céleste et la caverne était remplie d'un parfum qui embaumait. Bientôt, le Seigneur glorifia ses reliques, les enrichissant d'un pouvoir miraculeux et d'une douce fragrance. C'est pourquoi beaucoup de croyants viennent à ces reliques et reçoivent, par la foi, guérisons et consolation.

Au milieu du 14e siècle, le roi Douchane de Serbie construisit une église sur les reliques miraculeuses de saint Pierre et pendant quelque temps l'église dépendait du monastère Chilandar du Mont Athos. Une partie des reliques du saint fut emmenée à Constantinople et à d'autres endroits. A la fin du 16e siècle, les saintes reliques étant en danger de la part des Turcs musulmans qui occupaient le pays, les moines de Koricha les prirent pour les cacher dans l'église rupestre Saint-Michel du monastère de Crna Reka (Rivière Noire), à 200 km de là, où elles sont conservées encore aujourd'hui. (Des pèlerins orthodoxes de tous les pays viennent prier saint Pierre. Ils obtiennent des guérisons corporelles et spirituelles par ses prières et ses reliques miraculeuses odorantes.)

Par les prières de notre bienheureux père Pierre de Koricha, puisse le Seigneur avoir pitié de nous et nous sauver, car Il est l'Ami de l'homme.

 

Tropaire, mode 1 :

Citoyen du désert et ange dans la chair, tu es devenu thaumaturge, ô notre père Pierre. Par les jeûnes et par les veilles et par les prières, tu a reçu les dons célestes pour guérir les malades et les âmes de ceux qui, avec foi, ont recours à toi. Gloire à Celui qui t'a couronné, Gloire à Celui qui t'a fortifié, Gloire à Celui qui par toi opère en tous la guérison.

Kondakion, mode 6 :

Ayant fui la compagnie des hommes, tu vécus dans des cavernes rocheuses et des falaises. Tu fus rempli du désir divin et de l'amour pour ton Seigneur, ô Pierre, de qui tu reçus la couronne. Prie sans cesse pour que nos âmes puissent être sauvées.

 

Écrit par l'hiéromoine Joachim Ross, Protection of the Theotokos Skete,

P.O. Box 6 Marulan NSW 2579, Australia

Question 208  : Est-il à propos de garder toujours le silence ?

R. : L'opportunité du silence dépend, nous enseigne l'Écriture inspirée, des circonstances et des personnes.
Des circonstances, comme lorsqu'elle dit : "L'homme prudent se tait lorsque le moment n'est pas propice" (Amos 5,13), ou : "J'ai mis une garde à ma bouche tant que le méchant est devant moi" (Ps 38,2).
Des personnes, comme lorsque l'Apôtre écrit : "Si l'esprit se manifeste à un des assistants, que le premier se taise" (1 Cor 14,30), et : "Que vos femmes se taisent pendant les assemblées" (1 Cor 14,34).
Lorsque certains parlent inconsidérément et sont incapables d'observer la recommandation de l'Apôtre : "Ne laissez sortir de votre bouche aucune parole mauvaise, mais seulement une bonne, capable d'édifier" (Eph 4,29), alors il est aussi nécessaire à ceux-là de garder un silence parfait, jusqu'à ce qu'ils soient guéris, grâce à lui, de leur intempérante loquacité. Ils apprendront ainsi, par l'abstention, à reconnaître quand, comment et de quoi parler "afin de faire du bien à ceux qui entendent" (Eph 4,29).
saint Basile le Grand (Petites règles)

LA TRANSMISSION DE LA RÉVÉLATION DIVINE

PAR LA TRADITION, LES ÉCRITURES ET L'ÉGLISE

La révélation a été faite pour la rédemption de tous les peuples et elle doit rester toujours intègre et elle le restera pour toutes les générations.

Après que Dieu a prêché l'évangile, Il a ordonné aux saints apôtres de prêcher à tous les hommes, comme une source de la vérité- salutaire et comme des règles morales. Les saints missionnaires ont accompli avec fidélité la mission par leur parole,

par le modèle de leur vie, par les institutions qu'il faut fonder. Ils ont propagé l'évangile oralement par les conversations avec le Christ et par ses actes. Sous l'inspiration de l'Esprit saint, les saints apôtres et leurs successeurs ont consigné par écrit le message du salut.

Les apôtres ont laissé comme successeurs les évêques qui maintiennent intacte et vivant l'évangile dans l'Église. Les personnes inspirées maintiennent avec sainteté la tradition oralement ou en écrit.

Au cours du temps, la science s'est développée grâce aux recherches de ceux qui connaissent les lois qui gouvernent l'univers. Aussi, I'Église est plus consciente par les richesses de dépot-révélé. La connaissance des choses et des paroles communiquées se développe par l'étude des personnes inspirées.

Avant de mourir, le Christ disait aux apôtres qu'ils ne peuvent pas comprendre ses paroles jusqu'à l'arrivé de l'Esprit de Vérité

Dans l'Église n'existe pas de rupture avec le passé. Ici subsiste une continuité et une unité intérieure vitale.

Le Christ a comparé le règne de Dieu à un grain de moutarde qui pousse de façon ininterrompue et qui devient un arbre.

I'Église va en avant vers la plénitude divine de la vérité jusqu'à l'accomplissement des paroles de Dieu.

La Tradition et les Écritures sont liées et elles communiquent directement, elles dérivent de la même source qui est la parole du Dieu.

Les saintes Écritures représentent les paroles du Dieu écrit sous l'inspiration de l'Esprit saint et de la sainte Tradition, confiés aux générations futures.

La Tradition, les Écritures et l'Église, par les paroles de Dieu, sont solidaires. Toutes contribuent sous l'inspiration de l'Esprit saint avec une grande efficacité au salut des âmes.

 

Père Olivian Pop


LA VIE DE SAINT ÉTIENNE DE DECANI

par Cosmas Vassilopoulos, du monastère orthodoxe Saint-Michel, à Sidney

 

Saint Étienne de Decani est un des saints les plus connus de l'Église orthodoxe serbe. Par ses saintes reliques incorrompues, Dieu accomplit de nombreux miracles.

Aujourd'hui, le peuple serbe, endurant d'autres tribulations en ouvrant un nouveau chapitre de son histoire, ferait bien de se rappeler le caractère exemplaire de son roi martyr Étienne Uros III (de Decani).

Il était le fils aîné du pieux roi Miloutine (Étienne Uros II) et de sa femme, Élisabeth, princesse hongroise. Vivant à la cour de ses parents, le futur héritier reçut une bonne éducation, son esprit fut exercé à l'étude de la langue et de la littérature de son peuple, son coeur fortifié par l'étude de l'Écriture sainte et des doctrines de la foi orthodoxe.

La grande valeur de son instruction se révéla lorsque le roi Miloutine fut contraint de l'envoyer en otage au chef tartare Nogyi. En dépit des dangers potentiels, Étienne obéit à la volonté de son père et ne résista pas, confiant sa vie au Seigneur. Et son espérance ne fut pas vaine. Bientôt, il se lia d'amitié avec un noble Tartare qui l'aida avec succès à retourner chez lui sain et sauf.

Quand Étienne en eut l'âge, ses parents arrangèrent pour lui un mariage avec la fille du roi bulgare Smilatz, et les jeunes mariés reçurent la terre de Zeta où ils s'installèrent en attendant qu'Étienne soit appelé à succéder à son père sur le trône. Pendant ce temps, le roi Miloutine se remaria et sa seconde femme, Simonide, complota afin d'obtenir que leur fils Constantin hérite du trône. Elle convainquit Miloutine qu'Étienne voulait s'emparer prématurément du trône, et Miloutine, induit en erreur, ordonna d'arrêter son fils, de lui crever les yeux pour s'assurer qu'il n'envisage plus jamais une telle trahison, et de l'envoyer captif à Constantinople.

Le prince fut capturé en compagnie de ses enfants Douchane et Douchica, et pendant qu'ils passaient par Ovcepole (Pré aux moutons), les gardes se saisirent de tisons rougis au feu et lui crevèrent les yeux. Cette nuit-là, saint Nicolas apparut à Étienne dans un rêve et lui dit : "Ne crains rien, tes yeux sont dans mes mains." Grandement réconforté par cette vision, Étienne, aveugle, arriva à Constantinople. L'empereur Andronique eut pitié du jeune exilé et le reçut avec gentillesse. Il l'installa bientôt au monastère du Pantocrator où tous les moines furent impressionnés de sa douceur et de sa longanimité à accepter l'amère épreuve infligée par son propre père.

Cinq années s'écoulèrent. Le roi Miloutine vieillissait. Les éloges concernant son fils, qui parvinrent à ses oreilles attendrirent son coeur, et il rappela Étienne chez lui en Serbie. Avant de quitter Constantinople, Étienne fit un rêve au cours duquel saint Nicolas lui apparut une seconde fois, tenant dans sa main une paire d'yeux. Lorsqu'il se réveilla, sa vue lui était rendue.

Trois ans plus tard, son père mourut et Étienne, toujours aimé du peuple, fut couronné roi de Serbie par le saint archevêque Nicodim, dans l'église de Pec. Son demi-frère, Constantin, déplora la tournure que prirent les événements et leva une armée afin de déposséder Étienne du trône par la force. Voulant éviter le carnage, le roi Étienne adressa une lettre à Constantin : "Éloigne de toi le désir de venir avec un peuple étranger faire la guerre à tes propres compatriotes; accordons-nous plutôt et tu seras le second dans mon royaume, puisque la terre est assez grande pour que nous y vivions tous les deux. Je ne suis pas Caïn qui tua son frère, mais Joseph qui l'aimait et je te parle avec ses mots. Ne crains rien, car j'appartiens au Seigneur. Tu me voulais du mal, mais le Seigneur m'a inspiré en bien, comme tu le vois maintenant.

Constantin ne se laissa pas toucher et donna l'ordre de l'assaut. Dans la bataille qui s'ensuivit, son armée fut vaincue et lui-même tué. Pendant les dix années suivantes, le règne du roi Étienne fut relativement paisible et le pays de la Serbie prospéra. Son fils Douchane s'avéra un chef militaire capable et fut victorieux dans les batailles contre les Bulgares et les Grecs qui, envieux de la montée en puissance de l'état serbe, se soulevèrent contre lui. Le roi Étienne, voulant rendre grâce au Seigneur pour ces victoires, entreprit, avec l'archevêque Daniel, successeur de Nicodim, de trouver un endroit pour construire une église. Ils choisirent un lieu nommé Decani, et là, en 1327, le roi Étienne lui-même posa la première pierre de ce qui devait devenir un des exemples les plus magnifiques et les plus anciens de l'architecture religieuse serbe. A l'intérieur, elle fut ornée de splendides icônes auxquelles s'en ajoutèrent d'autres au XVIe siècle, de la main du célèbre iconographe slave, Longinos.

Saint Étienne donnait généreusement aux nécessiteux . Il faisait aussi des donations libérales aux églises et monastères de la Sainte Montagne, à Jérusalem, à Alexandrie et au monastère de Pantocrator à Constantinople. Il n'oublia pas non plus sa dette à Nicolas le thaumaturge : il commanda un autel en argent et l'envoya, en compagnie de quelques icônes, à l'église de Bari en Italie où se trouvaient les précieuses reliques du saint. Ayant enduré, d'une manière chrétienne, les pénibles épreuves et afflictions rencontrées au cours de sa vie, le bon roi mérita de vivre le reste de sa vie en paix. Mais il convenait qu'à celui qui souffrit comme martyr pendant sa vie, il fût accordé une occasion de recevoir, à sa mort, la couronne du martyre. Sa dernière épreuve fut la plus terrible.

Les succès de Douchane au champ de bataille lui donnèrent la soif du pouvoir et de la gloire, et, encouragé par son entourage de nobles, il décida de hâter la mort de son père. En 1331, saint Étienne fut fait prisonnier dans une forteresse de la ville de Zvecan et cruellement assassiné (selon certains récits, il fut pendu, selon un autre, noyé).

Presque immédiatement, Douchane fut frappé par le remords. Il se repentit de sa trahison avec amertume et larmes et l'année suivante, à la fête des saints apôtres Pierre et Paul, il fit transférer les reliques de son père de Zvecan à Decani, où elles furent placées dans un tombeau en marbre. En 1339, le tombeau fut ouvert et l'on trouva le corps incorrompu. Le même jour, on y vit beaucoup de miracles de guérison. Le saint roi guérissait tout particulièrement les maladies des yeux et, près de ses reliques, des aveugles recouvraient la vue.


LES ÉLUS DE DIEU

Les anges sont les élus, les représentants de Dieu. Ils ont un esprit et une âme, mais pas de corps. Lors de leurs apparitions, ils se présentent jeunes (signe d'innocence) et ailés (signe d'agilité et d'immatérialité).

Dieu a créé une multitude d'anges. Ils ont des ordres différents : anges, archanges, trônes, dominations, chérubins, séraphins, etc.

Il y a également des anges déchus qui ont transgressé l'ordre de Dieu. Ils furent précipités sur terre et l'enfer leur est réservé. On les appelle démons ou diables. Satan en est le principal.

Ils sont enclins au mal et nous tentent sans pourtant pouvoir nous forcer au péché. Dans la prière, nous supplions : "et ne nous soumets pas à la tentation mais délivre nous du malin."

Les anges bons nous aiment, nous protègent et veillent sur nous. Ils supplient sans cesse pour notre salut et nous encouragent à faire le bien. Ce sont les anges gardiens.

Après les anges, ces sont les hommes qui sont les élus de Dieu. L'homme est entre l'ange et l'animal et participe aux deux : de l'animal, il a le corps et de l'ange l'esprit ainsi que la liberté de choisir entre le bien et le mal. L'homme est fait à l'image de Dieu. Les premiers hommes, Adam et Eve furent créés purs et sans péché, jouissant de la béatitude et appelés à l'union avec Dieu en quoi consiste la sainteté. Ils étaient exemptés de la souffrance et de la mort qui sont la conséquence du péché.

Le péché nous fait perdre l'élection divine et nous associe au diable. La vie selon Dieu nous rend égaux aux bons anges.

père Olivian Pop

UNE OUVERTURE SUR LE MONDE
Editions L'Age d'Homme
Passant outre la charte de l'ONU, toutes les conventions et les principes du droit international, les États-Unis et leurs alliés ont agressé, le 24 mars 1999, un petit pays d'Europe. Jamais dans l'histoire du monde une telle quantité de moyens de destruction, de propagande, de pression psychologique et politique n'a été concentrée sur un objectif aussi restreint.
L'opération devait être "chirurgicale" et durer quelques jours. Fondée sur des calculs erronés, elle tourna à la vindicte. Sous un prétexte humanitaire et sous la bannière des droits de l'homme, l'OTAN s'acharna sur les populations civiles de Yougoslavie et les infrastructures vitales du pays, finissant par avouer que les souffrances des innocents étaient bien une de ses armes de guerre. Dix millions de citoyens furent donc pris en otages pour faire plier leur gouvernement. Si un tel crime a pu être perpétré avec une telle absence de scrupules, c'est qu'il est l'aboutissement d'une campagne de déshumanisation orchestrée depuis dix ans contre le peuple serbe. Depuis le début des crises yougoslaves, les Serbes ont été accusés de tous les méfaits, mais n'ont eu, aux yeux du monde occidental, aucun droit à faire valoir. En plus des bombes, les Serbes sont aujourd.hui confrontés à un véritable lynchage médiatique de la part de la plus puissante usine à mensonges jamais conçue, obéissant aux intérêts de Washington.
Néanmoins, pour la quatrième fois en ce siècle, le peuple serbe a accepté, au nom de son honneur et de sa liberté, de tenir tête, seul, à un empire surpuissant. Quelle que soit l'issue de cette confrontation, le 24 mars 1999 demeurera, à n'en pas douter, une date importante de l'histoire européenne.

LE PAPISME COMME LE PLUS ANCIEN PROTESTANTISME

par le père Justin (Popovitch)

Dans l'Occident européen, le christianisme s'est progressivement transformé en humanisme. Depuis longtemps et laborieusement, le Dieu-Homme s'y amoindrit, fut changé, rétréci, et finalement réduit à un simple homme : à l'homme infaillible de Rome, puis à l'homme également "infaillible" de Londres et de Berlin. C'est ainsi que le papisme est venu à l'être, ôtant tout au Christ, ensemble avec le protestantisme, qui demande le minimum au Christ, et souvent rien du tout. Dans le papisme comme dans le protestantisme, l'homme fut substitué au Dieu-Homme, comme la plus haute valeur et le plus grand critère. Une correction douloureuse et triste de l'oeuvre et de l'enseignement du Dieu-Homme fut accomplie. Fermement et obstinément, le papisme a essayé de substituer l'homme au Dieu-Homme, jusqu'à ce que, dans le dogme de l'infaillibilité du pape - un Homme, le Dieu-Homme fût, une fois pour toutes, remplacé par l'homme éphémère "infaillible"; car, avec ce dogme, le pape fut définitivement et clairement déclaré comme quelque chose de plus haut que non seulement l'homme, mais les saints apôtres, les saints pères et les conciles oecuméniques. Par cette sorte d'éloignement du Dieu-Homme, de l'Église universelle en tant qu'organisme théandrique1, le papisme a surpassé Luther, le fondateur du protestantisme. Ainsi, la première protestation, au nom de l'humanisme, contre le Dieu-Homme Christ et son organisme théandrique2, - l'Église - doit être cherchée dans le papisme et non dans le luthéranisme. Le papisme est en fait le premier, le plus ancien protestantisme.

Nous ne devons pas faire cela. Le papisme est en effet le protestantisme le plus radical, puisqu'il a transféré le fondement du christianisme du Dieu-Homme éternel à l'homme. Et il a proclamé cela comme le dogme suprême, ce qui veut dire la valeur suprême, la suprême mesure de tous êtres et toutes choses au monde. Et les protestants ont tout simplement accepté ce dogme en son essence et l'ont élaboré en ampleur et détail terrifiants. Essentiellement, le protestantisme n'est rien d'autre qu'un papisme généralement appliqué. Dans le protestantisme, en effet, c'est le principe fondamental du papisme qui est exercé par chaque individu humain. D'après l'exemple de l'homme infaillible de Rome, chaque protestant est un homme infaillible cloné, puisqu'il prétend à l'infaillibilité personnelle en matière de foi. On peut dire le protestantisme est un papisme vulgarisé, sauf qu'il est dépourvu de mystère (c'est-à-dire de sacramentalité), d'autorité et de pouvoir.

Par la réduction du christianisme, de tout son caractère théandrique3, à l'homme, le christianisme occidental s'est transformé en humanisme. Cela peut paraître paradoxal, mais c'est vrai dans sa réalité historique irrésistible et ineffaçable. Parce que le christianisme occidental est, dans son essence, le plus impérieux des humanismes; et parce qu'il a proclamé l'homme infaillible et a transformé la religion du Dieu-Homme en une religion humaniste. Et que c'est comme cela est montré par le fait que le Dieu-Homme a été exilé aux cieux, tandis que sa place sur terre a été occupée par son substitut, le Vicarius Christi - le pape. Quelle tragique irrationnalité : établir un remplaçant pour le Seigneur omniprésent, le Christ-Dieu ! Mais cette irrationnalité a eu son incarnation dans le christianisme occidental : l'Église est devenue un état, le pape un gouverneur, des évêques ont été proclamés princes, des prêtres sont devenus dirigeants de partis cléricaux, les fidèles furent proclamés sujets du pape. L'évangile a été remplacé par la compilation de loi canon du Vatican; l'éthique évangélique et les méthodes d'amour par la casuistique, le jésuitisme et la "sainte" Inquisition. Que signifie tout cela ? L'enlèvement systématique de tout ce qui ne se prosterne pas devant le pape, des conversions forcées à la foi papale, le bûcher pour les pêcheurs &emdash;tout cela pour la Gloire du doux et humble Seigneur Jésus!

Il n'y a pas de doute que tous ces faits convergent vers une conclusion d'une logique irrésistible : en Occident, il n'y a ni Église ni Dieu-Homme, et pour cette raison, il n'y a pas de vraie société théandrique dans laquelle les hommes sont des frères mortels et des compagnons immortels. Le christianisme humaniste est en fait la protestation et le soulèvement les plus décisifs contre le Dieu-Homme Christ et toutes les valeurs et normes théandriques de l'évangile. Et même ici la tendance préférée de l'homme européen à réduire tout à l'homme comme valeur et mesure fondamentales est évidente. Et derrière cela se tient une idole : Menschliches Allzumenschliches. Avec sa réduction à l'humanisme, le christianisme a été, certes, simplifié, mais en même temps aussi - détruit ! Maintenant que le "gleischaltung" du christianisme avec l'humanisme a été accompli, certains cherchent à revenir au Christ Dieu-Homme. Cependant, les cris des individus dans le monde protestant - "Zurück zum Jesus! Retour à Jésus!" - sont des cris vides dans la nuit ténébreuse du christianisme humaniste qui a abandonné les valeurs et mesures du Dieu-Homme et suffoque maintenant de désespoir et d'impuissance. Pendant que des profondeurs des siècles passés résonnent les paroles amères du mélancolique prophète de Dieu, Jérémie : "Maudit soit l'homme qui met sa confiance dans l'homme !╔"

Dans une perspective historique plus large, le dogme occidental concernant l'infaillibilité humaine n'est rien d'autre qu'une tentative de faire revivre et immortaliser l'humanisme mourant. C'est la dernière transformation et la glorification finale de l'humanisme. Après le siècle des Lumières rationaliste du 18e siècle et le positivisme étroit du 19e siècle, rien d'autre ne restait à l'humanisme européen qu'à se désagréger dans sa propre impuissance et ses contradictions. Mais à ce moment tragique, l'humanisme religieux, venu à son secours avec son dogme de l'infaillibilité humaine, l'a sauvé d'une mort imminente. Et, bien que dogmatisé, l'humanisme chrétien occidental ne pouvait pas s'empêcher d'absorber toutes les contradictions fatales de l'humanisme européen qui sont unies en un unique désir, celui d'exiler le Dieu-Homme de la terre. Car la chose la plus importante pour l'humanisme est que l'homme soit la valeur et la mesure la plus haute. L'homme, pas le Dieu-Homme.

Selon notre propre sentiment orthodoxe, le christianisme n'est le christianisme que par le Dieu-Homme, par son idéologie et ses méthodes théandriques. C'est la vérité fondamentale à laquelle on ne peut faire aucune concession. Ce n'est que en tant que Dieu-Homme que le Christ est la valeur et la mesure la plus haute. On doit être conséquent jusqu'au bout : si le Christ n'est pas le Dieu-Homme, alors il est le plus effronté des escrocs, puisqu'Il S'est proclamé Dieu et Seigneur. Mais la réalité historique de l'évangile montre de façon irréfutable que Jésus Christ est en tout le parfait Dieu-Homme. On ne peut donc pas être chrétien sans la foi en Christ comme Dieu-Homme et en l'Église comme son Corps théandrique en lequel Il laissa toute sa Personne miraculeuse. Le pouvoir salutaire et vivifiant de l'Église du Christ réside en la Personne éternelle et omniprésente du Dieu-Homme. Toute substitution du Dieu-Homme par un homme et tout passage au crible du christianisme dans le but d'en prendre seulement ce qui agrée la préférence et la raison individuelles d'un homme, transforme le christianisme en humanisme superficiel et impuissant.

L'intérêt extraordinaire du christianisme réside en sa théandrie vivifiante et inchangeable par laquelle il modèle l'humanité entière, l'amenant des ténèbres du non-être à la Lumière du "pan-être". C'est seulement par son pouvoir théandrique que le christianisme est le sel de la terre, le sel qui préserve l'homme de la pourriture dans le péché et le mal. S'il se dissout dans divers humanismes, le christianisme devient insipide, devient un sel qui "ne sert plus qu'à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes".

Toute tendance ou tentative d'une adaption du christianisme avec l'esprit des temps, avec des mouvements et régimes éphémères de certaines périodes historiques, lui ôte cette valeur spécifique qui le rend l'unique religion théandrique du monde. Dans la philosophie orthodoxe de la société, la règle au-dessus de toutes les règles est celle-ci : ne conformez pas le Christ Dieu-Homme à l'esprit des temps, mais conformez plutôt l'esprit des temps à l'esprit éternel du Christ - à la théandrie du Christ. C'est seulement de cette façon que l'Église peut garder la Personne vivifiante et irremplaçable du Christ Dieu-Homme et rester une société théandrique dans laquelle les hommes sont frères et vivent avec l'aide de l'Amour et de la Justice divins, la prière et le jeûne, la douceur et l'humilité, la bonté, la sagesse, la charité et la foi, l'amour de Dieu et l'amour de son frère et toutes les autres vertus évangéliques.

Selon la philosophie théandrique de la vie et du monde, l'homme, la société, la nation et l'état doivent se conformer à l'Église comme à l'idéal éternel, mais l'Église ne doit jamais se conformer à eux - encore moins se soumettre à eux. Une nation n'a une vraie valeur que dans la mesure où elle vit les vertus évangéliques et incarne dans son histoire les valeurs théandriques. Ce qui s'applique à la nation s'applique aussi à l'état. Le but de la nation comme un tout est le même que le but de l'individu : celui d'incarner en soi la justice, l'amour, la sainteté évangéliques; devenir un "peuple saint" - le "peuple de Dieu" - qui proclame dans son histoire les valeurs et vertus divines (1 Pierre 2,9-10; 1,15-16).

Ils nous demanderont : Où sont les fruits concrets de cette société théandrique ? Comment se fait-il que c'est justement sur le terrain d'influence orthodoxe qu'apparut "le sécularisme le plus radical de l'histoire de l'humanité" (Joseph Piper) ? N'existe-t-il pas aussi un "humanisme" oriental (le césaro-papisme par exemple etc.) ? Le succès de l'humanisme social athée sur le sol de l'orthodoxie : n'est-ce pas une preuve de "l'incapacité de l'orthodoxie" de résoudre les problèmes sociaux les plus élémentaires ?

C'est un fait que ce monde gît dans le mal et le péché. La réduction de tout à l'homme est en fait l'atmosphère dans laquelle la nature humaine pécheresse et l'homme en général - où qu'il habite - vit et respire, et vers laquelle ils tendent. Il n'est donc pas étonnant que les flots du péché, exactement comme la marée des poisons européens pseudo-chrétiens, inondent aussi de temps en temps les peuples orthodoxes. Cependant, une chose est sûre : l'orthodoxie n'a jamais fait un dogme ecclésiologique d'un quelconque humanisme, qu'il s'agisse du césaro-papisme ou de n'importe quel autre "isme". Par la force de sa théandrie authentique et incorrompue et sa justice évangélique, ainsi que par son incessant appel au repentir concernant tout ce qui n'est pas du Dieu-Homme, elle a préservé, par la Puissance du saint Esprit, la sagesse et la pureté de son coeur et de son âme. Ainsi, elle est restée et continue à être le "sel" de la terre, de l'homme et de la société. La tragédie du christianisme occidental, en revanche, réside précisément dans le fait qu'il a tenté - soit en corrigeant l'image du Dieu-Homme, soit en Le niant - d'introduire de nouveau l'humanisme démoniaque si caractéristique de la nature humaine pécheresse. Où ? Dans le coeur même de l'organisme théandrique - l'Église, dont l'essence réside précisément dans la libération de l'homme de sa nature pécheresse. Et par là, dans tous les domaines de la vie, de la personne et de la société, le proclamant comme le suprême dogme, le dogme universel. Avec cela, l'orgueil intellectuel démoniaque de l'homme, caché sous le manteau de l'Église, devient le dogme d'une foi sans laquelle il n'y a pas de salut. Il est horrible de le penser, sans parler de le dire : avec cela, le seul "atelier de salut" et la progression graduelle vers la théandrie dans ce monde est graduellement tourné en un "atelier" démoniaque de violation de la conscience et de déshumanisation ! Un atelier pour défigurer Dieu et l'homme par la défiguration du Dieu-Homme !

L'Église orthodoxe n'a jamais proclamé ni poison, ni péché, ni humanisme, ni aucun système social terrestre comme dogme - ni par les conciles, ni par le "Corps" de l'Église oecuménique. Alors que l'Occident, hélas, ne fait rien d'autre que cela. La dernière preuve : le concile Vatican II.

La foi orthodoxe : en elle, la repentance est une sainte vertu nécessaire; et elle appelle toujours à la repentance. En Occident : la foi pseudo-chrétienne en l'homme n'appelle pas à la repentance; au contraire, elle oblige "cléricalement" le maintien de son auto-idolâtrie fatale à l'homme, ses humanismes, infaillibilités, hérésies pseudo-chrétiens et elle considère fièrement que ce ne sont en aucun cas des choses dont on doit se repentir.

L'humanisme social athée contemporain - idéologiquement et méthodologiquement - est en tout un fruit et une invention de l'Europe pseudo-chrétiennne, mariée à notre état pécheur. Ils nous demandent : comment est-il arrivé sur le sol orthodoxe ? C'est Dieu qui éprouve l'endurance des justes, visitant les enfants pour les péchés de leurs pères et annonçant la force de son Église en la menant par le feu et par l'eau. Parce que, selon les paroles du sage-en-Dieu Macaire d'Égypte, c'est la seule voie du vrai christianisme : "Là où est l'Esprit saint, il est suivi, comme d'une ombre, de la persécution et du combat╔ il est nécessaire que la vérité soit persécutée.

Quels sont, d'un autre côté, les fruits de la société théandrique4 (l'Église) ? - saints, martyrs et confesseurs. C'est son but, son sens et son dessein, c'est la preuve de sa force indestructible. Non pas des livres, des bibliothèques, des systèmes et des cités - toutes choses qui sont ici aujourd'hui, mais passées demain. Les divers humanismes pseudo-chrétiens remplissent le monde de livres, tandis que l'orthodoxie le remplit d'hommes sanctifiés.

Des milliers et des centaines de milliers de martyrs et de nouveaux martyrs, tombés pour la foi orthodoxe - voilà les fruits de la société théandrique. C'est ainsi que le célèbre catholique romain, François Mauriac, ne voit, sur l'horizon ténébreux du monde contemporain enfoncé chaque jour un peu plus dans l'auto-idolâtrie née en Europe et destructrice des âmes, qu'un seul point lumineux qui donne de l'espoir à l'avenir de ce monde : la foi baignée dans le sang des martyrs et nouveaux martyrs. La foi orthodoxe.

Mais en Occident ? Ils ne connaissent ni la voie, ni l'Église, ni le chemin pour sortir du désespoir; tout est plongé dans l'idolâtrie destructrice des âmes, dans l'amour du plaisir, dans l'amour de soi et l'amour de la convoitise. C'est de là qu'en Europe nous voyons la renaissance du polythéisme. Les "faux-Christs", faux-dieux qui ont inondé l'Europe et en sont exportés à toutes les places de marché du monde, ont pour leur principale caractéristique de tuer l'âme dans l'homme - l'unique trésor de l'homme dans tous les mondes, et de cette façon, rendre impossible l'éventualité même d'une société authentique

En écrivant ceci, nous n'écrivons pas l'histoire de l'Europe, ses vertus et ses défauts, ni l'histoire des pseudo-Églises européennes. Nous ne faisons que démontrer son ontologie, descendant dans l'abîme de l'orgueil intellectuel européen, dans ses souterrains démoniaques où se trouvent ses source noires dont l'eau risque d'empoisonner le monde. Ce n'est pas un jugement de l'Europe, mais un appel priant, venant du coeur, un appel à la voie unique du salut, par la repentance.

 


LETTRE DE BARNABÉ

(suite et fin)

11. Et de même Isaïe :

"Le Seigneur a dit à son Oint, mon Seigneur,

Qu'il a pris par la main droite,

Pour abattre devant lui les nations

Et briser la puissance des rois" (Is 45,1).

Voilà comment "David l'appelle mon Seigneur", et non pas mon fils (Mc 12,37; Mt 22,45; Lc 20,44).

XIII, 1. Voyons maintenant à qui est l'héritage : au peuple que nous sommes, ou bien au précédent; et à qui s'adresse l'alliance, à nous ou à eux ? 2. Écoutez donc ce que dit l'Écriture au sujet du peuple : "Isaac implora le Seigneur pour sa femme, car elle était stérile " (Gn, 25,21). Ensuite : "Rebecca alla consulter le Seigneur, et le Seigneur lui dit : Deux nations sont dans ton sein, deux peuples dans tes entrailles, un peuple dominera l'autre, l'aîné servira le cadet " (Gn 25,22-23 ; cf. Rm 9,10-12). 3. Vous devez saisir qui est Isaac, qui est Rebecca, et de quel peuple il est déclaré qu'il est plus grand que l'autre.

4. Dans une autre prophétie, Jacob éclaire encore ce point, lorsqu'il dit à Joseph : "Voici que le Seigneur ne m'a pas privé de ta présence, conduis-moi tes fils, que je les bénisse" (Gn 48, 11,9) 5. Et Joseph lui conduisit Éphraïm et Manassé, pour qu'il bénisse Manassé qui était l'aîné. Joseph le conduisit donc à la droite de son père.. Mais Jacob vit là, en esprit, la figure du peuple à venir. Qu'est-il écrit ? "Jacob croisa ses mains et posa sa droite sur la tête d'Éphraïm, le puîné et le plus jeune, et il le bénit. Joseph dit alors à Jacob : Remets donc ta main droite sur la tête de Manassé, car c'est lui mon fils premier-né. Et Jacob dit à Joseph : Je sais, mon fils, je sais. Mais le plus grand servira le plus petit, et c'est le plus petit qui sera béni" (Gn. 48,14,18,19).

6. Voyez à qui Jacob a décidé que serait la prédominance, et l'héritage de l'alliance. 7. Si Abraham lui-même a fait mention de ce fait, notre connaissance en sera parfaite. Or, qu'est-ce que Dieu dit à Abraham, lorsqu'il fut le seul à croire, et que sa foi lui fut imputée à justice ? "Voici, je t'ai appelé Abraham, et t'ai établi père des peuples incirconcis qui croient à Dieu" (Gn 17,5 ; cf. Rm 4,11s).

XIV, 1. Bien, voyons maintenant si l'alliance qu'il avait juré à leurs pères de donner à ce peuple, lui fut vraiment donnée. Elle leur fut donnée. Mais ils n'en ont pas été dignes à cause de leurs péchés. 2. Le prophète dit, en effet : "Moïse sur le mont Sinaï jeûna quarante jours et quarante nuits afin de recevoir l'alliance du Seigneur avec son peuple, et Moïse reçut du Seigneur deux tables écrites en esprit, du doigt de la main du Seigneur" (cf. Ex 24,18; 31,18). Les ayant donc en main il les portait au peuple pour les leur remettre, 3. Lorsque le Seigneur lui dit : "Moïse, Moïse, descends au plus vite, car ton peuple, que tu as ramené d'Égypte, a péché." Moïse comprit qu'ils s'étaient encore fabriqué des idoles et il jeta les Tables de ses mains; c'est ainsi que furent brisées les Tables de l'alliance du Seigneur (cf. Ex 32,7-19; Dt 9,12-17). 4. Moïse avait donc reçu l'alliance, mais eux, les Juifs, n'en étaient pas dignes. Apprenez comment c'est nous qui avons reçu l'alliance. Moïse l'avait reçue comme un serviteur, mais le Seigneur lui-même nous l'a donnée comme à un peuple d'héritiers, après avoir souffert pour nous. 5. Il est apparu à la fois pour permettre aux Juifs de pousser jusqu'au bout leurs péchés, et à nous-mêmes de recevoir l'alliance par l'intermédiaire de l'héritier, le Seigneur Jésus.

Son avènement avait été préparé, afin que par lui nos âmes, déjà atteintes par la mort et livrées aux égarements du péché fussent délivrées de leurs ténèbres et que l'alliance fût établie avec nous par sa parole. 6. L'Écriture explique, en effet, comment le Père lui commande de nous délivrer des ténèbres, et de se préparer un peuple saint.

7. Or, le prophète dit : "Moi, le Seigneur ton Dieu, je t'ai appelé dans la justice. Je te prendrai par la main et je te fortifierai. Je t'ai désigné comme alliance du peuple, lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, faire sortir de prison les captifs, et de leur cachot ceux qui demeurent dans les ténèbres" (Is 42,6-7). Connaissons donc de quel état nous avons été délivrés.

8. Le prophète dit encore : "Voici, j'ai fait de toi la lumière des nations, pour que, par toi, mon salut atteigne aux extrémités de la terre. Ainsi parle le Seigneur, le Dieu qui t'a racheté" (Is 49, 6-7). 9. Et aussi :

"L'Esprit du Seigneur est sur moi

Car il m'a oint

Pour porter la bonne nouvelle de la grâce aux pauvres;

Il m'a envoyé panser les coeurs meurtris,

Annoncer aux prisonniers la liberté,

Le retour de la vue aux aveugles.

Pour annoncer une année agréable au Seigneur,

Et le jour de la rétribution,

Pour consoler tous les affligés" (Is 61,1-2; cf. Lc 4,18-19).

XV, 1. L'Écriture mentionne également le sabbat dans les dix paroles que Dieu dit à Moïse, sur le Mont Sinaï, lui parlant face à face. "Sanctifiez le sabbat du Seigneur avec des mains pures et un coeur pur" (Ex 20,8; Dt 5,12 ; Ps 23,4). 2. Dans un autre endroit : "Si mes fils observent le sabbat, c'est alors que je répandrai sur eux ma miséricorde" (cf. Jr 17,24-25; Ex 31,13-17). 3. Du sabbat, il est fait mention dès le commencement, à la création : "Dieu fit en six jours les oeuvres de ses mains; le septième jour elles étaient achevées; et il chôma le septième jour et le bénit" (Gn. 2,2-3). 4. Faites attention, mes enfants, à ce que signifient ces mots : "Il acheva son oeuvre en six jours." Cela veut dire qu'en six mille ans, le Seigneur achèvera toutes choses, car pour lui un jour signifie mille années. C'est lui-même qui l'atteste par ces mots : "Voici, un jour du Seigneur sera comme mille années" (Ps 89,4; 2 P 3,8). Donc, mes enfants, en six jours, c'est-à-dire en six mille ans, toutes choses auront achevé leur cours. 5. "Il chôma le septième" (Gn. 2,2) veut dire : lorsque son Fils sera venu mettre une fin au temps de l'injustice, juger les impies, métamorphoser le soleil, la lune et les étoiles, alors il chômera pleinement le septième jour. 6. Mais il est encore dit : "Vous le sanctifierez avec des mains pures et un coeur pur" (Ex 20,8; Ps 23,4).

S'il y avait aujourd'hui un homme capable de sanctifier, par la pureté de son coeur, le jour que Dieu a rendu saint, notre erreur serait totale. 7. Mais remarquez-le bien, nous n'entrerons pleinement dans le repos pour le sanctifier, que lorsque nous serons nous-mêmes justifiés ; nous serons en possession de la promesse, lorsqu'il n'y aura plus d'injustice et que le Seigneur aura renouvelé toutes choses. Alors nous pourrons sanctifier le septième jour, ayant été nous-mêmes d'abord sanctifiés

8. Le Seigneur dit enfin aux Juifs : "Je ne supporte pas vos néoménies ni vos sabbats" (Is 1,13). Voyez bien ce qu'il veut dire : ce ne sont pas vos sabbats actuels qui me sont agréables, mais celui que j'ai fait moi-même et dans lequel, mettant toutes choses au repos, j'inaugurerai le huitième jour, c'est-à-dire un univers nouveau. 9. Voilà pourquoi nous célébrons dans l'allégresse le huitième jour celui où Jésus est ressuscité des morts et où, après s'être manifesté, il est monté aux cieux.

XVI, 1. Je veux vous entretenir encore du Temple, de l'erreur de ces malheureux qui mettaient leur espérance dans un édifice, au lieu de la mettre en Dieu leur créateur, sous prétexte que cet édifice était la maison de Dieu. 2. Le culte qu'ils rendaient dans le Temple ne différait pas beaucoup des cultes païens. Mais apprenez en quel terme Dieu récuse ce Temple :

"Qui a mesuré le ciel à l'empan,

Et la terre dans le creux de sa main ?

N'est-ce pas moi, dit le Seigneur ?

Le ciel est mon trône

Et la terre l'escabeau de mes pieds.

Quelle maison pourriez-vous me bâtir,

Et quel lieu assigner à mon repos ?" (Is 40,12; 66,1).

Vous avez reconnu que leur espérance est vaine.

3. Enfin il dit encore : "Voici que ceux-là mêmes qui ont détruit ce Temple, le rebâtiront" (cf. Is 49,17). 4. En effet, par suite de la guerre, le Temple fut détruit par leurs ennemis, et maintenant les serviteurs de ces ennemis le rebâtiront.

5. Il avait été dévoilé aussi que la cité, le Temple et le peuple seraient livrés. "Il arrivera dans les derniers jours, dit l'Écriture, que le Seigneur livrera les brebis de son pâturage, avec leur bercail et leur tour, à la destruction." Et tout s'est passé comme le Seigneur l'avait prédit.

6. Mais recherchons s'il existe encore un temple de Dieu. Il en existe un, oui, mais là où lui-même déclare le bâtir et le restaurer. Il est écrit en effet : "Il arrivera qu'après une semaine un temple de Dieu sera bâti, magnifiquement, au nom du Seigneur" (cf. Dn. 9,24-27). 7. Je vois donc que ce temple existe. Mais comment sera-t-il bâti au nom du Seigneur ? Vous allez l'apprendre. Avant que nous eussions la foi en Dieu, l'intérieur de nos coeurs était corruptible et fragile, vraiment comme une demeure faite te main d'homme; il était rempli d'idolâtrie, habité par les démons, puisque nous faisions tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu. 8. "Mais il sera bâti au nom du Seigneur" (cf. Dn 9,24-27). Faîtes bien attention, que le temple du Seigneur soit magnifiquement rebâti ! Comment ? Vous allez l'apprendre. C'est en recevant la rémission des péchés et en mettant notre espérance en son nom, que nous sommes renouvelés, que nous devenons de nouvelles créatures; et c'est pourquoi Dieu habite réellement en notre intérieur, en nous. 9. Comment cela ? C'est par la parole de foi, qu'il habite en nous, par la vocation de la promesse, par la sagesse de ses volontés, les préceptes de sa doctrine. C'est lui qui prophétise en nous, lui, l'hôte de nos coeurs. C'est lui qui nous ouvre la porte du Temple, à nous qui étions les esclaves de la mort; et cette porte, c'est notre bouche, qu'il ouvre en nous donnant le repentir. C'est ainsi qu'il nous introduit dans le Temple impérissable. 10. Oui, celui qui désire son salut ne regarde pas à l'homme, mais à celui qui habite dans le coeur du prédicateur, qui parle par sa bouche, et il est tout frappé de n'avoir encore jamais entendu les paroles de celui qui parle par la bouche de son apôtre, et de n'avoir jamais même désiré les entendre. Voilà ce que signifie le Temple spirituel bâti pour le Seigneur.

XVII, 1. Je vous ai donné toutes ces explications de mon mieux, aussi simplement que possible, et mon âme espère n'avoir rien omis, dans son zèle, des enseignements qui concernent le salut. 2. Car si je vous écrivais sur des choses présentes ou à venir, vous ne les comprendriez pas, elles qui sont encore à l'état de paraboles. Restons-en donc là pour ce que nous venons de dire.

XVIII, 1. Passons encore à une autre sorte de connaissance et de doctrine. Il y a deux voies, répondant à deux sortes de doctrine et d'autorité : la voie de la lumière et celle des ténèbres. Elles sont bien éloignées l'une de l'autre ! A l'une sont préposés les anges de Dieu, qui conduisent vers la lumière; à l'autre, les anges de Satan. 2. Or, Dieu est le Seigneur depuis l'origine et pour les siècles, et Satan est le prince du temps présent, le temps de l'iniquité.

XIX, 1. Or, voici quel est le chemin de la lumière : si quelqu'un veut, en la suivant, parvenir au but qu'il se propose, il lui faut s'appliquer avec zèle à ses oeuvres. Et nous avons reçu la connaissance de la bonne manière d'emprunter cette route. 2. Aime celui qui t'a fait, crains celui qui t'a formé, honore celui qui t'a racheté de la mort. Sois simple de coeur, riche du saint Esprit. Ne t'attache pas a ceux qui suivent la voie de la mort. Sache haïr tout ce qui déplaît à Dieu, sache haïr toute hypocrisie. N'abandonne pas les commandements du Seigneur. 3. Ne t'élève pas, mais sois humble en toutes choses. Ne t'attribue pas la gloire; ne forme pas de mauvais desseins contre ton prochain, ne laisse pas ton âme s'enfler d'audace. 4. Ne commets ni fornication, ni adultère; ne corromps pas les enfants. Ne te sers pas de la parole, ce don de Dieu, pour dépraver quelqu'un. Ne fais point acception de personnes lorsqu'il s'agit de reprendre les fautes d'autrui. Sois doux, sois paisible, tremble aux paroles que tu entends. Ne garde pas rancune à ton frère. 5. Ne te demande pas avec inquiétude si la parole va s'accomplir ou non. "Tu ne prendras pas en vain le nom du Seigneur" (Dt 5,11). Tu aimeras ton prochain plus que ton âme. Tu ne feras pas mourir l'enfant dans le sein de sa mère, tu ne le feras pas mourir à sa naissance. Tu ne lèveras pas ta main de dessus la tête de ton fils ou de ta fille, mais dès leur enfance, tu leur enseigneras la crainte de Dieu. 6. Ne sois pas envieux des biens de ton prochain; ne sois pas cupide. N'attache pas ton coeur aux orgueilleux, mais fréquente les humbles et les justes. Accueille comme un bien tout ce qui t'arrive, sachant que rien ne se fait sans Dieu. 7. N'aie pas deux pensées, ni deux langages. Car c'est un piège de mort que la duplicité dans le langage. Obéis à tes maîtres comme à l'image de Dieu, dans le respect et la crainte. Ne commande pas ton serviteur ou ta servante avec amertume, car ils espèrent dans le même Dieu que toi, de peur qu'ils n'en viennent à perdre la crainte de Dieu, votre commun maître : car Dieu ne fait pas acception de personnes, lorsqu'il nous appelle; mais il choisit ceux que l'Esprit a disposés. 8. Tu partageras tous tes biens avec ton prochain, et tu ne diras pas que quelque chose t'appartient en propre, car si vous possédez en commun les biens impérissables, combien plus les biens qui doivent périr ! Ne sois pas bavard, la langue étant un piège de mort. Autant qu'il te sera possible, pour le bien de ton âme, sois chaste. 9. N'aie pas la main tendue pour recevoir, fermée pour donner. Tu aimeras " comme la prunelle de ton oeil " (Dt 32,10; Ps 16,8; cf. Ps 7,2), ceux qui te prêcheront la parole du Seigneur. 10. Souviens-toi du jour du jugement, penses-y jour et nuit, recherche constamment la compagnie des saints. Tiens-toi toujours sur la brèche, soir en annonçant la parole et en allant porter au loin tes exhortations dans ton souci de sauver les âmes, soit en travaillant de tes mains pour racheter tes péchés. 11. N'hésite pas à donner et donne sans murmure, et tu connaîtras un jour celui qui sait payer largement de retour. Garde ce que tu as reçu, "sans rien ajouter, ni rien retrancher" (Dt 12,32). Persévère dans la haine du mal. "Sois équitable quand tu as à juger" (Dt 1,16; Pr 31,9). 12. Ne fais pas de schismes, mais fais la paix en réconciliant les adversaires. Fais la confession publique de tes péchés. Ne va pas à la prière avec une conscience mauvaise. Telle est la voie de la lumière.

XX, 1. La voie du "ténébreux" est au contraire tortueuse, et pleine de malédictions. C'est le chemin de la mort éternelle et du châtiment. On y rencontre tout ce qui perd les âmes : l'idolâtrie, l'impudence, l'orgueil de la puissance, l'adultère, le meurtre, la rapine, la vanterie, la désobéissance, la ruse, la malice, l'arrogance, les drogues, la magie, la cupidité, le mépris de Dieu, 2. Les persécuteurs des justes, les ennemis de la vérité, les amis du mensonge; car tous ces gens ne connaissent pas la récompense te la justice, ils "ne s'attachent pas au bien" (Rm 12,9), ils ne secourent pas la veuve ni l'orphelin; ils sont toujours en éveil non pour craindre Dieu, mais pour faire le mal. Bien loin de la douceur et de la patience, "ils aiment les vanités" (cf. Ps 4,3), "poursuivent le gain" (Is 1,23); sans pitié pour le pauvre, sans compassion pour l'affligé, ils sont prompts à la médisance, et, ne reconnaissant pas leur Créateur, "ils tuent les enfants" (Sg 12,5), font périr par avortement des créatures de Dieu. Ils repoussent le nécessiteux, accablent l'opprimé, se font les avocats des riches, les juges iniques des pauvres. Bref, ils pèchent de toutes les manières.

XXI, 1. Il est donc juste de s'instruire de toutes les volontés de Dieu consignées dans les Écritures, et de se diriger d'après elles. Car celui qui les accomplit sera glorifié dans le royaume de Dieu, mais celui qui choisit l'autre voie périra avec ses oeuvres. C'est pour cela qu'il existe une résurrection et une rétribution.

2. J'ai quelque chose à vous demander, à vous qui êtes des privilégiés, si vous me permettez un conseil que m'inspire ma bienveillance. Vous avez parmi vous des gens à qui faire du bien; n'y manquez pas. 3. Il est tout proche le jour où tout périra aux yeux du méchant : "Le Seigneur est proche ainsi que sa rétribution" (Is 60,10). 4. Je vous en prie encore et encore : soyez à vous-mêmes vos bons législateurs, vos conseillers fidèles; éloignez-vous de toute hypocrisie. 5. Veuille le Seigneur, le Maître de l'univers, vous donner la sagesse, l'intelligence, la science, la connaissance de ses volontés avec la patience. 6. Faites-vous dociles à Dieu, recherchant ce que le Seigneur attend de vous, afin d'être trouvés fidèles au jour du jugement.

7. S'il demeure quelque mémoire du bien, souvenez-vous de moi en méditant ces enseignements, afin que mon zèle et mes veilles aient porté quelque fruit; je vous en prie, c'est une grâce que je vous demande. 8. Tant que vous serez dans le précieux vase de votre corps, ne négligez aucun de ces enseignements, mais appliquez-y continuellement votre esprit et accomplissez tout ce qui est commandé; la chose en vaut la peine. 9. C'est pour cela surtout que je me suis empressé de vous écrire, sur les sujets à ma portée, voulant vous donner de la joie.

Salut à vous, enfants de dilection et de paix. Que le Seigneur de gloire et de toute grâce soit avec votre esprit.