Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 69

MARS 1990

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 

ÉDITORIAL

LA SOLITUDE

GRANDS REPORTAGES

QUERELLE DE CLOCHES

L'AVANCEMENT SPIRITUEL

SYNAXAIRE DU DIMANCHE DES RAMEAUX

HOMÉLIE SUR LES PRÉTEXTES

DE L'ÉGLISE UNE, SAINTE, CATHOLIQUE ET APOSTOLIQUE

MON SEIGNEUR ET MON DIEU

LE CALENDRIER DE L'ÉGLISE


ÉDITORIAL

De nouveau, plus tôt que prévu, part le bulletin du fait de deux nouvelles, que je désire annoncer.

Dans la revue GRANDS REPORTAGES de mars (page 102 et suivantes), il y a un article sur les Pyrénées. La fin de l'article traite de l'hermitage. Le texte figure plus loin, de même que la photo qui est reproduit dans la revue en couleur et en grand format.

Il y aura également une émission à la télé où je suis invité. L'émission passera, sur M6, samedi 30 mars probablement à 23 h et porte comme titre : «A l'Ouest d'Edern» . Le Thème est «la solitude», dont j'ai écris pour cette occasion un article.

Je me sens un peu dans le dilemme comme le grand Antoine quand l'empereur l'invita à la cour. Dans son hésitation d'y aller ou non, saint Antoine demandait à son disciple, saint Paul le Simple, s'il fallait y aller. Celui-ci lui répondit dans sa simplicité : «Si tu y vas, on t'appellera Antoine. Si tu n'y vas pas, on t'appellera abba Antoine.» Mais mon contexte n'est pas le même. On ne vit plus dans un monde chrétien, mais dans un monde déchristianisé où il s'agit de lutter contre le néo-paganisme. De plus, j'ai une charge pastorale sur le dos, et le temps est révolu où je pouvais vivre paisiblement à l'hermitage.

Je me dis donc qu'il vaut mieux prendre le diable par les cornes, comme sainte Marina qu'on voit sur l'icône, et le combattre sur son propre terrain.

Je sais qu'il y a des fidèles qui vont râler, mais je me suis entre-temps habitué à leurs oeillères. Si je les écoutais chaque fois, il n'y aurait toujours pas d'ordinateur au foyer et donc pas d'imprimerie.

Au lieu de rester inactif et d'attendre que la moisson se fasse tout seule, il vaut mieux, selon moi, se servir des moyens discutables, pour ne pas dire neutre, afin de propager la parole de Dieu. Si le pape et ses compères s'en servent ( voir plus loin ), pourquoi pas nous, pourvu qu'on ne cède pas la vigueur de l'évangile à des slogans humanistes.

Dans le dernier bulletin se sont glisser, entre autre, deux erreurs : Par distraction, j'ai réédité une recette carêmique et dans le glossaire il faut lire : Anathématiser, au lieu d'anathémiser. Mea culpa.

Prochainement, nous aurons le fax au foyer dont le n° sera le même que celui du téléphone (04 68 96 13 72).

C'est encore trop tôt pour envoyer les voeux de Pâques. Mais par contre, je me permets de rappeler aux fidèles qui ont loupé le début du Carême, que l'évangile parle bien des ouvriers de la onzième heure sans faire mention de ceux de la douzième heure. Ceux-ci risquent fort d'être frustrés de leur salaire.

hm. Cassien

Il arrive parfois que même les saints du Seigneur s'assoient au théâtre et regardent les égarements du monde. Mais selon leur homme intérieur, ils parlent avec Dieu, tandis que selon leur homme extérieur ils paraissent aux yeux des hommes regarder ce qui se passe dans le monde.

saint Macaire le Grand
(homélies 15,8)

SYNAXAIRE DU DIMANCHE DES RAMEAUX

Après que Lazare fut ressuscité des morts, beaucoup, à la vue de ce qui était arrivé, eurent foi dans le Christ. Alors, il fut décidé par vote, à l'assemblée des Juifs, de faire mourir, et le Christ et Lazare. Jésus se retira, laissant la place au mal; et les Juifs méditèrent de Le tuer au cours de la fête de Pâques. Cela lui donnant assez de temps pour se tenir à l'écart, «six jours avant la Pâque», ainsi qu'il est écrit, «Jésus vint à Béthanie, où se trouvait Lazare, qu'il avait ressuscité des morts.» Là, il y eut un repas, et Lazare manga aussi avec lui. Et sa soeur Marie versa du parfum sur les Pieds de Jésus. Le lendemain, il envoya ses Disciples chercher l'ânesse avec son petit. Et Celui qui a pour trône le ciel monta sur l'ânon pour entrer à Jérusalem. Les enfants des Hébreux jetèrent sous ses Pas Ieurs vêtements, ainsi que des branches de palmier qu'ils avaient coupées; d'autres, tenant les branches en main, criaient en Lui faisant cortège : «Hosanna au Fils de David; béni soit le Roi d'lsraël qui vient au Nom du Seigneur !» En cet événement, c'est l'Esprit saint qui inspirait leur langue pour louer et acclamer le Christ. Et, par les palmes qui leur servirent de rameau (car en hébreu on dit «palme» pour désigner un rameau flasque), ils montrèrent et symbolisèrent la Victoire du Christ sur la mort. Car c'était la coutume, pour les vainqueurs des luttes aussi bien que des guerres, de les honorer avec des rameaux d'arbres à feuilles persistantes et de les accompagner ainsi dans les processions de triomphe. L'ânon, c'est nous, le peuple rassemblé des nations païennes, sur lequel le Christ S'assoit et prend son Repos, comme Vainqueur et Triomphateur, Lui qui est proclamé Roi de toute la terre. A propos de cette solennité, le prophète Zacharie dit encore : «Réjouis-toi grandement, fille de Sion; voici que ton Roi s'avance vers toi, doux et monté sur le petit d'une ânesse, de celle qui porte le joug.» Et David dit à propos des enfants : «De la bouche des enfants, des tout petits, Tu as tiré la louange. » Mais, à l'entrée du Christ, tout Jérusalem fut en émoi, comme il est dit, et en incitant la foule à la révolte les grands prêtres avaient en vue de le faire mourir. Quant à lui, Il leur échappait en Se cachant; et quand Il se montrait, Il leur parlait en paraboles.

Même celui qui est parfait dans le mal, abîmé dans le péché, et qui s'est rendu lui-même instrument du démon, dont la domination est universelle, n'est lié par aucune nécessité. Il a la liberté de devenir un vase d'élection et de vie.

saint Macaire le Grand
(homélies 15,40)

LA SOLITUDE

Puisque l'émission à la télé, où je serai participant, est consacrée à la solitude, j'en profite pour écrire ces quelques lignes qui me permettent de mettre un peu d'ordre dans mes idées.

Dans notre société, les gens éprouvent paradoxalement de plus en plus le poids de la solitude. Les moyens de communication (télé, minitel, téléphone, Internet etc.) qui devraient précisément permettre de communiquer de mieux en mieux, ont pris la place du contact humain et ont créé un monde artificiel qui ne sait étancher la soif de communion entre les êtres humains.

Cette solitude, en pleine société, est aux antipodes, de cette solitude que cherche et vit le moine, et dont je voudrais témoigner.

Le moine qui quitte la société, le monde - pour employer le terme approprié - et se retire dans la solitude, le fait moins par dégoût du monde que pour y chercher ce que le monde empêche de trouver : l'essentiel qui consiste en la communion avec Dieu et dans cette communion avec toute la création et notamment avec le prochain.

Cela ne va pas de soi et dans un premier temps, c'est plutôt un renoncement où ce qu'on cherche se fait attendre. Ce sont nos passions qui nous suivent dans la solitude, qui empêchent d'atteindre le but recherché et qui nous plongent sans cesse dans les convoitises du monde que finalement nous n'avons quitté qu'avec nos pieds. Le coeur y reste attaché. C'est là que l'ascèse de la solitude, et l'ascèse en général, entrent en action et déclenchent la purification sans laquelle nul ne goûtera aux fruits - la déification.

La solitude signifie également, pour le moine, le lieu où les forces du mal se nichent. Il va donc à leur rencontre afin de les combattre plus efficacement. Le diable est présent, et dans la solitude, et dans le monde, mais dans la solitude, la lutte est plus directe. Ce qui alimente nos convoitises fait défaut et nous sommes donc moins facilement entraînés dans le péché.

La solitude n'est pas une simple absence, mais elle est remplie pour celui qui sait s'ouvrir. Voici ce que dit Saint-Exupéry dans le Petit Prince, à propos du désert ( qui est équivalant à la solitude) : «J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence.» La solitude n'est absence que pour celui qui est replié sur lui-même et qui ne sait s'ouvrir à ce que cache la solitude, ce qui se situe sur un autre niveau (spirituel, psychique) ou tout simplement ce qui se réduit à ce qui est fondamental, dépouillé du superflu, de l'artificiel.

Je sais que la vie en solitude est exigeante car elle nous met en face de nous-même, tel que nous sommes, sans farde. Les divertissements, qui ne sont qu'une fuite, font défaut et il s'agit, ou d'avancer, ou de plonger.

Pourtant, l'homme n'est pas fait pour être seul. Dieu l'a déjà constaté au paradis, et lui a donné pour compagne Eve. Malheur donc à celui qui est seul, qui ne trouve personne avec qui partager et communier, ou qui n'arrive pas, comme le moine, à dépasser ce qui est naturel afin de s'ouvrir à ce qui dépasse la nature.

La solitude psychique est bien plus dure que la solitude géographique. Le renoncement au contact humain me semble bien plus exigent que les autres privations- privations que le moine éprouve dans la solitude. Mais une fois dépassée la nature déchue, une fois purifié le coeur des scories du péché, le moine communie de tout son être, et au divin, et à la création. Il a retrouvé l'état paradisiaque. «Séparé de tout, il est uni à tout», comme dit Evagre. Il goûte à l'essence des choses et ne vit plus en surface. Sans être passionné, rien ne le laisse indifférent. Étanche au mal qui n'a plus de prise sur lui, il est ouvert à tout car tout est l'oeuvre de Dieu et il sent que «tout est pur pour le pur», comme dit l'Apôtre. Défiguré par le péché, le moine y discerne la beauté originale que le mal ne sait jamais entièrement détruire. Dans cette solitude, il a su retrouvé la communion avec les autres, à la création et à Dieu. Ce n'était finalement que son état maladif, causé par le péché, qui l'avait coupé du reste et qui avait créé cet état de souffrance. Même dans la solitude géographique, il n'est plus seul car il se sent uni à tout.

La solitude n'est donc, pour le moine, qu'un moyen de purification, une étape vers la perfection et jamais un but en soi. Quand ce but (la déification) est atteint, il sait vivre aussi bien seul qu'en compagnie, parler ou se taire. Par contre, celui qui va dans le sens opposé ne sait ni vivre seul, ni avec les autres, ni parler correctement, ni se taire sciemment. Tout lui pèse et le fait souffrir car rien ne peut le satisfaire vraiment.

Il y a donc solitude et solitude. L'un y trouve un trésor et l'autre un tombeau.

Ceci dit, je rajoute encore : Celui qui ne sait vivre en compagnie ne sait non plus vivre seul. C'est pour cela que les pères spirituels exigent qu'un moine passe d'abord un certain temps en communauté. Quand cette vie communautaire l'aura fait mûrir, alors il pourra parfaire sa vie spirituelle dans le désert comme ermite. En disant cela, je ne parle pas de moi mais en règle générale. En ce qui me concerne, je ne peux que dire que les exceptions confirment la règle.

Ce que je viens d'écrire sur la solitude est pareillement valable pour le silence. Le silence est l'école de la parole. Celui qui a appris à se taire saura aussi parler avec sagesse. Celui qui se tait parce qu'il n'a rien à dire ressemble à celui qui vit seul faute de savoir vivre avec les autres.

On peut aussi être seul et vivre avec la foule ou vivre avec les autres et être seul. Je m'explique. Celui qui vit seul mais dont les pensées et sentiments vagabondent dans le monde, ignore la solitude véritable. Celui qui par contre, vit en compagnie mais se surveille et dont le coeur reste attaché à Dieu connait la vraie solitude même dans le monde. Il y donc une solitude intérieure qui ne suppose pas, ou plutôt ne suppose plus celle du corps.

Après avoir écrit tout cela, quel conseil, quel message puis-je donner à celui qui vit dans le monde et souffre de la solitude; au célibataire qui n'arrive pas à se marier, à la femme divorcée que le mariage a déçu, à l'handicapé qui vit seul dans ses quatre murs, à l'homme âgé qui n'a plus personne dans sa vie ? Que cette solitude forcée n'est certes pas un idéal mais qu'il faut vivre avec. Que la vie en couple, en communauté n'est pas le but mais un moyen, un moyen qui nous facilite la vie, qui soulage la souffrance. Le but est ailleurs, au-dessus et après cette vie terrestre.

Commençons en premier à reconnaître notre part de responsabilité et de faute dans cette solitude forcée. Je sais que la réalité n'est pas si simple et, quand on est déjà né de travers, c'est difficile de redresser ensuite ce qui est courbé. Pourtant, c'est là la tâche de notre vie, de sortir quelque chose de beau de nous. Celui qui ne cherche qu'à «avoir» dans sa vie métier, argent, femme etc., n'a pas compris que tout cela risque de disparaître et après que reste-t-il ? Ce que nous sommes réellement et ce que l' «avoir» cache le plus souvent. Par contre l'«être» est durable, ce qui est inscrit en nous comme l'affabilité par exemple, ou la pureté du regard.

J'ai souvenance d'un passage d'un poème que j'avais écrit, il y a de longues années. Le voici :

«Nous avons vécu, écrirons-nous, la vie,

trempant la plume, dans l'intégrité.

La clarté pure de nos regards,

ne tolérait ni tâche, ni faute en ce volume,

où il n'y a qu'harmonie et réciproque égard.

Pures furent nos mains, seules s'ouvrant pour donner,

et jamais flamme de volupté ne les a su brûler.»

En regardant de près, chacun de nous est seul au fond de lui-même. Il y a des choses qu'on ne peut communiquer, que Dieu seul connaît. Il y a nos réticences, notre timidité, notre difficulté à communiquer, etc. Même celui qui a l'air de communiquer facilement, montre souvent une façade de lui-même. Ou cette communion est en surface, ou il a simplement appris à parler et à faire parler, sans se livrer vraiment, ou c'est une fuite en avant afin de garder la face. Peu de gens sont capables de communier avec autrui en profondeur. Cela suppose une certaine maturité qui s'acquiert par la souffrance dont la solitude fait partie - solitude imposée ou choisie.

Ce que nous en faisons, donne à chaque chose sa valeur. Solitude, souffrance, maladie, épreuve ou autre, peuvent aussi bien nous faire avancer, mûrir, apporter le bonheur, comme ils peuvent aussi amener à la révolte contre Dieu, contre les autres, contre tout et nous-mêmes inclus. La clé, la solution est en nous-mêmes et non à l'extérieur, dans les autres. Notre regard doit changer et voir en ce qui nous semble négatif toujours la part de positif. Il faut se rendre compte que sans souffrance, la vie serait bien plate et sans saveur. Ce sont ces travers qui nous font progresser, qui forgent notre caractère, affermissent notre volonté.

Je me suis forcé, contrairement à mes habitudes, à être un peu plus loquace, mais je ne veux pas dépasser le cadre d'un simple article. On pourrait écrire un volume entier sur la solitude. Chaque phrase pourrait encore être développer et devenir même un chapitre, et j'ai passé sous silence maintes aspects. Mais rien n'empêche au lecteur, qui reste à sa faim, de m'écrire, de sortir de sa coquille. Cela sera le meilleur moyen de rendre positive sa solitude, de «faire fleurir le désert aride», comme dit le tropaire de saints moines. Pour ma part, j'aurai le bonheur de faire d'avantage connaissance avec nos lecteurs, dont la plupart ne me sont connus que de nom.

Je sais que ce que je viens d'écrire ne sied pas à de biens-pensants, mais je me plais de dire avec l'Apôtre : «Oh ! si vous pouviez supporter de ma part un peu de folie !» (2 Cor 11,1).

hm. Cassien


Dans :

GRANDS REPORTAGES (Mars 1996 N° 17 )

Article :

PYRÉNÉES INSOLITES (pages 102-109)

Jean-Christophe Pratt et Dominique Le Brun

Cette évocation de l'insolite pyrénéen culmine au coeur du Roussillon montagnard, au berceau même de l'architecture romane. Quelques randonneurs passant par là ont dû se croire transportés dans les îles grecques en croisant au détour d'un sentier perdu la haute silhouette en soutane noire et la barbe poivre et sel d'un moine orthodoxe. Le hiéromoine Cassien, allemand d'origine, a choisi les flancs du mont Canigou pour redresser de ses mains l'ermitage où il vit, reconstituant la sérénité colorée des chapelles byzantines dans une bâtisse en pierre sèche, à flanc de montagne.

Pendant des mois, il a monté les sacs de ciment, les tuiles et les matériaux nécessaires à son oeuvre : trois quarts d'heure de marche depuis le dernier point accessible avec son petit 4 x 4. Puis, une fois les murs d'aplomb, il s'est consacré à la décoration de son oratoire qu'il a couvert de fresques sacrées. Aujourd'hui, rares sont les jours où il ne prend pas son pinceau pour peaufiner un détail. Le reste du temps, on le voit occupé à gagner sa vie, en faisant les vendanges par exemple à moins qu'il ne soit devant son ordinateur, plongé dans la rédaction d'un bulletin d'information sur l'orthodoxie. Étonnant... quoique, à bien y regarder, on finisse par trouver un air de Péloponnèse au paysage de garrigue qui entoure l'ermitage...


HOMÉLIE SUR LES PRÉTEXTES

homélie sur l'évangile lu le 11e dimanche de Luc (Luc 14,16-24)

tiré du Kyriakodromion (recueil d'homélies pour les dimanches)

Le Seigneur dit la parabole suivante : «Un homme donna un grand dîner, et il invita beaucoup de gens. A l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux conviés : Venez, car tout est déjà prêt. Mais tous unanimement se mirent à s'excuser. Le premier lui dit : J'ai acheté un champs, et je suis obligé d'aller le voir; excuse-moi, je te prie. Un autre dit : J'ai acheté cinq paires de boeufs et je vais les essayer; excuse-moi, je te prie. Un autre dit : Je viens de me marier, et c'est pourquoi je ne puis aller. Le serviteur, de retour, rapporta ces choses à son maître. Alors le maître de la maison, irrité, dit à son serviteur : Va promptement sur les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. Le serviteur dit : Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place. Et le maître dit au serviteur : Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, contrains-les d'entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.»

L'évangile d'aujourd'hui nous donne un enseignement nécessaire pour le salut de tout homme. Il n'existe au monde aucun homme qui ne trouve une excuse pour ses péchés. Celui-ci a telle excuse, celui-là telle autre et chacun ainsi justifié dort tranquille dans l'abîme de ses péchés, et néglige le salut de son âme. L'évangile d'aujourd'hui nous montre que les justifications de chacun irritent le Seigneur et condamnent ceux qui les prononcent. "Car Je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner."

Nous, tous les chrétiens sommes appelés par Dieu afin de goûter au dîner céleste, c'est-à-dire participer et communier au royaume de notre Seigneur Jésus Christ. Le divin apôtre l'affirme disant : "Dieu est fidèle, Lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur." (I Cor 1,9). Chaque jour, Dieu nous invite au repentir, tantôt par la bouche des prophètes disant : "Revenez à Moi, dit le Seigneur des puissances, et Je reviendrai à vous." (Za 1,3), tantôt par les paroles des apôtres prêchant : "Dépouillons-nous donc des oeuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière." (Rom 13,12), tantôt par sa Voix évangélique, s'écriant : "Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés," (Mt 11,28) et, promettant le repos éternel à ceux qui viennent à Lui : "Et Je vous donnerai du repos." (Mt 11,12).

Or, que répondons-nous quand nous entendons cette invitation de Dieu ? Souvent, soit comme des sourds, nous ne l'entendons aucunement, soit comme des insensé, nous n'en tenons pas compte. Chaque fois que la parole de Dieu entre dans notre coeur et réveille notre conscience, nous, par des prétextes, nous tranquillisons le trouble de la conscience. "Jusque à quand, dit la conscience à l'homme avare et possessif, tant de soucis et de peines pour les champs, les constructions et les bâtiments terrestres ? Jusqu'à quand, fixé sur les choses terrestres et corruptibles, négliges-tu le salut de ton âme ? Demain tu vas mourir, et les choses pour lesquelles tu peines tant, un autre en héritera et s'en emparera, et toi tu n'en profiteras aucunement. Lève-toi, rejette ton égarement, repose-toi du fracas des soucis, viens au Christ qui t'appelle, et marche sur le chemin de la vertu."

Que répond l'avare ami de la matière, à ces reproches et conseils de la conscience ? "J'ai acheté, dit-il, un champs et je dois aller le voir. Je plante une vigne et je dois la surveiller. Je construis une maison, et la construction prend mon attention; ceci est nécessaire pour l'ornement de ma maison, cela pour mon travail, ceci pour mes vêtements, cela pour mes besoins quotidiens. Tout cela emprisonne mon esprit, et donc je ne peux pas le diriger vers Dieu. Ah, vaniteux ! C'est ainsi que tu réponds à Dieu qui, par la conscience, te conseille, te blâme et t'invite à son royaume éternel ? Espères-tu que de tels prétextes te justifient devant Dieu qui t'appelle ? Tu te trompes. La décision pour ceux qui trouvent des prétextes est écrite : "Je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner." (Lc 14,24).

Le Fils unique de Dieu nous invite au jeune, enseignant en même temps la façon non hypocrite de jeûner : "Quand tu jeunes, parfume ta tête et lave ton visage." (Mt 6,17). Il nous invite à la prière, enseignant les paroles mêmes de la prière : "Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui est aux cieux... (Mt 6,9). Le gourmand et esclave du ventre répond : "Je ne peux pas jeûner car je suis malade, et si je jeune un jour, je m'affaiblis et deviens immobile et inutile. Les aliments végétaux abîment la santé, le médecin m'a donne un régime spécial." Ensuite, il prépare des repas délicats, pleins, d'aliments et de boissons de toutes sortes, mange plus que nécessaire et boit jusqu'à s'enivrer avec ses amis. C'est ainsi que l'esclave du ventre reçoit l'invitation de Dieu et respecte les jours de jeune.

L'impie et négligent dit : "Rester tant d'heures à l'église, je ne le peux. J'ai sommeil, je deviens mélancolique, je languis et je me lasse." Ensuite, il dépense ses heures aux spectacles, passe ses nuits à danser, se distrait jour et nuit. Ah, égarés ! C'est ainsi que vous répondez au Tout-Puissant qui vous invite à jouir de son royaume éternel ? Et ensuite, vous êtes tranquilles, pensant que de tels prétextes vous justifient devant Lui ? Ne vous y trompez pas. La décision a eu lieu : "Je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner." Revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et n'ayez pas soin de la chair pour en satisfaire les convoitises." (Rom 13,14). Que répond le luxueux et ami de la chair ? Pour moi, dis-il, c'est impossible. C'est ainsi que j'ai vécu et je suis habitué ainsi. Puisque j'ai un tempérament ardent et je suis très enclin aux passions charnelles, puisque je suis blessé par la passion, puisque je suis habitué au péché depuis ma jeunesse, même si je veux et décide le bien, la convoitise m'empêche et l'habitude me vainc. Ah, misérable, c'est là la réponse à ton Dieu, ton Bienfaiteur et ton Créateur, qui t'invite au repentir et te promet un royaume qui n'a pas de fin ? Ensuit, tu es tranquille, tu te reposes et dors, espérant que Dieu accepte tes excuses. Tu te trompes. "Je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner."

Tous les chrétiens, dis-je, nous sommes appelés par Dieu au salut. Aussi Jésus Christ Lui-même, Se tenant invisiblement parmi nous, nous appelle tous par sa propre voix : "Venez, dit-Il, car tout est déjà prêt." (Lc 14,18). Entendez-vous, frères, cette voix paternelle, cette voix bienfaitrice ? "Tout est prêt": La rémission des péchés, la table des mystères, le vêtement de sainteté. "Venez, car tout est déjà prêt : la béatitude céleste, le royaume éternel, ces biens "que l'oeil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus, et qui ne sont point montés au coeur de l'homme." (I Cor 2,9). Ce sont les biens "que Dieu a préparé à ceux qui L'aiment." (Idem).

Venez, S'écrie-t-Il. Que répondons-nous à cette invitation générale et manifeste ? "Oui, Seigneur, nous voulons et désirons venir à Toi notre Dieu et Père, Ami de l'homme, et devenir dignes de tes dons célestes; mais la faiblesse de la chair, la vanité du monde, les tentations du diable nous empêchent d'accomplir ta sainte Volonté." Voilà notre réponse. Afin de vous informer que ces choses ne sont pas des obstacles invincibles mais de simples prétextes, je ne propose ni l'innombrable multitude des saints, hommes et femmes, qui les ont entièrement vaincs, ni la force du libre arbitre de I'homme, ni l'énergie de la divine grâce qui, quand nous avons la bonne volonté, détruit toute difficulté, mais je propose seulement l'exemple suivant :

Si un roi terrestre t'invite à son palais royal, en te promettant richesse, honneur, dignités royales et de te faire participant de son propre royaume, est-ce que tu éviteras une telle invitation, prétextant faiblesse ou obstacles ou tentations ? Non, mais tu te hâteras, renforçant ta faiblesse, tu courrais en écrasant tous les obstacles, sauterais au-dessus de toute tentation, et tu n'ouvrirais aucunement ta bouche par tes prétextes. Ce que nous faisons donc avec joie et promptitude pour une jouissance passagère, nous disons que nous ne pouvons pas le faire pour un royaume et une gloire éternels ? Voyez donc combien sont injustes et inconvenantes nos excuses devant Dieu.

Comment ? Tu préfères ton champs ou ta maison ou ta richesse ou tes dignités (que tu abandonneras demain en mourant, même sans le vouloir), à ces biens éternels de Dieu ? Comment ? Tu préfères le désir de la chair au commandement de Dieu ? Pour la beauté de ce visage qui, demain se fane et devient nourriture des vers et puanteur, tu négliges les magnifiques et délicieuses beautés du paradis ? Tu deviens serviteur du diable plutôt que de Dieu ? Comment ? Je préfère à mon Dieu et Créateur mon obstination, ma colère, mon désir, ma rancune, l'envie, la vanité du monde, le conseil du diable ?

Étant parfait et très bon, Dieu nous invite pour le bien, pour les choses profitables et salutaires. Mes frères, ne vous y trompez pas : les prétextes que l'on trouve quand il s'agit de l'accomplissement des commandements de Dieu ne sont pas des justifications mais des paroles perverses. Le roi-prophète David le savait bien quand il priait ainsi : "N'incline pas mon coeur vers des paroles perverses pour chercher des excuses à mes péchés." (Ps 140,4) Comme la volonté de Dieu se fait au ciel sans contradictions, sans murmure, sans doute, sans prétextes, ainsi doit-elle s'accomplir aussi sur la terre : "Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel." (Mt 6,10) Tout prétexte est malice et inventions du diable pour endormir le malheureux pécheur, afin qu'il meure dans ses péchés.

Évite donc, ô chrétien, les prétextes, afin d'échapper à la condamnation éternelle. Afin de les éviter facilement, tends souvent les mains et les yeux au ciel et prie Dieu avec piété, comme David : "N'incline pas mon coeur vers des paroles perverses pour chercher des excuses à mes péchés." (Ps 140,4)


L'AVANCEMENT SPIRITUEL

 

Le but de la vie est d'avancer vers le bonheur qui est la vie en Dieu. Tous les autres progrès de notre existence n'en constituent que le «décor» : la réussite dans les études, l'augmentation du salaire, l'épanouissement de la famille etcÉ Les valeurs terrestres ne sont que provisoires. Elles passent avec la mort, et même un échec les concernant peut nous faire avancer spirituellement en nous humiliant et en tournant nos regards vers le vrai bonheur.

Sans progrès, il n'y a pas de bonheur, tout devient triste et morne. Insatisfaits - tout en goûtant un certain bonheur - nous ne trouverons le repos et l'entière satisfaction que lorsque nous serons affranchis de nos souffrances.

L'avancement spirituel ne débute pas forcément avec notre naissance, mais avec le réveil de notre vie intérieure (quand nous nous tournons vers Dieu) et notre baptême. Baptême et réveil ne vont pas nécessairement de pair. Il y a des personnes qui se réveillent bien avant le baptême. D'autres qui sont baptisés et qui s'endorment ou ne se sont jamais réveillés. Le progrès spirituel finira sa première étape quand nous quitterons cette vie. Au même instant s'arrête aussi notre possibilité d'avancer par nos propres moyens et avec l'aide de Dieu. Tels la mort nous surprend, tels nous nous réveillerons dans l'autre vie.

Il nous faudra alors avancer à travers les «péages» jusqu'au trône du Très-Haut. Passivement, cette fois nous avancerons, et seules les prières, aumônes et bonnes oeuvres de l'Église pourrons nous secourir, quand les péchés non repentis nous retiendrons à ces péages (images d'une réalité spirituelle que nos sens ne peuvent percevoir actuellement). Mais il y aura un progrès à cette étape de notre vie qui dépendra de nos frères dans la foi, qui luttent encore sur cette terre, de la prière des saints et de la Miséricorde de notre Sauveur. Cette étape s'achèvera au Dernier Jugement quand le Christ, le souverain Juge, jugera les vivants et les morts. Alors, après cette heure redoutable, nous entrerons pour l'éternité dans la béatitude, qui consiste en l'union avec Dieu et en Lui, avec tous ceux qui seront sauvés; ou nous serons damnés pour l'éternité dans l'isolement, le repliement sur notre égo, l'autodestruction sans fin qui n'est rien d'autre que l'enfer. Là, il n'y aura pas de progrès, mais une décomposition qui ne finira jamais car notre âme est immortelle.

Par contre, les sauvés progresseront infiniment dans une «stabilité mouvante». Ils s'avanceront, sans avancer car en Dieu, il n'y a ni commencement ni fin. Également ils vivront dans une stabilité qui progresse car Dieu est vie, donc mouvement. Seule la mort ne bouge pas.

Une image de cet état, c'est le voyage aux confins de l'univers, un univers qui pourtant est fini. Mais aux confins de cet univers qu'y a-t-il ? Le néant ? Alors en arrivant aux confins, on tombe dans le néant ? Et où cela s'arrête-t-il ? Des questions qui, si on insiste, nous poussent vers la folie.

Ce progrès, quand nous serons ressuscités pour la vie éternelle, est réel mais inconcevable à nos sens. Il unit les deux opposés : stabilité et mouvement. C'est une perfection qui cependant, ne s'achève jamais car nous n'arriverons jamais au terme de notre connaissance et de notre expérience de la béatitude.

hm. Cassien


DE L'ÉGLISE UNE, SAINTE, CATHOLIQUE ET APOSTOLIQUE

saint Nectaire d'Égine

Selon la pensée pure et orthodoxe, l'Église a une double signification. L'une exprime son caractère dogmatique et religieux, autrement dit ésotérique et spirituel; l'autre, son caractère extérieur, selon le sens même du terme. D'après l'esprit et la confession orthodoxes, l'Église se définit comme une institution religieuse et comme une société religieuse.

La définition de l'Église comme institution religieuse peut être formulée ainsi : l'Église est une institution religieuse de la Nouvelle Alliance. Notre Seigneur Jésus Christ l'a fondée par l'économie de son Incarnation. Elle repose sur la foi en Lui, sur la confession juste. Elle a été inaugurée le jour de la Pentecôte, lors de la descente de l'Esprit saint et télétarchique (président aux mystères), sur les saints disciples et apôtres du Christ Sauveur. Il en a fait les instruments de la grâce divine afin de perpétuer l'oeuvre rédemptrice du Sauveur. En cette institution a été déposée la totalité des vérités révélées; en elle agit la grâce divine, par les mystères. En elle renaissent, par la foi en Christ Sauveur, ceux qui y viennent. En elle est conservée la doctrine apostolique et la tradition tant écrite qu'orale.

La définition de l'Église comme société religieuse est la suivante : l'Église est une société d'hommes unis dans l'Unité de l'esprit et dans le lien de la paix. (Cf. Ep 4,3).

Son oeuvre apostolique peut-être formulée ainsi : l'Église est l'instrument de la grâce divine qui réalise la communion de Dieu et des hommes par la foi dans le Sauveur Jésus Christ.

Monté aux cieux, notre Seigneur a envoyé son très saint Esprit, sous forme de langues de feu, sur ses saints disciples et apôtres. Sur ses apôtres, Il a fondé l'Église une, sainte, catholique et apostolique, société de Dieu et des hommes. Il lui a donné la grâce de la rédemption pour sauver Ie genre humain, en le ramenant de l'égarement, en le régénérant par les mystères et, après l'avoir nourri du pain céleste, le faire digne de la vie future.

Dans la sainte Écriture, le mot Église a deux sens. Le plus fréquent, c'est celui de société d'hommes unis par le lien religieux ou encore celui de Temple de Dieu où se rassemblent les fidèles pour le culte en commun. Cyrille de Jérusalem dit que l'Église est ainsi appelée parce qu'elle invite tous les hommes et qu'elle les rassemble.

Le mot Église (appeler) vient du grec ancien. Il signifie assemblée d 'hommes appelés en vue d'un certain but et aussi le lieu où ils se réunissent. Elle est le contenant et le contenu.

Dans le sens large et chrétien, l'Église est la société de tous les êtres libres et raisonnables, de tous ceux qui croient dans le Sauveur, les anges y compris. Cette société, l'apôtre Paul l'appelle "Corps du Christ, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous." (Cf. Ep 1,10 et 22-23). Ainsi, elle rassemble tous ceux qui ont cru en Christ avant sa Venue, qui ont formé l'Église de l'Ancienne Alliance que régissaient, au temps des patriarches, les promesses et la foi donnée par révélation, c'est-à-dire oralement. Puis, au temps de Moïse et des prophètes , elle fut régie par la Loi et les oracles, autrement dit par ÉCRIT.

Dans le sens ordinaire et restreint, l'Église du Christ, c'est l'oeuvre de la Nouvelle Alliance, l'Église de la grâce du Christ. Elle comprend tous ceux qui croient en Lui orthodoxement. Elle est

aussi appelée maison de Dieu, parce que Dieu y demeure particulièrement et que là, Il est adoré.

Les fondements de l'Église sont les Prophètes et les apôtres. La pierre angulaire c'est le Sauveur. Les colonnes sont les pères, qui ont gardé l'unité de la foi. Les pierres sont les fidèles. "Vous n'êtes pas des étrangers, des gens du dehors, mais des concitoyens des saints╔ édifiés sur le fondement des apôtres, Christ étant la pierre angulaire╔" ( Ep 2,I9-22).

Enfin, l'Église est appelée par l'écriture divine et inspirée, épouse du Christ : "Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure." (II Cor 11,2). Et aussi maison du Dieu vivant, colonne et appui de la vérité, de même que Corps du Christ : "Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part." (I Cor 12,27).

Méthode, l'évêque de Lycie, vers la fin du IIIe siècle, dans le Symposium des dix Vierges, appelle l'Église : réceptacle des forces divines, épouse du Verbe éternellement jeune. Elle est une créature divine supérieure à tout ce qui est humain. Il la présente à la fin, comme "Assemblée, multitude, de tous ceux qui croient" où les anciens enseignent les jeunes et les parfaits les faibles.

Hippolyte, le célèbre père de l'Église de Rome, disciple d'Irénée, au début du IIIe siècle, dans son oeuvre : "Le Christ et l'Antichrist", parle longuement de l'Église et la présente comme un navire sur la mer agitée. En lui se trouve le capitaine, se trouvent les marins, les voiles, les ancres et tout l'armement, symboles du Christ, des anges et des fidèles.

En croyant en l'Esprit saint qui a inspiré ces figures de l'Église, nous croyons nécessairement en l'Église sainte, objet de ces appellations données par l'Esprit très saint.

- II -
Sur la fondation sur terre du royaume de Dieu,
c'est-à-dire l'Église, par notre Sauveur Jésus Christ

En tant que Roi, notre Seigneur Jésus Christ a fondé sur la terre un royaume céleste, sitôt après son ascension, quand Il S'assit à la Droite de Dieu le Père et qu'Il reçut de son Père éternel tout pouvoir dans le ciel et sur la terre.

Son royaume sur la terre, c'est son Église . En tant que Roi, Jésus en prend soin, lui donne des règles, Il scelle vision et prophétie et fait cesser l'oblation et le sacrifice. (Dan 9,24). Il la dirige, la gouverne, la guide éternellement par ses ministres sacrés. Sans arrêt et avec abondance, Il distribue les charismes de son saint Esprit, afin de l'affermir, le faire croître, l'étendre. Le Sauveur-Roi sanctifie, console, garde, relève et glorifie son peuple. (Jn 15, 26 - Ac 2,33-36).

En tant que Roi, le Seigneur fait régner dans son royaume l'ordre, en donnant à l'Église des ministres. Jésus, en tant que Roi, a donné des Lois à son peuple. En tant que Roi, Il a invité les nations à croire en Lui. En tant que Roi, Il a demandé à ses adeptes le sacrifice même de leur vie pour Lui et son royaume. En tant que Roi, Il a déclaré la guerre au mal et a dispensé la paix par la vertu. Jésus, en tant que Roi, règne dans les coeurs des fidèles, unis à Lui par sa sainte Église.

Ceux qui ne sont pas unis à l'Église se trouvent hors du royaume du Christ et sont privés de l'honneur d'être des fils du royaume du Christ.

La sainte Église du Christ est l'institution divine religieuse fondée par notre Sauveur Jésus Christ, pour le salut du genre humain. L'Église a été donnée par le Sauveur, comme instrument de son Amour divin et de sa Bienveillance envers l'homme. Elle est l'éternel porteur de la grâce divine et le consommateur du salut des hommes. En tant que Chef et Accomplissement du salut des hommes, en tant que Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, toujours identique à Lui-même, sauve tous ceux, qui croient en Lui, dans tous les siècles.

Pour cette fin, Il a fondé son Église éternelle. Elle englobe les fidèles, depuis les premiers jusqu'aux derniers. Il en est la Tête et la garde vivante et agissante et Il l'affermit pour l'éternité. Tête de l'Église en Eden, Jésus Christ, était le centre de l'Église des patriarches, l'objet de la loi mosaïque qui a préfiguré par des images et des symboles l'Église. Jésus Christ est et sera la Tête de la Nouvelle Alliance.

L'Église du Christ, c'est l'Église une, sainte, catholique et apostolique, prédestinée dès la fondation du monde au salut des hommes, fondée pour demeurer éternellement.

Saint Épiphane, dans sa lettre à Panarios, parle de l'Église et dit à la fin : "L'Église a été créée avec Adam; elle a été prêchée aux patriarches avant Abraham; elle a été crue après Abraham; révélée par Moïse; prophétisée par Isaïe; donnée en Christ et existant avec Lui et maintenant célébrée par nous." Dans son exposé sur la foi catholique au § 78, il dit ceci : "Le caractère de l'Église, est formé par la Loi, les prophètes, les apôtres et les évangélistes."

Cyrille de Jérusalem dit que l'Église comprend tous ceux qui ont cru au Christ avant sa venue; ils ont formé l'Église de l'Ancienne Alliance et que l'Église était guidée, au temps des patriarches par les promesses et la foi venant de la révélation, c'est-à-dire non écrite - orale. Depuis Moïse et les prophètes, l'Église a été guidée par la loi et les prophèties, c'est-à-dire par la tradition écrite.

L'Église est donc le royaume du Christ fondé sur la terre et

Chrysostome dit qu'elle est "le lieu des anges, le lieu des archanges, le royaume de Dieu, le ciel lui-même." (Hom 6 in Corint). L'Esprit saint qui est descendu en elle y demeure à jamais, comme le Sauveur l'a dit à ses disciples : "Et Moi je prierai le Père et Il vous donnera un autre Consolateur pour qu'il demeure avec vous à jamais, l'Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connait pas. Vous, vous le connaissez, car Il demeure avec vous et sera en vous." (Jn 14,16).

L'Esprit saint qui est descendu donne avec abondance à l'Église, tous les charismes divins. Elle a reçu le droit de lier et de délier les péchés; de prêcher l'évangile; d'appeler les nations au salut. Elle a reçu la force de recréer les hommes moralement déchus, d'en faire des images de Dieu, en leur donnant l'image et la ressemblance. Elle a reçu la force de les réconcilier avec le divin et d'en faire des participants de la grâce divine, de les unir au Sauveur, de donner le saint Esprit à tous ceux qui viennent à elle, et d'en faire des fils de Dieu. Elle a reçu la force pour vaincre tous ses adversaires, de demeurer à jamais invincibles, de réduire ses ennemis, de demeurer invulnérable.

Selon Jean Chrysostome, "combattue elle est victorieuse, outragée elle n'est que plus lumineuse. Elle reçoit des blessures sans pour cela être abattue; elle est ballottée mais pas submergée; elle est assaillie mais ne fait pas naufrage. Elle n'est pas passive, mais elle lutte sans être vaincue."

L'Église du Sauveur c'est vraiment le royaume du ciel sur la terre. En elle règnent l'amour, la joie, la paix. En elle se trouve la foi en Dieu; par le sentiment religieux, - l'information intérieure du coeur -, on parvient à la connaissance de Dieu, à la connaissance des mystères cachés, à la connaissance de la vérité révélée. En elle l'espérance s'avère certaine et sûre; en elle se réalise le salut; en elle l'Esprit saint se répand et déverse avec abondance les fruits de sa grâce toute divine. En elle s'épanouit l'éros divin pour Dieu, l'amour parfait et la consécration à Lui, de même que le désir incessant de l'union sans fin avec Dieu.

Dans l'Église de Dieu, les vertus morales parviennent au sommet de la perfection accessible à l'homme. L'esprit purifié, le coeur réformé par le mystère du baptême divin, l'homme autrefois enténébré d'esprit et endurci de coeur, développe des vertus totalement nouvelles et court avec zèle et ardeur dans le stade de la vertu. I'Église a vraiment renouvelé, recréé l'homme, elle en à fait une image de Dieu. Le saint autel de l'Église est une table véritable qui nourrit les croyants pour la vie éternelle; elle dispense aux fidèles le pain céleste, le corps céleste et, ceux qui le mangent ne meurent point. Le saint autel dressé au milieu de l'Église du Christ, c'est la table céleste; elle reçoit les choses de la terre et les fait monter au ciel. Elle accueille les choses célestes et les distribue à la terre. Le saint autel de l'Église touche la terre et en même temps le trône d'En-haut. L' autel est redoutable pour les anges eux-mêmes qui volent sous les voûte des cieux.

L'Église c'est l'espérance, le refuge, la consolation de tous ceux qui croient en Christ. Le divin Chrysostome dit : "Comme un port dans l'océan, telle est l'Église plantée par Dieu dans les cités. En fuyant les tracas de la vie, en elle nous trouvons un refuge et jouissons de la paix." Et plus loin : "Ne t'éloigne pas de l'Église; rien n'est plus fort que l'Église; elle est plus solide que le roc, plus haute que le ciel, plus vaste que la terre. Jamais elle ne vieillit, mais elle s'épanouit sans cesse."

Pourquoi l'Écriture l'appelle-t-elle montagne ? - c'est à cause de sa stabilité. Pourquoi elle l'appelle aussi roc ? - à cause de son incorruptibilité. Par elle, toutes les bêtes sauvages ont été apprivoisées, par la divine incantation qu'est l'audition de l'Écriture sainte, elle frappe l'oreille de chacun, pénètre dans l'âme et y endort les passions déréglées."

Selon saint Ignace, l'Église véritable est une : "Un seul Jésus Christ et rien n'est plus précieux que Lui. Venez à l'Église qui est le seul temple de Dieu, le seul autel du seul Seigneur Jésus Christ né du Père seul╔" (Ep. ad Magn. § 87). L'Église est incorruptible : "La tête du Seigneur est ointe en parfum afin que l'Église respire l'incorruptibilité" (Ep. ad Ep. § 17). L'Église est catholique : "Là où est le Christ, là est l'Église catholique." (Ep. ad . Smyr. § 8).

Saint Irénée l'évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe l'auditeur de l'évangéliste Jean, dans son livre Contre les hérésies , dit de l'Église ceci : "On ne peut énumérer les charismes que l'Église a reçus de Dieu à travers le monde, au Nom du Seigneur Jésus Christ, crucifié sous Ponce Pilate, pour le bien des nations. Sans les tromper, sans les égarer, gratuitement elle donne ce que gratuitement elle à reçu de Dieu."

Sur la mission de l'Église du Christ, saint Théophile, l'évêque d'Antioche au IIe siècle, dans son second livre au § 14; compare l'Église aux "îles de la mer. Certaines d'entre elles sont habitées, ont de l'eau, produisent des fruits , possèdent des rades et ces ports pour abriter ceux que ballotte la mer. De même, Dieu a donné au monde, agité et tourmenté par les péchés, des temples appelés églises saintes, dans lesquelles, comme en des ports sûrs des îles, se trouvent les doctrines de l'Église. Ceux qui veulent être sauvés y ont recours; ils deviennent des amants de la vérité et échappent ainsi à la Colère et au jugement de Dieu.

D'autres îles sont rocailleuses, sans eau, sans fruits, sauvages et inhabitées. Elles sont un danger pour les navigateurs comme pour les naufragés. Contre elles les navires se brisent et les passagers sont perdus. Telles sont les doctrines perverses, je veux dire les hérésies. N'étant pas guidées par le Verbe de Vérité, elles égarent ceux qui s'attachent à elles. Elles ressemblent à des pirates, qui après avoir rempli leurs navires, errent ça et là, vont les briser contre ces îles et les perdre à jamais.De même en est-il de ceux qui s'égarent loin de la vérité, ils sont perdus par l'erreur."

Le divin Grégoire de Naziance, dans son premier discours contre Julien, dit ceci de l'Église : "Tu es contre le grand héritage du Christ, le grand qui ne cessera jamais╔ qu'Il a créé en tant que Dieu et en a hérité en tant qu'homme. La loi l'a figuré, la grâce l'a rempli, le Christ l'a renouvelé, les prophètes l'ont planté, les apôtres l'ont lié, les évangélistes l'ont cultivé╔" Saint Epiphane de Chypre, dans son discours sur la foi catholique dit : "L'Église est notre mère, elle est l'épouse venue du Liban, la toute belle et pure; le paradis du grand artiste; la cité du roi saint; l'épouse du Christ immaculé; la vierge innocente, fiancée à un seul époux, diaphane comme l'aurore, belle comme la lune, élue comme le soleil. Proclamée bienheureuse par le Rois, elle se tient à la droite du Roi."

L'Église, c'est la révélation permanente dans le monde . En elle, Dieu se révèle de différentes et multiples manières et confirme sa présence par ses divines énergies. Écrivant aux Corinthiens, Paul dit de l'Église fondée par le Christ : "Dieu a établi dans l'Église, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues╔" ( I Cor 12,28).

à suivre


MON SEIGNEUR ET MON DIEU

A ceux qui prétendent que le Christ n'est pas Dieu par nature, et ressuscitent ainsi l'Arianisme dans sa gloire, tels les «Témoins de Jéhova», le mieux est de leur objecter la confession de l'apôtre Thomas, qui après la Résurrection du Sauveur, en mettant ses mains dans ses stigmates, s'écriait : «Mon Seigneur et mon Dieu». (Jn 20,28).

Ces gens-là répondent, - je le sais par expérience -, que Thomas a dit cela «comme ça», c'est-à-dire sans réflexion. Alors l'évangéliste Jean a rapporté également le témoignage de Thomas «comme ça», sans critique et sans objection ? Le Christ à son tour, a accepté ces paroles sans la moindre réprimande, Lui qui réprimandait l'homme qui L'appelait simplement «bon maître» (voir Mc 10,17). Comment se fait-il que Dieu ne châtiait pas Jésus, comme Il châtiait Nabuchodonosor qui s'élevait dans son coeur, et ne donnait pas gloire à Dieu ? (voir Dn 4,26-29) de même que son fils Baltassar , qui dans son arrogance s'éleva contre le Très-Haut et fut tué la même nuit ? (voir Dn 5 22-23).

Mais il est difficile d'attraper ces blasphémateurs, car comme une anguille, ils se tournent de tout côté et il faut insister pour les mettre au pied du mur afin qu'ils reconnaissent leur tort.

hm. Cassien

Il existe un souci sans activité et une activité sans souci, comme aussi à l'inverse une insouciance active et une inaction pleine de soucis. Tous ces états, le Seigneur les a indiqués. Il ne supprime pas le travail, mais nous enseigne un travail sans soucis. Il condamne le souci sans activité, mais non l'insouciance active. Réprouvant le premier et approuvant l'autre, le Seigneur nous enseigne comment nous devons sans souci nous soucier de travailler et, libres de soucis, éviter un travail qui ne convient pas.

saint Syméon le Nouveau Théologien (chapitres théologiques)

LE CALENDRIER DE L'ÉGLISE

(suite)

Un schisme se fit jour également en Roumanie, bien que le patriarcat actuel essaye vainement de démentir l'existence en Roumanie de vrais chrétiens orthodoxes.

Comme nous l'avons appris, en Bulgarie, des clercs notables ont refusé de suivre «l'innovation diabolique» (comme l'appelle l'higoumène Philothée Zervakos, personnalité notable chez les nouveaux-calendaristes). Il paraît même que le couvent russe de soeurs en Bulgarie refusa de souscrire à cette apostasie.

Le saint monastère de Stavrovounion à Chypre fut liquidé à cause de ce calendrier papal.

Le saint monastère de Varlaam fut également détruit à cause du maudit calendrier.

Au Mont Athos, le monastère de Vatopedi adoptant le nouveau calendrier se sépara du reste des pères aghiorites qui ne participent plus à la fête de ce monastère «moderne».

Nul besoin de recourir à de hautes spéculations théologiques quand l'évangile dit : «un arbre se reconnaît à son fruit». Que les nouveaux-calendaristes nous présentent un seul bon fruit comme résultat de cette innovation. Sanctifia-t-elle quelqu'un ? Édifia-t-elle les fidèles ? Ramena-t-elle les égarés ? A-t-elle réunis les divisés ? Au contraire, elle apporte des schismes, des divisions, l'affaiblissement et l'indifférence. Aurions-nous besoin d'autres preuves pour comprendre qu'elle ne vient pas de Dieu ? Mais si elle ne vient pas de Dieu, c'est des démons qu'elle tire ses origines, elle est donc bel et bien diabolique !

L'archevêque d'Athènes Chrysostome Papadopoulos était littéralement ridiculisé. Il a voulu présenter le sigillium de 1593 comme apocryphe, comme une fabrication «des moines du Mont Athos» et alors nous lui avons présenté ce que lui-même avait affirmé autrefois en tant qu'archimandrite, professeur de l'Université d'Athènes et auteur d' une Histoire Ecclésiastique.

«Plus officiellement, le nouveau calendrier fut repoussé par le concile de Constantinople convoqué en 1593. Le concile repoussa le calendrier grégorien comme une innovation allant à l'encontre des canons et des dispositions de l'Église.» (Profession de foi de l'archevêque Papadopoulos - voir le livre du théologien M. Karamitsos L'agonie p. 39).

«A cause de cette lutte, en 1584, le patriarche de Jérusalem, Sophronie, partit en tournée pour collecter des fonds. Se rendant à Constantinople, il participa cette année-là à la commission d'étude synodale, convoquée par Jérémie II l'Illustre, pour la réprobation du calendrier grégorien, par lequel l'Église latine cherchait à égarer les orthodoxes.» (Histoire de Chrysostome Papadopoulos, p. 482 - voir les Bourreaux de l'orthodoxie par l'higoumène Madeleine p. 293).

L'historien de notre nation grecque, M. Paul Karolides, dans son Histoire Universelle (vol. I, p. 253) dit ceci : «Mais ce changement n'étant pas effectué avec l'accord des anciennes Églises patriarcales d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, restées fidèles au calendrier julien, amena un schisme !» Voilà donc pourquoi nous disons qu'en 1924, ce n'est pas l'Église qui changea le calendrier. S'il y a schisme, qui est le schismatique ? De plus, nous avons posé à l'archevêque Papadopoulos la question suivante : «Vous dites que les sigilliums du XVIe siècle qui ont anathématisé le calendrier grégorien étaient une fabrication «des moines du Mont Athos»; cependant les codes manuscrits qui se trouvent au monastère de la divine Montagne du Sinaï, le monastère russe de Saint Panteleïmon à l'Athos et ailleurs sont des codes très anciens. A cette époque, aucune controverse n'existait dans l'Orthodoxie au sujet du «vieux» ou du «nouveau» calendrier. Qui aurait donc intérêt à falsifier ces codes et pourquoi» ? (De plus, ils sont authentifiés par d'éminents historiens comme le le métropolite Philarète Vaphides et le métropolite Mélétios aux XVIIIe et XIXe siècles). N'ayant rien à répondre, l'archevêque en contradiction, riposta par les gendarmes et les persécutions. Est-il vraiment possible de considérer un calendrier qui amène le schisme dans l'Église et persécute les fidèles comme orthodoxe ? Mais si le dit calendrier «grégorien» ou «julien corrigé» n'est pas orthodoxe, qu'est-il donc ?

b. Affaiblissement de l'Église d'Hellade

Les «orthodoxes conservateurs» qui ont suivi la hiérarchie Innovatrice, nous sont très sympathiques et nous suivons avec une émotion particulière leurs luttes et leurs souffrances et leur résistance contre le «cataclysme du péché» qui nous menace tous.

Eux-mêmes reconnaissent que le nouveau-calendrier constitue une «innovation diabolique», qu'il a créé un «schisme» et constitue une «grande faute». Mais ils ne se rendent pas compte qu'ils se trouvent en contradiction avec eux-mêmes.

Que signifie «grande faute» ? Si le calendrier ne cause pas de «dommage» à l'Église, pourquoi le considérer comme faute ? S'il ne comporte pas de conséquences, nous ne pouvons pas nous baser uniquement à un attachement sentimental au passé pour le considérer comme une faute. La faute présuppose des conséquences. Si donc ces conséquences sont préjudiciables à l'Église, comment pourrais-je les adopter et ensuite trouver une bonne défense devant le redoutable tribunal du Christ ? Comment puis-je suivre quelque chose que j'appelle (comme le vénérable vieillard Philothée du monastère de Longovarda) diabolique ?

N'ayant pas saisi la signification du calendrier, ils croient qu'un jour la chose sera oubliée et que l'organisme de l'Église résorbera peu à peu cette tumeur. Mais, frères bien-aimés, est-ce que le temps peut altérer la Tradition ? Est-ce que le mensonge se transforme à travers les siècles en vérité ? Qu'à Dieu ne plaise ! Au moment où nous avons permis au petit ver d'entrer dans le fruit, si petit et imperceptible qu'il soit, il ne cesse pas d'être un ver, et ne fera que grossir, tandis que le fruit pourrira. Dans ce cas, le temps non seulement ne corrige pas les choses, mais, bien au contraire, les empire et les aggrave. Voyons autour de nous la vérité de ces paroles :

Le sionisme universel comme précurseur de l'Antichrist exerce, de nos jours, une propagande très fine et pénétrante, ayant aussi la franc-

maçonnerie comme bras droit. Ainsi, il a réussi à enlever des textes liturgiques des latins, comme étant «antisémites», tous les textes se rapportant au déicide de l'ancien Israël. En enlevant ces passages, les latins avouent avoir souffert pendant 2.000 ans d'un antisémitisme maladif, parce qu'ils ignorent, en tant qu'hérétiques et schismatiques, la théologie, et ils n'ont jamais rien compris au déicide israélien ! Maintenant que vous venez d'admettre le principe corrupteur de l'aggiornamento à partir de 1924, comment réagirez-vous quand les professeurs de nos universités (voir le cas de M. Alivizatos) introduisent le principe de la révision de nos textes liturgiques ? (Voir aussi suppression du nom de saint Photios du sanctoral de février.) En effet, chanter tel tropaire ou tel kondakion n'est pas une question dogmatique !

L'Archevêque Hiéronymos favorise plusieurs innovations :

- les prêtres coupent leurs cheveux et leur barbe se promenant en costume civil;

- on adopte autant que l'on veut l'usage des orgues et des choeurs mixtes polyphoniques dans les églises, ce qui est contre la Tradition de la musique sacrée de notre Église,

- on supprime l'office des Matines et on célèbre deux liturgies à la place «pour faciliter la fréquentation de la liturgie aux fidèles». Ainsi chacun peut entrer au milieu de la première liturgie et sortir au milieu de la deuxième, exactement comme dans les cinémas à spectacle permanent, adoptant ainsi les manières et conceptions latines,

- on discute fiévreusement sur le changement de la date pascale en voulant fixer pour cela le deuxième dimanche d'avril (le 8 calend. O.N.U.)

- par souci archéologique on supprime les iconostases dans les églises,

- peu à peu le sacrement du saint baptême se mutile. Laissons de côté que la triple répétition du Credo est tombée presque partout dans l'oubli, et qu'au lieu de bénir les eaux du baptême par les prières appropriées, on y ajoute de l'eau bénite (comme si les pères qui avaient prescrit de réciter le Credo trois fois et bénir l'eau directement, avaient été des ignorants et que nous devions les corriger), mais on supprime aussi les exorcismes, et on fait asseoir les enfants dans le baptistère et ensuite ils versent de l'eau avec leur mains sur la tête sans immersion.

Mais rien de tout ceci n'est dogmatique. Il est connu qu'à l'époque paléochrétienne, la Pâque n'était pas fêtée en même temps par tous les chrétiens, que les prêtres n'avaient pas de longs cheveux (pour ne pas dire qu'il y a même des canons contre !); et que peut-être même les adeptes de la démolition des iconostases trouveraient des arguments archéologiques en leur faveur !

Mais quel homme sensé ne se rend pas compte qu'une telle tactique amène à la destruction et au suicide de l'orthodoxie ? Quand nous disons destruction et suicide, nous attribuons certes un sens relatif, car l'orthodoxie n'est pas en danger et n'a pas besoin de notre défense, puisque «les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre Elle» !

à suivre

Querelle de clochers

A peine le Vatican a-t-il mis en route son serveur Web «The Holy See» (http :// www. Vatican.va/) que plus de 20 000 personnes ont submergé Jean Paul II de courriers électroniques. «Nom d'une soutane», se serait exclamé l'évêque Jacques Gaillot, «le pape m'a nommé dans le diocèse de Partenia. Moi aussi, j'aurai mon diocèse sur le Web.» Ainsi naquit Partenia on Line (http://www.partenia.fr/). Croyants et incroyants, choisissez votre champ.
dans Univers Mac n° 54 / mars 1996