Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 68

FÉVRIER 1996

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 

ÉDITORIAL

LA PRIÈRE LITURGIQUE

LE CALENDRIER DE L'ÉGLISE

LE CALENDRIER GRÉGORIEN

L'ORTHODOXIE, LA VRAIE FOI

LA RÉNOVATION DE LA VIE

EXPLICATION DU PSAUME 132

LA CATHÉDRALE RETROUVÉE

LES SEPT JOURS DE LA CRÉATION

Avant que je te fasse voir notre Dieu, fais-moi voir ton homme; donne-moi la preuve que les yeux de ton âme peuvent voir et que les oreilles de ton coeur peuvent entendre. Car seuls peuvent voir Dieu ceux qui ont les yeux de l'âme ouverts. Par contre, ceux dont les yeux sont obscurcis par la cataracte des péchés ne peuvent voir Dieu. Peut-on décrire Dieu à ceux qui ne peuvent Le voir ? Mais sa Forme est indicible, inexprimable, parce qu'invisible pour les yeux charnels.

saint Théophile d'Antioche

ÉDITORIAL

Plus tôt que prévu, dû à l'abondance, - pour ne pas dire surabondance des articles - partira ce numéro-ci. IL ne me reste qu'à attendre l'autorisation de la revue «DOSSIER POUR LA SCIENCE» pour l'article scientifique sur le calendrier, qui devrait arriver ces jours-ci, plaise à Dieu et aussi l'agrafeuse, qui est en train de prendre une cure de jouvence.

Sinon rien de nouveau à l'hermitage et au foyer. Dieu merci, l'hiver est doux par ici et je peux m'appliquer, en plus de l'imprimerie, à la peinture des icônes qui sont commandées pour la Grèce et l'Amérique. Ceci dit, je pense aller en Grèce après Pâque afin d'amener les commandes. Les abeilles commencent déjà à sortir et nous, - Brigitte et moi - nettoyons le terrain autour du rucher afin d'installer d'autres ruches car nous sommes toujours en manque de miel qui part comme des petits pains.

Il ne me reste qu'ˆ souhaiter de l'Žlan ˆ ceux qui entrent dans l'arne du Carme, afin qu'ils remportent aussi la victoire et la rŽcompense de Celui qui a ditÊ: ÇA celui qui vaincra je donnerai de la manne cachŽe, et je lui donnerai un caillou blanc; et sur ce caillou est Žcrit un nom nouveau, que personne ne conna”t, si ce n'est celui qui le reoit.È (Ap 2,7)

Dans l'Amour du Christ
hm. Cassien

LA PRIÈRE LITURGIQUE

La prière liturgique est la prière en communauté, selon sa signification (liturgie = oeuvre du peuple). Si la prière personnelle est spontanée, la prière liturgique elle, est élaborée, une élaboration qui a durée des siècles. Basée sur la prière de l'Ancien Alliance, notamment les psaumes, elle a su se développer et unifier à travers les vicissitudes du temps. Par elle les fidèles se sont sanctifiés, et en elle ils ont trouvé force, paix et joie tout au long de leur vie.

Dépourvue de tout sentimentalisme, mais pleine d'une émotion saine, elle filtre tout nos passions afin que la prière qui jailli de nos coeurs et dont elle en est la forme, monte en toute pureté vers le trône du Très-Haut.

Elle est spirituelle et en même temps terre à terre, car elle ne fait abstraction de rien qui concerne notre vie terrestre : les Heures canoniques englobent aussi bien la journée que la nuit. Les bénédictions du prêtre vont aux besognes de chaque instant, à chacun et à chaque chose, car il y a des prières pour insomnies, ruches, tremblements de terre, maisons hantées, prisonniers et mille autres. Rien et personne n'est exclu. C'est une prière «incarnée» mais plein de l'Esprit saint.

Cela se voit également dans tout son déroulement. Tout y participe, l'être humain entier, - l'âme, l'esprit et le corps -, les icônes et les fresques, les reliques, les vêtements liturgiques, l'encens, les cierges, les veilleuses, les cloches et les simandres, le pain et le vin, l'eau et l'huile, sans oublier les fleurs. Toute la création y participe comme pour la peinture d'une icône.

Y anticipent tout nos sens : l'oreille qui écoute les chants et les sonneries, les yeux qui contemplent la cérémonie et l'iconographie, le nez qui sent l'odeur de l'encens («Nous T'offrons l'encens comme un parfum de spirituelle suavité,» dit le prêtre en bénissant l'encens), et la bouche qui chante et goûte au festin spirituel qui prends forme dans l'Eucharistie, l'eau bénite, le blé sacré ou autre.

Le cycle liturgique, sur lequel est basé la prière liturgique, constitue quotidiennement les heures canoniques (vêpres, prières de minuit, matines, prime, tierce, sexte et none) qui gravitent autour de la divine Liturgie. Le tout s'inscrit dans d'autres cycles (hebdomadaire, mensuel, pascal etcÉ).

La vie du chrétien s'inscrit également dans le cycle liturgique des sacrements en commençant avec le baptême et en s'achevant avec l'enterrement. L'Église l'accompagne tout au long de sa vie par les sacrements et les prières.

Le contenu de toutes ces prières liturgiques est axé sur l'économie de notre salut qui est en d'autres termes la création, l'Incarnation du Christ et son second Avènement.

Les textes liturgiques remontent aux prières de l'ancien Israël et furent complétés par des hymnographes et bien sûr l'évangile.

Tout ces textes liturgiques enseignent car ils sont théologiques, dogmatiques et spirituels. Leurs but est de nous élever de la terre au ciel et cela ne va pas sans effort. Il ne peut aucunement s'agir de les rabaisser à nous, mais c'est à nous de nous dresser vers le haut. Cela demande un dépassement, une contrainte, comme toute la vie chrétienne, mais une fois dépassé nos vieilles habitudes et laissé derrière nous le «vieil homme», dont parle l'Apôtre, nous goûterons dès cette vie aux prémices du siècle futur.

L'Orthodoxie est moins une doctrine qu'une vie et pour y goûter, il n'y a rien de mieux que d'assister aux offices liturgiques. C'est là qu'on sent la plénitude de notre foi, la beauté de notre croyance et la palpitation d'une vie qu'englobe le mystère.

hm. Cassien


Synaxaire du troisième Dimanche de Carême
Nous célébrons comme une fête la Vénération de la précieuse et vivifiante Croix.

Puisque, par le jeûne des quarante jours, nous sommes en quelque sorte crucifiés nous aussi, morts aux passions, et que nous avons une sensation d'amertume à cause de notre négligence ou de notre découragement, voici qu'est exposée la vivifiante Croix, comme pour nous ranimer et nous soutenir, nous encourager en nous rappelant les Souffrances de notre Seigneur Jésus Christ. Si notre Dieu S'est laissé crucifier pour nous que ne devons-nous point faire pour Lui ? Et nous allégeons nos peines en les comparant à celles de notre Maître, ainsi que par le souvenir et l'espérance de la gloire qui se mérite par la Croix. De même, en effet, que notre Sauveur, après être monté sur la croix, fut glorifié par cette déshonorante et amère situation, de même nous faut-il nous comporter nous aussi, afin d'être glorifiés avec Lui, pour avoir souffert quelque chose de désagréable. D'autre part, tout comme ceux qui, ayant encore un long et rude chemin à parcourir et se trouvant épuisés par la fatigue, s'ils trouvent ombre et fraîcheur sous le feuillage d'un arbre, s'y assoient pour se reposer un peu et, comme régénérés, parcourent le reste du chemin, ainsi maintenant, au milieu de ce temps de carême, de cette pénible course et de ce parcours difficile, les saints pères ont planté la vivifiante Croix, qui nous procure fraîcheur et repos et qui soulage les voyageurs fatigués, les rendant légers et alertes pour la suite de leurs peines. Ou bien, comme cela se produit pour la venue d'un roi, lorsque le précèdent ses étendards et ses sceptres, et qu'il vient ensuite lui-même, dans la joie et l'allégresse de sa victoire, que partagent également ses sujets, de même aussi le Christ notre Seigneur, devant bientôt montrer son triomphe sur la mort et s'avancer avec gloire au jour de sa Résurrection, envoie en avant son sceptre, son royal étendard, la vivifiante Croix, pour nous inviter à nous tenir prêts, à Le recevoir comme Roi et à L'acclamer au cours de son triomphe resplendissant. Et, en cette semaine qui se trouve au milieu du Carême, parce que le saint Carême est comparé aux eaux de Mara, à cause de la contrition, du découragement et de l'amertume qui sont en nous par suite du jeûne, ainsi donc qu'au milieu de ces eaux le divin Moïse jeta le bois pour les rendre douces, ainsi également Dieu, qui nous a sauvées en esprit de la mer Rouge et du Pharaon, par le bois de la précieuse et vivifiante Croix adoucit l'amertume d'un jeûne de quarante jours et nous console pour cette nouvelle traversée du désert jusqu'à ce que nous arrivions à la mystique Jérusalem, par sa Résurrection. Et, puisque la Croix est pour nous, comme on dit, l'arbre de vie et que cet arbre se trouvait planté au milieu du paradis de l'Eden, les trés saints pères ont eu raison de planter le bois de la Croix au milieu du saint Carême, puisqu'ils y commémorent l'avidité d'Adam, en même temps qu'ils nous décrivent comment elle fut annulée par ce nouvel arbre; car, y ayant goûté, nous ne mourons pas, mais sommes vivifiés.


LE CALENDRIER DE L'ÉGLISE
(suite)

D. AUTRES CONSÉQUENCES DE CETTE INNOVATION

A. Justification de la révolte papale

En effet le Pape, par cette innovation arbitraire, fut conséquent avec ses principes, d'après lesquels il est, soit disant : «au-dessus des conciles oecuméniques.» Mais l'Écriture enseigne que «la folie de Dieu est plus sage que la sagesse humaine» et que"Dieu a choisi les choses folles de ce monde» pour confondre les sages et les puissants de cette terre.

Donc la LOGIQUE de DIEU et de l'ÉGLISE est au-dessus de la logique du monde. Souvent le monde n'est pas satisfait de la logique de l'Église car celle-ci ne correspond pas aux exigences de sa propre logique. Autrefois aussi le monde considérait la logique de l'Église comme insensée. Mais l'apôtre Paul dit que Dieu a voulu sauver les croyants «par la folie de la prédication !»

La première chose faite par les Pères d'avant nous et les conciles, fut d'examiner dans quelle mesure les arguments papaux correspondaient à la LOGIQUE, AUX EXIGENCES et aux INTÉRETS de l'ÉGLISE. Quant à la logique scientifique de ce «siècle imposteur» comme devant être abolie, elle fut reléguée au tout second plan. Au moment donc où le pape dévia de l'Église catholique du Christ, ses arguments, même s'ils sont «logiques» ou scientifiquement exacts, ne lui sont d'aucune utilité.

Pour cela l'Église refusa, rejeta et anathémisa les propositions du Pontife romain, les jugeant préjudiciables et dangereuses pour les fidèles, même si la précision scientifique était du côté de l'Innovateur.

Les nouveau-calendaristes donc, ayant adopté la réforme du calendrier papal qu'ils ont masqué perfidement sous le vocable : «calendrier julien corrigé», tout simplement ont avoué qu'il leur fallait quatre siècles pour se rendre compte que le Pape avait raison et que soit-disant nos saints Pères souffraient d'un antilatinisme maladif, de sorte que malgré la justesse des propositions papales, eux les rejetaient sur un «coup de tête.»

Fallait-il vraiment se donner la peine de résister, au moyen d'anathèmes pendant quatre siècles, aux propositions papales pour les adopter aujourd'hui ? En dehors de toute considération spirituelle de la question, même sous l'angle de la simple dignité humaine, l'affaire est purement ridicule ou manque du sérieux.

Toutefois le patriarche de Jérusalem Nectaire («Opposition» page 214) dit expressément : «Des institutions papales, nous n'avons pas reçues et nous ne les acceptons pas ! Qu'elles soient apocryphes, falsifiées ou AUTHENTIQUES, pour nous elle sont nulles.

Le Patriarche de Jérusalem Dosithée souligne aussi : «Le pape étant hérétique, bien que chair (et que sa gloire comme la fleur de l'herbe se soit desséchée et sa fleur fanée) il s'en orgueillit de dépasser la connaissance divine en instituant d'autres temps et d'autres mesures, hors des temps prescrits par le Seigneur, en innovant d'autres mesures et d'autres pascalies, à l'encontre de l'Alliance du Seigneur !» (Volume de la Joie page 495).

b. Création d'un schisme dans l'Église

La Grèce orthodoxe n'accepta pas l'innovation papale. Trois métropolites séparèrent leurs responsabilités d'avec la hiérarchie innovatrice, parmi lesquels l'ex-métropolite de Florina, Chrysostome, qui alla jusqu'à l'exil. On pourrait écrire des volumes au sujet des persécutions qu'on subi et subissent jusqu'à ce jour les vrais chrétiens orthodoxes. Des moniales furent défroquées de force aux tribunaux et aux bureaux des évêchés; on déchirait les soutanes des prêtres, on les faisait raser de force par les gendarmes et on les battait dans les caves de l'archevêché d'Athènes ! Nos églises furent fermées et les fidèles se réfugièrent dans les forêts et les cavernes pour la célébration liturgique. Des prêtres de l'Église officielle entrèrent avec des gendarmes dans les églises des vrais chrétiens orthodoxes, renversèrent les saints autels et foulèrent aux pieds le Pain eucharistique, le Corps seigneurial. Les icônes ne pouvant pas être décrochées, furent arrachées à la hache pour les jeter avec les calices dans les camions de la police.

Nos églises furent démolies et une même fut passée à la dynamite. Nos prêtres et évêques se cachaient de maison en maison selon les paroles du Seigneur : «les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids», tandis qu'eux «n'avaient pas où reposer la tête»! Les monastères furent fermés, liquidés ou calomniés. Les étudiants en théologie, s'ils suivaient le calendrier orthodoxe, n'avaient pas droit au diplôme. Les mariages et les baptêmes n'étaient pas enregistrés dans les registres d'État, ainsi plusieurs enfants furent portés comme adultérins et les veuves restaient sans retraite !

L'attitude des vrais chrétiens orthodoxes fut héroïque. Par milliers, ils protestèrent et ensuite étaient matraqués et dispersés par la police. Des vieillards de 90 ans furent battus, mais ils approchaient les portes fermées de nos églises, allumant des cierges sur le trottoir pour ne pas confondre la Maison de Dieu vivant avec la montagne Garisin de l'Innovation et nos vieillards criaient aux policiers : «Fermez-la mes enfants; quoi que vous en ferez, c'est ici que nous viendrons adorer le Dieu de Vérité.» Ainsi ils ne levèrent pas leurs mains vers les dieux étrangers de l'occident.

Il arrivait de raser un prêtre cinq ou six fois et lui de répondre à ses persécuteurs : «Rasez mes enfants, rasez ! Ils pousseront de nouveau. Pourvu que nous, nous ne les enlevions pas de notre gré. Maintenant la grâce ne nous abandonne pas.»

Pendant l'archiépiscopat de l'archevêque Spyridon de honteuse mémoire, les persécutions atteignirent leur zénith. Voici un extrait de la presse journalière (KATHIMERINI 20.2.1952) «Exagérations ! Nous ne sommes nullement disposés ni à prendre la défense des vieux-calendaristes ni à nous tourner contre eux. Les vieux-calendaristes peuvent être tout ce que l'on veut : naïfs, têtus ou arriérés, mais ils ne sont ni criminels, ni des voyous. Pourtant, dans les bureaux de l'archevêché, un prêtre et un vieux moine de 80 ans furent traités comme de vulgaires criminels. On leur déchira la soutane et les rasa de force. Les victimes ont visité nos bureaux et nous les avons vues. Et nous avouons qu'une profonde pitié nous a envahi quand nous les avons vues dans un tel état de misère.» Nul besoin de commentaires, mais combien d'autres faits existent dont la presse n'a pas pu ou n'a pas voulu s'emparer !

à suivre


LE CALENDRIER GRÉGORIEN

Gordon Moyer

En principe, Le calendrier grégorien n'est qu'une version légèrement retouchée du calendrier julien. La commission pontificale décréta que l'année 1582 serait amputée de dix jours afin de replacer l'équinoxe de printemps à la date du 21 mars. Au cours des siècles en effet, elle avait régressé jusqu'au 11 mars. Pour maîtriser la dérive de la date équinoxiale, il fut décidé que le jour supplémentaire, ajouté aux années séculaires dans Le calendrier julien (car il s'agissait d'années bissextiles) serait supprimé, sauf quand l'année séculaire est un multiple de 400 (1600, 2000 et 2400 par exemple). Ces réformes, promulguées dans la bulle pontificale du 24 février 1582, soulevèrent une tempête de protestations, suscitèrent de furieuses disputes entre savants et amenèrent le commun des mortels à se demander si les oiseaux sauraient encore à quel moment procéder à leurs migrations saisonnières ...

Un sujet de controverse

La controverse fut autant religieuse qu'académique. Nous étions à l'époque de la Réforme; les pays protestants rejetèrent Le nouveau calendrier en prétendant qu'il ne s'agissait là que d'une manigance papale destinée à ramener les ouailles rebelles sous la juridiction de Rome. L'accusation n'était d'ailleurs pas sans fondements. Grégoire XIII était un ardent et même un impitoyable promoteur de la Contre-Réforme. Il aida Philippe II d'Espagne à châtier les protestants hollandais et il accepta sans rechigner la tête du chef des Huguenots français après Le massacre de la Saint-Barthelémy. Le Pape célébra ce bain de sang comme une victoire du Catholicisme et fit frapper une médaille commémoratives. Grégoire XIII jugea le moment opportun pour imposer une réforme du calendrier au monde chrétien, ce qu'il fit en menaçant d'excommunication tous ceux qui ne l'accepteraient pas.

L'ardeur des querelles religieuses du temps n'explique pas toutes les oppositions au calendrier grégorien. De nombreux érudits admettaient qu'un nouveau système était souhaitable (le décalage croissant du calendrier julien était connu depuis des siècles); mais ils pensaient que Le système grégorien n'apportait pas de véritable amélioration par rapport au système précèdent. En fait, Le grand mathématicien François Viète, souvent surnommé Le père de l'algèbre moderne, condamna Le calendrier grégorien, selon lui, une corruption du calendrier julien.

Les principaux savants du XVIe sicle, dont Vite, reprochaient au calendrier grŽgorien ses approximations astronomiques. Cette opinion Žtait partagŽe par deux des plus fŽroces adversaires de la rŽforme grŽgorienne, Michael Maestlin et Joseph Justus Scaliger. Maestlin fut un des premiers astronomes ˆ Žpouser ouvertement les thŽories de Copernic et il est cŽlbre pour avoir ŽtŽ le professeur de Johannes Kepler ˆ TŸbingen. Scaliger avait une Žrudition extraordinaire, il parlait couramment une douzaine de langues, c'Žtait un humaniste, un historien, un philologue et un chronologiste de grand renom. Ses collgues le prŽsentaient comme un Çpuits de scienceÈ, un ÇocŽan de savoirÈ. Il fut le pire ennemi de Clavius, principal dŽfenseur de la rŽforme grŽgorienne.

Une fête mobile

Maestlin, comme Scaliger, pensait que le calendrier grégorien ne constituait pas le meilleur moyen pour déterminer Pâques. Au Concile de Nicée en 325, on avait décrété que Pâques devait être célébré le même jour par tous les Chrétiens. L'Église décida que la fête de Pâques serait célébrée le premier dimanche après le 14e jour de la Lune (soit approximativement le moment de la pleine Lune) qui coïncide avec, ou qui suit immédiatement l'équinoxe de printemps (événement astronomique qu'on fixait, à l'époque du Concile, au 21 mars). Ce processus compliqué est encore employé de nos jours pour déterminer la date de Pâques et, du même coup, celle de toutes les autres fêtes mobiles. Le calcul de la date de Pâques est l'opération la plus complexe du calendrier. Même Carl Friedrich Gauss, qui travailla sur le problème quand il était jeune, ne réussit pas à trouver un algorithme complet permettant de calculer la date exacte de Pâques.

D'une annŽe ˆ l'autre, P‰ques peut tomber n'importe quel dimanche entre le 22 mars et le 25 avril. Plus Žtonnant, il faudrait 5 750 000 ans pour que toutes les dates de P‰ques se rŽptent dans le mme ordre.

...

Clément Vlll, qui devint Pape en 1592, avait chargé Clavius d'expliquer le nouveau calendrier au monde chrétien et de justifier son adoption. L'Explicatio est le volumineux résultat de cette mission. C'est un ouvrage technique imposant. L'érudit Alexander Philip d'Edimbourg a écrit que Clavius «tel une seiche», avait escamoté son sujet dans «l'océan d'encre dont il l'avait entouré». Il y a du vrai dans cette remarque : Clavius est, par moments, prolixe et rabâcheur, mais il est rarement illisible et ses ouvrages étaient appréciés. Il était, en fait, un des auteurs scientifiques qui se vendaient le mieux en cette fin de Renaissance.

Astronomie et calendrier

Tous les traités que Clavius consacra au calendrier grégorien furent regroupés et réimprimés dans le tome V de son Opera mathematica qui parut en 1612, l'année de sa mort. Le tome V comporte une réimpression du Kalendarium Gregorianum perpetuum, publication officielle sur la réforme calendaire émise par l'Église en 1582 et rédigée par la commission du calendrier sous le Pape Grégoire XIII. On retrouve aussi la bulle «Inter gravissimas. . . » du 24 février 1582, annonçant à tous les princes chrétiens que le nouveau calendrier prendrait effet à partir du 15 octobre de la même année : «afin de rendre à l'équinoxe de printemps la place qu'elle avait à l'origine et que les Pères du Concile de Nicée fixèrent au XII Kalend Aprilis (21 mars), nous prescrivons et ordonnons, en ce qui concerne le mois d'octobre de l'année 1582, que dix jours allant du 3 Nones (5 octobre) au jour précédant les Ides (14 octobre) inclus soient supprimés...». Clavius et les autres membres de la commission évitèrent de rompre la succession normale des jours de la semaine que cette suppression aurait dû provoquer : au jeudi 4 octobre 1582, dernier jour du calendrier julien, succéda le vendredi 15 octobre.

...

L'élimination de dix jours n'était pas une nécessité. La date de l'équinoxe de printemps aurait tout aussi bien pu rester le 11 mars. Le vrai problème était d'empêcher la date choisie, quelle qu'elle soit, de dériver avec le temps. Comment le calendrier, arrêté par le Pape Grégoire XIII, réussit-il à maintenir l'équinoxe à la date du 21 mars ou à peu près ? C'est là la question essentielle qu'il convient de poser si l'on veut comprendre le mécanisme de la réforme calendaire. Bien que le souci principal de la commission papale ait été de replacer le jour de Pâques au printemps et de l'y garder, c'était en fait la date de l'équinoxe qu'il fallait stabiliser pour parvenir à ce résultat.

Vraisemblablement, aucune réforme n'aurait eu lieu en 1582 si les fêtes pascales n'avaient pas été en cause. L'erreur d'environ 11 jours qui s 'était creusée dans le calendrier julien, entre le Concile de Nicée en 325 et 1582, restait faible et la différence entre la date inscrite au calendrier et le passage des saisons ne se faisait guère sentir; en fait, si le calendrier julien était resté en usage jusqu'à nos jours, le décalage ne serait actuellement que de deux semaines : ce laps de temps serait encore trop faible pour que les habitants de l'hémisphère Nord le perçoivent comme un déplacement des dates du printemps vers l'été. L'erreur cependant était amplifiée pour Pâques puisque sa célébration dépendait d'une date fixe attribuée à l'équinoxe de printemps.

...

La bulle pontificale du 24 fŽvrier 1582 ordonnait aux ChrŽtiens d'Europe d 'adopter le calendrier grŽgorien ˆ partir du 15 octobre 1582 (ou en 1583). La bulle fut rŽimprimŽe pour figurer dans le tome V de l'Opera mathematica de Christoph Clavius, jŽsuite et astronome,...

Chez nous, ni les patriarches, ni les conciles ne peuvent jamais introduire quoi que ce soit de nouveau, car chez nous, le conservateur de la piété du corps du Christ est présent lui-même; c'est le peuple, qui veut toujours maintenir sa foi intacte, d'accord avec la foi de ses pères.

Encyclique du 6 mai 1848

L'ORTHODOXIE, LA VRAIE FOI

L'Orthodoxie est un filtre puissant par lequel l'homme et la nature se purifient de la scorie du péché et s'éclairent pour se parfaire. L'Orthodoxie est l'expression réelle et la plus appropriée, la plus profonde et vitale de la spiritualité, qui est par essence chrétienne.

Dans l'Orthodoxie, il existe une communion des saints. La pure vierge Marie, qui a été choisie pour porter le Fils de Dieu, est «plus glorieuse que les séraphins», et nous devons la vénérer. Aux saints qui intercèdent pour nous devant le Seigneur, nous témoignons des sentiments de respect et de reconnaissance.

Parmi les trésors de l'Orthodoxie, le culte divin orthodoxe tient un rôle important. Par sa beauté et sa diversité, celui-ci est unique dans la chrétienté. C'est la manifestation de la beauté spirituelle dans sa plénitude. Pendant le déroulement du culte divin, les croyants vivent réellement les événements de la vie terrestre du Sauveur. Chaque année, il atteint son apogée au moment de la fête de la résurrection divine, pendant laquelle il répand sur les chrétiens les rayons de la lumière, de la vie et de la joie du printemps éternel.

L'édifice merveilleux de l'Orthodoxie est élevé sur le grand fondement de la foi et des préceptes du Christ et sur le zèle et les sacrifices de tous les apôtres. L'Orthodoxie est la réunion de la foi et de l'action religieuse laborieuse du saint apôtre Pierre, avec la haute compréhension du saint apôtre Paul et avec l'amour infini du saint apôtre et évangéliste Jean.

L'Orthodoxie est la nouvelle vie en Christ . L'Orthodoxie est la Vérité, le Bien et la Beauté révélés de Jésus Christ et de ses disciples et fixés par les conciles oecuméniques.

L'Orthodoxie, c'est la vie dans la Grâce du Christ qui nous purifie tel un feu mystérieux et nous élève sur les sommets de la sainteté et de la vertu. Elle est la personnification continue du Verbe et de son sacrifice permanent pour notre régénération; la réunion de ceux d'en bas avec ceux d'en haut ainsi que notre aspiration incessante à la réalisation de notre ressemblance à Dieu.

L'Orthodoxie est l'empire divin des idées, l'image du monde angélique, c'est un ciel de Grâce.

L'Orthodoxie est l'Église de l'amour pour les hommes qu'elle considère comme frères, sans tenir compte de leur race, langue ou nation. Elle repousse la haine, l'intolérance, le chauvinisme national ou religieux, conformément aux saintes Écritures qui disent : «Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi» (Mt 6,14).

L'Orthodoxie propage la justice et la liberté des hommes et des peuples, en luttant contre l'oppression de l'homme par l'homme.

L'Orthodoxie est l'Église de la paix. La paix est l'idéal de notre vie chrétienne et le meilleur climat où peut se développer un avenir heureux pour tous. C'est pour cela qu'elle condamne tout désordre et toute destruction.

Père Olivian Bindiu

Indulgent, charitable pour les hommes qui se trompent, nous croyons obéir à un vrai sentiment de charité en poursuivant à outrance l'erreur qui trompe les hommes : «Dire la vérité, comme l'écrivait le patriarche Photos au pape Nicolas, c'est le plus grand acte d'amour.»

V. Guettée (La papauté schismatique p. XV)

LA RÉNOVATION DE LA VIE

La promesse de Dieu pour la rénovation de la vie, exprimée déjà dans les prophéties de l'Ancien Testament, fut réalisée dans l'évangile après la Victoire de Jésus Christ sur la Croix, sa Résurrection, son Ascension et après l'envoi du saint Esprit aux apôtres à la Pentecôte. Depuis lors, pendant 2000 ans, la sainte Église apostolique et orthodoxe à l'aide des saints sacrements, institués par Jésus Christ, appelle ses enfants à cette rénovation de la vie, qui est une coopération de la grâce de Dieu et de la liberté humaine. Ce combat spirituel va continuer jusqu'à la fin de l'histoire humaine, «jusqu'à ce que tout soit accompli.» (Mt 5,18). «Ensuite viendra la fin, quand Il remettra la royauté à Dieu le Père après avoir détruit toute domination, toute autorité, toute puissance. Car il faut qu'Il règne, jusqu'à ce qu'Il ait mis tous ses ennemis sous ses Pieds. (I Cor 15,24-25).

Au chapitre 21 de l'Apocalypse, saint Jean lÕévangeliste décrit «le ciel nouveau et la terre nouvelle» - L'univers en gloire après le Dernier Jugement. Cet événement sera le grand miracle de Dieu : la «transfiguration» de toute la création en incorruptibilité.» Cet événement futur est aussi mentionné par saint Pierre : «É les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se fondront. Mais nous attendons, selon sa promesse, des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habite.» (II Pi 3,12-13). Saint Paul le dit également aux chrétiens de Rome : «ÉCar la création aussi sera libéré de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu.» (Rom 8-21-22)

Les fidèles de l'Église orthodoxe reçoivent la sanctification par leur participation correcte aux «énergies incréées» de la sainte Trinité. (L'homme ne peut participer à l'Essence divine). Cette vérité fut proclamée par tous les saints pères de l'Église à travers les siècles, pour culminer à la théologie de saint Grégoire Palamas, évêque de Thessalonique au 14e siècle. La théologie sur les énergies incrées fut officiellement fixée par les trois synodes de Constantinople au 14e siècle et fut exprimée d'une façon merveilleuse au cours de dix siècles par l'art byzantine (4-14e siècle après J.C.).

Irène Economides

Note :

L'art byzantine, art liturgique, ne représente pas le monde tel qu'il est (comme l'art occidental après le schisme), mais l'homme et le monde sanctifiés et transfigurés par la participation juste aux saints sacrements de l'Église orthodoxe. Il s'agit de «l'homme nouveau en Christ dont parle l'apôtre Paul. Cette «transfiguration» commence dès ici-bas, dans la vie sacramentelle des fidèles orthodoxes, mais elle sera accomplie en présence de la sainte Trinité aux cieux, selon les promesses de Dieu, (voir surtout les deux derniers chapitres de l'Apocalypse, 21 et 22). Et nous savons des saintes Écritures, que Dieu tient toutes ses promesses.


EXPLICATION DU PSAUME 132

saint Jean Chrysostome

ÇOhÊ! qu' il est beau, qu' il est doux (suivant une autre versionÊ: ÇOh ! qu'il est bon, et qu'il est beau), pour des frères d'habiter ensemble ! » (verset 1)

Il est bien des choses qui sont belles sans être agréables; d'autres sont agréables, mais dépourvues de la véritable beauté, et ces deux qualités se trouvent difficilement réunies. Ici, au contraire, l'agrément et la beauté morale se rencontrent dans un même objet. En effet, un des principaux caractères de la charité, c'est que féconde en fruits précieux, la pratique en est encore douce et facile. Le Psalmiste en fait donc ici l'éloge. Or le bonheur n'est pas seulement d'habiter une même maison, de demeurer sous un même toit, mais d'habiter ensemble, c'est-à-dire dans un véritable communauté de sentiments et d'affection, car voilà ce qui ne fait de tous qu'une seule âme. Voilà ce qui est beau, voilà ce qui est agréable, et le prophète cherche à rendre cette vérité frappante par des exemples, par des images sensibles placées pour ainsi dire sous les yeux des auditeurs. « C'est comme le parfum précieux qui de la tête d'Aaron se répandit sur sa barbe, ibid., 2, et qui descendit ensuite sur le bord de son vêtement. » Ibid., 3. C'est en qualité de grand prêtre qu'Aaron répandait sur lui ce parfum qui découlait de toutes parts, et cette onction était comme un charme qui le rendait non seulement agréable, mais aimable à tous ceux qui le voyaient. Ce parfum répandu sur Aaron lui donnait un extérieur distingué, un visage brillant, une odeur des plus suaves, et un attrait qui charmait tous les yeux. Or, de même que ce spectacle n'est pas seulement agréable à la vue, mais réjouit les yeux, ainsi cette concorde mutuelle répand dans l'âme une joie véritable.

«C'est comme la rosée d'Hermon qui descend sur la montagne de Sion.» Ibid., 4. Le Roi-prophète apporte une autre comparaison non moins belle, et qui offre aux yeux un spectacle des plus gracieux. Ce n'est point sans motif qu'il emploie ce langage. Avant la captivité, dix tribus vivaient séparées des deux autres. Cette division fut la cause d'une multitude de crimes, et un principe de révoltes, de séditions et de guerres continuelles. Il cherche donc à prévenir le retour de ces luttes, de ces divisions intestines; il exhorte le peuple à vivre dans l'union, dans la concorde, dans l'obéissance à un seul chef, à un seul roi. Il veut que la charité s'étende dès maintenant et à jamais comme la rosée qui se répand partout. Il compare la charité à un parfum et à la rosée pour exprimer d'un côté l'odeur suave qu'elle exhale, de l'autre le repos et le charme qu'elle donne à la vue. «Car c'est là que Dieu attache la bénédiction et la vie.» Que signifie cette expression : «Là» Dans cette maison, dans cette union, dans cette communauté de demeure et de sentiments. C'est là vraiment qu'est la bénédiction, comme la malédiction se trouve attachée aux dispositions contraires. Aussi l'Écriture fait ailleurs l'éloge de cette union mutuelle: «La concorde des frères, l'amour des proches, un mari et une femme qui n'ont qu'un coeur et qu'une âme.» (Ec 25,2). Dans un autre endroit, elle fait ressortir la force de cette union à l'aide de ces expressions figurées : «Si deux dorment ensemble, ils s'échaufferont l'un l'autre. Un triple lien est difficilement rompu.» (Ec 4,11-12). Vous voyez ici à la fois la douceur et la force de cette union, une grande douceur dans le repos, une force extraordinaire dans l'action. Nous lisons encore ailleurs : «Le frère qui est aidé par son frère est comme une ville forte.»(Pro 12,49). Jésus Christ nous dit Lui-même : «Là où deux ou trois seront réunis en mon Nom,Je Me trouve au milieu d'eux.» (Mt 18,20). Enfin la nature elle-même nous fait une loi de cette union. Aussi lorsque Dieu forma l'homme au commencement, Il dit : «Il n'est pas bon que l'homme soit seul.» (Gen 2,8). Et lorsqu'Il créa l'être que nous appelons la femme, il l'unit à l'homme par des liens étroits, ceux de la nécessité, et nous rattacha de mille manières les uns aux autres.

Le prophète ajoute on ne peut plus heureusement : «Et la vie à jamais.» Car où se trouve la charité se trouve aussi la sécurité la plus parfaite, et le secours assuré du ciel. La charité, c'est la mère, la source, la racine de tous les biens, c'est la cessation de toutes les guerres, l'anéantissement de toutes les dissensions. C'est ce que le Prophète veut nous faire entendre par ces paroles : «Et la vie à jamais.» Car de même que les dissensions et les guerres soit un principe de mort, la charité, l'union des coeurs, sont une source de paix et de concorde, et la concorde et la paix sont toujours accompagnées d'une vie à l'abri de tout danger, pleine de confiance et de sécurité. Et qu'est-il besoin de parler des biens de la vie présente ? La charité nous met en possession du ciel et de ses biens ineffables, et elle est la reine des vertus. Instruits que nous sommes de ces précieux avantages, attachons-nous à la pratique de la charité, pour jouir par elle des biens de la vie présente et de ceux de la vie future. Puissions-nous tous les obtenir par la Grâce et la Bonté de notre Seigneur Jésus Christ avec lequel gloire soit au Père et au saint Esprit dans les siècles des siècles. Amen.


LA CATHÉDRALE RETROUVÉE

Conformément au calendrier julien, les orthodoxes moscovites ont fêté Noël ce 7 janvier* (selon le calendrier civile, ce qui équivaut au 25 décembre selon le calendrier de l'Église). Pour la première fois depuis soixante-cinq ans ils ont pu renouer avec la tradition pré-bolchévique, en se réunissant à plusieurs milliers au pied de la cathédrale du Saint-Sauveur enfin reconstruite. Insensibles au froid, les fidèles ont assisté à la pose symbolique de la dernière brique de l'édifice et à la bénédiction des cloches, avant de suivre, les larmes aux yeux, une liturgie solennelle qui a duré trois heures.

Du tsar à Staline

C'est pour commémorer la victoire de ses troupes contre Napoléon qu'Alexandre Ier décide en 1812 de faire élever une immense cathédrale sur les rives de la Moscova, à deux pas du Kremlin. Le tsar meurt en 1825, sans avoir vu ses voeux réalisés. C'est son frère, Nicolas Ier qui reprend le projet en confiant en 1830 à l'architecte Konstantin Ton le soin de dessiner des plans. Les travaux durent plus de cinquante ans, mais le résultat est à la hauteur des moyens engagés. L'État, qui a offert 90 % des 15,2 millions de roubles-or nécessaires, a aussi sollicité les peintres et sculpteurs les plus fins du pays pour assurer la décoration intérieure et graver les treize portes de bronze. En 1883, Alexandre III, petit-fils de Nicolas Ier, est couronné dans la plus grande cathédrale de Russie. Haute de 103 mètres et éclairée intérieurement grâce au feu de trois mille chandeliers, elle peut accueillir 7 000 fidèles dans sa nef. Ses cinq coupoles dorées sont visibles de loin, et le son de ses vingt-quatre cloches est vite célèbre. En quelques années «le» Saint-Sauveur devient le lieu de culte préféré des Russes.

Lorsque Joseph Staline arrive au pouvoir, la cathédrale, qui ne correspond pas du tout au paysage urbain et laïc dont rêve le «petit père des peuples», devient le centre nerveux de la résistance au marxisme. Staline, ancien séminariste, charge des artificiers de dynamiter l'édifice le 5 décembre 1931. Pour beaucoup d'orthodoxes c'est la fin de l'espoir. De nombreux popes cessent à cette date précise de résister. Le peuple comprend que le marxisme s'installe pour de bon.

A la place de la cathédrale Saint-Sauveur, Staline caresse le rêve de voir s'élever un gigantesque palais des soviets. Il adopte les plans ambitieux de Boris Iofan, qui consistent en un édifice plus haut que la tour Eiffel, surmonté d'une statue de Lénine plus grande que la statue de la Liberté des Américains. L'idée d'aménager une salle de conférence dans la tête de Lénine et une bibliothèque dans le pouce du chef de la révolution d'octobre l'enthousiasme. On creuse donc l'emplacement dégagé par la destruction de la cathédrale, mais on est obligé de constater que jamais le sol mou des bords de la Moscova ne pourra soutenir un édifice de 430 mètres de haut. Puis l'invasion allemande en 1941 se charge d'occuper Staline à autre chose qu'à des modifications de plans. Le terrain reste vague.

Nikita Khrouchtchev arrive à son tour au pouvoir en 1953. En leader«soucieux du bonheur du peuple» il décide de reconvertir les fondations staliniennes en piscine découverte. L'hiver, l'eau tiède de la cuve dégage un épais brouillard au contact de l'atmosphère glacée. Cela n'empêche pas les moscovites de s'y baigner, pendant que les agents occidentaux - si l'on en croit les archives du KGB - y donnent rendez-vous à leurs correspondants pour parler... en toute discrétion.

Reconquête

Au début des années 90, la reconstruction de la cathédrale devient l'obsession d'un groupe de fidèles déterminés. Le maire de Moscou, Iouri Loujkov, autorise la construction d'une modeste chapelle au bords de la piscine. Puis Boris Eltsine admet l'idée de fermeture de la piscine au profit de la reconstruction de la cathédrale. C'est paradoxalement le patriarche Alexis II qui a été le dernier à défendre l'idée. Le 7 janvier 1995, en posant la première pierre, il s'est contenté de commenter sobrement l'ouverture du chantier en précisant qu'il correspondait «au besoin exprimé par la population».

A ce chantier, les ouvriers se sont relayés pour travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre, du jamais vu en Russie. Le financement de cette seconde cathédrale du Saint-Sauveur est essentiellement privé. De messages télévisés en concerts de rock au profit des travaux, de très nombreux fidèles se sont laissé convaincre que la poignée de roubles qu'ils pouvaient consacrer au projet était indispensable. On se souvient (IOTA UNUM n° 306) que les cinquante kilos d'or nécessaires à la décoration de la coupole ont été offerts par la banque Stolichny qui gère aussi les comptes du patriarcat. Alexandre Smolensly, directeur de cette banque, a expliqué son geste : «Je le fais pour m'assurer qu'il n'y aura pas de retour en arrière».

La présence des politiciens au premier Noël a achevé de rassurer la population. De toute part on a assuré que les finitions seraient prêtes pour saluer le 850e anniversaire de Moscou, l'année prochaine. L'inauguration officielle de la cathédrale du Saint-Sauveur est prévue pour le 4 septembre 1997.

 

Bénédicte Dem (Dans IODA UNUM N° 323)


LES SEPT JOURS DE LA CRÉATION

(suite et fin)

Dans : Valeurs Actuelles du 23 décembre 1994

LE QUATRIEME JOUR

Puis Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue des cieux, pour séparer le jour d'avec la nuit; et qu'ils servent de signes, et pour les saisons, et pour les jours, et pour les années; et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue des cieux, pour éclairer la terre; et cela fut ainsi. Et Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour dominer sur le jour, et le petit luminaire pour dominer sur la nuit; il fit aussi les étoiles. Et Dieu les mit dans l'étendue des cieux, pour éclairer la terre; Et pour dominer sur le jour et sur la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres; Et Dieu vit que cela était bon. Et il y eut un soir, et il y eut un matin; ce fut le quatrième jour. (Genèse. 1, 14-19.)

Le quatrième jour de la Création a trait au soleil et à la lune et à leurs fonctions dans le ciel. Le texte biblique soulève les questions suivantes.

La formation du système solaire, incluant le soleil et la lune, correspond à une étape antérieure de la cosmologie (le « deuxième jour »). S'il en est bien ainsi, quel événement astronomique peut être associé avec le quatrième jour de la Création ?

Nous lisons que les fonctions de la lune et du soleil comprennent la détermination « des saisons, des jours et des années » (1,14).

DEUX GRANDS «LUMINAIRES», LA LUNE ET LE SOLEIL

Il est évident que le soleil remplit ce rôle, mais pourquoi la lune est-elle également mentionnée ? La lune n'a pas la moindre influence sur la durée du jour ou de l'année; les deux sont déterminées uniquement par le mouvement de la terre par rapport au soleil.

On se réfère au soleil et à la lune en parlant « des deux grands luminaires » (1, 16), mais immédiatement derrière dans le même verset, on les appelle « le grand luminaire » (le soleil) et « le petit luminaire » (la lune).

Pourquoi le soleil et la lune ont-ils, dans un premier temps, été mal décrits, comme s'ils étaient de même taille, et seulement après, différenciés en un « grand » soleil et une « petite » lune ?

Il para”t Žvident que le jour compte 24 heures, que l'annŽe est composŽe de 365 jours, que l'aiguille d'une boussole pointe toujours vers le nord et que dans l'hŽmisphre nord l'ŽtŽ commence en juin et l'hiver en dŽcembre. Mais il n'en a pas toujours ŽtŽ ainsi. Des indices gŽologiques permettent de penser qu'au milieu de l're palŽozo•que, voici environ 300 millions d'annŽes, le jour n'avait que 21 heures, tandis que l'annŽe comptait plus de 400 jours. L'Žtude des sŽdiments marins montre que le p™le magnŽtique s'est dŽplacŽ. Il y a eu des pŽriodes o l'ŽtŽ commenait en dŽcembre dans l'hŽmisphre nord, et l'hiver en juin

DES COINCIDENCES REMARQUABLES

Si les années, les jours et les saisons sont fondamentalement réglés par la double rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil, les modifications qu'ils ont pu subir au cours de l'histoire du globe semblent dues notamment à l'attraction de la lune. Cette hypothèse a été formulée voici plus d'un demi-siècle par l'astronome yougoslave Milutin Milankovitch, puis modélisée de façon définitive en 1976 par John Imbrie J. D. Hays et N. J. Shackleton. En 1986, Imbrie a reçu, pour ce travail, le prix de l'Union géophysique américaine, le « Nobel » de la géophysique.

L'apparition puis l'évolution de l'homme sur la terre sont directement liées au climat, qui est lui-même fonction, selon la théorie de Milankovitch-lmbrie, de l'inclinaison de l'axe de la terre. Considéré dans la longue durée, l'âge dans lequel l'homme vit actuellement, l'holocène, commencé voici 10 000 ans environ, est une période chaude succédant à une période glaciaire. Cette « chaleur » semble avoir été une condition indispensable du développement exponentiel des sociétés humaines.

«La Bible incorpore la notion du développement des animaux à partir d'espèces précédentes...»

Le récit biblique coïncide donc avec l'état actuel de la science à propos de couple soleil-lune, du rapport précis que ces deux astres entretiennent avec le globe terrestre. Non moins saisissante - et exacte - est la mention des « deux luminaires », d'abord présentés sur un pied d'égalité, puis sur un pied d'inégalité.

Un corps astronomique est caractérisé par sa grandeur réelle et par sa grandeur apparente. La grandeur apparent, est la grandeur telle qu'elle apparaît à un observateur situé sur la terre. C'est pourquoi la taille apparente d'un objet est donnée par le rapport entre sa grandeur réelle et sa distance le séparant de la terre. Elle est mesurée par l'angle que cet objet sous-tend par rapport à la position d'un observateur terrestre.

Appliquant ce concept au soleil et à la lune, on trouve des coïncidences remarquables. Les tailles apparentes du soleil et de la lune sont exactement les mêmes. Chacun de ces corps astronomiques a une grandeur apparente de 0,53 degré. Bien que le diamètre du soleil soit 400 fois plus grand que celui de la lune, le soleil est également 400 fois plus loin de la terre. L'égalité de cette grandeur apparente est très frappante pendant une éclipse totale du soleil. Le fait que le disque de la lune recouvre exactement le disque du soleil-ni trop grand, ni trop petit - est responsable des effets visuels qui captivent tous les observateurs d'une éclipse totale du soleil.

Les versets bibliques qui décrivent le soleil comme « le grand luminaire » et la lune comme « le petit luminaire » se réfèrent à leurs grandeurs réelles.

LE CINQUIEME JOUR

- Puis Dieu dit: Que les eaux produisent en abondance des êtres vivants; et que les oiseaux volent sur la terre devant l'étendue des cieux. Et Dieu créa les animaux marins, et tous les êtres vivants qui se meuvent, dont les eaux foisonnèrent selon leur espèce, et tout oiseau ailé selon son espèce; et Dieu vit que cela était bon.

Et Dieu les bénit en disant: Croissez et multipliez, et remplissez les eaux des mers; et que les oiseaux multiplient sur la terre. Et il y eut un soir, et il y eut un matin; ce fut le cinquième jour. (Genèse 1, 20-23.)

L'événement associé avec le cinquième jour et le début du sixième jour de la Création est la formation du règne animal. En contraste avec la théorie de l'évolution de Darwin, les données bibliques assurent que la création de chaque espèce animale connue de nos jours est un acte divin.

Depuis la publication de l'Origine des espèces en I859, le darwinisme a été affiné et corrigé. Mais aujourd'hui, ce sont des éléments centraux de la théorie qui sont en « crise », mis en question par des données scientifiques. Stephen Gould observe que « I'extrême rareté des formes transitionnelles dans les fossiles continue d'être un des secrets de la paléontologie »: « les arbres évolutionnaires qui illustrent les livres ne sont pas preuves... et n'ont pas été vues dans les rochers. » Nils Eldredge remarque que « de grands groupes - I'ordre des mammifères, par exemple - apparaissent trop soudainement... pour que l'on rationalise ce fait en termes de modification graduelle due à l'adaptation ».

Steven Stanley parle quant à lui dans la Nouvelle Chronologie de l'évolution (Basic Books) de « I'échec général de montrer à travers des fossiles la transition graduelle d'un groupe majeur à un autre ». Il ajoute: « Les fossiles révèlent que des espèces survivent pendant cent mille générations ou même des millions sans beaucoup évoluer. »

Inversement, la disparition des espèces ne semble pas nécessairement liée à « l'élimination des moins aptes », comme le postulait le darwinisme classique. Sept extinctions massives et soudaines d'espèces au moins ont eu lieu depuis l'apparition de la vie sur la terre. Le Prix Nobel Luis Alvarez, de l'université de Californie, a lancé en 1984 I'hypothèse - aujourd'hui très largement vérifiée - selon laquelle la collision de la terre avec une météorite géante a provoqué l'extinction des dinosaures et de beaucoup d'autres espèces à la fin du mésozoïque.

FAIRE DU COMPLEXE A PARTIR DU SIMPLE

Si l'on s'en tient à une théorie moins restrictive de l'évolution, impliquant seulement que les animaux actuels se sont développés à partir de formes animales plus anciennes, le texte biblique n'est pas incompatible avec les données scientifiques.

En ce qui concerne la formation des créatures marines primitives, nous lisons dans la Genèse que Dieu les créa (1, 21), en hébreu, bura. En ce qui concerne les animaux terrestres qui se sont formés après, nous lisons que Dieu les fit (1, 25), en hébreu, assa. Les verbes créer et faire dénotent deux processus très différents. La création implique quelque chose de fondamentalement neuf, soit physiquement (comme dans la création ex nihilo), soit dans sa conception (comme dans la création d'une nouvelle entité, comme la vie).

Par contre, le processus de faire implique la fabrication de quelque chose de complexe à partir de quelque chose de simple (comme dans la fabrication de meubles à partir de morceaux de bois).

La présentation ci-dessus suggère l'interprétation suivante du texte biblique.

La première expression, « Dieu créa », en relation avec les créatures marines, peut être comprise comme se référant à la création de la vie animale elle-même, qui est apparue initialement dans le milieu marin. L'expression suivante, « Et Dieu fit », en relation avec les animaux terrestres, peut être comprise comme se référant à la formation des diverses espèces terrestres à partir des espèces marines primitives.

Cette interprétation du texte biblique, qui ne dévie pas du sens littéral des mots, incorpore la notion que les animaux connus de nos jours se sont développés à partir d'espèces précédentes.

LE SIXIEME JOUR

- Puis Dieu dit: Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, bétail, reptiles et animaux de la terre selon leur espèce; et cela fut ainsi. Et Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce; le bétail selon son espèce, et tous les reptiles du sol selon leur espèce; et Dieu vit que cela était bon.

Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les animaux marins, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Et Dieu créa l'homme à son image; il le créa à l'image de Dieu; il les créa mâle et femelle. Et Dieu les bénit; et Dieu dit: Croissez et multipliez, et remplissez la terre, et l'assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Et Dieu dit: Voilà, je vous ai donné toute herbe portant semence, qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre qui a en soi du fruit d'arbre portant semence; ce sera votre nourriture. Et à tous les animaux des champs, et à tous les oiseaux des cieux, et à tout ce qui se meut sur la terre, qui a en soi une âme vivante, j'ai donné toute l'herbe verte pour nourriture et cela fut ainsi; Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voici, c'était très bon. Et il y eut un soir, et il y eut un matin; ce fut le sixième jour. (Genèse, 1, 24-31.)

Le développement du règne animal s'est effectué en deux étapes. La première étape s'est terminée à la fin du paléozoïque et vit l'apparition des animaux marins et des insectes. Cette étape est caractérisée par deux explosions spectaculaires de la population de la terre: I'apparition soudaine de la vie marine et, plus tard, des insectes, et dans quelle abondance.

La deuxième étape de la formation des animaux eut lieu après l'ère paléozoïque, qui a vu la colonisation des terres par de nombreuses espèces d'animaux terrestres. Les animaux dominants étaient de grands reptiles et de grands mammifères. Pendant cette seconde phase, aucune explosion de population, d'aucune sorte, ne s'est produite.

À cause des différences spectaculaires dans la nature des animaux dominants dans chacune des deux étapes, les géologues les considèrent comme deux ères différentes. Les deux étapes bibliques du développement animal sont exactement parallèles aux deux étapes ainsi définies.

Le sixième jour de la Création concerne plus particulièrement l'homme.

Nous lisons que « Dieu créa l'homme... à l'image de Dieu » ( 1, 27), ce qui implique clairement que l'homme est unique parmi les créatures vivantes. Mais cela semble aller à l'encontre de la continuité biologique qui existe entre les animaux et l'homme.

Nous lisons que « Dieu les bénit (Adam et Eve), leur ordonnant de remplir et de soumettre la terre » (1, 28). Quel sens peut-on attribuer à cette bénédiction ?

Les hominiens - qui ressemblent à l'homme - ne comprennent actuellement qu'une seule espèce vivante. C'est l'homme contemporain dont la désignation scientifique est Homo sapiens.

DES DONS APPARUS DE FACON SOUDAINE

Cette espèce est apparue de soudaine voici 40 000 ans seulement. Elle avait été précédée par une espèce hominienne à la fois très proche et totalement différente, I'homme de Néandertal, qui a vécu pendant 60 000 ans environ, avant de disparaître de façon soudaine. La disparition « abrupte » du néandertalien et l'apparition brusque de l'Homo sapiens coïncident dans le temps, sans qu'on puisse établir une relation de cause à effet.

Niles Eldredge, du Museum américain d'histoire naturelle, Steven Stanley, de l'université Johns Hopkins, et David Pilbeam, de Harvard, sont d'accord pour estimer qu'aucune « relation ancestrale » ne peut exister entre les deux espèces. Stanley écrit: « Notre menton effilé, nos faibles arcades sourcilières, notre front haut et bombé n'apparaissent jamais chez les autres hominiens. Ces particularités sont imprévisibles sur la base de ce qui les a précédé. »

L'homme de Néandertal utilisait quelques outils - des pierres taillées - et semble avoir eu quelques préoccupations « culturelles » : en particulier, il enterrait ses morts. Mais ce niveau n'est pas fondamentalement différent de celui de certaines espèces de singes: Eldredge note que les chimpanzés « écorcent et préparent des rameaux pour attraper des termites » tandis que les singes capucins et les babouins « utilisent des pierres pour ouvrir des noix ou enlever leur dard à des scorpions en vue de les manger ». N. Toth, dans un article publié en 1987, observe que « certains chimpanzés fabriquent des outils pour les utiliser plus tard... Et qui plus est, cette attitude est apprise: les jeunes chimpanzés deviennent habiles en imitant leurs aînés ».

En revanche, I'Homo sapiens a fait preuve immédiatement d'une inventivité technologique et culturelle extraordinaire. En l'espace de 30 000 ans - la moitié de la durée totale d'existence des néandertaliens - il crée des outils de pierre de plus en plus complexes, domestique le feu, invente l'habillement, l'art (« aucune caverne n'a jamais été décorée par des néandertaliens ») et enfin l'agriculture. Au cours des 10 000 ans qui suivent, il invente - de façon cumulative - l'élevage, la métallurgie, la roue, l'écriture, l'architecture, avant d'en arriver à la machine à vapeur, à l'électricité et aux ordinateurs.

Quand la Bible dit que « l'homme a été créé à l'image de Dieu », Dieu créateur et omniscient, elle fait allusion à ces dons mentaux exceptionnels, apparus de façon soudaine.

Les commentateurs traditionnels de la Bible ont noté que le verbe hébraïque bara - signifiant « créer totalement, là ou rien n'existait auparavant » - est employé à propos de la création de l'homme. Ils estiment tous que cette expression ne peut s'appliquer au corps de l'homme, qui s'inscrit dans une continuité biologique avec le reste de l'univers, mais à son esprit, qui est, lui, hétérogène par rapport à toutes les formes de vie antérieures.

LE SEPTIEME JOUR

Ainsi furent terminés les cieux et la terre, avec tout ce qu'ils renferment. Dieu mit fin, le septième jour, à l'oeuvre faite par lui, et I1 se reposa, le septième jour, de toute l'oeuvre qu'il avait faite. Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu'en ce jour il se reposa de l'oeuvre entière qu'il avait produite et organisée.

(Genèse, 2, 1-3.)

Ayant créé le monde en six étapes, Dieu consacre une septième étape à un « repos » qui est aussi une sanctification et une bénédiction. L'homme, créé à l'image de Dieu, sera appelé à se conduire de manière identique, en agissant les six premiers jours de la semaine et en réservant le septième jour - le sabbat des juifs, le jour du Seigneur chrétiens - à la vie spirituelle.

LE DIVIN PRIVILEGE DU SENS DE LA MORALE ET DE LA RESPONSABlLITÉ

Ce qui est remarquable, c'est que celle-ci semble être un besoin inné chez l'homme, quels que soient par ailleurs ses échecs et ses erreurs dans ce domaine.

L'homme, et seulement l'homme, est capable de prendre des décisions fondées sur les principes abstraits du bien et du mal. Un homme peut sacrifier son bien-être personnel, et même jusqu'à sa vie, pour des raisons morales.

La condition terrible de millions de personnes mourant de faim en Afrique a généré un appel à l'aide qui a fait le tour du monde. Ces Africains n'ont absolument rien en commun avec l'Américain ou l'Européen moyen - ni la race, ni la religion, ni le langage, ni l'idéologie, ni le style de vie. Pourtant, la vue d'enfants mourant de faim sur l'écran de la télévision touche le coeur du téléspectateur, et sa conscience « exige » de lui qu'il contribue à aider ceux qui souffrent.

De toutes les espèces du règne animal, seul l'homme est aux prises avec des problèmes de morale. Et seul l'homme possède les facultés spirituelles qui lui permettent de faire des jugements moraux. Ce divin privilège et le sens de la responsabilité qui l'accompagne sont à nous seuls, parce que seul l'homme a été « créé à l'image de Dieu ».

« Regarde, j'ai mis aujourd'hui devant toi la vie et le bien, ainsi que la mort et le mal... C'est pourquoi il faut que tu choisisses la vie. » (Deutéronome 30, 15-19 )