Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 64

MAI 1995

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

ÉDITORIAL

HOMÉLIE SUR LA PENTECOTE

TOURISME SEXUEL

SHOKO ASAHARA

LE SACREMENT DU SACERDOCE

LE CALENDRIER DE L'ÉGLISE

IL EST DIGNE


ÉDITORIAL

Après l'éclaircissage des pêches, il me reste juste le temps pour publier ce bulletin, avant de travailler, pendant l'été, dans le ramassage des pêches. La peinture des fresques à l'ermitage a dû, une fois de plus, être rapportée aux calendes grecques. Pendant l'été, il y aura, plaise à Dieu une colonie d'enfants au foyer, pendant que quelques fidèles iront en Grèce.

Les fêtes de Pâques se sont bien passées comme montre le photo.

Pour la fête de Pentecôte, aussi importante que Pâques, nous serons moins nombreux, je pense. On fera ce qu'on peut et l'Esprit saint suppléera à nos faiblesses.

Autant j'ai peiné pour m'habituer au silence et à la solitude, à travers les années de ma vie d'ermite, autant cela me coûte maintenant d' apprendre à vivre avec les autres et à m'exprimer, d'une manière ou d'une autre, surtout après avoir goûté aux douceurs de la quiétude. Mais il faut être bousculé sans cesse, dans cette vie ici-bas, et constater chaque jour que nos idées et nos rêves ne coïncident pas nécessairement avec ce que Dieu veut de nous, dans sa Bonté. Il sait infiniment mieux que nous ce qui contribue à notre bien.

Bien à vous hm. Cassien

HOMÉLIE SUR LA PENTECOTE

«Et quand les jours de la Pentecôte furent accomplit, tous les disciples étaient ensemble dans le même lieu; et soudain un bruit fut entendu venant du ciel.» (Ac 2,1)

Qu'étaient-ce que ces jours de la Pentecôte ? C'était l'époque où il fallait porter la faucille dans les moissons, l'époque où il fallait recueillir les fruits. Telle est la figure; voici la vérité. Le temps étant venu de lancer la faux de la parole évangélique, de recueillir la moisson, l'Esprit lui-même prend son essor, pareil à une faux tranchante. «Levez vos yeux, disait le Sauveur, et voyez les campagnes déjà blanches pour la moisson.» A quoi Il ajoutait : «La moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux.» (Jn 4,35; Luc 10,2). Le premier, le Fils de Dieu lança la faux de la parole. Grâce à Lui, les prémices de notre nature furent, avec l'humanité dont Il s'était revêtu, transportées dans le ciel. C'est pour cela qu'il qualifie cette oeuvre de moisson. «Lorsque les jours de la Pentecôte furent accomplis;» à savoir, non point avant la Pentecôte, mais en quelque façon au coeur même de la Pentecôte. Il était convenable que ce prodige fût opéré en ce temps de solennité, afin qu'il eût pour témoins ceux-là mêmes qui avaient été témoins du supplice du Christ. «Et soudain un bruit fut entendu venant du ciel.» Pourquoi cette présence des symboles sensibles ? Les Juifs n'en dirent pas moins : «Ils sont pris de vin.» Que n'eussent-ils pas dit si les choses s'étaient passées autrement ? Du reste, ce ne fut pas un bruit ordinaire, ce fut un bruit venant du ciel; un bruit soudain qui excita sur-le-champ l'attention des disciples. «Et il remplit toute la maison.» C'est pour exprimer l'Impétuosité de l'Esprit.

Remarquez, je vous prie, que tous les disciples avaient été rassemblés en un même lieu, afin qu'ils crussent au miracle accompli sous leurs yeux, et afin qu'ils se montrassent dignes de la faveur qui leur était accordée. Ce ne fut pas tout : il se produisit une circonstance encore plus merveilleuse. «Et des langues leur apparurent, qui se partagèrent, pareilles à du feu.» Ibid., 3. Langage extrêmement précis que celui-ci : «Pareilles à du feu;» langage bien propre à écarter toute idée matérielle du divin Esprit. Ce fut comme du feu, ce fut comme un vent violent, écrit l'historien sacré; ce n'était donc pas un vent produit par une simple masse d'air en mouvement. Lorsque l'Esprit dut se manifester à Jean, Il se reposa sur la Tête du Christ sous l'apparence d'une colombe : lorsqu'il s'agit de convertir au Sauveur des foules entières, il apparaît sous la forme de langues de feu. «Et il Se reposa sur chacun d'eux»; Il y demeura, Il s'y établit; car se reposer dans ce sens, désigne un état fixe et permanent. Mais les douze furent-ils les seuls à recevoir l'Esprit de Dieu ? N'en fut-il pas de même des autres ? Assurément il en fut de même. Les cent vingt disciples le reçurent tous également. Pierre avait ses raisons quand il invoquait le témoignage du prophète : « Il arrivera dans les derniers jours, dit le Seigneur Dieu, Je répandrai mon Esprit sur toute chair, et vos fils prophétiseront, ainsi que vos filles; et vos jeunes gens verront des visions, et vos vieillards auront des songes.» (Jo 2,28). Dieu ne Se proposait pas seulement d'étonner les hommes, Il voulait surtout les remplir de grâce, et c'est pour cela qu'Il est venu dans l'Esprit saint et dans le feu.

«Et tous furent remplis du saint Esprit, poursuit l'écrivain sacré; et ils se mirent à parler diverses langues, selon que le saint Esprit les faisait parler.» (Ibid., 4). Aucun autre signe ne leur est donné, celui-là leur suffit; extraordinaire comme Il l'était, Il rendait tout autre signe inutile. «Il se reposa sur chacun d'eux,» conséquemment, Il Se reposa sur celui-là même qui n'avait pas été choisi. Aussi ne s'affligea-t-il pas de n'avoir pas eu le sort de l'heureux élu, de Matthias. «Et tous furent remplis,» est-il écrit encore. Ils ne reçurent pas la grâce de l'Esprit d'une manière quelconque; ils en furent remplis. «Et ils se mirent à parler diverses langues, selon que le saint Esprit les faisait parler.» Or, quoique les apôtres s'y trouvassent, l'historien n'eut point parlé de «tous», si les autres disciples n'eussent pas été gratifié de la même faveur. Ayant précédemment énuméré les douze en les désignant par leur nom, il les eût également désignés en particulier s'ils eussent été les seuls à recevoir l'Esprit de Dieu. Dès lors qu'il les a nommés pour marquer simplement leur présence, il les eût à coup sûr nommés pour marquer la différence survenue entre eux et les autres disciples. Observez une chose : c'est tandis qu'ils persévèrent dans la prière et qu'ils pratiquent la loi de la charité que l'Esprit descend au milieu d'eux. Les mots : «Comme du feu,» rappellent le souvenir d'une autre vision. Dieu aussi se montra sous l'apparence du feu dans le buisson. « É selon que l'Esprit les faisait parler.» Leurs paroles étaient tout autant de sentences. «Or, il y avait dans Jérusalem des Juifs, hommes religieux, qui y étaient venus.» (Ibid., 5). Leur présence dans la Ville sainte était une preuve de leur piété. Comment cela ? Parce qu'ils avaient quitté patrie, parents, amis, famille, pour y venir de tous les points de la terre. «Or, il y avait dans Jérusalem des Juifs, hommes religieux qui y étaient venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Ce bruit s'étant répandu, une multitude s'assembla et fut saisie d'étonnement.» (Ibid., 5,6). Ce prodige s'étant accompli dans une maison particulière, on y venait du dehors. La foule se trouva saisie d'étonnement, c'est-à-dire, tour à tour dans le trouble et l'admiration; ce que l'historien exprime aussitôt en ajoutant : «Car chacun les entendait s'exprimer en sa propre langue. Et une grande foule se forma, et ils disaient entre eux : Est-ce que tous ces hommes qui nous parlent ne sont pas des Galiléens ?» Ils faisaient allusion aux apôtres. «Comment se fait-il que nous les entendions parler chacun dans notre langue maternelle. Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie aussi bien que de la Judée, de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte, des régions libyennes voisines de Cyrène, étrangers venus de Rome, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons proclamer en nos langues la Gloire de Dieu. Et tous étaient dans la stupeur et l'admiration, et ils se disaient les uns aux autres : Que signifie ce qui se passe ?» Les voyez-vous accourus de l'Orient et de l'Occident ? « D'autres au contraire disaient en se moquant : C'est qu'ils sont pleins de vin.» (Ibid ., 7-13).

Les insensés ! les malheureux ! Certes, on n'était pas au temps des vendanges, puisque c'était la Pentecôte. Ce qu'il y avait de plus déplorable, c'est qu'ils se trouvaient être les seuls à s'exprimer de la sorte, tandis que tous les autres, Romains comme prosélytes, confessaient unanimement le caractère merveilleux de ce qui se passait; ceux-là seuls, sous les yeux desquels une infinité de miracles avaient été accomplis, s'écrient : «Ils sont pleins de vin.» Mais revenons sur les textes qui précèdent ce dernier. «Il remplit la maison.» Ce vent fut pour les apôtres comme une fontaine salutaire : le feu signifiait à la fois l'abondance et la véhémence. Il n'en fut point ainsi chez les prophètes; la manière suivant laquelle l'Esprit leur fut manifesté ne ressembla point à celle suivant laquelle Il fut manifesté aux apôtres. Un livre fut donné à Ézéchiel, et il mangea ce qu'il allait dire peu après : «Et ce fut pour sa bouche comme un miel adoucissant.» (Ez 3,3). C'est Dieu Lui-même qui, de sa Main, touche la langue d'un autre prophète. (Je 1,9). Ici l'Esprit saint intervient et Il se montre en dignité l'égal au

Père et du Fils. Ailleurs il est également question de lamentations, de cantiques, de malheurs. (Ez 2,9). Or, c'était avec raison que l'Esprit était communiqué aux prophètes par le moyen d'un livre; car ils avaient encore besoin de paraboles : de plus, ils n'avaient affaire qu'à un seul peuple, qui était le leur. Les apôtres au contraire, avaient affaire à l'univers entier, à des peuples qui leur étaient inconnus. Elisée reçut la grâce prophétique au moyen d'un manteau de peau de brebis; David la reçut avec l'huile sainte; Moïse fut appelé par le feu du buisson. (IV R 14, I R 16,13; Ex 3,2). Pour les apôtres, il en fut autrement : les langues de feu vinrent se reposer sur chacun d'eux. - Pourquoi ces langues ne remplirent-elles pas la maison tout entière ?-Parce qu'ils en eussent été effrayés, et que cette circonstance n'eût rien ajouté à l'effet qu'il convenait de produire. Ne vous arrêtez pas à ce qui est dit des langues de feu divisées qui se montrèrent aux regards des apôtres; songez plutôt à ceci, qu'elles étaient de feu. Or, il suffit d'une étincelle pour embraser une immense forêt. Il est dit encore à juste titre : «Des langues de feu divisées;» car elles émanaient d'une source unique : le Paraclet était cette source d'où toute grâce doit descendre.

Observez, je vous prie, que les apôtres durent d'abord se montrer dignes de recevoir l'Esprit; ils ne le reçurent qu'après cela. Pareillement pour David : ce qu'il faisait n'étant que simple berger, il le fit encore après sa victoire et son trophée, manifestant ainsi une foi complètement pure. Moïse, qui avait dédaigné le palais d'un roi, gouverna le peuple hébreu quarante ans après. Samuel fut élevé dans le temple; Elisée quitta tout, ainsi qu'Ézéchiel. (Ex 2,11; I R 3,3; III R 19,21). Qu'il en ait été même pour les apôtres, ce qui vient ensuite le prouve : eux aussi quittèrent tout ce qu'ils possédaient; quand ils eurent montré leur vertu, alors le saint Esprit leur fut donné. Les épreuves qu'ils avaient subies leur firent connaître la faiblesse humaine; en même temps, ils apprirent que le bien accompli par eux ne restait pas sans récompense. Saul reçut aussi l'Esprit, mais seulement lorsqu'il eut été affirmé qu'il était homme de bien. Comme les disciples le reçurent au jour de la Pentecôte, aucun personnage de l'Ancien Testament ne l'a reçu, pas même Moïse, qui fut plus grand que les prophètes. Loin de parvenir à rendre les Hébreux moins charnels, il perdit lui-même de son élévation de sentiments. Quant aux apôtres, il en fut d'eux comme d'un flambeau auquel tout autre flambeau peut être allumé sans ôter à celui-là une partie de son éclat. Ce n'était pas seulement l'abondance de la grâce qui était signifiée par le feu; chacun des apôtres reçut la source de l'Esprit, conformément à la parole du Sauveur, d'après laquelle ceux qui croiraient en Lui recevraient une source d'eau vive qui rejaillirait jusque dans la vie éternelle. (Jn 4,4).

Du reste, il fallait qu'il en fût ainsi; les apôtres ne devaient pas seulement discuter avec un Pharaon, ils devaient livrer bataille au diable même. Chose surprenante, quand on les envoie ils ne s'y refusent pas; ils n'allèguent pas la faiblesse de leur voix et la pesanteur de leur langue; ils ont pour les soutenir l'exemple de Moïse. Ils n'allèguent pas leur jeunesse; Jérémie les avait instruits à cet endroit. (Ex 4,10; Je 1,6) Quoique de épreuves bien plus redoutables que les épreuves réservées aux prophètes leur eussent été annoncées, ils n'hésitent pas à les affronter. Aussi furent-ils vraiment des anges de lumière, les ministres des choses célestes. Aux prophètes d'autrefois qui s'occupent sur la terre des choses de la terre, aucun habitant des régions d'en haut n'apparaît : dès que le Fils de l'homme est entré dans le ciel, l'Esprit descend du ciel, pareil « à un vent violent.» C'est qu'aucune résistance ne pouvait désormais arrêter les apôtres, et que leurs ennemis devaient être par eux réduits en poussière. «Et il remplit toute la maison.» Cette maison était la figure du monde. «Et Il se reposa sur chacun d'eux. Et une multitude s'assembla et elle fut dans le trouble.» Remarquez la religion de ces gens-là, ils ne se prononcent pas sur-le-champ, ils attendent; mais les impies s'écrient aussitôt : «Ils sont pleins de vin.» La loi permettait aux Juifs de se présenter quatre fois l'année dans le temple; aussi, les Juifs vraiment religieux de toutes les nations établissaient-ils leur demeure à Jérusalem. Observez encore, s'il vous plaît, combien l'auteur de ce récit est loin de vouloir flatter ses concitoyens. Il ne se borne pas à dire qu'ils firent telle ou telle réélection. «Ce bruit s'étant répandu, écrit-il, une multitude s'assembla et fut profondément troublée.» Ils pensaient que c'en était fait d'eux à cause de leur attentat contre le Christ. Leur conscience était là qui les tourmentait, d'autant plus que cet attentat venait à peine d'être commis : de toutes parts ils ne voyaient que sujet de crainte. «Est-ce que tous ces hommes qui nous parlent ne sont pas des Galiléens ?» Certainement, car les apôtres étaient les premiers à l'avouer. On peut juger par cette circonstance du saisissement dans lequel la parole de ces derniers avait jeté les Juifs, venus de presque toutes les contrées de l'univers, auxquels ils s'adressaient en ce moment. Ce qui les soutenait surtout, c'était de se voir compris des étrangers, des Parthes par exemple, qu'ils ne connussent pas un mot de leur langue. Parmi les nations énumérées, il en était d'ennemies, telles que les nations crétoise, arabe, perse. Or, toutes devaient subir le joug du Christ.

Vraisemblablement, durant la captivité des Juifs, bien des gentils s'adjoignirent à eux; car les dogmes de la religion mosaïque s'étaient répandus chez une foule de peuples. Voilà pourquoi plusieurs d'entre eux entendirent les apôtres et conservèrent le souvenir de ce qu'ils avaient entendu. De tous les côtés, un témoignage favorable et irrécusable en même temps, du côté de leurs concitoyens, aussi bien que du côté des étrangers et des prosélytes. «Nous les avons entendus publier dans nos langues les louanges et les grandeurs de Dieu.» Ils ne parlaient pas un langage vulgaire, mais un langage merveilleux d'élévation. C'est donc à bon droit que l'on ne savait à quoi se résoudre; jamais en effet un fait de cette nature ne s'était présenté. Observez la droiture de ces hommes. Ils étaient dans la stupeur et l'embarras. «Qu'est-ce que ceci signifie ? se demandent-ils. D'autres au contraire, s'écriaient en se raillant : Ils sont pleins de vin.» Les insensés de tourner en raillerie un semblable prodige ! Il est vrai qu'ils traitaient de possédé le Seigneur Lui-même, quand Il chassait les démons. (Jn 8,48). Là où règne l`impudence, elle ne demande point à parler selon la raison, mais à parler comme il lui plaît et à sa fantaisie. «Ils sont pleins de vin.» Vraiment, on ne saurait en douter : comment des hommes exposés à de semblables périls, courant le risque de leur vie, plongés dans une noire tristesse, s'exprimeraient-ils de la sorte, s'il en était autrement ? Quelque invraisemblable que soit cette explication, ils n'hésitent pas à l'appuyer sur la manière dont les apôtres s'expriment, afin d'induire en erreur les personnes présentes, et de leur faire croire que les derniers étaient réellement en proie à l'ivresse. «Ils sont pleins de vin. - Mais Pierre, se tenant debout avec les onze, éleva sa voix, et leur tint ce langage.» Vous avez vu tout à l'heure sa prudence; admirez maintenant son courage. La foule était dans l'étonnement et dans la stupeur; et, en vérité, il y avait de quoi être saisi à la vue de cet homme sans lettres et sorti du rang le plus obscur, haranguant sans crainte une multitude considérable. L'on est troublé, même quand on parle en présence d'auditeurs amis; combien plus ne doit-on pas l'être en s'adressant à des ennemis et à des hommes altérés de sang ? Pierre parle donc, et son langage prouve en même temps qu'ils ne sont en proie ni au délire prophétique, ni à aucune obsession. Pourquoi ces mots : «Avec les onze ? » Ils parlaient tous en même temps que Pierre; seulement la bouche de Pierre était leur bouche. Auprès du prince des apôtres se tenaient les onze, confirmant par leur présence le témoignage de leur chef. «Il élevé la voix;» il parla sur le ton de la plus grande hardiesse; et cela pour qu'ils apprissent à connaître la Puissance du divin Esprit. Cet homme, qui avait faibli devant une misérable servante s'exprime sans crainte en présence d'une foule qui ne respire que le carnage, comme pour donner une preuve irrécusable de la résurrection de son Maître : il parle avec fermeté à des hommes qui ont le sourire de la raillerie sur les lèvres, et qui le tournent lui-même en ridicule. Car n'était-ce pas dépasser toutes les limites de l'effronterie, de l'impiété, de l'impudence la plus cynique, que d'attribuer à l'ivresse ce don des langues ?

Mais cette attitude n'intimida point les apôtres; ces railleries leurs ôtèrent rien de leur énergie. Transformés en quelque manière par l'Esprit qu'ils avaient reçu, désormais ils étaient au-dessus de toute faiblesse humaine. Lorsque l'Esprit de Dieu remplit une âme, de cette âme de fange il fait une âme d'or. Regardez Pierre, en effet; regardez cet apôtre si faible naguère, si inconsidéré. «Vous êtes encore inconsidérés,» leur disait le Christ; (Mt 15,16); Pierre qui, après sa confession prodigieuse, n'en fut pas moins qualifié de Satan. (ibid., 16,23). Regardez l'harmonie parfaite qui règne entre les apôtres, et avec quelle unanimité ils décernent à Pierre la charge d'haranguer la foule; car il n'était pas convenable qu'ils parlassent tous en même temps. «Et il éleva la voix;» et il s'exprima sur le ton de la plus grande confiance. Ainsi en est-il quand on est un homme spirituel. Devenons dignes de la grâce d'en haut, et tout nous sera facile. Un homme de feu qui tomberait sur de la paille causerait beaucoup plus de mal qu'il n'en souffrirait lui-même : il ne souffrirait rien également de la résistance qui lui serait opposée; ceux-là seuls qui lui résisteraient feraient leur propre ruine. Ainsi en fut-il dans la circonstance dont nous parlons. Ou plutôt, il en fut des apôtres comme d'un homme qui, armé de flammes, aurait à combattre un homme couvert de paille; ils abordèrent avec intrépidité leurs adversaires. En eurent-ils vraiment à souffrir ? Certes non. Et pourtant ne luttaient-ils pas contre la faim et la pauvreté, contre l'ignominie et la honte ? Ne les regardait-on pas comme des imposteurs ? ne se trouvaient-ils pas exposés à la risée et aux sarcasmes de ceux qui les écoutaient ? Car, tandis que les uns se moquaient d'eux, les autres les accablaient de sarcasmes amers. Ne devaient-ils pas braver la fureur et la passion de cités entières, être en butte à la rage et aux pièges des séditions ? Le feu, les fers, les bêtes féroces ne les attendaient-ils pas ? ne se trouvaient-ils pas au moment de soutenir des luttes sans nombre ? Or, tous ces maux ne les troublaient pas plus que n'eussent fait des songes ou des peintures. Je dis plus; ils Vinrent à bout de la fureur des Juifs, ils les livrèrent eux-mêmes aux plus cruelles anxiétés. Nous voyons, en effet, ces derniers possédés par le ressentiment et la crainte, trembler d'angoisse et d'effroi. Écoutez-les s'écrier : «Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme !» (Ac 5,28).

Chose merveilleuse ! c'est, le corps nu, que les apôtres combattaient des ennemis couverts de leurs armures; c'est sans expérience aucune qu'ils bravaient des magistrats qui avaient puissance sur eux; c'est avec leur ignorance et leur obscurité qu'ils combattaient les enchanteurs, les imposteurs et la foule des sophistes, des rhéteurs, des philosophes sortis de l'Académie ou du Lycée. Ces savants, un homme, qui avait passé sa vie sur une barque, les vainquit aussi aisément que s'il eût eu affaire à des poissons muets. Je me trompe, ils étaient de vrais poissons privés de voix, que le pêcheur de Galilée prit dans ses filets. Platon, auteur de tant de rêveries, est condamné au silence, tandis que Pierre fait entendre paroles non-seulement à ses concitoyens, mais aux Parthes, aux Mèdes, aux Elamites, aux Indiens, aux habitants de toutes les contrées et des extrémités de la terre. Qu'est devenue maintenant l'arrogance de la Grèce ? qu'est devenu le nom de la fameuse Athènes, et le verbiage de ses philosophes ? Un Galiléen, un Bethsaïte, un paysan les a tous écrasés. Vous rougissez au nom seul de la ville qui a donné le jour à votre vainqueur; vous rougirez bien davantage lorsque vous connaîtrez le nom de votre vainqueur lui-même, qui s'appelait Céphas. Ce qui a fait votre perte, c'est d'avoir estimé sa mission un opprobre, la simplicité de son langage digne de mépris, et votre éloquence seule digne d'éloges. Vous n'êtes pas entrés dans la bonne voie; laissant de côté la voie royale, la voie facile et droite, vous vous êtes engagés dans une voie difficile et détournée; c'est pourquoi vous n'êtes point arrivés au royaume des cieux.

Pour quelle raison le Christ n'a-t-il pas fait d'un Platon, d'un Pythagore les instruments de ses prodiges ? C'est que l'âme de Pierre était bien mieux préparée que l'âme de ces philosophes à cette divine philosophie. Ces philosophes n'étaient que des enfants recherchant en toutes choses la satisfaction de leur vanité. Pierre était un vrai sage, tout prêt à recevoir la gloire d'en haut. Vous sourirez peut-être en entendant mon langage : les Juifs aussi souriaient et prétendaient que les apôtres étaient pris de vin; mais peu après, lorsque les calamités les plus affreuses eurent fondu sur eux, lorsqu'ils virent la Ville sainte assiégée et livrée aux flammes, ses murailles renversées, et qu'ils souffrirent ces horreurs qu'il nous serait impossible d'énumérer, ils ne riaient plus. Vous ne rirez plus également, à votre tour, quand le temps du jugement sera venu, quand le feu de l'éternelle fournaise aura été allumé. Mais pourquoi parler de cet avenir ? Voulez-vous que je vous montre ce qu'était, Pierre et ce qu'était Platon ? Examinons leurs oeuvres et rendons-nous compte de ce qu'ils ont fait l'un et l'autre. Et d'abord, Platon a dépensé sa vie à de vaines et stériles spéculations. A quoi nous sert-il de savoir que l'âme d'un philosophe est transformée en mouche ? En vérité, si l'âme de Platon ne fut pas changée en mouche, une mouche s'était jointe à l'âme qui habitait en lui. Quelles bagatelles ! Comment peut-on s'occuper de pareilles niaiseries ? Ce n'est pas tout, Platon débordait d'ironie, et sa jalousie ne connaissait pas de bornes. Comme s'il eût pris à tâche de ne rien dire, de ne rien emprunter à autrui qui pût être utile, il enseigna d'après autrui la métempsycose; d'après lui-même il imagina une république régie par un certain nombre de lois; dont plusieurs feraient rougir. Les femmes seront communes, dit-il; les vierges s'exerceront sans vêtement à la lutte sous les regards de leurs amants; les parents et les enfants seront également astreints à la loi de la communauté. Encore une fois, n'est-ce pas le comble de la folie ? Voilà pour la philosophie de Platon.

Chez nous, s'il y a des pères communs à tous, nous ne le devons pas à la nature, mais à la philosophie de Pierre qui s'est assimilé ce point de doctrine. Ce que Platon se proposait, c'était d'en arriver à ce que le père véritable fut inconnu, et à ce qu'un père supposé lui fût substitué. Aussi jetait-il l'âme dans une sorte d'ivresse et dans le plus profond désordre. Que tous ces citoyens, disait-il, usent de femmes à leur fantaisie vous le voyez, je n'examine pas les doctrines des poètes, afin qu'on ne me reproche pas de m'occuper que de fables; et cependant les doctrines que je vous soumets sont au-dessous des fables les plus ridicules. Où trouverez-vous chez les poètes quelque chose de pareil ? Celui que l'on a qualifié de prince des philosophes transformait les femmes en soldats; il les armait de casques, les munissait de brodequins, et il prétendait en outre qu'il ne ferait aucune différence entre la race humaine et la race canine. Puisqu'il y a chez les animaux quel que soit le sexe, communauté d'actions, qu'il en soit de même chez l'homme et la femme; en sorte que l'ordre social devait être complètement bouleversé. Toujours le diable s'est efforcé, par l'entreprise des philosophes, de nous induire à croire que l'humanité ne l'emportait en aucune façon sur les animaux : il y a même eu des philosophes assez absurdes pour avancer que les brutes étaient des êtres raisonnables. Mais considérez les monstruosités qui ont été proférées au sujet de l'âme.

Les princes des philosophes ayant soutenu, la transmigration des âmes dans le corps des mouches, des chiens et autres animaux, leurs successeurs, honteux d'une semblable débauche d'intelligence, tombèrent dans un autre excès tout aussi monstrueux; ils attribuèrent aux brutes la connaissance rationnelle, et s'attachèrent à prouver la supériorité sur nous, des êtres qui ont été créés pour nous. Ils sont même allés plus loin; ils ont prêté aux animaux la prescience et la religion. Le corbeau comme la corneille connaissent Dieu, disent-ils; ils possèdent le don de prophétie, ils annoncent l'avenir; la justice, les lois, une organisation politique règnent chez eux; selon Platon, le chien est accessible à des sentiments de jalousie. Peut-être doutez-vous de l'exactitude de mes assertions. Je le comprends; car vous avez été nourris de saines doctrines. Or, un homme ainsi élevé ne pourra jamais croire qu'un de ses semblables en vienne à se nourrir volontiers de telles ordures. Lorsque nous disons à ces philosophes que leurs doctrines sont puériles et parfaitement absurdes; c'est que vous ne les comprenez pas, nous répondent-ils. - Plaise à Dieu que jamais nous n'arrivions à les comprendre ! Pourtant, il n'est pas besoin d'une perspicacité bien grande pour se rendre compte d'affirmations aussi impies et aussi déraisonnables. Parlez-vous donc à la façon des corbeaux, comme le font les enfants, insensés que vous êtes ? car en vérité, vous êtes bien comme ces derniers, des enfants. Ne cherchez rien de pareil chez Pierre : il a ouvert la bouche, et de sa voix a jailli une vive lumière qui a paru au milieu des ténèbres et dissipé l'obscurité qui régnait sur le monde. Quelle douceur dans ses moeurs, quelle mansuétude ! comme il était éloigné de tout sentiment de vaine gloire ! C'était sans orgueil qu'il levait ses yeux vers le ciel, lui qui rappelait les morts à la vie ! Certainement, si l'un de ces superbes philosophes eût jamais paru accomplir un prodige de ce genre, il eût réclamé à grands cris un temple et des autels, il eût voulu qu'on l'honorât comme un Dieu. Ne voyons-nous pas afficher la même prétention sans aucun titre de ce genre ? Qu'est-ce que leur Minerve, leur Junon, leur Apollon ? Ce sont autant de démons qu'ils honorent. Il y a eu chez eux un roi qui avait hâte de mourir pour recevoir les honneurs divins.

Il n'en était pas de même des apôtres; tout au contraire. Écoutez le langage qu'ils tiennent, après avoir rendu le mouvement et la santé au paralytique: «Hommes d'Israël, pourquoi nous regarder comme si nous avions rendu par notre puissance ou par notre piété le mouvement à cet homme ? - Nous sommes, disaient-ils ailleurs, des hommes comme vous, sujets aux mêmes infirmités.» (Ac 3,12; ibid., 14,14). Chez nos adversaires tout est faste, tout est orgueil; leurs actes ont pour mobile le désir des honneurs humains, jamais l'amour pur de la philosophie. Or, là ou règne en souveraine la vaine gloire, il ne saurait y avoir que petitesses. Vous aurez beau posséder tout le reste, si vous êtes asservi à la vaine gloire, vous n'avez rien du philosophe, et vous êtes l'esclave de la plus triste, de la plus tyrannique des passions. Le mépris des hommes nous conduira par lui-même, à la possession de tous les biens, et chassera de notre âme tous les sentiments dangereux. Je vous engage donc vivement à extirper de votre coeur cette passion redoutable; à cette condition seulement nous serons agréables aux yeux de Dieu, et nous fixerons sur nous les regards de sa vigilante Bienveillance. Travaillons de toutes nos forces à mériter la grâce d'en-haut, afin de nous dérober aux maux présents, de nous rendre dignes des biens à venir, par la Grâce et l'Amour de notre Seigneur Jésus Christ avec qui gloire, puissance, honneur au Père et à l'Esprit saint, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

TOURISME SEXUEL

Le tourisme sexuel s'étend de la Thaïlande et l'Lnde jusqu'à de nouveaux centres de prostitution enfantine en Amérique latine et en Asie. Même si personne ne peut avancer de chiffres, Christian Aid (Aide chrétienne) dénonce l'expansion inquiétante du tourisme sexuel. Selon cette organisation, quelque 200.000 petites Népalaises ont été vendues comme esclaves sexuelles à des bordels indiens; la prostitution enfantine est également préoccupante au Brésil, aux Philippines (60.000 victimes), en Thaïlande (200.000).
Dans « Indépendant» du mercredi 17 mai 1995

SHOKO ASAHARA
Il se disait la réincarnation du Christ et de Bouddha.

Le gourou de la secte Aoum, Shoko Asahara, n'hésitait pas à se présenter comme le Christ et la réincarnation de Bouddha, mais cet ancien acupuncteur de 40 ans n'en avait pas moins réussi à bâtir un empire temporel très riche sur lequel il régnait en maître tyrannique.

Gras, barbu, les cheveux longs et noirs, Shoko Asahara, de son vrai nom Chizuo Matsumoto, est souvent vêtu d'une longue tunique de soie mauve comme pour mieux ressembler à un prophète. Il affirme être doté de pouvoirs surnaturels, dont celui de léviter pendant des heures.

Né le 2 mars 1955 dans une famille pauvre de fabriquants de tatamis, il est à demi-aveugle, infirmité qui permit à ses parents de le placer tout petit dans une école gratuite pour enfants atteints de cécité.

Selon la journaliste Shoko Egawa qui s'est fait connaître par ses enquêtes sur la secte Aoum Vérité Suprême, le gourou était depuis tout jeune animé d'une soif de puissance et d'argent.

Après avoir un temps tenu une clinique d'acupuncture, il connaît ses premiers ennuis avec la justice lorsqu'il ouvre une boutique d'herbes médicinales au début des années quatre-vingts où il gagne beaucoup d'argent en vendant un produit miracle qui n'était qu'une décoction d'épluchures d'orange.

Parti dans l'Himalaya pour s'initier au bouddhisme et à l'hindouisme, il en revient en 1984 affirmant qu'il y avait trouvé «l'illumination», cet état d'éveil et de connaissance suprême que recherchent les moines bouddhistes.

En 1987, il fonde avec sa femme et quelques amis la secte Aoum (premier mot d'un sûtra élémentaire d'actions de grâce à Bouddha). Celle-ci est reconnue par les autorités comme une organisation religieuse légale en 1989.

En février 1990, le gourou, sa femme et 23 autres disciples de la secte se présentent aux élections législatives. Ils mènent campagne dans les rues et devant les gares de Tokyo où ils promettent une vie de félicité à ceux qui voteront pour eux. En vain, puisqu'aucun n'est élu.

Shoko Asahara n'en continue pas de renforcer le culte de sa personne. On le voit alors agiter des talismans sur la Place rouge à Moscou où la secte

a recruté 30.000 fidèles, diriger un orchestre ou prononcer des prophéties devant ses adeptes qui, pour mieux recevoir les ondes cérébrales de leur chef, portent des sortes de casques spéciaux munis d'électrodes.

Tandis qu'il circule en Rolls Royce, vit dans des locaux luxueux et mange des mets de choix, il impose à ses disciples de base une vie extrêmement austère en les contraignant à faire don à la secte de tous leurs biens.

Selon ceux qui ont étudié de près le parcours de Shoko Asahara, la candidature déçue aux élections a marqué un tour dans son attitude qui, à partir de cette date, s'est peu à peu enfermée dans une logique antisociale.

Depuis quelques années, il prédisait la fin du monde en 1997. Seule une minorité d'élus devaient y survivre grâce à ses enseignements, avec pour mission de construire ensuite un monde nouveau.

Fasciné par le gaz sarin qui a tué 12 personnes et intoxiqué 5.500 autre le 20 mars dans le métro de Tokyo, Shoko Asahara en avait beaucoup parlé et avait ces derniers mois radicalisé encore ses prophéties lugubres jusqu'à promettre aux habitants de Tokyo «un événement horrible» et à tous les Japonais «un désastre national».

Dans INDÉPENDANT


LE SACREMENT DU SACERDOCE

Le sacerdoce est un sacrement qui fait partie du plan de Dieu pour le salut. On peut ainsi comprendre la raison pour laquelle il a été institué par Dieu Lui-même dans l'Ancien Testament : «Fais approcher de toi Aaron, ton frère, et ses fils, et prends-les parmi les enfants d'Israël pour les consacrer à mon service dans le sacerdoce : Aaron et les fils d'Aaron, Nadab, Abihu, Éléazar et Ithamar.» (Ex 28,1), et qu'il a été protégé par Dieu contre tout opposant : «La terre ouvrit sa bouche, et les engloutit, eux et leurs maisons, avec tous les gens de Koré et tous leurs biens.» (Nb 16,32). Ailleurs, Il dit : «Tu n'as pas le droit, Ozias, d'offrir des parfums au Seigneur ! Ce droit appartient aux sacrificateurs, fils d'Aaron, qui ont été consacrés pour les offrir É Et comme il s'irritait contre les sacrificateurs, la lèpre éclata sur son front, en présence des sacrificateurs, dans la maison du Seigneur, près de l'autel de l'encens» (2 Par 26,18&endash;19).

Le sacerdoce de l'Ancien Testament était un prélude au sacerdoce du Nouveau Testament et c'est pourquoi le Seigneur l'a respecté, en disant aux lépreux : «Allez vous montrer aux sacrificateurs» (Lc 17,14).

Selon le Nouveau Testament, le sacerdoce a sa source en Jésus Christ, le grand prêtre éternel, conformément aux Écritures : «Tu es sacrificateur pour toujours, selon l'ordre de Melchisédek» (Ps 110,4). Pour toujours, c'est-à-dire sans commencement et sans fin, tout comme le prêtre Melchisédek, mais d'une manière bien supérieure à celui-ci. Par conséquent : «Il nous convenait, en effet, d'avoir un souverain sacrificateur comme Lui, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux, qui n'a pas besoin, comme les souverains sacrificateurs, d'offrir chaque jour des sacrifices, d'abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple, car ceci, Il l'a fait une fois pour toutes en S'offrant Lui-même» (Hé 7,26&endash;27).

Le sacerdoce de l'Ancien Testament a été constitué pour un seul et unique peuple, tandis que celui du Sauveur Jésus Christ a un caractère général, étant par avance destiné à tous les peuples.

Le Sauveur institue le sacerdoce après sa résurrection, lorsqu'Il dit aux apôtres : «Recevez le saint Esprit. Ceux à qui vous remettez les péchés, ils leur seront remis ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus» (Jn 20,22-23).

Précisons que les saints apôtres n'ont pas été les seuls à recevoir ce don du sacerdoce. Ils ont continué à l'administrer à leurs successeurs par l'ordination d'évêques, de prêtres et de diacres pour chaque Église : «Ils firent nommer des anciens dans chaque Église, et, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur, en qui ils avaient cru» (Ac 14,23).

Dans le Nouveau Testament, on parle de trois degrés du sacerdoce : «Il faut donc que l'évêque soit irréprochableÉ» (1 Tm 3,2).

Dès le temps des apôtres, on connaît les évêques Timothée et Tite, ordonnés par le saint apôtre Paul, qui, dans son épître adressée à Tite montre encore le rôle de l'évêque : «Je t'ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler, et que, selon mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque villeÉ» (Tit 1,5).

Les prêtres étaient donc ordonnés et placés dans chaque ville. De ce que nous avons montré ci-dessus résulte que seuls ceux qui ont été ordonnés par l'imposition des mains de l'évêque reçoivent le sacerdoce et deviennent «des serviteurs de Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu» (1 Co 4,1).

Le sacerdoce dans l'Église apporte le grand sacrifice de la sainte eucharistie ainsi que les autres sacrements donnant nourriture, pouvoir et aide à tous les croyants chrétiens qui, chacun selon son rang, collaborent tous à l'oeuvre de Dieu (cf. 1 Co 3,9).

P. Olivian Bindiu


LE CALENDRIER DE L'ÉGLISE

suite

 

3. Le calendrier et l'unité de l'Église

a. Généralité

Nous avons reçu de dire pendant la divine Liturgie  : «Et donne-nous d'une seule bouche et d'un seul coeur de glorifier et de chanter ton Nom honorable et magnifique, du Père du Fils et du saint Esprit, maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen.»

L'Église orthodoxe et catholique (sens étymologique) de Jésus Christ, glorifie sur terre sa Tête sainte : d'une seule bouche. Il arrive par exemple de célébrer la divine Liturgie et (bien qu'il s'agisse d'un abus et d'une chose anormale) que personne ne communie. Pourtant, l'officiant proclamera : «Debout, vous tous qui avez communié aux saints, divins, célestes et vivifiants mystères du Christ, rendons de dignes actions de grâces au Seigneur.»

S'agirait-il d'une «routine» ou d'un «ritualisme» ? L'officiant pourrait-il dans un tel cas, supprimer le «Debout vous tous qui avez communié» au moment où personne de sa paroisse n'a communié ? La réponse est : NON ! Le divin apôtre Paul nous a enseigné que : «rien ne peut séparer les fidèles de l'amour du Christ qui les presse», «ni la hauteur, ni la profondeur», «ni les choses présentes, ni les choses futures», «ni la vie ni la mort» etc. Les distances géographiques ne peuvent pas donc séparer les fidèles d'entre eux.

Quand le prêtre orthodoxe est canonique, il n'officie pas au nom de sa paroisse ni «comme un morceau isolé d'un plus grand tout», comme souligne justement le Dr Alexandre Kalomiros. La divine Liturgie n'est pas une affaire privée ou paroissiale, mais c'est l'affaire de l'Église catholique (étymologique). Le prêtre officie au nom de l'Église catholique. Pour cette raison, quand il dit : «Debout vous tous qui avez communié» (même s'il n'est assisté que du sacristain) il ne s'adresse ni à ceux qui sont présents, ni à ses paroissiens, mais à tous les fidèles de l'Église «catholique» ! Il n'officie donc pas localement, mais «d'une seule bouche» avec toute l'Église.

Pour cela même nous faisons des prières pour les catéchumènes et ensuite nous les renvoyons même si paroissialement il n'existe pas de catéchumène ou si par économie extrême nous admettons leur présence pendant la liturgie. Comme sur chaque morceau brisé d'un miroir le soleil se reflète dans sa plénitude, ainsi chaque paroisse est l'icône de la catholicité de l'Église.

Mais comme l'union de l'Église catholique ne se brise pas par «la hauteur» et la «profondeur» (à savoir par les distances) ainsi selon l'apôtre, elle ne se brise ni «par la vie ni par la mort». Ainsi, la mort biologique ne nous sépare pas de nos saints et de nos frères endormis dans le Seigneur. Quand nous disons dans le Credo : «Je crois à l'Église, une, sainte, catholique et apostolique», nous pensons simultanément à l'Église dite «triomphante» et «militante» car «soit que nous vivons, soit que nous mourons, nous appartenons au Seigneur».

Pour cela l'Église triomphante et militante concélèbre d»une seule bouche» : «fais que notre entrée sait aussi l'entrée des saints anges qui concélèbrent avec nous et qui conglorifient É» et ailleurs : «Nous T'offrons encore ce culte raisonnable et non sanglant É pour tout esprit juste accompli dans la foi» et encore ailleurs : «Faisant mémoire de la toute sainte, toute pure, bénie par dessus tout, notre glorieuse Souveraine l'Enfantrice de Dieu É avec tous les saints remettons-nous les uns les autres É»

Nous concélébrons donc avec les cieux. Nos adversaires impertinemment nous ironisent : «Est-ce qu'ils ont des calendriers avec des petits feuillets dans le ciel pour se rappeler des fêtes ?» A leur impertinence, et du moment où ils veulent faire de l'esprit d'une telle qualité, nous leur poserons nous aussi une autre question : «Où la terre se termine-t-elle et où le ciel commence-t-il ? Où se trouve le «haut» et où se trouve le bas ?

Nous ne sommes pas rationalistes, mais nous avons reçu de la sainte Église, que, quand nous disons que le Christ «est en haut»», cela ne signifie guère qu'Il n'est pas en bas comme se sont égarés les occidentaux en lui ordonnant un vicaire comme si le Sauveur S'absentait de la terre. Mais nous avons reçu que : «Il était tout entier en bas sans qu'il se soit nullement absenté d'en haut», «assis en haut avec le Père, et qui est en même temps invisiblement présent parmi nous».

Au moment où le Christ unit les choses d'en haut avec les choses d'en bas, l'Église dit aussi : «le haut concélèbre avec le bas et le bas glorifie avec le haut», «salut, car le ciel s'est réjouit avec la terre, salut, parce que la terre chante de concert avec les cieux.» Car le culte de l'Église catholique est un, en même temps céleste et terrestre.

b. Séparation liturgique

Quand l'Église orthodoxe visible et invisible chante : «Aujourd'hui la Vierge enfante le Seigneur dans la grotte» les nouveau-calendaristes chantent : «Aujourd'hui Christ est venu se faire baptiser dans le Jourdain; aujourd'hui, Jean touche la Tête du Seigneur.»

Le jour de l'Epiphanie, la sainte Église orthodoxe de Jésus Christ chante : «Car c'est aujourd'hui le jour de la fête, les choeurs des saints s'assemblent avec nous et les anges fêtent avec les hommesÉ Aujourd'hui, la grande festivité orthodoxe tressaille de joie. Aujourd'hui, le Maître avance vers le baptêmeÉ»

Les textes sacrés témoignent donc d'une façon catégorique au sujet de la concélébration commune de l'Église catholique du Christ, visible et invisible, triomphante et militante, céleste et terrestre.

Les nouveau-calendaristes, au milieu d'une telle festivité universelle, céleste et terrestre, ne trouvent pas mieux de faire que de chanter : «Réjouis-toi Égypte, qui a fait pousser une telle plante : Macaire parmi les bienheureux.» Quelle relation entre le Jourdain et l'Égypte, entre l'Epiphanie et la mémoire de saint Macaire ?

Cette cacophonie ne peut être appelée Église, mais plutôt confusion et tour de Babel. Comment pouvons-nous attendre du Seigneur qu'Il nous donne «un seul coeur» au moment où nous ne chantons pas «d'une seule bouche» ? Mais pour être plus précis, l'Église a appliqué cette unité pendant bientôt vingt siècles et nous serions nous plus intelligents qu'elle pour la détruire.

Les adeptes du calendrier papal prétendent avec force que : «du moment où la Pâque n'a pas changé, l'unité des orthodoxes n'est pas rompue». Nous leur répondons : «Frères, nous vous en supplions, revenez à vous-mêmes. Pourquoi si nous ne concélébrons pas la Pâque, l'unité liturgique est-elle rompue, tandis que si nous fêtons séparément Noël, Épiphanie, Transfiguration etc. l'union liturgique se conserve ?

Ne s'agirait-il pas du même Sauveur ? Notre Maître et Rédempteur à tous ? Fêterions-nous un autre Christ à Pâque et un autre à Noël ? Celui qui fut ressuscité n'est-Il pas en même temps Celui qui naquit dans une grotte et couché dans une crèche pour notre propre salut ?

Pas seulement ceci, mais les conservateurs parmi les orthodoxes qui ont accepté l'innovation du calendrier occidental, maintenant que le patriarche et sa suite désirent changer la date de Pâques, crient au scandale. Toutefois, pourquoi Mélétios Metaxakis et Chrysostome Papadopoulos ont-ils pu changer abritairement le sanctoral et pourquoi le patriarche ne pourrait-il pas par le même principe changer aussi le Triode et le Pentecostaire ? Le patriarche est hélas conséquent. Ceux qui sont inconséquents sont les nouveau-calendaristes conservateurs.

c. Séparation concernant le carême

Comme nous le savons, après le dimanche de la sainte Pentecôte, nous fêtons le dimanche de tous les saints. Pendant toute la durée de cette semaine, le carême et les métanies ne sont pas permises à cause de la joie de la descente du sainte Esprit. Parce que pendant la semaine pascale nous avons fêté la Résurrection du Sauveur, durant une semaine, la sainte Église a décidé que la Pentecôte également serait fêtée pendant une semaine, prêchant ainsi que le saint Esprit est égale en honneur aux autres personnes de la sainte Trinité.

Comme il est aussi connu, d'après saint Grégoire de Pissidie : «Le jour tout-honorable de la fête de la Résurrection vivifiante de notre Seigneur Jésus Christ et vrai Dieu oscille du 22 mars (inclus) au 25 avril (inclus). Il ne se fête pas, ni le 21 mars, ni le 26 avril.»

Selon la date, la Pâque s'appelle précoce ou tardive. Si la Pâque est précoce, le dimanche de Toussaint est éloigné de la fête des saints apôtres Pierre et Paul (29 juin). Si, au contraire, la Pâque est tardive, le dimanche de Toussaint est plus proche de la fête des saints apôtres (Pierre et Paul). La période entre le dimanche de Toussaint et la fête des saints apôtres est donc la période du carême des saints apôtres.

Si la Pâque tombe le 25 avril, le dimanche de Toussaint coïncide avec le 20 juin. Par conséquent, le carême des apôtres dure huit jours.

Mais si la Pâque tombe le 22 mars, alors le dimanche de Toussaint tombe le 17 mai et la période du carême des apôtres est de 42 jours. Ce carême oscille donc entre huit et quarante-deux jours.

- En 1725, le patriarche de Constantinople Jérémie III fut destitué de son trône et exilé parce qu'il voulut stabiliser la période de ce carême à 12 jours.

- En 1783, le patriarche Callinique subit le même sort pour avoir voulu lui aussi stabiliser cette période à sept jours.

Qu'arrive-t-il donc avec les nouvaux-calendaristes ? Quand leur Pâque tombe le 25 avril, leur propre calendrier indique le 8 mai. (Déjà la Tradition est transgressée, mais nous poursuivons.)

Par conséquent, le dimanche de Toussaint tombe le 3 juillet, c'est-à-dire quatre jours après la fête des saints apôtres Pierre et Paul qui tombe É le mercredi de Pentecôte ! Par conséquent, le carême des saints apôtres est aboli.

Mais du fait que ce carême est une tradition de l'Église très ancienne, en 1929 par exemple, les nouveaux-calendaristes inventèrent de jeûner É la semaine de Pentecôte !!!

Comme le signale bien l'archiprêtre Eugène Tombros : «La festivité simultanée, régulière et unifiée des fêtes chrétiennes fut bouleversée.» En effet, le 56e canon du Sixième Concile oecuménique ordonne :

«É il a paru bon que l'Église de Dieu, qui est sur toute la terre, observe les jeûnes en suivant un seul ordre.»

Les nouveau-calendaristes ont décrété autre choses. Du moment où l'Église catholique du Christ se trouve en plein milieu du carême de Noël, eux ils fêtent déjà la Naissance du Christ.

Ainsi, l'un jeûne et fait pénitence pendant que l'autre fête et se réjouit. Nous nous demandons donc si le divin apôtre est d'accord quand il recommande «d'être parfaitement unis dans un même esprit et une même pensée» (I Cor 1,10). Pourquoi recourir à l'Écriture sainte du moment où le sens commun suffit à répondre :

«Est-il raisonnable et normal, quand l'Église se trouve en période de carême et de préparation, dans la pénitence, que les nouveau-calendaristes quittent la vie et le rythme de l'Église du Christ pour aller concélébrer avec les Luthéro-calvinistes ?»

Quand le saint Esprit tomba-t-Il sur les apôtres ? Quand «ils étaient tous ensemble dans le même lieu» (Ac 2,1). Il n'est pas dit que la moitié arriva aujourd'hui à la Chambre haute et l'autre moitié après treize jours. Nous voyons aussi dans l'Ancien Testament qu'au sujet des fêtes prescrites, Dieu dit : «Toute assemblée des fils d'Israël fera ainsi» (Ex 12,14). «Toute assemblée» et pas chacun quand il veut. Le calendrier des Hébreux étail-il scientifiquement plus exact, en comparaison, avec le calendrier dit «julien» ?

d. Au sujet de l'unité de l'Église

Nous copions du livre très important du théologien, Monsieur Stavros Karamitsos-Gambroùlias quelques sentences des saints pères concernant l'unité de l'Église :

Saint Irénée évêque de Lyon

«Comme nous l'avons déjà dit, l'Église, bien que dispersée par tout le monde, a reçu cette prédication et la garde soigneusement comme habitant une maison et croit à ces choses comme ayant une seule âme et un seul coeur. Elle prêche, enseigne et transmet en accord avec ces choses comme possédant un seul corps.» 

Saint Ignace le Théophore (aux Magniciens)

«Une prière, une supplication, une pensée, une espérance dans l'amour, dans la joie immaculée qui est Jésus Christ, duquel il n'y a rien de meilleur, accourent tous à un seul temple de Dieu, à un seul autel.»

Saint Justinien le Philosophe et martyr

«Bien qu'on dénombre plusieurs membres, il y a pourtant un seul corps; ainsi l'assemblée de l'Église, bien qu'il s'agisse de nombreux hommes, sont tous appelés d'un seul appel», «comme étant une seule âme, une assemblée, une Église.»

 Nous terminons le présent chapitre intitulé : «Signification dogmatique du calendrier» avec l'opinion du patriarche d'Alexandrie Photios qui dans son document N° 226/20.4.1924 écrit ceci au sujet de la réforme du calendrier : «Comment pourrait-elle être considéré étrangère aux relations dogmatiques et canoniques ?»

à suivre


IL EST DIGNE

Au sujet du miracle de l'Archange Gabriel au Mont-Athos.
L'hymne archangélique "Il est digne" (Axionesti)

En l'an 980, pendant les règnes des Basile et Constantin les Porfirogénites, fils de Romanos le Nouveau, et pendant le patriarcat, à Constantinople, de Nicolas Chrisobergos, au Mont-Athos, se produisit le miracle suivant :

Près de la skite du Protaton, à Karyès, au lieu où se trouve le Saint Monastère du Tout- Puissant (Pantocrator), il existe une cavité où plusieurs cellules sont édifiées. Dans l'une d'entre elles, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, un ancien y habitait avec son disciple.

L'Ancien donc alla à la vigile nocturne qui avait lieu tous les dimanches dans l'église de la skite et laissa, seul, dans sa cellule, son serviteur, auquel il ordonna de veiller et de prier. Tard dans la nuit, un moine étranger, complètement inconnu du disciple, frappa à la porte. Il lui ouvrit et l'étranger passa la nuit dans la cellule. A l'aube, ils se levèrent pour célébrer ensemble les Matines. En arrivant à la neuvième ode et en commençant l'Hymne antique "Toi plus Vénérable que les Chérubins...", l'étranger commença différemment et chanta : "Il est digne en vérité de te célébrer, toi l'Enfantrice de Dieu, toute bienheureuse et toute immaculée et Mère de notre Dieu", et ensuite il enchaîna avec "Toi plus Vénérable que les Chérubins..."

Le disciple l'entendit, s'étonna et dit à l'étranger : "Nous chantons d'habitude: "Toi plus Vénérable..." et c'est la première fois que j'écoute ces paroles. Veux-tu, s'il te plaît, m'écrire cet hymne pour que moi aussi je magnifie ainsi la sainte Enfantrice de Dieu ?" Mais n'ayant pas de papier, le moine étranger écrivit l'hymne avec son doigt sur une plaque de marbre. Il ordonna de chanter ainsi cet hymne et il disparut. Les lettres se gravèrent sur la pierre comme sur de l'argile et le serviteur comprit qu'il s'agissait là d'un ange du Seigneur.

Dès que le vieillard fut de retour, son disciple lui raconta l'évènement et lui montra la plaque. Ils se rendirent ensemble au Protaton, racontèrent la nouvelle et montrèrent le marbre où l'hymne était inscrit.

Les Pères furent convaincus de l'apparition de l'ange, louèrent Dieu et ordonnèrent que dorénavant l'Enfantrice de Dieu soit ainsi louée. La plaque fut envoyée par la pieuse communauté de la Sainte Montagne, à Constantinople, au patriarche et au roi, en expliquant ce qui s'était passé.

Depuis cette époque, l'hymne fut répandu et chanté par tous les Orthodoxes en l'honneur de la sainte Enfantrice de Dieu.

L'icône de la Mère de Dieu devant laquelle l'ange chanta fut transférée à l'église du Protaton où, jusqu'à aujourd'hui, elle se trouve dans le sanctuaire au-dessus du trône. Et la cellule prit, et depuis lors le garde, le nom de "Il est digne", et le lieu fut nommé "Adein" (chanter, louer).

Le miracle est décrit dans le Menée de juin et désigné comme la synaxe de l'archange Gabriel au Mont-Athos. D'où, il est évident, que les pères athonites, en l'honneur de l'ange et en souvenir du miracle, ont ordonné qu'une synaxe (rassemblement) se produise, chaque année, le 11 juin et que l'ange qui apparut soit loué en cette occasion. Cette synaxe se fait donc en l'honneur de l'archange Gabriel car ce fut lui qui annonça le message joyeux de la Conception du Fils de Dieu et aussi car c'est à lui que le miracle fut attribué en tant que chef des ordres angéliques.

La Synaxe de l' Archange Gabriel à l'Adein :
Tu chantas auparavant, Gabriel, le "Réjouis-Toi" à la Fille
Tu le chantes maintenant ainsi "Te louons-nous donc dignement!"
Le onzième jour du mois, la vénérable Église de la Mère de Dieu à Aidein reçu la visite de l'Archange Gabriel.

 

Il y dans le corps des membres destinés à percevoir la lumière et d'autres qui sont en contact avec la terre ! C'est l'oeil qui fixe la lumière et, pour qu'il ne s'aveugle pas, on cherche à le préserver de toute poussière : le pied, au contraire, ne remplit bien son office que s'il n'hésite pas à accueillir la poussière de la terre. Et pourtant, ces membres du corps, en remplissant chacun leur office distinct, sont si unis l'un à l'autre que le pied court vers ce qu'ont vu les yeux et que l'oeil guide le pied. Ainsi, dans la sainte Église, les membres doivent avoir chacun leur rôle distinct, et néanmoins demeurer unis par l'amour. Certains y prévoiront la voie que suivront ceux qui vaquent aux affaires terrestres, tout comme le pied marche à la lumière des yeux. De leur côté, ceux qui sont absorbés dans les affaires terrestres feront converger leur activité vers l'utilité de ceux qui les guident, de même que le pied, dont le chemin est indique par l'oeil, ne marche pas pour son bien seul, mais aussi pour celui des yeux. Ainsi donc, par cette harmonie de mutuels services, chacun des élus aboutit à cet effet merveilleux qu'en faisant pour le service d'autrui ce qu'il est capable de faire, il mérite de se voir attribuées les oeuvres qui sont en dehors de ses possibilités.

Saint Grégoire le Grand (Moralia XIX,25,43-44)

En pensant au Christ nous pensons spontanément à la deuxième personne de la sainte Trinité qui S'est incarnée pour nous, et nous oublions que le Christ, c'est également l'Église qui est son corps. L'Église, ce sont les martyrs, les moines, les justes et chaque sauvé. «Nous sommes son corps», dit l'Apôtre quelque part.

Ce qui se rapporte donc à Jésus Christ, qui est la tête, se rapporte pareillement à ses membres, c'est-à-dire à chaque chrétien. Jésus est mort et ressuscité, lorsqu'Il a vécu dans la chair parmi nous, et l'Église meurt et ressuscite à chaque instant dans ses membres jusqu'à la consommation des siècles.

En fêtant donc la Résurrection du Christ nous fêtons et anticipons notre propre résurrection. « Mais faut-il dire notre fête ou sa fête ? A vrai dire, c'est la Sienne et la notre tout ensemble, car la Résurrection de notre Rédempteur est bien notre fête puisqu'elle nous a ramenés à l'immortalité.» (saint Grégoire le Grand, Homélie XXI sur la solennité de Pâques) ?

Ce que je viens de dire est vrai aussi dans le sens inverse. C'est-à-dire qu'en parlant de l'Église nous devons songer que le Christ Sauveur en est la tête. Jésus Christ et son Église sont un et inséparables. Celui qui méprise ou ignore l'un, méprise et ignore évidemment aussi l'autre. Celui qui aime le Seigneur et croit en Lui doit aussi aimer et croire en l'Église. Là où est Jésus Christ est l'Église et là où est l'Église est Jésus Christ car ils ne font qu'un.

Celui qui a goûté à cette réalité le sait par expérience, et je ne lui apprends rien de nouveau. «Viens et vois», comme disait Philippe à Nathanaël, ne puis-je que dire à celui qui l'ignore.

Hm. Cassien


Un moine du nom de Piwrios, qui vit au désert depuis plus de soixante-dix ans, raconte à un autre solitaire, du nom de Elégéos, l'histoire suivante :

- Tenté par le démon de l'orgueil, il avait demandé à Dieu avec ardeur, peu de temps auparavant, de lui indiquer quel était son égal en vertu sur la terre. La réponse divine lui vient, fort laconique et déconcertante, après sept jours de prière : «C'est Serge, qui vit à Alexandrie, adonné à la débauche et proxénète». Fort attristé de cette réponse, l'ermite pense, dans sa vanité ou sa candeur, que la réponse n'est pas venue de Dieu, mais du diable. Il prie donc encore sept autres jours, mais c'est pour recevoir, au terme de cette seconde semaine, le même message. Alors il se décide à partir pour Alexandrie, se met à la recherche du fameux Serge, et le trouve buvant joyeusement et abondamment, au milieu de jolies filles, dans la maison de prostitution qu'il dirige. Serge propose à l'ermite de prendre quelque chose avec lui, dans l'auberge elle-même, et ils mangent et boivent ensemble. Après quoi, l'ermite manifeste à Serge le désir de lui parler seul à seul, et chez lui. Serge, à ce moment, se méfie et se scandalise, car il croit avoir affaire à un vieillard vicieux. Il accepte pourtant, et il conduit l'ermite dans sa maison. Là l'ermite prie quelque temps, puis il interroge Serge sur les bonnes actions qu'il a faites dans sa vie. Serge répond qu'il n'a jamais rien fait d'autre que ce que l'ermite l'a vu faire actuellement, c'est-à-dire chercher sa joie dans les femmes, les bons repas et la boisson. Comme l'ermite lui raconte les paroles entendues du ciel, Serge, ému et stupéfait de la Bonté de Dieu, lui cite alors deux belles actions de sa vie :

Entrant un jour à l'auberge, il y voit une femme qui filait en vue d'un salaire. Remarquant sa grande beauté, il dit aussitôt à la tenancière : «Va lui demander de ma part qu'elle accepte de se livrer à moi». Mais la tenancière dit ne pouvoir transmettre une telle requête. La dame est, en effet, vertueuse, et fort distinguée. Elle travaille tant qu'elle peut en vue d'acquitter une dette de cent deniers, contractée par son mari, et pour laquelle il a été mis en prison et leurs deux fils réduits en esclavage. Serge insiste : «Va lui dire que, si elle accepte de se livrer à moi, je lui donne les cent deniers. Peut-être acceptera-t-elle. Et, si elle n'accepte pas, tu n'y perds rien». La tenancière transmet la proposition de Serge. La dame pleure, gémit, mais accepte pourtant. Elle constate que son travail et ses fatigues, de jour et de nuit, depuis bien longtemps, ne lui ont pas permis de réunir la somme nécessaire pour libérer son mari et ses enfants. Elle n'a jamais connu, jusqu'ici, d'autre homme que son mari, mais elle pense que Dieu, dans sa Miséricorde, lui pardonnera cet unique péché, puisqu'elle n'y consent que

pour sauver trois êtres chers et malheureux. Serge, à cette nouvelle, va chercher en toute hâte les cent deniers, et il les compte dans la main de la dame. Une fois réunis dans la même chambre, la dame lève les yeux vers le ciel, et dit cette brève prière : «Seigneur, tu connais mon angoisse». Serge, entendant ces mots, est pris de scrupule. Laissant là les cent deniers, il s'en va, sans avoir touché la femme. Bientôt, le deux fils de celle-ci sont libérés.

La seconde bonne action de Serge est plus belle encore.

Alexandrie avait eu comme gouverneur, un temps, un prince extrêmement corrompu, auquel Serge avait mission d'envoyer quotidiennement deux ou trois prostituées. Or, passant un jour près d'un monastère de soixante-dix vierges, le prince voit aux fenêtres quelques jeunes moniales qui lui paraissent agréables. Il fait cerner le monastère par ses soldats; les moniales sont prises, puis confiées à Serge, en vue d'être envoyées l'une après l'autre au prince. Répugnant à pareille besogne, et désireux de sauver la virginité des moniales, Serge se creuse la tête pour trouver le moyen d'échapper à cet ordre infâme, et il prie Dieu de l'inspirer; Dieu lui donne alors une idée géniale. Serge réunit toute sa fortune, va trouver les prostituées sur lesquelles il a autorité, et leur distribue ses richesses, sur la promesse, difficilement obtenue, qu'elles accepteront de se laisser tondre comme les moniales, de revêtir l'habit des soeurs, et de se rendre chez le prince dans cet accoutrement. Il cache les moniales, installe les prostituées dans le monastère, puis les envoie chez le prince, l'une après l'autre. Quand les soixante-dix y sont passées, le prince se dit satisfait. Serge ramène les moniales au monastère, et dit aux courtisanes de laisser repousser leurs cheveux et de reprendre leurs habits frivoles. Mais la réponse est unanime : «Non. Puisque Dieu a daigné nous revêtir de l'habit monastique, nous désirons le garder; nous demandons à devenir moniales». Et la vie de ces soixante-dix femmes, devenues maintenant moniales, se poursuit dans la ferveur de la pénitence.

L'ermite, en admiration devant la vertu de Serge, qu'il considère maintenant, non plus comme son égal, mais comme supérieur à lui, se recommande à ses prières. Serge, ému, demande à suivre le moine au désert, dès que, en une ou deux journées, il aura distribué ses biens aux pauvres. Il meurt dans la solitude, quatre jours avant que l'ermite ait l'occasion de raconter cette histoire. L'ermite lui-même mourra trois jours après en avoir fait le récit et avoir demandé à son auditeur qu'il l'enterre auprès de Serge.