Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 63

AVRIL 1995

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 

ÉDITORIAL

LA PAQUE DU SEIGNEUR

LE CALENDRIER DE L'ÉGLISE

LA VIE MONASTIQUE

LE CULTE LITURGIQUE

UNE LECON A TIRER

LA SYNERGIE INATTENDUE

EN FAVEUR DE LA VIRGINITÉ


ÉDITORIAL

Ce bulletin-ci partira, plaise à Dieu et aux PTT, qui sont une fois de plus en grève, quelques jours avant Pâques. Je ne peux donc que présupposer ce que seront nos fêtes de Pâques. Il y a plus de monde annoncé que d'habitude et je ne sais où les loger tous. Mais Celui qui revêt les lys des champs et nourrit les oiseaux du ciel, saura y pourvoir.

La Vie de saint Martin de Tours vient d'être imprimée pour compléter notre collection de Vies de saints. Il y aura probablement moins de publications ces temps-ci, à part le bulletin, car je voudrais consacrer un peu plus de temps à l'iconographie de l'hermitage qui n'avance que lentement.

Autrement, il n'y a rien de nouveau, si ce n'est des changements au niveau spirituel de chacun de fidèles. Mais puisque Dieu seul est stable et sans péché, il n'est pas étonnant que nous, les hommes, soyons versatiles. L'un tombe, l'autre se relève et le troisième stagne. Il y en a qui partent et d'autres qui viennent. C'est ainsi, la vie de l'Église.

Il ne me reste qu'à vous envoyer, à tous, mes voeux de Pâques, en souhaitant que chacun, à travers ses peines et difficultés, trouve la joie du Seigneur ressuscité.

hm. Cassien


LA PAQUE DU SEIGNEUR
Homélie de Cyrillonas de Syrie (IVe siècle)

Quand je lis le Nouveau Testament, des choses nouvelles en jaillissent pour Moi. Quand je médite l'Évangile, la Bonne Nouvelle de la vie vient à ma rencontre. L'enseignement de Jean, venu à ma rencontre, nous émerveille encore. Jean et ses compagnons sont devenus les sources de la Création. En eux l'humanité a puisé une vie nouvelle et parfaite. Le monde assoiffé a été comblé par eux, et les hommes se sont enivrés de leurs paroles. Viens donc à présent, auditeur, nous allons exposer la puissance de l'Écriture : en elle est cachée une grande souffrance, d'où jaillit pourtant l'allégresse. Le prédicateur ira son chemin entre la tristesse et la joie.

Après avoir accompli les figures et mené à leur terme toutes les Écritures, après avoir réalisé par sa prédication tout ce qu'avaient prophétisé ses hérauts, notre Seigneur fit à ses Douze cette révélation : «Voici que nous montons à Jérusalem, pour que soit accompli tout ce qui est écrit. Je vais être livré à la croix, à l'insulte et à la moquerie. Que cela ne vous attriste pas, car c'est la Vie de la création. C'est pour cela que Je suis descendu sur la terre, et que Je suis devenu comme l'un de ses enfants, afin que ne soient pas trouvés menteurs les prophètes qui l'avaient prophétisé.

Si Je me refuse à l'insulte, aux hommes Je refuse la gloire. Si Je refuse à mon dos les coups de fouet, Je refuse aux pécheurs le salut. Si Je me refuse Moi-même au juge, je refuse à mes serviteurs ma Victoire. Si Je refuse à ma Tête les épines, je ne supprime pas les malédictions. Si Je refuse à ma Bouche le vinaigre, Je refuse mon Sang à l'Église. Si Je me refuse moi-même au schéol, nul n'en sortira. Si la mort ne m'engloutit pas, elle ne rendra pas tout ce qu'elle a pris.

O mes disciples, réjouisse-vous, car aujourd'hui tout se réjouit ! Mes anges, soyez heureux et exultez, car il est déchiré, le parchemin rédigé dans le jardin : par la croix il est lacéré. Le Père m'attend, pour que Je monte et fasse monter avec Moi le corps et l'âme que la mort et le Mauvais tenaient captifs. Les anges m'attendent, pour que Je monte et fasse monter avec Moi la brebis perdue, qui a été retrouvée à ma venue. Le ciel M'attend, pour que Je monte et fasse monter avec Moi le corps d'ici-bas, devenu divin par la grâce. Le trône m'attend, pour que Je monte M'asseoir sur lui, et que Je fasse asseoir auprès de Moi Adam, l'humilié que Je vais exalter. La nuée M'attend, pour venir à ma rencontre sur la montagne, et servir de char au Fils de la Vierge. Le paradis et le jardin tous deux M'attendent, pour que J'y fasse entrer avec moi Adam, et qu'au milieu d'eux Je le fasse roi.

Ainsi donc, réjouissez-vous de cette révélation que Je vous fais : Je vais tout entier chez mon Père, et Je reste tout entier chez les miens . Le chemin sur lequel Je suis venu, Je l'ai parcouru jusqu'à son terme. Voici que le combat prend fin. Adam a reçu la couronne. J'ai écrasé la tête du Serpent, affermissant ainsi le talon de chacun. J'ai accepté l'épreuve, soulageant ainsi l'âme de tous. J'ai erré comme un vagabond, et tout homme s'est tourné vers Moi. Il n'y a qu'un unique verrou qui tient scellées toutes choses. La croix M'attend : sur elle Je vais être étendu; et c'est d'elle que J'étendrai mon Amour sur le monde entier.

O mes disciples, prenez courage. A vous le repos, et à Moi la lutte. A vous la gloire qu'on ne peut ravir; à Moi la victoire qu'on ne peut briser. A vous une puissance supérieure à celle des anges; à Moi l'humiliation au milieu des brigands. A vous le remède contre les maladies; à Moi la fusion parmi les morts. A vous des trônes dans le ciel : à Moi sur la terre un ânon d'emprunt. A toi revient, Simon, la clé du Royaume; à Moi revient la croix, clé des tombeaux.

Vous purifierez les lépreux, et ferez marcher les boiteux. Vous foulerez aux pieds les démons, et expulserez les esprits. Vous vaincrez les rois par vos arguments, et les juges par vos réponses; l'erreur, par votre vérité, et les sages par vos doctrines. Tels sont la puissance et l'honneur qui vous sont réservés, ô mes disciples. Et par amour pour vous, j'ajoute encore ceci pour finir : si vous reconnaissez que Je suis avec vous, Je voyagerai et travaillerai à votre guise dans toute la Création.

Et si vous voulez demeurer en Moi, et qu'il y ait dans votre esprit l'amour, dès que Je serai remonté auprès de mon Père caché, Moi Je prierai pour vous, et Il vous enverra sa Force : le trésor et les richesses que l'on ne peut dérober. L'Esprit viendra avec ses langues, et le Paraclet avec ses révélations. Un langage nouveau demeurera sur vous; les Ailes de l'Esprit se replieront en vous. Elles descendront des hauteurs en volant, et demeureront auprès de vos bouches. Le feu se tiendra auprès de vos lèvres, et la flamme dans votre bouche».

La bouche reste close, et elle dévore le feu. La langue se tait, et elle reçoit la conception. La langue de chair n'est pas brûlée par la langue de flamme, à l'instar du buisson dans le désert, qui ne fut pas brûlé par la flamme. Les disciples ont reçu la langue de feu : un langage nouveau dans lequel ils ne sont pas nés. Par la langue de l'ange Marie avait reçu une conception nouvelle et inaccoutumée. Les langues de l'Esprit sont descendues sur les langues façonnées de chair, et l'Enfantement divin s'est produit dans le sein de chair d'une femme.

Alors Il entreprit de Se comparer Lui-même au grain, au sarment, puis à la grappe. Et par son Amour Il leur révéla le mystère qui réside dans les trois. Viens donc à présent, auditeur : nous allons dévoiler les figures dans lesquelles Il demeure . Le grain se tait quand on le broie, tout comme notre Seigneur quand on Le jugea. Il n'implore pas quand on le tue, tout comme notre Seigneur quand on Le crucifia. Il se livre lui-même à la main de son meurtrier, tout comme notre Seigneur aux Juifs. Il abandonne sa bale, comme les linges qu'abandonna notre Seigneur en sortant du schéol.

Le grain se tait quand on le broie : devenu cadavre, il vit en secret. En apparence mort misérablement, il grandit et vit surabondamment. Il lance ses racines dans des profondeurs qu'il explore, et entrelace ses tiges dans la terre meuble. Rugissent les tonnerres comme des justiciers; jaillissent les éclairs comme des torches : lui boit un lait qui n'est pas né avec lui, et amasse une richesse qui n'est pas descendue avec lui. Il porte ses enfants sur son épaule, élève les petits grains par-dessus sa tête, tout comme notre Seigneur qui porta la prison des morts et la fit monter du fond du schéol.

On l'emporte sur l'aire, comme Jésus dans Sion; et de là au moulin, comme à la croix. La Judée le porta tout comme une servante; et l'Église le mange, Dame élue. C'est par le feu qu'on le fait cuire, et par sa chaleur qu'il acquiert du goût. Et quand tout ce qui est prescrit pour lui est accompli, il s'en va jusque sur la table du roi. Il comble les affamés par sa douceur, et donne la force à ceux qui le mangent, tout comme notre Seigneur, qui dépose son Corps sur la table du saint autel : les peuples affamés de Lui le mangent, et obtiennent la force de fouler aux pieds la mort.

Examinons encore pourquoi notre Sauveur S'est comparé Lui-même à la vigne : «Je suis la vigne véritable, et mon Père est le vigneron». Dans la vigne de son Corps a été enfouie la douceur de la Divinité. Dans la vigne de son Corps ont été implantés le sarment et le cep de notre humanité. De la vigne de son Corps a jailli pour nous le breuvage qui désaltère notre soif. Du cep de son Humanité par sa Grâce des torrents déferlent jusqu'à nous.

La vigne se tait quand on la vendange, comme notre Seigneur quand on Le jugea. La vigne se tait quand on la grappille, comme notre Seigneur quand Il fut outragé. La vigne se tait quand on la taille, comme notre Seigneur quand on Le tua. A la place de cette première vigne qui n'offrait que du vinaigre à son maître, la vigne véritable a surgi pour nous du sein de la Vierge. C'est la vigne qui désaltère les hommes en leur donnant la Vie. C'est la vigne qui par son breuvage console l'âme des attristés. C'est la vigne qui par son vin lave la Création de son iniquité.

C'est la grappe qui s'est elle-même pressée, à l'heure du soir, dans la Chambre haute, et s'est donnée à ses disciples dans une coupe, comme étant l'Alliance véritable. Ô vigne, que tu es puissante, toi dont la richesse ne fait jamais défaut ! Des voleurs sont entrés dans la vigne et ils ont dérobé les feuilles, mais ils n'ont pas touché aux grappes : les Juifs comme un voleur se sont jetés sur cette vigne qu'est notre Sauveur; ils ont pris sa tunique et son manteau, mais ils ont laissé la grappe et son vin.

Les renards ont glapi à travers les vignes, mais une seule d'entre elles a été desséchée. Le porc-épic au vêtement d'épines sur cette vigne s'est rué : il n'a pris possession que d'un raisin sauvage, et ne s'est pas attaqué au raisin. Sion, le porc-épic sauvage, a pris possession de l'Iscariote. Contre trente deniers elle s'est emparée de la douceur qui lui avait été promise. Elle a cherché à ravager la vigne, mais les gardiens ont élevé la voix. Les prophètes l'avaient clamé ouvertement, mais la vigne mûrissait secrètement.

Au bout de trente années d'attente, les affamés ont entendu et ont voulu venir. Du tombeau Adam s'élance, et du Schéol Eve s'avance; des montagnes l'Église accourt, et de toutes parts les peuples s'assemblent. Ils voient la grappe suspendue du haut de la croix. Le Golgotha est son sarment, d'où la douceur se manifeste. Ils reçoivent son Sang sur leurs lèvres, et saisissent de leurs mains sa Vérité. Le Christ est la vigne venue vers nous, et qui dans son Amour nous a tendu la grappe.

La grappe incline la tête avec joie en présence de son vendangeur, comme notre Seigneur a incliné la tête devant le serviteur qui Le frappait. Le sarment n'élève pas la voix quand le vigneron le coupe, et le Christ n'a pas donné de réponse quand Caïphe L'a condamné. La faucille coupe le sarment, et des ruisseaux d'eau s'en écoulent; la lance a transpercé le Christ, et des fleuves de grâce ont coulé pour nous.

Le commentaire de la vigne et du grain m'a fait faire une digression. Les disciples et leur Maître m'invitent à reprendre la narration. Prête l'oreille, auditeur, et sois attentif, car c'est l'Évangile qui parle. Notre Seigneur met dans la main de ses disciples un glaive : sa Parole tranchante. Il leur confie une épée aiguisée : sa Parole, trésor de toutes les richesses . Par sa Parole le monde a été fait; par sa Parole le monde a eu la vie. Par sa Parole il a atteint les hauteurs; par sa Parole il est descendu dans les profondeurs. Par sa Parole il a façonné le corps; par sa Parole il a revêtu le corps. Par sa Parole il a façonné Adam; par sa Parole il a sauvé Adam. Par sa Parole les hommes ont été faits; par sa Parole les hommes ont eu la vie.

- «Mes amis, recevez ma Parole, et serrez-la dans votre coeur. En tout lieu ma Parole sera pour vous un guide. A mon Père Je vous confie, et Je vous remets à lui. Père, prends-les, garde-les, dans ton Nom et dans ta Vérité. Envoie sur eux ta force, pour qu'ils aillent dans le monde. Allume en eux ton feu, pour qu'ils éclairent la création. A toi, Père, Je les confie, pour qu'ils ne soient pas comme orphelins. Qu'en Me voyant crucifié leur coeur ne craigne pas. Quand Je descendrai au Schéol, qu'ils ne renient pas ma Vérité. Que votre coeur s'affermisse, mes amis, et soyez sans crainte. Voyagez comme des marchands, pour acheter le monde. Ramenez les hommes vers Moi, remplissez la création de la doctrine, plantez mes autels sur la terre, remplissez mes églises de prêtres. Que toutes les âmes entrent dans le filet de ma Parole. Dans l'océan de mon Baptême, que l'humanité se rassemble !

Si vous allez en jugement, Moi j'irai avec vous. Si vous tombez dans la mer, Moi Je vous recevrai. Si vous montez sur le gibet, Moi Je monterai avec vous. Si vous tombez dans le feu, Moi Je vous ferai resplendir. Si vous descendez au tombeau, Je vous ferai revivre. Prenez courage, mes amis, car c'est l'heure de la trahison. Judas a fixé mon prix. Voici que Sion est prête. Voici que la Judée a fabriqué la croix sur laquelle Je vais être étendu. Voici que le coeur de Caïphe brûle déjà de me condamner. Je vais mourir pour tous, afin de les faire vivre tous, et le troisième jour Je ressusciterai, et Je les ferai tous ressusciter».


LE CALENDRIER DE L'ÉGLISE
Signification dogmatique du calendrier ecclésiastique

Introduction

Nos adversaires prétendent que le calendrier «n'est pas un dogme» laissant ainsi entendre que l'on peut faire de celui-ci ce qu'on veut. La question du calendrier est-elle vraiment un dogme ? Cela naturellement dépend sous quel angle on l'examine !

Ma barbe et ma soutane,ne constituent certainement pas un dogme. En effet, ils n'augmentent ni ne diminuent le nombre des personnes de la sainte Trinité. Mais si je méprise les insignes de mon ministère par lesquels m'honora l'Église de Jésus Christ, qu'elle considère plus précieux que la pourpre royale, ne serait-ce pas l'Église en Elle-même que j'offense ? Si ma soutane et ma barbe ne constituent pas un dogme en soi, si j'y renonce sans raison, je déshonore l'Église qui m'a honoré et qui est la base de tous les dogmes. Comment donc serait-il possible d'isoler les dogmes du reste de la vie et de l'expérience de la sainte Église catholique et orthodoxe du Christ ?

Pour cela le métropolite de Cassandrie Mgr Synesios de «l'Église officielle grecque» dit avec justesse : «l'Église autocéphale grecque est indépendante. Pour nous, la pensée même du célibat du clergé, son abolition, et du changement de l'habit ecclésiastique est très prématurée. Aujourd'hui, ces deux questions sont presque comme des dogmes et ne peuvent pas être déplacés. Par conséquent, aucune discussion officielle ou officieuse ne peut avoir lieu».

Les dogmes ne sont donc pas nettement indépendants des détails de la vie et de l'expression quotidienne de la sainte Église. La distinction est presque impossible entre le PRIMORDIAL et le SECONDAIRE en matière de Foi. Tout porte le sceau sanctifiant du saint Esprit, de sorte qu'il nous est impossible de toucher la moindre chose de la Tradition sans toucher directement ou indirectement les exigences dogmatiques de l'Église.

Nous disons aussi ceci envers les modernistes qui tentent une distinction nette des saints canons entre DOGMATIQUE et ADMINISTRATIFS ou DISCIPLINAIRES, comme si l'administration et la discipline de l'Église n'avaient pas pour base les dogmes. Rendant ainsi les dogmes indépendants de toute la vie de l'Église, ils brisent son caractère DIVINO-HUMAIN et on la dégénère en un idéalisme moraliste ╔

Les iconoclastes ne ses moquaient-ils pas des orthodoxes de considérer les icônes (à savoir les planches et les couleurs) comme un dogme de foi ? Pourtant, qui parmi les orthodoxes aujourd'hui pourrait renier la signification dogmatique des saintes icônes ?

A ce sujet le moine, père Paul, du Saint Sépulcre, fait remarquer très justement que la planche, avant d'y dessiner la Personne du Sauveur, est un vulgaire morceau de bois que nous pouvons brûler ou détruire. Mais, au moment où nous peignons sur elle l'image du Christ tout-puisant, alors ce bois, même s'il est de mauvais qualité devient sacré et nous sanctifie. Ainsi, le calendrier, en tant que tel, n'est pas surestimé en rien. Mais au moment où la sainte Église a apposé sur lui son sceau et organisa sa vie sur cette base, même s'il est erroné scientifiquement, il est quand même saint ! il n'est plus julien, mais ecclésiastique comme la planche n'est plus un morceau de bois, mais une icône.

Si nous adoptons les raisonnements des rationalistes, nous pourrions dire plusieurs choses. Est-ce un dogme de chanter Lumière joyeuse pendant l'entrée des vêpres ou est-ce un dogme de faire le signe de la croix qu'aucun canon, dit saint Basile, ne prescrit ? Malheur à nous si chaque chose pour laquelle nous pourrions dire qu'elle n'est pas un dogme était ipso-facto rejetée à la manière anglicane et sans raison valable par un concile local quelconque. Voilà pourquoi il nous est impossible de nier une signification dogmatique à la problématique du calendrier, et nous nous expliquons :

 

1. RELATION ENTRE L'INNOVATION DU NOUVEAU CALENDRIER ET L'HÉRÉSIE DE L'OECUMÉNISME

En 1920, le patriarcat oecuménique publia une encyclique par laquelle il reconnaissait les assemblées des occidentaux comme «cohéritières de la grâce du Christ» et se proclamait ouvertement pour la panacée des hérésies : L'OECUMÉNISME. Comme premier moyen d'avancement de l'oecuménisme, on adopta la réforme du calendrier (laquelle fut jadis anathémisé trois fois par le Grand Concile des patriarches de l'orient). Cette encyclique signée par le surveillant intérimaire du trône, métropolite Dorothée de Brousse et onze autres métropolites proclamait (en extrait) ceci :

«Ainsi, la sincérité et avant tout la confiance une fois rétablies entre les Églises, nous pensons en deuxième lieu que s'imposent le renforcement et le réveil de l'amour entre les deux Églises qui, ne se considèrent pas l'une l'autre comme des étrangères, mais au contraire comme étant de la même race et de la maison du Christ. «Cohéritières et formant un même corps et participant à la même promesse de Dieu en Jésus Christ car les différentes Églises inspirées par l'amour et le mettant en avant, dans leurs jugements et leurs relations entre elles, pourront diminuer et raccourcir la séparation, au lieu de l'allonger et de l'augmenter en suscitant un intérêt entretenu et fraternel au sujet de l'état, de la stabilité et du bien-être des autres Églises, par l'empressement et suivre et à connaître plus précisément ce qui se produit dans leur soin et à tendre toujours avec promptitude et de façon réciproque une main d'aide et de secours; ainsi, elles accompliront et réaliseront beaucoup de bonnes choses pour leur propre gloire et leur profit comme aussi pour celui de l'ensemble du corps chrétien.

Et cette amitié et cette disposition bienveillante des uns envers les autres peuvent se montrer et se manifester d'une façon plus particulière, d'après nous de manière suivante :

a) par l'acceptation d'un calendrier unique pour la célébration simultanée de grandes fêtes chrétiennes de la part de toutes les Églises;

b) par l'échange de lettres fraternelles à l'occasion des grandes fêtes de l'année ecclésiastique, comme c'est la coutume, et en d'autres circonstances extraordinaires;

c) par des relations plus familières entre repésentants des différentes Églises;

d) par l'instauration de relations entre les écoles théologiques et le représentants de la science théologique, et l'échange d'ouvrages et de revues théologiques ecclésiastiques éditées par chaque Église;

e) par l'envoi des jeunes gens d'une Église dans les écoles d'une autre pour leurs études;

f) par la convocation d'assemblés pan-chrétiennes afin d'examiner des questions d'un intérêt commun à toutes les Églises

g) par l'examen impassible et plus historique des divergences dogmatiques au moyen de la chaire et des ouvrages;

h) par le respect mutuel des habitudes et coutumes propres aux différentes Églises;

i) par la mise à disposition réciproque des maisons de prière et des cimetières pour les funérailles et l'ensevelissement des adeptes des autres confessions décédés en terre étrangère

j) par la réglementation, par les différentes confessions, de la question des mariages mixtes;

k) par un soutien réciproque et volontaire des Églises dans les oeuvres d'affermissement religieuse, de philantrophie et dans les activités semblables.»

(d'après le deuxième volume du professeur Jean Karmiris Les monuments dogmatiques et symboliques de l'Église catholique orthodoxe édition Graz (Autriche)

Certes, il est impossible d'analyser ici tous les blasphèmes et l'apostasie des adeptes du Phanar, mais nous voyons que nous nous trouvons devant un projet préparé longtemps à l'avance.

Le calendrier n'avait donc pas comme mobile chez les modernistes ni un souci d'application de l'exactitude scientifique, ni une pression extérieure, ni une disposition par faiblesse d'adaption à la facilité, ni ne constituait du moins un acte de légèreté. mais le pire, il témoignait d'une corruption dogmatique, d'une perte de la conscience ecclésiastique orthodoxe, une complète indifférence et une disposition à suivre à la manière des singes l'apostasie occidentale.

Luttant contre l'oecuménisme, mais restant indifférents à la réforme du calendrier, qui, précisément fut adoptée pour avancer l'oecuménisme, nous nions la relation entre la cause et l'effet et nous combattons le mal dans son évolution et non dans sa racine.

Sans avancer plus, ce qui précède devrait suffire pour attribuer à la question du nouveau calendrier un caractère dogmatique et le faire écarter sans détours comme la d'ailleurs fait la sainte Église il y a quatre siècles, prévoyant le danger et l'anathémisant trois fois. Mais ceci ne constitue par la preuve exclusive du caractère dogmatique que revêtit la question de la reforme du calendrier.

2. RELATION ENTRE LE NOUVEAU CALENDRIER ET MODERNISME

Suivant l'exemple de ce qui fut appelé en Russie Église vivante, le patriarche Mélétios Métaxakis (reconnu par tous comme franc-maçon), convoqua une sorte d'assemblée qu'il appela╔ panorthodoxe et où siégeaient ╔ «cinq évêques». Durant les dix assemblées qui se réunirent du 10 mai au 8 juin 1923, furent prises les «décisions» suivantes :

1. Transfert du calendrier et son identification avec le calendrier mondain de l'Occident.

2. Le mariage des prêtres après leur ordination sacerdotale.

3. Quitter la soutane, barbe et cheveux longs, du clergé.

4. Nouveaux limites d'âge pour l'ordination des diacres, prêtres et évêques.

5. Nouveaux limites d'âge pour l'entrée à la vie monacale.

6. Diminution ou abolition des carêmes et des offices divins.

7. Diminution des restrictions de parenté pour mariage, augmentation des causes de divorces.

Nous voyons donc qu'il ne s'agit pas d'une simple question de calendrier ou de 13 jours, mais que, depuis des décennies, on avait élaboré

des plans pour l'explosion de l'édifice divin de l'Église par l'intérieur ! Si donc, en 1924, nous avions accepte la réforme du calendrier appliqué

à la manière d'un «coup d'état» et d'une façon dictatoriale (indépendament du fait si l'Église peut ou non changer le calendrier) nous ouvririons la porte pour faire entrer le déluge du modernisme, et alors que resterait-il de notre sainte Orthodoxie ?

Nous nous souvenons avec émotion de l'enseignement de Photios Kontoglou de bienheureuse mémoire qui disait à peu près ceci : «J'aime une jeune fille, mais sa démarche ne me plaît pas; sa voix m'agace; je trouve son nez trop grand; j'aimerais qu'elle change la couleur de ses yeux et il serait préférable qu'elle ait des cheveux châtains. Ainsi, dans la spiritualité : j'aime l'Orthodoxie, mais les veilleuses ne me plaisent pas, je trouve les barbes et les soutanes désuètes; il faut adapter le carême aux exigences de l'époque contemporaine et on doit aussi changer son calendrier, etc.» Dans le premier cas comme dans le deuxième, nous n'aimons pas la RÉALITÉ ! Nous cherchons d'adapter la réalité aux exigences de notre IMAGINATION, laquelle nous aimons réellement à travers nos objections,

Soit ! si l'Église le veut dans sa catholicité, qu'elle le change si elle le juge utile et qu'elle agisse en harmonie avec sa Tradition et ses conciles antérieurs. Pourquoi ne nous soumettrions-nous pas ? Serions-nous plus grands que l'Église, qui, selon saint Jean Chrysostome «est plus haut que le ciel» ? Ou bien serions-nous des «super-orthodoxes» et «super-synodes» ?

Mais quelle relation existe-t-il donc entre la catholicité de l'Église d'une part et la révolte de 1924 ou le futur «huitième concile oecuménique» d'autre part ? Comment considérer le futur «concile» «panorthodoxe» comme une bouche authentique de l'Église du moment où :

a. Les patriarches et évêques actuels ne sont pas ORTHODOXES, mais souillés par hérésie, ayant ainsi perdu leur qualité d'hiéraques orthodoxes et pasteurs légitimes du troupeau.

b. Non seulement ils ne sont pas orthodoxes, mais même pas libres et non seulement ils ne sont pas libres, mais souvent ils sont des instruments des forces ténébreuses et des agents des ennemis proclamés du christianisme !

c. Ils ne se réunissent pas pour combattre une nouvelle hérésie ou danger menaçant l'Église mais au contraire pour prêcher et rabâcher toutes les hérésies et par le principe de l'AGIORNAMENTO «réviser», «reformer», «retrancher» et «ajouter» des choses aux données de notre sainte foi immaculée et immuable !

d. Sans honte ils avouent que, non seulement leur Synode ne contresignera pas ce qui fut entériné par les conciles antérieurs oecuméniques et locaux, mais bien au contraire , ils reviseront les synodes antérieurs comme désuets !

Il va sans dire que d'un tel concile jugé d'avance comme brigandage par la nature des choses, les décisions au sujet du calendrier ne peuvent avoir aucun poids pour les vrais chrétiens orthodoxes qui marchent sur le chemin resserré et affligé «à la suite des pères» !

Il est donc très juste que l'higoumène du monastère de 'Ascension à Kozani rappelle dans son livre LES BOURREAUX DE L'ORTHODOXIE les paroles de saint Athanase le Grand :

«Ce n'est pas maintenant que furent donnés les canons et les formules de l'Église, mais ils nous ont été bien et certainement transmis par les pères. Ce n'est point maintenant que la foi a commencé, mais par le Seigneur nous fut transmise à travers ses disciples.»

Le bienheureux patriarche de Jérusalem, Dosithée, nous a légué : «Nous n'acceptons pas une foi nouvelle, mais nous croyons seulement ce que nos pères nous ont enseigné. (Dodec. chap. 3 p. 978)

Un des grands docteur de la nation grecque, Athanase de Paros dit : «Le véritable enseignement est celui qui ne diffère en rien de ce que les pères ont dit.»

«LES PERES ONT DIT, NOUS DISONS AUSSI !»

Non parce que les pères ont dit, nous le répétons passivement, mais ayant avec eux un commun esprit, une foi et une espérance communes, nous sentons et nous comprenons les mêmes choses qu'eux, et c'est consciemment que nous confessons les mêmes choses qu'eux sans les contredire ou les démentir en rien.

à suivre


LA VIE MONASTIQUE

Le monachisme a débuté déjà aux premiers siècles du christianisme, et ses racines plongent même dans l'Ancien Testament. (Voir, par exemple, les Réchabites dont parle le prophète Jérémie dans le chapitre 35, ou le prophète Elie qui est considéré comme le prototype du moine). Mais la vie monastique a pris son plein essor au troisième et quatrième siècle en Egypte pour se répandre ensuite en Palestine, la Syrie et les autres pays de la Méditerranée. Cet essor est dû à la cessation des persécutions et à la paix dont commençait de jouir l'Église dans le monde. Très vite, des chrétiens fervents s'aperçurent que cette paix est ambiguë et ils optèrent pour le martyr vert, c'est-à-dire le monachisme, puisqu'il n'y avait plus le martyr du sang, qui aiguillonne vers le royaume. La vie monastique est comme une antithèse à la nouvelle situation de relatif confort que l'Église avait trouvé sous la paix constantinienne.

Le moine est donc celui qui renonce, tant qu'il peut, à toutes les valeurs terrestres afin de vivre dès maintenant la réalité de l'au-delà. C'est ce même monachisme qui empêcha toujours que l'Église devient une Église d'Empire. Complémentaire, et non opposé au mariage, le monachisme n'est pas réservé à quelques spécialistes, pas plus que tout le monde doit entrer au monastère.

Tout au long de son histoire, le monachisme orthodoxe connut des formes diverses, depuis l'anachorétisme total, en passant par la vie semi-ermitique jusqu'aux grandes communautés cénobitiques. Des formes extravagantes comme les stylites, les fols en Christ, les reclus, ou autres ont joué également une rôle importante.

Si donc la vie du moine est caractérisée par l'ascèse, le renoncement, elle l'est plus encore par son côté positive - la prière qui n'est rien d'autre que la vie en Dieu. La prière hésychiaste (quiétude) a son origine dans le monachisme aussi bien que la prière liturgique.

Le monachisme orthodoxe est donc basé sur la prière et l'ascèse et ce n'est qu'exceptionnellement qu'il s'adonne à une occupation missionnaire, sociale, charitative ou autre. Homogène dans son essence, le monachisme orthodoxe a pris de formes différentes selon les pays et les époques.

Voici quelques grandes figures de la vie monacale : saint Antoine le Grand qui est considéré comme le père du monachisme, saint Pacôme qui organisa en Thébaïde les premiers centres cénobitiques, saint Sabbas qui fut le fondateur des laures en Palestine, saint Athanase de l'Athos qui organisa la vie monastique sur la Sainte Montagne, saint Benoît de Nursie et saint Colomban qui sont à l'origine du monachisme en Occident, et en Russie saint Serge de Radonège, pour ne nommer que ces quelques-uns.

Évidement il y a eu, comme il y a toujours, des femmes qui se sont engagées dans cette vie sous ces différentes formes, et on les appelle moniales ou nonnes. Comme les moines, elles ont engagé la lutte contre, le monde, la chair et le diable, et elles ont imité la vie angélique, à laquelle nous sommes tous appelés et qui est la réalité de la vie future.

Pour conclure : Moine et laïc ont le même but - l'imitation du Christ - et ce ne sont que les moyens qui diffèrent. Nous sommes tous appelés à la perfection et ce que le moine vit, le laïc doit le vivre intérieurement. Ces deux chemins sont deux formes de vie différentes, qui se complètent et se rejoignent.

hm. Cassien


LE CULTE LITURGIQUE

L'office liturgique signifie l'adoration de Dieu par plusieurs personnes au même lieu et en même temps. Il se réalise d'habitude dans l'Église, les jours de fête, selon un rituel établi d'avance et par des personnes spécialement préparées qui forment le clergé ou la hiérarchie religieuse.

Le centre de l'office liturgique est la divine Liturgie, et l'essence de celle-ci est la sainte communion. A part l'intention purement spirituelle de louer le Seigneur, l'office liturgique accomplit un but matériel, pratique, social de rapprocher les croyants entre eux dans l'amour.

On trouve le culte, ou office, chez tous les peuples et dans toutes les religions. Il se manifeste par des prières, par des sacrifices et par d'autres actes religieux publics.

Moïse a reçu de Dieu l'ordre de faire la tente d'assignation et d'organiser le culte religieux.

Le culte liturgique chrétien a été fondé par Jésus Christ, pendant la dernière cène, lorsqu'Il a institué l'eucharistie. Par son origine directement divine, qui remonte au Fils de Dieu, le culte chrétien, depuis ses débuts jusqu'à nos jours, est exceptionnel par la pureté de ses idées et de ses formes extérieures dignes et imposantes.

Jésus Lui-même avait établi quelques aspects concrets de prière. Il allait toujours au Temple et à la synagogue et, lors des pâques, à Jérusalem. Il se fit baptiser, Il vécut dans le jeûne et la prière, et, faisant des prières, Il enseigna aux autres comment ils devaient prier; Il les appela à la prière commune, publique, Il bénissait, chantait et Il établit les saints sacrements, sa Liturgie avec des prières et le sacrifice eucharistique.

Tous les offices divins et les formes extérieures de dévotion et de pitié de notre Église envers Dieu constituent le culte chrétien orthodoxe.

Par sa beauté et la diversité de ses manifestations extérieures de dévouement, notre culte est unique au monde entier. Il unit les sommets de l'inspiration chrétienne d'une grande beauté spirituelle avec les merveilles du monde terrestre.

Comme nous l'avons déjà dit, le service divin le plus important de notre culte est la divine Liturgie. Elle est supérieure, en essence et par ses moyens de manifestation à tous les autres offices de l'Église.

La divine Liturgie est la réactualisation permanente du drame du Golgotha, où le Fils de Dieu fut la victime d'un sacrifice sanglant. Mais le sacrifice liturgique, réalisé par le pain et le vin, est non-sanglant et il constitue une manière salvatrice pour nos âmes, en nous donnant la possibilité de recevoir en nous le sacrement du Corps et du Sang divins. Pendant le chant «Nous Te chantons, nous Te bénissons, nous Te rendons grâce, Seigneur, et Te prions, ô notre Dieu», s'opère dans le sanctuaire le grand prodige de la transformation du pain et du vin en Corps et Sang divins et celui qui s'en approche fréquemment, doit être heureux.

Chaque chrétien peut trouver le Dieu sacrementallement dans son Église. Chaque chrétien peut en goûter et s'unir au Christ par la sainte communion.

Ainsi, l'Église orthodoxe a des trésors de culte qui peuvent satisfaire tous les besoins spirituels de ses enfants. Les bons croyants savent les apprécier et s'en servir.

P. Olivian Bindiu

Quand un homme, par la fidélité la plus intime à sa tâche et sachant la nécessité de son action parmi les hommes, ses frères, se consume silencieusement et d'une façon désintéressée dans son travail, quand - malgré d'immenses déceptions au contact de son prochain - contre toute espérance, il reprend, pour une nouvelle étape, la vie commune avec ses frères; quand aussi, contre toutes les lois de l'expérience de ce monde, une oeuvre essentielle est commencée et entreprise, qui reste ignorée et non récompensée, quand une conscience incomprise et solitaire doit poursuivre sa marche laborieuse sans attirer sur elle l'attention des autres -, alors et dans mille autres situations semblables, est éprouvée une expérience de l'éternité et de la grâce de Dieu, même quand personne ne prononce de grands discours.

K. L.

UNE LECON A TIRER

La récente Journée mondiale du sida a donné l'occasion à plusieurs de ceux qui façonnent l'opinion publique de réclamer indulgence et compréhension pour les personnes atteintes de cette terrible maladie. Celles-ci ne doivent être frappées d'aucune réprobation, discrimination, ni exclusion. Aucun blâme ne peut leur être adressé, aucune différence ne peut être faite par la société entre sidéens et non-sidéens, comme aussi entre ceux qui ont attrapé la maladie à cause de leur inconduite et ceux qui l'ont contractée par la faute d'autrui (rapport sexuel avec un conjoint infecté, ou transfusion par un sang contaminé).

Ceux qui tiennent ce discours ont à la fois tort et raison.

Ils ont raison, mettant de côté tout jugement moral, de plaindre le malheur et la souffrance de ces malades, leur angoisse devant la mort inéluctable. Quelle qu'ait été la cause de leur mal, ils méritent la pitié, et ont besoin d'aide et d'affection. La charité chrétienne n'exige pas autre chose.

Aussi doit-on admirer toutes les personnes et les institutions qui se dévouent pour entourer, aimer les sidéens en fin de vie et les soutenir dans leur épreuve. S'ils ont commis une faute, ce n'est plus le moment de la leur reprocher : la morale ne doit être enseignée que pour prévenir les écarts de conduite; mais quand ceux-ci ont été commis, elle doit s'effacer devant le pardon et la compassion. Pareillement, on doit appuyer toutes les recherches que font les scientifiques pour découvrir un vaccin efficace contre cette maladie. Un des aspects de la foi chrétienne est la lutte contre le mal, avec la certitude d'être soutenu dans cette lutte.

Mais voilà : il faut aimer les pécheurs, et détester le péché.

Or, toute l'argumentation de ceux qui plaident la cause des sidéens vise à tolérer le péché autant que les pécheurs. Davantage : à le nier. L'idée même de faute, de culpabilité morale, leur est étrangère. Ils veulent la bannir de nos esprits. Ils ont pitié des sidéens, non tant parce que Dieu est miséricordieux, mais parce que chacun, à leurs yeux, a le droit de choisir le genre de vie qu'il lui plaît. Ils ne font pas de différence entre les malades qui le sont pour s'être mal conduits et les autres, tout simplement parce que les premiers ne sont pas plus fautifs que les seconds. Il n'y a pas, pour eux, de comportement plus immoral qu'un autre.

Or, s'il y a une leçon à tirer de l'expansion terrifiante du sida, c'est bien que le comportement sexuel de notre société est aberrant, que la prétendue éducation sexuelle qu'on donne aujourd'hui à la jeunesse est à revoir, et que la licence des moeurs qui s'étale tous les jours sur nos écrans est impie et dégradante.

L'une des choses les plus intimes et les plus sacrées qui soit au monde, l'amour de l'homme et de la femme l'un pour l'autre, est avili, banalisé, profané, réduit à son seul aspect physique ou animal, et dépouillé de toutes ses dimensions affectives et proprement humaines, de son aspect de fidélité et d'indissolubilité, et de son prolongement familial.

Mais ne nous focalisons pas sur le domaine du sexe. Ce que le déferlement du sida, d'une manière plus profonde et plus générale, signale à notre attention, c'est l'impiété foncière de notre civilisation, notre mépris de Dieu, de sa grâce et de ses lois.

Roger BARILIER

NOUVELLE REVUE HEBDO (LAUSANNE 13.12.1994)


LA SYNERGIE INATTENDUE
Conte pascal

C'était mon premier contact avec la vie liturgique orthodoxe. Pendant que se déroulaient les rites de la sainte semaine, je découvrais, émerveillé, la richesse et la beauté d'une foi qui, parce qu'elle est vivante, oriente chaque instant de notre vie.

Bien sur, nous préparions les oeufs qui allaient être bénites durant la nuit pascale. Cuits dans une décoction de pelures d'oignon, ayant pris une belle couleur rougeâtre, qui, armé d'un couteau aigu, qui, d'une pointe de compas, chacun s'ingéniait à décorer ces oeufs de la plus jolie façon.

Je me pris au jeu et, affligé d'un perfectionnisme pas toujours bien inspiré ni adéquat, au lieu d'en décorer plusieurs comme tout le monde faisait à cause de l'impression générale, je me concentrai sur un seul oeuf que je gravais complètement, ne me contentant pas d'esquisser mais dessinant réellement, scrupuleusement, une chapelle entourée d'une murette, quelques arbres, des cloches tintinnabulantes, comblant les vides et assurant l'unité de l'ensemble à l'aide du si beau motif orthodoxe des croix à branches alternativement blanches et noires. C'était un bien bel oeuf.

Pensant à la joie de celui ou de celle qui le découvrirait, j'allai le cacher ensuite bien au fond de la corbeille, sans doute parce que c'est là que, avec mon goût habituel du mystère, j'aurais été le chercher moi-même.

Puis vînt le dimanche de Pâques.

«Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité !»

Au début du grand et joyeuse repas de midi, après le chant du tropaire et la bénédiction, le prêtre, qui allait devenir un an plus tard mon père spirituel, me fit asseoir à sa droite puis fit passer parmi nous le corbeille d'oeufs bénits.

Lorsque celle-ci eût fait le tour de la table et qu'elle fut revenu de son côté, je le vis, en un éclair, fourrager sans regarder dans la corbeille, avec le détachement qu'un moine doit mettre dans les plaisirs de ce monde, ses doigts cherchant bien au fond - parce que c'est là qu'on dispose les oeufs mal réussis ou non décorés et je vis, en un clin d'oeil, l'oeuf que j'avais si patiemment décoré, tapoté sur le bois de la table, prestement écaillé, décoquillé puis mangé sans que personne ni le prêtre lui-même ne l'ait seulement regardé. Stupéfait, je pris une grande leçon d'humilité. Je ne puis m'enlever de l'idée que je reçus ce jour là une démonstration concrète de ce que pouvait être la synergie.

Mon père spirituel ni quiconque d'ailleurs ne s'était rendu compte de rien. Je fus alors saisi d'une joie profonde et secrète car il me sembla et il me semble encore que ce pauvre oeufs pour lequel j'avais mis tant d'un soin sans doute exagéré n'aurait pu mériter de plus juste destin.

Pierre Aguillon


EN FAVEUR DE LA VIRGINITÉ

Le SIDA est une maladie qui atteint aujourd'hui des proportions épidémiques à l'échelle mondiale et qui touche surtout les adolescents. Cet article est une version abrégée d'une publication qui a été faite aux Etats-Unis. Comme ce fléau n'épargne pas l'Europe, il serait peut-être préférable d'offrir à nos lecteurs des statistiques européennes. Mais de sérieuses investigations nous ont montré que les statistiques européennes ne permettaient pas de distinguer les adolescents des adultes. Le Centre européen pour la surveillance épidémioIogique du SIDA nous informe qu'il a procédé le 31 mars 1994 à une estimation en

Europe, où l'on compterait:

- un total cumulé de 500 000 personnes infectées par le virus HIV (virus de l'immunodéficience humaine) depuis le début de l'épidémie, desquelles 116 077 sont des cas de SIDA déclarés.

- un taux de transmission par contact hétérosexuel qui aurait augmenté de 11 à 15% de 1990 à 1993.

- un taux de transmission de 40% parmi les toxicomanes.

Ces estimations et les résultats des recherches médicales et scientifiques provenant des Etats-Unis, peuvent donc être considérés comme ayant une portée universelle.

Depuis 1970, le gouvernement fédéral américain a dépensé près de 3 milliards de dollars provenant de ses contribuables pour encourager les adolescents à utiliser des préservatifs et promouvoir la «sexualité sans risque». Ne serait-il pas approprié de se demander ce qu'a rapporté cet énorme investissement ?

Voici les faits :

Les Centres de contrôle fédéraux pour le dépistage des maladies estiment qu'il y a aujourd'hui plus d'un million de séropositifs HIV aux Etats-Unis.

1% des étudiants qui se présentent au Centre infirmier de l'université du Texas sont maintenant porteurs de ce virus mortel.

Le taux de transmission hétérosexuelle du HIV a augmenté de 44% depuis le mois de septembre 1989.

Chaque année, 3 millions d'adolescents contractent une maladie sexuellement transmissible (MST).

63% de tous les cas de MST touchent le groupe des moins de 25 ans.

On compte chaque année 1 million de nouveaux cas d'inflammation pelvienne.

1,3 million de nouveaux cas de blennorragie sont dépistés chaque année.

Certaines souches virales de blennorragie résistent maintenant à la pénicilline.

Les nouveaux cas de syphilis atteignent le niveau le plus élevé depuis plus de quarante ans, soit 134 000 cas chaque année.

500 000 nouveaux cas d'herpès sont signalés chaque année; on estime que 16,4% de la population américaine âgée de 15 à 74 ans sont infectés, soit plus de 25 millions d'Américains. Ce taux d'infection atteint même 60% dans certains groupes.

Chaque année, 4 millions de cas d'infections génitales à Chlamdya sont enregistrés; 10 à 30% des adolescents âgés de 15 à 19 ans en sont atteints.

24 millions de personnes, dont une majorité d'adolescents, sont maintenant atteintes du virus du papillome humain (HPV).

Aujourd'hui, plus de 20 maladies sexuellement transmissibles dangereuses se répandent de façon épidémique parmi les adolescents. Il faut ajouter à cela tous les problèmes qui découlent des moeurs faciles : l'infertilité, l'avortement et les enfants infectés. Le coût de cette épidémie est effrayant, tant au niveau de la souffrance humaine endurée, qu'à celui des dépenses engendrées pour l'ensemble de la société. Et selon les épidémiologistes, cela ne fait que commencer.

Le plus incroyable, c'est que les gourous de la «sexualité sans risque» et les promoteurs du préservatif, qui nous ont mis dans un tel pétrin, continuent malgré tout à nous dicter la politique générale en matière de sexualité pour la jeunesse.

Quand avez-vous pour la dernière fois entendu dire aux adolescents qu'ils ont tout intérêt à préserver leur virginité jusqu'au mariage ? A l'heure actuelle, on refuse de leur présenter les faits, avec leurs conséquences tragiques. Si nous ne faisons pas face aux réalités de cette maladie, qui est en train d'atteindre une génération tout entière, des millions d'adolescents souffriront pour le restant de leur vie et beaucoup mourront du SIDA.

Quoi qu'on en dise, il n'existe qu'une seule façon absolument sûre de rester en bonne santé au milieu de cette révolution sexuelle. C'est de s'abstenir de rapports sexuels jusqu'au mariage, puis de se marier avec une personne non contaminée et de lui rester fidèle. Ce concept a prévalu dans la société jusque vers 1960. Il a été remplacé par une idée qui menace maintenant la race humaine tout entière.

A part les considérations d'ordre moral, pourquoi devrait-on enseigner aux adolescents de s'abstenir de rapports sexuels jusqu'au mariage ?

Pour faire face à l'épidémie des maladies sexuelles transmissibles, aucune autre approche ne sera efficace. La «sexualité sans risque» est un itinéraire vers la catastrophe. Le statistiques affirment que les préservatifs utilisés pour la prévention de grossesses présentent un taux d'échec annuel d'au moins 15,7%. Ce taux d'échec s'élève à 36,3% par année chez les jeunes femmes célibataires appartenant à diverses minorités ethniques ou raciales. Une étude menée par le British Médical Journal sur les hommes homosexuels rapporte un taux d'échec de 26% dû au glissage et à la rupture du préservatif.

Or, si une femme ne peut concevoir qu'un ou deux jours par mois, il est facile d'imaginer le taux d'échec élevé des préservatifs, s'il sont utilisés comme prévention contre les maladies transmissibles 365 jours par année ! En outre, si ces moyens ne sont pas utilisés correctement ou s'ils glissent, ne serait-ce qu'un seule fois, l'infection se transmet et le processus de la maladie est déclenché. Il suffit donc d'une seule erreur, après 500 épisodes «protégés», pour contracter une maladie sexuellement transmissible. Les dégâts sont causés en un instant, lorsque la passion l'emporte sur la raison.

La jeune victime, qui se croit à l'abri du danger par ce que ses aînés lui ont affirmé que cette petite invention en latex est une bonne protection, ne sait probablement pas qu'elle risque une vie entière de souffrance et même la mort, pour quelques courts instants de plaisir.

Il faut se rendre à l'évidence. Contraception n'est pas protection contre les maladies. Une équipe de chercheurs travaillant sur des gants chirurgicaux en latex (même matière que pour les préservatifs) a découvert des micro-canaux de 5 microns, traversant toute l'épaisseur du gant. Or, le virus HIV ne mesure que 0.1 micron; il peut donc aisément y passer . Ceci explique pourquoi, lors d'une conférence réunissant 800 sexologues, aucun d'entre eux n'a levé la main lorsqu'on a demandé qui ferait confiance au latex pour le protéger durant des rapports sexuels avec une personne atteinte du SIDA. Ils ne sont pas fous ! Et pourtant ils sont tout à fait d'accord de dire à nos enfants que la «sexualité sans risque» est vraiment à leur portée et qu'ils peuvent coucher avec n'importe qui sans en devoir subir les conséquences.

Il n'y a qu'une seule façon de se protéger contre ces maladies mortelles : l'abstinence sexuelle avant le mariage, le mariage avec une personne non contaminée et la fidélité mutuelle pour la vie. Toute solution moindre ne serait en fait qu'un suicide virtuel.

Cette façon de penser n'est pas réaliste aujourd'hui. Ce n'est pas une solution applicable et les jeunes ne voudront pas en entendre parler.

Certains écouteront; d'autres, non. C'est néanmoins la seule solution.

La solution inapplicable, parlons-en. Depuis 1970, le gouvernement fédéral américain a dépensé près de 3 milliards de dollars pour promouvoir la contraception et la «sexualité sans risque». Uniquement cette année, 450 millions de dollars seront jetés par la fenêtre ! En comparaison, 8 millions seulement seront consacrés à la promotion de l'abstinence sexuelle. Quels bienfaits tout cela nous a-t-il apportés ? 58% des adolescentes de moins de 18 ans n'utilisent toujours pas de moyens de contraception lorsqu'elles ont des rapports sexuels pour la première fois. Il semble qu'elles continuent en moyenne pendant une année entière avant de commencer à employer un moyen de contraception quelconque. Voilà donc les taux de succès obtenus par ces experts qui appellent l'abstinence une solution impossible.

Mais si vous saviez qu'un adolescent allait avoir des rapports sexuels, ne lui enseignerez-vous pas comment utiliser un préservatif correctement ?

Non, puisque cette approche entraînerait des conséquences indésirables. Recommander ce procédé aux jeunes gens leur communique 5 idées dangereuses :

1. Que la «sexualité sans risque» existe.

2. Que tout le monde le fait.

3. Que les adultes responsables attendent que les adolescents aient de telles relations.

4. Que cela est une bonne chose.

5. Que les adolescents de leur âge savent déjà tout sur la question.

Ce sont là des messages très nocifs que l'on transmet à nos enfants. D'autant plus que l'on sait que la raison première qui pousse les adolescents à des rapports sexuels c'est la pression du groupe. En somme, tout ce qui vient renforcer l'idée que «tout le monde le fait» a comme résultat que davantage d'adolescents, et non pas moins, vont essayer de jouer au même jeu.

Les campagnes de distribution de préservatifs ne réduisent pas le nombre d'adolescents exposés aux maladies, mais au contraire l'augmentent radicalement !

La preuve ? Depuis que le gouvernement américain a lancé son programme de contraception à grande échelle en 1970, le pourcentage des grossesses parmi les adolescentes célibataires âgées de 15 a 19 ans a connu une hausse de 87%. Le nombre d'avortement a augmente de 67% et le taux de natalité chez les filles célibataires de 61%. De plus, une génération entière a été infectée de maladies vénériennes. Beau travail, mesdames et messieurs les conseillers en sexualité !

Maintenant que le mal est fait, on pourrait s'attendre à ce que les auteurs de ces campagnes et de cette politique insensée se rétractent et s'excusent publiquement de cette erreur de jugement qui menace aujourd'hui toute l'humanité. Mais au lieu de cela, ils sollicitent encore plus de fonds╔

En tant que parents, si vous saviez que votre adolescent a des rapports sexuels, ne préférerez-vous pas qu'il utilise un préservatif ?

Il faudrait plutôt poser la question suivante : quel niveau de risque estimez-vous acceptable pour votre adolescent ? Une étude menée avec des couples mariés dont l'un des conjoints était séropositifs a révélé que 17% de ceux qui utilisaient comme protection ont malgré tout contracté le virus HIV en l'espace d'un an et demi. Conseiller à nos adolescents de diminuer les risques à une chance sur six (17%) n'est guère mieux que de leur recommander la roulette russe. Dans les deux cas la mort est finalement certaine,... sauf qu'un revolver est plus rapide !

Les adolescents n'écouteront pas un message prêchant l'abstinence sexuelle et vous perdrez votre temps à essayer de les convaincre !

Le mythe populaire voudrait que les adolescents soient incapables de comprendre qu'ils ont intérêt à rester vierges jusqu'au mariage. Et pourtant les statistiques affirment que 65% des lycéennes de moins de 18 ans sont encore vierges.

Même les adolescents qui ont été actifs sur le plan sexuel peuvent choisir de s'arrêter. C'est ce qu'on appelle la «deuxième virginité», qui permet à qui le veut de repartir à zéro.

Enseigner à des enfants la notion d'abstinence sexuelle et les encourager dans ce sens peut donner l'impression de parler à un mur.

Non pas qu'ils n'écouteraient pas - l'expérience montre qu'une majorité écouterait - mais parce que les messages en faveur de l'abstinence sexuelle sont noyés dans un océan de propagande toxique de la part des promoteurs de la «sexualité sans risque» qui la déclarent inévitable.

Vous rejetez une grosse part de la responsabilité sur ceux qui ont dit aux adolescents que l'expression sexuelle faisait partie de leurs droits, pour autant qu'ils le passent «correctement». Y en a-t-il d'autres qui ont contribué à cette épidémie ?

L'industrie du spectacle porte certainement sa part de responsabilité, y compris les producteurs d'émissions télévisées. Il est intéressant de noter à cet égard que les responsables des sociétés de télévision par câble se montrent consternés par l'évolution du SIDA. Mais avec les magnats du cinéma, ils ont largement contribué au développement de ce fléau. Durant des décennies, ils ont montré des adolescents et des jeunes adultes qui changeaient de lit et de partenaires comme des robots sexuels. Seuls les naïfs demeuraient chastes, étant trop stupides ou laids pour trouver un partenaire.

Évidemment, les acteurs jeunes et beaux qui jouent dans ces épisodes ne subissent jamais, sur l'écran, les conséquences de leurs ébats sexuels. Jamais on ne voit un médecin leur annoncer qu'ils ont contracté un maladie incurable. Jamais personne ne paraît menacé par le revers de la médaille : herpès, syphilis, inflammation pelvienne, infertilité, verrues génitales, cancer de l'utérus, blennorragie. Tout semble si beau, si amusant. Mais quel énorme prix nous devons maintenant payer pour ces mensonges !

Le gouvernement américain lui-même a contribué à cette crise et continue à aggraver le problème. Sous son autorité - comme d'ailleurs en Suisse sous l'autorité du Département fédéral de la santé - on diffuse des publications qui tendent toutes à libérer l'individu de toute contrainte. L'homosexualité elle-même y est présentée comme un mode de vie ordinaire ...

Bien des personnes reconnaissent aujourd'hui le danger qui menace la génération montante, avenir de toute nation. Le moment est venu de défendre cette valeur d'autrefois appelée «virginité». Maintenant plus que jamais la vertu est nécessaire !

Dans GAZETTE DE MARTIGNY (29.12.1994)

La scène se passe en Russie aux premiers temps de la Révolution, lors d'un débat contradictoire. Très vite, en Russie communiste, les débats cesseront d'être contradictoires, et seuls les marxistes-léninistes de stricte observance auront droit à la prise de parole. Mais cette histoire date du tout début, à l'époque où la pierre tombale du peuple russe n'était pas encore scellée, et où l'air circulait furtivement.

Lors d'une réunion, donc, un orateur bolchévique parle à la tribune. Il déroule les mensonges de l'Église, les impostures de la religion, il explique qu'il n'y a pas de résurrection, que le Christ n'est pas Dieu, il cause, il cause, il cite Feuerbach et Marx, il est érudit, éloquent. Dans la salle les gens écoutent sagement, et opinent du bonnet. Quand enfin l'orateur se tait, celui qui préside la séance, un autre communiste, interroge l'auditoire.

- Quelqu'un a-t-il un mot à ajouter ?

Un homme, un paysan barbu, se lève.

- Moi, j'ai quelque chose à ajouter.

Le président fronce les sourcils.

- Bon, concède-t-il, parle, mais sois bref.

Le paysan hoche la tête.

- Rassure-toi, je ne serai pas long.

Il regarde autour de lui, fait avec solennité le signe de la croix et, d'une voix forte, lance le cri pascal :

- Christ est ressuscité !

Alors, toute l'assistance se lève comme un seul homme, se signe, et répond joyeusement:

- En vérité, Il est ressuscité!