Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 61

DÉCEMBRE 1994

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 

 ÉDITORIAL

CONFÉRENCE A PRADES

LE MYSTERE DE L'INCARNATION

ÉCONOMIE DIVINE

L'ÉCRITURE SAINTE

MEA CULPA

INSTRUCTIONS DU STARETZ PARTHÉNY

LES BIENFAITS DE L'ÉGLISE

UN PEU D'HISTOIRE

VIE DU SAINT MARTYR NICOLAS DE BOUNAINE

MIRACLES DE SAINT NICOLAS DE BOUNAINE


ÉDITORIAL

Après un voyage éclair en Grèce, où j'ai amené un jeune homme au monastère de Kératéa, afin de devenir moine, j'ai eu juste le temps pour préparer une conférence, - qui a eu lieu à Prades -, sur l'Orthodoxie et l'art (j'en parle largement dans l'article : Religion orthodoxe et art.
La tournée habituelle en France n'aura pas lieu puisque la plupart de nos fidèles viennent au foyer pour les fêtes.
Depuis longtemps déjà, l'idée de publier un livre sur l'Orthodoxie me trotte dans la tête. Il existe, bien sûr, des livres sur ce thème, mais les uns sont trop difficiles à lire pour le commun des mortels, les autres, à part la pagination, manquent d'exactitude, encore d'autres ne sont que des brochures et donc trop sommaires, et d'autres enfin sont épuisés. En un mot, un livre compréhensible et clair sur l'Orthodoxie dans son ensemble me semble bien utile. J'ignore si j'arriverai à réaliser ce projet, mais je commence à écrire et à publier, sans ordre, dans les bulletins suivants, des articles, afin de les réunir un jour dans un livre. L'article sur l'Écriture sainte en est le premier.
Je commence également un glossaire des termes propres au milieu orthodoxe, et qui, pour diverses raisons, n'existent pas en français, souvent parce qu'on ne peut les traduire sans employer une périphrase. Le mot théotokion, par exemple, donnerait en français : chant à l'Enfantrice de Dieu. Au demeurant, chaque communauté ou profession a son vocabulaire propre avec lequel il faut se familiariser, lorsqu'on côtoie le milieu en question.
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une abondance de grâces pour la fête de la Nativité et de la Théophanie. Hm. Cassien

CONFÉRENCE A PRADES
De Saint-Pierre à Saint-Martin
Religion orthodoxe et art

 

Dans le cadre des conférences organisées par les "Rendez-vous du patrimoine", le père Cassien a présenté dernièrement au Lido la démarche de l'Église orthodoxe en matière de création artistique à travers ses oeuvres personnelles et de documentation consacrées au décor d'églises et de monastères grecs.

Le père Cassien, prêtre orthodoxe, s'est installé en ermite au-dessus de Clara, sur le piton rocheux de Saint-Estève-de-Pomers.

Il a relevé des ruines la chapelle roman, privée et désaffectée, ultime vestige d'un château disparu.

Il y a entrepris la décoration intérieure dans le style byzantin, mais en faisant largement appel par son iconographie à des saints "locaux" bénéficiant d'une grande ferveur en Catalogne comme Gaudérique, ou Vincent de Collioure.

La technique employée est la fresque complétée, à sec, par la détrempe.

Mais l'oeuvre picturale du père Cassien comprend également des icônes et autres fresques réalisées en Grèce. Parallèlement à ce travail, le père Cassien a déployé son action missionnaire, créant une communauté orthodoxe.

La religion orthodoxe et l'art byzantin a donc aujourd'hui une vie en Conflent ╔

Dans Indépendant (Lundi 12 décembre 1994)


LE MYSTERE DE L'INCARNATION

Pâque est sans conteste la plus grande fête, mais il me semble que Noël la dépasse par son aspect mystérieux. Pâque est caractérisée par la victoire tandis que la Nativité du Christ l'est par son antidote - l'abaissement (la Kenose pour employer un mot grec francisé).

Le Fils de Dieu est devenu homme par amour pour nous, mais il s'est abaissé jusqu'à la mort sur la croix afin de nous sauver de nos péchés. Les quelques hommages qu'Il reçut , ceux des mages ou des enfants qui crièrent Hosanna, lors de son entrée à Jérusalem, furent plutôt symboliques.

Toute sa vie sur terre fut une humiliation permanente qui commença déjà avant sa naissance. À peine conçu, Joseph le juste le soupçonna comme étant le fruit d'une union adultérine. Ensuite, les caprices d'Hérode qui voulait recenser ses sujets Le forcèrent, Lui le Roi des rois, à naître à Bethléem, - contrée étrangère. En plein hiver, sa naissance eut lieu dans une étable, réchauffé seulement par l'haleine des animaux. À peine né, il lui fallut fuir en Égypte devant la jalousie d'Hérode qui cherchait à Le massacrer. Rentré en Judée, Il s'établit à Nazareth, une ville obscure et malfamée. Là, Il vécut avec sa mère encore jeune, son père adoptif et âgé, et les enfants de celui-ci qui étaient tous plus âgés que Jésus. Cette situation de cadet était peu enviable. Après trente ans de vie pauvre et obscure, Il débuta son ministère public, qui était humainement parlant, plutôt un échec. La foule Le suivait, poussée davantage par la curiosité et l'intérêt, que par le souci de son salut. Cette même populace criait plus tard : "Crucifie-Le" ( Mc 15,13). Mêmement, ses quelques disciples le trahirent et L'abandonnèrent au moment de sa passion. Et pendant tout sa mission, la haine des pharisiens et scribes ! Qui peut finalement décrire sa passion ? La trahison de Judas, l'un de ses disciples, l'abandon de tous, le jugement injuste, les crachats, la flagellation et enfin la mort, la plus infâme, sur la croix, - acte suprême de son amour pour nous.

Mais il fallait que tout cela arrive, car " si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit." (Jn 12,24).

Qu'est-ce sont les dieux, tels Allah, Yahve, Jupiter, les dieux solitaires, ou autre, qui ne sont que des images que l'homme s'est fait, à côté de notre Dieu trinitaire qui S'est incarné pour nous et qui a donné pour nous sa Vie ! Ce qui me fortifie le plus dans ma foi n'est pas la Gloire et la Majesté du Christ mais cet abaissement incompréhensible qui est le plus grand acte de sa Puissance. C'est bien ce mystère de la croix, qui est folie pour les Grecs et scandale pour les Juifs, qui témoigne que notre croyance n'est pas un produit de notre cerveau mais bien la vérité révélée. L'homme ne pourrait jamais s'imaginer un Dieu pareil qui devient homme (Emmanuel = Dieu avec nous), qui meurt et ressuscite.

Notre croyance est bien un mystère et non une philosophie humaine, et ce n'est pas non plus en raisonnant qu'on la saisit mais en la vivant chaque jour. Non des pensées sublimes, mais en portant la croix à notre tour, humblement et avec persévérance. Alors nous porterons aussi des fruits pour la vie éternelle.

Hm. Cassien


ÉCONOMIE DIVINE

Lorsque le fils prodigue quitta la maison paternelle, le père ne le retint pas par force, ni courut après lui, pas plus qu'il ne l'alla chercher. Mais patiemment, il attendit son retour, son repenti, non avec indifférence mais avec un coeur peiné. Ce n'est qu'au moment où le fils prit le chemin du retour que le père se lança vers lui pour l'accueillir dans ses bras.

C'est ainsi que Dieu agit dans notre vie qui n'est qu'une suite des péchés. Il nous laisse errer et attend patiemment le moment propice, au risque de nous perdre. Mais où est l'amour si nous sommes contraints ? Pourquoi Dieu permet ces égarements ? Afin de nous humilier, car il n'y a rien de pire que l'orgueil. Mieux vaut tomber et se relever humblement que de rester orgueilleusement debout. Le mieux serait, certes, de rester humblement debout , mais là où il n'y a pas d'humilité les chutes sont inévitables.

Dieu n'intervient pas toujours de suite, mais il nous laisse boire jusqu'à la lie de nos iniquités. De même si le père, avant le temps, aurait rappelé le fils prodigue, celui-ci serait peut-être revenu. Mais, avec regret, toute sa vie il aurait encore languit le sujet de ses convoitises. Peut-être aussi, au lieu de revenir se serait-il enfuit encore plus loin dans le péché ?

Le Seigneur ne ménageait pas ses moyens afin de sauver Judas, mais à un moment donné, Il ne put rien faire de plus pour lui, et Il lui dit: "Ce que tu fais, fais-le promptement. " (Jn 13,27). Dieu nous laisse toujours la liberté de choix et Il prit le risque, en créant l'homme, de son refus. La liberté de l'homme et le péché sont deux mystères que Dieu seul peut pénétrer et qui nous déconcertent. Nous voulons, avec nos raisonnements purement humains, à tout prix sauver autrui. C'est dans le même ordre d'idées que l'homme a inventé la croyance de la réincarnation, car le mystère de la résurrection dépasse nos raisonnements et ne peut être saisi que par la foi.

Il ne faut jamais désespérer du repentir du prochain, tant qu'il vit dans la chair, et en même temps envisagé que celui qui est debout tombe, tombe pour ensuite se relever , ou pour sombrer dans le désespoir, Dieu seul le sait. C'est à nous d'accepter cette liberté du refus, de prier pour celui qui s'égare, de le secourir avec discernement, - ce qui est hélas une rare vertu -, et de laisser Dieu agir pour le reste.

Le Christ S'incarna pour nous, mourut et ressuscita. Il nous laisse le choix terrible, d'adhérer à ce que dépasse toute compréhension - l'Amour de Dieu pour nous. C'est Lui qui fait tout, sauf nous contraindre, afin de nous sauver et nous rendre heureux.

Hm. Cassien


L'ÉCRITURE SAINTE

L'Écriture sainte, ou la Bible, fait partie de la Tradition. Elle n'est pas à part, ni au-dessus et encore moins, elle ne la remplace. Elle y figure à une place privilégiée et importante. Mais avant que le contenu de l'Écriture ne fût mis par écrit, il fut transmis oralement, et ce n'est que circonstanciellement que les écrivains sacrés le mirent par écrit. Pendant des siècles, les écrits ont circulé indépendamment les uns des autres et mélangés avec d'autres écrits. Ce n'est qu'au quatrième siècle que l'Église a fait un choix et a rassemblé dans un seul livre ce que nous appelons la Bible. Les autres écrits furent mis à part et considérés comme non canoniques - apocryphes.

L'Ancien Testament fut écrit originalement en hébreu. Au IIIe siècle avant notre ère, à Alexandrie, la Bible hébraïque fut traduite en grec : plus exactement, les cinq livres qui forment le Pentateuque (les livres de Moïse), la Torah. Cet événement tout à fait extraordinaire fut suivi, au cours des générations ultérieures, de la traduction des autres livres du judaïsme - psaumes, livres des prophètes, livres historiques et poétiques - jusqu'à former, aux alentours de l'ère chrétienne, l'ensemble des livres grecs, appelé la Bible des Septante, ou plus simplement la Septante.

Le Nouveau Testament fut écrit directement en grec, exception faite de l'évangile de Matthieu, écrit en hébreux, mais qui fut déjà traduit en grec au temps apostolique. Le nom de la Septante vient de ses traducteurs. Soixante-dix c'est-à-dire septante Juifs ont traduit, sur l'ordre des rois Ptolémées, les textes hébreux. La Septante est la version qui s'imposa dès l'origine du christianisme. Elle est restée la version normative en Orient, celle avec laquelle nos pères se sont nourris à travers les siècles, et sur laquelle les textes liturgiques sont fondés. C'est sur elle aussi que les autres traductions orthodoxes sont faites. Par contre, les traductions hétérodoxes, faites sur l'hébreu, le sont généralement sur le texte massorétique élaboré bien après le Christ, qui n'est pas transmis par l'Église, mais par la Synagogue.

«Toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Tim 3,16), dit l'apôtre Paul à Timothée. C'est donc Dieu qui a parlé par les patriarches, les prophètes et les apôtres. Il s'en est servi, non comme d' instruments morts, mais comme de personnes vivantes avec leurs qualités, leurs limites et tenant compte de l'époque et du contexte dans lesquels ils vivaient. L'écrivain sacré n'est jamais un médium, il met toutes ses facultés humaines au service de l'Esprit qui les enrichit. L'inspiration se limite au contenu de la foi et n'inclut pas ce qui est purement humain : la langue, les formes grammaticales, les données scientifiques de l'époque etc╔

L'Église qui est «la colonne et le fondement de la vérité», (1 Tim 3,15) est aussi la gardienne de l'Écriture. Elle y met le sceau d'authenticité. L'Écriture est écrite par et pour elle et c'est elle aussi qui la transmet fidèlement, d'une manière vivante et non comme une pièce de musée. Elle a également la clé de l'Écriture et c'est dans l'Église que l'Écriture trouve sa juste interprétation.

La Bible est une des multiples manifestations (théophanies) du Christ, au même titre que les icônes, les sacrements, les chants liturgiques. L'Écriture sainte, la Parole de Dieu, n'est rien d'autre que le Verbe de Dieu qui Se manifeste à travers la matière - la parole écrite. «Lui que je cherche dans tes livres», dit saint Augustin (Conf. 2,2). La Bible est l'icône verbale du Christ.

La sainte Écriture contient l'histoire sacrée du monde, depuis la création de l'univers actuel, jusqu'à l'avènement d'une nouvelle terre et d'un ciel nouveau. Dès la Genèse jusqu'aux Actes des apôtres, tout le passé est relaté. Dans l'Apocalypse et les écrits prophétiques, - qui se trouvent éparpillés à travers toute l'Écriture, (soit des écrits entiers, soit des passages) -, le futur est annoncé. Toute l'économie de Dieu envers la création est contenue dans la Bible, de même ce que nous appelons proprement la théologie - l'enseignement sur le Dieu trinitaire. C'est l'histoire du peuple élu, de l'Église, qui n'est rien de moins que Dieu avec les hommes.

hm. Cassien


MEA CULPA

Les deux citations dans le dernier bulletin, de Info du Monde, ont provoqué de vives réactions, aussi bien orales qu'écrites. En voici deux exemples :

... «Infos du Monde» est une vaste plaisanterie anglo-saxonne, de laquelle il ne faut rien, mais rien croire. Cette revue est une fumisterie de A à Z ; fumisterie pour le vulgum pecus ...

«Infos du Monde», c'est un peu «France-Dimanche» ou «Ici Paris»; les princières, celles qui se font violer, les Monégasques, les Anglaises etcÉ Par contre, Cassien, si ce texte doit être lu au second degré...

R.C.

 

... Je viens de recevoir le bulletin n° 60. Vous avez mis des articles tirés de «Infos du Monde». Je voulais vous dire que ce journal est fait par des gens qui n'ont aucun souci de la vérité, et très peu de scrupules. En effet, toutes les photos sont totalement truquées (ils savent très bien utiliser Photoshop et autres logiciels de traitement de l'image), de façon à créer des images spectaculaires, et à vendre en masse à un public peu informé. De la même manière, tous les articles sont complètement «bidons», et n'attirent l'intérêt que par leur côté farfelu ou «incroyable».

Lorsque ce journal est apparu, j'en ai été très choqué, à cause de la tromperie et du mensonge qu'il propage, et parce qu'il accoutume les gens à prendre des vessies pour des lanternes, de façon, progressivement, à leur faire adorer le mensonge comme Dieu. C'est un signe de nos temps. Tout ce qui est imprimé n'est pas forcément vrai, surtout à notre époque.

Il est impossible, en effet, dans l'état actuel de la science et malgré ses progrès, de greffer un cerveau d'épagneul breton à un être humain ! Et l'article sur le linceul est presque un blasphème, car la trace du Corps du Sauveur n'est pas «en lévitation» au-dessus du saint Suaire, mais bien sur celui-ci, comme le décrit très bien l'article de Feu et Lumière.

R.F.

Si un directeur de journal réussit à mettre ses lecteurs suffisamment en colère, ils rédigeront la moitié de son journal gratuitement .

Chesterton

INSTRUCTIONS DU STARETZ PARTHÉNY, HIÉROMOINE DU GRAND HABIT
DE LA LAURE DES GROTTES DE KIEV

Le père Parthény est né dans le district de Toula, au village de Simonovo (à 40 verstes de Toula) le 24 août 1790. Son père se nommait Jean Krasnopevetz, et sa mère se prénommait Anne. Au baptême, il reçut le nom de Pierre. Depuis sa plus tendre enfance, il eut à souffrir, car sa famille était très pauvre. Au lieu d'être écrasé par cette pauvreté, Pierre trouva dans la vie très dure que menaient ses parents une école de patience, d'amour du travail, de mépris des biens de ce monde et de tout confort de la vie. Ce mépris sera un des traits remarquables de son caractère. Il ne cherchera qu'une seule chose : la prière continuelle. Il entra au séminaire, où il étudia avec facilité.

La vision d'une colombe merveilleuse lui fit prendre la décision de s'éloigner du monde. Son frère aîné entra au monastère. Il partit à pied en pèlerinage pour Kiev durant l'été 1814. Un staretz de la Laure lui donna la bénédiction de rester comme novice. Mais au bout d'une année, son diocèse le fit revenir à Toula. Il réussit à se faire libérer du séminaire sans avoir terminé les cours. Il pensait pouvoir retourner à la Laure sans problème, mais, par deux fois, ses parents le fiancèrent. Finalement, il obtint leur bénédiction et arriva à la Laure en juin 1819.

Il fut reçu par le staretz Antoine et commença une vie de labeur dans l'obéissance et la prière continuelle. Il lisait chaque jour le Psautier tout en étant responsable de la fabrication des prosphores.  Il ne jugeait personne et était aimé de tous pour sa douceur. Il n'était attaché à rien, ne possédait rien : les passions du corps n'avaient pas d'emprise sur lui, car il apprit à rejeter dès le début toute pensée impure.

Devenu moine le 20 septembre 1824, on lui donne le nom de Paphnuce et il devient diacre peu après. Il veille alors dans la prière et recopie les livres des Pères. Il est ordonné prêtre le 26 décembre 1830. On lui donne la charge de confesser les moines et les pèlerins alors qu'il n'a pas 45 ans ╔ Il demande à être revêtu du grand Schème monastique (Grand Habit (angélique) ou Grand Schème* et le reçoit le 1e juin 1838 sous le nom de Parthény.

Il redonnait tous les dons qu'on lui faisait. Il avait le don de la prière continuelle même lorsqu'il dormait. Il aimait beaucoup la Mère de Dieu et fut plusieurs fois gratifié de sa vision. Dans l'une d'elles, la Mère de Dieu lui dit : « Le grand Schème, c'est de se consacrer à la prière pour le monde entier ».

Après avoir reçu le grand Schème, il célébra chaque jour la Divine Liturgie pendant 17 ans. Plusieurs fois, il chercha à vivre en reclus, mais ne le put à cause de ses enfants spirituels et de tous ceux qui venaient se confesser à lui.

Il avait son cercueil dans sa cellule et gardait continuellement la pensée de la mort. Il épuisait ses forces peu à peu. Quand il ne pouvait plus aller vénérer les reliques des saints moines dans les Grottes de la Laure - car il les vénérait beaucoup - il le faisait de loin par une prière spéciale. Quand il n'eut plus la force de sortir de sa cellule, on lui construisit une petite chapelle attenante dédiée à la Sainte Rencontre : afin que comme Syméon, il attende la venue de son Seigneur. Il continua d'y célébrer la Divine Liturgie et il y avait toujours beaucoup de monde qui y venait jusqu'à une année avant sa mort. Il continua de communier chaque jour, malgré sa maladie, pour laquelle il remerciait Dieu.

Il mourut le jour de l'Annonciation, le 25 mars (jour de sa fête préférée), qui, cette année-là (1855), tombait le Vendredi Saint. Pendant 20 ans, il avait spécialement prié chaque jour pour vénérer la Passion du Seigneur. Il s'était crucifié avec son Seigneur pendant toute sa vie, et avait toujours trouvé sa joie dans la Mère de Dieu. La veille de sa mort, le Jeudi Saint, ses enfants spirituels comprirent que c'était leur dernière cène ensemble, et il les reçut encore une fois et les bénit. Le Vendredi Saint au matin, on le retrouva mort, et son cercueil fut placé à côté de l'Épitaphion. Le service funèbre eut lieu le jour de Pâques avec les chants de Pâques. Il fut enterré au monastère de Galiseev (à 8 verstes de Kiev) où il aimait se retirer en été et où il avait tant prié.

 

1) Le discernement est la plus haute de toutes les vertus, par laquelle l'âme s'oppose aux pensées et aux passions qui la submergent.

2) Il n'y a rien de plus haut que le discernement, rien de plus nécessaire que la patience, rien de préférable au silence, rien de pire que le bavardage.

3) La perte de la grâce est la plus terrible de toutes les pertes. Il n'est pas d'état plus misérable que celui de l'homme qui a perdu la grâce. Très peu l'ont recouverte, au prix de très grands efforts ascétiques ; il faut avoir une vigilance incessante pour la conserver. Elle nous est donnée gratuitement, par la seule Miséricorde de Dieu, mais nous devons mettre tout notre zèle à la conserver.

4) L'ennemi lutte sans relâche contre nous. Il nous combat tout d'abord par la gauche, en nous éprouvant par nos passions et nos convoitises ; puis, lorsqu'il n'y parvient pas, il nous combat par la droite, en préparant au sein même de nos bonnes actions des filets pour nous faire tomber.

5) Plus tu t'approches de Dieu, plus l'ennemi s'en prend à toi. C'est pourquoi, « Si tu veux servir le Seigneur, prépare ton âme à l'épreuve ». (Si 2,1)

6) Dans tout le bien que nous faisons, l'ennemi sème son ivraie.

7) Il ne faut jamais suivre sa pensée , même si celle-ci semble bonne, mais l'éprouver par le temps.

8) Pour acquérir la patience dans les afflictions et les tentations, crois que tout ce qui nous arrive est selon la Volonté de Dieu.

9) Il est extrêmement dangereux de suivre ses idées et son propre discernement en matière de salut. Notre esprit est un oeil de chair limité, qui peut voir et déterminer seulement les choses extérieures et matérielles ; mais pour ce qui est des voies spirituelles, nous devons les soumettre à Dieu Lui-même par l'intermédiaire de notre père et maître spirituel, et suivre en tout le discernement de ce dernier.

10) Nos désirs et intentions changent sans cesse et se dispersent comme la fumée. Aussi devons-nous toujours mortifier notre volonté et nous soumettre à celle de notre guide.

11) Redoute de condamner le prochain, et pour ne pas tomber dans cette tentation de la langue, ne fais pas attention aux actions d'autrui.

12) L'amour de la pauvreté et de la non-possession préparent de grands trésors à l'âme.

13) Un profit indicible découle de la solitude, mais la prière doit lui être associée.

14) La solitude et la prière sont plus élevées que tout bien.

15) Celui qui a acquis la prière n'a pas le temps de penser à quelque chose de terrestre. Les conversations aussi bien que les rencontres avec les gens, et tout ce qui le distrait de Dieu, lui sont pénibles.

16) Acquérir la prière véritable est extrêmement difficile ; cet « exploit ascétique » conduira plus d'une fois l'âme aux portes de la mort. Cependant, la prière s'inscrira dans le coeur de celui qui sera vraiment jugé digne de l'acquérir, et rien ne la lui enlèvera.

17) Seule la prière incessante peut raviver l'amour de Dieu dans l'âme.

18) La solitude extérieure doit s'accompagner de la solitude intérieure. Seul le total retrait du monde, physiquement et mentalement, peut donner la paix à l'âme.

19) L'ennemi accable d'acédie toute âme voulant faire son salut.

20) La crainte de Dieu mortifie la chair plus que le jeûne et toutes les pratiques ascétiques. Pour celui qui l'a acquise, il n'est ni joie ni affliction sur la terre.

21) Sans l'aide de Dieu, l'homme ne peut disposer, malgré tous ses efforts, ni de sa vie extérieure, ni de l'état de son âme. Sans Dieu, impossible de lever même le petit doigt !

22) Notre liberté humaine consiste seulement à désirer le bien et à rechercher les moyens de le pratiquer, mais l'artisan et l'auteur de tout bien, c'est Dieu. Quant au mal, il vient de nous.

23) Vivre en pratiquant le bien et en ayant de bonnes pensées n'est pas un sacrifice offert à Dieu, mais notre devoir devant Lui.

24) Pour éviter le trouble et garder l'esprit de prière, évite tout genre de conversation et de visite ; préfère la solitude et médite souvent sur la mort.

25) La mort est désirable pour ceux qui aiment Dieu, mais terrible pour ceux qui ne s'y sont pas préparés.

26) La garde de la pureté du corps doit s'accompagner de la garde de la pureté de l'esprit.

27) Seules la prière incessante et la tension de l'esprit vers Dieu permettent d'acquérir la pureté physique et spirituelle. La venue du saint Esprit brûle et extermine toutes les passions.

28) La colère, la vanité, ou bien la présomption et la condamnation du prochain chassent la grâce de l'Esprit saint.

29) L'âme qui cherche son salut et reconnaît sa faiblesse doit haïr l'honneur qui vient des hommes.

30) L'excès de nourriture inflige un grand dommage à l'âme, si ce n'est au corps, et de l'excès de nourriture résulte l'excès de sommeil.

31) La moindre passion, non seulement pour une personne, mais même pour une chose, attire la Colère divine et fait place à la corruption.

32) Pour acquérir la pureté parfaite, n'aie d'attaches, même spirituelle, ni à un homme, ni à une chose. Aime tout homme comme toi-même, d'un amour parfait, mais sans passion, c'est-à-dire, ne souhaite ni la vue, ni la présence de la personne aimée, et ne te délecte pas en pensée à son sujet.

33) Le silence est une grande vertu. Le bavard ne se corrigera pas sur la terre.

34) L'abondance de paroles chasse la grâce et détruit la chaleur de l'âme.

35) La non-possession et la prière sont indispensables au salut. La prière engendre la non-possession et la non-possession la prière.

36) Celui qui n'a pas lui-même atteint la mesure de la perfection et entreprend d'instruire les autres, anéantit ce qu'il a.

37) Utilise tous les moyens pour acquérir la paix de l'âme ; et c'est seulement par la prière et la solitude que tu la trouveras.

38) Nous nous disputons avec le prochain parce que, selon la parole du Seigneur, nous ne voulons pas renoncer à nous-mêmes.

39) L'homme qui est sous l'action de la grâce ne peut être irrité ou agacé contre son prochain.

40) Lorsque le prochain est en colère contre nous, nous devons être paisibles et impassibles, et ne pas le heurter par des paroles ni l'inquiéter par des menaces, car celles-ci n'auront pas le moindre effet sur notre avenir. Arrivera seulement ce que Dieu a décidé !

41) « Le royaume de Dieu souffre violence », et ceux qui se font violence s'en emparent. Cette violence ne se limite pas seulement à s'abstenir des passions et de la nourriture, mais s'étend à toutes nos actions et mouvements intérieurs et extérieurs. Agis en tout contre les désirs de la chair : tu as envie de t'allonger confortablement - force-toi à faire le contraire ! Étant assis, tu as envie de t'appuyer - retiens-toi ! Et ainsi pour tout !

42) Nous devons nous faire violence pour prier et pratiquer le bien, même lorsque nous n'en avons pas envie.

43) Le total dénuement par amour du Christ est un grand trésor pour l'âme, mais seul celui qui a une ferme et inébranlable espérance en la Providence divine peut le supporter. Si tu as cette espérance infaillible, le Seigneur ne permettra pas que tu meures de faim ou que tu aies besoin de quelque chose. Mais si tu doutes, ne serait-ce qu'un peu, si tu recherches une aide humaine ou bien si tu comptes sur toi-même, la Providence divine t'abandonnera. Bien qu'il fut encore dans la chair, Pierre a pu marcher sur les eaux tant qu'il n'a pas douté en pensée.

44) « L'aide de Dieu se retire devant l'aide humaine. » Les anges servaient un ermite, mais lorsque les frères sont venus pour le servir, les anges sont partis !

45) La Providence divine est sans limites à notre égard. Elle nous conduit invisiblement ; rien n'arrive sans la Volonté de Dieu. Pour tout, il est un jour et une heure déterminés. Mets ton espérance en Dieu, et Il prendra soin de toi. Mais si tu te soucies de toi-même, certes le Seigneur t'aidera, mais sa Providence, qui agit en tout, t'abandonnera.

46) Pour recevoir l'Esprit saint, il est indispensable de mortifier la chair. Donne ton sang et reçois l'Esprit !

47) L'Esprit saint ne demeure pas dans un corps repu, même si cette personne est vertueuse. Pour être le temple de Dieu, il faut que l'âme et le corps soient purs et saints.

48) L'Esprit saint habite dans les coeurs simples. La simplicité intérieure doit se refléter aussi sur notre être extérieur : simplicité en tout, dans les paroles, dans la tenue. Ne veuille pas paraître pieux, ne baisse pas les yeux, ne parle pas exprès à voix basse, car même si c'est avec une bonne intention que tu composes ton maintien, la grâce s'éloignera de toi.

49) Toute âme bénie est simple, droite, miséricordieuse, aimable, humble, douce, effacée et craignant Dieu.

50) La douceur et la simplicité attirent à nous la Grâce et la Miséricorde de Dieu plus que toutes les vertus.

51) Dieu a horreur de celui qui est rancunier. Ce sont les démons, au lieu des anges, qui assistent celui qui prie et nourrit en même temps de la haine contre son prochain, et sa prière lui est comptée comme péché.

52) Ne veuille pas te distinguer en matière de salut ; ne cherche pas des voies spirituelles extraordinaires, ne t'impose pas des exploits ascétiques exceptionnels, mais en fonction des circonstances, de la force que Dieu te donne, fais-toi continuellement violence et ne te ménage pas pour pratiquer le bien.

53) Le mal colle à nous comme une maladie contagieuse. Si tu fréquentes un païen ou un calomniateur ou quelqu'un qui aime le monde, tu tomberas imperceptiblement toi-même dans ses défauts, et inversement, si tu fréquentes souvent un spirituel et un homme de prière, ses vertus se communiqueront à toi.

54) Les biens d'un homme impur et passionné sont contaminés par ses passions. Ne les touche pas, ne les utilise pas !

55) Il ne faut pas parler aux autres de ses propres exploits ascétiques, ni de sa règle de prière. Quand bien même cela serait sans vanité, le don que tu as dévoilé te sera ôté.

56) La pauvreté et la non-possession sont l'héritage indispensable du moine.

57) Celui qui veut être un vrai moine doit avoir une extrême pauvreté et chercher comment il pourrait se passer même du nécessaire.

58) Le moine doit se suffire à lui-même en tout et se nourrir du travail de ses mains.

59) Le moine doit vivre seul. Celui qui est avec lui - c'est le Seigneur !

60) Pour un vrai moine, il n'existe personne ni rien sur la terre. Sa joie et son plaisir sont la prière continuelle. Il aime tous les hommes mais s'ennuie avec eux, car ceux-ci l'éloignent de Dieu.

61) Un chemin sûr de salut pour le moine est la solitude accompagnée de la prière continuelle. Sans la prière il est impossible de supporter la solitude, et sans la solitude, il est impossible d'acquérir la prière. Sans la prière, on ne sera pas uni à Dieu, et sans cette union à Dieu, il est douteux que l'on fasse son salut.

62) La véritable prière est celle qui s'est établie dans l'âme et s'accomplit en esprit. L'acquérir exige une grande ascèse du corps et de l'esprit.

63) La parure d'un moine - c'est sa cellule, c'est-à-dire le fait de demeurer en cellule. Personne n'est jamais revenu dans sa cellule tel qu'il en est sorti.

64) Être outragé, battu et giflé est un don de Dieu et une grâce d'En-Haut pour le moine. C'est par les afflictions que les saints deviennent parfaits.

65) Avec Dieu on est bien partout, mais sans Lui on s'ennuie profondément aussi bien au paradis qu'en enfer ; car s'ils sont invisibles, existent sur terre un paradis semblable à celui du ciel, ainsi qu'un enfer. De même, Dieu est au ciel, mais Il est aussi sur la terre ; seulement ici tout est invisible, alors que là-bas, tout est visible, aussi bien Dieu, que le paradis et l'enfer.

66) Si Dieu est invisiblement avec nous sur la terre, c'est un signe qu'Il sera aussi avec nous au ciel. Mais si ne nous ne Le voyons pas avec les yeux du coeur sur la terre, nous ne Le verrons pas non plus au ciel.

67) Le moine qui est négligent pour faire son salut fait injure à Dieu. Il aurait mieux valu que le moine qui ne se soucie pas de sa vocation périsse dans le ventre de sa mère !

68) La lecture du Psautier apaise les passions, mais la lecture de l'Évangile brûle les ronces de nos péchés, car la Parole de Dieu est un feu dévorant. Une fois, j'ai lu l'Évangile pendant quarante jours pour le salut d'une de mes bienfaitrices. Et voilà qu'en rêve je vois un champ couvert de ronces ; soudain, un feu tombe du ciel qui brûle ces ronces, et le champ devient propre. J'étais perplexe au sujet de cette vision quand j'entendis une voix qui me disait : « Les ronces qui couvraient le champ, ce sont les péchés de ta bienfaitrice ; le feu qui a brûlé le champ, c'est la Parole de Dieu que tu as lue pour elle. »

69) Ayant comme règle de lire chaque jour un passage de l'Évangile et de le lire souvent en entier, le Staretz donnait cette règle à ses disciples, ses enfants spirituels. Il leur offrait les livres des Évangiles avec des dédicaces comme :

70) « Je te transmets la grâce - le saint Évangile ! Lis les quatre Évangiles en entier une fois par semaine pour être jugé digne de recevoir la grâce, la véritable intelligence des choses divines et une bonne mort ! Ainsi tu ne seras pas privé de la jouissance éternelle de la vision des trois hypostases dans l'unique Essence divine ».

71) « Enfants de Dieu, je vous offre les Évangiles de la passion. Lisez-les quand vous en aurez l'occasion, et surtout lorsque vous serez dans l'affliction. Que le Seigneur vous console alors ! Tout concourt au bien de celui qui aime Dieu. Il est bon d'être avec Dieu : sans Dieu, on s'ennuie et rien ne nous réussit. »

72) « J'offre ce livre - le saint Évangile - à mon enfant spirituel pour son obéissance à mon égard ╔ reçois ce précepte de mon indigne personne : lis entièrement les quatre Évangiles toutes les deux semaines. Ce livre est la source de tous les livres, aussi bien qu'une prière au-dessus de toutes les prières. Il est un guide vers le royaume céleste, et sur la terre, il conduit les hommes à la véritable intelligence. Il nous permet de contempler Dieu dans notre coeur, tant que nous sommes encore dans la chair, et nous prépare à Le voir face à face et à jouir de la délicieuse vision de la sainte Trinité dans le siècle à venir. »

73) « A toi, mon enfant spirituel, je lègue mon Évangile. Prie pour moi et rappelle-toi mon amour pour toi ! C'est surtout par une vie simple et pieuse que tu prieras. La patience est plus nécessaire que tout. Garde la chasteté, accroche-toi au silence, car le salut est douteux pour le moine bavard et volubile. Le silence recueille, le bavardage disperse. Prie avec force, sans te ménager ! Être outragé, battu, giflé est pour le moine un don de Dieu et une grâce du ciel. »

74) « Que la bénédiction divine, la protection de notre espérance invincible la Mère de Dieu et le secours des saints thaumaturges des Grottes de Kiev soient avec toi, mon enfant ! Voilà la règle de prière que je te donne pour ta vie monastique : au lever, lis l'Acathiste  au Sauveur, au coucher l'Acathiste à la Mère de Dieu, cinq cathismes par jour, l'Évangile en entier toutes les deux semaines, et pour les canons, suis la tradition de l'Église. Ne te disperse pas par des lectures, mais entre les Heures, dis la prière de Jésus en y joignant la salutation à la Mère de Dieu. Sache que vain est le salut de l'homme, mais en Dieu nous puisons la force et LUI anéantit nos ennemis. Prie pour moi et rappelle-toi mon amour pour toi ! Je te confie à la grâce du saint Esprit. Amen.»

Staretz Parthény

En ce jour naît de la Vierge

Celui qui tient en main l'entière création;

sur terre Il est enveloppé de langues,

Celui qui par essence est l'insaisissable Dieu.

Dans une crèche Il repose,

Celui qui affermit les cieux à l'aurore des temps;

Il est nourri à la mamelle,

Celui qui fit pleuvoir la manne

sur son peuple au désert;

Il fait venir les mages, le Fiancé de l'Église;

Il accepte leurs présents, le Fils de la Vierge.

Ô Christ, nous nous prosternons devant ta Nativité,

ô Christ, nous nous prosternons devant ta Nativité,

ô Christ, nous nous prosternons devant ta Nativité :

montre-nous ta divine Théophanie.

Stichères des vêpres (Gloire) du 25 XII

LES BIENFAITS DE L'ÉGLISE

L'Église nous apporte de multiples et grands bienfaits et très heureux, à ceux qui peuvent les goûter !

L'Église nous découvre Dieu le Père, notre Créateur et notre appui, le Père tendre et attentif pour chacun de nous, qui regarde des cieux les enfants des hommes, qui est bon, indulgent et plein d'amour pour tous ceux qui L'appellent. L'Église nous approche du Seigneur et nous garde en étroite union avec Lui. Nulle part on ne trouve Dieu si proche que dans l'Église.

L'Église nous fait connaître Jésus Christ, le Fils de Dieu, le Sauveur du monde, qui S'est humilié, S'est sacrifié, a été enseveli et qui est ressuscité pour nous montrer le chemin de la rédemption spirituelle : «qui, venant de Dieu, est devenu pour nous sagesse, justice, sanctification et délivrance» (1 Cor 1,30). Il a donné, pour nous racheter, ce qu'Il avait de plus cher : sa Chair et son Sang.

L'Église nous fait connaître Dieu à travers la divine Grâce et l'Esprit de vérité. Il nous distribue ses dons, qui nous purifient et nous sanctifient et que représentent les sept sacrements de l'Église.

Le premier sacrement est le baptême, qui nous purifie du péché ancestral et nous fait participer au royaume de Dieu. Par le baptême, nous devenons membre de l'Église et nous recevons le nom de chrétiens.

Par le sacrement de la chrismation, immédiatement après le baptême, l'Église nous fortifie par le sceau de la Grâce divine.

Par le sacrement de la confession, l'Église nous purifie des péchés personnels. Après la confession, par la sainte communion, l'Église nous unit sacramentellement au Corps très pur et au Sang très précieux du Sauveur, qu'on nous donne pour le pardon des péchés et la vie éternelle.

Par le sacrement du sacerdoce sont ordonnés les évêques, les prêtres et les diacres qui guident les croyants vers le salut par le triple pouvoir ou service : initiateur, sanctificateur et dirigeant.

L'Église bénit et fortifie le couple chrétien par le sacrement du mariage.

Quand nous sommes malades, l'Église fait des prières pour notre santé, en nous oignant de l'huile sainte, selon le rituel du sacrement de l'onction pour un malade.

L'Église, par les offices divins, nous fortifie et nous approche de Dieu. Le plus important des offices est la divine Liturgie, qui résume toute la Vie et l'Oeuvre du Sauveur. Pendant la Liturgie, Jésus Christ Se sacrifie, d'une manière non sanglante dans les saints Dons.

L'Église a des services divins et des prières pour toutes les nécessités de l'homme, depuis sa naissance jusqu'à son départ pour l'autre vie, et même après.

Par les fêtes religieuses de toute l'année, l'Église nous stimule et nous aide à vivre des moments intenses de recueillement spirituel. Ces fêtes nous rappellent toujours que nous sommes chrétiens.

L'Église unit nos âmes à celles de nos défunts par des pensées pleines d'amour et de reconnaissance et des prières pour leur repos.

L'Église nous accorde le prêtre, un véritable pasteur spirituel, qui a une grande responsabilité morale devant le Seigneur pour nos âmes. C'est lui qui nous accompagne pendant tous les moments importants de la vie, en assistant aux bons ou mauvaises événements, aux joies et aux peines. Il bénit le mariage, baptise les enfants, enterre nos morts et fait des prières pour nous pendant toutes les circonstances de la vie. Il est notre ami, notre frère, notre père, par ses bons conseils et sa disponibilité.

L'Église nous donne commandements et conseils pour nous rendre intègres et heureux. L'Église ne nous permet pas de mentir, de blasphémer, de voler. Elle nous incite à obéir à nos parents, à manifester notre reconnaissance envers nos bienfaiteurs, à avoir du bon sens, en un mot, à être des êtres humains au vrai sens du terme, des personnes selon l'image et la ressemblance de Dieu.

L'Église nous donne une paix et une consolation spirituelle qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Pendant tous les moments difficiles de la vie, quand les hommes sont frappés par un chagrin ou par une catastrophe, l'Église, telle une mère affectueuse, les caresse et encourage les âmes.

Nous avons présenté seulement quelques uns des bienfaits de l'Église, mais ils sont multiples. C'est pourquoi, l'Église doit être pour nous, les chrétiens, un véritable appui, que nous devons aimer et respecter, en écoutant toujours son appel.

père Olivian Bindiu


UN PEU D'HISTOIRE

Lorsque les Jésuites au 16e siècle, à l'époque du Concile de Trente, mettaient tout en oeuvre afin d'affermir l'autorité du pape, l'archevêque de Paris, Eustache Du Belley, disait en 1562 :

" Je veux parler, dans la prochaine congrégation, contre cette doctrine, inouïe dans les siècles passés, inventée depuis cinquante ans par Cajetan pour gagner le chapeau de cardinal; cette doctrine a été dès lors censurée par la Sorbonne. Cette nouvelle théologie change le royaume céleste en une tyrannie temporelle; elle fait de l'Église, qui est l'épouse de Jésus Christ, une servante prostituée aux volontés d'un homme. Dire qu'un seul évêque est de droit divin et qu'il distribue aux autres leur puissance, c'est dire qu'il n'y a qu'un seul évêque et que les autres sont ses vicaires, révocables à volonté. Je veux exciter tous les Pères du Concile, à empêcher que l'autorité épiscopale, déjà si rabaissée, ne soit anéantie. C'est là que tendant toutes ces associations de moines qui pullulent de toutes parts et qui font éprouver à l'épiscopat de si violentes secousses. Les évêques, qui avaient conservé leur autorité intacte jusqu'en 1050, furent frappés dans leurs droits par les Ordres de Cluny, de Citeaux et autres, qui furent établis à cette époque. Par le moyen de ces moines, Rome a usurpé une partie des fonctions essentielles des évêques. Les Ordres mendiants, qui sont venus ensuite, ont accaparé presque tout l'exercice de l'autorité épiscopale, au moyen des priviléges que les papes leur ont accordés. Voici maintenant une Compagnie,* née depuis deux jours, qui, au jugement de l'Université de Paris, est composée de gens qui ne sont ni séculiers ni moines, qui semble venue tout exprès pour introduire des nouveautés dans la foi, troubler l'Église et renverser l'état monastique, et qui essaie aujourd'hui de détruire entièrement la juridiction épiscopale en la faisant précaire et d'institution humaine; elle enchérit ainsi sur les attentats de tous les Ordres qui l'ont précédée."

Dans Histoire des Jésuites, par l'abbé R.Guettée
(tome 1, page 118)

* Il s'agit de la Compagnie de Jésuites


VIE DU SAINT MARTYR NICOLAS DE BOUNAINE

Fêté le 9 mai

L'illustre jeune soldat du Christ, Nicolas, originaire d'Orient, naquit de parents nobles et pieux. Dès son jeune âge, il se montra très sage et avisé, et il ne se mêlait pas aux enfants indisciplinés pour tenir des propos vains et déréglés selon l'habitude des jeunes. Au contraire, il aimait converser avec des hommes raisonnables et des vieillards, afin d'entendre des paroles utiles et salutaires. Quand il eut grandi, on le plaça dans l'armée, car il était très courageux et adroit. Il progressa donc au cours des guerres, fit beaucoup d'exploits et devint ainsi célèbre. Sa bonne réputation parvint jusqu'à l'empereur Léon VI le Sage (886-912), qui fut informé par de nombreuses personnes que Nicolas était véritablement un habile et digne conseiller et qu'il ne s'en trouvait pas d'autres comme lui. Il le fit alors appeler au palais royal, puis, s'étant entretenu avec lui, il fut ravi de voir que c'était un homme sensé et avisé. Il lui donna donc la dignité de duc, afin qu'il gouvernât une province et qu'il eût des soldats sous ses ordres comme il convenait.

Dès qu'il reçut cette charge et devint gouverneur, Nicolas ne cessa chaque jour d'exercer ses soldats et de leur enseigner l'art de la guerre, puisqu'il en était chargé. Mais il leur enseignait surtout les oeuvres et la conduite de la vie chrétienne, c'est-à-dire comment prier et implorer le Christ afin qu'Il leur donne la force contre les ennemis et il leur racontait souvent les exploits et les histoires des anciens guerriers et de leurs trophées, comment ils combattaient et délivraient des forteresses et s'emparaient des villes. Et plus que tout cela, il leur conseillait d'avoir la crainte de Dieu et de toujours se rappeler de ne faire de tort ni aux pauvres ni aux riches. Ainsi, aucun de ses soldats ne créait de trouble là où il se rendait et personne n'eut jamais à se plaindre d'avoir été lésé par les soldats de Nicolas ou d'avoir subi le moindre dommage.

En ce temps-là, la région de la Thessalie se révolta car ses habitants ne voulurent pas se soumettre à l'empereur de Constantinople qui gouvernait l'Orient. Ils venaient des frontières de la Macédoine, pillaient tout et faisaient prisonniers beaucoup d'hommes. C'est pourquoi l'empereur envoya des ordres dans tout l'Orient, et des gouverneurs arrivèrent avec leur armée. Parmi eux se trouvait aussi l'admirable Nicolas et ses subordonnés qui se rendirent à Thessalonique. Ils livrèrent bataille et conquirent la ville. Alors les Thessaloniciens se soumirent et promirent, en se prosternant, de payer l'impôt comme auparavant. Ensuite, partis de là, ils se rendirent à Larissa qui autrefois avait été une citadelle belle et fortifiée, gardée par des tours ; aussi ne parvinrent-ils pas à la soumettre et ils furent vaincus. En effet, les Larisséens sortirent, livrèrent une grande bataille et tuèrent beaucoup de soldats. Voyant que les Romains souffraient et que leurs ennemis avaient la palme de la victoire, Nicolas réfléchit ainsi : « Voilà, nos hommes ont été vaincus, et si je tombais, moi aussi, dans les mains de l'ennemi, je serais tué injustement, tout comme ces malheureux. À quoi donc cet honneur passager, en tant que duc, m'est-il utile, ainsi que cette dignité périssable ? Il est préférable de vivre inconnu plutôt que de commander ces soldats et de subir une mort déshonorante. Quelle valeur a mon corps ? Ou quel profit mon âme recevra-t-elle si ma vie disparaît avant le temps ? Il est donc préférable que je me rende en un certain lieu désert afin de vivre dans la solitude et pleurer mes péchés, pour pouvoir peut-être recevoir le pardon de Dieu à l'heure du jugement ». Ayant songé à tout cela, il partit et se rendit à la montagne de Bounaine (près de Tirnavos) où se trouvait une grande forêt ; là vivaient dans des cellules de vertueux anachorètes et ascètes. Quand il les vit, il se réjouit et remercia le Seigneur qui l'avait illuminé et guidé dans un lieu si salutaire. Il resta donc avec eux, là, luttant et s'exerçant à la vertu. Ces admirables ascètes virent le zèle de son âme et la peine extrême qu'il se donnait pour l'ascèse dans le jeûne, la prière et les veilles et l'aimèrent. Ils discutaient souvent avec lui, l'encourageant par des récits salutaires, à progresser davantage dans la vertu. Grâce à ces conseils, il s'adonnait à la lutte spirituelle autant qu'il le pouvait et tous l'admiraient et luttaient pour ne pas être surpassés dans l'ascèse par ce jeune moine. Mais le démon malin vit leur conduite vertueuse et agréable à Dieu et ne la supporta pas, mais mit tout en oeuvre pour empêcher le bien et fit lever les Avars athées qui dévastèrent les régions de l'Ouest. Après avoir pillé des forteresses et des villages et fait beaucoup de captifs, ils arrivèrent à Larissa et conquirent la ville et tous les alentours. Ils humilièrent tellement les hommes qu'ils les opprimèrent même au niveau de la foi et les obligèrent à renier le Christ et à adorer de vaines idoles. Ceux qui ne voulaient pas trahir la foi étaient tués après avoir subi maints tourments et de durs châtiments, pour l'amour du Christ très doux. Ainsi par les souffrances terrestres, ils héritèrent de l'allégresse éternelle et de la joie indicible dans son royaume céleste.

Quand ces événements eurent lieu, saint Nicolas se trouvait dans la skite de Bounaine et menait une vie ascétique avec les autres pères dont voici les noms : Grégoire, Armodios, Jean, Dimitri, Michel, Akindynos, Théodore, Pancrace, Pantéléimon, Émilien et Novoudios. Une nuit pendant leur prière, un ange du Seigneur vint leur dire : « Préparez-vous et restez vaillants car dans quelques jours vous subirez le martyre afin de recevoir le prix et la couronne de l'épreuve et hériter ainsi du royaume céleste. » Quelques jours plus tard, ces chiens féroces, les Avars, apprirent que la montagne de Bounaine cachait des ascètes qui jeûnaient et adoraient nuit et jour le Seigneur. Ils s'armèrent donc et s'y rendirent pour les massacrer. Mais saint Nicolas conseillait ses frères et compagnons d'ascèse : « Ne craignez pas, frères, la mort passagère, et n'hésitons pas, car l'heure est venue maintenant pour nous de montrer notre bravoure et d'hériter, par une petite et courte souffrance, de la joie infinie et du repos éternel. » Pendant que le saint parlait ainsi pour encourager les frères, surgirent ces féroces barbares comme des bêtes sauvages. Ils se saisirent des saints et les torturèrent impitoyablement, en leur faisant subir des bastonnades et d'autres tortures diverses. Ces bienheureux supportèrent courageusement tout ce qu'ils leur infligeaient et ne trahirent point leur foi. Aussi les barbares les décapitèrent et les gratifièrent ainsi de la vie immortelle et du royaume céleste. Voyant saint Nicolas si jeune et beau et comprenant sa sagesse et sa bravoure, ils ne lui firent point de mal, mais lui adressèrent des paroles séductrices, espérant ainsi l'amener à leur infâme religion. Cependant, ils s'efforcèrent en vain, car ils ne parvinrent aucunement à détourner le saint de la foi. Celui-ci répondait à leurs flatteries avec sagesse.

- Moi, je ne suis pas, dit-il, un enfant naïf, pour être trompé et renier le vrai Dieu qui m'a créé et adorer des idoles sourdes et insensibles. Mais comme j'ai toujours été un chrétien orthodoxe, je veux rester tel jusqu'à ce que je rende mon âme dans les Mains de notre Seigneur Jésus Christ, que j'adore et vénère comme mon Sauveur et vrai Dieu, et pour l'amour duquel je ressens un grand désir de verser mon sang. Vos dieux à vous, je les méprise et les maudis, car ils sont de pierre et de bois et d'autres matières sans valeur.

Mais eux flattaient le saint de plus belle :

- Nicolas, disaient-ils, ne méprise pas un tel courage et une telle bravoure vainement et gratuitement, car ton Christ ne t'aidera pas du tout. Seulement fais ce que nous te disons et adore les dieux afin de ne pas être privé de cette très douce vie par des tortures nombreuses et pénibles que nous t'infligeons aujourd'hui, si tu méprises nos paroles.

Le saint répondit :

- Ce que vous menacez de me faire, je désire grandement le subir, car si vous me séparez de cette vie terrestre et vaine, vous m'offrez un royaume céleste et une vie sans fin, de sorte que je serai glorifié éternellement avec mon Christ et que je jouirai au paradis d'une joie, d'une allégresse et d'un bonheur indicibles.

Donc, quand ils virent qu'ils ne pouvaient pas éloigner le saint de sa foi, ils décidèrent de le châtier d'une mort terrible et douloureuse. Ils le frappèrent donc sans pitié jusqu'à ce que la terre devînt rouge de son sang. Les bourreaux se relayèrent deux ou trois fois, mais le saint supportait courageusement l'épreuve, priant ainsi : « J'ai attendu ardemment le Seigneur » (Ps 39).

Il endurait tellement les coups qu'il donnait vraiment l'impression qu'un autre souffrait à sa place.

Ensuite, ils attachèrent le saint à un arbre et le percèrent de flèches. Puis ils le transpercèrent de son propre javelot et lui firent subir d'autres tortures, en s'acharnant à lui faire renier le Christ et adorer les idoles. Mais lui répondait sans crainte et injuriait ses bourreaux disant :

- « Brutes inhumaines qui n'avez qu'une apparence d'homme, qui n'éprouvez aucun sentiment humain, n'espérez pas me séparer de l'amour de mon Christ. Plus vous me faites souffrir, plus vous me tressez des couronnes. Mon Seigneur Jésus Christ m'assiste et allège mes souffrances de sorte que je ne ressens aucune douleur. »

A ces paroles, les barbares furent désespérés ; convaincus alors qu'ils ne pourraient le faire changer d'avis d'aucune manière, ils tranchèrent sa sainte tête, le 9 mai. Ainsi sa bienheureuse âme toute lumineuse monta vers les demeures célestes, accompagnée d'anges de lumière qui psalmodiaient et se réjouissaient avec elle. Sa sainte et vénérable relique resta sur cette montagne, sans sépulture et abandonnée.

Cependant par la Grâce du Dieu tout-puissant, elle fut conservée jusqu'à ce que Dieu voulût la révéler d'une façon merveilleuse, comme un trésor précieux. En effet, tous ceux qui le glorifièrent sur la terre et luttèrent pour son nom très saint et très digne de louanges, le Très-Bon les honora et les récompensa en les faisant héritiers de son royaume. Il ne récompense pas seulement les oeuvres au ciel, mais aussi ici sur la terre, et Il leur accorde grâce et force afin que les hommes les glorifient, et, les voyant accomplir des miracles, les imitent selon leurs forces.

Ainsi, Dieu donna pouvoir au saint martyr Nicolas de faire des miracles, afin que chacun comprenne quelle assurance il a reçue de ce Dieu très-bon et tout-puissant. Écoutez donc le récit de ses miracles afin que vous soyez persuadés de la gloire dont il jouit auprès de Dieu.

 

MIRACLES DE SAINT NICOLAS DE BOUNAINE

En Orient, c'est-à-dire dans la région où le saint martyr Nicolas naquit et fut élevé, un grand duc très riche fut atteint d'une grave maladie, la lèpre, qui rongeait ses chairs depuis longtemps. Bien qu'il eût dépensé toute sa fortune auprès des médecins, il ne voyait aucun soulagement. Bien au contraire, plus il dépensait, plus sa maladie augmentait, d'où lui venait une immense tristesse. Une nuit pendant son sommeil, le saint lui apparut disant : «Pourquoi peines-tu et dépenses-tu ta richesse en vain ? Va dans la région de Larissa, et demande que l'on t'indique la montagne de Bounaine. Là, tu fouilleras les lieux et, près d'une source, tu trouveras une relique qui te guérira de ta redoutable maladie.»

Le matin, au lever du soleil, le malade de leva de son lit, et, il se dirigea secrètement vers le port, trouva un bateau, se rendit à Larissa, et quand il arriva sur les lieux que le saint lui avait désigné, il trouva la source et fut rempli de joie. Puis, il examina soigneusement les lieux et se mit à chercher avec beaucoup de peine - car les buissons étaient très épais, - et il trouva, grâce à l'aide de Dieu, la relique très précieuse du saint, qui - ô miracle ! - malgré tant d'années passées, était intacte et incorrompue et embaumait. Ensuite, après s'être baigné à la source, le duc vénéra la sainte relique avec piété et foi. Alors, - ô miracle ! - sa maladie disparut comme la ténèbre disparaît devant la lumière : il n'en resta aucune trace sur son corps. Afin de montrer sa gratitude après un tel bienfait, il nettoya cet endroit où il avait trouvé le précieux trésor et édifia par la suite une église dédiée au saint. Ensuite, il retourna chez lui, joyeux, glorifiant Dieu et remerciant le saint. Il prit aussi avec lui un petit morceau de la relique et un peu de terre ; tous ceux qui les vénéraient furent guéris de toute maladie.

Le saint martyr Nicolas n'accomplit pas seulement ce miracle, mais encore beaucoup d'autres. En effet, le duc, une fois guéri, prêcha partout l'événement, et ainsi tous l'apprirent, de l'Orient à l'Occident. Ainsi, la renommée du saint fut répandue et les malades, venus de toutes parts, étaient aussitôt guéris selon la foi de chacun. Le saint accomplit de nombreux miracles à cette époque-là. Il continue de le faire aujourd'hui pour ceux qui ont une foi véritable en Christ et qui montrent une piété fervente envers le saint, en célébrant sa mémoire par des hymnes, des chants et avec componction et humilité.

Il est nécessaire de dire qu'à l'île d'Andros, il existe un saint et vénérable monastère dédié à saint Nicolas de Myre et où se trouve aussi, comme un précieux trésor, parmi d'autres reliques de martyrs, le chef miraculeux de Nicolas le Nouveau. Ce chef fut transféré à Constantinople par les moines de cette île et fut déposé dans la dépendance de leur monastère à Vlaksarail où il accomplit de nombreux miracles pour tous ceux qui l'invoquent.

Réjouissons-nous, nous aussi, aujourd'hui, honorons le saint et louons-le d'un coeur pur. Remercions-le, non par des paroles vaines qui ne conviennent pas aux chrétiens, mais avec abondance de vin et de nourriture, ni par des danses et des cris désordonnés, mais par l'aumône, les prières, les larmes et d'autres actes de vertu. Célébrant donc de cette manière, nous avons beaucoup de récompenses. Peinons durant cette vie passagère, en repoussant nos volontés terrestres et charnelles, afin d'être du nombre des martyrs et de recevoir la même couronne au paradis. Si nous sommes vaincus par les passions charnelles et tombons dans l'abîme, nous ressemblons à ceux qui adorent les idoles insensibles.

Surpasse donc, ô homme, les passions et les défauts, afin qu'ainsi tu deviennes martyr sans verser ton sang. Quand, par exemple, quelqu'un t'injurie ou te frappe, ou te fait du tort, patiente et endure l'injure pour le Seigneur, afin d'être honoré par Lui éternellement. Mais si tu te fâches et rends le mal pour le mal, tu transgresses la loi du Christ qui nous dit : « Moi, Je vous dis : Aimez vos ennemis. ». La même chose se passe avec les autres passions et péchés, c'est-à-dire si l'ennemi des âmes, le diable, t'incite à forniquer et que toi, tu résistes courageusement par des prières, des jeûnes et des larmes, dans le but de vaincre le scandale de la chair, alors tu es véritablement considéré comme un martyr de la tempérance. Si tu forniques, c'est que tu adores l'infâme Aphrodite. Si tu t'enivres, tu sacrifies à Dionysos. Si tu blasphèmes ou prêtes un faux serment, tu es considéré comme renégat. Si tu es avare et impitoyable, si tu n'as pas pitié des pauvres qui souffrent du froid et de la faim, et que tu caches ton argent pour l'adorer comme une idole, tu es considéré, selon l'Apôtre, comme un idolâtre. Songe donc, ô chrétien, que, quand tu prêtes à celui qui en a besoin et fais avec joie l'aumône aux frères du Christ, alors le Christ te rendra le centuple au jour terrible du jugement et ainsi tu te réjouiras éternellement avec tous les saints au royaume céleste. Mais si tu n'es pas compatissant, si tu enfouis l'argent et le gardes, alors quand tu mourras, d'autres s'en empareront et toi, misérable, tu hériteras de la géhenne et brûleras éternellement comme le riche de l'évangile, pour avoir été impitoyable, dur et avare.

Donc, vous tous qui êtes riches, semez votre richesse dans le sein des pauvres pour épargner dans les cieux et vous réjouir à jamais. Et vous tous qui célébrez la fête des saints, n'invitez pas des riches à votre table mais des pauvres et des infirmes, car les riches vous inviteront à leur tour, et vous aurez déjà votre récompense sans que pour autant les saints tiennent compte de vous. Et quand vous rassasiez les pauvres avec largesse, le Seigneur très bon vous rend le bienfait, dans cette vie passagère, comme dans l'éternelle, en vous gratifiant de son royaume céleste. Que celui-ci nous soit accordé à tous. Amen.

Nous ajoutons ici un miracle extraordinaire qui attira un grand nombre de fidèles sur les lieux du martyre du saint et de ses compagnons d'ascèse.

Sur la montagne de Bounaine se trouvent les arbres sur lesquels ont été pendus les saints ascètes, et tous les ans, à la fête du saint, le 9 mai, du sang coule sur le tronc de tous les arbres. Ce phénomène se produit du 8 mai à l'heure des vêpres jusqu'au lendemain à l'heure des vêpres. L'arbre où fut pendu saint Nicolas n'est plus là, pour une raison inconnue, mais il en reste les racines et un creux dans la terre. Ce creux se remplit de sang séché tous les ans en même temps que l'autre miracle se produit sur les arbres ; les fidèles s'y rendent et recueillent du sang avec du coton.

Il est à noter qu'autrefois, le sang sur les arbres était beaucoup plus abondant et coulait aussi sur les branches et que le creux se remplissait de sang frais et non desséché comme aujourd'hui. Ces dernières années, on a même placé de petits tuyaux dans les fentes des troncs afin de recueillir le sang qui ne coule que goutte à goutte. Un autre phénomène se manifeste le même jour : à 6 heures 30 du matin environ, un bruissement se fait entendre pendant 5 à 10 minutes comme si quelque animal bougeait parmi les feuilles qui jonchent le sol. C'est exactement à cette heure-là que le saint, traîné sur le sol par les Avars , rendit son âme. Une petite chapelle dédiée au saint se trouve non loin de là, et les fidèles orthodoxes s'y rendent en foule pour assister à la vigile.

Les nouveau-calendaristes vénèrent aussi ce saint et célèbrent sa fête dans cette chapelle treize jours plus tôt, mais ce jour-là, bien sûr, il ne se produit aucun miracle ! Cependant, ils continuent à suivre leur calendrier, tout en se rendant sur les lieux le jour de la véritable fête du saint, uniquement pour voir le phénomène.

Ce sang mystérieux qui coule sur les arbres a été analysé en laboratoire, et on a trouvé que c'est du sang purement humain, mais sans rhésus, c'est-à-dire le sang d'un mort. Voilà le miracle, voilà les mystères que Dieu accomplit à travers ceux qui L'ont aimé et servi de toute leur âme. Que saint Nicolas qui a trouvé une si grand assurance auprès du Seigneur, intercède pour nous pécheurs et qu'il nous rende dignes, nous aussi, de sacrifier notre vie pour l'amour de notre Seigneur Jésus Christ et de notre sainte foi orthodoxe,et qu'ainsi nous jouissions avec lui de la béatitude éternelle. Amen.

 

Tropaire de saint Nicolas (ton 4)

Médecin thaumaturge des malades et secours rapide de ceux qui sont en danger, ardent protecteur des affligés et défenseur de tous les nécessiteux, Nicolas, saint martyr d'Orient, intercède auprès du Christ Dieu pour le salut de nos âmes.

Kondakion (ton 2)

Cherchant les hauteurs, tu as méprisé les choses d'ici-bas et, abandonnant le monde, tu as suivi Dieu. Venant d'Orient, ô admirable Nicolas, tu as demeuré à Bounaine, où, devenant victime, tu t'es offert au Christ.

On aurait tort de railler ces moines du mont Athos qui, en rébellion contre le laxisme du patriarche de Constantinople, ont hissé sur leur monastère un drapeau noir avec cette inscription : l'Orthodoxie ou la mort, et ont menacé de s'immoler par le feu, comme leurs confrères bouddhistes au Viêt-nam. Il n'y a qu'une façon d'être chrétien, et c'est celle-là.

Dans le christianisme, ni le doute ni la tiédeur ni le relatif n'ont leur place. Etre moine (et chaque chrétien est un moine, ainsi que le rappelle la tonsure opérée le jour du baptême), cela n'est supportable que si l'on s'est persuadé que l'Église incarne et détient la vérité absolue. Qu'une faille apparaisse, et il nous faut jeter notre froc aux orties. C'est tout ou rien. La plénitude ou l'imposture. L'orthodoxie ou la mort.
Pour les zélotes du Mont Athos, c'est adultérer l'ouvrage de Dieu que de modifier, si peu que ce soit, l'enseignement de l'Église, son calendrier, sa discipline, sa foi, ses rites. L'orthodoxie ne se débite pas en rondelles, comme du saucisson : c'est un bloc qu'il convient de rejeter ou d'accepter dans sa totalité, sans rien ajouter ni retrancher.
Assurément, une telle fixité peut être nommée sclérose par les bouches hostiles qui, à cette fidélité littérale, ont beau jeu d'opposer l'imagination créatrice du saint Esprit. Pourtant, je persiste à penser que le drapeau noir de l'Athos figure des valeurs qui sont, elles aussi, du côté de la juvénilité, de la vie. Oser maintenir est parfois plus fécond que d'accommoder à la sauce du jour. ...
Gabriel Matzneff
(Le taureau de Phalaris)