Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 60

SEPTEMBRE 1994 

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

ÉDITORIAL

QU'IL JETTE LE PREMIER LA PIERRE

TÉMOIGNAGE D'UNE EX-PROSTITUÉE

QUESTIONS ET RÉPONSES

ACTIVITÉ HUMAINE ET GRACE DIVINE

VIE DU STARETZ JEAN DE VALAMO

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS

PROTONS ET NEUTRONS AU SECOURS DU SAINT SUAIRE

Ils aiment l'Orthodoxie, disent-ils, mais ils se plaignent que ses jeûnes soient trop longs. Ils aiment l'Orthodoxie, mais les offices sont trop longs. Les barbes aussi sont trop longues et les soutanes sont de trop. De plus, l'Orthodoxie a trop de vigiles, trop de prosternations, trop d'épitimies, trop de saints canons dans le Pedalion ...

Et enfin, elle a trop d'anathèmes contre trop d'hérésies...
Photis Kontouglou

ÉDITORIAL

Un petit creux dans mes occupations me permet, déjà, de publier ce bulletin. Il ne me reste qu'à écrire ces quelques lignes, - ce qui m'est toujours le plus difficile. La vie ici au foyer, et à l'hermitage, est relativement calme, à l'image de l'automne qui succède à l'aridité de l'été et précède la rigueur de l'hiver.

Le contenu du bulletin est comme d'habitude composé d'après les textes dont je dispose. En même temps, je choisis en tenant compte de la sensibilité ou du besoin spirituel de tel ou tel lecteur. Parfois je trouve aussi un article intéressant dans d'autres revues qui vont dans un sens orthodoxe, même s'il ne concerne pas directement la spiritualité de notre Église. Notre foi n'est pas désincarnée et il ne faut pas s'enfermer dans notre cocon, mais s'intéresser à ce qui se passe dans le monde, avec le souci du bien et du salut de notre prochain, ce qui ne se peut faire en dehors de Dieu. S'arrêter sur le niveau social ou humanitaire, par exemple, en faisant abstraction de la foi et de la vie future, n'a pas de sens pour un orthodoxe, et équivaut à un reniement. Il ne peut exister un terrain neutre dans notre vie. Il ne peut y avoir que des différents niveaux, des causes premières et secondaires. Reléguer notre foi et notre vie spirituelle dans un coin est inconcevable. Il faut que ces dernières fassent un tout homogène et que notre foi en Dieu oeuvre, comme le levain, dans la pâte. Un orthodoxe ne peut donc parler de la prostitution ou de la science, par exemple, en faisant abstraction de sa vie de foi. C'est un tout. Les problèmes qu'elles posent, ne peuvent se comprendre pleinement, et il ne peut se trouver une vraie solution, qu'à partir de notre relation avec le Christ, qui est venu précisément pour sauver l'homme et donner un sens à sa vie.

La page est pleine, et il ne me reste qu'à imprimer et amorcer le prochain bulletin.

hm. Cassien


«QU'IL JETTE LE PREMIER LA PIERRE...»
(Jn 8,8)

Tout comprendre, c'est tout pardonner; Dieu seul est en mesure de le faire. Nous, nous passons notre temps à juger, à mépriser, à avoir de l'antipathie. Pourtant avec un peu de bonne volonté, nous trouverons un tas de circonstances atténuantes pour les faiblesses des autres : enfance malheureuse que les travers de la vie n'ont fait qu'aggraver, manque d'amour, de communication, - qui de nous ne souffre de sa solitude intérieure ?

Le témoignage d'Estelle (plus loin) est un de ces innombrables cas que la société, dont je fais partie, rejette, la société avec ses moeurs fardées et pharisaïques, et qui en même temps, en profite. Par des procédures bien étranges, elle fait entrer dans ses normes ses victimes comme ce "serial killer". Pourquoi ce malheureux est arrivé à tuer tant des femmes ? Dieu seul le sait et c'est Lui également qui sait pardonner l'impardonnable. Autant que sa Miséricorde, en face du repentir, dépasse notre logique et nos raisonnements, autant les dépasse sa Justice envers nos manquements non repentis.

D'ailleurs, il n'y a rien de plus incertain que ma sortie de cette vie. Je doit la quitter un jour, mais dans quel état ? Peut-être celui que je juge aujourd'hui sera justifié comme moi je m'imagine être, et moi je sortirai de cette vie pire que je crois l'être pour l'instant.

Rien n'est pire que de juger car je serai jugé pareillement et il me sera pardonné comme je pardonne aussi à mon prochain.

Pour mes faiblesses, je trouve toujours des justifications, pourquoi ne pas les trouver aussi pour celles des autres ? Pourquoi sa condamnation ne vaut pas pour moi aussi, qui suis plein d'immondices en commençant avec mes mauvaises pensées, en passant par mon indifférence envers les misères d'autrui et en finissant avec tous les péchés que je commettrai encore certainement avant que je ne quitte cette misérable vie ?

Quant on se trouve dans une situation confortable, c'est facile de juger, de dire comment il faudrait agir. Mais celui qui est tenté, que la vie a défavorisé, abîmé, n'est pas toujours en état de choisir librement, sans contrainte.

Enfin, c'est à Dieu qu'il rendra compte un jour, c'est Lui le Juge. Moi, je me trouve pareillement sur le banc des accusés.

Même si je n'ai pas fait de mal à personne, le bien que j'ai omis de faire, suffira largement à me condamner.

Le Christ ne fut-Il pas crucifié aussi pour les prostituées, les meurtres, les voleurs etc.? A eux aussi le salut est proposé. La preuve - le bon larron qui se repentit sur la croix. Le même jour il entra avec le Sauveur dans le paradis. Malgré ses innombrables crimes, quelques instants de regrets sincères lui ont assuré le salut.

Donc, ne jugeons pas avant le temps car jusqu'à la mort le pire pécheur peut se convertir, et Dieu seul connaît le fond de chacun.

hm. Cassien


TÉMOIGNAGE D'UNE EX-PROSTITUÉE

La jeunesse d'Estelle a été particulièrement tragique : viol à huit ans, placements, fugues, chômage, abus de confiance, espoirs déçus... Une série de situations qui mettent trop souvent des jeunes en danger de prostitution. Pendant dix ans, Estelle s'est prostituée et a sombré dans un type d'exclusion dont on sort difficilement. Il aura suffi de quelques rencontres déterminantes pour qu'Estelle retrouve enfin l'espoir et aborde une vie sans prostitution.

«Je suis l'aînée d'une famille de quatre enfants. Mes deux frères et ma soeur sont d'un second mariage de ma mère. J'avais quatre ans lorsque mon père est décédé.

Prévenu par les voisins que mon beau-père nous maltraitait, on plaça mes frères et ma soeur à la DASS. Moi, je me trouvais chez ma grand-mère. J'échappai aux assistantes sociales. On accorda ma garde à ma tante chez laquelle j'ai vécu jusqu'à huit ans.

J'allais à l'école, j'étais heureuse et drôlement gâtée. Ma tante prit un amant. Un jeudi matin, alors que ma tante était à peine sortie faire des courses, il ferma la porte à clé et en profita pour me violer.

Rentrant exceptionnellement à midi, mon oncle me retrouva en sang. Il a prévenu la police. L'homme fut arrêté. Je fus alors enlevée de chez ma tante et placée à la DASS.

Depuis ce jour affreux, j'ai vécu de nourrices en foyers, ne tenant pas en place. J'avais du mal à comprendre la situation. A l'école, j'ai appris la couture et la cuisine et obtenu mon CAP. Je suis restée dans un foyer jusqu'à quinze ans. J'ai fugué pour la première fois, souhaitant retrouver ma grand-mère. Lorsque je suis arrivée chez elle, la police était déjà là...

Lorsque je revis ma mère, avec son ami, elle avait bien changé et ne supportait pas ma présence et me mit à la porte. Ne sachant pas où aller, livrée à moi-même, je couchais dans la gare et vivais de mendicité.

Un garçon de dix-huit ans, Jérôme, proposa de m'héberger. Au bout de deux mois on a fait l'amour... A dix-huit ans, j'ai eu une fille avec lui. La propriétaire de la chambre où nous logions ne voulait pas d'enfant chez elle. On se retrouva à la rue, couchant sur un matelas dans un garage avec comme seul bien un réchaud à alcool. Jérôme avait heureusement un travail mais le fait de se voir à la rue le rendait méchant. Il buvait et me battait. Une nuit, ma fille le réveilla et il la frappa. Je n'ai pas pu le supporter. Je me suis sauvée.

Mais où aller ? J'ai été voir du côté de la DASS espérant trouver une nourrice. Ce que j'ai obtenu. Il me fallait trouver du travail. J'ai pensé à ma tante qui tenait un café. J'étais prête à oublier le passé. Elle me refusa de l'argent, mais me dit que je pouvais en avoir plein si j'étais gentille. Elle me présenta des hommes qui recherchaient de la compagnie. Je fus prise au piège de l'argent facilement gagné. Je pensais au bien-être de mon enfant, que ma prostitution était provisoire.

Un jour, un homme me dit qu'il m'aimait, qu'on se marierait, qu'il placerait mon argent et que plus tard nous aurons un "chez nous". J'ai cru à sa belle promesse. Le piège se refermait sur mon innocence...

J'avais du mal à aller sur le trottoir. Je buvais à en être ivre et tout me semblait plus facile. Mais je n'étais plus libre, mon proxénète me prenait tout. C'est lui qui payait ma chambre d'hôtel, passait ramasser l'argent, me surveillait et exigeait au moins vingt passes par jour.

N'en pouvant plus, j'ai refusé plusieurs fois de me prostituer. Il venait alors à l'hôtel et me battait. C'est lui qui ramenait le client. Le patron de l'hôtel ne disait rien. Il gagnait lui aussi de l'argent avec ma prostitution. J'ai profité d'une rafle de la police pour déposer plainte. La police arrêta mon proxénète et elle ne me laissa plus tranquille. Les amendes tombaient pour racolage. Ne réglant pas ces amendes, on me mit en prison.

Un inspecteur de la DASS vint alors me voir pour me proposer de confier ma fille à une nourrice qui serait payée par l'administration. Contente qu'on m'aide enfin, j'acceptai de signer le document qu'il me présentait, sans le lire. J'avais confiance.

A ma sortie de prison, j'ai appris que l'on m'avait trompée. J'avais signé l'abandon de ma fille. J'ai tenté de me suicider en me coupant les veine. C'est un client qui me sauva de la mort.

Lorsque je suis sortie de l'hôpital, retour sur le trottoir, mais je n'étais plus seule, des amis de l'Association "Le Cri" me soutenaient. Grâce à eux, j'ai quitté la prostitution.

Une nuit, j'ai quitté le foyer qui m'avait accueillie à cause d'une fille qui voulait coucher avec moi. Je retournai à la prostitution.

Je rencontrai un homme. Nous avons pris une chambre ensemble. La police l'arrêta pour proxénétisme. J'étais vraiment amoureuse de lui. Il fut condamné à dix-huit mois de prison et cinq ans d'interdiction de séjour. En prison, je suis devenue sa femme. Nous sommes partis dans une autre ville. Ce fut très dur. Michel trouva un boulot, mais l'argent partait vite. Je me suis de nouveau prostituée. Une deuxième fois Michel fut arrêté et condamné pour proxénétisme.

J'en avais vraiment marre. Il fallait que ma vie change. Je me sentais sale, mon corps n'était plus à moi, et tous ces types qui me salissaient, j'en éprouvais du dégoût.

Un jour, je suis entrée dans une église comme poussée par une voix. J'avais la sensation d'une présence. Pourtant, j'étais bien seule. J'ai pleuré, j'ai pensé à mon passé. J'ai alors compris que je n'étais pas seule, Dieu était là...

J'ai retrouvé du travail pendant six mois. A la sortie de prison de Michel, nous avons décidé de partir une nouvelle fois et de quitter la région. Nous avons connu des hauts et des bas. Michel s'est mis à boire et à me battre. On habitait un quartier où il se laissait facilement entraîner. Avec l'aide d'une assistante sociale nous avons obtenu un nouveau logement. Michel est devenu plus gentil et a cessé de boire. Mais alors qu'il se rendait à un rendez-vous pour un emploi, il a eu un accident mortel.

Depuis j'ai fait la connaissance du Mouvement du Nid. Aujourd'hui, je suis toujours culpabilisée et meurtrie de n'avoir toujours pas retrouver ma fille.

Il faut voir la vérité en face pour que cesse la prostitution."

Estelle

Dans PROSTITUTION ET SOCIÉTÉ (N° 106)

QUESTIONS ET RÉPONSES

Extrait d'une lettre :

"Quel est le regard que l'Orthodoxie chrétienne fait de la sexualité ? Peut-être as-tu écrit quelque chose dans ta revue, ainsi tu pourrais m'envoyer les numéros concernés. Je ne te le demande pas d'une façon philosophique mais pratique, parce que quelque fois je me sens mal avec le pouvoir du sexe qui nous mène d'un côté à l'autre comme des animaux. Peut-être la diète, elle joue un rôle important en cela ?"

Réponse :

Je n'ai pas publié grand-chose sur la sexualité, mais je tâche de vous écrire plus longuement et de le publier en même temps.

La sexualité fait partie d'un ensemble, de l'être humain entier. Il faut d'abord bien la comprendre pour ensuite résoudre les problèmes qu'elle pose.

Ce n'est pas seulement aux gens mariés à qui cela pose des problèmes mais aussi à nous dans le monastère. A vouloir faire l'ange, nous faisons aussi souvent la bête, si ce n'est en acte, au moins en pensée.

Tout a été crée bon par Dieu, mais par suite du péché, le désordre et les vices se sont installés en nous sur tous les niveaux . Il s'agit maintenant de rétablir en nous même l'équilibre, l'harmonie, la pureté . A fur et à mesure que nous le rétablissons en nous même, nous le faisons avec les autres et avec toute la création. Toute la vie chrétienne consiste en cela.

Entre la vie monastique et le mariage, les moyens diffèrent mais le but est le même. Dans le couple, on s'efforce de faire ensemble le chemin de la vie à travers cette nature viciée et si on se marie, ce n'est pas pour le plaisir mais pour s'aider réciproquement, comme d'ailleurs on s'aide aussi dans le monastère. La procréation joue également un rôle important mais non absolu.

L'idéal et la réalité sont deux choses qui en général ne se couvrent mais il faut vivre avec cette situation. L'Église nous pousse vers l'idéal et nous aide, mais elle est aussi plein de condescendance pour nos faiblesses, sans pourtant fermer les yeux.

Elle nous aide par la direction spirituelle, - o ces problmes sont ŽvoquŽs, plus que dans les Žcrits -, par les rgles, les sacrements etc ...

Par le sacrement du mariage, le lit conjugal est sanctifié, comme par la prière de table la nourriture est bénie. Cela ne justifie pourtant pas l'excès. C'est pour cela que le jeûne et l'abstinence sexuelle ont leur rôle à jouer. En ce qui concerne l'abstinence sexuelle, il y a des jours où il faut s'éviter : les jours de jeûnes (les mercredis et vendredis et les différents carêmes), les dimanches et jours fériés, de même la semaine qui précède la communion et évidement quand la femme est indisposée. Donc la moitié de l'année tombe sous l'abstinence. Cela demande un effort, effort soutenu par, la prière, la lecture et le jeûne qui calme les passions etc.

Tout ce que je viens d'écrire est une vue générale qu'il faut appliquer dans chaque cas précis qui évolue également.

Ces quelques mots ne résolvent, certes, pas vos problèmes mais j'espère qu'ils pourront vous éclairer un peu.

Question : Pourquoi l'année liturgique débute le premier septembre ?

Réponse :

N'étant pas très versé dans cette question je peux pourtant répondre, selon ce que j'ai pu lire sur ce sujet, ce qui suit :

L'année solaire, qui compte 365 jours et à peu près 6 heures, débute le premier septembre, un usage qui remonte aux empereurs romains qui chaque année à cette époque levaient un impôt sur leurs sujets pour l'entretien de l'armée. Le taux de cet impôt était fixé tous les quinze ans, - cycle qui s'appelait indiction.

Déjà les Arabes et les Égyptiens commencèrent l'année en Septembre car à cette époque, on rentre les fruits dans les greniers et un nouveau cycle de la végétation commence. Les Romains par contre débutèrent leur année en Janvier parce qu'alors le soleil, suivant son mouvement apparent, commence à se rapprocher de nous. Les Juifs la commencent en mars, parce que le monde fut créé en ce mois.

Au début de l'année liturgique est lu l'évangile qui se rapporte au Christ, qui est l'auteur des saisons et des années, qui englobe en Lui tous les temps et l'éternité même, qui est l'Alpha et l'Omega, le début et la fin : "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'Il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres, pour proclamer une année de grâce du Seigneur." (Luc 4,18).

hm. Cassien


ACTIVITÉ HUMAINE ET GRACE DIVINE

Saint Macaire ( Homélies 26)

 

Ce n'est pas une attention superficielle que tu dois prêter à la substance intellectuelle de l'âme, mon bien-aimé, car l'âme immortelle est un vase précieux. Vois combien le ciel et la terre sont grands ; néanmoins, ce n'est pas en eux que Dieu a mis sa Bienveillance, mais seulement en toi. Considère ta dignité et ta noblesse ! Car ce n'est pas par l'intermédiaire des anges, mais en personne, que le Seigneur est venu te secourir (cf. Gal 3,19 ; Heb 2,2), afin de te rappeler, toi qui étais perdu, toi qui étais blessé, et de te rendre la forme primitive du pur Adam. L'homme exerçait sa domination depuis le ciel jusqu'aux régions inférieures, il était capable de discerner les passions, étranger aux démons, pur de tout péché, image et ressemblance de Dieu. Mais à cause de la transgression, il est maintenant perdu, blessé, mort. En effet, Satan a obscurci son intellect. A certains égards, c'est ainsi qu'il est ; et à d'autres égards, il vit, discerne, a une volonté.

Question - Quand vient le saint Esprit, la convoitise naturelle n'est-elle pas extirpée avec le péché ?

Réponse - J'ai dit précédemment que le péché est extirpé et que l'homme retrouve la forme primitive du pur Adam. Assurément, par la force de l'Esprit et la nouvelle naissance spirituelle, il atteint de nouveau la mesure du premier Adam, et il devient même plus grand que lui. Car l'homme est déifié.

Question - Satan ne peut-il nous attaquer que dans certaines limites, ou peut-il faire la guerre comme il veut !

Réponse - Ses attaques ne sont pas seulement dirigées contre les chrétiens, mais aussi contre les idolâtres et contre le monde entier. S'il lui était concédé de faire la guerre comme il veut, il détruirait tout. Pourquoi ! Parce que telle est son oeuvre propre et sa volonté. Il en est comme du potier qui met ses vases au four, et qui le chauffe jusqu'à un certain degré, ni trop, pour que les poteries, trop chauffées, n'éclatent pas, ni trop peu, pour que, insuffisamment cuites, elles ne soient perdues. De même, l'ouvrier qui travaille l'argent ou l'or pousse lui aussi le feu jusqu'à un certain degré seulement. S'il chauffe trop, l'or et l'argent fondent, se liquéfient et sont perdus. Et si l'intellect humain sait de même mesurer le fardeau qu'on peut imposer à une bête de somme, à un chameau ou à un autre animal, selon la capacité de chacun, combien davantage Dieu, qui connaît ces vases que sont les hommes, mesure-t-il diversement le champ qu'Il laisse à la puissance adverse !

De même que la terre, bien qu'elle soit une, est caillouteuse à tel endroit et riche à tel autre, apte tantôt à la culture de la vigne, et tantôt à celle du blé et de l'orge, ainsi les coeurs humains et leurs dispositions offrent des terrains divers, comme sont divers aussi les charismes qui sont donnés d'en haut. A celui-ci est donné le service de la parole, à cet autre le discernement, à un autre encore le charisme des guérisons. Dieu sait en effet comment chacun est capable de gérer ses affaires, et Il distribue en conséquence des dons différents. De même, en ce qui concerne les combats, c'est seulement dans une certaine mesure, suivant la capacité et la force de chacun, qu'Il laisse la puissance adverse les attaquer.

Question - Est-ce que celui qui a reçu la Force divine et qui a été partiellement transformé, demeure cependant dans sa nature !

Réponse - Pour que la volonté, même après la venue de la grâce puisse encore faire ses preuves, montrer vers quoi elle incline et avec quoi elle s'accorde, la nature reste la même. Celui qui est d'un tempérament rude reste rude, et celui qui a un caractère facile reste facile. Il arrive qu'un homme fruste connaisse une nouvelle naissance spirituelle, se trouve transformé en sage, et que lui soit donnée la connaissance des mystères cachés ; il reste cependant fruste par nature. Un autre, d'un naturel dur, livre sa volonté au service de Dieu, qui l'accepte ; sa nature reste rude, et pourtant Dieu se complaît en lui. Un autre a des manières douces, est affable et bon. Il se livre à Dieu, et le Seigneur l'accepte lui aussi. Mais s'il ne persévère pas dans ses bonnes actions, Dieu ne se complaît pas en lui. Ainsi, toute la nature d'Adam peut se tourner vers le bien comme vers le mal. Elle est susceptible de mal faire, mais elle peut, si elle veut, ne le point faire.

Il en est comme du parchemin sur lequel on écrit des choses diverses. Si tu as écrit ce que tu ne voulais pas écrire, tu l'effaces ; le parchemin reçoit tout ce qu'on y écrit. De même, un homme rude peut livrer sa volonté à Dieu, se tourner vers le bien, et Dieu l'accueille. Dieu en effet, pour montrer sa Miséricorde, accueille toute libre décision. Quand les apôtres arrivaient dans une ville, ils y restaient un certain temps et guérissaient quelques-uns des malades qui y étaient, mais non les autres. Les apôtres, quant à eux, auraient bien voulu ressusciter tous les morts et ramener tous les malades à la santé, mais leur volonté ne s'accomplissait pas entièrement ; il ne leur était pas donné de faire tout ce qu'ils auraient voulu. De même, quand Paul eût été arrêté par le gouverneur, si la grâce qui était avec lui l'avait voulu, il aurait pu ensevelir le gouverneur sous les pierres et faire s'écrouler le mur, car il était un homme possédant le Consolateur. Mais on le fit descendre dans un panier (cf. Ac 9,25). Où était donc la force divine qui habitait en lui ? Ces événements s'accomplissaient en vertu d'une divine économie ; si, dans certains cas, ces hommes faisaient des signes et des miracles, et, dans d'autres cas, étaient réduits à l'impuissance, c'était pour qu'apparaisse la différence de foi entre ceux qui ne croyaient pas et ceux qui croyaient, pour que le libre vouloir soit mis à l'épreuve, et pour que l'on voie manifestement si certains ne se scandalisaient pas de la faiblesse des apôtres. En effet si les apôtres avaient pu faire tout ce qu'ils voulaient c'est une force nécessitante qui aurait engendré chez les hommes la crainte de Dieu, du fait des miracles, et non le libre choix, et il n'aurait plus eu ni foi ni incrédulité. Or le christianisme est une pierre d'achoppement et un rocher de scandale (cf. Rom 9,33 ; 1 Pi 2,8).

Au reste, il ne faut pas prendre à la légère ce qui est écrit au sujet de Job, à savoir comment Satan fit une demande à son sujet. De lui-même en effet, il ne pouvait rien faire, Mais que dit le diable au Seigneur ? «Remets-le entre mes mains, et on verra s'il Te bénit encore en face» (Job 1, 11), Job, Dieu et le diable sont toujours là. Dès que quelqu'un reçoit le secours de Dieu, qu'il est zélé et bouillonnant de grâce, Satan le réclame et dit au Seigneur : «Parce que tu l'aides et que tu le prends sous ta garde, il te sert, mais laisse-le, mets-le entre mes mains, et on verra s'il te bénit encore en face.» Alors, après que l'âme ait été consolée, la grâce se retire et l'âme est livrée aux tentations. Le diable s'approche d'elle et l'accable de mille maux : découragement, désespoir, mauvaises pensées ; il jette l'âme dans la tribulation, pour la rendre lâche et lui enlever l'espérance en Dieu,

L'âme avisée ne désespère pas lorsqu'elle est plongée dans les maux et la tribulation, mais elle tient fermement ce qu'elle possède, et si des milliers d'épreuve fondent sur elle, elle le supporte en disant : «Même si j'en meurs, je ne le quitterai pas» (cf. Job 13,15). Alors, si l'homme persévère jusqu'à la fin, le Seigneur se met à discuter avec Satan : Tu vois quels maux et quelles tribulations tu as fait fondre sur lui, et cependant il ne t'a pas obéi, tandis que Moi, il Me sert et Me craint.» Alors le diable est couvert de honte et n'a rien à répondre. S'il avait su que Job, au milieu des tentations, resterait ferme et ne serait pas vaincu, il ne l'aurait pas réclamé, pour éviter d'être couvert de honte, Aujourd'hui encore Satan est couvert de honte par ceux qui tiennent bon dans les tribulations et les tentations, et il est plein de regret, car il n'est arrivé à rien. Mais le Seigneur se met à lui dire : «Voilà que Je te l'ai abandonné, Je t'ai permis de le tenter ; quel a été ton pouvoir ? T'a-t-il écouté ?»

Question - Satan connaît-il toutes les pensées et toutes les intentions de l'homme ?

Réponse - Si un homme vit auprès d'un autre, il connaît ce qui le concerne, et si toi, qui as vingt ans, tu es au courant des affaires de ton prochain, comment Satan, qui est auprès de toi depuis ta naissance, ne connaîtrait-il pas tes pensées ? Il est âgé déjà de six mille ans ! Mais nous ne prétendons pas qu'avant la tentation, il sache déjà ce que l'homme fera. Le tentateur tente, mais sans savoir s'il obéi ou non, jusqu'à ce que l'âme lui livre en servitude sa volonté. Nous ne disons pas non plus que le démon connaît toutes les pensées et tous les désirs du coeur. Il en est comme d'un arbre qui possède de nombreux rameaux et de nombreuses branches ; quelqu'un peut en prendre deux ou trois. De même, l'âme possède de nombreuses ramifications et de nombreux membres ; Satan peut s'emparer de certains rameaux - des pensées et des intentions -, tandis que d'autres pensées et d'autres intentions ne sont pas en son pouvoir.

Dans certains cas, le parti du mal l'emporte quand les pensées pullulent, dans d'autres cas au contraire, la pensée de l'homme est victorieuse, car il reçoit de Dieu secours et délivrance, et il s'oppose au mal. Dans l'un, il est dominé, dans l'autre, il impose sa volonté. Parfois il s'approche de Dieu, brûlant de zèle ; Satan le sait, voit qu'il agit contre lui, et ne peut s'y opposer. Pourquoi ? Parce qu'il a la volonté d'appeler Dieu à l'aide, et qu'il possède dès lors les fruits qui lui sont naturels : aimer Dieu, croire en Lui, Le chercher, marcher à sa suite. Dans le monde visible, le cultivateur travaille la terre ; mais, malgré son travail, il a besoin de la pluie et des averses qui viennent d'en-haut. En effet, sans la pluie du ciel, il ne lui sert de rien de travailler la terre. Il en va de même dans le monde spirituel : deux agents sont à considérer. Il faut en effet que l'homme, par son libre vouloir, cultive la terre de son coeur et prenne de la peine. Car Dieu réclame la peine, le labeur et l'activité de l'homme. Mais si, d'en-haut, les nuages célestes ne paraissent pas, accompagnés des pluies de la grâce, le labeur du cultivateur ne sert à rien.

C'est la marque du christianisme que l'homme, quelles que soient la peine qu'il prend et les oeuvres de justice qu'il accomplit, se comporte comme s'il n'avait rien fait. Quand il jeûne, il dit : «Je n'ai pas jeûné» ; quand il prie : «Je n'ai pas prié» ; quand il persévère dans la prière : «Je n'ai pas de persévérance», et : «Je ne fais que commercer dans l'ascèse et à prendre de la peine.» Et bien qu'il soit juste aux yeux de Dieu, il doit dire : «Je ne suis pas encore juste, je ne me donne pas de peine, mais chaque jour je commence.» Il doit garder en lui, jour après jour, l'espérance, la joie, l'attente du royaume à venir et de la délivrance, en se disant : «Si je ne suis pas encore délivré aujourd'hui, je le serai demain.»

Celui qui plante une vigne, avant même de commencer son travail, est plein de joie et d'espérance. II imagine en esprit sa vigne et en suppute les profits, alors qu'elle n'existe pas encore, et c'est ainsi qu'il entreprend son labeur. L'espérance et l'attente le rendent courageux au travail, et il engage dès lors des dépenses importantes. Il en est de même pour celui qui bâtit une maison, ou cultive un champ ; il engage une grande partie de sa fortune, animé par l'espérance du gain à venir. De même ici : celui qui n'a pas devant les yeux la joie et l'espérance, en se disant : «Je vais obtenir la délivrance et la vie», ne peut ni endurer les tribulations, ni porter le fardeau, ni prendre la voie étroite. C'est en effet la présence en lui de la joie et de l'espérance qui lui permettra de peiner et de supporter des tribulations.

Il n'est pas facile à un tison d'échapper au feu ; de même, l'âme n'échappera au feu de la mort qu'au prix d'un grand labeur. Il arrive souvent en effet que Satan, sous couleur de bonnes pensées suggère à l'âme qu'elle plaira à Dieu en faisant telle ou telle chose. Il présente ses suggestions à l'âme et la dépouille secrètement par des pensées subtiles et qui paraissent bonnes ; l'âme, ainsi violée ne sait pas les discerner et tombe dans les pièges et la perdition du diable. L'arme la plus appropriée pour l'athlète et le combattant est celle-ci : rentrer dans son coeur, lutter contre Satan, se haïr soi-même, renier sa propre âme, s'irriter contre soi-même et se faire des remontrances, résister aux convoitises qui nous habitent, combattre les pensées et lutter contre soi-même.

Si tu ne préserves qu'extérieurement ton corps de la corruption et de la fornication, et si, intérieurement, tu commets l'adultère pour Dieu tu es un adultère et un fornicateur dans tes pensées, et il ne te servira à rien d'avoir un corps vierge. Si un jeune homme trompe et séduit une jeune fille et la corrompt, dans la suite celle-ci sera méprisée par son époux, parce qu'elle a forniqué , de même, l'âme incorporelle qui entre en communion avec le serpent caché en elle, l'esprit malin, commet la fornication devant Dieu comme il est écrit : «Quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère dans son coeur» (Mt 5,28). Il existe en effet une fornication que l'âme commet en entrant en communion avec Satan. L'âme en effet est compagne et soeur soit des démons, soit de Dieu et des anges. Si elle commet l'adultère avec le diable, elle ne convient plus à l'Époux céleste.

Question - Arrive-t-il parfois que Satan se calme et que l'homme soit délivré du combat, ou bien celui-ci doit-il lutter durant toute sa vie ?

Réponse - Satan ne cesse jamais la lutte. Aussi longtemps qu'un homme vit en ce monde, revêtu de la chair, il est en guerre. Mais une fois éteints les traits enflammés du malin, quel mal Satan pourrait-il encore faire à l'homme, même s'il vient ?

Question - Si un homme quitte ce monde alors qu'il est en plein combat, ayant dans son âme les deux réalités, le péché et la grâce, où va-t-il, les deux partis ayant prise sur lui ?

Réponse - Il ira là où tend son intellect, là où est l'objet de son amour. Si la tribulation et la lutte se présentent, tu n'as rien d'autre à faire qu'à combattre et à haïr le mal. Que vienne le combat, cela ne dépend pas de toi ; mais il t'appartient de haïr le mal. Quand le Seigneur verra que ton intellect lutte et que tu l'aimes de toute ton âme, il éloignera la mort de ton âme en un instant - cela ne Lui est pas difficile - et Il te prendra dans son Sein et dans sa Lumière. Il t'arrachera en un clin d'oeil à la gueule des ténèbres et te transportera aussitôt dans son royaume. Car, pour Dieu, il est aisé de tout faire en un instant, pourvu que tu aies seulement de l'amour pour lui. Dieu, en effet, a besoin de l'activité de l'homme, puisque l'âme de celui-ci est capable de communier à la divinité.

Nous avons souvent utilisé l'exemple du cultivateur qui peine et jette la semence en terre, mais qui doit aussi attendre d'en-haut la pluie. En effet, si aucun nuage ne se montrait et si aucun vent ne soufflait, son travail ne servirait à rien. La semence est déposée nue dans la terre. Fais-en l'application au domaine spirituel. Si l'homme se contente de son activité propre, sans recevoir quelque chose d'étranger à sa nature, il est incapable de produire pour le Seigneur des fruits dignes de lui. Mais quelle est l'activité de l'homme ? - Renoncer, fuir le monde, persévérer dans la prière, veiller la nuit, aimer Dieu et ses frères. C'est là son oeuvre propre. Mais s'il en reste à cette activité propre, sans rien espérer recevoir d'autre, si les vents du saint Esprit ne soufflent pas sur son âme, si des nuages célestes ne se montrent pas, si la pluie ne tombe pas du ciel pour arroser l'âme, l'homme ne pourra pas donner au Seigneur des fruits dignes de lui.

Question - Mais puisque les fruits naturels sont semblables à ceux-ci - la foi, la prière, l'amour, - montre-nous la différence qui existe entre les fruits naturels et les fruits spirituels.

Réponse -Ce que tu fais par toi-même est bon et agréable à Dieu, mais n'est pas pur. Tu aimes Dieu, par exemple, mais non pas parfaitement. Le Seigneur vient, et il te donne l'amour immuable et céleste. Tu pries d'une façon naturelle, mais avec des distractions et une multiplicité de pensées. Dieu te donne la prière pure «en esprit et en vérité» (cf. Jn 4,23). Dans le monde visible, la terre, la plupart du temps, produit d'elle-même des épines. Le cultivateur la retourne, la travaille avec soin, et y jette la semence. Mais les épines, sans avoir été semées, poussent et se multiplient. En effet, après la chute, il a été dit à Adam : «La terre portera pour toi des ronces et des épines» (Gen 3,18). Le cultivateur recommence sans cesse à prendre de la peine pour sa terre ; il extirpe les épines qui, malgré cela, continuent à foisonner. Transpose cela au sens spirituel. Depuis la transgression, la terre du coeur porte des épines et des ronces. L'homme travaille, prend de la peine, mais les épines des mauvais esprits poussent malgré tout. Alors le saint Esprit Lui-même vient au secours de la faiblesse des hommes ; le Seigneur jette dans la terre du coeur une semence céleste et la travaille. Bien que la semence y soit tombée, les ronces et les épines n'en poussent pas moins. Le Seigneur lui-même et l'homme continuent à travailler la terre de l'âme, mais les mauvais esprits et les épines y foisonnent et y poussent encore, jusqu'à ce que vienne l'été, que la grâce surabonde et que les épines se dessèchent sous l'ardeur du soleil.

Bien que le mal cohabite avec la nature, il ne la domine plus autant et n'y occupe plus autant de place. Le blé en herbe est fragile, et peut être étouffé par l'ivraie ; mais quand vient l'été et quand les épis sont secs, l'ivraie ne peut plus nuire au froment. Si trente boisseaux de pur froment étaient mélangés à un litre d'ivraie, qu'arriverait-il ? L'ivraie serait étouffée par la surabondance du blé. Il en est de même pour la grâce. Si le don de Dieu et la grâce surabondent dans l'homme, si celui-ci est riche auprès du Seigneur, et s'il n'y a plus que peu de mal en lui, celui-ci ne peut plus lui nuire, faute de force, et parce qu'il ne trouve plus en lui de place. La Venue du Seigneur et sa Providence avaient pour objet de délivrer ceux qui étaient sous la servitude, l'esclavage et le joug du mal, et de les rendre victorieux de la mort et du péché É

Cependant, les parfaits eux-mêmes, aussi longtemps qu'ils sont dans la chair, ne sont pas exempts de soucis, mais vivent dans la crainte, à cause du libre arbitre, et, pour cette même raison, sont également exposés à la tentation. Ce n'est qu'une fois parvenus à la cité des saints que l'âme sera exempte de tribulations et de tentations. Là-bas en effet, il n'y a ni soucis, ni tribulations, ni labeur, ni vieillesse, ni Satan, ni guerre, mais seulement le repos, la joie, la paix et le salut. En effet, le Seigneur se trouve au milieu de ceux qui y résident, Lui qu'on appelle Sauveur, parce qu'Il sauve les captifs, Lui qu'on appelle médecin, parce qu'Il donne le remède céleste et divin et guérit les passions de l'âme. En effet, dans une certaine mesure, elles exercent encore leur domination sur l'homme. Comparativement, on peut dire : Jésus est un Roi et un Dieu, et Satan un tyran et un mauvais prince.

Dieu et ses anges veulent avoir cet homme pour familier dans le royaume. Mais le diable et ses anges veulent aussi l'avoir comme compagnon. L'âme se tient donc au milieu, entre ces deux réalités, et l'homme devient le bien propre et le fils de celui vers lequel incline la volonté de son âme É

Qui était la princesse Sarolta dans l'histoire hongroise ? Son père, Gyula, était un des premiers chefs hongrois à aller se faire baptiser à Byzance en l'an 944. Il a ramené avec lui l'évêque Hiérothée qui, devenu premier évêque de Hongrie, y oeuvra pour la conversion de sa famille dont Sarolta était la plus zélée, et la foi chrétienne s'est répandue dans les provinces du sud-est qui lui appartenaient. Sarolta a été donnée en mariage à Géza, prince païen de Hongrie, et c'est par elle que la foi chrétienne fut connue dans sa cour. Leur fils, saint Étienne était le premier roi chrétien de Hongrie (mort en 1038).

VIE DU STARETZ JEAN DE VALAMO

(suite)

Nous devrions nous souvenir que notre vie passe très rapidement et qu'elle est une préparation pour la vie éternelle à venir.

Les oiseaux sont si petits et leurs pattes sont pareilles à des allumettes et ils se débrouillent pour trouver leur nourriture pendant la saison froide. Gloire à ta Sagesse, Seigneur, gloire à ta création !

Tu aimes à lire les vies des saints, continue à le faire, elles sont une grande source d'inspiration pour les pécheurs que nous sommes.

Souviens-toi de l'heure de la mort et ne condamne jamais plus personne pour quoi que ce soit, ce que tu condamnes chez les autres te fera tomber dans les mêmes péchés, il ne peut en être autrement.

(A une femme qui devant s'occuper de plusieurs choses dans l'église, et qui se plaignait de ne pouvoir suivre les offices), saint Macaire a dit : le travail est pour ceux qui prient et la prière pour ceux qui travaillent.

En fait, le moine diffère du laïc seulement par le fait qu'il n'est pas marié et ainsi les laïcs devraient  - et doivent en fait - vivre la même vie que les moines dans l'accomplissement des commandements.

Que le Seigneur t'accorde la sagesse. Il est inutile pour toi de te tourmenter et de penser que tu as oublié certainement de confesser un péché, les péchés qui conduisent à la mort, sont ceux dont tu es conscient et dont tu ne te repens pas.

Ne sois pas troublé si des pensées charnelles t'attaquent. Quelquefois, il est naturel qu'il en soit ainsi. La seule Grâce de Dieu peut nous en délivrer, mais je sais pourtant qu'elles reviendront en nous jusqu'au dernier jour. Même la vieillesse n'est pas exempte de leurs attaques.

Aucune maladie ne nous vient sans la Volonté de Dieu.

Ne sois pas abattu si tu es distant pendant la prière. Continue à te forcer à prier.

Bien sûr, il est assez effrayant de mourir, la crainte de la mort est caractéristique de tous, dit saint Jean Climaque, mais le désespoir et la tristesse viennent de l'ennemi.

Tu as commencé à avoir une mauvaise santé. Que faire ? Soumets-toi à la Volonté de Dieu : les maladies nous rappellent notre passage dans l'éternité. Je te souhaite santé du corps et salut de l'âme.

 

(A quelqu'un dont l'époux n'était pas orthodoxe :) Sois fidèle à ton époux, ne sois pas fausse avec lui et obéis-lui en tout, excepté en ce qu'exige l'Orthodoxie. Il n'est pas nécessaire de parler de sujets religieux, mais si lui-même vient à aborder le sujet, réponds-lui ce que tu sais, mais prie Dieu intérieurement. Enseigne, non pas par la parole mais par l'exemple d'une vie chrétienne vertueuse. Ne le force pas à aller à l'église. S'il veut y aller c'est une autre chose. Sois satisfaite et reconnaissante de ce qu'il ne t'empêche pas d'y aller. Prie pour lui simplement, comme un enfant : Seigneur, sauve et aie pitié de mon époux, préserve-le et enseigne-lui la vérité. Laisse le reste à la Volonté de Dieu et sois en paix.

Les saintes Écritures nous disent qu'il y aura la vie éternelle et l'éternelle souffrance : nous devons y croire fermement et ne pas nous engager dans des discussions théologiques ardues avec nos petits esprits limités et nos coeurs qui ne sont pas purifiés des passions.

Saint Isaac le Syrien dit : fuis les raisonnements sur les dogmes comme tu fuirais un lion furieux.

S'il n'y avait pas d'afflictions, il n'y aurait pas de salut.

Il est un remède aux afflictions, dit saint Marc l'Ascète : la patience et la prière.

Notre grande erreur est de ne pas assez penser à notre passage dans l'autre monde. Notre vie dans cette vallée de larmes n'est après tout rien qu'un chemin vers l'éternité et une préparation. Ô éternité, éternité sans fin ! Bien qu'ici-bas il y ait la douleur et que la vie soit quelquefois très dure et les peines lourdes et que les maladies frappent, il y a la pensée réconfortante que je mourrai et que tout cela cessera. Mais qu'est-ce qui nous attend après ? Seigneur, par les décrets que Tu connais, sauve-nous pécheurs, amen.

La Compassion de Dieu envers nous les pécheurs est incroyable : Il a pris chair et Il est devenu vrai homme (sans le péché). Je ne te cache pas que je pleure en écrivant.

Comprends cependant que sans les humiliations, on ne peut pas devenir humble.

Mon enfant spirituel, ne sois pas déprimé, ne désespère pas du salut de ton âme, ces pensées viennent du démon, ne les accepte pas.

Tu vis dans le monde, alors essaie de faire avec une conscience pure la tâche qui t'a été assignée par la Providence de Dieu.

Tu m'écris que tu veux que je prie le Seigneur de te rendre bonne ! Quelle demande absurde, j'en ris encore : elle vivra comme il lui plaira, et le vieux suppliera et priera Dieu qu'elle devienne bonne ! Ceci n'est pas en accord avec la connaissance spirituelle, ni Dieu ni moi-même ne pouvons t'aider si tu n'oeuvres pas toi-même avec dévotion ainsi que l'ont dit les saints pères !

Tu n'as pas d'enfants et tu veux en avoir. Ton désir est naturel et dans l'ordre des choses, cependant tout peut arriver. Les enfants peuvent ne pas faire le bonheur de leurs parents et leur causer de grands chagrins. Abandonnons-nous à la Volonté de Dieu, car Il connaît nos besoins avant que nous demandions quoi que ce soit. Si les enfants te sont bénéfiques, tu auras des enfants, sans opération chirurgicale. Prions ainsi : Seigneur, Tu connais nos besoins avant que nous demandions quoi que ce soit, dans ta Bonté, bénis ce qui sera bon pour nous. Amen.

Celui qui croit aux rêves est comme celui qui court après sa propre ombre pour la rattraper.

Ainsi, ami, voici comment je te conseille de lire la Bible : prie d'abord Dieu d'ouvrir ton esprit afin que tu comprennes l'Écriture. Ce que tu comprends, essaie de l'appliquer, ce que tu ne comprends pas, ne t'en préoccupe pas. C'est le conseil des saints pères. La sainte Écriture ne doit pas être lue pour enrichir nos connaissances mais pour le salut de nos âmes. La recherche de l'incompréhensible est liée à l'orgueil.

(Sur les prêtres qui accomplissent les rites sans ferveur :) Ne condamne jamais les prêtres : ils commettent aussi des péchés et ils devront en répondre au jour du Jugement. Prie plutôt pour eux et demande intérieurement leurs saintes prières, c'est ce qu'enseignent les saints pères. Tu vois les défauts des prêtres, mais regarde-toi, vois comment tu te tiens et comment tu pries, comment quelquefois pendant que se déroule l'office, tu penses aux choses du monde ! Seigneur, accorde-moi de voir mes péchés personnels et de ne pas juger les prêtres.

Un sage ancien admonestait un frère qui était orgueilleux mais le frère répondit : Excuse-moi père, je ne suis pas orgueilleux. Le sage ancien le reprit alors en disant : comment pourrais-tu démontrer plus clairement que tu es orgueilleux si ce n'est en disant : je ne suis pas orgueilleux. Oui, l'orgueil est aveugle.

Je remercie Dieu d'être orthodoxe. Je crois avec certitude en Dieu, en la sainte Trinité, je crois en la Mère de Dieu et toujours vierge Marie et en tous les saints de l'Église orthodoxe. Je crois aux conciles oecuméniques, et à toute l'Écriture, selon le catéchisme, je crois en tout ce qu'enseigne notre sainte Église orthodoxe. Mais qu'il est triste de voir que nos orthodoxes ne connaissent pas l'enseignement orthodoxe : ils vacillent et quelquefois tombent dans des sectes et des schismes. Ils ne savent pas, pauvres créatures, que toutes les hérésies et les schismes sont basés sur l'orgueil et l'autosuggestion : ils disent : nous sommes sauvés... ils ne reconnaissent pas toute la Bible, mais seulement ce qui convient à leurs enseignements. Un sectateur me dit un jour qu'il connaissait toute la Bible d'un bout à l'autre ! Je ne suis pas surpris de cela. Les Pharisiens aussi connaissaient toute la Bible, mais ils ne vivaient pas selon son enseignement et ils n'ont pas reconnu la vérité, ils ont crucifié le Seigneur.

Que le Seigneur te garde.

( Traduction de Claude Lopez)


SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS

suite et fin

CHAPITRE 9 : «Le poison de l'envie».

Un troisième défaut assez répandu chez les enfants est l'envie. Les parents doivent s'intéresser à leurs enfants et les soigner très tôt pour déraciner cette passion.

Pour l'homme jaloux, le bonheur d'autrui est insupportable: son coeur est déchiré par l'amertume quand son prochain prospère, alors qu'il ressent de la joie et de la satisfaction lors des épreuves et des souffrances de son prochain. Que Dieu accorde, bien-aimés, qu'une telle personne ne se trouve pas parmi vous.

Ici nous répondrons à la question de savoir ce que doivent faire les parents pour ne pas laisser la jalousie et l'envie se développer dans le coeur de leurs enfants. Retenez les cinq règles suivantes:

Première règle:

- Jugulez toute manifestation de jalousie dès qu'elle apparaît.

Ce défaut apparaît dans l'âme d'un enfant sous diverses formes. Nous examinerons quelques exemples particuliers, car des observations générales ne nous seront pas de grande utilité dans ce cas précis:

Si, à table, les enfants se pressent de tendre leur assiette parce qu'ils ont peur que la meilleure nourriture ne soit donnée aux autres avant que ce soit leur tour,

S'ils mangent vite, en regardant autour d'eux avec inquiétude pour être les premiers à être resservis,

s'ils jettent des regards maussades aux assiettes des autres ou comparent les portions qu'ils reçoivent, ou les jouets, habits ou affaires scolaires qu'on leur donne, pour voir qui a eu les meilleures choses,

tous ces comportements indiquent un sentiment de jalousie qui doit être déraciné dès qu'ils apparaissent.

Si un enfant refuse ce qu'on lui offre, parce qu'un autre enfant a reçu la même chose, cela vous indique que la jalousie est fermement implantée en lui. L'enfant doit toujours être fermement puni pour un tel comportement.

Une autre forme d'envie, très commune chez les enfants, c'est la méchanceté, qui prend aussi diverses formes. Ainsi, si les enfants sourient avec haine quand quelqu'un est puni, ou s'ils se moquent de lui, ils doivent recevoir la même punition. De même, ils doivent être punis sévèrement s'ils calomnient quelqu'un. Et même quand ils rapportent les fautes réelles de leurs amis ou camarades d'école, fautes pour lesquelles ceux-ci seront punis, cela mérite aussi une correction. En général, nous ne devons accepter de tels rapports que si le père, la mère ou le maître d'école a confié à l'enfant de maintenir l'ordre et lui demande un compte rendu en tant que responsable. Cependant, même dans un tel cas, vous devez les avertir qu'ils doivent vous renseigner sur le comportement des autres non par méchanceté, mais comme le bon Joseph, uniquement pour prévenir le péché (Gn 37,3).

Deuxième règle :

- N'excitez pas vous-mêmes la jalousie dans le coeur de vos enfants.

Cela arrive souvent quand les parents ont des sympathies particulières pour certains de leurs enfants. C'est inadmissible de la part de parents chrétiens. Ils ont le devoir d'aimer tous leurs enfants de façon égale et de les traiter tous de la même manière, car autrement ils provoquent eux-mêmes l'envie dans le coeur de leurs enfants qui se considéreront lésés.

En nourriture, vêtements et cadeaux, aucun enfant ne doit être préféré aux autres, mais tous doivent jouir de ces bonnes choses de manière équitable. Compliment et réprimande, récompense et punition doivent être donnés aussi avec une commune mesure: n'excusons pas chez un petit enfant ce pourquoi ses aînés sont punis.

Nous voyons les conséquences graves qui peuvent survenir du traitement inégal des enfants dans le cas des frères de Joseph. L'affection particulière que son père avait pour lui a tellement durci leur coeur que d'abord ils avaient décidé de le tuer et ensuite ils l'ont vendu comme esclave.

Troisième règle :

- N'apprenez pas à vos enfants l'envie par votre exemple.

Si les enfants entendent sans cesse leur père ou mère parler avec envie, malveillance ou méchanceté de leurs connaissances ou collègues,

si les parents injurient toujours les riches et sont mécontents de n'être pas eux-mêmes aussi fortunés,

si les enfants n'entendent que des discussions jalouses et envieuses,

comment est-il possible que la jalousie ou l'envie ne prenne pas racine dans leur coeur tendre?

Quatrième règle :

- Apprenez à vos enfants à haïr et abhorrer l'envie parce que c'est un péché abominable devant Dieu.

La jalousie est un défaut révoltant, mais ce n'est pas seulement pour cela que vos enfants doivent l'éviter. D'autre part, l'envie est un défaut stupide, parce que non seulement il ne sert à rien pour celui qui est envieux, mais au contraire, il lui fait du mal en empoisonnant sa vie. Mais ce n'est pas seulement ce qui doit vous inciter à garder vos enfants de la jalousie. Les enfants doivent fuir et détester la jalousie parce que c'est un grand péché devant Dieu, et parce que c'est quelque chose que Dieu interdit.

Comme Dieu déteste l'envie! Vous pouvez expliquer à vos enfants mieux que quiconque que l'envie vient du diable. C'est lui qui a apporté l'envie dans le monde: il a envié le bonheur dont Adam et Eve jouissaient au paradis.

Après cela, montrez à vos enfants quel mal l'envie a apporté dans le monde :

par envie, Satan a entraîné nos premiers parents dans le péché,

l'envie a rendu Caïn fratricide,

par envie, ses frères ont vendu Joseph,

finalement l'envie a fait que les pharisiens ont condamné le Seigneur et ont exigé sa mort.

Expliquez à vos enfants que l'homme envieux imite le diable, lui ressemble et donc subira exactement le même châtiment que lui.

C'est le sage Salomon qui caractérise l'envie de la façon la plus grave: «Par l'envie du diable la mort est venue dans le monde» (Sg 2,24).

Cinquième règle :

- Finalement, cultivez dans l'âme de vos enfants, dès leur bas âge, la vertu opposée à l'envie: la bienveillance, une bonne disposition à l'égard de tout le monde et en général cet amour pour leurs prochains que commande le Seigneur: «Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux» (Mt 7,12).

Par leurs paroles et actes, les parents doivent inculquer à leurs enfants un amour sincère et véritable envers leurs prochains. Les enfants doivent apprendre à aimer les pauvres et en général tous ceux qui sont dans le besoin. Apprenez-leur à avoir de la compassion à l'égard des faiblesses des autres, à être serviables et bienveillants avec tous. Ils doivent aussi apprendre, selon les paroles de l'Apôtre, à «se réjouir avec ceux qui se réjouissent et pleurer avec ceux qui pleurent» (Rm 12:15). Qu'ils apprennent aussi à être tolérants avec les défauts des autres et à ne pas raconter les sottises de leurs amis et camarades d'école.

Avant tout, cependant, les enfants doivent apprendre dès leur bas âge à pratiquer le commandement d'amour envers le prochain que le Seigneur place au même niveau que l'amour envers Dieu et qu'Il désigne comme le signe caractéristique de ses disciples, disant: «A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres» (Jn 13,35).

Je vous ai montré, parents, les moyens de base par lesquels vous pouvez vaincre et extirper du coeur de vos enfants l'envie et la malveillance. Vous avez vu combien l'envie est un défaut stupide, car il n'apporte aucun profit à l'envieux, mais ne fait qu'empoisonner sa vie. Vous avez vu de quel effrayant péché il s'agit, puisqu'il s'oppose au premier principe de la morale chrétienne:«Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Mt 22,39). Nous avons dit, de plus, que l'envie est un péché vraiment diabolique, puisqu'il vient du diable et qu'il rend l'homme semblable à lui.

Pour ces raisons, parents, gardez-vous de l'envie et gardez-en vos enfants aussi. Luttez avec une forte résolution contre toute manifestation d'envie dans leur âme, et ne provoquez pas de jalousie entre eux par votre comportement passionné. Montrez-leur par vos paroles et exemple combien Dieu déteste l'envie.

Finalement, cultivez dans leur âme tendre et réceptive la vertu opposée à l'envie: la bienveillance envers tout le monde, ce qui rendra vos enfants véritablement enfants du Père céleste qui «fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et (É) fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes» (Mt 5,45).

CHAPITRE 10 : «Laissez venir à Moi les petits enfants».

Un soir, après une journée fatigante que le Seigneur avait passée à prêcher et à parler sans interruption avec le peuple, les pharisiens et ses disciples, quelques mères vinrent à Lui avec leurs enfants pour qu'Il les bénît. Les disciples cependant, ne voulant pas qu'ils dérangent le Seigneur, ne les laissèrent pas s'approcher. Le Seigneur dit alors ces paroles aimantes: «Laissez venir à Moi les petits enfants» (Lc 18,16). C'est exactement le devoir des parents chrétiens. Les obligations des pères et mères consistent à conduire leurs enfants au Christ Sauveur.

Mais vous allez me dire: «Comment est-il possible de faire cela maintenant que le Sauveur ne prêche plus sous une forme humaine sur terre?»

Cela s'accomplit si les parents mettent leurs enfants en contact avec le Christ Sauveur par la foi en Lui et les sacrements de notre sainte Église et s'ils leur apprennent à L'aimer ardemment et à obéir à ses paroles. L'éducation chrétienne des enfants est la route qui mène à Lui.

Le grand dommage de notre époque est que les enfants n'ont pas une bonne éducation. Vous, parents, vous vous en plaignez bien assez et malheureusement, vos plaintes sont bien fondées. Personne ne doute qu'à notre époque l'éducation des enfants soit très déficiente. On peut dire qu'elle est malade. Lorsqu'un médecin veut guérir un malade, la première question qu'il lui pose est: «Qu'est-ce qui vous fait mal?» Nous allons donc demander, nous aussi, tout d'abord: «Qu'est-ce qui fait mal à l'éducation de nos enfants?»

Ceux qui passent beaucoup de temps avec des enfants nous diront - s'ils sont sincères - que ce qui caractérise la jeunesse, c'est la négligence de leurs devoirs chrétiens. Les maîtres de religion dans les institutions d'éducation nous apprennent qu'à l'école, on rencontre souvent des enfants dont la famille ne se soucie pas du tout de leur éducation religieuse.

Si on demande à des enfants: «Pries-tu Dieu?» on reçoit fréquemment la réponse suivante: «Nous ne prions pas à la maison».

Les efforts des éducateurs ne trouvent souvent aucun soutien à la maison. Il est presque impossible de faire venir les enfants à l'église au moment où ils doivent le faire et l'on voit même de petits enfants qui sont indifférents à l'église et à la prière. On entend souvent des enfants d'âge scolaire poursuivre des conversations impudentes concernant la vérité, dire des mensonges, faire des serments, des blasphèmes honteux ou même des déclarations nettes d'incroyance.

Nous remarquons de plus que les vertus qui devraient orner l'enfance font défaut chez les enfants de notre époque.

A propos de Jésus, nous lisons qu'à l'âge de douze ans Il allait avec ses parents au temple de Jérusalem et Il leur était soumis. Il grandissait et «croissait en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes» (Lc 2,52). Il est le modèle pour tous les enfants - c'est Lui qu'ils devraient imiter. Mais est-ce que c'est ce qui se passe aujourd'hui?

Permettez-moi de vous rappeler quelques-uns seulement des manquements des enfants actuels dont vous vous plaignez et je crois que vous serez d'accord avec moi.

Tout d'abord, vous dites vous-mêmes que vos enfants ont perdu leur modestie et vous vous plaignez de leur grossièreté, de leurs caprices, de leur cruauté et de leur sauvagerie. Il nous suffit d'observer comment certains enfants se comportent à l'égard de leurs parents et leurs aînés!

Vous vous plaignez vous-mêmes de la désobéissance et des mensonges de vos enfants, vous n'êtes pas d'accord avec leur attitude désinvolte en face de la vie et vous vous inquiétez parce qu'ils ne veulent entreprendre aucun travail sérieux. Vous faites des remarques sur leur manque d'attention et leur désir de gratification instantanée qui les domine.

Vous dites, en plus, que les enfants sont familiers de choses que même les adultes ne mentionnent qu'avec honte, et dont, selon les paroles de l'Apôtre, même des chrétiens d'âge mûr ne devraient discuter.

Mais qui est responsable de tout cela?

La réponse courte mais exacte à cette question est la suivante: Si les enfants n'ont pas une bonne éducation, la responsabilité principale en incombe aux parents.

Certes, peu de parents reconnaîtront cela. La plupart croient et se vantent de remplir leur devoir consciencieusement. Mais qui est à blâmer quand les enfants ne reçoivent pas une éducation convenable?

Peut-être allez-vous commencer à faire des reproches à Dieu! Mais Dieu a tout arrangé pour que la bonne éducation de vos enfants vous soit aisée. Dès le commencement, Il bénit l'union de l'homme et de la femme et rendit le lien du mariage indéfectible, pour permettre aux deux époux, grâce à leur amour commun pour leurs enfants, de les conduire au bien. Notre Seigneur Jésus Christ a élevé le mariage au rang de sacrement en donnant aux parents l'assistance de la grâce divine, indispensable s'ils veulent remplir leur devoir qui est celui de bien élever leurs enfants.

Au petit enfant, Dieu a donné un ange gardien. Par le sacrement du baptême, Il a lavé l'âme de l'enfant du péché originel, et par le sacrement de la chrismation, il l'a pourvu de pouvoirs particuliers de grâce, de sorte que, avec le soutien des parents, chaque semence de bien puisse produire «beaucoup de fruits». Enfin, par le sacrement de la sainte communion, le petit enfant s'unit mystiquement au même Seigneur, est fortifié dans sa vie spirituelle, et reçoit un gage de la vie éternelle.

Que peut-Il faire de plus pour aider les efforts des parents? Non, Dieu n'est pas coupable si la bonne éducation fait défaut et qu'en conséquence, vos enfants tournent mal.

Peut-être est-ce la faute des enseignants et des catéchistes? Je répondrai avec les paroles de l'ancien auteur Gidilianos: «Les enfants n'acquièrent pas de mauvaises habitudes à l'école; ils les apportent avec eux à l'école.»

En général, le mal vient des parents qui donnent à leurs enfants un mauvais exemple. Dès leur plus jeune âge, les enfants voient et entendent des choses à la maison qu'ils auraient du ignorer encore longtemps. C'est ainsi que, dès le début de leur vie, ils s'accoutument à diverses situations pécheresses. Les pauvres enfants se remplissent de vices avant même de savoir ce qu'est un vice!

Quand ils vont enfin à l'école et que les enseignants et les catéchistes les prennent en main, il est déjà très tard. Souvent, les enfants ont déjà été gâtés à la maison et apportent à l'école diverses habitudes néfastes - mensonges, tricherie, comportement impudent, etc. Que peut faire le maître ou le catéchiste pendant les quelques heures que l'enfant passe à l'école, si le milieu familial lui est contraire?

Se peut-il que les enfants eux-mêmes soient coupables?

Non, bien-aimés! On peut faire ce que l'on veut d'un petit enfant. Son âme est comme de la cire molle - elle peut recevoir l'empreinte de l'image de Dieu aussi facilement que celle du diable. Et l'empreinte qu'il recevra dépend de son éducation.

Mais vous allez peut-être dire que les enfants ont certains mauvais penchants. En effet, c'est souvent le cas, et c'est un résultat du péché originel. Par exemple, un enfant a une nature coléreuse, un autre a tendance à être paresseux ou susceptible, etc. Mais l'éducation est faite pour cela, les parents sont faits pour cela - pour arrêter le développement de ces mauvais penchants. Par un dressage approprié, même des animaux sauvages peuvent être adoucis et apprivoisés. Pourquoi ne saurions-nous pas atténuer les mauvaises propensions des hommes raisonnables par un bon «dressage»? Ces propensions ne deviennent des vices que si on les laisse se développer sans intervenir et si on ne les maîtrise pas par une saine éducation chrétienne.

«Mais», dites-vous, «mon fils et ma fille sont des enfants sages; ce sont leurs amis qui les ont corrompus. Leur mauvais exemple est la cause de tout.»

Supposons que vous avez raison. Mais à qui la faute si vos enfants ont de mauvaises fréquentations? N'est-ce pas le devoir des parents que de faire attention aux fréquentations de leurs enfants? Est-il un bon berger celui qui regarde tranquillement comment une partie de son troupeau se perd dans un marécage? Et si des parents laissent aller leurs enfants où ils le veulent, sans surveillance, qui est responsable de leur ruine? Sûrement personne d'autre que ces parents eux mêmes.

Peut-être les parents peuvent-ils accuser l'esprit subversif de l'époque. Beaucoup de parents se plaignent: «Notre époque est très mauvaise. Quand nous étions jeunes, la situation était bien meilleure: il y avait plus de crainte de Dieu, les enfants écoutaient leurs parents et les respectaient». Il y a beaucoup de vérité dans ces paroles. L'atmosphère qui règne à notre époque n'est malheureusement pas bonne. L'autorité, quelle qu'elle soit, est rarement reconnue. Le respect pour les maîtres et les aînés est considéré comme «démodé».

Personne ne peut douter, hélas, que les enfants, particulièrement les étudiants, soient influencés par l'esprit subversif de l'époque. Mais est-ce que cela dégage les parents de toute responsabilité?

Mais si les parents eux-mêmes, et surtout les pères, sont d'accord avec l'esprit du temps, et croient qu'ils ne doivent pas naviguer à contre-courant, il devient alors difficile sinon impossible de protéger les enfants de l'influence destructive de l'époque. Si le père est «libre-penseur», «moderne», «progressiste», s'il ne prend pas au sérieux ses devoirs religieux, ne va pratiquement jamais à l'église, parle avec passion contre la religion ou se moque des vérités de la foi, alors, comment peut-il s'attendre à obtenir le respect de ses enfants ?

Si les parents ne respectent pas Dieu et sa sainte Église, comment les enfants pourront-ils reconnaître l'autorité de leurs parents? En outre, si les parents, surtout devant leurs enfants, raillent l'ordre de l'Église, parlent mal de ses représentants et critiquent leurs décisions, leurs enfants vont naturellement perdre le respect envers eux.

Donc, parents, si vous ne voulez pas que l'esprit dévastateur de notre époque infecte vos enfants, protégez-vous d'abord vous-mêmes de son influence en mettant en pratique de façon conséquente la loi de Dieu et l'enseignement de l'Église orthodoxe.

Je crois que nous avons montré clairement que c'est vous, les parents, qui êtes les premiers responsables si vos enfants ne reçoivent pas une bonne éducation.

Tout ce que nous avons dit est fondé sur la sainte Écriture dans laquelle parle le saint Esprit, l'Esprit de Vérité. Nous lisons même dans l'Ancien Testament: «Avant la mort, ne proclame personne heureux, c'est dans ses enfants que l'on reconnaît un homme.» (Si 11,28). Cela veut dire que la valeur des parents et leur manière d'éduquer se reconnaît à la vie de leurs enfants. Même dans le monde païen, les parents étaient tenus pour responsables des défauts de leurs enfants. Lycourgos, le célèbre législateur de l'antique Sparte, ordonna que les parents fussent punis pour les crimes de leurs enfants! Pourquoi? Parce que les parents pouvaient prévenir cela et y étaient obligés. Le philosophe Diogène frappa une fois le père d'un garçon qui disait une obscénité devant lui. Pour quelle raison? Parce que le père ne l'avait pas bien élevé.

Nous avons vu, par conséquent, que les parents sont les principaux responsables de leurs enfants devant Dieu.

Si vous voyez un arbre sauvage dans le jardin, vous n'irez pas juger l'arbre lui-même. Tout le monde critiquera par contre le jardinier qui l'aura laissé poussé comme il voulait, le laissant ainsi devenir sauvage. De la même façon, les parents sont responsables des mauvaises herbes dans le coeur de leurs enfants.

Pensez donc à cette responsabilité, et n'entravez pas le chemin de vos enfants vers Dieu par votre indifférence. C'est vous qui avez la responsabilité de les conduire au Sauveur qui les appelle et vous dit: «Laissez venir à Moi les petits enfants et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent.» (Mc 10,14).

à suivre


PROTONS ET NEUTRONS AU SECOURS DU SAINT SUAIRE

Extraits de l'article de Monsieur Vilaceque, dans FEU et LUMIÈRES
( n° 121 de Septembre 1994)
 

Le Saint Suaire de Turin aurait pu rester une relique parmi beaucoup d'autres à l'authenticité douteuse, si les techniques du XXe siècle n'étaient venues singulièrement compliquer la question ... Vint d'abord la photographie montrant que les taches constituaient une sorte de négatif grandeur nature ...

Ce fut ensuite au tour des rayons X d'entrer en lice : cette fois la technique montrait que l'image n'était ni peinte, ni dessinée mais que le lin avait subi une très superficielle irradiation - 45 microns - n'ayant en aucun cas pénétré à l'intérieur des fibres. Ce n'était pas tout : l'ordinateur montrait enfin que l'image n'était pas plate mais tridimensionnelle ...

Après avoir longuement hésité, le Vatican autorisait les chercheurs à soumettre le linge au test du Carbone 14 ... En 1988, la commission scientifique rendait ses résultats : le linge remontait au XIIIème siècle. Pour elle, pas de doute, le Suaire était un faux.

Le père Rinaudo, docteur ès Sciences, a bâti une théorie que l'épreuve des faits semble confirmer. Il a voulu comprendre comment le linge avait pu être irradié pour former l'image. Il est donc parti d'une idée simple (si l'on peut dire) : les taches semblaient avoir été provoquées par un bombardement de protons. Or, en partant de l'hypothèse où le linge aurait bien servi de linceul, d'où pouvaient bien venir les protons ? Mais du corps humain lui-même bien sûr qui, composé d'une grande quantité d'eau, peut libérer des noyaux de deutérium, composant de l'hydrogène. Or, le noyau de deutérium a cette particularité de se casser sous l'effet d'une faible énergie et de libérer un proton et un neutron.

Il suffisait en somme de bombarder un morceau de lin avec des protons pour savoir s'il pouvait se former des taches de nuance comparable à celle du Suaire. Ce test a été fait au début de l'année 1992 au Centre des Études Nucléaires de Grenoble. Le résultat corroborait la théorie : le morceau de lin était bien ressorti de l'accélérateur de particules oxydé sur 45 microns très exactement et porteur des mêmes taches, du jaune très pâle au brun soutenu, que le Saint Suaire. C'était la première étape

Mais le Père Rinaudo voulait aller plus loin.. Si les protons ont la particularité d'oxyder le lin, les neutrons, deuxième composants du deutérium, ont la propriété, loi physique incontournable, de l'enrichir en carbone 14.

Or, si le linge avait été enrichi au départ, la mesure de la commission scientifique de 88 était fausse. Le système de datation repose en effet sur la vitesse à laquelle le carbone 14 disparaît. Mais, s'il y en a davantage au départ, il est inévitable qu'il en reste davantage à l'arrivée, et que l'objet testé soit jugé plus jeune qu'il n'est en réalité ...

Le Centre de Saclay puis l'université de Toronto au Canada se sont chargées de l'opération : un confrère italien a fourni au prêtre un morceau de lin provenant d'une momie égyptienne dont l'âge, 3400 ans avant Jésus Christ, ne fait aucun doute. Ce fragment de tissu a été bombardé d'une forte dose de neutrons à Saclay, puis daté à Toronto. Résultat : son âge faisait un bond en avant de 46000 ans ! Le carbone 14 fourni par les neutrons avait fait son oeuvre.

Il ne restait donc plus qu'à calculer, toujours en se plaçant dans l'hypothèse de l'authenticité du Suaire, quelle dose de neutrons pouvait avoir induit une erreur de 13 siècles dans la datation effectuée par la commission de 88. Et là le P. Rinaudo n'aurait osé rêver plus beau résultat mathématique : la dose de neutrons correspond exactement à celle des protons capables d'oxyder le linge. En un mot, le même nombre de noyaux de deutérium provenant de l'hydrogène d'un corps humain, peut à la fois expliquer la formation de l'image et une erreur de datation de 13 siècles.

Et du coup voilà la controverse relancée... Car si le linceul a bien enveloppé le corps d'un supplicié sous le règne de l'empereur Tibère; quelle énergie a bien pu casser les noyaux de deutérium ? Et les casser selon un ordre cohérent capable de créer une image en trois dimensions ? ...

Concernant le reste de l'humanité (est ceux qui sont en dehors de l'Église Orthodoxe), tu dois sans cesse prier pour eux car nous pouvons toujours espérer que le repentir leur fera trouver le chemin de Dieu. Donne leur une chance d'apprendre par toi ou par ta manière de te comporter. Accueille leur animosité avec douceur, leurs paroles hautaines avec humilité et leurs injures avec la prière. Mais sois ferme vis-à-vis de leurs erreurs et s'ils deviennent violents, sois doux au lieu de vouloir leur rendre la pareille. Montrons par notre indulgence que nous sommes leurs frères et essayons d'imiter le Seigneur en voyant qui de nous peut supporter le plus de mauvais traitements, de privations ou de mépris, afin qu'ainsi aucune des mauvaises herbes du démon ne prenne racine en nous mais que nous puissions demeurer en Jésus Christ en toute sainteté, et dans la discipline de l'âme et du corps.

saint Ignace d'Antioche