Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 59

AOUT 1994

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

NOUVELLES

LE SACREMENT DE L'ONCTION DES MALADES

HOMÉLIE POUR LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN LE BAPTISTE

VIE DU STARETZ JEAN DE VALAMO

LE SACREMENT DE L'ONCTION DES MALADES

LE SACREMENT DU MARIAGE

L'ORTHODOXIE, SEUL POSSIBILITÉ D'UNE EUROPE UNIE AU VISAGE HUMAIN

INTRODUCTION A SAINT GRÉGOIRE PALAMAS

VIE DE SAINT ARTÉMON, ARCHEVEQUE DE SÉLEUCIE DE PISIDIE

LA RÉSURRECTION PROMISE

Mieux vaut faire surgir un scandale que de délaisser la vérité.

saint Grégoire le Dialogue

NOUVELLES

Comme chaque été, le Foyer était rempli de monde et il nous tarde de l'agrandir.

Brigitte qui vit au Foyer depuis le début de l'année, a été baptisée le 26 juin.

Un nouveau livre est sorti : Florilège des Pères, qui contient les écrits des saints Astère, Orience et Léon, pape de Rome.

Les ruches commencent à rapporter et le miel est déjà presque parti.

Sinon, rien de nouveau qui mérite d'être signalé.

hiéromoine Cassien


HOMÉLIE POUR LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN LE BAPTISTE

Dans l'évangile qui relate la décollation (voir Mt 14,3-12 et Mc 6,17-29), - qui n'est pas lu cette année puisque la fête tombe un dimanche - nous voyons deux personnages avec des attitudes diamétralement opposées : Hérode, le lâche, qui en plus de sa passion illicite pour Hérodias, la femme de Philippe, son frère, cherche à tout prix de plaire aux gens, les craint même, malgré sa position élevée, et Jean le prophète et Précurseur qui ne cherche qu'à plaire à Dieu et donc n'a pas peur de dire la vérité, ce qui lui vaut la mort, ou plutôt le trophée de l'immortalité.

Quel vilain vice que de vouloir plaire aux hommes, de chercher leur louange, leur estime, leur flatterie, au prix de la gloire qui nous vient de Dieu, lorsque nous gardons ses commandements et que nous L'aimons par-dessus tout. C'est l'impassibilité seule qui nous permet de mépriser la recherche de l'estime d'autrui, de ses louanges, car celui qui n'a plus de passion que pour Dieu seul, quelle passion peut-il satisfaire à travers autrui ? Tout lui vient de Dieu et c'est en Dieu qu'il aime son prochain et cet amour le pousse également à dire la vérité, à refuser ce qui est mal (bavardage, complaisance, mondanité etc ) même s'il récolte en retour mépris, insulte et pire, la mort comme pour Jean le Baptiste.

Celui que nous célébrons aujourd'hui, le Seigneur le nomme le plus grand parmi les enfants des hommes (voir Mt 11,11). Est-ce à cause de ses vêtements de poils de chameau et de son ascèse en général qu'il est appelé ainsi ? Certes, non, car d'autres saints ont pratiqué une ascèse plus rigoureuse, tel par exemple saint Syméon le Stylite.

Est-ce à cause de ses miracles qu'il a dépassé les autres saints ? Mais l'évangile ne relate aucun miracle de lui.

C'est sa vie irréprochable et sans péché qui l'a mis au-dessus de tous les saints, à côté de la Mère de Dieu. La Toute-Sainte était digne d'enfanter le Christ et Jean, à son tour, était digne de Le baptiser. Dieu S'est fait homme dans le sein d'une vierge ; quel paradoxe qui dépasse tout entendement humain, et quel paradoxe également que Dieu, le Dispensateur de toute grâce, Se fasse baptiser par un simple homme. Deux mystères qu'il faut plutôt honorer par le silence que chercher à sonder et à expliquer.

Prophète, précurseur et baptiste, cette triple mission, Jean l'avait parfaitement accomplie, il ne lui manquait plus que l'ultime témoignage de son amour pour le Christ, - le martyre. Dieu qui dispose de tout, même à travers la méchanceté des hommes, y pourvoya et accorda à l'oeuvre de Jean, pour ainsi dire, le couronnement;

L'Église appelle Jean le rossignol du désert, car pour ceux qui aiment Dieu, sa voix est pleine de douceur et de grâce. A ceux qui vivent dans le péché, comme Hérode et Hérodias, sa voix cause trouble et irritation. C'est la marque de tous les prophètes et témoins du Christ, à l'image de leur Maître qui fut crucifié, de souffrir pour la vérité. Ce qui est vrai ne flatte pas et ce qui flatte n'est pas vrai. Puisse Dieu nous rendre dignes de toujours marcher dans les traces du Précurseur et de préparer ainsi, à notre tour, le royaume du Christ, - qui n'est pas de ce monde, et que le monde ignore - par l'intercession du précurseur et baptiste Jean. Amen.

hm. Cassien

Celui qui se soucie de la vérité, trouve ses expressions sans les préméditer ni s'en inquiéter. Qu'il s'efforce seulement de nommer comme il peut ce qu'il veut dire ; car les choses échappent à ceux qui s'attachent et consacrent leur temps aux mots.

User des mots sans discipline, c'est suggérer de porter aussi le désordre dans les actions. S'exercer à la chasteté dans la parole, c'est résister au libertinage.
st. Clément d'Alexandrie (Stromate 11)

VIE DU STARETZ JEAN DE VALAMO

( Traduction de Claude Lopez)

 

Ivan Alexeyevitch ALEKSEYEV est né en 1873 au Nord de Moscou. Il entra à 16 ans au monastère de Valamo. Après 4 ans, il en sortit pour effectuer son service militaire. Il passa ensuite deux ans avec sa famille et six ans après l'avoir quittée, il retourna à Valamo (1900). Il devint moine en 1910 sous le nom de Iakinf.

En 1921, il fut ordonné diacre puis prêtre et fut envoyé comme higoumène du monastère de saint Tryphon à Petsamo dans le Cercle Arctique. 11 ans plus tard, il retourna à Valamo et fut placé à la tête de la petite communauté monastique qui vivait sur l'île Saint-Jean-Baptiste. Il y prit le grand schème sous le nom de Jean.

Il fut choisi par les moines comme confesseur en 1938.

Le monastère de Valamo fut abandonné pendant la dernière guerre et il dut fuir avec les autres au Nouveau Valamo en Finlande. Il naquit au ciel paisiblement en 1958.

Ses conseils et instructions spirituels sont écrits dans une langue très simple et sont le miel venu tout droit des enseignements des saints pères théophores.

Je ne suis pas allé beaucoup à l'école et j'écris comme je parle.

La prière est le plus difficile de tous les exercices spirituels et elle demande jusqu'à notre dernier souffle, l'énergie nécessaire pour un dur combat... Pourtant le Seigneur dans sa Miséricorde accorde aussi de temps en temps un répit à celui qui prie, afin qu'il ne soit pas affaibli. Établis toi-même le temps de ta règle de prière personnelle, sa durée selon le temps dont tu disposes, il n'y a là rien d'arbitraire : sois modeste afin d'éviter la hâte et afin de n'être pas esclave de la règle.

Les saints pères appellent la prière la reine des vertus, car elle attire les autres vertus. Saint Agathon disait : la prière est combat jusqu'au dernier souffle.

Ne sois pas déconcerté si ton coeur est sec pendant la prière, continue, garde l'attention sur la partie supérieure de ta poitrine comme je te l'ai dit. Au travail et devant les autres, essaie de te tenir l'esprit devant Dieu, c'est-à-dire en te souvenant de Dieu et du fait qu'Il est toujours présent.

Le Seigneur accorde la prière à ceux qui prient.

La prière et le souvenir de Dieu sont équivalents : on peut marcher ou travailler et penser à Dieu, c'est aussi une prière.

Tu écris que tes maladies t'ont été envoyées par Dieu pour tes péchés. Non, tu ne dois pas penser ainsi. Les voies du Seigneur sont insondables et nos esprits limités ne peuvent comprendre quelles différentes sortes de maladies et de chagrins sont envoyés par Dieu aux différents pécheurs que nous sommes.

Il a pris chair humaine et a souffert comme un homme, non pas pour les saints, mais pour les pécheurs comme toi et moi.

Tu ne dois pas désespérer car il n'existe pas de péché qui soit plus grand que la Compassion de Dieu.

La caractéristique de l'homme est de tomber, celle du diable est de ne jamais se repentir.

Quand tu es dans les tourments, attends la paix, quand tu es dans la paix, attends les tourments.

Accorde-nous, Seigneur, de vivre selon ta Volonté, car nous pécheurs ne savons ce qui est bon pour nous.

L'attention est l'âme de la prière.

Tu écris : le Seigneur me pardonnera-t-Il ? Tu t'es confessé et repenti, le Seigneur t'a pardonné et ne se souvient plus de tes péchés (cf Ézéchiel) Sois-en sûr !

L'apôtre Carpe (cf. 2 Tm 4,13) priait le Seigneur de punir deux pécheurs. Un hérétique avait attiré un orthodoxe dans son hérésie et maintenant l'apôtre priait le Seigneur de les punir. Le Seigneur lui montra cette vision : le ciel s'ouvrit, une lumière brillante resplendit. L'apôtre leva les yeux et vit le Seigneur. Le Seigneur lui dit : baisse ton regard maintenant. L'apôtre regarda et il vit ces deux pécheurs au bord d'un ravin et au-dessous, il y avait un énorme serpent effrayant. Le Seigneur lui dit : veux-tu que Je punisse ces pécheurs ? L'apôtre se réjouissait de ce qu'ils allaient être punis. Alors le Seigneur envoya deux anges pour sauver les pécheurs et Il dit à l'apôtre : frappe-Moi et crucifie-Moi une seconde fois ; Je suis encore prêt à souffrir pour les pécheurs.

La vision prit fin. Tu vois comme la Compassion de Dieu est grande : Il est prêt à souffrir à nouveau pour nous pécheurs et toi tu doutes que le Seigneur te pardonne tes péchés.

N'aie pas confiance en toi de ce côté-ci de la tombe.

Sache que nous ne pouvons traverser cette vie sans tribulations. (Le Seigneur l'a dit : dans ce monde vous aurez des tribulations. (Jn 16,23)

Les saints pères disent : cache les péchés de ton prochain et les tiens seront cachés.

Il est bon quelquefois de se remémorer ses péchés passés car cela donne naissance à l'humilité, mais quand le souvenir des péchés passés conduit au désespoir, il est clair que l'ennemi essaie de troubler l'âme. Ne l'écoute pas, calme-toi, ne sois pas anéanti, déprimé, essaie de chasser de telles pensées par la prière.

Tu m'écris que spirituellement tu ne vas pas bien, que quelque chose manque, probablement la foi et l'amour du Seigneur. L'ennemi te trouble, mon enfant. Ne l'écoute pas. Tu as la foi et tu aimes Dieu. Ta crainte est vaine parce qu'elle vient de l'amour-propre. Vis comme tu le fais ; ne réfléchis pas trop. Après tout tu t'observes et tu désires progresser et ce désir est la moitié du salut. Que veux-tu de plus ?

Si une âme pécheresse tombe en enfer, la sainte Église prie pour cette âme et le Seigneur la libère des chaînes de l'enfer. Moi qui suis pécheur, je crois en la prière de l'Église.

Ne sois pas surpris qu'il y ait en toi des passions : elles sont là pour nous rappeler que nous ne sommes que des êtres humains et pour nous enseigner l'humilité.

Répète chaque jour la prière à la Mère de Dieu (Réjouis-toi Marie,pleine de grâce,Vierge Enfantrice de Dieu, É ) douze fois et trente-sept fois la prière de Jésus.

Les saints pères comparent l'obéissance au martyre.

Il est triste d'entendre que des prêtres enseignent à leurs enfants spirituels de se faire des images mentales du Sauveur, de la Mère de Dieu et des saints quand ils prient. Cette manière de prier est incorrecte et même dangereuse. Je vais te dire brièvement comment prier d'après les saints pères. L'intellect devrait être enfermé dans les paroles de la prière et l'attention portée sur la partie supérieure de la poitrine, car l'attention est l'âme de la prière. L'attention ne doit pas être « pressée » sur le coeur. Si l'attention se porte sur la poitrine, le coeur s'y joindra par « sympathie ». Quand un sentiment de tendresse et une sensation de chaleur apparaissent, ne crois pas avoir reçu quelque chose de grand. C'est le résultat naturel de la concentration et non une illusion du malin. Le Seigneur par sa Grâce, donne la consolation à celui qui prie.

Les saints pères disent que même chez les saints, des défaillances de la nature humaine subsistent, ceci pour qu'ils gardent l'humilité.

Être au Thabor avec le Sauveur est une chose très joyeuse, mais quand il s'agit d'être au Golgotha, sois patient.

Cela ne sert à rien de se contenter de lire et de demander comment être sauvé. Il faut s'exercer, travailler, purifier notre coeur des passions. Tu sais maintenant ce qu'est la vie spirituelle. Le temps est venu, commence le combat. Que le Seigneur soit ton Maître et ne m'oublie pas dans tes saintes prières.

Même s'il est difficile pour toi de développer ta vie spirituelle dans le monde, sache que le Seigneur aide ceux qui essaient de le faire.

Le Seigneur nous garde dans la vertu, non pas en réponse à nos efforts, mais en réponse à notre humilité. Là où il y a eu une chute, elle fut précédée par l'orgueil, dit saint Jean Climaque.

Les saints pères, par leur propre expérience, ont étudié en détail les subtilités de la nature humaine et ils nous consolent, nous offrant des écrits détaillés sur la manière de combattre le péché.

Lis chaque jour un chapitre de l'évangile et des épîtres.

Dans le choix d'une voie spirituelle, on doit être guidé par la sainte Écriture et non par l'instinct.

Un certain ancien a dit : si l'âme n'a que des paroles et aucune action, elle est comme un arbre qui fleurit sans porter de fruits. Les fleurs ne font qu'attirer l'oeil et quand on les quitte on les oublie, mais le fruit de l'arbre satisfait la faim de l'homme et lui donne la force de vivre sa vie.

Tu écris que quelquefois, pendant la prière tu es très perturbé par des pensées blasphématoires. Elles sont si viles que tu as honte de regarder les icônes ou de parler au prêtre. Ne sois pas embarrassé. De telles pensées ne sont pas nôtres mais viennent de l'ennemi du genre humain, le démon. N'y prête pas attention et essaie de tourner tes pensées vers quelque chose d'extérieur.

Il y a des gens, qui par ignorance du sens de l'Écriture, se sont attachés à l'enseignement déplacé selon lequel certains sont prédestinés au salut et d'autres à la destructionÉ Comme si notre Seigneur, dans sa Grâce et son Amour de l'homme voulait que quiconque périsse.

Les démons de la vaine gloire sont les prophètes de nos rêves.

Ta santé n'est pas très bonne, ne sois pas désespéré : soumets-toi à la Volonté de Dieu. Nous mourrons tous demain, si ce n'est aujourd'hui déjà.

Voici ce que j'ai observé, c'est une très grande faute et une faiblesse que d'être anxieux de prolonger notre vie. De toutes façons, la vie et la mort sont entre les Mains de Dieu et le Seigneur a dit : cherchez d'abord le royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît.

Les afflictions ont deux vertus : la première est de développer notre zèle envers Dieu et de faire naître en nous une gratitude qui vienne du fond du coeur. La seconde est de nous délivrer des vains soucis et des choses secondaires.

Saints pères, priez Dieu pour nous pécheurs et ouvrez nos esprits étroits afin que nous comprenions vos écrits.

Tu écris que tu n'as pas encore commencé (ta vie spirituelle), ce sentiment est bon car il conduit à l'humilité.

Plus l'homme s'approche de Dieu, plus il voit ses fautes et son état pécheur.

Le Seigneur connaît notre faiblesse et Il nous a accordé le repentir quotidien, jusqu'au jour de notre mort.

Le souvenir de la mort est un don de Dieu. Il est dit : souviens-toi de ta fin et tu ne pécheras plus.

Il est bon que tu ressentes le besoin de prier quand tu travailles au bureau, ou en vaquant aux tâches domestiques.

Si tu tombes, relève-toi. Si tu tombes à nouveau, relève toi encore et ainsi de suite jusqu'à l'heure de la mort. Gloire à ta Miséricorde, ô Dieu. Grande est ta Bonté car Tu nous as donné la repentance et Tu es venu sur terre non pour les justes, mais pour les pécheurs.

(A propos d'une de ses correspondantes ayant reçu le don de la prière perpétuelle). Maintenant, mon enfant, suivons tous deux l'exemple de cette femme et récitons cette courte prière avec plus de ferveur. Aide-nous, ô Seigneur. Le temps est venu, commence. Sans la prière, la vie n'est que soupir mais quand la prière devient une habitude, elle réjouit le coeur et lui donne la paix, état béni. Quelquefois même ici-bas sur cette terre, ceux qui prient ont un avant-goût de la félicité à venir.

La condamnation des autres est un grand péché. Ceux qui condamnent les autres usurpent les prérogatives de Dieu et le Seigneur les laisse tomber dans les mêmes péchés. L'origine du jugement des autres vient de ce que l'on ne s'observe pas attentivement : regarde bien ton coeur et tu verras combien de choses y sont pourries.

En ce qui concerne ce qui te trouble, les saints pères disaient : tout ce qui est lié au trouble vient des démons. Vénère la Croix, l'icône de la Mère de Dieu et cela suffira. Sois en paix.

Durant la confession, n'essaie pas de pleurer, dis ce que tu as sur la conscience, rien de plus.

L' orgueil est la pire chose car c'est par orgueil que le malin a changé sa lumière en ténèbres. L'orgueil est l'invention du Malin.

Il n'est pas en notre pouvoir de conserver l'état vertueux, c'est affaire de grâce et la grâce ne vient que par l'humilité.

Quand nous sommes sujets aux passions, je veux dire celles de l'âme, la suffisance, la vanité, la colère, la malice et l'orgueil démoniaque, sous l'influence de ces passions, nous pensons que tous les autres sont blâmables et mauvais. Cependant, il ne nous a pas été demandé que les autres aient de l'amour et soient justes avec nous, mais que nous-mêmes remplissions les commandements de l'amour et de la justice.

Il est mauvais que tu ne saches pas être silencieux. Saint Arsène le Grand se repentait toujours d'avoir trop parlé, jamais d'avoir gardé le silence.

Nous devons bien sûr accomplir les rites établis par les saints pères car ils éduquent notre âme dans la piété, mais nous devons aussi prêter une grande attention aux commandements de l'évangile.

Celui qui condamne est toujours dans l'erreur et juge faussement car nous ne savons pas la cause d'un péché et nous jugeons selon notre propre tempérament. On tire des conclusions sur les autres d'après nos propres inclinations car quelqu'un qui louche voit tout par ses yeux qui louchent et non suivant la réalité. Saint Dorothée l'a très bien expliqué. Si un homme est debout au coin d'un bâtiment et que trois hommes passent près de lui, chacun aura une opinion différente de lui. Un religieux pensera qu'il va à l'église et attend que sonnent les cloches. Un voleur pensera : quand il fera plus sombre, il ira voler et un fornicateur pensera : il attend certainement une femme pour pécher.

Ne recherche pas la chaleur du coeur, cela vient sans être recherché et sans que l'on s'y attende. Dans la prière, notre rôle est de nous effacer, mais le succès dépend de la grâce ; ne recherche rien de plus et ne t'exalte pas. Dans la vie spirituelle, il n'y a pas de place pour des sauts brusques, ce qui est demandé , c'est la patience.

Saint Jean Climaque dit : ouvre l'âme du débutant et tu trouveras l'erreur. Il veut avoir la prière incessante, la mémoire constante de la mort et la libération parfaite de la colère, mais seuls les parfaits connaissent un tel état.

Aie l'humilité, n'aie pas confiance en toi jusqu'à la mort, ne condamne jamais les autres pour quoi que ce soit.

Le Seigneur accorde à l'homme le sentiment de la grâce seulement si son coeur est purifié des passions.

On devrait se convaincre que si l'on ne meurt pas aujourd'hui, on mourra demain et l'on sera face à la vie éternelle et au temps immobile. Seigneur, aie pitié de nous.

Le Patéricon rapporte qu'un disciple disait à un staretz : un tel voit des anges. Le staretz répondit : cela ne m'étonne pas qu'il voie des anges, mais j'émerveillerais plutôt si quelqu'un voyait ses propres péchés.

Essaie de prier avec attention. Ne vaut-il pas mieux abréger (ta régie de prière) que de la terminer dans l'agitation et d'être esclave de ta règle ? Ceci n'est pas de moi, mais de saint Isaac le Syrien.

Entraîne-toi aussi à penser à la mort et prie Dieu qu'Il te donne le souvenir de la mort.

La chose la plus profitable est de considérer les autres comme bons et toi-même comme le pire de tous. Observe-toi et tu verras que tu es pire que quiconque.

La prière d'un enfant est prompte à atteindre Dieu. (Le Seigneur nous a demandé d'être semblables aux petits enfants.)

( à suivre )

Ce n'est pas le lieu qui produit la vertu, mais les dispositions de l'âme et le comportement.

saint Jean Chrysostome

LE SACREMENT DE L'ONCTION DES MALADES

Cet office est le sacrement par lequel le croyant, après l'onction avec l'huile sacré et après les prières des prêtres, reçoit la divine grâce de la guérison des maladies physiques et psychiques.

Dans le saint évangile on lit que les apôtres ont reçu, par notre Sauveur même, le pouvoir de guérir (cf Mc 16,18 et 1 Cor 6,13). Ce sacrement est mentionné aussi par le saint apôtre Jacques, qui écrit : « Est-ce qu'il y a quelqu'un qui est malade entre vous ? Qu'il appelle les prêtres pour qu'ils prient pour lui et l'enduissent avec l'huile sacrée au Nom de Dieu. » (Jc 5,14).

Selon l'usage de l'Église, cet office est célébré par sept prêtres. Ce nombre sept symbolise les sept dons de l'Esprit divin et nous rappelle la pitié et la générosité divine. S'il n'y a pas sept prêtres disponibles, leur nombre peut être réduit, mais ils doivent célébrer tout l'office.

C'est le saint apôtre Jacques qui nous présente clairement cet office comme un sacrement capable de guérir le corps et l'âme du fidèle malade.

père Olivian Bindiu


LE SACREMENT DU MARIAGE

Le sacrement du mariage est le sacrement par lequel l'homme et la femme qui ont décidé volontairement de vivre toute leur vie ensemble, reçoivent de Dieu, à travers l'Église, la grâce divine qui sanctifie leur union et leur donne la possibilité de fonder une famille chrétienne.

Ce sacrement a été institué par Dieu au paradis, au début même de l'humanité. C'est à ce moment que Dieu a béni Adam et Eve en leur disant : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez » (Gn 1,28), ordre qui est toujours en vigueur. Le Sauveur a sanctifié le mariage chrétien par sa participation aux noces de Cana en Galilée (cf. Jn 2,1), et plus tard en a précisé les caractéristiques : constitué d'un seul homme et d'une seule femme, indissoluble (cf Mt 19,5-6), hormis en cas d'adultère (cf. Mt 19,9).

Le mariage est une union sacrée à laquelle Jésus Christ et l'Église entière participent. L'apôtre Paul dit : « Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l'Église. » (Ep 5,32). L'apôtre considère le mariage non seulement comme un sacrement, mais comme un grand sacrement (mystère) en précisant sa condition - le vivre dans l'Esprit du Christ et dans l'Église. C'est une icône (image) véritable de l'union entre le Christ et l'Église.

Les jeunes doivent bien réfléchir avant cet acte qui engage pour toute la vie et à la responsabilité qu'elle inclut. Avant l'office du mariage, ils doivent se confesser et communier pour être dignes de porter des vêtements blancs, symbole de leur pureté corporelle et spirituelle. Ils doivent être conscients de leur obligation de fidélité et d'amour, selon l'exemple de l'Amour du Christ pour son Église (cf Ep 5,25). Ils doivent également éduquer leurs enfants dans l'esprit de la foi orthodoxe.

C'est ainsi qu'ils cheminerons ensemble vers la réalité céleste, qu'ils vivent déjà mystiquement dès cette vie, par les liens du mariage.

père Olivian Bindiu


L'ORTHODOXIE, SEUL POSSIBILITÉ D'UNE EUROPE UNIE AU VISAGE HUMAIN

traduit du grec par Irène Économides

Ceux qui demandent où est basée cette unique possibilité de l'Orthodoxie, la réponse est donnée par son histoire de presque deux mille ans et par l'échec de tous les systèmes religieux, philosophiques, sociaux, économiques, politiques et culturels pour guérir la nature humaine profondément malade et d'harmoniser ses fonctions psychosomatiques, qui se trouvent divisées et en conflit. C'est-à-dire l'insuffisance des systèmes humains de former l'homme en une personnalité intègre et accomplie et cela parce que le problème n'est pas de ce monde, mais il est surtout d'un caractère transcendantal.

Dans ce chapitre, nous tâchons de présenter en résumé, mais d'une façon systématique, le fondement de notre thèse sur la capacité unique de l'Orthodoxie de former des communautés au visage humain.

En dehors de l'Orthodoxie, l'homme continue à être le symbole de Prométhée enchaîné, qui est incapable de se libérer par ses propres possibilités de l'emprise des passions et de restaurer l'unité et l'harmonie de sa personnalité partagée et contradictoire. Cependant, la différence réside à ce fait que le Prométhée enchaîné de notre ère a la possibilité de se libérer de ses liens parce que la prophétie (dans la tragédie d'Echyle) qui parle d'un Dieu qui prendrait la place de Prométhée souffrant et qui porterait sur lui toute la responsabilité et la culpabilité qui pesait sur le Prométhée enchaîné est déjà réalisée, non bien sûr, par un dieu imaginaire, mais par l'oeuvre rédemptrice de la deuxième Personne de la sainte Trinité, le Fils unique et Verbe de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ.

Par son incarnation, le Fils et Verbe de Dieu s'est revêtu de la nature humaine et non seulement Il l'a guérie par son sacrifice sur la croix (à cause de son obéissance totale au Père céleste, comme homme parfait, ayant vaincu ainsi le péché et la mort - sa conséquence), mais en plus comme Dieu-homme, Il a accordé à cette nature humaine la suprême valeur en la faisant élever jusqu'au trône de Dieu, par sa résurrection et son ascension.

Comme le père de l'Église saint Jean Chrysostome (4-5e siècle) remarque, le Fils et Verbe de Dieu a rendu Dieu et les humains d'un seul genre, par son incarnation, car Dieu devint homme et l'homme devint Dieu." (P.G. Migne 62,26). Celui-ci fut d'ailleurs le but du grand mystère de l'oeuvre rédemptrice du Christ selon saint Athanase le Grand : "Le Verbe devint chair pour rendre l'homme apte à se déifier É C'est pourquoi Il devint homme pour nous déifier." (P.G. Migne 26,237)

Si Ménandre (auteur satirique grec, 342-290 avant J.C.) admirait l'homme "beau et bon" de la période d'après la chute, qui fut l'idéal de la Grèce classique, malgré le fait que cet être humain portait en lui quelques traces seulement de son ancienne beauté spirituelle (d'avant la chute), en disant "comme l'homme est charmant, quand il est vraiment un homme" !

et si David se demandait surpris (dans le cadre de l'Ancien Testament) en voyant l'homme comme Dieu l'avait créé, la couronne de la création s'adresser à Dieu comme à un ami au paradis :

"Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui ?

Et le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui ?

Tu l'as fait de peu inférieur à Dieu, et tu l'as couronné de gloire et de magnificence.

Tu lui as donné la domination sur les oeuvres de tes Mains,

Tu as tout mis sous ses pieds," (Ps 8,4-7)

comment doit un fidèle chrétien décrire le grand miracle de l'histoire, c'est-à-dire la déification de la nature humaine en Jésus Christ et son élévation auprès de Dieu ?

Le père de l'Église saint Grégoire de Nysse (4e siècle) écrit à ce propos : "L'homme dépasse sa propre nature en devenant immortel, malgré le fait qu'il est mortel, en devenant éternel, malgré le fait qu'il est passager et en devenant tout entier Dieu, lui qui est un être humain." (P.G. Migne 44,1280)

Le Christ, en revêtant la nature humaine a rendu possible en Lui, comme Dieu-homme, l'union des deux natures humaines et divines,de la façon la plus parfaite sans que l'une influence l'autre (dogme du 4e Concile de Chalcédoine)

La conséquence de cette union de la nature divine avec la nature humaine était d'accorder à l'homme la possibilité de se guérir de sa mortalité par la grâce du saint Esprit, de se libérer de l'emprise du péché qui divise la personnalité, d'unir et d'harmoniser ses fonctions psychosomatiques et d'atteindre l'union la plus parfaite avec Dieu son Créateur.

Comme le père de l'Église saint Basile le Grand remarque : "par l'incarnation et la crucifixion, le Dieu-homme, notre Seigneur a porté sur Lui nos faiblesses et nos maladies et fut blessé pour nous, pour que nous soyons guéris à l'aide de sa blessure et Il nous a rachetés de la malédiction en devenant Lui-même malédiction et Il a subi la mort la plus infâme afin de nous conduire de nouveau à la vie glorieuse." (P.G. Migne 31,916)

En récapitulant d'une manière admirable et épigrammatique le même saint père, la grandeur de l'oeuvre rédemptrice du Sauveur, c'est-à-dire de conduire la nature humaine à elle-même et à Lui et en lui enlevant la malignité, de la conduire à l'ancienne unité, comme un bon médecin unit un corps très divisé par des médicaments salutaires." (P.G. Migne 31,1385)

Ainsi, l'oeuvre rédemptrice accomplie par le Dieu-homme vise directement à la guérison du problème existentiel primordial de l'homme, c'est-à-dire de la nature humaine profondément malade, de laquelle dépend la solution de tous les autres problèmes humains sans aucune exception.

C'est-à-dire la libération de la nature humaine morbide de l'emprise du péché qui divise, et l'union harmonieuse des fonctions psychosomatiques de l'homme par l'oeuvre rédemptrice du Seigneur, a comme conséquence immédiate pour chaque être humain la possibilité de façonner une personnalité accomplie, ainsi que pour chaque communauté d'acquérir un visage humain harmonieux.

Cette fonction unificatrice a lieu dans la sainte Église du Christ (l'Église orthodoxe) et a comme conséquence la restauration de l'unité à la nature humaine divisée, par l'adhérence du fidèle au Corps du Christ à l'aide des sacrements de l'Église, de l'ascèse et de la prière, pour "entrer en communion avec la nature divine" par la grâce du saint Esprit. (2 Pi 1,4)

Sans cette adhésion, tout effort individuel (détaché du Corps du Christ) pour une union et une relation avec le Christ est impensable pour l'Église orthodoxe, qui est surtout une communauté qui se compose de personnes. Le cheminement vers Dieu passe à travers le prochain. C'est pourquoi l'accomplissement de cette fonction unificatrice se réalise dans la relation entre les membres de l'Église qui luttent pour leur accomplissement spirituel et contribuent de cette manière à la formation de communautés au visage humain. Plus les personnes qui constituent une communauté sont spirituellement élevés, plus humain est son visage.

C'est pourquoi ce qui se passe, par la grâce du saint Esprit, dans l'Église du Christ une, sainte, catholique et apostolique, c'est-à-dire l'Église orthodoxe, c'est tout ce qu'il y a de plus précieux, de plus important et de plus noble aux sociétés humaines et qui les préserve d'une entière décomposition et d'une chute dans une inhumanité totale. S'il y a encore au monde un certain espoir pour sauvegarder et protéger des relations sociales d'un caractère humain, cet espoir doit être cherché dans l'oeuvre qui s'accomplit dans le sanctuaire du monde entier qui est l'Orthodoxie.

Dans les espaces sacrés de l'Orthodoxie, la toute Puissance de Dieu se rencontre avec la faiblesse humaine et la Puissance divine s'accomplit dans la faiblesse humaine. Et sans aucun doute le processus de l'accomplissement de la personne à l'aide de la grâce est la méthode la plus efficace pour l'anéantissement de tout élément antisocial du comportement humain et le renforcement absolu du comportement social qui est une condition pour la formation des communautés au visage humain.

Ce n'est pas un hasard que le processus pour la formation d'une personnalité intégrale en Christ commence par le rejet de tout comportement antisocial. Personne ne peut suivre le Christ s'il n'a pas "renié soi-même", (Mt 16,24). "Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à lui-même et prenne sa croix, et qu'il me suive."

Quand le Seigneur dit de "renoncer à soi-même", Il sous-entend un "soi-même" malade, qui est sous l'emprise du péché, qui éloigne de Dieu et se trouve en conflit avec les autres. "Renoncer à soi-même" signifie en d'autres termes le renoncement à tous ces facteurs qui font la société inhumaine et impersonnelle, comme la cupidité, l'insatiabilité, l'exploitation de notre semblable, l'attachement à la chair, l'injustice, l'inhumanité, la haine,le crime etc.

Mais pour pouvoir "renoncer à soi-même" il faut porter sa croix et participer à la mort du Christ pour participer aussi à sa résurrection.

Extrait du livre "l'Orthodoxie dans l'Europe uni" par C. Mouratidis


INTRODUCTION A SAINT GRÉGOIRE PALAMAS

traduit du grec par Irène Économides

 

Saint Grégoire Palamas appartient au 14e siècle, qui fut une période de grands troubles en Grèce byzantine. C'était l'époque où Thessalonique (sa ville natale), la deuxième ville de l'empire byzantin, était en tête des fermentations spirituelles et de l'évolution sociale au Proche-Orient.

L'action du saint en Asie- Mineure, ( occupée déjà par les Turcs Ottomans ) puis à la cour byzantine à Constantinople, plus tard au Mont Athos comme moine et finalement comme archevêque de Thessalonique même, est un exemple de toute une vie consacrée au service de l'Église à travers son ascèse, ses écrits et son devoir pastoral.

Il est certain que si n'intervenait pas l'apparition et l'action du Grec-Latin Varlaam, nous n'aurions pas hérité la richesse théologique des écrits du saint hésychiaste ( hésychia = quiétude ).

La controverse avec Varlaam, ce philosophe de Calabre ( extrémité méridionale de l'Italie ) commença à l'origine par l'erreur latine du Filioque ( déformation de l'article du Credo sur le saint Esprit, imposé par Charlemagne en Occident en 809 ). Varlaam, envoyé comme délégué de l'empereur de Byzance au Pape à Avignon, affronta le dogme occidental sur la procession du saint Esprit comme une question sans grande importance, puisque Dieu, d'après lui, est totalement inconnaissable. C'est pourquoi il avait proposé une sorte d'arrangement diplomatique pour "l'union des Églises". Le conflit avec la théologie orthodoxe fut inévitable, quand Varlaam nia fortement la possibilité de communion de Dieu dans la vie de l'Église.

Saint Grégoire Palamas a défendu les hésychastes ( ascètes du Mont Athos ) en se basant sur l'expérience christocentrique des saints de l'Église.

Si pour Varlaam la théologie s'arrête à l'inconnaissance de Dieu, l'expérience de l'Église, comme les hésychastes la vivent intensément, culmine à la vue de Dieu.

Cela est rendu possible par l'oeuvre rédemptrice du Christ et par sa conséquence : l'action du saint Esprit dans la communauté des fidèles où se rend possible la communion réelle du créé ( de l'homme sanctifié ) à la vie incréée de Dieu trinitaire.

Cette participation de l'homme ( sanctifié par la vraie foi, l'ascèse et les saints sacrements ) aux énergies incréées de la saint Trinité : communion de la déification, sans aucune confusion de l'enseignement de ce grand théologien et ascète.

Saint Grégoire Palamas, en défendant l'Église contre la doctrine de Varlaam et de ses disciples, a rejeté les premiers enracinements de la scolastique occidentale à l'orient orthodoxe, les provocations d'un humanisme indépendant de Dieu et une théologie conservatrice, incapable d'interpréter son propre héritage dont elle est fière.

Saint Grégoire Palamas, en présentant la tradition biblique des pères grecs de l'Église, a développé et systématisé d'une façon organique l'ancienne doctrine des grands docteurs sur la distinction entre l'essence divine, qui est incommunicable, et les énergiques incréées, mais communicables à l'homme, de la sainte Trinité.

Le caractère incréé des énergies, accentué par l'identité réelle des personnes de la sainte Trinité, ne permet aucune idée de Panthéisme ou de Néo-Platonisme. Par contre, il garantie la transfiguration de l'homme à l'aide des moyens sanctifiants de l'Église ( basés sur l'oeuvre rédemptrice du Christ ) et, à travers Lui, de la transfiguration de toute la création, comme un fait de communion divino-humaine, qui commence à paraître dès cette vie ( dans la vie des saints ).

Saint Grégoire Palamas a défendu l'expérience vécue des ascètes orthodoxes, comme expérience de l'Église du Christ, en donnant en même temps de telles orientations aux affaires théologiques et culturelles de son époque, capables d'aider l'Orthodoxie et l'Hellénisme à résister aux épreuves qui sont survenues un siècle plus tard ( l'occupation turque en Grèce pendant 400 ans ).

La théologie orthodoxe, en continuant la longue tradition que représente saint Grégoire Palamas, peut s'ouvrir vers une voie plus profonde et plus créatrice de la pensée théologique contemporaine, qui s'inspire de la distinction de l'Essence et des Énergies incréées de Dieu, sans oublier la réalité de la personne et la collaboration de l'homme sanctifié avec la sainte Trinité pour les progrès harmonieux de l'humanité entière en Christ, vers l'événement final de l'histoire : la transfiguration et la glorification de tout l'univers dans la Pâque éternelle de l'incorruptibilité, le véritable Sabbat. (cf. Ap 21, Rom 8,21 et 1 Thes 4,15-17).

L'Occident continue aujourd'hui à nier le caractère incréé des énergies de la sainte Trinité et continue, à les appeler créées. Mais si elles sont créées, c'est-à-dire venant de la création et pas du Créateur directement, l'Occident se trouve dans la mort éternelle, car cette création va périr un jour comme dit saint Pierre dans son épître : "Le jour du Seigneur viendra comme un voleur; en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les oeuvres qu'elle renferme sera consumée. Puisque donc toutes ces choses doivent se dissoudre, quelles ne doivent pas être la sainteté de votre conduite et votre piété, tandis que vous attendez et hâtez l'avènement du jour de Dieu, à cause duquel les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se fondront ! Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. ( 2 Pi 3,10-13). ( cf. Ap 21 )

La même chose dit à peu près saint Paul dans son épître aux Hébreux : "Lui, dont la voix alors ébranla la terre, et qui maintenant a fait cette promesse : Une fois encore j'ébranlerai non seulement la terre, mais aussi le ciel. Ces mots: Une fois encore, indiquent le changement des choses ébranlées, comme étant faites pour un temps, afin que les choses inébranlables subsistent. C'est pourquoi, recevant un royaume inébranlable, montrons notre reconnaissance en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte, car notre Dieu est aussi un feu dévorant." ( par ses énergies incréées ) (Heb 12,26-29).

Ce texte de saint Paul laisse entendre clairement que le créé qui se trouve dans le péril de la corruption va disparaître et restera intact, incorruptible ce qui est inébranlable, c'est-à-dire tout ce qui est sanctifié par la grâce ( les énergies incréées ) et qui va vivre éternellement dans un nouvel état d'être : le royaume inébranlable de Dieu, "la nouvelle terre et les nouveaux cieux" ( Ap 21 ).

L'Occident en continuant à nier l'efficacité des "énergies incréées" de la sainte Trinité nie la puissance sanctifiante de l'Église apostolique ( l'Église orthodoxe ). Le résultat, c'est que les prêtres catholiques romains mettent du sel dans le bénitier pour conserver une fausse eau bénite, car ils ont perdu la grâce sanctifiante, tandis que l'eau bénite orthodoxe ne pourrit jamais et reste pure des vies entières.

Récemment ,des catholiques de Tchécoslovaquie ont volé dans des églises orthodoxes, le vraie eau bénite, car ils ont appris son efficacité ! Puisqu' ils ont compris cette réalité, pourquoi ne deviennent-ils pas orthodoxes pour avoir leur propre eau bénite, et vont la voler chez les orthodoxes en vivant dans une tromperie affreuse ?

Il est temps que cette comédie se termine pour le bien de toute l'humanité. Dostoïevski disait déjà au fin du 19e siècle, que "l'Europe (occidentale) est un immense cimetière!"

Dans "Avant-Propos sur la théologie des énergies incréées" par Stavros Yiangazoglou


VIE DE SAINT ARTÉMON, ARCHEVEQUE DE SÉLEUCIE DE PISIDIE

Le bienheureux et divin hiérarque du Christ Artémon enrichit sa patrie la grande ville de Séleucie, dont il fut des années plus tard le président. Il naquit de parents nobles et raffinés quant à la richesse comme une branche noble et pourvue de toutes les vertus : de fait, il ne leur dut pas d'être connu, c'est plutôt eux qui lui durent d'être connus. Une fois né donc et nourri et éduqué par eux en homme libre, il eut la chance d'avoir pour maître dans la connaissance de Dieu celui qui embrassa de son évangile presque toute la terre et la mer, je veux dire le grand Paul, trompette de l'Esprit divin, qui était arrivé à Séleucie près d'Antioche de Syrie. Il fréquenta Paul un assez long temps et, ayant écouté sa prédication salutaire, il se manifesta un rasoir sur la pierre à aiguiser et un tison dans le feu. Ayant sagement en effet dit adieu à tout le reste, il ne s'occupa plus que de la vertu et des dogmes de la piété. L'admirable Artémon envoya promener sa patrie et tous ceux qui lui étaient apparentés et jusqu'à ses père et mère, et devint le compagnon de route de Paul, son père spirituel, l'apôtre et le héraut du Christ, ayant visité avec lui beaucoup de régions et de villes, ayant adressé le discours de la piété à beaucoup de peuples et ayant subi avec son maître beaucoup de périls, comme il était, naturel vu qu'ils avaient beaucoup d'ennemis et de contradicteurs. Quand Paul fut enchaîné, il fut enchaîné avec lui; quand il fut enfermé en prison, il fut enfermé avec lui; quand Paul fut soumis à toute sorte de périls pour le Christ et qu'il subit des persécutions et des flagellations, Artémon fut son compagnon et son associé en tout.

Quand il fut arrivé au comble de la vertu et qu'il parut à l'apôtre suffisamment prêt à gouverner le peuple et à le faire paître de manière chère à Dieu, il fut appointé par lui évêque de sa patrie. Le bienheureux apôtre Paul en effet tenait pour impie d'accorder le bien de sa patrie à une autre des villes et de fournir à d'autres le moyen de vendanger les très délicieux fruits des vertus d'Artémon, mais il voulut que sa contrée et sa mère patrie l'eût comme président et gardien de la ville. Ainsi donc, quand le divin Artémon eut reçu en mains la présidence de l'Église en sa patrie, on ne peut dire combien il en eut souci et en prit soin. On le vit immédiatement distribuant à tous ce qui convenait, conseillant et exhortant ceux qui avaient été déjà pris au filet du discours de piété à poursuivre une conduite chère à Dieu, et guidant vers la lumière de la piété ceux qui étaient encore dominés par les ténèbres de l'ignorance, patron des veuves, père des orphelins, port de sérénité pour ceux qui étaient en péril dans l'océan de la vie, médecin sans salaire et toujours disponible des malades des âmes et des corps, toit pour les sans-abri, vêtement des nus, tout pour tous selon le mot de Paul (cf. 1 Cor 9,22), représentant réellement son propre maître. Pourquoi faut-il dire quel soin ce bon pasteur avait du clergé et de l'Église elle-même ? S'il arrivait que l'un de ceux qui ont été enrôlés dans la hiérarchie ecclésiastique tombât dans une maladie corporelle ou un malaise spirituel, il lui appliquait les remèdes proportionnés de sa maladie, par un discours principalement utile et inspiré de Dieu, mais beaucoup plus encore par les actes, au moyen desquels il rendait rapidement le malade en bonne santé, attaché à son degré et à son rang hiérarchique de belle façon et en ami de Dieu.

Quant au zèle du bienheureux touchant l'Église, il y en a bien d'autres marques. L'une de ces marques est, parmi toutes, celle que voici. Ayant compris que la foule de ceux qui accouraient était l'ornement et la belle apparence de l'Église, jamais ce divin homme ne cessait de célébrer les fêtes, mais, accomplissant chaque jour la divine mystagogie, il faisait que tous vinssent à l'église, les persuadant que tous les jours de l'année était une fête. De même en effet que pour ceux qui ne se soucient pas de leur âme, les fêtes elles-mêmes sont sans fête, de même pour les amis de la vertu il est normal que chaque jour devienne une fête. Tandis que l'hiérarque du Christ Artémon enseignait ainsi son troupeau, il se montrait toujours procurant de l'embellissement à son Église.

Ayant donc vécu avec ces vertus et d'autres encore, le bienheureux, dans son âge avancé, quitte la vie, ayant reçu comme un salaire de sa vertu la longévité. Si est véridique en effet, comme il l'est, celui qui a dit que Dieu souvent gratifie les bons des biens d'ici-bas, comment le prolongement de la vie ne serait-il pas venu de Dieu à cet admirable Artémon ? Une fois qu'il est parti vers Dieu, il a reçu la récompense de ses peines et de ses sueurs, je veux dire les biens éternels et le royaume des cieux, que le Maître, comme nous l'entendons dire, (cf. Mt 25,34), a préparé pour ses saints depuis la création du monde.

Dans : Dix textes inédits tirés du ménologie impérial de Koutloumous
(éditeur : Paul Cramer)

Un d'entre les pères égyptiens raconta : « Une fois j'eus l'idée d'aller à l'étranger. Et m'étant embarqué j'abordai à Athènes. Et comme j'allais entrer dans la ville, je vois un vieillard anachorète, portant la robe des philosophes, qui avait un petit sac babylonien fermé à clef; et il courait et les autres derrière lui. Et lorsqu'il entra dans la ville une grande foule vint à sa rencontre et l'entraîna au théâtre. Je demandai à quelqu'un qui c'était et il me dit : " Celui-là est parmi les Athéniens plus grand que tous les philosophes et il est devenu chrétien. Il s'est fait un monastère et est devenu moine, et après quinze ans il est venu dans la ville et pour cette raison nous accourons afin d'entendre ce qu'il nous dira. " J'allais moi aussi avec eux. Et lorsque les magistrats furent venus, ils le prièrent : " Dis-nous ce que tu as à nous dire. " Et il dit : " Il n'est pas sous le ciel de race pareille à celle des chrétiens; et encore il n'est pas d'ordre pareil à l'ordre des moines. Mais une seule chose leur fait tort : que le diable les porte à la rancune les uns envers les autres au point de dire : Il m'a dit et je lui ai dit; il a ses impuretés devant lui et il ne les voit pas. " Ayant donc entendu cela tous l'acclamèrent beaucoup et s'en allèrent ainsi. "

LA RÉSURRECTION PROMISE
Constitutions apostoliques ( V,7,1-12)

Le Dieu tout-puissant nous ressuscitera par notre Seigneur Jésus Christ, selon sa promesse infaillible, et avec tous ceux qui sont morts depuis le début il nous ressuscitera tels que nous sommes dans notre conformation actuelle, mais n'ayant plus ni défaut, ni souillure, puisque nous ressusciterons incorruptibles. ( cf. 1 Cor 15,32 ). Même si nous mourons en mer, même si nous sommes dispersés dans la terre, même si nous sommes déchirés par des bêtes féroces ou des rapaces, il nous ressuscitera par sa Puissance, car tout l'univers est tenu dans la main de Dieu : « Pas un cheveu de votre tête, dit-il, ne sera perdu. » ( Lc 21,18 ). Aussi nous exhorte-t-Il en ces termes : « C'est par votre patience que vous sauverez vos âmes . » ( Lc 21,9 ). A propos de la résurrection des morts et de la récompense des martyrs, Gabriel dit à Daniel : « Et la multitude des morts ressuscitera de la terre du tombeau, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et l'ignominie éternelles, et les hommes réfléchis scintilleront comme le soleil, le firmament et les astres. » ( Dan 12,2-3 ).

Que les saints scintilleraient comme les astres, saint Gabriel l'a déclaré; car il a attesté que leur serait donnée l'intelligence de la vérité et du saint Nom. La résurrection, il ne l'a pas seulement promise aux martyrs, mais à tous les hommes, justes et injustes, pieux et impies, pour que chacun soit rétribué selon ses mérites. Car il est dit : « Dieu produira au jugement toutes les actions, tout ce qui est caché, que ce soit bon ou mauvais. » ( Ec 12,14 ). Pour n'avoir pas cru à cette résurrection, les juifs ont dit jadis : « Nos ossements se sont desséchés, nous expirons. » Dieu leur répondit en disant : « Voici que moi J'ouvre vos tombeaux et Je vous en ferai sortir et Je mettrai en vous mon Esprit et vous vivrez et vous saurez que Moi, le Seigneur, j'ai parlé et j'agirai. » ( Ez 37,11-14 ). Et par lsaïe il dit . « Les morts ressusciteront, ceux qui sont dans les tombeaux se lèveront et ceux qui reposent dans la terre exulteront, parce que la rosée d'auprès de Toi est pour eux un remède. » ( Is 26,19 ).

Bien d'autres choses ont été dites au sujet de la résurrection, de la demeure des saints dans la gloire et du châtiment des impies, à savoir chute, rejet, condamnation, ignominie, feu perpétuel et ver éternel. Il a encore été dit que si Dieu avait voulu que tous les hommes fussent immortels, c'était en son pouvoir; Il l'a montré en ne permettant pas que Hénoch et Elie ( cf. 4 Rois 2,11 ) fassent l'expérience de la mort. Et s'Il avait voulu, il pouvait ressusciter les morts génération par génération, Il l'a montré par Lui-même et par des intermédiaires : par Elie Il a ressuscité le fils de la veuve et par Elisée, le fils de la Sunamite ( cf. 4 Rois 4 ). Nous sommes donc convaincus que la mort n'est pas le prix du châtiment, puisque l'ont subie et les saints et le Seigneur des saints lui-même, Jésus Christ, qui est la vie des croyants et la résurrection des morts.

Ainsi présentement, comme s'ils habitaient de grandes cités, après les combats, Dieu amène les hommes pour une courte durée à la décomposition, mais pour ressusciter chacun et le rejeter publiquement ou le couronner. Car celui qui avec de la terre a formé le corps d'Adam et des autres hommes, c'est lui aussi qui, après leur décomposition, ressuscitera le corps du premier homme et des autres. Il dit en effet : « Tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la Voix du Fils de Dieu et ceux qui auront entendu vivront. » ( ( Jn 5,24-28 ). En outre, nos raisons de croire que la résurrection aura lieu, nous les trouvons aussi dans celle du Seigneur ; car c'est Lui qui a ressuscité Lazare, mort depuis quatre jours , ainsi que la fille de Jaïre et le fils de la veuve, et, sur l'ordre du Père, Il s'est relevé Lui-même le troisième jour, Lui, le gage de notre résurrection. Celui qui a fait sortir Jonas le troisième jour vivant et intact du gros poisson et les trois enfants de la fournaise à Babylone et Daniel de la fosse aux lions, la puissance ne lui manquera pas pour nous ressusciter nous aussi.


On racontait une fois qu'un moine priait Dieu de le rendre digne de devenir comme Isaac l'un des patriarches de jadis. Et à la suite de ses nombreuses prières une voix lui vint, envoyée de Dieu, qui disait : "Tu ne peux devenir comme Isaac." Et le moine dit : "Si je ne puis devenir comme Isaac, peut-être comme Job." Et de nouveau la voix divine lui vint : "Si tu luttes comme celui-là contre le diable, dit-elle, tu peux le devenir." Le moine donne donc son accord et il entend la voix divine : "Il est parti, dit-elle, dans ta cellule." Le diable se déguise en soldat et se présente chez le moine en disant : "Abba, je prie ta sainteté, aie pitié de moi, je suis poursuivi par mon roi; et prends, dit-il, ces deux cents livres d'or, cette jeune fille et cet enfant, et mets-les en sécurité chez toi en un lieu caché, tandis que moi, dit-il, je me retire en un autre endroit." Et le moine qui ne reconnaissait pas le piège du diable lui dit : "Mon fils, je ne puis garder cela, car je ne suis qu'un pauvre homme, je suis incapable de veiller sur eux." Le soldat déguisé presse donc le moine et le moine lui dit : "Va, mon fils, et cache-les dans le rocher qui est à côté." La seconde fois, le moine se laissa convaincre et reçut, roulé par le démon, l'or, la jeune fille et l'enfant. Or quelques jours après, une lutte se déchaîne chez le moine pour la jeune fille; il la viole et, regrettant son action, il la tue. Et sa pensée lui dit : "Tue aussi l'enfant, de peur qu'il ne dévoile l'affaire." Il achève donc aussi l'enfant. Et sa pensée lui dit encore : "Prends l'argent qui t'a été remis et fuis ailleurs pour ne pas être importuné par celui qui te l'a remis." Il s'en va en un autre endroit et avec l'argent il bâtit un oratoire. Et son oeuvre une fois achevée, voici que le diable se présente avec son déguisement militaire; il se mit à crier et à dire : "Au viol, au secours ! Ce moine a élevé cette construction avec l'argent que je lui ai confié." Comme les habitants du lieu avaient été excités par le rusé soldat, il le renvoya avec un parfait mépris ? Lui, bravant par ses menaces, partit en disant qu'il ferait au moine ce dont jamais on ne s'était fait idée. Et se retirant il s'éloigna. Or le moine ne trouva de repos ni le jour ni la nuit dans la lutte contre les pensées, jusqu'à ce que sa pensée l'eut contraint de quitter ce lieu, disant : "Maintenant il va s'empresser de divulguer ses griefs contre moi. Je prends donc en partie le reste de l'argent et je pars dans une ville où ce soldat ne pourra venir. Il part donc dans une ville et rencontre une demoiselle qui était la fille d'un bourreau. Or après avoir parlé à son père, il la prit pour femme. Or quelque temps après, celui qu'on venait de proposer comme chef local arrive et, le père de la jeune fille étant mort, demande aux forces de l'ordre le bourreau qui doit exécuter en cours de justice. Et les forces de l'ordre lui disent : "La coutume a prévalu chez nous que celui qui prend la femme ou la fille du bourreau décédé, celui-là entre en cette fonction, même s'il ne veut pas." Et le chef leur dit : "Y a-t-il quelqu'un de tel chez vous ? " Ils dirent : "Il y en a un qui possède aussi le rang de moine, à ce qu'il semble." Ils l'amènent donc chez le chef; il est forcé d'accepter la fonction d'exécuter en cours de justice. Or quelques accusés comparurent et l'ex-moine aujourd'hui bourreau reçut l'ordre (si vous m'en croyez, la sympathie naturelle ne me laisse pas poursuivre sans larmes ce récit), reçut l'ordre du chef d'amener de la poix ou une autre torture pour ceux qu'on mettait à la question. Tandis que le bourreau exécutait, voici que Satan se présente dans son uniforme militaire et il se mit à crier de telle façon qu'une grande foule s'assembla, parce qu'à tue-tête il en appelait au chef pour la vengeance de la victime. Le chef le reçut donc et lui dit : "Calme-toi, ô homme, et reviens à toi, et après avoir repris tes esprits, tu nous renseigneras sur ton affaire; et ne pousse pas de telles clameurs comme un chien qui aboie." Et le soldat dit au chef : "Ce bourreau était moine jadis; et comme quelques ennemis me poursuivaient je lui ai remis en dépôt quantité d'or et en outre une servante jeune et un serviteur mon esclave. Ordonnez qu'il me rende le dépôt." Le chef accepta complaisamment de poursuivre l'affaire, en vue du gain, et demanda à l'ex-moine aujourd'hui bourreau si les paroles du soldat étaient vraies, à son avis. Il en convint, on exigea de lui la restitution; pris de court pour rendre raison du dépôt, il finit par avouer, bien malgré lui, le meurtre du serviteur et de la servante, ainsi que la dilapidation de l'or. Et le chef, n'ayant pas trouvé de quoi lui soutirer, fit conduire à la mort le misérable bourreau. Tandis qu'il allait vers le lieu de l'exécution, voici que le soldat son accusateur vient à sa rencontre sur la place publique et lui dit : "Abba, tu sais qui je suis ?" - "Je pense, dit-il, que tu es ce soldat que j'ai connu pour mon malheur et qui m'a remis le serviteur, la servante et l'argent." Il lui dit : "Je suis Satan qui ai trompé Adam, le premier homme, qui fais la guerre aux hommes et qui ne laisse, autant qu'il est de moi, personne se sauver ou devenir comme Isaac ou Job, mais faisant diligence pour les rendre tous comme cet Achitophel, comme Judas Iscariote, Caïn et les vieillards de Babylone, ainsi que tous leurs semblables. Va-t'en donc toi aussi qui as été victime de ma ruse pour n'avoir pas appris à mener le combat invisible. Cesse de te vanter, avec une audace sans borne, de lutter et tenir. Et en effet contre ce Job je n'ai rien omis de cette tactique militaire que je ne cesse de lancer contre les hommes." Il dit cela et bien plus encore et devint invisible? Et le misérable subit la mort par étranglement, après avoir été joué par le démon à cause de sa présomption. Gardons-nous donc, nous, de demander à Dieu ce qui nous dépasse et d'accepter de faire ce que nous ne pouvons mener à bien; mais il vaut mieux suivre la voie royale par laquelle nous pourrons être sauvés, si nous ne dévions ni à droite ni à gauche, du pervers siècle présent, si nous avons en toutes choses l'humilité.