Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 58

JUIN 1994

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

NOUVELLES

HOMÉLIE POUR LA FETE DES DOUZE APOTRES

VERROUS ÉTERNELS ET PORTES VIRGINALES

LE SACREMENT DE LA CONFESSION

CONFESSIO PETRI

LE PAIN LITURGIQUE ET LA SAINTE PROTHESE

DE L'ÉGLISE UNE, SAINTE, CATHOLIQUE ET APOSTOLIQUE

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS

Le moine : celui qui contemple la flamme des choses.

saint Isaac de Ninive

NOUVELLES

Depuis le dernier bulletin, je suis allé quelques jours en Grèce, et ce n'est que depuis une semaine que j'ai repris ma tâche ici.

Le (21) Mai fut baptisé, à l'hermitage, Elie, le fils de Philippe et de Marie Quinta.

En Grèce, j'ai imprimé quelques exemplaires de l'Apôtre ( livre qui contient des lectures de l'apôtre, servant dans l'Église lors de la divine Liturgie ).

La Vie de saint Païsios est sous presse, mais sera envoyée un peu plus tard.

Le projet du foyer, dont j'ai parlé la dernière fois, est en court, mais il n'y a encore rien de précis.

Il n'y a pas d'homélie pour Pentecôte cette fois-ci, mais une pour la fête des apôtres, qui tombera certainement avant le prochain bulletin.

Il ne me reste qu'à vous souhaiter à tous, les dons de l'Esprit consolateur pour la fête de la Pentecôte.

hm. Cassien

 

Rien n'est si bouleversant comme cette âpreté avec laquelle l'Église a défendu contre vents et marées le mystère de son Seigneur, comme son propre mystère. On croirait des querelles de mots, alors que c'est une question de vie et de mort pour aujourd'hui. Des luttes stériles, alors que notre foi est le fruit splendide de ce gigantesque combat. Des disputes depuis longtemps périmées, alors que nous en sommes toujours - et plus que jamais peut-être - partie prenante.

HOMÉLIE POUR LA FETE DES DOUZE APOTRES
Sur la mission apostolique

(d'Ilias Miniatis, le 2e dimanche de Matthieu, pendant le carême des apôtres)

"Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes." (Mt 4,19)

C'est sur les plages de la Galilée que le divin Maître, descendu du ciel, ouvrit la grande école de l'enseignement céleste. C'est ici que le Verbe Dieu-Homme commença à parler sur la terre, et à faire sa première prêche sur repentance et sur le royaume des cieux, Lui le grand Apôtre envoyé par le Père céleste vers les hommes : "Jésus se retira dans la Galilée, et dès ce moment, Il commença à prêcher et à dire : "Repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche." Et cela était la grande lumière, à propos de laquelle Isaïe a prophétisé qu'elle se lèverait sur le peuple assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort, c'est-à-dire la lueur de l'évangile qui devrait illuminer et vivifier, par la nouvelle grâce, de vils hommes, qui étaient les Juifs de la Galilée, mêlés avec les païens enténébrés et endormis dans l'impiété.

Les premiers disciples appelés à cette nouvelle doctrine furent les bienheureux Siméon, Pierre, et André son frère, Jacques et Jean les fils de Zébédée - hommes simples quant à la disposition, pauvres quand à la situation, pêcheurs quand à leur métier : "Suivez-Moi et je vous ferai pêcheurs d'hommes." Voilà les instructions qu'utilisa la divine Sagesse incarnée : Sots, faibles et avilis afin d'anéantir, comme le dit saint Paul, la sagesse du monde, sa noblesse et sa puissance; et de cette façon, qu'il soit net que la doctrine du Christ que le monde a reçue, n'était pas l'oeuvre d'une force humaine, mais un exploit de la Puissance de Dieu. Que firent ces bons pêcheurs ? Laissant aussitôt les filets et la barque, c'est-à-dire tout ce qu'ils possédaient dans leur pauvreté, et même leur propre père, ils accueillirent l'appel sans hésiter, ils suivirent avec empressement Celui qui les appelait. "Aussitôt, ils laissèrent la barque et leur père et Le suivirent." Tels doivent être les vrais disciples du Christ; tous entièrement consacrés au Christ, séparés et détachés de tout ce qui est du monde.

C'est le sujet, fidèles auditeurs, de l'évangile d'aujourd'hui, c'est-à-dire l'appel des apôtres du Christ; et puisque c'est en l'honneur des saints apôtres que notre sainte Église, par l'inspiration divine, a consacré ces jours, en nous ordonnant de les sanctifier par le jeûne, il me semble convenable de parler aujourd'hui de la prééminence et de la valeur de la mission apostolique, afin que vous compreniez ce que signifie : "Apôtre du Christ." Le mot apôtre signifie envoyé, bien que ce mot désignait les ambassadeurs des rois, envoyés pour quelque grand service, et qui, comme ils portent la personne du roi qui les envoie, ont deux priviléges, dans la parole, et dans l'acte. C'est-à-dire que tout ce qu'ils disent, et tout ce qu'ils font, sont considérés comme des paroles et des actions du roi lui-même, qui les a envoyés. Les ambassadeurs du Verbe Dieu-Homme, envoyés dans le monde entier pour prêcher le salut universel et le royaume des cieux, ce furent les disciples du Christ, appelés par lui apôtres. Il en choisit douze, auxquels il donna le nom d'apôtres, et les envoya prêcher le royaume de Dieu. "Allez par le monde entier, annoncez la bonne Nouvelle à toute la création."

Mais le procédé de la mission est lui aussi admirable : "Comme le Père, dit-Il, M'a envoyé, Moi aussi Je vous envoie," ce qui veut dire : comme l'Apôtre du Père d'avant les siècles était le Fils envoyé sur la terre pour accomplir la grande oeuvre de l'économie divine (c'est ainsi que Paul L'appelle : Apôtre de notre confession) ainsi Il reçut du Père tout le pouvoir sur les choses célestes et terrestres. "Tout M'a été donné par mon Père. Il M'a été donné tout pouvoir au ciel et sur la terre." Les disciples étaient de tels apôtres du Fils incarné : ils avaient tout le pouvoir du Fils. De sorte que, comme le Fils, apôtre du Père, a porté la personne du Père d'où quiconque recevait le Fils, recevait le Père Lui-même, "celui qui me reçoit, reçoit celui qui M'a envoyé - ainsi de même, les disciples, apôtres du Fils, ont porté la personne du Fils - d'où quiconque recevait les disciples, recevait le Maître Lui-même. "Celui qui vous reçoit Me reçoit, et celui qui vous écoute M'écoute." C'est pourquoi, tous les mystères que le Fils envoyé par le Père entendait, les disciples envoyés par le Fils l'apprirent. "Tout ce que J'ai entendu du Père, Je vous l'ai fait connaître."

D'où, l'Apôtre et initié du Père, est le Fils, et les apôtres et initiés du Fils, sont les disciples. C'est ainsi qu'ils reçurent ces deux privilèges exceptionnels dans la parole, et dans l'oeuvre : dans la parole, que tout ce qu'ils disent soit considéré comme dit par Dieu Lui-même; dans l'oeuvre, que tout ce qu'ils font soit gardé comme fait par Dieu Lui-même. Ce qui signifie que : alors que tout homme se trompe, et que l'infaillibilité et la vérité ne sont le propre que de Dieu seul, les apôtres possédaient aussi cette infaillibilité et cette vérité, car leurs paroles n'étaient pas des paroles d'hommes mais de Dieu, et par leurs bouches, comme par un instrument envoyé de Dieu, c'est l'Esprit de vérité qui parlait. "Ce n'est pas vous qui parlerez, leur disait le Christ, mais l'Esprit qui est en vous." Et encore, comme ce n'est ni un homme, ni un ange, mais le Fils de Dieu Lui-même qui a le pouvoir spirituel, et qu'Il tient seul les clés pour ouvrir et fermer les portes du royaume des cieux, les apôtres reçurent pareillement du Fils tout ce pouvoir et ces clés, quand Il leur dit : "Que tout ce que vous délierez sur la terre est délié au ciel, et tout ce que vous lierez sur la terre est lié au ciel."

Les prophètes n'ont pas reçu un tel avantage. Ils ont certes reçu la grâce du saint Esprit, mais seulement en partie, c'est-à-dire le charisme de prophétie, pour prédire l'avenir. Mais les apôtres, le très saint Esprit a déversé toute la richesse de ses dons divins, au moment où Il descendit sous forme de langues de feu. Les prophètes n'ont vu qu'en reflet et en énigme les figures des choses à venir, que les apôtres ont vu manifestement. "Aux autres générations, dit Paul, le mystère du Christ n'a pas été révélé aux fils des hommes, comme cela a été révélé maintenant par l'esprit à ses saints apôtres." Alors, Dieu avait seulement révélé au monde sa Justice divine comme Juge, et c'est la verge et la baguette de fer de cette justice divine qu'Il mettait dans les mains des prophètes, afin qu'ils frappent avec des reproches et des menaces le péché indomptable des hommes. Mais ils n'avaient pas le pouvoir de pardonner même un seul péché sur la terre, ni de faire entrer un homme dans le royaume céleste, que le péché d'Adam avait fermé.

Quand arriva la plénitude des temps et que Dieu révéla sa divine Compassion en tant que Père, et envoya son Fils Sauveur du monde, Il donna aux apôtres tout le trésor de sa divine Compassion, en les faisant économes de sa divine Grâce et porteurs des clés du royaume des cieux; d'où ceux-ci ouvrirent ici sur la terre les portes du salut universel, et au ciel l'entrée de la béatitude éternelle. Donc, tandis que les prophètes étaient prédicateurs de l'ancienne loi, les apôtres l'étaient de l'évangile de la nouvelle grâce. Et autant l'évangile est supérieur à l'ancienne loi, autant la mission des apôtres est supérieure à celle des prophètes; d'où nous comprenons que apôtre quant à la mission signifie : homme portant la Personne elle-même du Fils de Dieu, main droite de Dieu, bouche de Dieu, ayant dans la bouche la parole de Dieu, et portant dans la main droite les clés de tout le pouvoir spirituel.

Douze ont été choisis par le Verbe de Dieu incarné, comme serviteurs et assistants : Simon Pierre et André son frère, qui avaient été d'abord disciples de Jean; Jacques et Jean les fils de Zébédée, Philippe, Barthélemy, Thomas, Matthieu le Publicain, Jacques fils d'Alphée, Thaddée, qui est aussi appelé Jude et qui a écrit l'épître, Simon le Cananite, appelé aussi le Zélote et Judas l'Iscariote, à la place duquel fut ordonné Matthieu par la suite.

L'Esprit saint a préfiguré le choeur des douze apôtres avec de nombreuses images dans l'Écriture. Douze furent les patriarches fils de Jacob, qui, étant douze arbres plantés par Dieu, firent croître d'innombrables branches, le peuple d'Israël, fruits de la promesse divine; image des douze apôtres qui, par l'annonce de l'évangile ont donné naissance au peuple élu, le nouvel Israël, les enfants innombrables de l'Église. Douze furent les chefs de Juifs, qui, sous le premier juge Moïse jugeaient tout le peuple - image des douze apôtres qui sous le premier Juge des vivants et des morts, jugeaient d'une part, ici sur la terre, par l'inspiration du saint Esprit, toute l'Église des orthodoxes, et d'autre part, au renouvellement ils seront assis là sur douze trônes jugeant les douze tribus d'Israël.

Douze furent les espions envoyés par Moïse dans la terre promise - image des douze apôtres qui furent envoyés par le Christ comme évêques de l'Église oecuménique qui est la terre de la bénédiction et de la grâce. Douze furent les sources des eaux qui abreuvèrent au désert le peuple Israélite - image des douze apôtres, qui abreuvèrent toute la face de la terre avec les sources vivifiantes de l'enseignement divin. Douze furent les boeufs, qui au temple de Salomon, portaient la mer de bronze, - image des douze apôtres qui, par la suite, comme des boeufs spirituels cultivèrent l'Église avec la charrue de la croix, furent sacrifiés comme des holocaustes raisonnables sur l'autel du martyre. Douze furent les étoiles qui couronnaient la tête de la femme que vit Jean dans l'Apocalypse, enveloppée du soleil, et la lune sous ses pieds - image des douze apôtres, qui sont la couronne à douze lumières de l'épouse mystique du Christ, revêtue de la lumière de la vérité évangélique, et piétinant les ténèbres de la Synagogue. Douze furent les pierres précieuses, que vit le même Théologien, et sur lesquelles étaient fondées la Jérusalem céleste - image très claire des douze apôtres, sur lesquels le Christ fonda sa sainte Église, et le rempart de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des apôtres de l'Agneau.

Voilà la grande mission, haute et salutaire,des saints apôtres, que notre sainte Église vénère dûment avec un honneur exceptionnel, car ils sont les bouches divinement inspirées du Verbe Dieu-Homme; de l'économie divine, les assistants appelés par Dieu; du salut universel les hérauts porteurs de l'Esprit; de l'Église les colonnes inébranlables, les fidèles économes de la nouvelle grâce, les bienheureux porteurs des clés du royaume des cieux.

Chrétiens ! le lièvre ne craint pas le tonnerre du ciel autant que le diable craignit la prédication des saints apôtres. Il trembla, s'enfuit des temples où il était adoré comme dieu, et se cacha au plus profond des abîmes; et il craint encore, il tremble, il fuit quand il entend que la parole apostolique est prêchée dans l'Église du Christ. Mais hélas ! quand règne le silence dans l'Église du Christ, c'est-à-dire, quand la parole de Dieu ne s'entend pas, quand les pasteurs ne parlent pas mais sont des gardiens sans voix, eux les bergers de brebis raisonnables, les successeurs des apôtres; alors le diable prend du courage, sort sans crainte, entre audacieusement dans le troupeau du Christ, et comme un loup féroce, il dévore les âmes des chrétiens, comme des brebis non gardées. Je le dis avec beaucoup d'affliction et de douleur.

Lorsque la parole de Dieu ne s'entend pas, c'est le signe du courroux de Dieu. Il n'est rien de pire dans une ville de chrétiens, et Dieu Lui-même le dit par la bouche d'un prophète : "Voici que viennent des jours, dit le Seigneur, où J'enverrai une famine sur la terre, non une famine de pain ni une famine d'eau, mais une famine d'entendre la parole de Dieu; et ils courront de tous côtés en cherchant la parole du Seigneur, et ils ne la trouveront pas;" c'est-à-dire que les hommes auront faim d'une parole de Dieu et la rechercheront comme l'affamé cherche la nourriture, et ils ne la trouveront pas pour se rassasier. Et au contraire, c'est un signe de bénédiction et de grâce de Dieu quand il n'y a pas une telle famine, quand la parole de Dieu est entendue, quand l'évangile est prêché, quand l'enseignement des apôtres est expliqué, quand les chrétiens entendant et apprennent les dogmes de la foi, les chemins du salut et de la vie éternelle.

Mais le saint évangile lu chaque jour à la Liturgie par les prêtres, n'est-il pas parole de Dieu ? Si, mais la lecture de l'évangile que fait le prêtre n'apporte pas ce fruit que porte l'explication de l'évangile, que fait le prédicateur, le commentateur de l'évangile. Le livre d'Isaïe le prophète, que lisait l'eunuque de Candace, reine d'Ethiopie n'apportait rien à l'eunuque, jusqu'à ce que l'apôtre Philippe le lui expliqua : "Comprends-tu ce que tu lis ?" Je peux dire moi aussi autant au prêtre qui lit, au chrétien qui écoute l'évangile - pourquoi le cacher ? disons-le clairement. Ni celui qui lit, ni celui qui écoute ne le comprennent; donc quel profit peuvent-ils en tirer ? Quel fruit ?

Mais quand le prédicateur le prêche sur l'ambon, quand il explique le sens, interprète les paraboles, quand il révèle les mystères, alors la parole de Dieu a de la puissance; c'est alors qu'elle devient vivante et énergique, comme le dit saint Paul; c'est alors que se fait le couteau à deux tranchants, qui perce, qui frappe, qui blesse les coeurs des auditeurs, qui amène à la componction, qui entraîne au repentir, qui conduit au salut.

Le corps, pour se nourrir, n'a pas autant besoin de pain, que l'âme de la parole de Dieu pour nourrir sa foi. La foi vient par l'ouïe, dit Paul; d'où, comment, dit-il, les chrétiens peuvent-ils croire s'ils n'entendent pas ? Et comment entendre s'il n'y a personne pour enseigner ? "Comment croiront-ils en Celui dont ils n'ont pas entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler s'il n'y a personne qui prêche ?" (Rom 10,14) Et encore : "La parole de Dieu (dit saint Grégoire) est ce pain des anges, duquel se nourrissent les âmes qui ont faim de Dieu." Mais revenons à notre sujet, puisque nous aussi c'est par les bienheureux filets des saints apôtres que nous avons été retirés des profondeurs de la perdition; puisque, grâce à la prédication de l'évangile que firent les apôtres,nous avons reçu la grâce d'être chrétiens, combien ne leur devons-nous pas de respect ? Sanctifions donc avec le jeûne ces jours consacrés à leur mémoire et leur honneur. Supportons avec joie ce peu de peine pour ceux qui ont tant peiné pour l'édification de l'Église du Christ et du salut du monde? La récompense du jeûne, le prix de notre peine, le Dieu Ami de l'homme, nous l'accordera par les intercessions de ces saints et glorieux apôtres, dans le siècle présent et dans l'éternité. Amen !

L'erreur a des formes multiples, mais la vérité n'a qu'un seul visage.

saint Cyrille de Jérusalem

VERROUS ÉTERNELS ET PORTES VIRGINALES

homélie pour le lundi de Pâques

Ce n'était pas mon intention de vous sermonner aujourd'hui, - je tâche d'ailleurs de rester bref, afin de ne pas vous fatiguer outre mesure -, mais deux mots de l'office ont frappé mes oreilles par leur beauté et leur profondeur. Certes, tout l'office brille par sa splendeur, expression du beau et du vrai, car chaque mot cache l'infini Verbe de Dieu qui est la vérité même. Ma pauvre cervelle a retenu donc deux mots, ce qui est déjà beaucoup, vu son habitude de se disperser É, et de ces deux mots, voici donc ce que j'en ai pu comprendre,c'est-à-dire une goutte de l'océan divin.

A plusieurs reprises, il était question dans le canon pascal, des verrous éternels , que le Christ a brisé, et des portes virginales. Que sont ces verrous éternels et ces portes virginales et quel est leur rapport, s'il y en a un ? C'est cela que nous allons examiner de notre mieux et l'icône sur le pupitre, qui illustre mes paroles par des images, nous secondera.

Ces verrous éternels remontent aux temps antiques, au péché originel, qui nous a entraîné dans l'esclavage du diable, et même au-dessus du temps dans les éons, car les anges déchus sont également retenus. Ils sont éternels, ces verrous , non comme Dieu, qui l'est de toute éternité, mais depuis que le péché s'est introduit. Ils ne le sont pas non plus d'une manière absolue, car Dieu a le pouvoir de les détruire, ce qu'il a fait par sa mort et sa résurrection.

L'icône nous montre les verrous cassés et dispersés et battants sur lesquels le Christ se tient en vainqueur, arrachant de l'Hadès les justes, en prémices les protoplastes Adam et Eve. Je dis bien les justes, car le Christ n'a pas sauvé tout homme mais l'humanité, c'est-à-dire notre nature corrompue, qu'Il a assumé entièrement en devenant homme afin précisément de nous sauver. Potentiellement tout homme est sauvé, mais pour l'être réellement il faut qu'il adhère librement au le baptême et à la conversion. Il faut donc que le salut universel se réalise dans chacun de nous, que la croix et la résurrection que nous célébrons liturgiquement aujourd'hui et qui se sont accomplies une fois pour toute dans l'histoire, se concrétise dans notre vie personnelle tout au long de notre vie et évidement à ce jour solennel, - Pâque qui est la fête des fêtes, la solennité des solennités, comme nous chantons.

Ce que nous célébrons une fois par an, quoique tous les offices convergent et gravitent autour de ces points capitales, qui sont la croix et la résurrection, doit et se fait pour un croyant d'une manière entremêlée au long de notre cheminement sur cette terre. Parfois c'est plus intense quand les tentations ou la grâce nous visitent particulièrement et à certains moments la croix semble prédominer, elle qui pourtant appelle toujours la résurrection car la croix du chrétien ne peut se dissocier de l'espoir dans la résurrection. Mais revenons aux verrous éternels .

Ces verrous éternels , les portes de l'enfer ce sont constitués par suite de nos péchés. Ils constituent un mur entre Dieu et l'homme. Dieu ne peut franchir notre liberté de refus, refus de son Amour qui précisément n'est rien d'autre que l'enfer, l'autodestruction, la mort, l'isolement. Par contre les portes virginales, le Sauveur les a franchies sans les briser, comme Il a franchi après sa résurrection les portes clos pour apparaître à ses disciples. Rien ne peut Le retenir si ce n'est nos péchés. Les portes virginales, c'est-à-dire la virginité tant corporelle que spirituelle, de la Toute Sainte, que le Sauveur a franchies avec son Corps humain lors de sa Nativité, et qui scellées par l'Esprit saint, ne sont infranchissables que pour le malin. Virginité et pureté ne font qu'un et sont finalement synonymes, si ce n'est que la pureté est plus générale sans que je veuille insister là-dessus. Qui s'est souillé par le péché perd les deux à la fois."Toute la thèse de l'Église sur la virginité tient à ceci que le blanc est une couleur, et non pas seulement l'absence d'une couleur, " a dit quelqu'un. La virginité est donc ce qui est le plus positive, car elle appelle Dieu qui se plaît en nous et qui ne peut apparaître qu'à travers elle. Ce que je dis ne s'oppose nullement au mariage car l'opposé de la virginité, c'est la fornication. Le mariage est un état qui est sanctifié et les maris sont appelés, aussi bien que les moines à la virginité spirituelle qui ne suppose pas nécessairement la virginité du corps.

Le canon pascal mentionne de même les portes du paradis. Ces portes du paradis, gardées depuis la chute de l'humanité par des chérubins, le Christ nous y a introduit par sa résurrection.

" Laissant les sceaux intacts, ô Christ, Tu es sorti du tombeau, Toi qui dans ta naissance n'as pas brisé les portes virginales et maintenant Tu nous ouvres celles du paradis," chantons-nous dans le canon. Les portes virginales, Il ne les a pas brisé, et celles du paradis, Il les a rouvertes en brisant les portes de l'enfer, fermées par des verrous éternels.

Ces expressions, dont nous venons d'examiner le sens cachent donc et révèlent à la fois tout le mystère de Pâque. Tout y est inclus et lié, car la parole de vérité que l'Église transmet d'âge en âge n'est autre que le Verbe de Dieu, comme nous l'avons dit au début. Si l'Église ne révèle plus la vérité elle n'est plus l'épouse du Verbe et si nous ne prêchons plus cette vérité, mais notre opinion à nous, notre petite vérité personnelle, alors croix et résurrection deviennent de jolis mythes et notre salut également.

hm. Cassien

Dans l'évangile je ne trouve pas ce que Pierre a dit : je trouve qu'il a pleuré. Je lis qu'il a pleuré, je ne lis pas qu'il ait fait des excuses. Les pleurs ménagent le pardon sans aller contre la honte. Les larmes ne demandent pas le pardon et l'obtiennent. J'ai trouvé pourquoi Pierre a gardé le silence : c'était pour ne pas ajouter à l'offense en demandant si vite son pardon. D'abord il faut pleurer, en ensuite prier.

st. Ambroise de Milan (Sur Luc 10)

LE SACREMENT DE LA CONFESSION

Le sacrement se manifestait à l'origine par des pénitences canoniques en publique. Un tel usage ne pouvait durer que dans la pureté et la simplicité des institutions chrétiennes restreintes à un nombre réduit de croyants. Plus tard, lors de la propagation du christianisme, les formes de pénitence ont changé elles aussi. C'est ainsi qu'est apparue la pratique de la confession privée ou orale, qui est destinée à détruire l'orgueil humain, mais sans troubler l'ordre communautaire.

La pénitence est le moyen le plus important de stimulation au repentir et à l'espoir, qui sont les fruits les plus doux de la Sagesse divine offerts à l'homme. La pénitence est antérieure à la communion, car un vase sale ne pourrait recevoir la rosée de la grâce divine; ce sont seulement les repentirs accompagnés de sobriété et des prières qui préparent la voie du vrai croyant. Celui-ci peut ainsi exclamer avec le prophète : "Mon Dieu, mon âme est prête !" Et tout de suite lui répond une voix dont l'inflexion, l'humilité seules peuvent comprendre : "Les derniers seront les premiers" (Mc 10,31) et cette joie céleste inclut tout le bonheur de la paix du coeur.

Le prêtre, conscient de son haut devoir, doit demander à Jésus Christ des forces pour pouvoir vaincre l'esprit de la suffisance de soi-même. Riche dans son esprit par les promesses de Dieu qui lui prête la force de lier et de délier, le prêtre doit faire usage d'elle avec un saint frémissement. Il pécherait s'il était un élément passif de la Miséricorde du Christ Sauveur.

Sa vocation est limitée strictement à faire la liaison mystérieuse entre la grâce divine et l'esprit immortel de l'être humain mortel. Seulement, le don transmis par l'imposition des mains assure au prêtre un privilège si majestueux. Mais si le prêtre passe outre ces limites et désire exercer un pouvoir transformé en une habitude sur les consciences, sous prétexte de les conduire, la dignité du sacrement sera profanée et la grâce divine cessera de se manifester.

Pendant tous temps, on a abusé plus ou moins des miracles de la confession par des indulgences , - qu'on n'a jamais connues dans l'Orthodoxie -, et l'abus de la discipline religieuse.

Père Olivian Bindiu

La vérité qui ne coûte rien, n'est que mensonge.

hm. Cassien

CONFESSIO PETRI
ou
Le mystère de la pancarte

Au temps de ma jeunesse athée, un jour, je suis allé à Rome. Enfin, disons que, devant passer par Rome, je m'y suis arrêté.

Immanquablement, à force de rôder de par la ville, un beau matin, je me suis dit : tout de même, faut voir le Vatican.

J'avais été élevé dans une famille catholique, pieuse et même plutôt fervente. Des années plus tôt, ma tante Jeanne, elle, était venue spécialement à Rome, en pèlerinage, pour recevoir la bénédiction du Saint-Père. Même si je me souciais maintenant de tout cela comme d'une guigne, j'étais imbibé de catholicisme. Était-il possible, moi qui venais de Nîmes, qu'on appelle la Rome française, traversant Rome sur mon chemin alors que tous les chemins sont réputés y mener, que je n'y stationnasse point pour aller un peu voir de visu à quoi ressemblait ce Saint-Siège et cette Place Saint-Pierre ? Je l'avais vue maintes fois, cette Place Saint-Pierre, à la télévision. Mes parents avaient acheté l'appareil en 1963 expressément pour assister aux funérailles de Jean XXIII et au couronnement de son successeur. Je la voyais particulièrement chaque année au matin de la Pâque romaine, lorsque le Pape prétend bénir urbi et orbi toute la catholicité, et où nous restions, mes parents et moi, émus, debout devant le poste et nous signant à l'envers de toute la gravité requise.

Ce jour-là, ayant dormi sur un bord de fenêtre à l'intérieur de la mussolinienne gare de Roma-Termini la-bien-nommée, je rassemblai mes affaires, les portai au Bagagli-a-mano et m'enquis d'un bus qui me transporterait au Vatican et qui me laissa effectivement dans une rue étroite derrière la Place Saint-Pierre, ce qui n'accentua que mieux l'impression de solennel écrasement que j'éprouvai lorsque je parvins à l'intérieur du Cirque du Bernin.

D'emblée, je n'aimai pas cette colonnade aux égyptiennes proportions. Dans un livre qui se régale de vous abrutir de chiffres et de records, j'avais lu que la Place Saint-Pierre était la plus grande place du monde, et ce n'était pas du tout l'impression qu'elle me faisait. Je me disais : comment on arrive à enfourner de telles quantités de gens dans un espace aussi riquiqui ? Je regardai mieux : c'était complexe. C'était en même temps mesquin et gigantal. On sentait à quel point la colonnade avait été bâtie autour de la Basilique comme deux bras enserrant la chrétienté, la Basilique formant le torse, le dôme la tête, le tout évoquant physiquement l'envergure de l'embrassade papale ainsi hypostatiquement architecturée.

J'étais mal au milieu de ces bras qui me parlaient davantage d'une mère possessive et étouffante que d'un chaste et spirituel transport. Je n'insistai pas mais m'engouffrai vite sous un porche pour être ramené à de plus humaines proportions.

Il y avait là, en haut d'une volée de pierres, une immense porte ouverte gardée par deux Suisses vêtus à la façon du Quattrocento et un essaim de touristes qui, montant et dévalant les marches s'amusaient à agacer les gardes pour voir jusqu'où ils pouvaient monter trop haut.

A un moment : ZOUING ! Le déclic se produisit. Un gamin plus déluré que les autres s'étant trop avancé, les hallebardes d'opéra se croisèrent en un vif et impérieux NON PLUS OUTRE !

- Et les touristes de rigoler et de recommencer à appuyer sur la pédale pour relancer la mécanique.

Je ressortis et osai enfin me diriger franchement vers la Basilique pour y entrer. C'est alors que mes jeans, tennis et tee-shirt me rappelèrent ma basse condition d'auto-stoppeur. Je tirai sur mes basques, essayant d'avoir l'air le moins dépenaillé possible mais passai l'entrée sans encombres mêlé à des nonnettes et des shorts estivaux. J'y étais. Je me répétais et me répétais mentalement : j'y suis. Je suis dans la Basilique Saint-Pierre, foyer de la chrétienté. Je devais me le redire et me le rabâcher, ayant de la peine à le sentir.

L'impression était d'abord sonore et me faisait irrésistiblement penser, en moins métallique, aux échos innombrables et prolongés qui se répercutent sous la voûte de la Gare Saint-Lazare, à Paris ; ce qui finit de m'enlever l'espèce de solennité de convenance que j'arborai.

J'étais dans un Grand Hall, comme aux Galeries Lafayette, et la plupart autour de moi allaient et venaient le plus naturellement du monde avec enfants braillant, taloches et appareils photo. J'en restai coi.

Plus le temps passait, plus je m'affermissais : je n'avais rien à faire avec tout ça ; ce qui, me libérant des émotions faciles me permit d'être plus objectivement attentif.

Ici, tout était colossal, et se chargeait bien de vous en persuader. Et plus en rajoutait - dans le gros tape-à-l'oeil de marbre, les colonnes cyclopéennes, les tombeaux de Papes marmoréens, les statues aux poses ostensiblement mystiques - davantage ne faisait que révéler le grand creux résonné par les voûtes.

Je me souviens distinctement m'être dit : c'est drôle, il y a tout ici, sauf le spirituel, sauf ce que l'on est censé y chercher et qui devrait être la raison d'être du lieu. On a rassemblé ici le fruit de l'ingéniosité de tous les corps de métier mais pour quelle boufrerie grandiloquente et orgueilleuse ? Ici, c'est le culte de l'homme certainement, dans tout le vertige baroque de ses capacités, mais où est Dieu ?

J'étais maintenant tellement désolé que j'avançais sans vraiment le réfléchir vers le centre de l'édifice. Ce faisant, j'étais obligé de me rapprocher de l'ignoble Baldaquin du même Bernin, aux énormes colonnes vicieusement tortes. Qu'est-ce que cette horreur venait faire là ? Un vrai décor pour Cecil B. de Mille décrivant un lupanar du temps des pompes impériales ? On aurait bien vu la Salomé de Gustave Moreau danser lascivement sous cette boursouflure de marbre. Où alors assistions-nous à une représentation du Faust de Gounod ? Ce Baldaquin appelait vraiment la ronde de diablesses des Nuits de Walburgis. Qu'y avait-il en dessous ? - outre l'autel du Pape.

Il y avait un gouffre obscur, hémicirculaire et grillagé, fermé d'une rambarde de balustres. Quelques piécettes gisaient éparpillées sur le grillage. A quoi correspondait ce trou ? Je n'en avais jamais entendu parler - ce qui n'était pas le cas du Baldaquin - et d'ailleurs, curieusement puisqu'il était au centre de l'édifice, il n'intéressait visiblement presque personne et cela n'avait rien d'étonnant puisque le voir et le toucher étaient surabondamment occupés par ailleurs.

Un petit panneau était accroché au parapet sur lequel on pouvait lire :

CONFESSIO PETRI

la confession de Pierre, et là, pour la première fois depuis que l'autobus m'avait laissé derrière la Grand Place, j'étais bien.

Je compris alors - mais seulement après avoir éprouvé ce gracieux répit - que ce modeste trou s'enfonçant sous les profondeurs vaticanes, cet endroit laissé tout simple et tout noir, avec son vilain grillage poussiéreux et l'humble hommage de ses piécettes comme autant de petites fleurs métalliques qui luisaient dans la semi-pénombre, cet endroit qui n'était qu'un creux c'est-à-dire dans cet architectonique maelström un défaut, une apparente absence, une tache sombre et même un repoussoir - j'étais quasiment seul - correspondait au tombeau du Prince des Apôtres, dont je porte le nom.

Déjà, à l'époque, j'avais noté ce qu'il y avait de singulier dans l'intitulé de la pancarte. Il n'était pas écrit Sepulcrum Petri, le tombeau, ni Cathedra Petri, la Chaire, le Siège de Pierre, mais Confessio Petri, sa confession. Je n'en tirai pas d'enseignement particulier mais inscrivis ce fait en passant, dans ma mémoire, troublé que j'avais été que cet endroit où j'avais été bien, vers lequel je m'étais laissé diriger par mes pas cherchant inconsciemment le centre, mâchonnant des idées amères dans cette immense et bruyante salle des Pas Perdus, ait été justement le mémorial comme laissé à l'abandon de l'Apôtre dont tout pourtant autour prétendait célébrer la dignité.

Je m'appelle Pierre. Toute ma vie on m'a bassiné me ressassant ad nauseam : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église.

Que mon aimable et courageux lecteur ne s'imagine pas que je compris alors tout ce que je raconte comme je le décris seize ans plus tard. Si mon récit est exact - scrupuleusement - et je rappelle qu'à l'époque les questions de foi ne me concernaient pas - il me fallut des années pour trouver les mots que requéraient vraiment les impressions reçues et pour comprendre le mystère de la petite pancarte.

En effet, si l'on passe sur les forgeries papologiques visant à instituer l'évêque déchu de Rome comme seul successeur de Pierre parce que l'Église aurait été bâtie sur la personne de l'Apôtre dont le Pape serait l'héritier légitime, pour retrouver la compréhension apostolique jamais perdue et fidèlement transmise de Père en Père jusqu'à nous, comme quoi c'est sur la confession de la Foi de Pierre que l'Église a été bâtie, 1 le mystère de la pancarte s'éclaircit qui situe bien le centre de la foi 2 .sur la Confessio Petri et non sur la Cathedra Petri.

Il n'est pas au pouvoir du mensonge de prendre absolument toute la place, sinon il serait la vérité.

Pierre Aguillon


LE PAIN LITURGIQUE ET LA SAINTE PROTHESE

Le pain pour la sainte Eucharistie est toujours un pain levé. L'Église en témoigne dès le début. Ceux qui les premiers utilisèrent des azymes (pain non-levé) sont les Ebionites, hérétiques judéo-chrétiens des premiers siècles de tendances très diverses qui étaient contre l'universalité de la religion chrétienne; plusieurs parmi eux rejetaient la Naissance virginale du Christ et sa qualité de Rédempteur. Ceux qui très tôt utilisèrent aussi des azymes sont les Arméniens. L'Église latine a unifié l'usage des azymes vers le dixième siècle.

Le pain liturgique (prosphore) se prépare dans la prière et le recueillement. Les ustensiles utilisés à cet usage sont mis à part et non utilisés pour autre chose. Les matières premières utilisées sont de la farine de blé qui, symbole du pain de vie et du grain de blé qui, étant tombé sur la terre est mort et porta beaucoup de fruits. Il est aussi le symbole de l'unité de l'Église et de l'harmonie qui doit régner parmi ses membres. Comme les différents grains du blé s'unissent parfaitement entre eux et constituent un seul pain, ainsi nous, d'après l'Apôtre, étant plusieurs membres, "nous sommes un seul corps" unis par les liens de l'amour et de la paix.

Pour la pétrissage nous utilisons de l'eau pure, symbole du baptême de la regénerescence; un peu de sel symbole de la paix et d'huile symbole du saint Esprit.

Avec la pâte, nous formons deux petits pains que nous posons l'un sur l'autre, de telle sorte que des deux il ne forme qu'un seul pain.

Signifiant ainsi que le Christ étant un, possède en Lui deux natures, la divine et l'humaine. Cette union se fait sans confusion, c'est-à-dire qu'une nature n'absorbe pas l'autre. D'après saint Cyrille, il n'y a pas de "pétrissage" entre les deux natures du Christ, mais c'est une union parfaite, en sorte qu'en adorant le Christ nous n'adorons pas seulement sa Nature divine, mais aussi sa Nature humaine laquelle est unie à la première (ceci est d'ailleurs la signification de la vénération de l'icone du Seigneur). Nous adorons en Christ deux natures unies parfaitement en une hypostase divino-humaine, sans confusion ni mutation ni changement. Naturellement nous disons tout cela pour nous protéger contre les doctrines erronées. Cela ne signifie pas que nous soyons en mesure d'en comprendre le mystère comme dit l'apôtre Paul : " É en vérité, le mystère de la piété est grand, Lequel (Christ, Dieu préexistant) est apparu en chair" (1 Tim 3,16) et ailleurs : " É en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité" (Col 2,9) et selon saint Jean : "Le Verbe s'est fait chair."

Sur la partie supérieure du pain, nous imprimons un sceau que nous examinerons en partie : Quand la prêtre fait la prothèse (préparation de l'offrande) il découpe avec la sainte lance la portion centrale de la prosphore, dont voici la forme ci-contre. Cette parcelle s'appelle Agneau et les lettres qui y figurent signifient que le Christ est le vainqueur du mal, du péché et de la mort et que par conséquent nous pouvons nous confier entièrement en Lui. En découpant l'Agneau, le prêtre dit les versets connus du 53e chapitre du prophète Esaïe: "Comme une brebis, Il a été conduit à la boucherie et comme un Agneau sans tache devant celui qui le tond, Il n'ouvre pas la bouche. Dans son Humiliation, son jugement a été exalté. Qui racontera sa Génération? Parce que sa vie a été enlevée de terre." Ensuite il le renverse et le place sur le disque (patène) Ce renversement signifie le dépouillement" du Fils de Dieu, non de sa Divinité mais de sa Gloire comme dit l'apôtre saint Paul : "Il s'est dépouillé Lui-même en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes" (Phil 2,7) Pour signifier que la Mort du Christ sur la croix était réelle et non une illusion comme enseignaient les premiers hérétiques (et malheureusement aussi certains de nos contemporains), le prêtre fait l'immolation de l'agneau.

A l'indication du diacre : "Immole, maître", alors (selon l'expression humaine) : "ne mémoire de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus Christ", il fait l'immolation sous forme de croix, premièrement verticalement et ensuite horizontalement. Je dis selon l'expression humaine afin que personne ne pense que nous orthodoxes nous répétons "le sacrifice unique" et "offert une fois pour toutes" du Christ, comme on le croit parfois en Occident. En immolant verticalement, le prêtre signifie la réalité de la mort et pour quelle raison celle-ci eut lieu "l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde est immolé pour la vie et le salut du monde." Ensuite horizontalement en signifiant que la mort sur la croix n'était pas un échec et une défaite de la part du Christ mais au contraire une éclatante victoire du seul "médiateur entre Dieu et les hommes" notre Seigneur Jésus Christ. Le prêtre dit donc  : "Étant crucifié, ô Christ, la tyrannie fut abolie, la puissance de l'ennemi foulée aux pieds car ce n'est ni un ange ni un homme qui nous a sauvés mais Toi Seigneur, gloire à Toi." Ensuite il perce l'Agneau avec la lance et dit au moment où le diacre verse dans le calice le vin et l'eau : "Un des soldats lui perça le côté de sa lance. Aussitôt il en sortit du sang et de l'eau, celui qui l'a vu en rend témoignage et son témoignage est vrai."

Puis il enlève de la prosphore une autre parcelle de forme triangulaire, symbolisant la Mère de Dieu. La Vierge symbolisant et personnifiant toute l'Église. Voilà pourquoi elle porte le titre de l'Épouse et de Reine. Le liturge dit alors : "En l'honneur et à la mémoire de notre glorieuse Souveraine l'Enfantrice de Dieu et toujours Vierge Marie, par l'intercession de laquelle, reçois Seigneur, ce sacrifice à ton Autel céleste." Par sa qualité d'épouse et de reine elle est placée à droite de l'Agneau selon le verset : "La Reine s'est tenue à ta droite vêtue d'un vêtement d'or varié," comme nous lisons aussi dans l'Apocalypse : Viens je te montrerai l'épouse de l'Agneau, la femme."

Ensuite vient le tour des invités aux noces de l'Agneau, car ceux qui ont glorifié Dieu par l'obéissance de ses commandements, Dieu les glorifie en retour comme il est écrit : "je glorifierai ceux qui me glorifient" (1 Rois 2,30) Ils partagent la gloire de Dieu comme il est encore dit : "Dieu est glorifié parmi ses saints" (Ex 15,11) D'après l'Apocalypse, ce sont ceux qui "suivent l'Agneau partout où Il va" (14,4) qui constituent comme nous dirions aujourd'hui sa suite d'honneur, comme dit l'apôtre Jude : "Le Seigneur est venu avec ses saintes myriades" ( 15) et ailleurs le psalmiste dit : "Dieu est merveilleux dans ses saints" (Ps 67,35) Les myriades des suites célestes sont représentées par neufs classes. Le prêtre enlève alors de la prosphore neuf parcelles qu'il place à gauche de l'Agneau à la place des "amis de l'Époux".

Ces neufs classes sont approximativement les suivantes :

1. Les anges, archanges et les esprits célestes.

2. Les prophètes de tous les temps.

3. Les apôtres du Nouveau Testament.

4. Les docteurs de l'Église.

5. Le martyrs et les témoins du Christ.

6. Les ascètes qui sont parvenus à la perfection.

7. Les anargyres.

8. Les patriarches et ancêtres

9. Les prêtres et liturges.

Ensuite, d'un autre morceau de la prosphore le prêtre enlève des parcelles pour les fidèles vivants qui constituent l'Église militante et pour les frères endormis dans le Seigneur, faisant partie de l'Église triomphante. Toutes ces choses sont ordonnées pour notre instruction. Elles nous enseignent qu'au moment du culte divin, nous sommes en communion, non seulement avec le prêtre, le diacre, le choeur et les fidèles présents, mais avec toute la création visible et invisible avec les anges et les hommes, les vivants et endormis. A l'heure de l'Eucharistie, les distances et les limites du temps ou toute autre frontière sont dépassées. Il n'existe plus ni passé ni avenir, mais tout devient présent et actuel.

Toutefois ce présent, n'est pas le présent du calendrier parce que nous y avons un avant-goût des biens à venir et de la gloire qui en découlera. Quand l'apôtre Paul enseigne : "Puisqu'il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un même pain" (1 Cor 10,17), cela signifie non seulement les fidèles de notre paroisse et du monde entier, mais que nous sommes un seul corps avec Abel, Seth, Abraham, Samuel, David, Daniel, les trois jeunes gens dans la fournaise, les saints jeunes Macchabées, Pierre, Paul, Justin, Clément, Ignace, Chrysostome, Grégoire Palamas, Marc d'Ephèse, Nectaire d'Egine et "par dessus tout de notre Souveraine, la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie." Étant plusieurs membres, nous sommes un seul corps comme les grains de blé et les particules de la farine qui constitue le pain de la prosphore.

Et ces particules, sont unies d'une façon indivisible, car elles sont unies par l'amour du Christ, comme il est écrit : "L'amour du Christ nous presse" (2 Cor 5,14), et de cet amour, ne peuvent nous séparer ni les millénaires qui nous séparent d'Abel le juste, ni les kilomètres qui nous séparent de nos frères américains ou australiens, ni la mort biologique, ni autre chose.

"Qui nous séparera de l'amour de Christ? Sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l'épée? selon qu'il est écrit: C'est à cause de toi qu'on nous met à mort tout le jour, qu'on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie. Mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car j'ai l'assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. (Rom 8,35-39) É

Tiré de "Le Lumignon qui fume" N° 14


DE L'ÉGLISE UNE, SAINTE, CATHOLIQUE ET APOSTOLIQUE

de saint Nectaire d'Egine

3/ L'oeuvre de l'Église.

L'oeuvre de l'Église, l'apôtre Paul la définit quand il écrit : "Il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l'oeuvre du ministère et de l'édification du Corps de Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu". (Ep 4,11-13)

L'Église fondée par le Christ Sauveur, possède donc une organisation parfaite; elle est un corps organique. Le Christ en est la tête et l'Esprit saint la guide, qui l'instruit et lui donne en abondance les dons divins.

L'Église est un corps organique; elle est visible; elle rassemble en un tout, tous ses membres, les saints comme les faibles. Les membres malades de l'Église ne cessent jamais d'être des parties de son corps. Régénérés par les saints mystères et devenus enfants de son corps, ils ne peuvent plus êtres séparés d'elle, même s'ils sont sous le coup de sentences ecclésiastiques; car une fois délivrés du péché originel, il n'y a plus pour eux d'autre lieu que l'Église. Dans le monde, il n'y a qu'un seul lieu de séjour pour l'homme : le paradis; là se trouve l'Église et en elle le salut de l'homme. Après la chute des protoplastes et la genèse du péché, un autre lieu fut créé par ceux qui s'étaient séparés de Dieu, le lieu du péché. L'Église de Dieu qui est éternelle, contenait en elle, que ceux là seuls qui s'étaient tournés vers Dieu et attendaient la venue du Sauveur. L'Église portait en elle la foi et l'espérance du salut dans le Sauveur de l'humanité qui avait été promis. Ceux qui possédaient cette foi et cette espérance, se trouvaient dans l'Église de Dieu, attendant la rédemption de l'humanité par le Sauveur et ils l'ont obtenue. Ceux qui n'avaient pas cette foi et cette espérance se trouvaient hors de l'Église. En ce monde donc, et cela depuis la chute d'Adam, il y a deux lieux : celui de l'Église et celui qui est hors de l'Église.

Ceux qui viennent du lieu du péché et entrent par la foi et les sacrements, dans le lieu de l'Église du Christ, ceux-là demeurent ses membres pour l'éternité; il est impossible et il leur est impossible de revenir au lieu du péché, ayant été régénérés par le baptême et lavés du péché originel. Puisque donc il n'existe pas d'autre lieu, ceux qui entrent dans l'Église demeurent en elle, même pécheurs. L'Église les sépare, comme le berger sépare les brebis malades des bien-portantes, mais les brebis malades ne sont pas moins les brebis de la bergerie. Quand les malades reviennent à la santé, elles sont à nouveau réunies aux saines. Mais, si elles s'avèrent incurables, elles meurent alors dans leur péché, et elles seront jugées par leurs péchés. Mais, tant qu'elles sont en cette vie, elles sont considérées comme brebis de la bergerie, autrement dit enfants de l'Église du Christ.

Selon la pensée orthodoxe, il n'y a qu'une Église, l'Église visible du Christ. En elle, l'homme qui vient du lieu du péché est régénéré, en elle il demeure, qu'il soit saint ou pécheur. Le pécheur comme membre de l'Église, ne communique pas la corruption au reste du corps de celle-ci, parce que les membres de l'Église sont des êtres moraux, libres et non privés de liberté, comme le sont les membres du corps animal où la maladie d'un seul influe sur tous les autres.

Les protestants qui croient en une Église invisible, composée d'élus connus de Dieu seul, se trompent. Une Église invisible ne peut exister. Puisque les hommes ne sont pas immaculés et que nul n'est sans péché, où sont donc les élus. Une Église invisible d'élus, souffrirait d'une perpétuelle mutation, d'une permanente substitution de ses membres, de par la faculté même de l'homme à glisser et à chuter d'une part, et de l'autre, par la Compassion de Dieu et son Amour pour l'homme, qui accueille tous ceux qui reviennent à Lui.

La juste conception de l'Église, c'est que l'Église se partage en militante et en triomphante. Elle est militante quand elle lutte contre le mal et pour le règne du bien; elle est triomphante dans les cieux, dans le choeur des justes qui ont lutté et se sont parfaits dans la foi en Dieu et les vertus.

Ceux qui croient en l'Église invisible des élus, sont en contradiction avec le véritable esprit de l'Église qui ne sépare pas ceux qui sont en voie de perfection de ceux qui sont déjà parfaits. Cette distinction est l'affaire de Dieu; Lui seul séparera, après la mort les justes des pécheurs. Christ ne se détourne pas de ceux qu'Il a délivrés par son Sang, comme Il ne s'est pas détourné des pécheurs durant son économie terrestre. Jésus les considère comme membres de son Église et attend, jusqu'au dernier moment, leur conversion.

Ceux qui divisent l'Église militante en visible et invisible,

1/ divisent l'indivisible et,

2/ pèchent contre le sens même du nom Église.

Primo. Il divisent l'Église. L'Église du Christ est l'Église des saints ou elle n'est pas du tout l'Église du Christ. Une Église de pécheurs ne peut être l'Église des saints. Ainsi donc, l'Église du Christ est l'Église des saints.

Si l'Église une, sainte, catholique et apostolique est l'Église des saints, à quoi sert alors l'Église invisible des élus ? Qui sont-ils ces élus ? Qui peut appeler saints ceux qui ne sont pas encore sortis victorieux et couronnés du stade ? Qui peut être appelé bienheureux avant la fin ?

Secundo. Ils pèchent contre le sens même du nom Église, en la séparant en deux, en visible et invisible, alors que le concept d'Église signifie le visible seul. S'ils croient que l'Église reste indivisible, parce que les membres de l'Église invisible sont en même temps membres de la visible, que la visible se trouve incluse dans l'invisible, on se demande alors comment l'Église des imparfaits, c'est à dire des pécheurs, peut porter des son sein l'Église des parfaits ? Si l'Église visible des imparfaits, de ceux qui ne sont pas saints, engendre des enfants saints, comment est-elle privée des sainteté ? Si les membres de la Congregatio Sanctorum, ne sont pas issus des enfants de l'Église visible, à quoi sert alors l'Église visible ? Pour éviter de se contredire et être conséquents avec eux-mêmes, ceux qui croient en la Congregatio Sanctorum, devraient cesser des croire en l'Église visible, cesser d'utiliser le terme Église. Ainsi ils ne pécheraient pas contre le concept d'Église et ne diraient plus des choses paradoxales, croyant ici en l'Église et là la niant.

Car, si les membres de l'Église invisible ne sont pas issus de l'Église invisible, mais s'unissent mystérieusement en Dieu par la seule foi en Christ, en qui le Sauveur agit et sur qui descend le saint Esprit, qui deviennent saints et parfaits, à quoi sert alors, on se le demande, l'Église visible, puisqu'elle ne contribue en rien à l'union et là la perfection isolés et inconnus les uns des autres, s'ils ne forment pas un ensemble organique, une union indissoluble, selon le sens même de ce nom ?

La vérité, c'est que ceux qui admettent une Église invisible rejettent au fond, l'Église visible. Et pour éviter de se décomposer définitivement, ils admettent une forme d'Église, un genre d'assemblée où se réunissent les adeptes pour glorifier Dieu et entendre la prédication. Mais tout cela n'est pas l'Église une, sainte, catholique et apostolique, que nous confessons dans le Symbole sacré de la foi. Ils forment une assemblée d'adeptes du Seigneur, qui croient en Lui, sans avoir été vraiment régénérés par le bain de la renaissance, sans être véritablement saints et parfaits. A moins que leur Église visible soit celle des imparfaits, tandis que l'autre, l'invisible, serait celles des parfaits et n'aurait d'existence que dans leur imagination.

Appeler assemblé des saints, Église invisible, l'ensemble des élus, qui ne se connaissent pas les uns les autres, qui ne sont pas organiquement liés en un tout, il y a contradiction. Car

1/ Comment ceux qui ne sont jamais réunis ensemble peuvent-ils être une assemblé ?

2/ Comment l'Église composée d'individus peut-elle être invisible ?

Église et invisible sont deux concepts contradictoires ou plutôt opposés.

Dans le premier cas, ils considèrent comme assemblée, Église, donc quelque chose de visible, ce qui n'a pas encore été réuni et, dans le second, ils se contredisent en l'appelant invisible.

La Congregatio Sanctorum n'existe pas et ne peut exister. Elle n'existe pas, parce que Une est l'Église sainte, catholique et apostolique, indivisible et visible, formée par tous ceux qui sont régénérés en elle. Quelque chose qui soit à la fois visible et invisible n'existe pas.

Ceux qui n'ont pas été régénérés par la grâce divine qui opère dans l'Église une, sainte, catholique et apostolique, ne forment aucune Église, ni visible ni invisible.

L'Église dite protestante n'est qu'une notion abstraite. Elle est privée du principe divin, de l'autorité divine et historique. Elle est tout entière tributaire des pensées et des actes humains, sans caractère stable et inaltérable. Si les protestants considèrent comme Congregatio Sanctorum, l'Église visible qu'ils forment, à quoi sert alors l'Église invisible ? Et à nouveau on se demande, comment ceux qui la composent sont-ils saints, puisque selon leurs propres principes, l'homme s'est définitivement corrompu après le péché ?

Qui leur a confirmé leur renaissance, leur sainteté, leur réconciliation et leur communion avec Dieu ? Qui leur a prouvé que la grâce du Christ opérait en eux ? Qui a témoigné de l'effusion de l'Esprit saint en eux, de l'abondance des dons divins, des charismes divins ?

Tout n'est donné avec certitude et autorité que dans l'Église une, sainte, catholique et apostolique seulement. Celui qui a été régénéré en elle, reçoit la parfaite assurance de sa communion avec Dieu.

4/ Authenticité et autorité de l'Église.

 

L'Église en tant qu'institution divine est dirigée par le saint Esprit; Il demeure en elle et en fait la règle infaillible des dogmes, "la colonne et le fondement de la vérité." C'est l'Église qui garde pure et inaltérée la doctrine apostolique. Elle seule peut conduire à la vérité, être le seul juge infaillible, en mesure de se prononcer sur les vérités salutaires de la doctrine révélée. L'Église une sainte, catholique et apostolique, représentée par tous ses ministres en Conciles oecuméniques, est le seul juge authentique, le seul gardien naturel proposé à la garde de la doctrine inspirée. L'Église seule décide de l'authenticité et de l'autorité des Saintes Écritures. C'est elle qui garantit et conserve rigoureusement dans son sein la tradition et la doctrine apostolique pures et inaltérées. Elle seule peut confirmer, expliquer et formuler les vérités, assistée par le saint Esprit. Seule l'Église conduit au Christ ceux qui croient en Lui et leur donne la droite intelligence des Saintes Écritures. Elle seule garde ses enfants sur la voie du salut. Elle seule les guide avec certitude vers le salut. En elle seule les fidèles possèdent la ferme assurance des vérités auxquelles ils croient et le salut de leur âme. Hors de l'Église, cette arche de Noé, il n'y a aucun salut. "Nous croyons que le saint Esprit enseigne l'Église, dit la Confession de Dosithée. Il est le vrai Consolateur que le Christ envoie de la part du Père pour enseigner la vérité et chasser les ténèbres loin de l'esprit des croyants."

Sans l'autorité de l'Église, il n'y a rien de stable, rien de rigoureux, rien de sûr pour le salut. Seule l'autorité de l'Église conserve pur et sans tâche le dépôt apostolique; par elle seule sont transmises pures et sans tâche les vérités de la prédication apostolique. Sans l'autorité de l'Église, le contenu de la foi peut être altéré, la prédication apostolique n'être plus qu'un vain mot. Sans l'Église visible fondée par Dieu, aucune union peut exister entre les membres d'une quelconque communauté qui ne serait pas le Corps du Christ, car, le Corps du Christ c'est son Église, dont Il est la tête. Sans l'Église, personne ne peut être uni au Corps du Christ; nul, s'il n'a pas été régénéré, s'il n'est pas devenu participant de la grâce qui est dans l'Église, ne peut devenir membre du Christ.

Les protestants qui définissent l'Église comme une société invisible, une assemblée d'élus, de saints, Congregatio Sanctorum, société de foi et d'Esprit saint, dans laquelle agirait le Sauveur, s'excluent eux-mêmes de la grâce divine dispensée par l'Église, à laquelle ils n'appartiennent pas.

Ceux qui nient l'Église visible du Christ, nient également la nature de l'Église, c'est à dire son caractère concret, qui en fait une institution divine sur la terre où est perpétuée l'oeuvre rédemptrice du Sauveur.

Ceux qui aiment à se croire de la société invisible des saints, faite des saints de toute la terre connus de Dieu seul, ceux qui pensent que par une foi toute théorique dans le Sauveur deviennent participants du saint Esprit, qui croient que le Sauveur opère leur salut sans la méditation de l'Église qu'Il a fondée, ceux-là s'égarent, car "extra ecclésiam nulla salus". Hors de l'Église une, sainte, catholique et apostolique, il n'y a aucun salut. Cette Église est visible, elle n'est pas une simple association d'hommes qui croient en Christ. Elle est une institution divine. En elle s'opère la rédemption de l'homme. En elle l'homme communie avec Dieu et devient fils de Dieu.

Les protestants qui ont abandonné l'Église visible du Christ pour fonder leurs propres communautés de saints, pèchent contre le caractère essentiel de l'Église. Ils interprètent l'oeuvre de la rédemption comme une théorie théologique capable de sauver celui qui l'étudie ou l'accepte. Mais l'oeuvre de la rédemption n'est pas une simple théorie théologique. Elle est un acte mystique accompli dans l'Église visible du Christ. C'est cette oeuvre qui donne le salut, qui fait des fidèles des participants du saint Esprit. Hors de l'Église, il n'y a aucune théorie de la foi, aucune société qui mène à la communion avec Dieu. Le Seigneur a dit: "Celui qui croira et se fera baptiser sera sauvé." C'est le Seigneur qui a dressé l'autel visible de l'Église. C'est pourquoi il existe avec la théorie l'acte, l'acte selon la vérité qu'Il a transmise à sa sainte Église, unique accès à la vie, dont le Christ est la tête. C'est à elle que nous devons nous remettre.C'est d'elle que nous devons apprendre la vérité et recevoir notre salut. Elle seule est la colonne et le fondement de la vérité, parce que l'Esprit, le Consolateur demeure à jamais en elle. Le vénérable Dosithée, dit à propos de l'Église ceci: "Nous devons, sans aucune hésitation, croire en l'Écriture, mais pas autrement que ne l'enseigne l'Église catholique. Les hérétiques, reçoivent certes, la sainte Écriture, mais ils la déforment par des métaphores, des homonymies, des sophismes de la sagesse humaine qui confond l'inconfondable et se joue de ce qui ne peut l'être. Si chaque jour on devait adopter les opinions des uns et des autres, l'Église catholique ne serait pas ce qu'elle a été jusqu'à ce jour, par la grâce du Christ, ayant une seule opinion sur la foi, croyant inébranlablement la même choses. Elle serait déchirée par une multitude d'hérésies, elle ne serait plus l'Église sainte, la colonne et le fondement de la vérité, sans tâche, sans rides. Elle serait celle des malicieux, celles des hérétiques, qui après avoir été instruits par elle l'ont, sans scrupules, rejetée. Aussi nous croyons que le témoignage de l'Église catholique n'est pas inférieur à l'autorité de l'Écriture divine. Les deux sont l'oeuvre du même et seul Esprit. Un homme qui parle de lui-même peut pécher, égarer et s'égarer. L'Église catholique ne parle jamais d'elle-même, mais par l'Esprit de Dieu, le Maître qui l'enrichit perpétuellement. Il lui est impossible de pécher, de s'égarer et d'égarer. Elle est égale à la divine Écriture et possède l'autorité infaillible et perpétuelle."

Cyrille de Jérusalem dit : "Aime à t'instruire et apprends de l'Église quel sont les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament acceptés par tous. Pourquoi perdre son temps avec ceux qui sont douteux. Lis donc les vingt-deux livres de l'Ancien Testament, traduits par les soixante-dix docteurs."

Derrière les paroles de Cyrille, apparaît l'autorité de l'Église. Le patriarche Denys, lors du Concile de Constantinople de 1672, a dit à propos de l'infaillibilité de l'Église : " Quant à l'Église catholique orthodoxe, nous disons qu'elle est infaillible, guidée qu'elle est par sa propre tête, le Christ, et enseignée par l'Esprit de vérité. Il lui est donc impossible de se tromper; c'est pourquoi elle est appelée par l'apôtre colonne et fondement de la vérité. Elle est visible et ne fera jamais défaut aux orthodoxes jusqu'à la fin du monde."

à suivre


SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS
(suite)
CHAPITRE 8 : «La racine de tous les maux».

Le deuxième péché mortel est la cupidité. L'homme dont l'âme entière est consacrée à accumuler de l'argent et des biens matériels reste endurci du coeur et insensible aux besoins des autres.

C'est une grande question de savoir s'il existe un autre défaut aussi répandu et dont la gravité est si peu comprise. La Parole de Dieu appelle l'amour de l'argent «la racine de tous les maux» (1 Tm 6,10). A propos de ceux qui désirent la fortune, l'apôtre Paul écrit que «ceux qui veulent s'enrichir tombent dans la tentation, dans le piège et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition» (1Tm 6,9). Encore ailleurs le même apôtre compte la cupidité parmi les péchés qui ferment la porte du royaume des cieux à l'homme. «Car, sachez-le-bien, aucun ... cupide, c'est-à-dire idolâtre, n'a d'héritage dans le royaume de Christ et Dieu» (Ep 5,5). De plus, l'apôtre Pierre appelle ceux qui sont remplis de la passion de la cupidité, des «enfants de la malédiction» (2 P 2,14).

Comprenez donc que vous devez à la fois vous garder de ce défaut vous-mêmes et en garder vos enfants. Ici nous répondrons seulement à la question de savoir ce que les parents doivent faire pour protéger leurs enfants de la cupidité et de l'amour de l'argent.

Trop souvent, les parents eux-mêmes, sciemment ou par ignorance, sèment la passion de la cupidité dans l'âme de leurs enfants. Dans beaucoup de familles, les enfants n'entendent discuter de rien d'autre que de salaires, revenus et profit. Trouver une bonne situation bien rémunérée est présenté comme le problème central de leur vie. La fortune est considérée comme le plus grand bonheur, tandis que la pauvreté est déplorée comme le plus grand des malheurs.

Dans ces conversations, on mentionne des exemples que les enfants voient tous les jours. Depuis leurs jeunes années, ils observent que les hommes sont respectés et estimés selon leur situation matérielle.

Dans quelques paroisses, ai-je entendu dire, les garçons qui apprennent la musique liturgique à l'école de la paroisse, ne veulent plus, alors même qu'ils ne sont encore que de simples élèves, chanter gratuitement dans le choeur de l'église, mais suivant le conseil de leurs parents, exigent d'être payés pour chaque office.

Après tout cela, ces enfants s'habitueront à l'idée que les hommes n'existent que pour gagner de l'argent et que l'argent est plus important que quoi que ce soit d'autre au monde.

Il apparaît que les parents de ces enfants malchanceux les considèrent comme des unités économiques. Mais que deviendront ces enfants?

Ils grandiront et ne feront que ce qui est payant. Personne ne les verra plus dans le temple de Dieu, parce qu'il ne seront pas payés pour aller à l'église. Ainsi les parents sont souvent la première cause de la corruption morale de leurs enfants ainsi que de leur éloignement de Dieu. Consciemment ou par inconscience, ils leur apprennent à servir Mamon et à fuir loin de Dieu.

La danse des Hébreux autour du veau d'or au désert de Sinaï nous montre d'une manière allégorique l'influence de la cupidité sur la vie religieuse. Quand les hommes adorent le veau d'or - l'argent -, il n'y a pas de respect ou de culte du vrai Dieu.

La cupidité se manifeste chez les enfants de diverses façons. Chez les tout-petits, elle se manifeste par leurs tentatives de prendre tout ce qu'ils peuvent et par leur refus de donner ce qu'ils ont, à leurs frères et soeurs ou à d'autres.

Pour protéger leurs enfants de cette passion lamentable, les parents doivent les inciter à la générosité. Pour ce faire, apprenez-leur à partager avec d'autres ce qu'ils reçoivent, à donner de l'aumône à des mendiants, à servir les pauvres etc.

Apprenez à vos enfants à être généreux non pas par compassion instinctive, mais avec la conviction que ce qui est donné aux pauvres, le Sauveur le reçoit comme un don à Lui-même. Instruisez-les avec les paroles mêmes du Seigneur: «Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir» (Ac 20,35). Habituez leurs petites mains aux bonnes oeuvres, de sorte qu'ils connaissent la joie et les délices de celui qui donne.

Une autre forme de cupidité se montre chez les enfants qui sont insatisfaits de tout. Par conséquent, si vous voulez dissuader vos enfants de la cupidité, essayez de leur apprendre à être satisfaits de ce qu'ils ont. Ils doivent se contenter de leur nourriture, de leurs habits et jouets et de tout ce qui les entoure. Dans vos rapports avec vos enfants, appliquez la règle suivante: «Celui qui n'est pas content de ce qu'il a reçu, n'aura rien». L'enfant n'est-il pas content de la nourriture que vous lui avez donnée, des habits ou des jouets que vous lui avez achetés? Reprenez-les-lui. Cela aura une bonne influence sur un enfant qui n'est pas encore gâté.

Il n'est pas rare de voir des enfants s'approprier les biens d'autrui par cupidité. Vous devez être particulièrement attentifs à cela. Si vous voyez dans les mains de vos enfants des objets que vous ne leur avez pas donnés, demandez-leur toujours où ils les ont trouvés, et s'il s'avère qu'ils les ont pris à d'autres, obligez-les fermement à les rendre sans délai.

Occasionnellement, jetez un coup d'oeil aux affaires d'école de vos enfants pour voir s'il y a quelque chose qui ne leur appartienne pas. Si les enfants ramènent à la maison quelque chose qu'ils ont trouvé dans la rue ou à l'école, montrez-le à leur classe; peut-être quelqu'un l'a-t-il perdu. Ne permettez pas aux enfants d'échanger leurs affaires, encore moins de les vendre, car ce faisant, ils apprennent facilement à tricher. Apprenez-leur, aussi tôt que possible que ce qu'ils acquièrent en trichant ne leur rapporte rien de bon.

Apprenez à vos enfants, quand ils sont encore petits, de distinguer entre «mien» et «tien». A cette fin, ne les laissez jamais prendre pour s'en servir les affaires de leurs frères et soeurs sans permission, car cela relâche le respect pour les droits et la propriété d'autrui.

D'un autre côté, conseillez à vos enfants de s'entraider et de donner leurs affaires à leurs frères et soeurs si besoin est.

Si vous voulez garder vos enfants de toutes formes de cupidité, si vous ne voulez pas qu'ils deviennent des esclaves de Mamon, apprenez-leur par la parole et l'exemple la vraie valeur des biens terrestres.

Instruisez vos enfants par la parole en leur expliquant que l'argent et les possessions ne sont pas les biens les plus élevés sur terre. Les biens les plus précieux sont la vertu et la droiture, car elles seules ont de la valeur devant Dieu. Apprenez-leur à comprendre que rien ne sert à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme (Mt 16,26; Lc 9,25; Mc 8,37).

Instruisez-les par votre exemple en ne négligeant pas vos devoirs religieux, comme la prière et la fréquentation de l'église, pour des raisons de cupidité. Finalement, montrez à vos enfants par votre vie entière que votre souci principal n'est pas d'acquérir de l'argent ou des possessions, mais le salut et la béatitude future de votre âme!

Je vous ai montré comment lutter contre le penchant de vos enfants à la cupidité et comment les garder contre cette passion misérable et dangereuse.

Apprenez à vos enfants à être généreux et à se contenter de peu. Cultivez en eux le sens de l'honnêteté et inculquez-leur une profonde aversion pour tout ce qui est frauduleux. Enseignez-leur par vos paroles et exemple la valeur réelle des biens terrestres.

Éduquez vos enfants pour Dieu et le ciel aussi et pas seulement pour la terre. Souciez-vous de leur âme immortelle et pas seulement de leur corps corruptible. Équipez-les non seulement pour cette courte vie, mais pour l'éternité sans fin!

à suivre