Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 57

AVRIL 1994

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 

NOUVELLES

HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE DE THOMAS

DIEU APPARAIT DANS LA SIMPLICITÉ

LE SACREMENT DE LA COMMUNION

LA MANIERE DE COMMUNIER

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS


NOUVELLES
Des nouvelles il y en a peu, si ce n'est ma tournée habituelle de Carême, mais il y en aura ces jours-ci et dans le prochain temps, plaise à Dieu.
Pour Pâques nous serons bien plus nombreux que les autres années. Il y aura aussi le baptême de William Rayner le samedi de Pâque et une semaine après, son mariage avec Joëlle Quinta.
Une fois de plus, nous avons parcouru le stade du jeûne, chacun selon ses forces. Nous avons également célébré la sainte Passion de notre Sauveur, et nous participerons ces jours-ci à sa glorieuse Résurrection.

Ce que nous fêtons chaque année liturgiquement, doit se réaliser aussi à chaque instant dans notre vie personnelle, sinon nous courrons en vain.
Pâque signifie joie, victoire, résurrection, espoir et c'est cela qui doit rayonner dans nos visages et toute notre vie. Si nous n'y arrivons pas, cela veut dire que notre foi en Christ est morte, et nos oeuvres sont stériles. N'y rajoutons pourtant pas le désespoir, la pire des choses, mais comptons sur Celui qui a vaincu la mort et le péché, et qui sait faire éclater ses Miséricordes sur nous.
A Lui Gloire et honneur aux siècles des siècles !
hm. Cassien

HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE DE THOMAS
Thomas, appelé Didyme, l'un des douze, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc: Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit: Si je ne vois dans ses Mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son Côté, je ne croirai point. (Jn 20,24-25).

S'il est puéril de croire sans raison et au hasard, il est également insensé de vouloir tout scruter et approfondir sans mesure. Or, ce fut là le tort de Thomas. Les disciples lui disant : "Nous avons vu le Seigneur," il refusa de croire; non pas qu'il n'eût confiance en leur parole, mais il estimait ce qu'ils lui attestaient, à savoir la résurrection, impossible. En effet, il ne leur dit pas: "Je ne crois pas en votre témoignage"; mais bien: "si je ne mets ma main, je ne croirai point." Comment se fait-il qu'il fût absent, alors que tous les autres disciples étaient assemblés ? Apparemment, il ne s'était pas encore réuni à eux depuis leur disparition précédente. Quant à vous, en présence de ce disciple incrédule, songez à l'Amour du Seigneur, qui, pour le salut de cette seule âme, daigne montrer les blessures qu'Il a reçues, pour le salut de cette âme beaucoup plus grossière que les autres, daigne apparaître au milieu d'eux. C'est du plus grossier de nos sens que Thomas attendait la foi; il ne voulait pas s'en reporter à ses yeux, il ne disait pas : Si je vois; mais : Si je touche, de crainte que ses yeux ne vissent qu'un fantôme. Pourtant les disciples qui lui racontaient ces faits récents, méritaient toute créance. Néanmoins Jésus ne se refuse pas aux exigences excessives de son disciple. Pourquoi ne se montre-t-Il pas sur-le-champ à lui, et attend-Il huit jours ? Afin que la curiosité de Thomas fût excitée par les détails et les affirmations réitérées qu'il entendit sortir dans l'intervalle de la bouche des apôtres, et qu'il fût mieux préparé à ce qui allait arriver. Qui lui avait appris que le Côté du divin Maître avait été ouvert ? Il l'avait ouï dire aux disciples. Pourquoi croire une chose et ne pas croire l'autre ? Parce que cette dernière dépassait toute imagination. Remarquez, je vous prie, l'amour des apôtres pour la vérité, leur exactitude à raconter leurs propres faiblesses comme celles des autres, et leur véracité sur tous les points.

Jésus donc se présente une seconde fois : Il n'attend pas que Thomas lui demande quoi que ce soit, ou lui tienne le langage qu'il avait tenu aux disciples. Thomas gardant le silence, son Maître va au-devant de ses désirs et lui fait ainsi comprendre qu'Il était présent lorsqu'il avait parlé sur un ton d'incrédulité. Dans la leçon qu'Il lui donne, Il se sert des mêmes termes, tout en lui montrant ce qu'il devait penser désormais. Après lui avoir dit : "Mets ici ton doigt, et vois mes Mains; mets ta main dans mon Côté," Il ajoute : "Et ne sois pas incrédule, mais fidèle." S'il doutait, c'était donc faute de foi. Il est vrai que les apôtres n'avaient pas encore reçu le saint Esprit. Il n'en fut plus de même ensuite; car dès lors ils furent parfaits. Le Sauveur ne se borna pas à cette observation; Il en fut peu après une nouvelle à son disciple. Ce dernier ayant été convaincu, et s'étant écrié : "Mon Seigneur et mon Dieu," Il lui dit : "Parce que tu m'as vu, tu as cru; bienheureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru." (Ibid. 28-29) Le propre de la foi, c'est de croire en ce qui n'a point été vu; "la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas. " (He 11,1). Par ces paroles le divin Maître n'exalte pas seulement ses autres disciples, mais encore tous ceux qui dans la suite des âges devaient croire en Lui. A la vérité, les disciples n'avaient exigé rien de pareil à ce qu'exigea Thomas; il leur suffit des suaires pour accepter la doctrine de la résurrection; et, avant même de voir le Corps glorieux du Sauveur, ils y crurent sans restriction. Si donc maintenant quelque fidèle nous venait dire : Je voudrais bien avoir vécu en ce temps; je voudrais avoir vu le Christ accomplir ses miracles, qu'il se souvienne du mot de Jésus : "Bienheureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru." Il resterait à savoir comment le Corps incorruptible du divin Maître a pu conserver les cicatrices des clous, et comment Il a pu être touché par une main mortelle. Que ces questions toutefois ne vous troublent pas : c'était de la part du Christ condescendance pure. Son Corps était si pur, si subtil, si dégagé de la grossièreté de la matière, qu'Il pénétrait dans une salle dont les portes étaient fermées. Ce fut donc pour conquérir ses disciples à la foi de sa résurrection qu'Il se manifesta de la sorte; pour leur montrer que c'était bien Lui qui avait été crucifié et qui était ressuscité. Voilà pourquoi Il conserve, ressuscité, les stigmates de la croix; voilà pourquoi Il mange avec ses disciples, circonstance que les apôtres mettaient particulièrement en relief : "Nous avons mangé, nous avons bu avec Lui" disaient-ils. (Ac 10,4) De même donc qu'en Le voyant marcher sur les flots avant sa passion, nous n'en inférons pas que son Corps fût d'une nature différente de la nôtre; de même, en Le voyant après la résurrection conserver les cicatrices de ses blessures, nous ne devons pas croire que son Corps ne soit pas incorruptible. Le Christ encore une fois, n'en agit ainsi qu'à cause de son disciple incrédule. "Jésus fit bien d'autres miracles." (Ibid., 30) L'évangéliste ayant raconté moins de prodiges opérés par le Sauveur que les autres historiens sacrés, il déclare que ces derniers sont loin de les avoir tous racontés; ils se sont bornés à ceux qui suffisaient pour gagner les lecteurs à la foi. "Si on les rapportait tous, poursuit-il, le monde ne pourrait, à mon avis, contenir les livres dans lesquels ils seraient rapportés." (Jn 16,25)

Il s'ensuit que le désir d'être utile et non de briller a guidé la plume de ces écrivains. Puisqu'ils ont passé un grand nombre de faits sous silence, comment attribuait-on leur conduite à la vanité ? Vous insisterez et demanderez pour quels motifs ils n'ont pas tout raconté. - Ils ne l'ont pas fait d'abord parce qu'il y avait infiniment à dire; en second lieu, ils estimaient que quiconque ne croirait pas, d'après ce qu'ils disaient, ne croirait pas davantage, au contraire, accepterait ces miracles, n'aurait pas besoin d'en connaître d'autres pour avoir la foi. J'ajouterai cependant que, selon moi, Jean parle ici des prodiges opérés après la résurrection; c'est pour cela qu'il dit : "En présence de ses disciples." Si, avant la résurrection, des miracles étaient indispensables pour leur démontrer que Jésus était vraiment le Fils de Dieu, ils étaient également indispensables après la résurrection pour leur persuader qu'il était vraiment ressuscité. De là cette parole : "En présence de ses disciples," avec lesquels seuls Il avait conversé, une fois ressuscité. De là ces expressions encore : "Le monde ne Me voit plus." Et, pour que vous sachiez bien que tout ceci se faisait en faveur des disciples, l'évangeliste conclut en ces termes : "Afin que, par la foi, vous obteniez en son Nom la vie éternelle"; par où il s'adresse à tous les hommes en général, et fait voir qu'Il se propose le plus grand bien de ceux qui croiront en Jésus, et non de celui auquel ils croiront." En son Nom," c'est-à-dire, par Lui-même; car Il est la Vie.

"Après cela Jésus se découvrit encore à ses disciples sur les bords de la mer de Tibériade." (Ibid. 20,1) Maintenant, Il ne demeure plus continuellement avec eux comme Il le faisait avant sa Mort. Il se révèle à eux le soir, et Il disparaît; Il leur apparaît de nouveau huit jours après, et Il disparaît encore; enfin, Il se montre à eux sur les bords de la mer, non sans leur causer une grande frayeur. Que signifie cette expression : "Il se découvrit ?" Elle prouve que Jésus ne se montrait à eux que par faveur, son Corps étant incorruptible et immortel. Dans quel but l'évangéliste mentionne-t-il le lieu ? Pour nous apprendre que les disciples ne craignaient plus autant, puisqu'ils sortaient de leur demeure et circulaient librement. Ils ne se tenaient plus renfermés chez eux; mais ils s'étaient rendus en Galilée pour se soustraire aux dangers que les Juifs auraient pu leur susciter. Simon vint donc pêcher. Comme Jésus ne conversait plus habituellement avec eux, que l'Esprit saint ne leur avait pas été encore donné, qu'aucune mission ne leur avait été confiée, et qu'ils n'avaient aucune occupation spéciale, ils étaient revenus à leur premier métier. "Et il y avait avec Simon, Thomas et Nathanaël que Philippe avait appelé, et les enfants de Zébédée, et deux autres personnes." (Ibid., 21,2) N'étant donc retenus par aucune occupation, ils étaient allés pêcher, et parce qu'ils craignaient ils avaient choisi la nuit; c'est ce que Luc raconte, bien qu'il eût encore une autre circonstance à mentionner. Les autres disciples les suivaient, parce qu'ils étaient tous extrêmement unis; ils se proposaient d'assister à la pêche et de passer là quelques moments agréables. On se mit donc à l'oeuvre; tandis qu'ils y travaillaient de toutes leurs forces, Jésus apparut; toutefois Il ne se fit pas connaître, afin d'entrer en conversation avec eux. "N'avez-vous rien à manger ?" leur cria-t-Il. (Ibid., 5) Il leur parle en homme ordinaire, comme s'Il désirait leur acheter des provisions. Les apôtres Lui ayant répondu qu'ils n'avaient encore rien, Jésus leur conseilla de jeter leurs filets vers la droite; ils suivirent son conseil et prirent une quantité de poissons considérable. A cette marque ils Le reconnurent; et alors chacun de révéler son caractère, surtout Pierre et Jean. L'un avait plus d'ardeur, l'autre plus d'élévation; l'un plus de vivacité, l'autre plus de pénétration. Jean fut le premier à reconnaître Jésus, Pierre le premier à L'aller trouver. A la vérité, les prodiges dont ils venaient d'être témoins n'étaient pas ordinaires : une grande quantité de poissons avait été prise; leurs filets nonobstant ne s'étaient pas rompus; puis ils virent avant d'avoir mis le pied sur la terre ferme, le feu allumé, du pain et des poissons tout prêts. Jésus ne s'était pas ici servi de substances particulières, comme Il avait coutume de le faire par humilité avant la croix.

Dès que Pierre L'eut reconnu, il jeta loin de lui et poissons et filets, et il ceignit ses reins. Remarquez à la fois son respect et son amour. Le Sauveur étant éloigné de deux cents coudées, l'apôtre ne put attendre que la barque eût abordé; il se jeta dans la mer et gagna la rive à la nage. Que dit le divin Maître : "Venez et mangez. Et personne n'osait Lui adresser la parole." (Ibid., 12) Ils n'avaient plus la liberté, la familiarité dont ils usaient auparavant, et, au lieu de L'interroger à leur aise, ils se tenaient assis, les yeux fixés sur Lui, dans le silence, le respect et la crainte; "car ils savaient que c'était le Seigneur". Voilà pourquoi principalement ils ne Lui demandaient pas : Qui es-tu ? En Le voyant sous une forme nouvelle, dans des conditions propres à inspirer la frayeur, ils étaient dans le plus profond saisissement. Ils auraient bien voulu Lui adresser quelque question; mais la crainte dont ils étaient remplis, la certitude qu'ils avaient de son identité firent qu'ils gardèrent le silence et se bornèrent à manger les aliments que sa Toute-Puissance avait tirés du néant. Ici vous ne voyez pas le Fils de Dieu lever ses Regards vers le ciel et agir d'une façon humaine; Il prouve par là que ces actes n'avaient été de sa part que l'effet d'une pure condescendance. Les apparitions du Sauveur ne furent pas très multipliées, elles n'eurent pas lieu non plus de la même manière; cela résulte de l'observation de l'évangeliste : "Ce fut pour la troisième fois que Jésus se manifesta depuis sa Résurrection d'entre les morts à ses disciples." (Ibid., 14) Le divin Maître, en outre, ordonna d'apporter quelque choses à manger, preuve qu'ils n'avaient pas un fantôme sous leurs yeux. Cependant, il n'est pas dit que dans la circonstance présente Il ait mangé avec eux, ce que Luc affirme lorsqu'il dit qu'Il demeurait et qu'Il mangeait avec eux. (Voir Ac 1,4) Comment pouvait-Il le faire, il ne nous appartient pas de l'expliquer : un point est certain, c'est que tout ceci s'accomplissait d'une façon merveilleuse; car Jésus n'avait plus besoin désormais d'une nourriture corporelle, et Il ne consentait à l'accepter que pour établir d'une façon inébranlable la vérité de sa Résurrection.

Peut-être qu'en entendant ces choses votre coeur s'est échauffé; peut-être que vous avez estimé bienheureux les disciples qui étaient avec le divin Maître, aussi bien que ceux qui doivent L'assister au jour de la résurrection générale. Ne négligeons par conséquent rien pour en arriver à contempler sa Face glorieuse. Si maintenant il nous suffit de quelques paroles entendues pour allumer en nos âmes de saintes ardeurs et nous inspirer le regret de n'avoir pas vécu en ces temps où notre Sauveur habitait sur la terre, de n'avoir pas ouï sa Voix, contemplé ses Traits, de ne L'avoir pas abordé, touché, servi; que sera-ce donc de Le voir, non plus en un corps mortel, et agissant à la façon des hommes ordinaires, mais revêtu d'un corps à l'abri de la mort, environné d'anges, et de savourer une félicité qui défie toute expression ? Je vous le repète donc, ne négligeons rien pour en arriver à jouir d'une gloire pareille; avec de la bonne volonté, nous ne rencontrerons aucune difficulté; nous n'éprouverons aucune peine, avec un peu de vigilance. "Si nous souffrons avec notre Maître, nous régnerons avec Lui; oui, si nous marchons d'un pas ferme dans la voie étroite" (1 Tim 2,12) Naturellement la voie étroite est abrupte; mais, grâce à la volonté, grâce à l'espérance de l'avenir qui nous soutient, elle devient aisée. "Les afflictions du moment présent produisent pour nous, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles. (2 Cor 4,17-18) Tenons donc nos regards fixés du côté des cieux; ayons ces biens éternels constamment devant notre imagination et notre pensée. Si nous ne cessons de nous en préoccuper, ni les charmes des voluptés terrestres ne nous séduiront, ni les épreuves d'ici-bas ne nous accableront; nous nous rirons également des unes et des autres : nous ne craindrons ni les chaînes de l'esclavage, ni les fascinations de l'orgueil; car notre amour sera trop haut placé, nos espérances fixées trop solidement sur cette divine charité. Non seulement les maux de la terre ne feront sur nous aucune impression pénible; ils disparaîtront même à nos yeux. Telle est la puissance de l'amour qu'il concentre sur les objets que nous aimons toutes nos pensées; même lorsqu'ils sont absents, ils sont tous les jours présents à notre esprit.

La puissance de ce sentiment est si grande qu'elle arrache le coeur humain à tout le reste pour l'attacher à l'objet de son affection. Si nous aimions vraiment le Christ, toutes les choses d'ici-bas ne seraient pour nous qu'une ombre, une image, un rêve. Nous aussi, nous nous écrierions ? "Qui nous séparera de l'Amour du Christ ? Sera-ce la tribulation, sera-ce l'angoisse ?" (Rm 8,35) Paul ne parle pas de l'argent, des richesses, de la beauté, choses profondément méprisables et ridicules; il parle des choses les plus redoutables, de la famine, des persécutions, de la mort; et ces choses, il n'en fait aucun cas. Il n'en est pas de même de nous, qui, pour la richesse, renoncons à ce qui fait notre vie, nous éloignons de la lumière. Aux yeux de Paul, ni la mort, ni la vie, ni les biens à venir, ni quelque créature que ce fût ne méritait d'entrer en comparaison avec l'Amour du Christ : qu'un peu d'or brille à nos yeux, nous ne nous possédons plus, et nous foulons aux pieds les lois de notre Maître. - Ces paroles, nous ne pouvons les supporter; encore moins devrions-nous supporter les actions qu'elles expriment. Chose déplorable, nous frémissons quand on nous en parle, nous n'éprouvons aucune horreur à les accomplir; avec la plus grande facilité, nous nous livrons aux serments, aux parjures, au vol, à l'usure, à l'impureté, nous cessons de prier avec assiduité, nous violons la plus grande partie des commandements, et la cupidité fait que nous ne nous préoccupons aucunement de nos membres. L'homme avide d'argent causera au prochain mille maux, sans en causer moins à soi-même : pour un rien, il s'emportera contre lui, il l'injurera, il le qualifiera de fou, il jurera sans s'inquiéter de la vérité de ce qu'il avance, il ne gardera pas même la mesure prescrite dans l'ancienne loi; car, je le répète, il n'aimera pas son prochain, celui qui aime l'argent. Or, ne nous est-il pas ordonné d'aimer nos ennemis mêmes ? Si nous ne pouvons pas entrer dans le ciel tout en observant les préceptes antiques, à moins que notre justice ne soit plus abondante que la justice des sectateurs de la loi, quelle excuse nous restera-t-il, à nous qui transgressons même cette loi surannée ? J'ajoute que, loin d'aimer ses ennemis, celui que la cupidité possède traitera comme des ennemis ses propres amis.

Et que parlé-je des amis ? Les hommes cupides méconnaissent les sentiments de la nature elle-même. Pour eux, il n'y a ni parenté, ni souvenir des relations d'autrefois, ni respect pour l'âge, ni amitié; contre tout le monde ils nourrissent des sentiments hostiles; outre qu'ils sont avant tout à eux-mêmes leurs plus mortels ennemis, non seulement à cause de la mort qu'ils donnent à leur âme, mais de plus à cause des chagrins, des tourments, des préoccupations sans nombre auxquelles ils se condamnent. Voyages, haines, embûches, périls et peines de toute sorte, ils affronteront tout; et cela, pour en arriver à posséder ce qui est le principe de tous les maux, et à compter des sommes d'or considérables. Croyez-vous qu'il y ait une passion plus funeste que celle-là ? Elle ravit à ses victimes toute gloire, tout honneur, les voluptés mêmes qui entraînent les hommes à tant d'offenses envers Dieu. Aux yeux de l'homme passionné pour l'argent tous les hommes sont suspects; il est vrai que les hommes par lesquels il est jalouse, déchiré, calomnié, environné de pièges ne sauraient se compter. Ceux qu'il a lésés le détestent à cause de l'injustice qui leur a été faite; ceux qui ne l'ont pas été redoutent ce même sort, et, par compassion pour les premiers, ils déclarent eux aussi la guerre à leur ennemi commun : enfin, les grands et les puissants que la prospérité des petits tourmente et indigne, se prennent d'envie à leur sujet et en viennent également à les haïr et à les combattre. Je vous entretiens de l'inimitié des hommes; mais, lorsqu'on a Dieu Lui-même pour ennemi, quelle espérance, quelle consolation, quel dédommagement resterait-il ? Ce n'est pas tout : l'avare ne pourra jamais user des trésors qu'il possédera; il en sera le gardien et l'esclave, il n'en sera jamais le maître. Cherchant constamment à se procurer de nouvelles richesses, il évitera toute dépense, il se privera lui-même, et, dans l'impuissance de tarir la source de ses désirs, il sera, parmi les pauvres, le plus pauvre de tous. Cependant, les richesses nous sont données pour que nous en usions, et non pour que nous les gardions; si nous prenons le parti de les enfouir et de les garder pour d'autres, notre sort est le plus triste des sorts, puisque toute la peine que nous prenons en vue d'augmenter notre fortune n'aboutit qu'à nous interdire l'usage de ces biens, qui disparaissent dans les coffres auxquels nous les confions.

Toutefois, il existe une autre maladie non moins redoutable que cette dernière. Si les avares enfouissent leurs trésors dans la terre, il y a des hommes qui en font des instruments de volupté, de débauche et d'intempérance, ajoutant ainsi au supplice que leur attire l'injustice, celui que leur vaudra l'impureté. D'autres consacrent leur argent à l'entretien des parasites et des flatteurs, d'autres à des jeux et à des courtisanes : les uns et les autres se précipitent vers la géhenne par une infinité de chemins, ayant laissé la droite voie qui mène au ciel. Or, quiconque choisit celle-ci aura non seulement des biens plus précieux, mais encore plus de félicité en partage. Dépensez vos biens au milieu des femmes perdues; le ridicule et la honte, des rixes sans nombre, une volupté passagère, voilà tout ce que vous en recueillerez. Cette volupté elle-même, elle n'existera pas; car les femmes de mauvaise vie ne vous sauront jamais gré de ce que vous leur aurez donné. "La maison de l'étrangère est un tonneau percé"; est-il écrit (Pro 23,27) C'est une race effrontée que cette race-là; Salomon compare à l'enfer l'amour de la courtisane : pour la calmer, il faut que son amant soit dépouillé de tout. Que dis-je ? Même alors, elle ne se calmera pas, elle n'en affichera que plus d'orgueil, elle piétinera son esclave gisant à terre, elle l'accablera de sarcasmes et l'abreuvera d'affronts impossibles à décrire. Combien le bonheur des fidèles qui travaillent efficacement à leur salut est différent ! Ils n'ont pas, eux, de rivaux; tous sont dans la joie et dans l'allégresse, et ceux qui jouissent et ceux qui voient les autres jouir. Ni ressentiment, ni chagrin, ni honte, ni opprobre n'obsèdent leur âme; les joies sereines d'une bonne conscience, l'espérance d'un brillant avenir seules la remplissent. Déjà ils brillent de la gloire qui leur est promise; déjà ils goûtent la sécurité que leur procure la bienveillance dont ils sont l'objet de la part du Seigneur; pour eux nulle crainte, nul précipice, mais le calme et la tranquillité du port. Que toutes ces considérations nous décident, après avoir comparé ces plaisirs les uns aux autres, à choisir les plus solides; alors nous serons mis en possession des biens futurs, par la Grâce et l'Amour de notre Seigneur Jésus Christ, à qui gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen .


DIEU APPARAIT DANS LA SIMPLICITÉ
Histoire d'un homme simple

Un ancien dit : "Me trouvant quelque temps au désert de la Thébaïde, afin de profiter un peu des paroles des saints hommes qui y demeuraient, j'écoutais avec beaucoup d'intérêt les enseignements salutaires de ces hommes vraiment célestes, pour les garder dans ma mémoire. Parmi ceux qui racontaient, il se trouvait un ancien célèbre par sa vie très vertueuse, duquel j'appris l'histoire ci-dessous. Voici donc ce qu'il disait :

'Un ermite très réputé pour sa vertu passa par hasard par ici, et beaucoup coururent à lui pour leur profit spirituel, et surtout pour confesser leurs péchés. Parmi ceux qui allaient à ce saint, il se trouva aussi un homme très simple et innocent. Il était berger de métier, et depuis son enfance il avait grandi dans le désert, ne sachant rien d'autre que paître les moutons.

Le saint se mit à l'examiner spirituellement scrutant le fond de son coeur, pour voir s'il avait quelque défaut à corriger. L'ayant donc examiné selon la règle, considérant un par un tous les péchés mortels, ainsi que les péchés pardonnables, il vit que cet homme, était non seulement étranger à tous ceux-ci-, mais, ne savait même pas ce que voulait dire "pécher." Alors, il glorifia Dieu pour la bonne disposition du berger, et lui dit :

- Jusqu'ici, c'est bien mon enfant, mais dis-moi, pourquoi es-tu venu à moi, pécheur et misérable ?

- J'ai entendu, vénérable père, répondit-il, que tu enseignes aux hommes quel chemin prendre pour être sauvé. Donc je suis venu moi aussi te demander de m'indiquer quel chemin je dois prendre afin que j'aboutisse au paradis.

- Mon enfant, si tu veux être sauvé, veille à toujours garder la voie droite, et tu iras au paradis.

En entendant ces paroles, simple et innocent qu'il l'était, le bon berger ne pensait pas que le père spirituel lui avait dit de garder le droit chemin, à savoir la voie de la vertu et des bonnes oeuvres, mais croyait qu'il lui conseillait de bien examiner les chemins en sortant de l'église, et de voir quel est le chemin le plus droit, le prendre et ne suivre que celui-là pour être conduit ainsi au paradis. Ayant donc quitté l'ancien, le bienheureux berger sortit; et examinant attentivement tous les chemins, ici et là, à droite et à gauche, il choisit celui qui lui paraissait le plus droit, et se mit en route, ayant l'espoir d'arriver au paradis avec l'aide de Dieu.

Ainsi, marchant à jeûn pendant trois jours, il aboutit enfin à un monastère, où vivaient des moines très vertueux. Il s'approcha donc de la porte et le portier lui demanda :'d'où viens-tu, et que cherches-tu ?' Le berger lui raconta en détail ce qui le concernait : que son père spirituel lui avait dit de suivre le droit chemin afin d'être sauvé, pour ainsi arriver au paradis; que lui, poussé par son désir, s'était mis en route en suivant le chemin droit qui l'avait amené jusque-là. A ces paroles, ne sachant pas que c'était par grande simplicité d'esprit que le berger parlait ainsi, le portier cru qu'il était sot, fou et hors de sens, et que c'était à cause de cela qu'il prononçait de telles paroles. Il l'interrogea donc une deuxième et troisième fois et, recevant de lui la même réponse, il tenta de le chasser. Celui-ci ne se mit pas en colère, mais patienta. Le portier l'annonça donc à l'higoumène qui ordonna de l'amener à l'intérieur afin qu'il voie qui était cet homme et ce qu'il demandait. Le portier le prit alors avec lui et l'amena à l'higoumène qui lui demanda pourquoi il était venu jusque-là. Il lui répondit comme plus haut, à savoir qu'ayant le désir d'être sauvé et d'arriver vite au paradis, il trouva un ascète très expérimenté, reçut de lui le conseil de garder la voie droite, le suivit jusqu'à ce que Dieu aidant, elle le conduisit là, au monastère, et qu'il n'avait soif que de son salut.

A ces paroles, l'higoumène comprit l'innocence de cet homme, son intégrité et sa droiture, le reçut avec joie comme envoyé de Dieu, et, le faisant moine, lui donna la charge d'entretenir et d'orner l'église. Celui-ci obéit avec joie, accepta la charge du soin de l'église et accomplit son devoir avec empressement.

Un jour l'higoumène alla le trouver là où il nettoyait l'église, et lui conseilla de faire son travail avec soin, afin qu'il reçoive de Dieu sa récompense et arrive rapidement au paradis qu'il désirait tant. Il fit alors une métanie à l'higoumène et lui dit :' je te remercie, maître saint, de me donner des conseils pour mon salut; cependant j'ai une question à te poser: qui est celui-ci, qui se tient là-haut, comme attaché, qui ne peut pas descendre et qui n'a même pas mangé depuis trois jours que je suis entré à l'église ?' Il disait cela, ne sachant pas que c'était le Christ représenté sur la croix selon la coutume; d'où, encore plus émerveillé de la simplicité de l'homme, l'higoumène lui dit en plaisantant : 'Celui que tu vois là-haut, je l'avais chargé de balayer avant toi, et parce qu'il ne balayait pas bien je l'ai puni à se tenir là-là-haut comme tu le vois. Donc prends bien garde à ne pas subir toi aussi le même sort.'

En entendant cela, l'homme vraiment béni, garda momentanément le silence et ne dit rien à l'higoumène; mais le soir, ayant pris du cellier sa part de nourriture, il entra dans l'église et s'y enferma; ensuite, dès que les moines furent couchés, croyant aux paroles de l'higoumène qui lui avait dit en plaisantant que le Maître Christ était serviteur de l'église et qu'Il l'avait puni à se tenir là-haut pour ne pas avoir servi habilement et nettoyé avec soin, cet homme simple le prit en compassion et se tint au-dessous, et s'exclama en lui disant :

- Descends, frère, qu'on mange ensemble !

Alors, le doux et humble Seigneur qui demeure dans les hommes simples, ayant aimé la simplicité de cet homme, ô miracle, lui répondit :

- Je crains de descendre, frère, de peur que l'higoumène l'apprenne et te maltraite-à cause de moi.

Celui-ci lui répéta :

- Descends sans crainte maintenant . Tous dorment. Moi j'ai verrouillé les portes et personne ne nous dérange; seulement descends, car je te plains de rester à jeûn voilà maintenant trois jours, et Dieu en est témoin, je ne mange pas non plus si tu ne descends pas.

Il vit alors Celui qui était représenté, descendre de la croix, et ils s'assirent, mangeant ensemble, et discutèrent joyeusement.

Cela se reproduisant ainsi tous les jours, on l'entendit une fois discuter avec un homme dans l'église, et, étonnés de cela, les moines se demandèrent ce qui se passait, sachant bien qu'à cette heure personne d'autre n'entrait là, car tous dormaient. Ils y allèrent souvent et frappèrent la porte pour voir qui parlait avec lui, mais dès qu'ils frappaient, ils n'entendaient plus rien. L'homme simple voyait le Christ se lever en hâte de la table, remonter et se tenir à nouveau immobile sur la croix. Alors il ouvrait la porte de l'église et les moines une fois entrés, ne voyaient que le sacristain. Ils lui demandaient avec qui il parlait puisque les discussions s'entendaient de l'extérieur; mais il affirmait qu'il n'y avait personne, sinon lui tout seul, d'où les moines, étonnés de l'étrangeté, s'en retournaient.

Enfin, après de nombreux jours, puisqu'ils entendaient toujours des conversations dans l'église, ils chargèrent un frère que le sacristain aimait beaucoup, de lui demander discrètement de lui dire la vérité, et de lui promettre avec serment de ne le dire à personne. Ce frère y alla et supplia tellement le sacristain que finalement celui-ci lui révéla son secret, à savoir que le Maître Christ, qu'il croyait être là par ordre de l'higoumène, descendait quand il l'appelait pour manger avec lui en cachette. Il ajouta aussi ceci : que le Christ lui promettait, pour la bonté qu'il avait de Lui offrir à manger chaque jour, de le prendre avec Lui à sa maison, de lui faire un festin merveilleux et si doux qu'il ne l'oublierait jamais, lui assurant qu'Il avait un Père très riche et très bon.

A ces paroles, le moine ami de l'homme simple frissonna de tout son corps devant la faveur dont le Seigneur l'avait gratifié, et courut raconter l'affaire à l'higoumène dans tous les détails. Celui-ci aussi s'émerveilla à ce récit prodigieux. Il avait beaucoup de respect pour cet homme si simple, et il l'appela aussitôt, afin d'entendre aussi de sa bouche, le récit de cette vision si merveilleuse et agréable. Cependant, l'homme simple, tout d'abord se justifia, disant que son ami l'avait calomnié en disant des choses que lui n'avait ni vu ni entendu. Il fit cela, car il avait toujours en lui la crainte de mettre l'higoumène en colère contre Celui qui mangeait et parlait avec lui, il craignait qu'il le punit encore plus sévèrement. Mais comme l'higoumène l'encourageait et le suppliait de lui dire toute la vérité, il lui raconta tout en détail, et lui demanda, en plus, la permission d'aller au festin de son Père. Alors, l'higoumène le bénit et le laissa aller avec joie, seulement s'il consentait à l'inviter lui aussi au festin. Donc, le simple répondit qu'il le prierait beaucoup de l'accepter aussi.

C'est ainsi qu'il retourna à l'église, et, à la tombée de la nuit, il prit selon son habitude sa part de nourriture. Ayant bien fermé la porte, il invita de nouveau le Christ à descendre et manger avec lui. Pendant qu'ils mangeaient au moment où le Christ lui parlait des biens dont il allait jouir dans la maison de son Père, l'homme simple se souvint aussi de l'higoumène; il lui demanda alors s'Il voulait bien prendre aussi avec eux l'higoumène à ce festin. Alors le Christ lui répondit : que l'higoumène n'était même pas digne de manger les miettes qui tombaient de cette table-là, et de ne plus Le déranger pour ce sujet, car cela ne pouvait jamais se faire.

Dès l'aube, l'higoumène attendait avec beaucoup d'impatience, pour savoir si le Maître Christ acceptait de le faire reposer avec ses saints. Et apprenant de l'homme simple qu'il n'était pas digne de jouir d'une telle allégresse, il fut rempli d'amertume et pris d'une grande peine de coeur. Mais connaissant l'immense océan de la Compassion de Dieu, et sachant qu'Il fait la volonté de ses serviteurs, surtout des plus simples et innocents, il se jeta aux pieds de l'homme simple et le supplia en larmes, disant :

- Mon enfant, prie l'Ami de l'homme de ne pas me dédaigner, pécheur et indigne, mais qu'Il se penche et me prenne en pitié, que je vienne moi aussi avec toi à ce festin céleste. Supplie et force l'Inviolable de me pardonner, car je sais qu'Il ne te désobéira pas, grâce à la simplicité de l'intégrité de ton âme bienheureuse.'

Poussé par ces paroles, et par d'autres encore, l'homme simple le quitta. Le soir donc, quand ils s'assirent pour manger, il reparla au Christ de l'higoumène. Et le Seigneur lui répondit :

- Frère, je t'ai dit qu'il n'est pas digne, à cause de son intempérance; ne t'en occupe pas.'

Alors l'homme simple dit au Seigneur :

- Tu as raison de dire que l'higoumène n'est pas digne, mais pour le repas et le pain dont il m'a nourri ? Et il T'a nourri toi aussi tant de jours, pendant lesquels tu serais mort de faim : ne l'acceptes-Tu pas-au moins pour ces bienfaits ?'

Alors, voyant la pureté et la bonté de cet homme, et souriant à ses paroles, le Seigneur dit :

- A cause de ton amour, et seulement à cause de cela, afin de ne pas t'attrister, puisque tu prends tant de peine pour le prochain, dis-lui de se corriger, et dans huit jours, vous viendrez ensemble à la joie préparée.'

Ainsi, étant sorti, il annonça le joyeux message et l'ordre à l'higoumène, à savoir que le Très-Bon l'acceptait et qu'il devait se préparer à aller avec lui.

Quelle fut la joie de l'higoumène à cet instant-là ! ll se corrigea, se confessa, se repentit sincèrement. Huit jours plus tard, ayant communié aux divins Mystères, l'higoumène s'endormit dans le Seigneur après une petite maladie. L'homme simple quant à lui, à l'endroit où il conversait avec son Bien-aimé, rendit sa sainte âme au cours du repas. Ainsi ils passèrent cette joie indicible des justes. Puisse Dieu nous l'accorder à nous aussi par sa Bonté et son Amour de l'homme ! Amen."


LE SACREMENT DE LA COMMUNION

Ce sacrement de la Communion représente le seul tribut que l'être humain peut apporter au Créateur pour le plus grand de tous les bienfaits et le merveille le plus sublime.

La réalité et l'importance de la Communion se basent, comme celles du baptême, sur des consonances admirables entre les deux mondes (divin et terrestre) et sur de profonds symboles. La nutrition du corps nous découvre symboliquement celle de l'âme.

Le pain et le vin sont des symboles des corps fluides et solides qui communiquent dans la composition humaine avec la forme et le mouvement. L'un est le résultat de l'ossification et de la formation de la chair et l'autre se matérialise par la circulation du sang. Dans le monde physique il y a la forme et le mouvement, dans le monde moral il y a l'intelligence et la volonté. C'est ainsi que l'alimentation intérieure, produite par l'Eucharistie alimente les principes les plus salutaires de l'âme et donne à la volonté une impulsion nécessaire.

Le choix des deux substances, du pain et du vin, qui deviennent Corps et Sang du Sauveur, n'est ni indifférente, ni arbitraire du point de vue métaphysique. Le Fils de Dieu se donne entièrement à l'homme afin de transformer l'être humain entier, en nous découvrant la vérité sublime que l'âme de l'homme ne peut pas avoir une autre nourriture, qui lui donne la vie même, que son Dieu et seulement par l'union constante avec son principe vital il peut renouveler toutes ses forces (physiques et psychiques). "Ceci est mon Corps ╔" selon la relation de l'évangile, signifie, autrement dit, c'est mon Esprit, ma Force, ma Sagesse infini, faites compris par l'homme en déclin; "ceci est mon Sang ╔": c'est ma Volonté, mon Amour, l'origine du mouvement universel qui, seul peut régénérer l'humanité.

Dieu est omniprésent, par son Pouvoir infini et par sa Sagesse illimitée, mais son omniprésence et omnipotence sont évidentes dans le sacrement de la Communion.

Ce sacrement est la manifestation plénière de l'amour chrétien. Un aspect secondaire, mais importante en ce qui concerne la Communion, est la nécessité de recevoir ce sacrement sous les deux espèces, comme l'a fait toujours l'Église orthodoxe. En le limitant à un seul aspect, on détruit le sens typique de la nutrition corporelle, qui caractérise l'action régénératrice de Dieu sur l'intelligence et la volonté humains, c'est-à-dire sur l'homme passif et actif.

La Communion, symbole de l'union, de la reconnaissance et de l'amour chrétien, est l'offrande de tous les dons terrestres. C'est étrange que l'Église latine s'est permis altérer arbitrairement ces hauts mystères en refusant la coupe de l'amour, de la fraternité et de la paix à tous les laïcs sans leur permettre d'apaiser leur soif de justice et de vérité. Les latins se posent eux-aussi cette question, sans pouvoir y répondre. Mais dans l'évangile, c'est bien écrit: "Ceci est mon Sang qui est versé pour vous. Buvez-en-tous ╔"

Jésus Christ souffre, se sacrifie et scelle avec son Sang l'union du Créateur avec sa créature. Ce sont des dons non seulement pour les prêtres, mais aussi pour tous les croyants.

Une autre différence existe encore. L'Église orthodoxe, utilisant le pain levé , diffère de l'Église latine qui se sert de l'azyme ( pain non-levé ). Le rituel orthodoxe est basé sur le sens du mot grec "arthos". La pratique latine a ses origines dans l'usage judaïque, car les Juifs ne mangent point du pain non levé. Mais la différence n'est pas un point essentielle. Il s'agit d'une part, de l'absence du levain qui est plus conforme à l'usage hébraïque, et d' autre part, de l'utilisation du pain levé, commun, symbole du Christ - la nouvelle Pâque. De même que le prêtre verse de l'eau chaude, dans le calice, juste avant la communion, afin de symboliser la chaleur de l'Esprit saint, de même le pain doit être signe de vie, la Vie du Christ, ce que l'azyme ne peut symboliser.

Père Olivian Bindiu

 


LA MANIERE DE COMMUNIER

Les laïcs, communient toujours sous les deux espèces au Corps et au Sang du Christ, mais par mesure de sécurité, ils reçoivent, les mains croisées sur la poitrine, la sainte communion directement dans la bouche, sur une cuillère que le prêtre leur présente. Exception faite, pour les nouveaux-nés qui ne peuvent encore manger de la nourriture solide. Eux, ne reçoivent que le Sang du Christ, mais déjà depuis leur baptême, et vu leur pureté, ils communient le plus possible. Lors de la communion d'un laïc le prêtre dit : «Le serviteur (où la servante de Dieu), un tel, communie au précieux Corps et Sang du Christ pour la rémission de ses péchés et la vie éternelle.»

Les diacres, de même que les rois, reçoivent le Corps du Christ dans leur main droite, et le prêtre leur donne à boire dans le calice le Sang du Christ. C'est aussi de cette manière que communient les prêtres lors d'une concélébration, présidée par un évoque .

Quand le prêtre célèbre seul, au moment de la communion, il baise le rebord du calice,- figure du Côté percé du Sauveur -, et dit : «Ceci a touché mes lèvres, mes iniquités sont enlevées et mes péchés effacés.»

La cuillère de la communion s'appelle pincette (lavis en grec) en référence également à la vision d'Isaïe.

«L'un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente, qu'il avait prise sur l'autel avec des pincettes. Il en toucha ma bouche, et dit : Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est effacé». (Is 6,5-7)

hm. Cassien

Il était un moine qui tomba dans la fornication, trois ans; et son higoumène était dioratique, mais ne pouvait le savoir. Or un jour, l'abba connut sa mauvaise action; il l'appela et dit :" Dis-moi où tu étais cette nuit, et pourquoi tu irrites Dieu?" Et il tomba à ses pieds et dit: "J'ai péché devant Dieu, et voici trois ans de cette action impure dans laquelle j'ai été attrapé." L'abba dit :"Mais que faisais-tu, pour que Dieu me cache les maux dans lesquels tu étais enfermé?" Il dit : "C'était ma pratique que chaque nuit où j'allais à l'action impure, je disais en pleurant, à l'aller et au retour, les huit canons de psaumes et les hymnes de péntience; mais cette nuit le mauvais démon m'a rendu négligent, m'a désespéré et a dit que mes prières étaient inutiles. Je n'ai pas eu du tout le souvenir de Dieu et n'ai pas psalmodié." Et l'abba dit "Bénie soit la Miséricorde de Dieu, qui ne veut pas la perte de l'homme ! Et maintenant, puisque Dieu ne se souvenait pas des autres actions des trois ans, moi semblablement, je te pardonne ce qui a trait à cette nuit-ci, par la Miséricorde de Dieu." Et il revint à Dieu, et devint un homme parfait par la pénitence et les bonnes oeuvres.

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS
(suite)

CHAPITRE 6 : «Les semences du mal».

Dans les homélies précédentes, nous avons parlé de l'obéissance, de la sincérité et de la pudeur, vertus que les parents doivent cultiver dans le coeur de leurs enfants avec un soin particulier, en commençant dès leur bas âge.

Cependant, parents, il ne faut pas vous contenter seulement de semer le bon grain dans l'âme de vos enfants. Vous devez en même temps combattre et déraciner l'ivraie. Tout d'abord, vous devez lutter contre le défaut principal de vos enfants pour le déraciner complètement.

Chaque enfant a une faiblesse particulière de base. Même si vous avez dix enfants, chacun aura son défaut propre :

1) l'un aura un penchant particulier à la vaine gloire, à l'égoïsme ou à la susceptibilité,

2) l'autre à l'avarice,

3) le troisième à la mollesse, ayant un caractère efféminé,

4) le quatrième est envieux et méchant,

5) le cinquième est paresseux et indolent etc.

En général, le défaut particulier d'un enfant est l'un des sept péchés mortels. Mais pourquoi, demanderez-vous peut-être, faut-il d'abord déraciner le défaut fondamental d'un enfant? Chacun connaît l'histoire de Goliath. Les Philistins étant en guerre avec les Israélites, les deux armées adverses étaient alignées l'une contre l'autre, prêtes à combattre. A ce moment apparut un Philistin géant, Goliath, qui se mit à se moquer des Israélites, les raillant, eux et leur Dieu, et lançant un défi téméraire à quiconque voudrait se mesurer avec lui en combat singulier. Personne n'osa combattre ce géant effrayant, jusqu'à ce qu'un jeune berger, David, avec foi en l'Aide de Dieu, l'abattit au sol avec un caillou et le tua. Alors les Philistins, voyant leur combattant principal mort, reculèrent et prirent la fuite.

Rapportons cette histoire au thème de notre débat. Parmi les divers défauts qu'a un enfant donné, il y a toujours un Goliath, c'est-à-dire un défaut fondamental, une faiblesse de base. C'est celui-là que vous devez combattre en premier lieu, car c'est seulement quand vous aurez exterminé ce défaut - Goliath que toute son armée, c'est-à-dire les autres défauts, battra en retraite. Autrement dit, vous devez déraciner la faiblesse de base de votre enfant, et alors les autres se retireront petit à petit.

Vous ne voulez pas que les mauvaises herbes et les épines envahissent votre champ? Détruisez leurs racines et vous verrez les feuilles et les fleurs se dessécher et périr. Cela s'applique également à l'âme d'un enfant. Le défaut fondamental est la racine dont tous les autres défauts et péchés proviennent. Si donc vous détruisez ce péché-racine, les autres vont vite faner et mourir.

Celui qui veut tarir un ruisseau, doit boucher sa source. Le défaut fondamental, la passion préférée de l'enfant est justement la source d'où le torrent pécheur provient. Si donc vous bouchez la source, le défaut principal, le péché perdra son pouvoir.

Jusqu'à présent, nous avons maintes fois souligné que la formation doit commencer aussi tôt que possible. Cela s'applique à toute formation, mais particulièrement à la suppression du défaut fondamental. Extirpez ce défaut de votre enfant aussi tôt que possible, car plus vous attendez et plus la passion se fortifiera et plus elle sera difficile à maîtriser.

L'évangéliste raconte qu'un père amena son fils démoniaque au Seigneur pour qu'Il le guérît, après que les apôtres n'avaient pas réussi à chasser le démon. Mais pourquoi n'ont-ils pas réussi? Nous le comprenons en lisant le dialogue du père affligé avec le Seigneur: «Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive? - Depuis son enfance» (Mc 9,21).

Voyez-vous donc pourquoi le diable a pu acquérir un tel pouvoir sur le malheureux garçon? C'est parce qu'il n'a pas été expulsé plus tôt. Parents, cela s'applique aussi aux démons de la vaine gloire, de l'indolence, de la mollesse, etc., qui s'établissent dans l'âme de votre enfant. S'ils ne sont pas chassés tant que l'enfant est petit, ils acquerront plus tard tant de pouvoir qu'il sera très difficile pour quiconque de les vaincre. Parfois c'est même complètement impossible et on ne peut espérer qu'en un miracle de l'amour de Dieu. Aurez-vous plus tard l'audace d'espérer un tel miracle? Si non, faites attention à expulser aussi tôt que possible du coeur de votre enfant le démon de cette passion fondamentale.

Mais pour vaincre et extirper le défaut fondamental de votre enfant, vous devez savoir lequel c'est. Comment pouvez-vous le découvrir? Faites attention à ce qui suit :

Efforcez-vous d'apprendre quels sont vos propres défauts et luttez contre eux de toutes vos forces. Celui qui se connaît bien lui-même, ne trouvera pas difficile de connaître quelqu'un d'autre. Cela s'applique particulièrement aux parents. Si le père et la mère connaissent bien leur propre coeur, leurs faiblesses, leurs défauts principaux, ils s'apercevront, sans trop d'efforts, des défauts et des faiblesses de leurs enfants. C'est parce que les enfants héritent souvent des mauvais penchants de leurs parents; très souvent, ils ont les mêmes défauts fondamentaux que leur père et mère.

En général cependant, il n'est pas facile aux parents d'arriver à cette connaissance d'eux-mêmes. Cela demande un grand savoir-faire. Mais avant tout, cela demande le secours et la grâce de Dieu. Si donc vous voulez acquérir cette connaissance de vous-mêmes, vous devez vous observer attentivement et prier ardemment Dieu pour avoir son Secours. Cependant, pour aider ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas voir leurs propres défauts, Dieu a disposé les choses de telle sorte que personne ne voie mieux nos propres fautes que nos proches! Ainsi, même si vous ne voyez rien de mauvais en vous-mêmes, vous pouvez sûrement voir en votre mari ou votre femme des traits que vous aimeriez changer. Donc, pères, observez vos filles pour voir si elles tiennent des défauts de leur mère, et vous, mères, prenez un soin particulier à prévenir chez vos fils ces défauts de leur père qui vous attristent tant!

Observez vos enfants quand ils sont avec leurs semblables. C'est alors que leur vraie personnalité s'exprimera spontanément et tout acte bon ou mauvais sera apparent.

Vous savez maintenant que la formation correcte exige premièrement que vous veilliez à extirper le défaut fondamental de votre enfant. Vous pouvez être sûrs que si vous ne chassez pas celui-là, vous n'arriverez pas à expulser ses autres faiblesses non plus.

Nous avons vu également comment le découvrir. Suivez les suggestions que je vous ai données plus haut. Efforcez-vous avant tout de connaître vos propres faiblesses et de les corriger. Écoutez avec attention ce que d'autres personnes disent de vos enfants et ne soyez pas troublés si vous entendez dire d'eux quelque chose qui n'est pas bon. Aimez vos enfants avec un sage amour chrétien et observez-les avec des yeux attentifs.

Ainsi, quand vous vous apercevez de ce défaut Goliath, marchez courageusement à sa rencontre, avec foi en l'aide de Dieu et ne cessez pas de lutter jusqu'à ce que vous l'ayez déraciné complètement.

Si de cette façon vous détruisez les racines du péché, peu à peu les mauvaises herbes disparaîtront du jardin du coeur de vos enfants et les yeux vigilants de Dieu et des saints anges les garderont et les protégeront pour toujours.

 

CHAPITRE 7 : Libérer votre enfant de l'égoïsme.

Nous avons dit que les parents, dans leur combat avec les mauvais penchants de leurs enfants, doivent veiller premièrement à déraciner le défaut fondamental de chaque enfant. Ils doivent s'efforcer de vaincre Goliath afin de mettre en déroute son armée entière.

Comme nous l'avons souligné dans l'homélie précédente, le défaut fondamental d'un enfant est en général l'un des sept péchés mortels. Le premier de ces péchés est l'égoïsme.

Que devons-nous faire donc, quand nous nous apercevons de la première pousse de ce péché effrayant dans l'âme d'un enfant? Comment pouvons-nous cultiver les vertus opposées : la modestie et l'humilité?

La modestie, la douceur et l'humilité sont des vertus si naturelles à un petit enfant, étant donné qu'il a toujours besoin de l'aide des autres, que si l'égoïsme et l'orgueil se font jour, c'est le résultat d'une mauvaise formation et d'un mauvais développement du trait naturel de l'ambition qui est implanté dans tout homme.

Le Seigneur Lui-même, voulant montrer à ses disciples un exemple d'authentique humilité, plaça devant eux un petit enfant et dit: «... quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux» (Mt 18,4).

Cependant, malheureusement même chez les petits enfants, nous rencontrons souvent l'une ou l'autre des diverses formes de l'égoïsme qui, en général, résulte d'une mauvaise éducation.

La première forme de l'égoïsme que nous rencontrons chez un enfant est généralement la vanité vestimentaire. La joie d'un enfant qui reçoit un habit neuf est naturelle et innocente tant qu'elle n'excède pas certaines limites. Quand cependant les manifestations de bonheur sont excessives et interminables, quand une petite fille par exemple s'enorgueillit de sa garde-robe ou manifeste du mépris à l'égard d'autres enfants qui sont plus simplement vêtus, alors les limites naturelles ont été violées.

Cette vaine gloire ridicule et vide est souvent cultivée par des parents dépourvus de sagesse, qui ornent leurs enfants comme des poupées et qui, vaniteux et excités eux-mêmes, mettent leurs enfants devant un miroir pour qu'en plus ils se donnent des airs.

Pour ne pas encourager la vaine gloire vestimentaire chez leurs enfants, les parents doivent éviter les actes inadéquats de ce genre. Ils doivent faire comprendre aux enfants que devant Dieu les vêtements les plus extraordinaires et plus coûteux n'ont aucune valeur, car Dieu ne regarde pas les vêtements mais le coeur, et que par conséquent, un enfant vêtu d'habits pauvres et laids, mais qui a un coeur pur et pieux est beaucoup plus beau qu'un enfant bien habillé, mais impie. Rappelez-leur aussi que l'enfant Jésus dans la crèche était enveloppé de pauvres langes.

Les parents sages, en parlant à leurs enfants, admireront les vêtements non pas parce qu'ils sont coûteux et luxueux, mais parce qu'ils sont propres et soignés, car les enfants doivent, certes, apprendre la propreté. Ne prenez donc pas pour de la vanité le refus d'un enfant de porter des vêtements sales ou déchirés, de manger et de boire dans des récipients non-lavés, ou son désir de voir tout propre et en ordre autour de lui. Au contraire, on doit par tous les moyens cultiver l'amour de l'ordre et de la propreté chez les enfants.

Une deuxième forme de l'égoïsme se trouve chez les enfants qui s'enorgueillissent de la fortune, de la position sociale ou du rang de leurs parents, méprisent les enfants pauvres, se considèrent meilleurs qu'eux et donc les évitent, etc.

Pour éviter que vos enfants ne tombent dans cette détestable faute, habituez-les à être sensibles et gentils avec les autres et à respecter tout être humain, riche ou pauvre, célèbre ou insignifiant. Ne les empêchez pas d'avoir des amis qui sont pauvres, mais sages. Ne leur permettez pas de parler de façon impolie, insolente ou orgueilleuse à qui que ce soit. Faites-leur comprendre que Dieu ne fait pas attention aux richesses ou à la célébrité, mais à la vertu et à l'honneur. Parlez-leur de Jésus qui ne S'est pas choisi des parents riches et célèbres, mais a choisi un charpentier comme tuteur et une humble vierge de Nazareth comme mère.

La troisième forme d'égoïsme se trouve chez les enfants qui sont continuellement occupés de leur vertus vraies ou imaginaires. Beaucoup d'enfants sont fiers de leur zèle, piété ou modestie ou s'imaginent par exemple qu'ils sont les meilleurs élèves de la classe, etc.

Il n'y a rien de répréhensible chez un enfant qui considère son honneur de faire des progrès à l'école par exemple ou d'être distingué pour sa bonne conduite. Cette ambition est caractéristique de tous les hommes et Dieu Lui-même l'a mise dans l'âme de l'enfant.

Cependant, elle ne doit pas dépasser ses limites, car alors elle est réduite à chercher l'honneur dans les choses vaines. L'enfant doit être travailleur, respectueux, dévoué non seulement parce qu'il est loué pour ces qualités, mais parce que Dieu l'exige. Et en grandissant, il doit arriver à comprendre qu'il doit faire le bien par un sentiment de nécessité et pour l'amour de Dieu et non seulement pour jouir de la louange des hommes. Apprenez-lui à éviter le mal et le péché parce que Dieu l'interdit et non pas par peur d'être désapprouvé ou puni.

Soyez attentifs à ne pas inculquer vous-mêmes à votre enfant l'arrogance, l'esprit de supériorité, la vantardise, l'ambition excessive ou la jactance. Ne leur permettez pas de discuter des problèmes qu'ils ne comprennent pas et ne les complimentez pas trop quand ils se conduisent correctement. Un regard caressant, un sourire de satisfaction, quelques mots chaleureux mais modérés devraient suffire pour récompenser un petit enfant quand il fait son devoir.

Ne laissez jamais les enfants se vanter ou parler longuement d'eux-mêmes, ou dominer les conversations des adultes, de rire d'eux ou de les corriger de façon impertinente quoi qu'ils disent. Apprenez-leur, comme nous l'avons déjà dit, l'obéissance exacte, car l'obéissance est la meilleure maîtresse de l'humilité.

Si vous voulez que vos enfants détestent toutes formes d'orgueil, d'arrogance et de vaine gloire, montrez-leur combien l'égoïsme est un grand péché aux Yeux de Dieu, qu'il est, comme dit la sainte Écriture «l'origine de tout péché» et «abominable devant Dieu». Parlez-leur des esprits malins qui, à cause de leur orgueil, sont tombés du ciel; des hommes premier-formés qui, à cause de l'égoïsme, voulaient, à l'instigation du diable, devenir des dieux eux-mêmes, et ainsi ont perdu le paradis. Dites aux enfants où mène l'égoïsme, combien la punition de l'égoïste est effrayante et insistez sur le fait que l'orgueil mène à une chute.

N'oubliez pas d'apprendre à vos enfants combien les vertus d'humilité et de simplicité sont agréables à Dieu et comment Dieu exalte les humbles. Finalement, montrez-leur le plus grand prototype de l'humilité, le Seigneur Lui-même qui nous a dit: « ... recevez mes instructions, car Je suis doux et humble de coeur» (Mt 11,29).

Parents! Vous voulez tous que vos enfants soient sages et obéissants. Si c'est ce que vous désirez réellement, luttez pour vaincre le sentiment de supériorité égoïste, car les enfants orgueilleux sont aussi capricieux et désobéissants. Cultivez dans leur âme l'humilité et la modestie, car les enfants humbles et modestes sont presque toujours obéissants.

Vous voulez tous que la fleur de la gratitude éclose dans le coeur de vos enfants. Enseignez-leur donc à être humbles et gardez-les de l'égoïsme, car l'homme égoïste est ingrat.

Vous voulez tous voir vos enfants heureux. Inculquez-leur la modestie et l'humilité. Un homme modeste et qui se contente de peu est calme et indépendant des circonstances extérieures, donc il est heureux aussi!

Finalement, vous voulez tous que vos enfants obtiennent la bénédiction de Dieu. Préservez-les donc de l'égoïsme. Apprenez-leur l'humilité par la parole et l'exemple, car «Dieu résiste aux orgueilleux, mais Il fait grâce aux humbles» (Jc 4,6).

(à suivre)

La plupart des hommes vivent malheureusement par les autres et pour eux-mêmes : la définition de l'égoïsme. Il serait préférable de vivre par soi-même et pour les autres.

Gustave Thibon

DE L'ÉGLISE UNE, SAINTE, CATHOLIQUE ET APOSTOLIQUE

saint Nectaire d'Egine

Selon la pensée pure et orthodoxe, l'Église a une double signification. L'une exprime son caractère dogmatique et religieux, autrement dit ésotérique et spirituel; l'autre, son caractère extérieur, selon le sens même du terme. D'après l'esprit et la confession orthodoxes, l'Église se définit comme une institution religieuse et comme une société religieuse.

La définition de l'Église comme institution religieuse peut être formulée ainsi : l'Église est une institution religieuse de la Nouvelle Alliance. Notre Sauveur Jésus Christ l'a fondée par l'économie de son Incarnation. Elle repose sur la foi en Lui, sur la confession juste. Elle a été inaugurée le jour de la Pentecôte, lors de la descente de l'Esprit saint et télétarchique, sur les saints disciples et apôtres du Christ Sauveur. Il en a fait les instruments de la grâce divine afin de perpétuer l'oeuvre rédemptrice du Sauveur. En cette institution a été déposée la totalité des vérités révélées; en elle agit la grâce divine, par les mystères; en elle renaissent par la foi en Christ Sauveur, ceux qui y viennent; en elle est conservée la doctrine apostolique et la tradition tant écrite qu'orale.

La définition de l'Église comme société religieuse est la suivante : l'Église est une société d'hommes unis dans l'unité de l'Esprit et dans le lien de la paix (voir Ep 4,3)

Son oeuvre apostolique peut être formulée ainsi : l'Église est l'instrument de la grâce divine qui réalise la communion de Dieu et des hommes par la foi dans le Sauveur Jésus Christ.

Monté aux cieux, notre Seigneur a envoyé son très saint Esprit, sous forme de langues de feu, sur ses saints disciples et apôtres. Sur ses apôtres Il a fondé l'Église une sainte, catholique et apostolique, société de Dieu et des hommes. Il lui a donné la grâce de la rédemption pour sauver le genre humain, en le ramenant de l'égarement, en le régénérant par les sacrements, et après l'avoir nourri du pain céleste, le faire digne de la vie future.

Dans la sainte Écriture, le mot Église a deux sens. Le plus fréquent, c'est celui de société d'hommes unis par le lien religieux ou encore celui de temple de Dieu où se rassemblent les fidèles pour le culte en commun. Cyrille de Jérusalem dit que l'Église est ainsi appelée parce que elle invite tous les hommes et qu'elle les rassemble.

Le mot Église (appeler) vient du grec ancien. Il signifie assemblée d'hommes appelés en vue d'un certain but et aussi le lieu où ils se réunissent. Elle est le contenant et le contenu.

Dans le sens large et chrétien, l'Église est la société de tous les êtres libres et raisonnables, de tous ceux qui croient dans le Sauveur, les anges y compris. Cette société, l'apôtre Paul l'appelle "Corps du Christ, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous." (Cf. Ep 1,10 et 2-23) Ainsi, elle rassemble tous ceux qui ont cru en Christ avant sa venue, qui ont formé l'Église de l'Ancien Alliance que régissaient, au temps des patriarches, les promesses et la foi donnée par révélation, c'est à dire oralement. Puis, au temps de Moïse et des prophètes, elle fut régie par la Loi et les oracles, autrement dit par écrit.

Dans le sens ordinaire et restreinte, l'Église du Christ, c'est celle de la Nouvelle Alliance, l'Église de la grâce du Christ. Elle comprend tous ceux qui croient en lui orthodoxement. Elle est aussi appelée Maison de Dieu, parce que Dieu y demeure particulièrement et que là Il est adoré.

Les fondements de l'Église sont les prophètes et les apôtres. La pierre angulaire c'est le Sauveur. Les colonnes sont les pères qui ont gardé l'unité de la foi. Les pierres sont les fidèles. "Vous n'êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors; mais vous êtes concitoyens des saints, ╔ édifiés sur le fondement des apôtres, Christ étant la pierre angulaire╔" (Ep 2,19 et 22)

Enfin, l'Église est appelée par l'Écriture divine et inspirée, épouse du Christ : "Je vous ai fiancée à un seul époux, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure." (2 Cor 11,2) Et aussi Maison du Dieu vivant, colonne et appui de la vérité, de même que Corps du Christ : "Vous êtes le Corps du Christ, et vous êtes ses Membres, chacun pour sa part." (1 Cor 12,27)

Méthode, l'évêque de Lycie, vers la fin du troisième siècle, dans la Symposium des dix vierges, appelle l'Église : réceptacle des forces divines, épouse du Verbe éternellement jeune. Elle est une créature divine supérieure à tout ce qui est humain. Il la présente à la fin, comme "assemblée, multitude, de tous ceux qui croient" où les anciens enseignent les jeunes et les parfaits les faibles.

Hippolyte, le célèbre père de l'Église de Rome, disciple d'Irénée, au début du troisième siècle, dans son oeuvre : Le Christ et l'antichrist, parle longuement de l'Église et la présente comme un navire sur la mer agitée. En lui se trouve le capitaine, se trouvent les marins, les voiles, les ancres et tout l'armement, symboles du Christ, des anges et des fidèles.

En croyant en l'Esprit saint qui a inspiré ces figures de l'Église, nous croyons nécessairement en l'Église sainte, objet de ces appellations données par l'Esprit très saint.

...

2/ Sur la fondation sur terre du royaume de Dieu, c'est à dire l'Église, par notre Sauveur Jésus Christ

...

2/En tant que Roi, notre Seigneur Jésus Christ a fondé sur la terre, un royaume céleste, sitôt après son Ascension, quand Il s'assit à la droite de Dieu le Père et qu'Il reçut de son Père éternel tout pouvoir dans le ciel et sur la terre.

Son royaume sur la terre, c'est son Église. En tant que Roi, Jésus en prend soin, Il donne des règles, Il scelle vision et prophétie et fait cesser l'oblation et le sacrifice. (voir Dn 9) Il le dirige, le gouverne, le guide éternellement par ses ministères sacrés. Sans arrêt et avec abondance, Il distribue les charismes de son saint Esprit, afin de l'affermir, le faire croître, l'étendre. Le Sauveur-Roi sanctifie, console, garde, relève et glorifie son peuple. (cf. Jn 15,26 et Ac 2,33-36)

En tant que Roi, le Seigneur fait régner dans son royaume l'ordre, en donnant à l'Église des ministères. Jésus, en tant que Roi a donné des lois à son peuple. En tant que Roi, Il a invité les nations à croire en Lui. En tant que Roi, Il a demandé à ses adeptes le sacrifice même de leur vie pour Lui et son royaume. En tant que Roi, Il a déclaré la guerre au mal et a dispensé la paix par la vertu. Jésus en tant que Roi, règne dans les coeurs des fidèles, unis à Lui par sa sainte Église

Ceux qui ne sont pas unis à l'Église se trouvent hors du royaume du Christ et sont privés de l'honneur d'être des fils du royaume du Christ.

3/ La sainte Église du Christ est l'institution divine religieuse fondée par notre Sauveur Jésus Christ, pour le salut du genre humain. L'Église a été donnée par le Sauveur, comme instrument de son Amour divin et de sa Bienveillance envers l'homme. Elle est l'éternel porteur de la grâce divine et le consommateur du salut des hommes. En tant que Chef et accomplissement du salut des hommes, en tant que Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, toujours identique à Lui-même, sauve tous ceux qui croient en Lui, dans tous les siècles.

Pour cette fin Il a fondé son Église éternelle. Elle englobe les fidèles, depuis les premiers jusqu'aux derniers. Il en est la tête et la garde vivante et agissante et Il l'affermit pour l'éternité. Tête de l'Église en Eden, Jésus Christ, était le cendre de l'Église des patriarches, l'objet de la loi mosaïque qui a préfiguré par des images et des symboles l'Église. Jésus Christ est et sera la Tête de la Nouvelle Alliance.

L'Église du Christ, c'est l'Église une, sainte, catholique et apostolique, prédestinée dès la fondation du monde au salut des hommes, fondée pour demeurer éternellement.

Saint Epiphane, dans sa lettre à Panarios, parle de l'Église et dit à la fin : "L'Église a été créée avec Adam; elle été prêchée aux patriarches avant Abraham; elle a été crue après Abraham; révélée par Moïse; prophétisée par Isaïe; donnée en Christ et existant avec Lui et maintenant célébrée par nous." Dans son Exposé sur la Foi catholique, au § 78, il dit ceci : "Le caractère de l'Église est forme par la loi, les prophètes, les apôtres et les évangélistes."

Cyrille de Jérusalem dit que l'Église comprend tous ceux qui ont cru au Christ avant sa Venue; ils ont formé l'Église de l'Ancien Alliance et que l'Église était guidée, au temps des patriarches par les promesses et la foi venant de la révélation, c'est à dire non écrit - orale. Depuis Moïse et les prophètes, l'Église a été guidée par la loi et les prophéties, c'est à dire par la tradition écrite.

L'Église est donc le royaume du Christ fondé sur la terre et Chrysostome dit qu'elle est "le lieu des anges, le lieu des archanges, le royaume de Dieu, le ciel lui-même." (Hom 6 in Cor. ) L'Esprit saint qui est descendu en elle y demeure à jamais, comme le Sauveur l'a dit à ses disciples : "Et Moi je prierai le Père et Il vous donnera un autre Consolateur que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne Le voit pas et ne le connait pas. Vous vous le connaissez, car Il demeure avec vous et sera en vous." (Jn 14,16)

L'Esprit saint qui est descendu donne avec abondance à l'Église tous les charismes divins. Elle a reçu le droit de lier et de délier les péchés; de prêcher l'évangile; d'appeler les nations au salut. Elle a reçu la force de recréer les hommes moralement déchus, d'en faire des images de Dieu, en leur donnant l'image et la ressemblance. Elle a reçu la force de les réconcilier avec le divin et d'en faire des participants de la grâce divine, de les unir au Sauveur, de donner le saint Esprit à tous ceux qui viennent à elle, et d'en faire des fils de Dieu. Elle a reçu la force pour vaincre tous ses adversaires, de demeurer à jamais invincible, de réduire ses ennemis, demeurer invulnérable.

Selon Jean Chrysostome, "combattue elle est victorieuse, outragée elle n'est que plus lumineuse. Elle reçoit des blessures sans pour cela être abattue; elle est ballottée mais pas submergée; elle est assaillie mais ne fait pas naufrage. Elle n'est pas passive, mais elle lutte sans être vaincue."

L'Église du Sauveur c'est vraiment le royaume du ciel sur la terre. En elle règnent l'amour, la joie, la paix. En elle se trouve la foi en Dieu; par le sentiment religieux, l'information intérieure du coeur on parvient à la connaissance de Dieu, à la connaissance des mystères cachés, à la connaissance de la vérité révélée. En elle l'espérance s'avère certaine et sûre; en elle se réalise le salut; en elle l'Esprit saint se répand et déverse avec abondance les fruits de sa grâce toute divine. En elle s'épanouit l'amour divin pour Dieu, l'amour parfait et la consécration à Lui, de même que le désir incessant de l'union sans fin avec Dieu.

Dans l'Église de Dieu, les vertus morales parviennent au sommet de la perfection accessible à l'homme. L'esprit purifié, le coeur réformé par le mystère du baptême divin, l'homme autrefois enténébré d'esprit et endurci de coeur, développe des vertus totalement nouvelles et court avec zèle et ardeur dans le stade de la vertu. L'Église a vraiment renouvelé, recréé l'homme, elle en a fait une image de Dieu. Le saint autel de l'église est une table véritable qui nourrit les croyants pour la vie éternelle; elle dispense aux fidèles le pain céleste, le corps céleste et, ceux qui le mangent ne meurent point. Le saint autel dressé au milieu de l'église du Christ, c'est la table céleste; elle reçoit les choses de la terre et les fait monter au ciel. Le saint autel de l'église touche la terre et en même temps le trône d'en-haut. L'autel est redoutable pour les anges eux-mêmes qui volent sous les voûtes des cieux.

L'Église c'est espérance, le refuge, la consolation de tous ceux qui croient en Christ. Le divin Chrysostome dit : "Comme un port dans l'océan, telle est l'église plantée par Dieu dans les cités. En fuyant les tracas de la vie, en elle nous trouvons un refuge et jouissons de la paix." Et plus loin : "Ne t'éloigne pas de l'Église; rien n'est plus fort que l'Église; elle est plus solide que le roc, plus haute que le ciel, plus vaste que la terre. Jamais elle ne vieillit, mais elle s'épanouit sans cesse. Pourquoi l'Écriture l'appelle-t-elle montagne ? - c'est à cause de sa stabilité. Pourquoi elle l'appelle aussi roc ? - à cause de son incorruptibilité. Par elle, toutes les bêtes sauvages ont été apprivoisées, par la divine incantation qu'est l'audition de l'Écriture sainte, elle frappe l'oreille de chacun, pénètre dans l'âme et y endort les passions déréglées."`

Selon saint Ignace, l'Église véritable est une : "Un seul Jésus Christ et rien n'est plus précieux que Lui. Venez à l'Église qui est le seul temple de Dieu, le seul autel du seul Seigneur Jésus Christ né du Père seul ╔ (Ep. ad Magn § 37) L'Église est incorruptible : "La Tête du Seigneur est ointe du parfum afin que l'Église respire l'incorruptibilité." (Ep. ad Eph. § 17) L'Église est catholique : "Là où est le Christ, là est l'Église catholique." (Ep. ad Smyr. § 8)

Saint Irénée l'évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe l'auditeur de l'évangéliste Jean, dans son livre Contre les Hérésies, il dit de l'Église ceci : "On ne peut énumérer les charismes que l'Église a reçus de Dieu à travers le monde, au Nom du Seigneur Jésus Christ, crucifié sous Ponce Pilate, pour le bien de nations. Sans les tromper, sans les égarer, - gratuitement elle donne ce que gratuitement elle a reçu de Dieu."

Sous la mission de l'Église du Christ, saint Théophile l'évêque d'Antioche au deuxième siècle, dans son second livre au § 14, compare l'Église aux "îles de la mer. certaines d'entre elles sont habitées, ont de l'eau, produisent des fruits, possèdent des rades et des ports pour abriter ceux que ballotte la mer. De même, Dieu a donné au monde, agité et tourmenté par les péchés, des tempes appelés églises saintes, dans lesquelles comme en des ports sûrs des îles se trouvent les doctrines de l'Église. Ceux qui veulent être sauvés y ont recours; ils deviennent des amants de la vérité et échappent ainsi à la colère et au jugement de Dieu.

D'autres îles sont rocailleuses, sans eau, sans fruits, sauvages et inhabitées. Elles sont un danger pour les navigateurs comme pour les naufragés. Contre elles les navires se brisent et les passagers sont perdus. Telles sont les doctrines perverses, je veux dire les hérésies. N'étant pas guidées par le Verbe de vérité, elles égarent ceux qui s'attachent à elles. Elles ressemblent à des pirates qui après avoir rempli leurs navires, errent ça et là, vont les briser contre ces îles et les perdre à jamais. De même en est-il de ceux qui s'égarent loin de la vérité, ils sont perdus par l'erreur."

Le divin Grégoire de Naziance, dans son premier discours contre Julien, dit ceci de l'Église : "Tu es contre le grand héritage du Christ, le grand qui ne cessera jamais ╔ qu'Il a créé en tant que Dieu et en a hérité en tant qu'homme. La loi l'a figuré, la grâce l'a rempli, le Christ l'a renouvelé, les prophètes l'ont planté, les apôtres l'ont lié, les évangélistes l'ont cultivés ╔" Saint Epiphane de Chypre, dans son discours sur la Foi catholique dit  : "L'Église est notre mère. Elle est l'épouse venue du Liban, la toute belle et pure; le paradis du grand artiste; la cité du Roi saint; l'épouse du Christ immaculé; la vierge innocente, fiancée à un seul époux, diaphane comme l'aurore, belle comme la lune, élue comme le soleil. Proclamée bienheureuse par les Rois elle se tient à la Droite du Roi."

L'Église c'est la révélation permanente dans le monde; En elle Dieu se révèle de différentes et multiples manières et confirme sa Présence par ses divines énergies. Écrivant aux Corinthiens, Paul dit de l'Église fondée par le Christ : "Dieu a établi dans l'Église premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues. (1Cor 12,28)

à suivre

 

C'est le propre de celui que le monde charme, qui se laisse séduire par les attraits trompeurs du siècle, de tenir à demeurer longtemps sur terre. Et puisque le monde hait le chrétien, pourquoi alors l'aimeriez-vous, et pourquoi ne rechercheriez-vous pas plutôt le Christ, Lui qui vous rachète et vous aime? Jean, dans son épître, nous engage vivement à ne pas nous attacher au monde en écoutant nos désirs charnels, et nous exhorte en ces termes : "N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'Amour du Père n'est point en lui; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi; mais celui qui fait la Volonté de Dieu demeure éternellement. (1 Jean 2,15-17).

Soyons plutôt prompts à obéir aux volontés de Dieu, mes très chers frères, forts d'une âme droite, d'une foi inébranlable et d'un courage solide, et bannissons toute crainte devant la mort en songeant à l'immortalité qui lui succède. Témoignons que nous sommes en accord avec notre croyance, et ne nous affligeons pas du décès de ceux qui nous sont chers; lorsque sonnera l'heure de notre propre appelle à Dieu, marchons vers Lui sans hésitation, sans réticence.
saint Cyrien de Carthage (sur la mort, 24)