Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 56

FÉVRIER 1994

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

NOUVELLES

CELLE AU MILLE NOMS

ET QUI EST MON PROCHAIN

LA FAIM EN FRANCE

SERMON SUR LE GRAND CAREME

LES DEUX FOIS

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS

ICONOGRAPHIE BYZANTINE

LE SACREMENT DE LA CONFIRMATION

LES SAINTS DE MYTILENE : RAPHAEL, NICOLAS ET IRENE

Quand je n'ai pas de livres ou que mes pensées me torturent comme des épines m'empêchant de goûter la lecture, je me rends à l'église qui est l'asile ouvert à toutes les maladies de l'âme. La fraîcheur des peintures attire mon regard, captive ma vue ainsi qu'une riante prairie, et insensiblement porte mon âme à louer Dieu.

saint Jean Damascène (P.G. 94)

NOUVELLES

Comme cuisinier, j'avais appris, dans le temps, à apprêter avec peu de choses ou parfois un petit reste seulement, un plat succulent. C'est là l'art culinaire, faire quelque chose de bon avec peu de moyens. Maintenant ce n'est pas de la nourriture , mais quelques pauvres nouvelles qu'il faut présenter. Il y a des nouvelles, et même importantes, mais celles-là ne concernent, pour le moment, que "les gens de la maison", et elles se transmettent donc de bouche à l'oreille.

Au nouveau de l'imprimerie : Un nouveau livre, le troisième volume des écrits de saint Ephrem le Syrien vient de sortir, qui s'intitule: Hymnes et Écrits.

Pendant le mois de Janvier, il y a eu au foyer, Stoya, d'origine Serbe, qui vient de s'installer finalement à Perpignan, renforçant ainsi, comme catéchumène, notre petit noyau dans la région.

Philippe de Hontheim ("le philosophe"), qui a passé l'hiver 1992-93 au foyer, est décédé avant l'hiver. Que le Seigneur lui accorde dans l'autre vie le bonheur qu'il n'a pas eu dans celle-ci !

Dans quelques jours commence le grand Carême (je vois déjà des grimaces), et je ferai donc, plaise à Dieu, ma tournée en France.

vôtre hiéromoine Cassien


ET QUI EST MON PROCHAIN ?

(Luc 10,29)

A la question : "Et qui est mon prochain ? ", Jésus amena la parabole du Samaritain qui compatissait à ce voyageur tombé au milieu des brigands. Nous sommes tous des voyageurs sur la route de cette vie et les brigands, c'est-à-dire les travers de la vie, ne manquent à personne. Il n'est pas précisé qui était ce voyageur, car notre prochain n'est pas seulement une catégorie de personnes, - ceux par exemple qui nous rendent notre charité -, mais tout homme: un drogué, un sidéen, un chômeur ou simplement notre voisin d'en face. Il ne s'agit pas de sublimer ses sentiments et d'aller loin dans l'espace et le temps, mais hic et nunc, c'est-à-dire ici et maintenant il faut aimer son prochain. Il faut peu de choses parfois: un simple bonjour dit avec le coeur, un sourire, un geste, comme ouvrir la porte à quelqu'un, une simple écoute et surtout une attitude compatissante qui tente à comprendre, à pardonner et qui évite de juger, de rejeter.

Souvent nous sommes tentés de passer outre par "manque de temps", comme ce sacrificateur et ce lévite, qui tenaient leurs obligations professionnelles pour plus importantes que le commandement: Tu aimeras Dieu et ton prochain, qui prenaient l'ombre pour la réalité. Souvent, nous n'avons pas de temps. Mais il faut prendre son temps (non pour faire des gosses, comme me l'a dit un jour quelqu'un), pour l'essentiel, dans notre vie, qu'est l'amour et non le gagne-pain, la carrière et le reste. Je suis très pris, comme me l'a dit au téléphone, l'autre jour, quelqu'un de haut placé, c'est aussi renverser les valeurs, en mettant son agenda et ses projets au premier plan, tel ce sacrificateur et ce lévite. Qui me promet que mes projets pour demain pourront encore se réaliser, si je ne suis pas sûr de l'issue de ce jour? Par contre je rendrai compte de l'instant présent, où j'ai en face de moi mon prochain qui me demande secours.

Personne ne nous demande de sauver ou de soulager tout le monde, Dieu seul le peut et encore faut-il qu'il le veuille. Mais aider avec nos faibles moyens, - qui deviennent grands en y mettant tout notre coeur et avec un regard de foi qui ne se borne pas au social mais qui se réfère toujours à Dieu -, celui qui croise notre route, qui nous en empêche, si ce n'est pas notre lâcheté, notre mesquinerie, notre égoïsme?

Dans le monde actuel, où les médias abolissent les distances, on s'habitue à un amour facile qui consiste à aimer l'humanité dans son ensemble, à aimer tel catégorie de personnes, et cet amour n'est le plus souvent que de la curiosité et un tranquillisant, qui nous évite d'aimer réellement le plus proche, c'est-à-dire celui de l'instant. La Croix-Rouge, la CAF, et tant d'autres associations nous déchargent de penser à notre prochain en détresse, mais qui nous rendra notre amour du prochain ou plutôt son absence? - ni Dieu ni notre prochain. Toutes ces associations ont certes leur utilité mais aussi leurs limites. Une aide financière, une désintoxication par exemple, sont fort utiles et constituent les premières aides, mais rester là, n'apporte pas encore le bonheur et encore moins le salut de quelqu'un.

Le Christ qui nous demande d'aimer notre prochain, nous demande également d'aimer nos ennemis et de leur faire du bien. Notre ennemi est aussi notre prochain et pourquoi notre prochain nous est devenu ennemi? Est-ce à cause d'un terrain ou d'un autre désavantage terrestre ou n'est-ce pas plutôt à cause de notre manque d'amour, non de nous-mêmes mais vers le prochain? Alors commençons de faire de nos ennemis nos prochains et d'aimer ensuite notre prochain comme nous-même. Ce sera magnifique car l'amour de nous-même ne fait jamais défaut et c'est d'ailleurs de sa trop grande place dans notre coeur qu'il n'en reste plus, ou peu, pour le prochain et pour Dieu même.

hm. Cassien

Voici les effets du baptême : effacer les péchés, réconcilier l'homme avec Dieu, incorporer Dieu dans l'homme, dessiller les yeux de l'âme devant le rayon divin, bref, disposer tout en vue de la vie future. Si donc nous appelons le baptême une naissance, ou le désignons par toute autre expression analogue, c'est à bon droit, d'autant plus qu'il fait lever dans l'âme des néophytes la connaissance de Dieu. Or, c'est en cela que consiste la véritable vie, le principe et la racine de la vie, puisque d'une part, selon l'affirmation de notre Seigneur "La vie éternelle consiste à connaître le seul vrai Dieu et Jésus Christ qu'il a envoyé", et que d'autre part, Salomon s'adressant à Dieu, dit: "Te connaître, voilà la racine de l'immortalité."

Le sacrement du baptême est le principe de la vie en Jésus Christ, il donne l'être et la vie aux hommes, il dispense la vie et l'existence véritables.
Nicolas Cabasilas

LES DEUX FOIS
saint Cyrille de Jérusalem (Catéchèse baptismale V,10-11)

Le nom de la foi est unique en effet s'il s'agit de l'appellation, mais elle se divise en deux. L'un des genres de la foi est en effet le genre dogmatique qui concerne l'assentiment de l'âme sur telle vérité donnée. Il est utile à l'âme, ainsi que le dit le Maître: "celui qui écoute mes paroles et croit à Celui qui M'a envoyé a la vie éternelle et ne va pas au jugement" (Jn 5,24) - et encore: "celui qui croit dans le Fils n'est pas jugé, mais il est passé de la mort à la vie" (ibid.). O grandeur de la divine Miséricorde! Les justes en effet ont mis de longues années à plaire à Dieu. Or ce que ceux-ci ont acquis, satisfaisant Dieu par de longues années de loyaux services, cela maintenant Jésus t'en favorise en un moment. Car si tu crois que Jésus Christ est le Seigneur et que Dieu L'a ressuscité des morts, tu seras sauvé et tu seras mis dans le paradis par Celui qui a introduit le larron dans le paradis. Et ne mets pas en doute que ce soit possible, car Celui qui a sauvé sur notre saint Golgotha le larron devenu croyant en un moment, celui-là même te sauvera quand tu auras cru.

Il y a un second genre de foi, celui qui nous vient de la part du Christ à titre gracieux: "Car à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit, à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons (1 Cor 12,9). Donc cette foi, celle qui nous est donnée gracieusement par le saint Esprit, n'est pas seulement dogmatique, mais elle a la vertu d'accomplir ce qui excède l'humaine puissance. Celui en effet qui possède cette foi dira à cette montagne: "Transporte-toi d'ici là, et elle se transportera." (Mt 17,20). Lorsqu'en effet quelqu'un prononce cette parole selon la foi, en croyant qu'elle va s'accomplir et sans hésitation intérieure, alors il reçoit la grâce. C'est au sujet de cette foi qu'il a été dit: "Si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé" (Mt 17,20). De même en effet que la graine de sénevé est de petites dimensions mais recèle l'énergie du feu et que, semence minuscule elle étend de si longs rameaux qu'une foi, dans l'âme, en un clin d'oeil, accomplit les plus grands exploits. L'âme en effet se représente Dieu et le contemple autant qu'il est possible, quand la foi l'illumine; elle embrasse les confins de l'univers, et avant même la consommation de ce siècle, elle en voit le jugement ainsi que la juste rétribution par les évangiles. Aie donc en Lui la foi qui dépend de toi, afin de recevoir aussi de Lui celle qui accomplit des oeuvres plus qu'humaines.

Les pères disaient que le diable peut tout imiter pour ce qui est du jeûne, car lui-même ne mange jamais, et pour ce qui est du sommeil, car lui-même ne dort jamais; mais l'humilité et la charité, il ne peut jamais les imiter. Il est donc important pour nous de lutter pour avoir la charité en nous et pour haïr l'orgueil par lequel le diable est tombé des cieux.

CELLE AU MILLE NOMS

En louangeant avec discernement, c'est-à-dire, avec juste mesure, la Mère de Dieu comme l'Église l'a toujours fait, contrairement aux hétérodoxes qui tombent d'une extrême à l'autre, nous l'a glorifions le mieux et le plus.

Les saints sont tous arrivés à la perfection, cependant une perfection relative à leur liberté, leur prédisposition etc. mais la Vierge Marie a atteint même la perfection de l'humanité,les limites de l'humain. C'est elle donc le chef d'oeuvre de l'humanité, ce que nous avons de plus beau, de plus pur et c'est elle pareillement le chef d'oeuvre du Créateur, à part le Christ qui est Dieu et homme à la fois.

L'Église attribue à la Toute Sainte une quantité d'épigraphes, dont voici quelques unes:

- Elle est nommée plus vaste que les cieux, car elle a contenu l'Infini que les cieux finis ne peuvent contenir.

- L'avocat de ceux qui n'ont plus de recours, c'est elle aussi car son coeur de mère sait infléchir la Justice divine quand, à cause de nos nombreux péchés impardonnables, nous n'avons plus de recours.

- Commencement de notre salut, car par elle, l'humanité plongée dans les ténèbres du péché s'est redressée. C'est pour cela que l'Église fête sa conception dans le sein de sainte Anne, le jour du solstice, le 9 décembre, quand les jours gagnent de nouveau sur la nuit, c'est-à-dire quand la lumière vainc les ténèbres.

C'est elle, notre plus précieuse offrande à Dieu, et les paroles du prêtre lors de la divine Liturgie: " nous offrons à Toi, ce qui est à Toi", s'appliquent merveilleusement à elle.

Pendant la divine Liturgie, après avoir fait mémoire des vivants et des morts, le célébrant s'exclame à la fin: "surtout pour la toute sainte, toute pure, bénie par dessus tout, la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie" et le choeur entonne: "Il est digne …"

Puisque deux plans, le divin et l'humain, se sont rencontré en elle, lui conviennent même des attributs paradoxaux, comme: la mère-vierge ou l'épouse inepousée.

L'hymne acathiste que nous lisons chaque soir devant son icône, debout par respect pour elle, d'où son nom, n'est qu'une litanie d'appelations par lesquelles nous glorifions la Toute Sainte.

Nous la nommons même plus que sainte car elle dépasse tous les saints et les anges.

Les démons la craignent presque plus qu'ils ne craignent le Christ, car jamais ils n'ont su la vaincre. Ce n'est pas grand chose d'être vaincu par un Dieu infini mais être vaincu par une simple créature revêtue de chair et par surcroît du sexe faible, il y a là de quoi confondre les esprits malins.

"Je lui ferai une aide semblable à lui", (Gen 2,18) disait Dieu au sujet d'Eve. Au lieu d'être une aide pour Adam, elle l'entraina au péché. Mais c'est à la nouvelle Eve, la Toute Sainte que s'applique parfaitement cette parole, car c'est elle qui aida le nouveau Adam, qu'est le Christ, à sauver l'humanité perdue par la faute des nos premiers parents.

L'appeler pourtant Mère de l'Église témoigne d'un esprit imbibé de rationalisme. Elle est la Mère du Christ et Lui est la Tête de l'Église, et c'est Lui aussi qui engendra par son Sang, l'Église, son Corps, dont la Vierge Marie fait partie. Elle qui est fille de l'Église, comment peut-elle être sa propre mère?

La glorifier par la parole, c'est une oeuvre excellente, mais lui convient encore bien plus le silence, comme nous voyons également dans les évangiles qui ne font qu'effleurer son mystère, car qui peut saisir qu'une simple fille humaine pouvait enfanter l'Infini ou qu'une femme a pu rester pure de tout péché?

hm. Cassien


LE SACREMENT DE LA CONFIRMATION

Ce mystère (sacrement) est le signe visible par lequel la grâce divine s'exprime pour témoigner l'accomplissement de la renaissance du chrétien et pour achever l'oeuvre de cette renaissance réalisée d'abord par le baptême. La vie nouvelle en Christ commence avec le baptême et se parfait par la confirmation (chrismation) de même que Pentecôte achève l'oeuvre de la résurrection. Ce que nous recevons mystiquement et d'une manière visible dans la confirmation doit s'actualiser ensuite dans notre vie de chaque jour à travers les commandements.

L'Église orthodoxe nous octroie ce sacrement immédiatement après le baptême conformément à l'usage de l'Église primitive, et c'est le prêtre qui administre aussi bien le baptême que la chrismation.

Dans le Catholicisme, ce sacrement est administré à un âge plus avancé. Cela n'est pas condamnable, mais ce que ne nous laisse pas indiffèrent, c'est qu'en Occident les évêques se sont reservé le droit de confirmer. Cette restriction est à rejeter car elle découvre une triste tendance vers des innovations arbitraires et une sorte de despotisme hiérarchique manifesté envers le clergé inférieur et celui-ci, à son tour, à l'égard des autres fidèles. La communion sous une seule espèce, la censure et les indulgences illustre cette tendance.

Le saint chrême qui sert pour la chrismation et qui contient les dons de l'Esprit vivificateur, est confectionné le Jeudi saint par les évêques d'une Église authocéphale et distribué ensuite aux autre clergés. Il sert également pour le sacre d'un roi et pour la consécration d'une église.

Le sacrement de l'a confirmation n'est donné qu'une fois dans la vie hormis le cas où le baptisé renie le Christ en devenant apostate (en embrassant l'Islam par exemple) et se reprend ensuite. A ce moment le prêtre le réchrisme car il a chassé l'Esprit saint, mais ne lui confère pas une seconde fois le baptême, conforme aux canons.

Père Olivian Bindiu


SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS

(suite)

CHAPITRE 4 : De la sincérité

Au chapitre précédent, bien-aimés, nous avons parlé de la manière dont on implante et cultive l'obéissance chez les enfants, en indiquant les méthodes que nous devons employer. Maintenant nous allons dire comment inspirer aux enfants l'amour de la vérité, comment leur apprendre à aimer la vérité et détester le mensonge.

Le besoin et l'amour de la vérité sont des éléments instillés dans l'homme par Dieu et par conséquent aussi dans les enfants. Le péché originel, bien qu'il ait rendu opaque et faible son sens de la vérité, ne l'a pas détruit complètement. L'inclination à la vérité demeure dans l'homme.

C'est exactement cette inclination que l'enfant manifeste par son désir de tout connaître. L'enfant pose des questions sur tout et quoi que l'adulte lui réponde, il l'accepte comme pure vérité. Un enfant innocent ne sait pas du tout mentir ni dissimuler. Il a honte et rougit non seulement quand lui-même dit quelque chose de faux par précipitation ou négligence, mais même quand il entend d'autres personnes mentir.

Comme l'amour de la vérité est déposé dans l'âme d'un enfant par Dieu Lui-même, nous n'avons qu'à aider cette tendance naturelle à s'épanouir et à se fortifier. C'est le travail des parents. Comment peuvent-ils y arriver?

La première chose que les parents doivent faire pour inspirer à leurs enfants l'amour de la vérité est de les diriger vers cela dès leur âge tendre. Il y a trois principes de base que les parents doivent suivre.

Premièrement, apprenez à vos enfants à aimer la vérité pour l'amour de Dieu. Ils n'aimeront la vérité que s'ils savent que Dieu qui est Lui-même la Vérité unique, éternelle et irréfutable, veut que nous disions toujours vrai, qu'Il hait et abhorre tout mensonge et que tout mensonge est un péché. C'est seulement si l'amour de la vérité a son fondement dans la foi en Dieu et l'amour pour Lui qu'il peut surmonter toute épreuve.

Deuxièmement, conduisez-vous avec simplicité et honnêteté à l'égard de vos enfants. Croyez leurs paroles à partir du moment où vous n'avez aucune raison de croire qu'ils mentent. Ne leur demandez ni ne leur permettez de confirmer leurs paroles par un serment. Si vous avez une bonne raison de douter de la vérité des paroles d'un enfant, ne manifestez pas tout de suite votre doute. Essayez d'être sûrs d'abord qu'il a vraiment menti. Si cela est le cas, appelez l'enfant à vous, regardez dans ses yeux gravement, mais avec amour et dites-lui quelque chose du genre: »Dieu nous défend de mentir. Il sait tout, jusqu'à nos pensées les plus secrètes et Il déteste les lèvres trompeuses». L'enfant, rougissant de honte, va probablement avouer aussitôt la vérité et ne dira plus jamais de mensonge.

Troisièmement, montrez à vos enfants que vous aussi, vous aimez et respectez la vérité. Soyez sincères et droits dans toutes vos pensées et tous vos actes.

D'abord, vous devez respecter la Vérité divine, la foi et la loi de Dieu. Ne montrez jamais d'indifférence à la foi. Évitez à vos enfants les occasions d'entendre des conversations stupides au cours desquelles on dit qu'un homme peut vivre sans religion ou sans foi, qu'il lui suffit d'être un honnête homme. Dans de telles conversations, que l'on entend malheureusement trop souvent, s'exprime l'esprit du mensonge. Si donc vous dites de tels mensonges devant vos enfants, vous n'allez pas seulement déraciner de leur coeur la vénération et l'amour de la Vérité, mais vous allez tuer complètement en eux tout sens de la vérité en général.

Si en effet pour Dieu il est indifférent que nous ayons une connaissance correcte ou erronée de Lui et de sa Vérité, que nous confessions une vraie ou une fausse religion, pourquoi l'homme devrait-il se soucier de la vérité dans sa vie de tous les jours? De plus, si ceux qui disent qu'il n'y a pas de foi révélée par Dieu ont raison, si le vrai Dieu n'a pas daigné révéler la Vérité concernant les questions les plus importantes de la vie, alors comment pouvons-nous exiger des hommes - ou des enfants - qu'ils disent la vérité au sujet des faits insignifiants de la vie de tous les jours?

Donc, parents, si vous désirez que vos enfants deviennent des hommes et des femmes qui aiment la vérité, apprenez-leur à nourrir une dévotion particulière à la Vérité divine. Ne permettez pas qu'on sème les grains de l'indifférence religieuse dans leur coeur. Si vos enfants remarquent que vous traitez la foi chrétienne et les lois de l'Église à la légère, ou que vous n'êtes pas en accord avec les données de la religion, comment pouvez-vous espérer qu'ils vous croient sur parole et qu'ils ne se comportent pas eux-mêmes comme vous le faites par rapport à la vérité?

Soyez pour vos enfants le modèle de l'amour pour la Vérité et la foi chrétiennes. Cet amour, vous le communiquerez aussi aux enfants, et de cette façon, eux aussi aimeront la vérité.

De même, dans tous vos autres rapports, soyez toujours sincères et honnêtes. Gardez-vous des mensonges, de l'hypocrisie et du faux-semblant. Si les enfants voient que vous trompez les autres de quelque façon que ce soit, que vous utilisez la ruse ou l'hypocrisie, que vous mentez et que vous n'êtes pas francs dans vos relations avec autrui, - par exemple que vous êtes amicaux avec quelqu'un en sa présence, mais que vous l'insultez et le dénigrez en son absence - vous pouvez être sûrs que vos enfants se conduiront de la même façon dans leurs relations avec vous.

En même temps que vous cultivez de cette façon le respect et l'amour de la vérité dans le coeur de vos enfants, vous devez lutter de toutes vos forces contre les mensonges, de la façon suivante:

Enseignez à vos enfants tout petits à haïr le mensonge, parce que Dieu est Vérité et tout mensonge est péché. Ils doivent éviter le mensonge non parce qu'ils seront punis si l'on s'aperçoit qu'ils ont menti, mais parce qu'ils savent que Dieu interdit de mentir. Montrez-leur à travers les paroles de l'Écriture sainte combien le mensonge est détestable aux yeux du juste et vrai Dieu. «Le penchant du menteur mène au déshonneur, et sa honte est constamment sur lui.» (Si 20,26). Apprenez-leur que c'est le diable qui a inventé les mensonges, car le Seigneur dit qu'il (le diable) est «menteur et le père du mensonge» (Jn 8,44), et que par conséquent, les enfants qui disent des mensonges imitent Satan et finissent par lui ressembler.

Ne fermez pas les yeux sur les moindres mensonges de vos enfants. Si votre enfant commet une faute, mais l'avoue tout de suite, pardonnez-lui la première fois, ou, si la faute est grave, allégez sa punition en lui expliquant qu'il n'est pas puni ou qu'il reçoit une punition plus légère parce qu'il a reconnu tout de suite la vérité.

Cependant, vous ne devez pas exagérer avec cela. Si chaque fois que l'enfant avoue sa faute vous atténuez sa punition ou lui pardonnez, il est probable qu'il en résultera un double mal. L'enfant commencera à ne plus attribuer aucune importance à sa faute, et de plus, il peut apprendre à dire la vérité uniquement s'il y voit quelque avantage, ne craignant pas de la cacher s'il prévoit quelque désavantage de son aveu.

Si cependant l'enfant a mal agi et a menti par surcroît au sujet de son acte, sa punition doit être deux fois plus forte et vous devez lui expliquer qu'il est doublement puni: pour sa faute et pour le mensonge.

Si un enfant dit un mensonge de méchanceté, comme une calomnie contre quelqu'un par vengeance, il ne doit pas seulement être sévèrement puni pour ce qu'il a fait, mais il doit aussi retirer ses paroles devant tous ceux qui les ont entendues. C'est ce qu'exige la morale chrétienne.

Ne trompez jamais les enfants ni ne permettez à d'autres de le faire. Souvent, les parents, pour calmer un enfant qui geint, profèrent des menaces ou des promesses qu'ils ne tiendront jamais. Que cela est dangereux! L'enfant comprend vite qu'il a été trompé. Sa confiance dans les paroles de ses parents est ébranlée, son sens de la vérité détruit.

Veillez à ne pas forcer, volontairement ou involontairement, votre enfant à mentir. Cela peut arriver involontairement lorsque, pour une faute, vous attaquez farouchement l'enfant, vous ruant sur lui avec colère, la main levée, prêts à le punir: «Tu as fait cela? Dis-le-moi tout de suite!» Peut-on s'étonner que dans une telle situation un enfant se mette à mentir pour «sauver sa peau»?

Que dire des parents qui accueillent avec un sourire les mensonges de leurs enfants ou les complimentent pour un mensonge habile? Ou que penser des parents qui incitent eux-mêmes leurs enfants à mentir, qui leur apprennent comment tromper leur maître d'école ou d'autres personnes dans le but d'échapper à quelque situation difficile ou d'éviter un châtiment? De tels parents ne sont pas dignes de ce nom. Ce sont des corrupteurs de leurs propres enfants. Peut-on s'étonner si plus tard ces enfants non seulement mentent, mais trichent et volent aussi?

Rappelons-nous que quelqu'un qui ne considère pas le mensonge comme un péché est aussi capable de voler et de tricher. Celui qui est malhonnête et faux en paroles, le sera aussi en actes.

Je vous ai indiqué, parents, comment éduquer vos enfants à la franchise, comment, dès leur petite enfance, vous devez cultiver en eux l'amour de la vérité et la haine profonde des mensonges. Souvenez-vous toujours de ces moyens et appliquez-les consciencieusement.

Apprenez à vos enfants à aimer la vérité, car Dieu est Vérité et ne tolère pas les mensonges. Soyez vous-mêmes francs et sincères dans tous vos actes et tout votre comportement devant vos enfants. Montrez-leur combien tout mensonge est méprisable et abominable aux yeux de Dieu.

Ne vous permettez pas le moindre mensonge devant vos enfants. Ne souriez pas de leurs mensonges, ne laissez pas sourire les autres. Souvenez-vous de ces paroles sages: «Le penchant du menteur mène au déshonneur, et sa honte est constamment sur lui.» (Si 20,26).

Soyez particulièrement attentifs à ne pas pousser, volontairement ou involontairement, vos enfants à mentir.

Élevez vos enfants ainsi, pour qu'ils deviennent des hommes et des femmes droits et sincères que Dieu et tous les hommes honnêtes honoreront.

CHAPITRE 5 :
Comment prévenir le développement de la sensualité ?

Il existe un certain vent nommé «Livas», qui est terriblement chaud et qui détruit toutes les plantes. Quand il souffle, tous les légumes et fruits dans les champs et les jardins se dessèchent et périssent. Les arbustes épineux et durs ne sont pas tués; tout ce qui est détruit, ce sont les plantes utiles, celles dont les fruits servent de nourriture aux hommes et aux animaux.

Ce vent destructeur et mortel peut être comparé à une des tendances les plus dévastatrices de notre époque qui, comme un vent brûlant, dessèche et balaie de la vie des hommes tout ce qu'il y a de plus excellent - les fleurs et les fruits mûrs de la vertu. C'est la passion et le désir charnels, un des plus grands maux de notre temps. Il brise les familles, conduit les jeunes à la ruine, laisse son souffle abominable et empoisonné dans les petits enfants, et rien ne semble pouvoir contrecarrer son influence désastreuse. Pour cette raison, nous avons d'autant plus le devoir de vous exhorter, vous les parents, à protéger vos enfants de cette contagion mortelle au moyen d'une vigilance inlassable et une rigueur inflexible.

L'homme était un être excellent lorsqu'il est sorti des mains du Créateur. Son âme porte le sceau de Dieu; quant à son corps, il est le couronnement du monde animal. Pour se conformer à l'ordre de la Création, l'âme doit gouverner le corps. Il en était ainsi au commencement: quand l'âme de l'homme obéissait à Dieu et Lui était soumise, le corps se soumettait à l'âme sans la troubler ou l'induire en tentation.

Cet ordre fut cependant inversé après la chute. L'âme de l'homme s'est révoltée contre Dieu et ainsi le corps de l'homme s'est révolté aussi contre son esprit. Comme juste châtiment, l'inclination des sens vers le mal et les désirs charnels ont commencé à exercer leur tyrannie sur les aspirations spirituelles de l'homme, exigeant d'elles leur soumission et leur asservissement. Ainsi est née dans l'homme la propension à faire tout ce qui gratifie les sens : l'homme est devenu charnel.

L'essence de la sensualité consiste en ceci: l'âme est soumise à des désirs charnels; le désir charnel domine l'homme, le déchaîne, l'aveugle tellement qu'il ne peut penser à Dieu, à la foi, à ses commandements et à ses volontés, et il obscurcit tout ce qui est pur, divin et saint en lui. La sensualité est un grand mal, un grand désastre. S'il est vrai qu'un arbre est reconnu par ses fruits, nous devons dire que la sensualité est un arbre venimeux, puisqu'il produit des fruits si effrayants.

Son premier fruit abominable est la paresse - l'abstention du labeur et de tout travail qui requière un effort quelconque. L'homme indolent et sensuel ne connaît jamais la satisfaction que donnent le travail et un sage exercice. Pour lui, le travail est un fardeau, un joug, une malédiction et non pas un moyen d'acquérir la vertu, ni un devoir sérieux et important, ordonné par Dieu. L'homme sensuel craint le travail physique parce qu'il dérange son indolence, et le travail mental, parce qu'il l'oblige à forcer ses pouvoirs intellectuels.

Vous connaissez sûrement beaucoup d'hommes dont on dit: «Celui-là sait faire beaucoup de choses, mais il ne fait rien!» Quelle en est la raison? L'indolence qui rend l'homme avachi. Même s'il a beaucoup de qualités, un homme qui ne veut rien faire souffrira de la pauvreté et de la privation. Il est souvent prompt à parler de tout: de Dieu, des gens, des événements de l'actualité. Il pourrait certainement jouir d'une grande prospérité, si seulement une vie d'indolence ne lui était pas plus agréable que le bien-être assuré par un travail honnête.

La même chose s'applique à l'activité mentale, comme cela se voit souvent dans les écoles. On y rencontre souvent des enfants qui ont des dons intellectuels et des talents importants. Ils apprennent leurs leçons avec une grande facilité et, en voyant leurs capacités, on s'attendrait à ce qu'ils deviennent de grands hommes. Et pourtant, souvent, ces enfants n'arrivent à rien. Pourquoi? Parce qu'en grandissant, ils deviennent des adolescents puis des hommes indolents qui enterrent leurs talents au lieu de les augmenter par un labeur patient. Les hommes de ce genre sont incapables de choses élevées telles que la vertu. Parce qu'ils évitent le labeur corporel et mental à cause de leur sensualité, ils sont incapables de quelque effort que ce soit. C'est beaucoup de promesses qui sont ainsi englouties par le marasme de la sensualité. Souvent, des hommes qui ont reçu de Dieu l'appel et la prédisposition de devenir des exemples de perfection morale, sont perdus parce que l'indolence les fait dévier et que la propension au perfectionnement se noie dans la fange de l'oisiveté et de l'inaction.

Le deuxième fruit de la sensualité est la gourmandise et l'ivresse. Ce n'est pas sans raison que l'on dit: «Il y a plus de gens qui se noient dans un verre que dans l'eau de la Volga». Nous ne parlerons pas ici des malheurs, des désastres et des catastrophes que l'ivresse apporte aux hommes. Chacun peut voir parmi ses connaissances, chez ses voisins et même dans sa famille ceux que la sensualité a rongés à tel point qu'ils ont perdu jusqu'à l'image de Dieu en eux et jusqu'à leur humanité.

Le troisième fruit de la sensualité est la débauche. S'il existe sur terre quoi que ce soit d'excellent et de céleste, c'est précisément la pureté enfantine de la jeunesse. Et inversement, s'il existe quoi que ce soit de honteux, d'abominable et de bestial, c'est l'âme adonnée à la débauche. Nous ne parlerons pas maintenant de ce fruit de la sensualité. Chacun sait où une telle immoralité mène ses victimes: à l'hôpital, à l'asile, à la prison.

Mais que pouvons-nous faire, demanderez-vous, pour empêcher que la sensualité ne se développe dans nos enfants?

Tout d'abord, apprenez à vos enfants à travailler dur et inspirez en eux le respect de toute activité honnête. Qu'ils apprennent par coeur et qu'ils aient toujours à l'esprit les paroles de l'Apôtre: «Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus» (2 Th 3,10). Enseignez-leur que le travail n'est jamais honteux, mais au contraire, que ce qui est honteux pour l'homme, c'est la paresse et l'oisiveté. Montrez-leur l'exemple du Seigneur qui aidait sa toute sainte Mère et son père nourricier, Joseph, en étant simple charpentier.

Habituez vos enfants au travail physique, surtout s'ils ont besoin de gagner leur pain par le travail de leurs mains. Nous savons que dans beaucoup de familles royales tous les membres ont dû apprendre quelque travail manuel. Même l'apôtre Paul, élu de Dieu et grand prédicateur de la foi, n'avait pas honte de pratiquer le métier de fabricant de tentes, qu'il avait appris dans son enfance. Parlez-en à vos enfants et n'excusez jamais la fausse honte qui est la source et la mère de tout mal.

Habituez vos enfants à manger une nourriture simple et seulement à heures fixes, de sorte qu'ils ne grignotent pas de bonbons à tout moment, mais mangent bien tout ce qui est sur la table. Enseignez-leur à manger tout ce qu'on leur donne et à en remercier Dieu. Aidez-les à comprendre que l'homme ne vit pas pour manger, mais mange pour vivre.

Gardez surtout vos enfants, autant que possible, de toute boisson stimulante ou toxique. Les boissons les plus saines pour l'enfant sont l'eau et le lait. Quel dommage effrayant, tant physique que moral, les parents causent aux enfants en les habituant à boire du vin ou d'autres boissons du même genre!

Gravez profondément dans vos coeurs les paroles du Seigneur: «Bienheureux les coeurs purs»(Mt 5,8), et prenez soin à ce que l'on puisse le dire aussi de vos enfants. Comment pouvez-vous réaliser ce projet?

Avant tout, conservez dans le coeur de vos enfants leur pudeur enfantine naturelle. Dieu Lui-même a allégé votre travail. Il vous a donné le petit enfant pur et chaste - et Il vous a donné un ange secourable, le gardien de son innocence.

Dieu a implanté la pudeur dans l'âme de l'enfant. Tout ce que les parents ont à faire est de protéger et de développer ce que Dieu a placé dans son âme. C'est en grande partie la faute des parents eux-mêmes, si cette fleur délicate qu'est la pureté enfantine est détruite. Alors à eux s'appliquent les paroles du Seigneur Ami des enfants: «Malheur à celui qui scandalise un de ces petits» (Mt 18,6).

Cependant, il est indispensable que les parents eux-mêmes aient le coeur chaste et pur. Il est connu depuis toujours que les passions se transmettent des parents aux enfants. Ainsi les passions et les défauts qui caractérisent les parents apparaîtront très tôt aussi chez les enfants. Il est également indispensable que les parents veillent à la façon dont ils parlent et se comportent. Un grand dommage peut provenir d'une conversation inconvenante ou d'un acte négligent. Soyez aussi vigilants en ce qui concerne les tableaux, images et statuettes que vous pouvez avoir dans votre maison. S'il y a quoi que ce soit d'agressif, pensez que les enfants le regarderont tous les jours, et à mesure qu'ils grandiront, ils y penseront et en parleront. Quel en sera le résultat? Ne dites jamais que les enfants ne comprennent pas ces choses! Peut-être pas. Mais on ne peut douter qu'un enfant ait de la curiosité et que quelqu'un finisse par la satisfaire. Vous, en tant que chrétiens, vous devez prendre soin à ce que les enfants que vous élevez n'entendent ni ne voient jamais rien qui soit contraire à la bienséance et à la décence.

Établissez fermement dans vos enfants leur pudeur innée. Ne les laissez pas paraître nus devant d'autres ou s'habiller et se déshabiller ensemble. Ne riez pas si votre enfant (fille ou garçon) manifeste de la honte; au contraire, complimentez-le et rendez grâces à Dieu de vous avoir donné un tel enfant.

Ne fermez les yeux sur aucun de ses actes ou paroles indécents. Corrigez-le immédiatement, d'abord par la parole: «C'est une chose honteuse; ton ange gardien te regarde!» Mais si cela n'aide pas, alors la prochaine fois, sans dire plus, vous devez lui donner une punition appropriée. Observez vos enfants dans leurs lits et lorsqu'ils jouent. Ne permettez pas à leurs amis du sexe opposé de passer la nuit sous votre toit. Observez leurs amis et connaissances et ne les laissez pas jouer avec des enfants sans pudeur et indisciplinés.

Veillez à ce qu'aucun homme dépravé n'entraîne vos enfants à des actes honteux et impurs. Ne considérez pas ce conseil inutile! Surveillez vos domestiques. Ils ont une grande influence sur la moralité des enfants. Très souvent, ils sèment les grains de la corruption dans l'âme enfantine et lui enseignent des choses qui peut les détruire pour toujours.

Encore une chose. N'oubliez pas de prier pour l'innocence de vos enfants. Confiez-les à la protection de l'immaculée Mère de Dieu et de leur ange gardien, en leur adressant chaque jour d'ardentes prières.

Pères et mères! N'oubliez pas les paroles du Seigneur, le grand Ami des enfants: «Bienheureux les coeurs purs» (Mt 5,8). Si vos enfants n'ont pas le coeur pur, ils ne verront pas Dieu! Et si cela arrive à cause de vous, vous non plus vous ne verrez pas Dieu, car Il demandera l'âme de vos enfants à vos mains.

Veillez donc à la chasteté et à la pureté de l'âme de vos enfants.

à suivre

ICONOGRAPHIE BYZANTINE
(suite
L'austérité de l'icône

L'icône byzantine semble austère, d'une austérité qui souvent est accentuée par la maladresse de l'iconographe. Cela est également valable pour toute l'Orthodoxie et pour ceux qui la vivent.

Rien dans l'icône distrait, amuse, flatte. Tout est concentré sur l'essentiel: la beauté pure, comme celle des cimes, la vérité authentique qui ignore le fard de ce monde, la pureté qui ne tolère aucune souillure. L'icône nous met face à nous-même, nous interroge, nous juge, non pour nous condamner mais afin de nous relever, et finalement elle nous libère de notre égocentrisme étouffant d'où viennent toutes nos souffrances et les autres vices tel la vanité, la dureté de coeur, l'angoisse, etc … Cette apparente austérité est due à nous-même, à notre mollesse, notre sensualité, notre sentimentalité; rien sur l'icône ne s'y prête. L'icône, avec ce que nous taxons trop facilement d'archaïsme, n'est pas en marche du monde moderne mais elle est comme une oasis dans ce désert stérile du monde actuel. Étant envahi par des images de plus en plus artificielles de la télé, de la publicité, de la presse, l'icône purifie notre oeil et le rafraîchit.

Certes, entre l'icône et l'homme d'aujourd'hui, il y a un univers et cette distance , humainement insurmontable, l'est pourtant par la foi, - une foi qui peut venir précisément par le regard sur une icône qui en est fructifiée et fortifiée chaque fois.

L'humanisme (dont témoignent les images pieuses qui ont cours en Occident depuis des siècles et qui furent également exportées dans le monde orthodoxe) , qu'on rencontre partout à l'heure actuelle, (voir par exemple toutes les actions sociales de tant d'associations religieuses ou autres), est inconnu dans l'Orthodoxie dans son ensemble et dans l'iconographie en particulier. L'icône ne s'y arrête pas mais le dépasse, le transfigure et c'est cette dimension transcendantale qui constitue cette austérité. Pour celui qui vit cette dimension spirituelle, elle devient douceur, chaleur, beauté, - austérité pour les uns, douceur pour les autres selon l'approche et la maturité de chacun. L'icône ne change donc pas car elle reflète la vérité éternelle, c'est donc à nous de changer.

hm. Cassien


SERMON SUR LE GRAND CAREME

de saint Léon le Grand

Bien-aimés, dans l'intention où je suis de vous parler du saint jeûne du carême, puis-je mieux commencer ce sermon que par les paroles de l'Apôtre qui était l'interprète de Jésus Christ, et qu'en répétant ces paroles que nous venons de lire: "Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut"(2 Co 6,2). Quoique le Seigneur nous comble de ses Grâces en tout temps et que sa divine Miséricorde vienne sans cesse à notre secours, il faut cependant que l'âme se livre avec plus de zèle à la pratique de la vertu et qu'elle conçoive de plus grandes espérances dans ces temps où l'accomplissement des mystères de notre rédemption nous invite spécialement à exercer de nombreux actes de piété, afin que nous puissions célébrer avec une grande pureté de coeur et d'esprit le saint et incomparable mystère de la Passion de notre Seigneur. nous devrions toujours adorer ces divins mystères avec la même piété, avec le même amour, et rester toujours devant Dieu aussi purs que nous devons l'être pendant la fête de Pâques. Mais peu de personnes possèdent assez de ferveur pour cela; la fragilité de la chair nous empêche de persister dans la stricte observance des divins préceptes; et les embarras et les inquiétudes de cette vie causent de si grandes distractions que les âmes les plus vertueuses elles-mêmes ne peuvent se garder d'être souillées par la poussière du monde; aussi Dieu dans sa sagesse nous a donné le carême pour purifier nos âmes, pour racheter par de bonnes oeuvres et le jeûne de la piété les fautes que nous avons pu commettre dans le cours de l'année. Puisque nous sommes sur le point d'entrer dans ces saints jours où les lois divines nous prescrivent de purifier notre âme et notre corps, ayons soin d'obéir à ces préceptes de l'Apôtre: "Purifions-nous de toute souillure de la chair et de l'esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu" (2 Co 7,1). Faisons cesser toute espèce de lutte entre notre âme et notre corps; que l'âme conserve son autorité et que le corps soit soumis à l'âme qui doit le gouverner d'après les lois du Seigneur; gardons-nous d'offenser personne et de donner à qui que ce soit l'occasion de nous blâmer. Les infidèles auraient raison de nous mépriser, et par notre faute, leurs langues impies se déchaîneraient contre la religion, si nous ne jeûnions point avec toute la perfection d'une sainte continence.

Ce n'est point seulement dans la privation de viandes que consiste la sainteté du jeûne; il est inutile de retrancher au corps sa nourriture ordinaire, si l'esprit n'abandonne pas les voies de l'iniquité, si la langue ne s'abstient de médire ou de calomnier. Nous devons imposer à nos passions le même frein que nous imposons à notre intempérance. Voici le temps où il nous faut devenir doux et patients, pacifiques et tranquilles, où il faut bannir le vice de notre coeur, et nous efforcer de l'enrichir de vertus éternelles. Voici le temps où les âmes pieuses doivent pardonner les offenses, mépriser les injures et oublier les insultes. Voici le temps où l'âme fidèle, revêtue des armes de la justice, doit combattre à droite et à gauche, de telle sorte que, pure dans sa conscience et constante dans sa probité, soit dans la gloire ou l'ignominie, soit dans l'honneur ou l'infamie, elle n s'enorgueillisse des éloges qu'on pourrait lui donner, ou ne se décourage à cause des affronts qu'on pourrait lui faire subir. Que l'humilité de l'homme religieux ne soit ni sauvage, ni chagrine, mais qu'elle respire la sainteté; que sa bouche ne murmure point de vaines plaintes, puisque les saintes consolations des joies célestes ne lui manquent jamais. Que personne ne craigne de diminuer ses richesses ou de se rendre pauvre en faisant de nombreuses aumônes; la pauvreté chrétienne est toujours riche, et ce qu'elle possède est plus précieux que ce qui lui manque. Pourquoi redouter la pauvreté en ce monde, puisqu'on possède tout en Dieu? Ceux qui aiment à faire de bonnes oeuvres ne doivent jamais craindre d'en perdre les moyens, puisqu'une pauvre veuve est louée dans l'évangile pour avoir donné deux oboles, et que Dieu récompense ceux qui donnent un verre d'eau froide en son nom. Le mérite d'une bonne action se mesure par l'intention; celui dont le coeur est plein de miséricorde trouve toujours occasion de l'exercer. La veuve de Sarepta nous en fournit l'exemple: la famine désolait la terre au temps du bienheureux Elie; elle ne possédait plus de nourriture que pour un seul jour, et elle donna tout au prophète pour apaiser sa faim, elle lui offrit le peu d'huile et de farine qui lui restait, sans songer à elle-même. Mais elle ne fût pas privée de ce qu'elle donna de si bon coeur: ses vases qu'elle avait vidées par pitié devinrent des sources intarissables; et parce qu'elle n'avait point redouté dans son zèle de manquer de nourriture, elle y retrouva sans cesse ce qu'elle avait donné.

Nous ne doutons point, bien-aimés, que le démon, qui est l'ennemi de toutes les vertus, ne s'oppose de toutes ses forces à l'accomplissement des actes de piété auxquels vous vous êtes préparés de bonne volonté, n'emploie toute sa perfidie pour vous faire rencontrer dans la piété elle-même des obstacles à la piété et ne s'efforce de perdre par l'orgueil ceux ont il n'a pu détruire les saintes croyances. Il est bien difficile à l'homme qui vit saintement de ne point se laisser éblouir par les louanges qu'on lui donne, à moins, comme dit l'Apôtre, "que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur" (2 Co 10,1-17). Est-il quelqu'un dont le malin esprit ne tâche de troubler les saintes résolutions et d'interrompre le jeûne? Qui pourrait-il épargner, lui qui n'a pas craint de s'adresser au Sauveur Lui-même et de Lui tendre des embûches? Le jeûne de quarante jours et de quarante nuits épouvanta le démon, et il voulut savoir par ruse si le don d'abstinence était naturel à Jésus Christ ou s'Il le tenait de Dieu, afin de n'avoir point à redouter d'être déçu dans ses espérances, si le Christ était soumis à toutes les conditions de sa nature humaine. Il chercha donc premièrement, avec adresse, à connaître s'Il était réellement le créateur du monde, en Lui demandant s'Il avait le pouvoir de changer les substances en d'autres substances, et ensuite à savoir si la Divinité était cachée sous les voiles de son Corps mortel, en Lui proposant de Se lancer dans les airs et de soutenir son Corps dans l'espace. Mais le Seigneur ne voulut point lui manifester la puissance de sa Divinité, Il préféra lui opposer la justice d'un homme soumis à Dieu. C'est pourquoi le démon eut recours à une nouvelle ruse contre Celui qui avait caché sa Toute-Puissance; il Le tenta par l'ambition et Lui promit tous les royaumes du monde, s'Il consentait à l'adorer. Mais la Sagesse de Dieu rendit vaine la prudence du démon, et cet ennemi superbe, voyant un homme semblable à celui qu'il avait séduit jadis, ne craignit point de persécuter cet Être divin dont la mort devait assurer le salut du monde. Nous avons à redouter les ruses du démon, non seulement dans les plaisirs de la gourmandise, mais encore dans les austérités du jeûne. Celui qui sut faire mourir le genre humain avec une pomme, sait aussi le perdre par le jeûne. Pour l'aider dans cette ruse si différente, il emploie ses serviteurs les manichéens; et, de même qu'il se servit du serpent pour faire manger le fruit défendu, il persuade par leur bouche de s'abstenir des viandes permises. Cette abstinence qui nous habitue à nous contenter de peu et nous apprend à mépriser l'intempérance est certainement utile; mais malheur aux hommes qui professent les doctrines impies de Manichée et dont le jeûne même est un crime. Pour faire injure au Créateur, ils ont horreur de la chair, et ils prétendent qu'on se souille en mangeant des viandes qui, disent-ils, n'ont point été créées par Dieu, mais par le démon. Dieu est la Créateur de toutes choses et tout ce qu'Il a créé est bon; c'est Lui " qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s'y trouve" (Ac 14,15). Tout ce qui a été destiné à la nourriture de l'homme est pur et sain selon la qualité de son espèce. Si l'on en fait abus, c'est l'abus seul qui déshonore les gourmands et les ivrognes; et il ne faut point s'en prendre à la qualité de la viande ou de la boisson."Tout est pur pour ceux qui sont purs; mais rien n'est pur pour ceux qui sont souillés et incrédules, leur intelligence et leur conscience sont souillées" (Tit 1,15).

Vous, bien-aimés, qui êtes les enfants de l'Église catholique, vous que le saint Esprit a instruits de la vérité, soumettez votre liberté aux lois de la raison; et restez persuadés que si c'est une chose louable de s'abstenir même des choses qui sont permises et de se priver de certains aliments pour vivre plus chastement, on ne doit pas pour autant condamner la nature de ces aliments. Aussi n'ayez rien de commun avec les manichéens ni avec leur doctrines; leur abstinence ne sert qu'à les rendre plus impurs; ils adorent la créature et lui rendent le culte souverain, au lieu de le rendre au Créateur. Dans leur folie, ils jeûnent en l'honneur des astres; tous ceux que l'on verra jeûner le dimanche et le lundi en l'honneur du soleil et de la lune, qu'on les mette sans hésiter au nombre des manichéens; cette superstition criminelle les rend doublement impies, doublement profanes, ces hommes qui jeûnent en l'honneur des astres et au mépris de la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ. Ils rejettent les bienfaits du mystère de la rédemption du genre humain; ils nient l'incarnation de notre Seigneur Jésus Christ, et n'ajoutent pas plus de foi à sa mort qu'à sa résurrection. Aussi tâchent-ils de condamner, par la tristesse de leur jeûne, la joie que nous éprouvons d'un mystère si glorieux. Ils assistent à nos cérémonies pour cacher leur infidélité et pour mieux se dérober à nos regards; ils participent avec nous à la communion des sacrements; ils présentent une bouche indigne pour recevoir le Corps du Christ; cependant ils refusent de boire son Sang précieux. Je veux en avertir votre sainteté, afin qu'à l'aide de ces indices vous puissiez reconnaître ces hommes, et que l'autorité épiscopale puisse chasser de la société des hommes ceux dont vous aurez découvert l'hypocrisie sacrilège. C'est de cette sorte de gens dont le bienheureux apôtre Paul avertit l'Église de Dieu de se garder, lorsqu'il dit:"Je vous exhorte, frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales, au préjudice de l'enseignement que vous avez reçu. Éloignez-vous d'eux. Car de tels hommes ne servent point Christ notre Seigneur, mais leur propre ventre; et, par des paroles douces et flatteuses, ils séduisent les coeurs des simples"(Romains 16, 17,18).

Je vous ai donné d'assez fréquents avis, bien-aimés, afin de vous prévenir contre cette secte exécrable, pour vous croire suffisamment avertis. Disposez-vous à passer dans une pieuse dévotion les saints jours du Carême; et préparez-vous par des oeuvres de miséricorde à recevoir les fruits de la Miséricorde divine. Sachez dompter votre colère; ne nourrissez plus de haines dans vos coeurs; aimez-vous et honorez-vous les uns les autres avec une humilité sincère. Commandez avec justice à vos esclaves et à ceux qui vous sont soumis; ne les faites pas jeter en prison; ne les chargez pas de chaînes; que les injures soient oubliées; que les offenses soient pardonnées; que la bonté succède à la sévérité, la douceur à la colère, la paix à la discorde. Que tout le monde nous trouve doux, modeste et bienveillants, si nous voulons que nos jeûnes soient agréables à Dieu. C'est Lui offrir le sacrifice d'une véritable abstinence et d'une piété sincère, que de s'abstenir de tout péché. Gardons-nous aussi d'avoir rien de commun avec les ennemis de la Croix de Jésus, de peur que la sainteté des fidèles ne soit souillée par le contact des impies. Que la lumière soit séparée d'avec les ténèbres, et que les fils de la vérité s'éloignent des enfants du démon. Il ne faut apporter rien d'impur, ni introduire rien de profane dans le Temple du Seigneur qui est l'Église de Jésus Christ. Après avoir purifié notre coeur de toutes ses souillures, il faut nous sanctifier par le jeûne et servir de demeure éternelle au saint Esprit, qui daigne toujours nous posséder et nous diriger quand nous avons fait pénitence de nos fautes, et qu'elles nous ont été remises. Nous jeûnerons ainsi le lundi, le mercredi et le vendredi, et le samedi nous célébrerons les vigiles dans l'église du bienheureux apôtre Pierre, qui ne cesse de veiller sur le troupeau qui lui a été confié, et qui obtiendra notre salut par la Grâce de Dieu tout-puissant, qui est un seul Dieu et une seule Puissance avec le Fils et le saint Esprit et qui règne dans les siècles des siècles. Amen.

LA FAIM EN FRANCE

500 000 personnes ne mangent pas leur faim en France : conséquence de l'extension de la précarité qui touche 5% de la population française.
Cette situation a été qualifiée "d'alarmante" lors d'un colloque en novembre dernier sur la situation alimentaire des plus démunis. Selon la Fédération française des banques alimentaires 7 à 8 % des personnes aidées sautent des repas ou n'en prennent qu'un par jour. En outre, depuis plusieurs années, les associations témoignent que chez les familles en grande pauvreté, l'alimentation quotidienne se résume à des féculents, du pain, du café et du lait.
Dans : PROSTITUTION ET SOCIÉTÉ (n° 104)

LES SAINTS DE MYTILENE : RAPHAEL, NICOLAS ET IRENE

Un peu plus loin de la ville d'eau, Thermi, se trouve la colline de Karyès que l'on appelait autrefois la Vierge de Karyès. A cet endroit il y avait quelques pierres sculptées et la terre embaumait. De père en fils et sans en connaître la raison, on avait coutume d'allumer une veilleuse à huile et de célébrer la Liturgie une fois par an, le Mardi de Pâques.

Cette colline porte aussi le nom le moine selon la tradition. Cette désignation lui fut attribuée grâce à d'une apparition surnaturelle. D'innombrables personnes dignes de confiance voyaient périodiquement un moine errer dans ces lieux à plusieurs reprises avec un encensoir dans la main et disparaître dans une lueur.

Les chrétiens n'étaient pas les seuls à voir le moine mais les Turcs aussi. En 1917, des Turcs notables qui possédaient des oliveraies sur la colline de Karyès ont chargé un gendarme de Thermi, Eustrate Sitaras, de faire une enquête pour éclaircir ce mystère, mais peu de temps après ils ont interrompu eux mêmes l'enquête car Arif-Effeni a déclaré qu'il était inutile que l'enquête ne continua, parce qu'ils ont constaté, "de leurs propres yeux," qu'ils s'agissait d'apparition surnaturelle.

Dans ce lieu sacré de Karyès, il y avait l'oliveraie du seigneur Turc Hasan-Beï, dans laquelle se trouvait une chapelle abandonnée, dédiée à la Mère de Dieu et qui avait seulement un vieux chêne et un morceau de marbre cassé comme autel. Les habitants de Thermi avaient pris l'habitude, par tradition, de monter tous les Mardis de Pâques et de célébrer la Liturgie solennelle sans que le propriétaire turc les empêcha aucunement.

Les habitants de Thermi n'ont cessé d'être témoins de manifestations surnaturelles et surtout les bergers qui menaient paître leurs troupeaux à proximité. Ils voyaient la chapelle inondée de lumière à plusieurs reprises et entendaient des sons de cloche et des chants sacrés. Une femme m'a raconté, quand son mari faisait paître ses moutons en ce lieu et y envoyait leurs enfants, elle l'en empêchait, car lui-même avait l'habitude de voir le moine, mais les enfants, eux, auraient pris peur.

Il existe de nombreux récits émouvants venant d'hommes dignes de crédibilité concernant le lieu sacré de Karyès. La légende disait aussi que, jadis, vivaient des moines en ce lieu qui furent tués par des Turcs, mais personne ne savait indiquer l'époque exacte ainsi qu'il existait longtemps avant l'arrivée des moines un monastère qui fut anéanti. Les habitants de Thermi ont été convaincus du caractère sacré de ces lieux, autant par la légende que par les témoins oculaires, des phénomènes surnaturelles sur la colline de Karyès. Après la guerre de 1920 entre les Grecs et les Turcs, cette oliveraie fut attribuée à une famille de réfugiés du nom de Marangos. Pour réaliser un voeu de leur mère Angélique, Angèle Rallis demanda l'autorisation à Monseigneur le métropolite Jacob d'y bâtir une chapelle.

Le 3 Juillet 1959, pendant l'excavation des fondations, les ouvriers dirigés par Doukas Tsolakis trouvèrent une sépulture dans laquelle se trouvaient des ossements qui embaumaient, d'après leurs dires. La tête reposait sur une pierre de forme ronde en guise d'oreiller et se trouvait à une distance de 30 cm du reste du corps et il lui manquait la mâchoire inférieure, à l'emplacement de laquelle on avait posé une céramique d'origine byzantine sur laquelle on avait gravé une croix. Les mains étaient croisées sur la poitrine. Ils ont prévenu immédiatement l'autorité religieuse et l'archéologue, monsieur Haridonidis, parce qu'en plus du sépulcre quelques vestiges en marbre avaient été découverts, de l'époque byzantine. L'archéologue confirma l'intérêt archéologique de ces lieux et il interdit toute nouvelle fouille dans un rayon de cent mètres autour de la tombe ainsi que le déboisement.

Des phénomènes surnaturels ont commencé à se produire depuis la découverte de la tombe de cet inconnu qui laissaient perplexes les ouvriers. Doukas Tsolakis réunit provisoirement tous les ossements dans un sac. Mais quand il voulut soulever le sac avec ceux-ci, il lui fut impossible de le déplacer parce qu'il était devenu subitement excessivement lourd. Des bruits inexplicables venaient de ces ossements et une odeur d'encens planait dans l'air. Léonidas Sideras, un ouvrier, qui donna un coup de pied au sac, sentit toute sa jambe s'engourdir et la main d'un autre ouvrier, Doukas Tsolakis, qui tentait de soulever le sac brutalement resta immobile, sans pouvoir le déplacer celui-là étant devenu de plomb, jusqu'au moment où, terrifié, il pensa se signer. Ils avaient invité le pope pour célébrer une Liturgie à la mémoire du défunt. Ce dernier leur dit: "Que voulez-vous que je commémore, puisque je ne sais qui c'est ni quel est son nom!" Durant la nuit le saint apparut au pope et, à diverses autres personnes leur dit qu'il s'appelait Raphaël, qu'il était originaire de l'île d'Ithaque. Il apparaissait à des petits enfants, des adultes, des hommes, des femmes, tantôt en portant des vêtements sacerdotaux d'un membre supérieur du clergé, tantôt d'un simple moine. Bien des fois, des gens qui n'avaient aucun rapport entre eux, faisaient le même rêve, la même nuit . Il leur disait: "Je suis le saint martyr Raphaël; les reliques qui ont été découverts m'appartiennent. J'ai été martyrisé par les Turcs le 9 avril 1463. Je suis le moine qui apparaissait aux gens pendant toutes ces années." Et les apparitions continuaient …

Conformément aux révélations, son histoire est la suivante: Le nom qui lui fut attribué par ses parents, Dionys et Marie Laskaridis, fut Georges. Ses parents étaient des gens très pieux, l'avaient élevé chrétiennement et lui avaient permis d'acquérir une grande culture. Dans sa première jeunesse, il offrit ses services à son pays comme officier, pour une courte durée, entra ensuite dans les ordres comme moine et devint membre du clergé sous le nom de Raphaël. Il servit comme curé et prédicateur à l'église de Saint-Dimitrios-Lombardiaris, à l'Acropole d'Athènes, et, ensuite devint archimandrite et prélat à l'archevêché oecuménique de Constantinople.

Grâce à sa riche culture et à son action dynamique au sein de l'archevêché, , il fut envoyé, selon ses révélations, en mission en France où il rencontra pour la première fois, à Morlaix, le jeune étudiant Nicolas qui était originaire de Salonique. Il était le fils d'un riche notaire que ses parents avaient envoyé faire ses études dans une université française. Les investigations historiques ont démontré qu'au 15e siècle, un peu avant la prise de Constantinople, l'archevêché oecuménique avait envoyé des prêtres cultivés et zélés en France pour assister à un congrès de théologie. Morlaix, qui est une ancienne ville française au passé religieux, possède des anciennes églises du 5e et 6e siècle.

C'est à Morlaix que l'archimandrite Raphaël et Nicolas se rencontrèrent pour la première fois. Le jeune étudiant Nicolas, qui était théssalonicien, profondément ému par l'enseignement chrétien, abandonna la vie mondaine et le suivit. Ils rentrèrent ensemble en Grèce et Nicolas s'engagea dans les ordres et, peu de temps après, fut ordonné diacre. Il est devenu un collaborateur de Raphaël, fidèle et dévoué et, depuis lors, ne se sont plus quittés.

Lorsque la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 eut lieu, les circonstances voulurent qu'ils se trouvèrent en Thrace. En 1454, ils appareillèrent du port d'Alexandropolis en compagnie d'autres réfugiés et débarquèrent à Lesbos qui à l'époque, était libre. Ils accostèrent au petit port de Thermi. Ils s'enquirent immédiatement de l'existence d'un éventuel lieu de retraite pour mener une vie monacale. On lui indiqua alors le monastère dédié à la Nativité de la Toute Sainte qui appartenait jadis à des nonnes et qui fut détruit par des pirates en l'an 1235. Il se trouvait sur la colline de Karyès, au dessus de la ville d'eau de Thermi qui est à une distance de 14 km de la ville de Mytilène. En ces lieux, vivait un moine du nom de Rouvim. Ils créèrent donc une petite communauté dirigée par saint Raphaël qui vécut dans la paix et la concorde durant neuf ans. Entre-temps, le frère Rouvim mourut et fut remplacé par un autre moine du nom de Stavros. Le supérieur Raphaël entretenait des relations fraternelles, d'après ses révélations, avec le notable ainsi que l'instituteur de Thermi.

Une femme pieuse, du nom de Melpomène, avait érigé ce monastère en 1433 sur les ruines de l'ancien monastère détruit par les pirates le 11 mai 1235. Les trente religieuses subirent une mort de martyr ainsi que leur mère supérieure Olympie, qui fut torturée et crucifiée. On lui enfonça de grands clous dans son crâne et dans son corps.

Melpomène, ayant fait voeu à la Vierge Marie qui guérît miraculeusement son fils Akindynos, offrit une partie de sa fortune pour l'entretien du monastère et son fils pour le servir.

Donc, ici, ont vécu paisiblement neuf années de leur vie, saint Raphaël et saint Nicolas car l'île de Mytilène était encore libre grâce aux souverains génois qui versaient tous les ans un tribut à Mahomet le Conquérant. Mais Mahomet s'en est emparé à la suite d'un siège qui dura 17 jours (le 17 septembre 1462) malgré la grande résistance de ses habitants.

Les turcs n'attaquèrent pas immédiatement le monastère. Six mois après leur invasion en avril 1463, pendant la Semaine sainte, un soulèvement eut lieu à Thermi et cela provoqua une agitation qui poussa les chrétiens à 'aller se réfugier à Karyès pour fuir le courroux des Turcs. Parmi eux se trouvaient l'instituteur Théodore avec le notable Basile et sa famille.

La dernière fois que saint Raphaël a célébré la Liturgie fut un Jeudi saint. Le Vendredi saint, les Turcs montèrent au monastère, s'emparèrent du supérieur Raphaël, du diacre Nicolas, de la famille du notable et de l'instituteur. Les autres réussirent à se cacher dans la montagne. Ils commencèrent alors à les torturer de diverses façons pour les obliger à avouer l'endroit où se cachaient les autres chrétiens. Ils coupèrent la main de la fille du notable, Irène, âgée de 12 ans, devant ses parents ligotés sur un noyer et ensuite la mirent dans une jarre et la brûlèrent. Ils coupèrent en morceaux, d'une façon inhumaine, le notable Basile, son père, Marie, sa mère, et l'instituteur Théodore. Ils traînèrent saint Raphaël de force par les cheveux et la barbe, et le battirent sauvagement, le transpercèrent avec leurs lances, le pendirent à l'envers sur un noyer et lui scièrent la bouche en lui séparant la mâchoire inférieure le jour du Mardi de Pâques.

Saint Nicolas, qui était ligoté sur un noyer, les voyant scier son bien-aimé supérieur eut une syncope à la vue des premières lances qui le transpercèrent. C'était le 9 avril 1463. Ensuite ils mirent le feu au monastère et ils partirent.

La nuit suivante, quelques chrétiennes pieuses avec l'intendant Akindinos et le troisième moine qui survécut, ensemble, avec un vieux prêtre du village, ensevelirent secrètement les martyrs, le supérieur dans les ruines de l'église et les autres dans le parvis.

Les saintes reliques ont été découvertes miraculeusement et d'innombrables événements s'ensuivirent dans ces lieux.

L'histoire, jusqu'alors, du monastère, révélée par le saint lui-même, a laissé tout le monde perplexe parce que la pioche a confirmé l'existence de ces dons célestes. Comment ne pas s'émerveiller puisqu'ils ont mis le doigt sur les stigmates? La pioche faisait apparaître au grand jour tout ce que le saint indiquait. Comment ne pas croire? Puisque toute ce que le saint révélait, se réalisait! Il a dit: "un lundi pluvieux vous trouverez la tombe de saint Nicolas. Bien que ce 13 juin était un jour ensoleillé, le ciel s'est couvert de nuages et ils s'est mis à pleuvoir. Le même jour, à côté de la tombe de saint Nicolas, selon les indications du saint, fut découvert le sceau de plomb qui est du 4e siècle et sur lequel figurent d'un côté la Vierge et de l'autre l'archange Michel. Selon le constat de l'archéologue qui l'a apporté au musée, il s'agit d'un sceau byzantin venant du siège patriarcal et accordant des privilèges à ses détenteurs.

Les vestiges de l'ancienne église furent découverts également. Le saint a indiqué l'emplacement exact des tombeaux des autres martyrs. La jarre dans laquelle fut martyrisée la petite Irène, la tombe de l'instituteur Théodore, les deux tombeaux du notable Basile et celui de sa fille, la petite Irène, avec les reliques calcinées de la sainte.

Une semaine avant, on avait découvert l'ancienne église avec des fresques sur ses murs en ruines et avec son pavé en dalles rouges. On a découvert la galerie de l'eau bénite et l'icône du Tout-Puissant en forme de médaillon. A côté de l'icône il y avait quelques feuilles de parchemin avec les ornements d'un évangile manuscrit ainsi que quelques morceaux de bois qui devaient appartenir à l'ancienne icône. Les feuilles en parchemin se sont réduits en poudre au contact de l'air.

L'icône, qui fut découverte et représente le Christ est de forme ronde et elle est en relief. Il semble qu'elle faisait usage de médaillon parce qu'il y avait un trou sur la partie supérieure. Elle était dorée car, à certains endroits creux de sa surface la dorure était bien conservée. Elle représente le Christ Tout-puissant, comme le portrait du Christ que l'on peint dans la coupole des églises. Il est enveloppé d'un habit à larges plis. Il bénit le monde de sa Main droite et serre, sur sa Poitrine de la Main gauche, le saint évangile. Ce médaillon est une excellente oeuvre du 14e siècle, d'art byzantin. Les habitants de Thermi étaient bouleversés et montèrent avec curiosité voir la lumière du monde dont le saint avait annoncé la découverte.

Très souvent, de nombreuses personnes voyaient ces signes miraculeux que la pioche mettait à jour. De nombreux objets anciens, en terre cuite, furent découverts pendant les fouilles: des coupes, des burettes à l'huile, des encensoirs, des vases en argile et une cuvette d'argile cassée sur laquelle on avait gravé des croix. On avait découvert également de petits fragments d'hagiographies de l'époque où vivaient les saints ainsi que quelques anciennes pièces de monnaies byzantines dont une était à l'éffigie de l'archange Michel.

Saint Raphaël révéla l'endroit où se trouvait sa mâchoire qui manquait dans sa tombe en disant que les chrétiens effrayés qui l'avaient enseveli la nuit, n'avaient pas prêté attention à sa mâchoire tranchée qui était tombée au pied de l'arbre quand on le sciait, pour l'enterrer avec le reste de son corps. Effectivement ,elle fut découverte à l'emplacement exact qu'il avait indiqué.

La tombe de la supérieure Olympie qui fut martyrisée en 1235, quand les pirates détruisirent l'ancien monastère dédié à la Toute Sainte et massacrèrent les religieuses, fut également découverte. Trois gros clous ont été retrouvés dans son crâne, deux aux oreilles et l'autre à la mâchoire. D'autres clous ont été découverts parmi ses ossements qui sont conservés et gardés dans la châsse avec ses reliques.

Pendant l'excavation des fondations de l'église actuelle de saint Raphaël à une profondeur assez importante et sous les ruines de l'ancienne église, les fondements d'un énorme mur furent découverts, qui appartient, selon l'archéologue, à la précédente grande église qui fut détruite en 1235.

Ainsi les fouilles ont confirmé toutes ces révélations. Le saint a révélé que les Turcs les avaient mis à mort le 9 avril 1463 à l'aube du mardi qui correspondait au Mardi de Pâques. Les habitants de Thermi avaient conservé à travers les âges la coutume de considérer ce jour comme un anniversaire religieux, sans en connaître la signification.

En suivant l'ancienne coutume, ils y montaient tous les Mardis de Pâques et célébraient une Liturgie sous un grand chêne qui se trouvait au milieu des ruines de l'ancienne chapelle dédiée à la Nativité de la Vierge. L'investigation, effectuée pour découvrir la date de Pâque en 1463, a démontré, à la stupéfaction générale, que les Pâques de cette année avaient eu lieu le 8 avril. Donc la supplice des martyrs eut lieu dans la nuit du 8 au 9 avril. La commémoration des saints est célébrée tous les ans le Mardi de Pâque car le 9 avril, date anniversaire de leur martyre, survient habituellement au milieu du Carême, pendant la Semaine sainte.

Après tous ces événements et révélations fut construit un monastère selon les plans divins.

Tiré du livre d'Eugenie Clidara :

L'histoire du Couvent de Saint-Raphaël (Thessalonique 1990)