Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 55

DÉCEMBRE 1993

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 

HOMÉLIE

LES ABLUTIONS DE L'ENFANT JÉSUS

L'APOTRE ANDRÉ A PATRAS

LETTRE DE L'EX-MINISTRE DU ROYAUME JUGOSLAVIE,

SUR LE RESPECT DES FIDELES

LE PARADIS - RÉALITÉ ET IMAGE

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS

LETTRE DE SAINT BASILE LE GRAND

Ceux qui ignorent les choses du Seigneur sont ignorés du Seigneur.

saint Grégoire le Grand (Pastorale I,1)

HOMÉLIE
pour la salutaire Nativité dans la chair de notre Seigneur, Dieu, et Sauveur Jésus Christ

de saint Grégoire Palamas

 

Aujourd'hui nous fêtons l'accouchement virginal; et mon discours s'élèvera, par nécessité, conformément à la grandeur de cette fête, et pénétrera dans le mystère, autant qu'il est possible, qu'il est permis, et que le temps s'y prêtera, pour que moi aussi je révèle une part de la puissance qui réside en ce mystère. Pour vous, frères, je vous en prie, tendez et élevez tous ensemble votre intelligence; afin qu'enflammée depuis les lieux très-hauts de la divinité, elle s'attache parfaitement, avec plus de force, la lumière de la divine connaissance; car aujourd'hui je vois le ciel et la terre recevoir un même honneur, et la voie qui monte d'ici-bas à ce qui se trouve au-delà de l'univers, rivaliser avec la condescendance du monde supérieur. Oui, s'il existe un ciel des cieux, si des eaux très élevées recouvrent les étendues célestes, et s'il existe un lieu, ou un état, ou encore un ordre par-delà ce monde, rien de tout cela n'est plus admirable, ni plus honorable, que la grotte, la crèche, les vases pour les ablutions, et les langes de nourrissons, car rien, parmi les événements qui se sont déroulés depuis les siècles sous le regard de Dieu, n'est plus profitable à chacun, ni plus divin, que ce qui touche à la Naissance du Christ, que nous fêtons aujourd'hui.

Oui, le Verbe prééternel, incirconscrit, le Maître de l'univers, comme un vagabond, un sans-abri, un sans-demeure, est aujourd'hui enfanté dans une grotte; comme un nourrisson Il est déposé sur une crèche, Il est vu par des yeux, il se laisse toucher par des mains, Il est enveloppé de langes; ce n'est pas une substance intelligente qui n'existait pas encore, qui vient dans la création, ce n'est pas une chair destinée à se dissoudre peu après, qui est introduite dans le devenir, ce ne sont pas une chair et un intellect qui se joignent l'un à l'autre dans l'unité et l'organisation d'un être vivant, mais Dieu et la chair mêlés sans confusion par un intellect dans l'existence d'une seule hypostase divino-humaine, qui jusque-là était cachée dans le sein virginal en qui, et à partir de qui, par la bienveillance du Père et la coopération de l'Esprit, le Verbe suressentiel est venu à l'être. A présent, Il est délivré du ventre et engendré comme nourrisson, n'effaçant pas, mais au contraire gardant incorruptibles les signes de la virginité, enfanté sans passion car conçu sans passion; en effet, celle qui L'a enfanté s'est révélée supérieure au plaisir passionnel durant la gestation ainsi qu'aux pénibles douleurs pendant l'enfantement: "avant que le travail des douleurs vînt sur elle, elle leur échappa" (Is 66,7), selon la parole d'Isaïe, et elle enfanta dans la chair le Verbe prééternel, de la divinité duquel, non seulement on ne peut découvrir les traces, mais encore dont le mode d'union avec la chair est inconcevable, la condescendance insurpassable; enfin, la sublimité divine et ineffable de son adjonction à notre chair dépasse toute intelligence et toute parole, au point de ne pouvoir admettre la moindre comparaison avec le créé. Car bien que l'on puisse regarder avec des yeux de chair Celui qui a été enfanté d'une jeune femme n'ayant pas connu l'homme, l'Écriture refuse toute comparaison en ces termes: "tu es éclatant de beauté parmi les fils des hommes" (Ps 44,2); il n'est pas dit, en effet: 'plus éclatant", mais simplement "éclatant", pour ne pas comparer l'incomparable, la nature divine, avec le commun des mortels.

"Dieu, ton Dieu, t'a oint d'une huile d'allégresse, comme Il ne l'a jamais fait à nul de ceux qui participent à toi" (Ps 44,8). Le même est Dieu et homme parfait; le même est le Dieu qui oint, et l'Oint. Il est écrit en effet: "Dieu, ton Dieu, t'a oint"; oui, c'est en tant qu'homme qu'est oint le Verbe issu de Dieu le Père, et Il est oint par l'Esprit qui Lui est coéternel et connaturel; car Celui-ci est l'huile d'allégresse. C'est pourquoi encore le même Dieu est l'onction divine et l'Oint. Car bien qu'Il soit oint en tant qu'homme, Il a cependant en Lui, en tant que Dieu, la source de l'onction. C'est pourquoi le divin prophète a vu et annoncé à l'avance que ceux qui participent à Lui sont tous des oints de Dieu. Oui, il appartient à Dieu seul de ne pas participer, mais d'être participé, et d'avoir pour participant quiconque est dans l'allégresse, en l'Esprit. Et tel est celui qui à présent est enfanté dans une grotte misérable, et que nous louons, Lui, le nourrisson déposé dans la crèche.

En effet, celui qui a tout tiré du non-être, les réalités terrestres et les célestes, voyant que par leur désir d'être plus, ses créatures raisonnables sont devenues vaines, Se donne Lui-même à elles dans sa Grâce ; Lui à qui rien n'est supérieur, ni égal, de qui rien même n'est proche, Il se présente à qui désire participer à Lui; afin que nous puissions par la suite user sans danger de ce désir d'être plus à cause duquel, au commencement, nous fûmes cernés par un péril extrême, et que chacun d'entre nous désirant devenir Dieu, nous ne soyons pas seulement innocentés, mais obtenions la satisfaction de notre désir. Il abolit merveilleusement le motif de notre chute originelle, c'est-à-dire le supérieur et l'inférieur observables dans les êtres, ainsi que la jalousie et la ruse qui s'ensuivent, et les luttes visibles et invisibles. Car le prince du mal, voulant n'être inférieur à aucun des anges, mais voulant au contraire s'assimiler, en excellence, au Créateur Lui-même, se chargea le premier de la faute extraordinaire dont personne encore n'avait pris l'initiative. Puis, comme il s'était jeté sur Adam par jalousie et l'avait précipité par ruse au fond de l'enfer dans un même élan, il devint difficile d'en rappeler Adam, et celui-ci eut besoin de l'avènement extraordinaire de Dieu qui s'est accompli aujourd'hui pour son rappel. Mais le prince du mal avait rendu sa propre déchéance une fois pour toutes irrémédiable, car il n'avait pas acquis l'orgueil par participation, mais était devenu le mal en soi et la plénitude du mal, et se présentait à ceux qui y consentaient, pour les faire participer au mal. Par conséquent, Dieu a récemment jugé bon d'abolir le motif de l'orgueil qui avait renversé ses créatures; aussi rend-Il toute chose semblable à Lui. Et puisque par nature Il est égal à Lui-même et reçoit le même honneur, Il rend aussi sa créature égale à elle-même, et recevant le même honneur, par grâce. Comment cela? Dieu le Verbe issu de Dieu, S'est dépouillé ineffablement, Il est descendu des hauteurs jusqu'à l'extrême de l'humain, Il a assumé la même pauvreté que nous; ainsi, des réalités inférieures, Il fit des supérieures, ou plutôt, Il rassembla les deux en un, mêlant l'humanité à la divinité, et montra de la sorte à tous que la voie qui conduit vers les réalités supérieures est l'humilité, en S'offrant Lui-même en exemple aux hommes et aux saints anges, aujourd'hui.

Par là les anges aujourd'hui ont reçu l'immuable, ayant appris du Maître que le chemin, pour s'élever vers Lui et Lui ressembler, n'est pas l'orgueil, mais l'humilité; par là, les hommes ont la possibilité de se corriger aisément, sachant que la voie du rappel est l'humilité; par là, le prince du mal, qui en réalité n'est guère qu'une vaine fumée, a été confondu de honte et a été abattu, lui qui semblait d'abord se maintenir fermement, avoir quelque valeur; de sorte qu'après avoir asservi et renversé les uns par le désir d'être plus, après avoir espéré en entraîner d'autres dans la démesure de son fol orgueil, il a été tourné en dérision, pleinement confondu par ceux qu'il avait auparavant trompés avec malignité. Et à présent qu'est né le Christ, il est piétiné par ceux-là mêmes qui gisaient auparavant sous ses pieds, car ils n'ont pas, désormais, des sentiments d'orgueil extrême, comme supposait le malfaisant, mais sont au contraire attirés par ce qui est humble (cf. Rom 2,16), comme le Sauveur l'a enseigné dans ses oeuvres; et grâce à l'humilité, ils obtiennent d'être élevés au-delà du monde.

C'est pourquoi le Dieu qui trône sur les chérubins, se présente sur la terre, aujourd'hui, comme un nourrisson., Lui que ne peuvent contempler les chérubins aux six ailes, non seulement parce qu'ils ne peuvent voir sa Nature, mais parce qu'ils ne peuvent même pas soutenir des yeux l'éclat de sa Gloire, - aussi se recouvrent-ils les yeux de leurs ailes, - c'est Lui que l'on voit avec nos sens, et qui se présente à nos yeux de chair, devenu chair. Lui qui délimite toute chose, et n'est délimité par rien, est circonscrit par une crèche rudimentaire, et petite. Lui qui contient et étreint tout dans sa Main, est entouré de menus langes et serré par des noeuds ordinaires. Lui qui possède la richesse de trésors inépuisables, se soumet volontairement à une pauvreté telle qu'il n'y a pas de place pour Lui à l'hôtellerie. Ainsi entre dans la grotte, et est enfanté dans ces conditions, Celui qui a été engendré par Dieu hors du temps, impassiblement, et sans commencement. De plus, ô miracle! non seulement Lui qui est connaturel au Père très-haut, se revêt par sa Naissance, de notre nature qui gisait au plus bas, non seulement Il se soumet à cette suprême pauvreté, naissant dans une grotte misérable, mais encore, Il reçoit l'ultime condamnation de notre nature alors même qu'Il est encore dans le sein, Il se joint à ses serviteurs et se fait recenser avec eux, Lui qui par nature est maître de l'univers, sans nullement considérer la servitude comme un état plus déshonorant que la souveraineté, mais bien plutôt en rendant les serviteurs plus honorables que le maître qui régnait alors sur la terre, à condition qu'ils comprennent, et se soumettent à la grandeur de la grâce: car l'homme qui croyait alors être le maître de la terre n'est pas recensé avec le Roi des cieux; seuls le sont ceux qu'il tient en son pouvoir; ce n'est donc pas le souverain de la terre qui alors est recensé avec eux, mais celui du ciel.

David, ancêtre de Dieu grâce à Celui qui à présent est enfanté dans sa patrie, chante quelque part à Dieu: "tes mains m'ont créé et modelé, donne-moi l'intelligence et j'apprendrai tes commandements" (Ps 68,73). Pourquoi dit-il cela? Parce que seul Celui qui a modelé l'homme prodigue la véritable intelligence. Et l'homme instruit, comprenant l'honneur que notre nature, façonnée par ses Mains à sa propre Image, a reçu de Dieu, cet homme, ayant pris conscience de son Amour pour l'homme, accourra vers Lui, écoutera et apprendra ses commandements: combien plus le fera-t-il, s'il comprend autant que c'est possible, le grand mystère de notre remodelage et de notre rappel? Car Dieu a modelé de sa Main notre nature, à partir de la terre, et insufflé en elle la vie venant de Lui-même, Lui qui avait amené à l'être tout le reste en un seul mot, et Il l'a créée rationnelle et maîtresse de sa conscience, libre même de gouverner ses propres pensées, elle fut abusée par le conseil du malin, et ne put tenir tête à ses machinations; elle ne garda pas ce qui est naturel, mais glissa vers ce qui est contre-nature. C'est pourquoi, à présent, Dieu ,ne se borne pas à remodeler merveilleusement de ses Mains notre nature, mais la contient en Lui; Il ne l'assume pas seulement pour l'arracher à la déchéance, mais la revêt ineffablement, en s'unissant sans séparation, d'une femme, pour assumer la même nature, qu'Il avait modelée en nos ancêtres, d'une vierge, pour créer un homme nouveau.

Car s'Il était né d'une semence, Il n'aurait pas été un homme nouveau; étant de l'ancienne frappe, et héritier de la faute, Il n'aurait pu recevoir en Lui la plénitude de la divinité intacte, et devenir une source intarissable de sanctification. Ainsi, non seulement Il n'aurait pu laver par la profusion de sa Puissance, la souillure, due au péché, de nos premiers pères, mais Il n'aurait pas même pu pouvoir à la sanctification de ceux qui ont vécu par la suite. de même, en effet, que l'eau présentée dans un vase ne suffit pas à rassasier la soif continuelle d'une ville très importante, mais que celle-ci doit avoir sa propre source entre ses murs (car ainsi, elle ne sera jamais livrée aux ennemis par la soif), de même ne pouvait pourvoir à la sanctification continuelle de tous, ni un homme, ni un ange ayant acquis par participation la grâce de sanctifier; mais la création avait besoin d'une fontaine ayant en elle-même sa source, de telle sorte que ceux qui s'en approchent et s'en rassasient ne soient jamais vaincus par les conséquences des faiblesses et des privations innées à la création. Aussi n'est-ce pas un ange, ni un homme, mais le Seigneur Lui-même qui est venu nous sauver, devenant homme pour nous et par nous, et demeurant Dieu sans changement. Car édifiant dès maintenant la nouvelle Jérusalem, relevant pour Lui-même le temple avec des pierres vivantes, et nous rassemblant en une Église sainte et universelle, Il établit sur son fondement, - qui est le Christ (cf. Ep 2,20), - la source inépuisable de la grâce. Oui, la vie plénière, souveraine et éternelle, la nature toute-sage et toute-puissante, s'unit à la nature qui avait été trompée à cause de son imprudence, qui à cause de sa faiblesse était asservie au malin, et qui, par son manque de vie divine, gisait au plus profond de l'enfer; de sorte qu'elle peut produire en elle la sagesse, la puissance, la liberté, et une vie sans fautes.

Et voyez les symboles de cette union ineffable, du profit immédiat qui s'ensuit même pour ceux qui étaient dispersés au loin: l'étoile fait route avec les mages, s'arrêtant quand ils se déplacent; ou plutôt, elle les entraîne et les appelle sur la voie, leur ouvrant le chemin et les conduisant, s'offrant elle-même comme guide aux mages qui se déplacent, leur accordant de temps à autre un repos naturel et demeurant sur place pour ne pas les abandonner ni les affliger par l'absence de sa gloire en interrompant sa mission conductrice. Or le fait est qu'elle ne les a pas peu affligés, en se cachant à eux lorqu'ils parvinrent à Jérusalem (cf. Mt 2,9). Pourquoi donc se cacha-t-elle, une fois qu'ils furent en ce lieu? Pour faire d'eux, par les questions qu'ils poseraient, des hérauts insoupçonnables du Christ né ce jour-là dans la chair. Et s'ils ont jugé digne d'apprendre des Juifs où le Christ était né selon les saintes prophéties de la loi et des prophètes, mais à atteindre l'enseignement venant du ciel, pour que nous ne tombions plus loin de la grâce et de l'illumination déversées d'en haut sur nous. Or lorsqu'ils sortirent de la ville, l'étoile leur apparut à nouveau et les réjouit; elle les conduisit en les précédant "jusqu'à ce qu'elle vînt s'arrêter au-dessus du lieu où était l'enfant" (Mt 2,9), adorant pleinement avec eux ce nourrisson à la fois céleste et terrestre. Et c'est elle qui les offrit comme premier présent à Dieu enfanté sur la terre. Pour ces raisons, Isaïe dit de la nation assyrienne: "et le premier peuple devant Dieu, en ces jours-là, sera celui des Assyriens, et après eux, les Égyptiens; le troisième sera Israël" (Is 19,1,23-24) comme cela s'est réalisé aujourd'hui, nous le voyons: oui, à l'adoration des mages a immédiatement succédé la fuite de Jésus en Égypte, par laquelle Il détourna des idoles les Égyptiens. Après son retour de ce pays, le peuple de Dieu, digne d'acquisition, fut élu du milieu d'Israël. Tout cela, Isaïe l'a clairement proclamé à l'avance. Et les mages se prosternèrent, présentant de l'or, de l'encens et de la myrrhe à Celui qui par la mort, - dont la myrrhe était le symbole, - nous a gratifiés de la Vie divine, - dont l'encens était une image, - et de la divine illumination, - que représentait l'or offert au dispensateur de la gloire éternelle. Pour Celui qui est né aujourd'hui, même les bergers constituent un choeur commun avec les anges, et ils chantent ensemble le même chant, frappant une commune cadence; et ce n'étaient pas les anges qui prenaient les flûtes d'entre les mains des berges, mais les berges eux-mêmes qui resplendissaient de la lumière des anges et se trouvaient au milieu de l'armée céleste, et apprenaient des anges l'hymne céleste, ou plutôt céleste et terrestre à la fois. Car ils disent: "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre" (Lc 2,14): en effet, à présent, Celui qui demeure dans les lieux très-hauts, le Maître des hauteurs célestes, a pour trône la terre; Il reçoit sur celle-ci une glorification égale à celle que Lui adressent là-haut les saints et les anges.

Mais quelle est la cause de cette glorification commune des anges et des hommes, et quelle est cette bonne nouvelle louée en tout lieu par les berges et par tous les hommes avec une si grande réjouissance? "Voici, est-il dit, je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie qui est donnée à tout le peuple" (Lc 2,10). Qu'est-ce à dire, et quelle est cette joie universelle? Écoutez jusqu'au bout le chant de la bonne nouvelle, et comprenez: "paix, dit-elle, et bienveillance parmi les hommes" (Lc 1,14) Oui, le Dieu qui était en colère contre le genre humain, et qui l'avait exposé à de terribles malédictions, est venu dans la chair, pour offrir sa Paix aux hommes et les réconcilier avec le Père très-haut. Car "voici, est-il dit, Il n'a pas été engendré pour nous, les anges, même si à présent, Le voyant sur la terre, nous le louons comme dans les cieux, mais pour vous les hommes, ce qui signifie: par vous et pour vous un Sauveur est né le Christ Seigneur, dans la ville de David". Mais que signifie cette "bienveillance" ajoutée à la paix, puisqu'il est dit "paix et bienveillance parmi les hommes"? Dieu a déjà montré aux hommes des signes de paix. Oui, avec Moïse, "Il parlait comme un homme parlerait son ami" (Ex 33,11); quant à David, "Il l'a trouvé selon son coeur" (Ps 88,21), et Il a offert des symboles de paix à toute la nation des Juifs quand Il descendit pour eux sur la montagne et leur parla par le feu et la ténèbre. Mais ce n'était pas par bienveillance: car la bienveillance désigne la Volonté de Dieu, qui se complaît en elle-même, primordiale et parfaite. Or ce n'est pas la Volonté primordiale et parfaite de Dieu, que l'action bienfaitrice à l'égard de quelques hommes ou d'une seule nation, quand cette action, de plus, n'est pas achevée. Aussi Dieu a-t-Il appelé beaucoup d'hommes ses fils, mais Il n'en est qu'un en qui "Il a mis sa Bienveillance"; de même, souvent Il a donné sa Paix; or il n'y a qu'une paix qui soit accompagnée de bienveillance, celle qui est donnée par l'Incarnation de notre Seigneur Jésus Christ, parfaite et immuable, à l'ensemble du genre humain et à tous ceux qui la désirent.

Cette paix, frères, gardons-la avec nous, de toute notre force: car nous l'avons reçue comme un héritage de Celui qui vient d'être enfanté, notre Sauveur, et qui nous a donné l'esprit de l'adoption par laquelle nous devenons héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ (cf. Rom 8,17). Soyons donc en paix avec Dieu en accomplissant les oeuvres qui Lui sont agréables, l'intégrité, la vérité, l'action juste, "l'assiduité dans les prières et les supplications" (Ac 1,14), "en chantant et célébrant le Seigneur dans nos coeurs" (Eph 5,19), sans nous limiter à le faire avec nos lèvres. Soyons en paix avec nous-mêmes en soumettant la chair à l'esprit, en choisissant un art de vivre accordé à notre conscience, et en mouvant le monde intérieur de nos pensées avec mesure et saintement. Car c'est ainsi que nous mettrons fin à la véritable guerre civile, celle qui a lieu en nous-mêmes; soyons en paix les uns avec les autres, en nous supportant et nous pardonnant mutuellement si nous avons quelque motif pour nous plaindre d'autrui, tout comme le Christ nous a pardonnés, "en montrant notre mutuelle miséricorde par notre amour mutuel" (Col 3,13), tout comme le Christ, par son seul Amour pour nous, fut miséricordieux et descendit jusqu'à nous, pour nous. Car, ainsi, avec son Assistance et sa Grâce, nous serons rappelés de la déchéance du péché, et recevrons grâce à nos vertus le titre de "célestes"; alors, nous aurons notre communauté dans les cieux (cf. Ph 3,20), d'où nous avons reçu l'espérance, la libération par rapport à la corruption, et la jouissance des biens célestes et éternels, en tant qu'enfants du Père céleste. Puissions-nous tous l'obtenir, lors de l'avènement et de la manifestation glorieuse à venir, de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ, à qui revient toute gloire pour l'éternité. Amen.

A la racine de toutes nos vaines souffrances,

gît la vaine pitié de nous mêmes.

Gustave Thibon

L'APOTRE ANDRÉ A PATRAS

A l'époque apostolique Patras était une ville importante, siège du proconsul Romain et port commercial très actif (côte Nord-Ouest du Péloponnèse). Elle avait des édifices publics imposants et était renommée pour ses ateliers qui fabriquaient le byssus, un lin très fin qui coûtait cher (cf Lc 16,19 et Ap 18,12). L'Odéon romain de Patras s'est conservé jusqu'à aujourd'hui et sert en été à des rencontres de festivals de musique et de poésie. Son musée archéologique est plein de statues et de reliefs de l'époque romains.

Saint André, le frère de saint Pierre, le premier apôtre appelé par le Seigneur, arrive à Patras en descendant des régions nordiques, où il avait réalisé des voyages missionnaires, comme en Bithynie (côte Est de la mer de Marmara, du Bosphore et de la Mer Noire), en Chersonèse, (l'actuelle Crimée), en Thrace orientale, ainsi qu'à la ville de Byzance (ancienne colonie grecque sur la côte européenne à l'entrée du Bosphore, où plus tard fut fondée Constantinople, la capitale de l'empire byzantin). Ainsi saint André, ayant été le premier qui vint enseigner l'évangile dans cette ville, est considéré comme le fondateur de l'Église de Byzance. Avant de partir il a ordonné comme premier évêque de Byzance, Stachys, collaborateur de saint Paul (cf Rom 16,9) *

Saint André est arrivé à Patras après avoir traversé la Grèce du nord au sud, en ordonnant, par-ci par-là, des évêques, comme Philologue, le collaborateur de saint Paul (cf Rom 16,15) qui fut le premier évêque de Sinope (ancienne colonie grecque sur la côte asiatique de la Mer Noire), comme Urbain, un autre collaborateur de saint Paul (cf Rom 16,9), qui devint premier évêque de la Macédoine (Grèce du Nord) etc. (réf. Liste des évêques de Constantinople par Zach. Mathas, Athènes 1884).

En arrivant à Patras saint André reçut l'hospitalité chez un homme gravement malade, qui, après être guéri miraculeusement par le saint apôtre, voulut exprimer sa reconnaissance en le recevant chez lui. Le retentissement de ce miracle dans la ville amena le proconsul Lesvius à devenir chrétien après sa propre guérison miraculeuse. La conversion du proconsul a ému toute la population de Patras et les gens emmenaient leurs malades à saint André pour le guérir. Ainsi tous ces miracles ont aidé sa prédiction à porter du fruit et la communauté chrétienne de Patras augmentait chaque jour. Cependant ces nouveaux chrétiens de Patras ont voulu manifester leur zèle en incendiant des temples païens et en brisant les idoles. Les nouvelles de ces événements arrivèrent à la connaissance de l'empereur à Rome, qui, pour établir l'ordre, a remplacé Lesvius par un autre proconsul : Egéatès.

Le martyre de saint André à Patras est dû à la colère d'Egéatès, quand sa femme Maximilla, son frère Straoclès avec son serviteur et beaucoup d'autres personnes de leur milieu se convertirent au christianisme et reçurent le baptême.

Maximilla ne voulant plus suivre son mari païen, demanda le divorce et Egéatès, furieux d'avoir perdu sa femme, considéra responsable de son malheur saint André. Ainsi il ordonna son emprisonnement, et finalement, après un court procès, sa crucifixion. Il fut attaché sur une croix en forme de X , mais, pas cloué. Pendant quatre jours il était vivant sur la croix et continuait à parler au peuple. Les chrétiens de Patras voyant le supplice du saint, se sont révoltés et s'adressèrent de nouveau à Egéatès en lui demandant de le libérer de ses liens. le proconsul impressionné par la révolte du peuple et le courage du saint, s'approcha de lui pour le libérer. Mais saint André désirait tellement se trouver le plus tôt possible devant le Seigneur, rendit l'âme à Dieu sur la croix. Maximilla l'ensevelit dans sa tombe personnelle.

Le supplice de saint André eut lieu près de la mer, banlieue proche à l'Ouest de la ville actuelle, où se dresse aujourd'hui l'église majestueuse de saint André, dans laquelle on peut vénérer son chef et des fragments de sa croix.

La relique de saint André était restée à Patras jusqu'au IVe siècle quand, par ordre de l'empereur de Byzance Constantius, fils de Constantin le Grand (337-361 après J.C.), fut envoyée à Constantinople pour être gardée dans la fameuse église des Saints-Apôtres, avec celle de saint Luc l'évangeliste, emmenée de Thèbes et celle de saint Timothée envoyée d'Ephèse. Seulement le chef de saint André resta à Patras. *

La croix de saint André était à Patras jusqu'à la IVe croisade qui a occupé Constantinople et la plus grand partie de l'empire byzantin (1204). Pendant leur pillage monstrueux les croisés transportèrent en Occident beaucoup de reliques de saints. C'est alors que la croix de saint André fut transportée à Marseille au monastère de la Baume(selon les archives du ducat de Bourgogne). Pendant la Grande Révolution française, les révolutionnaires athées ont brûlé la croix de saint André. Seulement quelques morceaux ont été sauvé par un religieux. Ces morceaux étaient gardés au monastère de saint Victor à Marseille jusqu'en 1980, quand ils furent rendus à Patras, comme action de bonne volonté de la part du Vatican, dans le cadre du mouvement oecuménique. Pour la même raison il y a quelques années (en 1964) on a envoyé de l'Occident le chef de saint André à Patras, d'où il avait été enlevé, pour être sauvé, par le despote de Mystra Thomas, frère du dernier empereur de Byzance, Constantin Paléologue, pendant sa fuite vers l'Occident lors de l'occupation du Péloponnèse par les Turcs en 1460.

L'église monumentale de saint André à Patras construite sur le lieu de son martyre (près de la source miraculeuse) fut fondée le premier juin 1908 par le roi de la Grèce Georges Ier. On la construisit pendant 70 ans. C'est l'église la plus vaste des Balcans. Le plan initial était celui de l'architecte français Emile Robert, mais il fut adapté aux données de la tradition orthodoxe par le Byzantiniste et architecte grec A. Orlandos et l'architecte grec Georges Nomicos.

Les Grecs honorent beaucoup saint André et tous les ans le jour de la commémoration de son martyre, le 30 novembre, une grande fête religieuse à lieu à Patras.

Comme la ville de Patras se trouve sur le chemin touristique entre Olympie et Delphes, c'est très facile de s'y arrêter, l'endroit de ce grand pèlerinage apostolique, n'est pas encore bien connu en Occident. (L'église de saint André se trouve au bord de la route).

tiré du livre d'Irène Economidès :
Pèlerinages apostoliques en Grèce
Éditions TINOS

* Le plus ancien auteur chrétien qui parle de la crucifixion et de l'enterrement de saint André à Patras, est saint Hippolyte de Rome (170-235 après J.C.)


Dans le but d'équilibrer ce dont les médias nous rabâchent les oreilles sur la guerre en ex-Yougoslavie, et pour faire un peu l'avocat du diable dans le procès de canonisation de l'archevêque Stepinac (ouvert clandestinement en 1981 et rendu public cet été), je publie ce document historique :

 

LETTRE DE L'EX-MINISTRE DU ROYAUME JUGOSLAVIE,

P.GRISOGINO A L'ARCHEVEQUE STEPINAC :

 Semun le 8 février 1942

 

Votre Excellence,

je vous écris d'homme à homme, de chrétien à chrétien. Depuis le premier jour de l'état indépendant croate, les Serbes furent massacrés É et ce massacre dure jusqu'à aujourd'hui É

Pourquoi je vous écris cela ? Pour la raison suivante: dans tous ces crimes, sans exemples, pires que ceux des païens, notre Église catholique participe doublement. D'abord un grand nombre des prêtres, clercs, religieux, et de jeunes des différents organismes catholiques, participent activement à ces crimes. Mais ce qui est pire: des prêtres catholiques se trouvent à la tête des camps et des groupes et ont comme tels ordonné et toléré ces tortures, exécutions et massacres atroces envers un peuple baptisé. Rien de tout cela ne pouvait se faire sans la permission de vos évêques - et si tout de même cela se faisait, on aurait dû les traîner devant un tribunal ecclésiastique afin de les déposer. Mais puisque cela ne s'est pas fait, les évêques l'ont approuvé par leur silence.

L'Église catholique a employé tous les moyens, pour catholicer par la force les Serbes restants É La province de Srem est couverte de brochures de l'évêque Aksamovic, qui furent imprimées dans sa propre imprimerie. Il y incite les Serbes, de sauver leur vie et leur bien, en se convertissant à la foi catholique.

Qu'est-ce qui nous arrivera , si on s'aperçoit que nous avons participé jusqu'à la fin à tous les crimes ?

C'est de nouveau la tâche de l'Église, d'élever sa voix: d'abord parce qu'elle est l'Église du Christ, ensuite, parce qu'elle est puissante.

Je vous écris au sujet de tous ces crimes horribles, afin de sauver mon âme, et je vous laisse le soin de sauver la vôtre.

Prvislav Grisogono ,

ex-ministre du royaume yougoslave


SUR LE RESPECT DES FIDELES
envers la très sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, ses icônes et les églises dédiées à son nom.
saint Néctaire d'Égine (la Mère de Dieu, chap. 2)

La Mère de Dieu jouissait d'un tel respect, honneur et amour de la part des fidèles qu'après Dieu c'est envers elle qu'ils ont toujours démontré la plus grande affection. La piété des fidèles envers la Mère de Dieu date du premier ou deuxième siècle et était inspirée par les saintes Écritures elles-mêmes qui mentionnaient son nom et la citaient comme "Toute pleine de grâces, bénie et seule d'entre les femmes qui trouva grâce auprès de Dieu". La Mère de Dieu elle-même, avec une inspiration prophétique, annonce cette circonspection parmi toutes les générations : "Désormais tous les âges me diront bienheureuse" (Lc 1,48). En vérité, depuis ce temps là l'Enfantrice de Dieu est proclamée comme toute bienheureuse. La première fut Elisabeth qui, remplie de l'Esprit saint, s'exclama à haute voix: "Tu es bénie d'entre toutes les femmes et le fuit de tes entrailles est béni É Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du seigneur" (Lc 1,42-45) Même les femmes de son temps en la voyant avec son divin Enfant dans les bras la jugeaient sûrement bienheureuse. L'évangéliste Luc cite une femme qui cria parmi la foule: "heureuse la mère qui t'a porté dans ses entrailles et qui t'a nourri de son lait" (Lc 11,27).

L'archéologie chrétienne nous apprend que les fidèles la peignaient et l'honoraient par des icônes de la Mère de Dieu dès les premiers siècles. Comment pouvait-il en être autrement puisque l'évangile lui-même approuve cet honneur envers la Vierge Marie. La Mère de Dieu n'avait-elle pas annoncé que "désormais toutes les générations me diront bienheureuse".

Donc la Mère de Dieu reçoit l'honneur et sera magnifiée par tous les âges depuis l'Annonciation jusqu'à nos jours. Elle le sera continuellement jusqu'à la consommation des siècles. Ceux qui ne l'honorent pas désobéissent ouvertement aux ordres fixés par l'évangile, car l'évangile entier constitue la loi, et l'omission d'un iota ou d'un signe constitue une violation de la loi.

Pendant le troisième siècle le respect envers la Mère de Dieu était très grand. L'ensemble des hymnes chrétiens loue la Vierge Marie comme Reine du ciel et Souveraine des anges. A cette époque-là, certaines hérésies se produisirent dans les régions où les chrétiens habitaient avec des païens. Les hérétiques transformèrent le respect dû à la Mère de Dieu en adoration et honoraient la Vierge comme Dieu, en imitant les divinités féminines des païens. cette hérésie est appelée celle des Collyridianes parce qu'ils avaient la coutume d'offrir en sacrifice des gâteaux (collyva en grec) un certain jour et les consommaient après (Épiphane, des Hérésies 78 et 79). En même temps se produisit l'hérésie contraire, celle des Antidockomarianites (adversaires [ en procès] de Marie, en grec) qui n'acceptaient pas la gloire de la Mère de notre Seigneur. Ils étaient tellement impies qu'ils 'osèrent dire que la Vierge, après la naissance du christ, connut l'homme et donna naissance à d'autres enfants. Ces hérésies sont suivies par les modernes Antidockomarianites qui refusent, ces derniers, la virginité perpétuelle et le nom même de la Mère de Dieu. Ils sont condamnés par l'Église qui a clairement formulé son dogme que nous devons honorer la toujours Vierge comme Enfantrice de Dieu mais ne pas l'adorer comme Dieu (Cyrille). Les hérésies des Collyridianes et des Antidockomarianites , qui se sont produites au troisième siècle, montrent une déviation de la vraie foi de l'Église catholique (selon le sens du mot), laquelle foi se situe entre ces deux hérésies opposées.

Épiphane, au chapitre 23 (des hérésies 720) écrit: "D'autres impies, encore par rapport à la toujours Vierge, avaient l'habitude et continuaient de l'appeler Dieu, ce sont des malades mentaux. L'on raconte que quelques femmes de Thrace qui habitaient l'Arabie avaient l'habitude de commettre cette sottise de confectionner une sorte de gâteau au nom de la Vierge Marie et de se rassembler entre elles, au nom de la Mère de Dieu, et de commettre des blasphèmes en célébrant elles-mêmes". Au chapitre 1 du livre 708, saint Épiphane dit: "Cette hérésie est arrivée en Arabie par les régions de Scythe et de Thrace. Certaines femmes décorent un plateau au nom de Marie. Ensuite elles partagent et mangent de ce pain entre elles".

Pendant le quatrième siècle le respect et la piété envers la Vierge se sont exprimés par des oeuvres brillantes notamment la construction d'églises magnifiques dédiées à la Mère de Dieu. Elle fut, elle est et elle sera pour tous les fidèles la protectrice invincible et celle qui nous aide en intercédant avec rapidité. C'est elle que l'on prie en cas de danger et de tristesse, c'est elle notre chef des armées pendant la guerre, sa force écrase les ennemis, son audace maternelle envers son Fils et Seigneur la fait notre avocate, la piété envers la Mère de Dieu, dès la condamnation de l'hérésie de Nestorius, était exprimée dans tout l'empire romain par des fêtes brillantes, de spirituels panégyries et des églises d'une rare beauté.

Cette piété des chrétiens envers la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie a désormais une place immuable dans les coeurs. Elle commencera par la reconnaissance de la Vierge Marie comme Mère de Dieu et elle restera inchangée pendant les siècles dans l'âme des fidèles éternellement.

Je connais un sculpteur qui aime les visages. Il y en a des centaines dans son atelier. Mais aucun n'est d'une perfection lisse. Nul qui ne soit sans blessure. Car, dit-il, ce qui donne de la beauté à un visage, c'est la marque de la vie. Et la marque de la vie, c'est la blessure. Tous nos visages en portent les stigmates.

C'est ce qui en fait la figure de vivants.

Nul ne grandit, ne devint homme ou femme sans avoir été altéré, sans avoir été abîmé par l'épreuve de la vie.

Il ne sait rien de la vie celui qui n'a jamais approché la mort.

Que sait du salut celui qui n'a jamais fait l'expérience qu'il pouvait tuer ?

Seul celui qui a pleuré sait l'éclat du rire.

Que sait de la beauté du jour celui qui n'a jamais connu la nuit ? Douce l'aurore quand l'obscurité longtemps s'est prolongée.

Que sait de l'amour celui qui n'a jamais hurlé sa solitude à l'infini des silences ?

Et que sait de Dieu celui qui n'a jamais crié sa révolte et exprimé son doute ?

Il est des blessures qui ouvrent et font grandir aux limites de la vie.

Sezny Roudaut

LE PARADIS - RÉALITÉ ET IMAGE

Dans la Vie de saint André le Fol en Christ, que nous venons de publier, le saint dit concernant le paradis céleste: "Tout sera incorruptible, merveilleux et prodigieux. La bouche de l'homme ne peut pas les décrire. Il n'existera pas de bêtes, de reptiles, ni d'oiseaux. Il existera seulement une création réjouissante et parfumée comme la myrrhe É" (page 153). Pourtant le saint et d'autres saints et personnes que Dieu avait rendu dignes ont vu dans ce paradis des arbres, des fleurs etc. Comment cela?

Le paradis céleste, c'est-à-dire le ciel que nous attendons, est une réalité tout spirituelle qui n'est pas directement perceptible à nos sens ni compréhensible à notre raisonnement. C'est Dieu qui dans sa condescendance le revêt dans des visions et des songes de formes terrestres afin de nous donner un avant-goût de ce que nous attend et nous dépasse pour le moment. "Souvent la Parole applique des noms corporels à des notions d'ordre spirituel afin de les rendre saisissables", dit saint Basile le Grand (Traité de l'Esprit saint XXVI 183a). Ces visions et songes ne sont pourtant pas un produit de la fantaisie mais bien la réalité de l'au-delà revêtue de formes et images qui nous sont familières.

Dieu de même ne peut être vu ni entendu directement, si ce n'est dans l'humanité du Christ qui elle-même est toute spirituelle depuis la résurrection. Cependant Il se fait entendre et voir comme par exemple lors du baptême du Christ dans le Jourdain où la Voix du Père se faisait entendre sous une voix humaine et où l'Esprit saint se faisait voir sous forme de colombe. Cependant le Père n'a pas une voix humaine, ni l'Esprit une forme terrestre. C'était par condescendance à notre faiblesse que Dieu se fait voir et entendre de cette manière.

"C'est en partant de la grandeur et de la beauté des créatures que, par analogie, on peut comprendre le Créateur"( saints Calliste et Ignace Xanthopouloï). Par analogie, sous formes matérielles, en figures etc. les réalités spirituelles se communiquent à nous tant que nous vivons dans ce corps. Cela est vrai pour la vision de Dieu, des anges, des saints, du paradis céleste et même de l'enfer qui est également une réalité spirituelle et non matérielle.

Il y aura "un nouveau ciel et une nouvelle terre", comme dit l'Écriture et de ce qui est terrestre et matériel seul notre corps ressuscitera incorruptible et transfiguré, le reste ne sera plus.

Plus notre oeil spirituel est purifié, plus parfaites et plus directes aussi sont ces visions qui se communiquent à travers le divin et le céleste . L'homme charnel ne peut le percevoir car son oeil spirituel est aveugle, il ne voit que ce qui est terrestre et matériel. Un saint comme saint André par contre voit sans cesse le monde spirituel. Il voit par exemple les démons qui rôdent autour, non selon leur nature qui est incorporelle mais sous diverses formes empruntées.

Quand nous aurons dépassé les "gardes de la ville" comme dit le Cantique des cantiques, c'est-à-dire les formes et figures, alors le divin et céleste se fera voir sans forme et sans figure ou plutôt au-dessus de toute forme et figure. C'est alors dans les ténèbres plus que lumineuses, comme dit le grand Denys, que Dieu se révélera à nous dont la vision constituera précisément le paradis. Le paradis et le ciel n'est pas un lieu ou quelque chose de créé, mais la béatitude qui est la vie en Dieu en communion avec tous les saints. L'enfer n'est pas non plus quelque part ou quelque chose mais l'absence ou plutôt l'incapacité de communier, de contempler Dieu. C'est le répliement, la fermeture, l'isolement dans notre égoïsme qui débute dès maintenant et qui sera complet dans l'autre monde. Plus grand est notre péché plus grand sera aussi l'enfer; plus nous aurons vécu selon Dieu, plus la jouissance du paradis nous sera accordée. Cela dépend de nos facultés spirituelles qui restent estropiées par suite du péché, ou se développent par la purification dans cette vie.

Ces quelques mots n'expriment qu'imparfaitement le sujet et chacun le comprendra selon son niveau spirituel. Pourtant chacun peut y croire et c'est cette foi qui purifiera le regard de son âme et lui permettra de contempler dès cette vie le paradis.

hm. Cassien


SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS

suite

Deuxième chapitre : Pose des fondations.

Dans l'homélie précédente nous avons expliqué que l'éducation chrétienne des enfants doit commencer dès leur petite enfance, car les cinq ou six premières années d'un homme sont les plus décisives et les plus importantes de sa vie. Nous avons également indiqué en quoi doit consister l'entraînement en général - les parents doivent arracher tout mal de l'âme de leurs enfants et les guider vers tout ce qui est bien. Dans cette homélie et celles qui suivront, nous examinerons plus en détail quels sont les défauts particuliers que vous devez extirper et quels bons principes vous devez inspirer à vos enfants.

Selon les paroles du sage Salomon: «Le commencement de la sagesse est la crainte de Dieu» (Pr 1,7). Sur cette base, la première vertu que les parents doivent cultiver dans l'âme de leurs enfants le plus tôt possible, est, je crois, la crainte de Dieu - c'est-à-dire la foi en Lui et la piété.

Mais pourquoi, me demanderez-vous, devons-nous, nous parents et surtout nous mères, enseigner à nos enfants la foi et la piété dès leur petite enfance? Parce que c'est seulement quand un enfant a été instruit dans la foi en Dieu et dans la vie de l'Église dès son jeune âge que nous pouvons espérer que dans ses années de maturité, lorsque de tous côtés les tentations l'entoureront et de sauvages passions l'assailleront, il restera un chrétien pieux et fidèle aux principes chrétiens appris de sa mère.

Les simples admonitions religieuses dont une mère chrétienne nourrit son enfant en même temps que de son lait, restent en lui en général toute sa vie. Même si un tel enfant est conquis plus tard par des passions pécheresses ou trompé par de mauvais exemples, et s'engage sur un mauvais chemin, il s'en repentira plus facilement et se remettra plus vite sur le bon chemin qu'un autre qui n'a pas reçu l'apprentissage des principes chrétiens dans son enfance. Même s'il abandonne la voie du salut, le souvenir des années de son enfance heureuse et innocente s'éveillera en lui de temps à autre; il se souviendra des prières simples qu'il apprenait de la bouche de sa mère - qui sera peut-être depuis longtemps au repos dans la tombe - et des admonitions qu'il recevait d'elle, assis sur ses genoux. Même si, menant une vie pécheresse, il a oublié de prier, certaines nuits, avant de plonger dans le sommeil, il se souviendra malgré lui que sa mère lui apprenait à faire le signe de la croix quand il allait dormir, en se signant et en faisant sur lui aussi le signe de la croix.

Les doux souvenirs de l'enfance innocente en ont réveillé beaucoup de la léthargie du péché et les ont ramenés près de Dieu. Comprenez donc quelle bénédiction c'est pour des enfants que d'avoir une mère pieuse. Pendant leurs années les plus tendres, elle leur apprend la foi en Dieu et la piété. L'enfant doit apprendre ce qui concerne Dieu de sa mère - non pas de sa nourrice ou de son maître d'école. C'est dans la chapelle domestique et non dans la cour de l'école que l'enfant offrira ses premières prières matinales à Dieu, car c'est sa mère qui doit lui apprendre à prier. C'est ainsi dans toutes les familles pieuses et craignant Dieu.

Saint Jean Chrysostome écrit : «Dès que les enfants commencent à comprendre, les parents doivent leur apprendre le Symbole de la foi, les prières, les chants et l'ordre des offices divins». Le même hiérarque donne le conseil suivant aux mères: «Mères, apprenez à vos jeunes enfants à se signer. S'ils ne savent pas faire le signe de la croix tout seuls, signez-les vous-mêmes de votre propre main». Il écrit également à une certaine Leto, une mère restée veuve : «Il doit être très agréable pour une mère chrétienne d'apprendre à son petit à prononcer le très doux Nom de Jésus lorsque sa petite voix est encore faible et sa langue balbutie».

Cela nous apprend, je crois, que les parents, surtout les mères, qui portent la plus grande responsabilité dans l'éducation de leurs enfants pendant les premières années de leur vie, doivent, depuis leur petite enfance, cultiver le sentiment religieux dans leur âme.

Comment pouvons-nous faire cela? Comment pouvons-nous inspirer le sentiment religieux à nos enfants?

Les parents peuvent accomplir cela en enseignant les vérités fondamentales de notre sainte foi à leurs enfants tant qu'ils sont encore très jeunes. N'ayez crainte; toute mère peut le faire, c'est très simple.

Avec des mots simples et venant du coeur, elle doit parler aussi souvent que possible à ses jeunes enfants de leur Père céleste, bon et compatissant qui les aime tant et qui leur donne toutes les bonnes choses. Un peu plus tard, elle leur parlera de temps en temps de la vie des premiers hommes dans le paradis; combien ils étaient heureux tant qu'ils obéissaient à Dieu, et que le ciel sera incomparablement meilleur pour ceux qui obéissent à Dieu et à leurs parents. Elle doit leur dire aussi qu'Adam et Ève ont péché et que, à cause de ce péché, ils sont devenus malheureux, ainsi que leurs descendants. C'est pourquoi le Sauveur a dû descendre sur terre, pour que l'homme puisse aller de nouveau au ciel que Dieu avait fermé à cause du péché de nos premiers parents.

La mère doit aussi raconter à ses enfants la naissance de Jésus Christ, les pieux bergers, les trois mages, le méchant roi Hérode qui a tué des bébés innocents, l'enfant Jésus qui à douze ans est monté au Temple et sa vie laborieuse à Nazareth. Elle doit leur raconter aussi sa Passion sur la croix, en expliquant que le Seigneur a enduré tout cela parce que les hommes étaient très mauvais. Alors, chaque enfant comprendra tout de suite qu'il ne faut pas être mauvais. Alors, la mère continuera et parlera de la résurrection et de l'ascension de notre Seigneur au ciel. L'enfant demandera à sa mère d'en parler encore et encore ...

A ce moment, elle peut lui parler de la Mère de Dieu, de son entrée au Temple à l'âge de trois ans, de ce qu'elle y faisait, de ce qu'elle aime tout le monde et qu'elle satisfait les demandes de ceux qui la prient. Elle lui parlera aussi des saints anges, surtout de son ange gardien qui aime les enfants sages.

Elle doit également profiter des différents jours de fêtes pour apprendre à ses enfants les grandes vérités de notre sainte foi! Elle peut se servir des saintes icônes qui sont dans toutes les maisons chrétiennes et les croix que portent les enfants pour leur dire qui est représenté cloué sur la croix et ce que les saintes icônes représentent. Tous les jours, elle doit l'amener vers le «coin aux icônes», faire le signe de la croix elle-même, puis le tracer sur lui avec sa petite main. Ainsi, elle lui enseignera petit à petit à faire le signe de la croix et à prier tout seul. Finalement, et c'est très important, elle ne doit pas manquer d'emmener son enfant à l'église et de le faire participer aux immaculés Mystères tous les dimanches.

Ce faisant, la bonne mère apprendra à son enfant les vérités de base de la foi chrétienne que même le plus petit des enfants est capable d'assimiler, avant même d'aller à l'école. Les enfants montrent une plus grande réceptivité aux choses divines que les adultes; il leur suffit de grandir sous l'influence d'une pieuse mère.

Qu'il est facile, par exemple de lier l'arbre de Noël avec l'histoire de la naissance du Christ! Qu'il est facile de raconter aux enfants à Pâques l'histoire des souffrances et de la mort que le Sauveur a subies pour les péchés de l'humanité ! L'enfant comprendra qu'à cause de cela nous ne devons pas pécher. Dites-lui aussi que Dieu L'a ressuscité - et que nous mourrons aussi, mais que si nous sommes bons, le Seigneur nous ressuscitera comme Il l'a fait avec Lazare.

Qu'il est facile d'insuffler l'amour et le respect pour les offices divins de l'Église à un petit enfant! Il suffit de lui faire comprendre que le Seigneur, qui est partout présent, le Dieu qui aime tant les enfants et qui les appelle aussi à Lui, est plus perceptible à l'église. Et que, par conséquent, nous devons nous y tenir tranquilles, faire le signe de la croix avec attention et prier.

Oui, parents ! Si votre coeur déborde de foi et d'amour pour Dieu, vous trouverez mille et une façons de transmettre ces sentiments à votre enfant. Nous faisons le plus grand mal à nos enfants en les privant des trésors de la foi et de la piété! La maxime est parfaitement correcte qui dit que «l'âme de l'homme (et, par conséquent, celle de l'enfant aussi) est chrétienne par nature». Dieu S'attend à voir des manifestations chrétiennes dans l'âme d'un enfant. Le psalmiste a raison de dire: «Dans la bouche des enfants et des nourrissons Tu as mis la louange» (Ps 8,3).

Pour cette raison, aÞn de développer et enraciner fermement la spiritualité dans l'âme de votre enfant, apprenez-lui à prier Dieu quand il est petit. Il est capable de prier quel que soit son âge. Puisqu'il demande à ses parents tout ce dont il a besoin, pourquoi ne saurait-il pas demander à son Père céleste? Seulement, commencez à l'instruire tant qu'il est petit et la prière deviendra pour lui une nécessité, un besoin. Dites régulièrement les prières du matin et du soir ensemble avec vos enfants, ainsi que les prières avant et après les repas, de sorte qu'ils ne viennent pas à table comme les animaux sans raison vont à leur mangeoire, mais qu'ils apprennent que si nous voulons avoir les dons de Dieu, nous devons les Lui demander et L'en remercier. Chaque enfant doit savoir le «Notre Père», le «Réjouis-toi, Marie» et d'autres courtes prières.

C'est une chose bien triste que la prière familiale en commun ait presque complètement disparu à notre époque. Et voilà exactement la raison pour laquelle nous voyons tant de familles malheureuses et tant d'échecs dans l'éducation des enfants - c'est parce que les gens ne prient plus. Les paroles du Seigneur: «Demandez et l'on vous donnera» (Mt 7,7), ont aujourd'hui la même puissance que de tout temps. Peut-être, y en a-t-il qui contesteront en disant: «L'enfant ne comprend pas les prières». Bien sûr, il ne comprend pas complètement le sens des prières, mais tout petit qu'il est, il entrera dans l'atmosphère de la piété, et c'est exactement ce dont il a besoin. Il peut avoir le sentiment de Dieu même s'il n'a encore formé aucune idée nette de Lui. Il perçoit qu'il existe un Être supérieur à nous qui nous aime et que nous devons aimer aussi de notre cité. Quand l'enfant prononce les paroles des prières, il pense à Dieu, il Lui fait offrande de ses sentiments. Une telle prière, jaillissant du coeur d'un enfant innocent est plus agréable à Dieu que celle d'un intellectuel qui, bien qu'il comprenne parfaitement chaque mot de la prière, l'offre avec sa raison froide et non avec la chaleur de son coeur. Le psalmiste nous dit combien Dieu se réjouit des prières enfantines: «Dans la bouche des enfants et des nourrissons, Tu as mis la louange» (Ps 8,3).

Pour assurer une éducation chrétienne à leurs enfants, les parents eux-mêmes en premier lieu doivent être pieux et craignant Dieu. Si la mère manque de foi et de piété, si elle ne trouve pas - parce qu'elle ne cherche pas - la joie et la consolation dans la prière, elle n'arrivera pas à apprendre à ses enfants à être pieux. C'est seulement si l'enfant voit sa mère prier souvent et avec ferveur qu'il apprendra à faire de même.

Vous voyez maintenant, chers parents, pourquoi il est nécessaire d'apprendre aux enfants la piété dès leur âge tendre. Vous voyez que les mères doivent surtout enseigner à leurs enfants la foi, la piété et la prière avant même qu'ils commencent à aller à l'école. C'est pourquoi je m'adresse à vous, mères chrétiennes: le meilleur héritage que vous puissiez laisser à vos fils, la dot la plus riche que vous puissiez préparer pour vos filles est une éducation chrétienne. Comme je vous l'ai indiqué brièvement, apprenez-lui les vérités fondamentales de notre sainte foi, enseignez-lui la piété et la prière. Enseignez par la parole, mais surtout par l'exemple. Catéchistes et maîtres d'école peineront en vain pour faire de vos enfants de bons chrétiens pieux, si les fondations n'ont pas été posées à la maison. Si vous élevez vos enfants dans la piété et la crainte de Dieu, vous pouvez espérer qu'ils continuent à être une consolation et une joie pour vous - car s'ils craignent et aiment Dieu, ils seront aussi obéissants et reconnaissants envers vous. Si vous apprenez à vos enfants à remplir leurs devoirs envers Dieu, ils rempliront aussi leurs devoirs envers vous.

Donc, parents, élevez vos enfants pour Dieu et le ciel. Alors, ils vous donneront de la joie ici sur terre.

Troisième chapitre : Apprendre l'obéissance à vos enfants.

Dans les évangiles, il n'y a que peu de passages qui se réfèrent aux années de l'enfance de notre Seigneur Jésus Christ, mais ces quelques passages sont très significatifs et très instructifs. Ainsi, saint Luc l'évangéliste écrit de l'enfant Jésus à douze ans : «Puis, Il descendit avec eux à Nazareth et Il leur était soumis» (Lc 2,51).

La qualité que l'évangéliste souligne ici au sujet de l'enfant Jésus - son obéissance à ses parents terrestres - l'Apôtre la mentionne aussi par rapport à son Père céleste, quand il écrit sur Jésus adulte: «Il S'est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix» (Ph 2,8). L'Apôtre va encore plus loin - c'est de cette obéissance que dépend le salut du monde entier: «Car, comme par la désobéissance d'un seul homme, beaucoup ont été rendus pécheurs, de même par l'obéissance d'un seul, beaucoup seront rendus justes» (Rm 5,19).

Il ne nous est pas nécessaire de parler longuement du sens élevé de l'obéissance dans l'existence de l'humanité en général; tous les parents savent combien c'est important dans l'éducation des enfants. Nous pouvons même dire que celui qui est arrivé à apprendre l'obéissance à ses enfants a résolu le problème de leur éducation. C'est parce que la volonté est la puissance la plus forte de l'âme et qui gouverne toutes les autres puissances. Ce que nous voulons, nous le pensons, le disons et le faisons aussi..

Dieu donne à l'âme ce pouvoir pour qu'elle sache vouloir et faire uniquement le bien, et qu'elle abhorre et évite le mal. Mais notre volonté est faible à cause du péché et a tendance à pencher vers le mal. Même si nous savons ce qui est bon, nous n'avons la force ni pour le vouloir ni pour le faire. «Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas» (Rm 7,19).

Cet affaiblissement de la bonne volonté est le résultat du péché originel, comme sont aussi les caprices et l'obstination, qui, dès l'enfance, doivent être vaincus et déracinés. La vigne porte une riche récolte de fruits doux non lorsqu'on la laisse croître à son gré, mais lorsqu'elle est taillée et guidée sur un treillis. La discipline a le même résultat dans l'enfant - elle réprime la dissipation et l'obstination, elle le rend capable de porter des fruits.

Cependant, avant de parler des moyens les plus sûrs et les plus simples d'apprendre l'obéissance aux enfants - ce qui, je crois, intéresse le plus les parents - je dois souligner ici que l'obéissance est une plante qui ne peut pousser ni porter des fruits dans toutes les maisons. Elle ne fleurit que là où le sol lui convient.

Dans les familles où règne l'esprit d'irrespect pour les lois divines et humaines, où l'autorité n'est pas reconnue et où on ne cite ces lois que pour la défense de ses propres intérêts, on ne peut pas enseigner l'obéissance aux enfants. Celui qui veut que ses enfants lui obéissent, doit lui-même respecter toute bonne autorité et toute loi juste. Ces autorités sont Dieu, l'Église et l'état. Respectons-nous nous-mêmes ces autorités et leurs lois?

Nombreux sont ceux qui ne pensent pas à leurs devoirs envers Dieu, alors qu'ils prennent beaucoup de peine pour obtenir quelque chose qui est dans leur intérêt. En plus, dans beaucoup de familles, on parle de Dieu comme s'Il était un personnage de conte de fée et comme si la foi en Lui était seulement réservée aux vieilles femmes. Tout cela, l'enfant le voit et l'entend. Nous pouvons prédire sans difficulté qu'il en tirera la conclusion suivante: «Si mon père n'honore pas Dieu, n'obéit pas à Dieu, alors je ne dois pas honorer mon père ni lui obéir. Si Dieu et ses commandements sont des mythes, alors le cinquième commandement: "Honore ton père et ta mère..." est aussi un mythe. Il s'ensuit que mes parents ne sont rien pour moi.» Et nous sommes obligés d'admettre cette conclusion, car la logique est du côté de l'enfant!

Ainsi on comprend que des parents qui n'ont pas de respect pour l'Église, ne peuvent enseigner l'obéissance à leurs enfants. «Qu'est-ce que j'ai à voir avec le prêtre? Pourquoi ai-je besoin de son conseil? Peut-on vraiment croire tout ce qu'il dit?» Voilà les propos que les enfants entendent à la maison, alors qu'à l'école et à l'église ils apprennent que "les enfants doivent obéir à leurs parents, aux prêtres et à tous les adultes».

Le prêtre, fidèle à son devoir, répète aux enfants: «Honore ton père et ta mère...» tandis qu'à la maison, les parents le raillent et sapent son travail. L'enfant arrivera à la conclusion finale : «Comme mon père ne reconnaît aucun des commandements de Dieu dont parle le prêtre, il n'y a aucune raison que j'écoute le prêtre quand il nous enseigne le cinquième commandement». Encore une fois, la logique est du côté de l'enfant!

La même chose s'applique à l'autorité civile légitime. Ainsi quiconque méprise l'autorité de Dieu et de l'Église et n'obéit aux lois civiles que par peur, ou pas du tout, ne peut pas exiger de ses enfants le respect pour sa propre autorité. Donc, parents, si vous voulez que vos enfants vous obéissent, vous devez, vous aussi, respecter toute autorité légitime et observer leurs lois.

Mais supposons qu'un foyer possède l'atmosphère adéquate pour cultiver l'obéissance dans les enfants. Comment devons-nous la cultiver? Prenez note des quelques règles qui suivent.

Ne tolérez pas le moindre entêtement ou le moindre caprice chez vos enfants, même très jeunes. Cela ne veut pas dire pour autant que vous devez entraver totalement la volonté de l'enfant. S'il réclame quelque chose auquel il a droit, vous devez satisfaire son désir avec un accord total. Par exemple, s'il demande à manger à un moment convenable, parce qu'il a faim, vous devez satisfaire son désir. Ce serait faire preuve de dureté et de manque d'amour que de le lui refuser. Demande-t-il quelque chose dont il a besoin à l'école? vous devez lui donner ce qu'il demande, autrement vous l'obligeriez à l'acquérir d'une façon illégitime. C'est différent quand un enfant demande quelque chose d'interdit - alors vous devez le lui refuser, sans égard à ses pleurs. Ne faites pas attention aux grognements égoïstes de votre enfant, car quiconque lui cède une fois, va pour toujours devenir son esclave.

Dans l'effort de vaincre l'obstination et les caprices de leurs enfants, les deux parents doivent agir de concert. L'un ne doit pas démolir ce que l'autre a bâti. Jamais l'enfant n'affirmera autant sa volonté propre que lorsqu'un des parents permet ce que l'autre interdit. Par exemple, l'enfant vient voir la mère en pleurant et en se plaignant du père qui ne lui a pas accordé quelque chose. La mère ne doit pas dans ce cas compatir avec l'enfant ou exprimer du ressentiment envers le père parce qu'il a refusé de faire la volonté de l'enfant. Les autres enfants doivent faire la même chose, de même que d'autres membres de la famille, et tout habitant de la même maison - et surtout les grand-parents.

Ne permettez pas aux enfants de déranger leurs grands frères et soeurs, les domestiques ou autres personnes plus âgées. Ils ne doivent pas leur donner des ordres arrogants. Ils doivent demander ce qu'ils veulent et non pas commander. Ils doivent être reconnaissants pour ce qu'on leur donne et exprimer leur gratitude.

Ne fermez jamais les yeux sur la désobéissance de vos enfants - quoi que le père ou la mère dise, cela doit être exécuté sans délai. La conscience de l'enfant doit lui dire: «Si je ne fais pas tout de suite ce que ma mère ou mon père me dit de faire, je n'agis pas bien». Les parents doivent savoir d'avance que tout ce qu'ils disent sera fait sans faute. Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons surmonter la dissipation des enfants et les aider à former une volonté forte et encline au bien.

L'obéissance est essentiellement la soumission de la volonté d'une personne à celle d'une autre. Mais pour soumettre ma volonté à celle d'une autre personne, je dois avoir du respect pour cette personne. Si j'ai à la suivre, je dois l'aimer. Vous devez donc vous conduire de telle sorte que vos enfants vous respectent, car le respect est la condition fondamentale requise pour l'obéissance.

Par nature, un enfant ressent un respect particulier à l'égard de ses parents. Le cinquième commandement est là pour soutenir et consolider son sentiment naturel. Que se passe-t-il cependant quand l'enfant voit chez ses parents quelque chose qui provoque du dégoût ou de la haine dans sa sensibilité d'enfant innocent, quand il est incapable de respecter un père qui est toujours ivre, une mère qui profère des injures et des malédictions, des parents qui se disputent continuellement? Quand les parents donnent un mauvais exemple, ils ne font pas qu'ébranler le respect de leurs enfants à leur égard, mais sapent, en plus, les fondements de l'obéissance. L'enfant ne pensera-t-il pas: «Mais quelle sorte de parents êtes-vous?»

Les parents doivent donc surveiller leur propre comportement et éviter tout ce qui peut diminuer l'estime de leur enfant envers eux. Faites attention à ne jamais vous humilier l'un l'autre, ou vous saperez le respect de vos enfants. Le père et la mère doivent être gouvernés par le respect mutuel et se traiter avec considération. Ils ne doivent jamais se critiquer mutuellement. Ils ne doivent jamais se laisser aller à des conversations inconvenantes, surtout devant eux. N'utilisez jamais devant eux des expressions du genre : «Tu mens toujours, exactement comme ton père», ou «Quand tu seras grand, tu seras un bon à rien comme ton père», ou «Tu es aussi gaspilleur que ta mère», «Tu n'es qu'un paresseux, tout comme ta mère». Quand les enfants entendent de telles paroles, c'est en vain qu'on exige d'eux le respect et l'obéissance.

En outre, ne vous livrez pas à des jeux et des plaisanteries malséants avec les enfants. Si un père a l'habitude de jouer au clown devant ses enfants, il ne peut espérer que ceux-ci le respectent, et n'a non plus aucun droit de se plaindre de leur comportement répréhensible. Cela ne veut pas dire que vous devez toujours être sérieux et austère en leur présence. Tout le monde sait distinguer facilement entre la gravité tendre et affectueuse des parents et les clowneries folâtres qui diminuent leur autorité. Les enfants éprouveront toujours un très grand respect pour un père sobre et profondément aimant. Un seul regard de lui suffit pour les faire obéir immédiatement.

Voulez-vous que vos enfants soient obéissants? Montrez-leur votre amour. Non pas un amour qui les affaiblit et cède à toutes leurs demandes, mais un amour sage et venant du coeur qui vise leur véritable intérêt. Quand un enfant voit un tel amour, il obéit non par peur, mais par respect.

Ne soyez pas indifférents aux joies et aux peines de votre enfant. Ne dites jamais que les enfants sont un fardeau ou une épreuve pour vous. Ne leur faites pas sentir qu'un sacrifice de votre part contribuant à leur bonheur est trop lourd ou trop important. Donnez toujours à vos enfants, de bonne grâce et avec joie, tout ce dont ils ont besoin. Comment un petit enfant peut-il aimer des parents qui lui donnent un morceau de pain en maugréant? De temps à autre, accordez à vos enfants de petits plaisirs et des satisfactions. Un petit cadeau pour marquer une fête ou la sienne propre, s'il est offert avec amour, renforce l'affection de l'enfant.

Gagnez le coeur de vos enfants, créez avec eux un rapport ouvert et confiant. Le manque de confiance et la suspicion tuent l'amour.

N'aggravez pas une juste punition en ridiculisant méchamment votre enfant, ou en lui faisant des reproches acerbes. Un tel incident peut durcir le coeur d'un enfant et éteindre en lui toute trace d'amour.

Ce sont les moyens fondamentaux que vous devez employer consciemment pour apprendre l'obéissance à vos enfants. Avant tout, habituez-les à obéir parce que c'est la volonté de Dieu. Soyez vigilants de bonne heure pour ne pas laisser des caprices prendre racine en eux. Ne tolérez pas d'obstination ou d'impudence de leur part à l'égard de qui que ce soit. Ne leur donnez pas tout ce qu'ils veulent. Habituez-les à la maîtrise de soi, à la modération et à la tempérance.

Exigez toujours que vos enfants fassent promptement et avec exactitude ce que vous leur dites de faire. Soyez conséquents - vous ne devez pas les prier deux fois. Mais pour que vos enfants puissent vous obéir, ne leur dites jamais de faire quelque chose qui leur est impossible, quelque chose qui dépasse leurs capacités. Ne soyez pas vous-mêmes capricieux ou arbitraires dans vos exigences, en permettant aujourd'hui ce que vous avez interdit hier. Ne vous opposez pas l'un à l'autre dans des faits qui concernent vos enfants. Veillez à garder le respect que vos enfants ont pour vous, évitant tout ce qui pourrait l'ébranler.

Finalement, n'oubliez pas d'invoquer la bénédiction de Dieu sur votre travail en tant qu'éducateurs de vos enfants. Ce n'est qu'alors que vos labeurs, luttes et soins seront couronnés de succès. Avec l'Aide de Dieu, vos enfants apprendront l'obéissance.

à suivre

 

Sur la fécondité des terres basses et des marais, sur cette vaine fécondité de l'être aptère et multiple, il faut que se dressent des rocs de virginité, d'inutilité, des sommets déserts comme des tombes. Nulle vie ne hante leurs flancs; ils n'engendrent pas, ils ne servent à rien. Mais les étoiles naissantes ou déclinantes se posent sur eux avant d'envahir ou de quitter le ciel; ils aiguillonnent l'aurore et retiennent le crépuscule : ils sont les gardiens du passé et les messagers de l'avenir. A la pleine grouillante de travail, de dispersion et de fièvre, ils offrent l'unité d'un point de repère éternel, et le vent salubre, et l'eau vierge .

Gustave Thibon

LETTRE DE SAINT BASILE LE GRAND
aux évêques d'Italie et de Gaule, sur l'état des Églises et la confusion qui y règne

Aux frères vraiment très aimés de Dieu et très désirés, aux collègues qui partagent nos sentiments, les évêques de Gaule et d'Italie, Basile, évêque de Césarée de Cappadoce.

Notre Seigneur Jésus Christ, qui a bien voulu appeler toute l'Église de Dieu son Corps, et qui nous a pris un à un pour faire de nous les membres les uns des autres, nous a donné aussi à tous d'avoir avec tous des relations intimes, selon l'harmonie qui doit régner entre les membres. C'est pourquoi, bien que nous soyons très éloignés les uns des autres par la distance qui sépare nos demeures, nous sommes voisins les uns des autres, si l'on considère notre union. Donc, puisque la tête ne peut dire aux pieds : "Je n'ai pas besoin de vous" (1 Cor 12,21), vous non plus de toute façon vous n'aurez pas le coeur de nous repousser, mais vous compatirez d'autant plus aux afflictions auxquelles nous avons été livrés à cause de nos péchés, que nous nous réjouissons avec vous de la gloire qui vous entoure dans la paix dont vous a gratifiés le Seigneur. D'autres fois déjà nous avons crié vers votre amour, pour que vous nous envoyiez du secours et de la sympathie; mais, parce que notre châtiment n'était pas complet, il vous a été absolument interdit de vous lever pour nous porter secours. Nous cherchons surtout à obtenir que l'empereur qui exerce son commandement sur votre pays soit éclairé lui aussi par votre piété sur la confusion qui règne chez nous; et si c'est là une tâche désagréable, que du moins quelques-uns de chez vous viennent visiter et consoler les affligés, pour se mettre sous les yeux les souffrances de l'Orient. Celles-ci, vos oreilles ne peuvent les percevoir, parce qu'on ne trouve pas de parole capable de vous faire voir clairement notre situation.

Une persécution nous a saisi, frères très vénérés, et la plus cruelle des persécutions. On chasse les pasteurs pour disperser les troupeaux. Et voici ce qu'il y a de plus pénible : ceux qu'on maltraite acceptent à la vérité leurs souffrances dans la certitude du martyre, parce que leurs persécuteurs sont affublés du nom de chrétiens. Il n'y a maintenant qu'un crime qui soit sévèrement puni: la scrupuleuse fidélité aux traditions des pères. C'est pour cette raison que les hommes pieux sont chassés de leur patrie et qu'ils sont relégués dans les lieux déserts. Les cheveux blancs n'inspirent pas le respect chez les juges d'iniquité, ni l'exercice de la piété, ni la vie vécue selon l'évangile depuis le jeune âge jusqu'à la vieillesse. Aucun malfaiteur n'est condamné sans preuves, mais des évêques ont été condamnés par le fait de la seule calomnie, et, sans qu'on ait apporté le moindre preuve en faveur des accusations, ils sont livrés aux supplices. Il y en a qui n'ont pas connu d'accusateurs, qui n'ont pas vu de tribunaux, qui n'ont été victimes d'aucune calomnie, et qui, emmenés de force à une heure indue de la nuit, ont été exilés dans les pays lointains, exposés à la mort par les souffrances du désert. La suite est connue de tous, même si nous la taisons: exil de prêtres, exile de diacres, suppression de tout le clergé. Il faut, ou adorer l''icone, ou être livré au feu cuisant des fouets. (voir Dan 3,10-11). C'est le gémissement des peuples, les larmes continuelles à la maison et en public, parce que tous déplorent entre eux leurs malheurs. Personne, en effet, n'a le coeur assez pétrifié pour qu'il puisse, après avoir été privé de son père, supporter tranquillement son état d'orphelin. Cris gémissants dans la ville, cris dans la campagne, sur les routes, dans les déserts. Une seule voix se fait entendre, pitoyable, celle par laquelle tous expriment leurs sombres impressions. La joie nous a été enlevée et aussi la gaîté spirituelle. Nos fêtes se sont changées en deuils, les maisons de prières ont été fermées, les autels sont privés du culte spirituel. Plus de réunions de chrétiens, plus de maîtres à présider, plus d'enseignements de salut, plus de solennités, plus de chant nocturne des hymnes, plus ce bienheureux transport des âmes, qui, grâce aux assemblées religieuses et à la communion des dons spirituels, prend naissance dans les âmes de ceux qui croient dans le Seigneur. C'est à nous qu'il convient de dire: "Il n'y a en ce moment ni prince, ni prophète, n chef, ni offrande, ni encens, ni endroit pour apporter les fruits devant le Seigneur et obtenir sa Miséricorde. (Voir Dan 3,38-39)

Nous écrivons ces choses à des hommes qui les connaissent, parce qu'il n'y a aucune partie de la terre à ignorer désormais nos malheurs. Aussi ne faut-il pas croire que nous faisons ce discours pour vous instruire ou pour éveiller votre sollicitude. Nous savons que vous ne pourrez jamais nous oublier, pas plus que la mère ne peut oublier les fils de son sein. (voir Is 49,15). Mais puisque ceux qui sont tenaillés par une douleur ont coutume d'alléger en quelque manière leurs souffrance par leurs gémissements, nous le faisons nous aussi. Nous nous déchargeons, peut-on dire, du poids de notre chagrin, tandis que nous faisons savoir à votre charité nos malheurs de toutes sortes, dans l'espoir que peut-être, plus fortement excités à prier pour nous, vous toucherez le Seigneur et vous Le ferez se réconcilier avec nous. Si les afflictions qui nous accablent étaient seules, nous nous serions donné à nous-mêmes le conseil de nous taire et de nous réjouir des souffrances endurées pour le Christ, parce que "les souffrances de ce temps n'ont pas de proportion avec la gloire future qui sera révélée en nous" (Rom 8,18). Mais nous craignons qu'un jour le mal n'augmente, et que, telle une flamme qui s'avance à travers la matière embrasée, après avoir consumé ce qui l'avoisine, il n'atteigne les parties plus éloignées. En effet le mal de l'hérésie absorbe tout de proche en proche, et il est à craindre que, après avoir dévoré nos Églises, il ne se glisse jusqu'à la partie saine de votre territoire. C'est peut-être parce que le péché a surabondé chez nous, que nous avons été livrés les premiers en pâture aux dents cruelles des ennemis du Christ; c'est peut-être aussi, ce qui est plus vraisemblable, parce que l'évangile du royaume, après avoir commencé dans nos régions, s'est propagé dans toute la terre, que l'ennemi commun de nos âmes fait tous ses efforts pour que les paroles de l'apostasie, qui ont pris naissance dans les mêmes régions, se répandent dans toute la terre. En effet c'est sur ceux pour qui a brillé la lumière de la connaissance du Christ, que cet ennemi médite de faire venir les ténèbres de l'impiété.

Considérez donc nos souffrances comme vôtres, en vrais disciples du Seigneur. Ce n'est pas pour l'argent, ce n'est pas pour la gloire, ce n'est pas pour quelque autre bien temporel que nous guerroyons: c'est pour l'héritage commun, pour le trésor ancestral de la foi saine, que nous tenons ferme dans le combat. Prenez part à notre douleur, vous les amis de vos frères, parce que chez nous les bouches des hommes pieux sont fermées, et que se sont déliées les langues hardies et blasphématrices de tous ceux qui profèrent l'iniquité contre Dieu. Les colonnes et le soutien de la vérité sont dans la dispersion; nous, qu'on a méprisés à cause de notre petitesse, nous n'avons plus la liberté de parler. Combattez pour les peuples, et ne considérez pas seulement votre situation: ne vous dites pas que vous êtes à l'ancre dans des ports tranquilles, parce que la grâce de Dieu vous procure un abri contre toutes les tempêtes provoquées par les vents de la perversité. Non, tenez la main à celles des Églises qu'agite l'ouragan, de peur que pour avoir été abandonnées elles ne subissent un jour le naufrage complet de la foi. Pleurez sur nous, parce que le Fils seul-engendré est blasphémé et qu'il n'y a personne pour contredire le blashémateur. L'Esprit saint est rejeté et celui qui pouvait confondre l'impie est chassé. Le polythéisme règne. Il y a chez eux un grand Dieu et un petit. L'expression le Fils n'est pas, croient-ils, un nom de nature, mais la désignation d'une certaine dignité. L'Esprit saint ne complète pas la sainte Trinité et ne participe pas à la divine et bienheureuse nature: c'est une créature quelconque, qui s'est ajoutée, au hasard et comme cela s'est trouvé, au Père et au Fils. "Qui donnera de l'eau à ma tête et une source de larmes à mes yeux?" (Jer 9,1) et je pleurerai pendant bien des jours sur le peuple, qui est poussé à sa perte par ces doctrines perverses. On séduit les oreilles des plus simples : elles ont pris désormais l'habitude de l'impiété hérétique. On nourrit les petits enfants de l'Église avec les enseignements impies. Que devront faire ces hommes en effet? Ce sera le baptême conféré par eux, l'escorte qui accompagne ceux qui s'en vont, la visite des malades, la consolation des affligés, l'aide apportée à ceux qui peinent, les secours de toutes sortes, la participation aux mystères: toutes choses qui, réalisées par ces gens-là, deviennent pour les peuples le lien de leur union avec eux. C'est pourquoi d'ici à peu de temps, même si l'on nous accorde quelque liberté, il n'y aura plus d'espoir que ceux qui furent si longtemps prisonniers de la fraude puissent être rappelés à la connaissance de la vérité.

Pour toutes ces raisons nous aurions dû accourir nombreux vers votre gravité et vous exposer chacun l'état de ses affaires. Mais il y a un fait qui, à lui seul, doit être pour vous une preuve de la situation malheureuse où nous nous trouvons, c'est que nous ne sommes même pas maîtres d'entreprendre un voyage. Si en effet quelqu'un, ne fût-ce que pour le temps le plus court, s'éloignait de son Église, il laisserait les peuples sans défense devant les dresseurs d'embûches. Mais par la grâce de Dieu nous avons envoyé un homme qui en vaut beaucoup, notre très pieux et très aimé frère Dorothée le co-prêtre: il est capable de suppléer par son récit tout ce qui a échappé à notre lettre, parce qu'il a suivi tous les événements avec une scrupuleuse attention, et c'est aussi un zélé défenseur de la foi droite. Accueillez-le pacifiquement et renvoyez-le bientôt. Qu'il nous apporte de bonnes nouvelles de votre zèle, celui que vous avez pour secourir vos frères !

Beaucoup de ceux qui nous sont extérieurs nous appartiennent, eux dont les moeurs devancent la foi et à qui ne manque que le nom, alors qu'ils possèdent la réalité elle-même.

saint Grégoire le Théologien

LES ABLUTIONS DE L'ENFANT JÉSUS

Lors de son Incarnation, le Christ assuma toute la nature et les conditions humaines: la faim, le sommeil, l'angoisse, la mort etc. De même Il a vécu à Nazareth, une ville diffamée, Il s'est fait recenser, Il est né dans une pauvre crèche, Il est mort sur une croix infâme etc.

Sa Naissance fut virginale afin d'éviter le péché originel, mais comme tout enfant nouveau-né il fut lavé comme témoignent une quantité d'icônes vénérables. Ceux qui nient cet épisode tombent dans l'iconomagie et je prends pour témoin un docteur de l'Église, saint Grégoire Palamas, qui dit dans son homélie sur la Nativité: "Oui, s'il existe un ciel des cieux, si des eaux très élevées reçoivent les étendues célestes, et s'il existe un lieu, ou un état, ou encore un ordre par-delà ce monde, rien de tout cela n'est plus admirable, ni plus honorable, que la grotte, la crèche, les vases pour les ablutions, et les langes de nourrisson." (Homélie pour la salutaire Nativité dans la chair de notre Seigneur, Dieu, et Sauveur Jésus Christ.1 ).

Je demande à ces ingénieux, à qui se rapportent ces vases pour les ablutions? Si c'est à l'enfant Jésus, alors qu'ils laissent intacte l'icône avec l'épisode du bain au risque de tomber dans l'iconoclasme. Si par contre ces vases se rapportent à eux-mêmes, alors qu'ils en profitent pour se purifier de leur ignorance crasseuse.

Je leur demande aussi, à eux qui prétendent que toutes les icônes transmises doivent être vénérées, comment se fait-il, que selon leur iconologie, l'icône de la Nativité avec l'épisode du bain, de même qui l'icône de la Pentecôte, de l'Ascension avec l'apôtre Paul etc., qui furent pourtant vénérées par tant de saints sans être mises en question doivent être maintenant corrigées ou rejetées? Mais ce qui les dérange dans leurs idées tout humaines est rejeté, et ce qui les arrange est soutenu contre vent et marée. C'est à eux que se rapportent les paroles de saint Léon, pape de Rome: "s'attachant à leurs propres idées et plus prompts à enseigner ce qu'ils n'ont pas encore compris qu'à s'en instruire, beaucoup, selon le mot de l'apôtre 'ont fait naufrage dans la foi' " (10e sermon pour Noël)

Malheureusement la mémoire de cette engeance de hiboux qui tend vers la lumière ne dépasse pas l'explication de saint Nicodème l'Agiorite dans le Pédalion (il faut encore voir si cette explication est vraiment de lui ou si elle n'est pas une interpolation de plus du Vatican).

Je termine avec les paroles du grand Basile qui dit: "Notre intention n'étant pas de faire étalage d'une foule de témoignages, mais de faire la preuve que les remarques de ces gens-là n'ont point de sens." (Traité du saint Esprit 6,85 a)

Décembre 1993

hm. Cassien

Soucieux certes de maintenir l'entente des âmes dans l'amour, il l'est plus encore de garder ce qui en est la condition : l'union des esprits dans la vérité.

hm. Cassien