Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 54

NOVEMBRE 1993

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 LIMINAIRE

LE GRAND JUGEMENT

NOUVELLES DE RUSSIE

LA DIVERSITÉ DANS L'UNITÉ

SECRETS RÉVÉLÉS

SAINT PAUL ET LA SYNAGOGUE

HISTOIRE D'ABGARE

NE JUGEZ PAS

SUR LES SAINTS SACREMENTS

LE SACREMENT DU BAPTEME

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS

SERMON SUR LES TRADITIONS

Quand c'est Dieu qui est mis en question et de qui il s'agit, nous comptons le reste pour rien, nous ne regardons que Lui.

saint Basile (discours 43)

LIMINAIRE

Cette fois-ci nous sommes un peu en retard, retard dû au voyage prévu en Grèce et qui est finalement remise aux calendes grecques. Comme dit l'apôtre : "Je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que j'ai souvent formé le projet d'aller vous voir, afin de recueillir quelque fruit parmi vous, comme parmi les autres nations; mais j'en ai été empêché jusqu'ici." (Rom 1,13)

Depuis la dernière fois, nous avons publié un livre contenant la Vie de saint André le Fol en Christ. Le calendrier pour 1994 est également prêt et le livre des prières a vu la troisième édition.

D'ici au prochain bulletin je ferai un peu de ménage dans mon carnet d'adresses. Il y a des lecteurs à qui j'envoie nos publications depuis des années et dont je n'ai jamais une réaction quelconque. S'ils tiennent pourtant à nos publications, un simple "réabonnement" mettra les choses en place et me rassurera.

hm. Cassien

Cet objet que tu désires et que Dieu te refuse t'apparaît précieux et pur, tu le vois grand de toute la hauteur de l'obstacle dressé entre toi et lui. Prends garde toutefois qu'il soit haut par lui-même et qu'il ne tire pas toute sa valeur de la passion, de peur que, l'obstacle franchi, tu ne te retrouves plus bas qu'auparavant.

hm. Cassien

LE GRAND JUGEMENT

Étant cité l'autre jour, comme témoin aux Assises, j'ai pu à travers ce spectacle qu'offrait ce jugement me faire une faible idée de ce que sera le Jugement dernier, où tous nous devons comparaître un jour.

LA BALANCE DE JUSTICE

En face de la sainte Trinité, comme juge, des apôtres comme jurés, - car ce sont eux qui nous jugerons selon la parole du Christ : " Je vous le dis en vérité, quand le Fils de l'homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur le trône de sa Gloire, vous qui m'avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël." (Mt 19:28) Les avocats ce seront nos anges qui connaissent tous nos actes, bons ou mauvais. Le diable (ce qui veut dire accusateur) nous accusera, sans rien omettre, ni action, ni parole, ni pensée. Les commandements divins inscrits dans notre conscience et enseignés par l'Église tout au long de notre vie ici-bas, correspondent aux lois civiles. Celui qui les enfreint subira le châtiment qui doit être appliqué avec justice. Le juge ne peut être arbitraire mais doit appliquer avec équité la loi et les sanctions, et Dieu qui est le juste Juge en ferait autrement ?

Si au tribunal humain on peut tricher, cacher, mentir, devant Dieu rien de tout cela. Quelle honte aussi de voir dévoilés alors devant les anges et les hommes nos péchés, même les plus secrets ! "Car il n'est rien de caché qui ne doive être découvert, rien de secret qui ne doive être mis au jour." (Mc 4:22) Et quoi dire pour notre défense? Songeons à ce jour terrible et faisons ce qui est en notre pouvoir afin d'effacer par la pénitence, les larmes et la confession nos offenses. Ce que nous confessons maintenant devant le prêtre et payons par le repentir est pardonné dès maintenant, effacé pour toujours et ne sera pas mis au grand jour lors du Jugement dernier. La confession sacramentelle est déjà un jugement avant le Jugement, où Dieu à travers le ministère du sacerdoce juge et remet nos péchés. "Je te donnerai les clefs du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux," (Mt 16,19) disait Jésus à Pierre et à travers lui aux autres apôtres et leurs successeurs.

Voici ce que Jean le visionnaire écrit dans l'Apocalypse : "Puis je vis un grand trône blanc, et celui qui était assis dessus. La terre et le ciel s'enfuirent devant sa face, et il ne fut plus trouvé de place pour eux. Et je vis les morts, les grands et les petits, qui se tenaient devant le trône. Des livres furent ouverts. Et un autre livre fut ouvert, celui qui est le livre de vie. Et les morts furent jugés selon leurs oeuvres, d'après ce qui était écrit dans ces livres. La mer rendit les morts qui étaient en elle, la mort et le séjour des morts rendirent les morts qui étaient en eux; et chacun fut jugé selon ses oeuvres. Et la mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. C'est la seconde mort, l'étang de feu. Quiconque ne fut pas trouvé écrit dans le livre de vie fut jeté dans l'étang de feu." (Ap 20,11-15)

Celui qui en face de tout cela se dit: Dieu est miséricordieux, Il pardonnera tout, même sans que je fasse pénitence, se trompe autant que celui qui ne croit tout simplement pas au Jugement futur. La vérité ne ment pas et tout ce qui est écrit dans l'Écriture sainte est véridique. Il faudra mourir un jour, personne n'y échappe! ni celui qui remet à plus tard ses comptes à régler, ni celui qui ferme simplement les yeux, ni encore celui qui nie obstinément ce qui suivra après la mort. Heureux par contre celui qui à partir de maintenant s'y prépare et qui quitte cette vie passagère, ses comptes réglés.

Je sais que ces paroles font peur et on préfère entendre parler de l'Amour de Dieu, mais l'Amour de Dieu suppose notre amour et un coeur pur. Une nourriture, ou du vin versé dans un récipient malpropre se corrompe, tourne au vinaigre. De même l'Amour de Dieu dans un réceptacle plein des vices et des péchés fait souffrir, brûle. L'Amour de Dieu ne fait pas défaut aux des démons même, mais il leur constitue une souffrance intolérable et c'est cela l'enfer. Dieu ne peut pas ne pas aimer, mais selon notre disposition cet Amour devient ou béatitude ou châtiment. Et c'est notre repentir, notre guérison spirituelle qui en décide. On y revient donc et rien ne nous dispense de nous détourner du péché et de retourner par un revirement total de notre être, de notre comportement, tel le fils prodigue vers le Père.

Quand le juge voit un vrai regret, alors il peut faire grâce, exercer sa clémence, mais un coeur endurci ne récoltera que punition. Devant le juge terrestre on peut plaider non coupable mais devant Dieu qui connait tous nos délits, qui les niera? Notre parjure, notre mensonge, notre hypocrisie, aussi aisément que nous les proférons maintenant, nous resteront dans la gorge quand non seulement notre conscience nous accusera ce jour-là mais les paroles écrites dans le livre de vie qui témoignent et accusent nos péchés non repentis. Hâtons-nous donc de les effacer par le repentir et la confession non à partir de demain mais dès maintenant, car le demain est seul dans la Main de Dieu et qui connait son heure? Je vient tel un voleur dans la nuit, dit le Christ, et heureux celui qu'il trouvera vigilant, la lampe allumée!

hm. Cassien

NOUVELLES DE RUSSIE

A la suite de l'effondrement du régime soviétique, le monastère de Solovki, évoqué à plusieurs reprises dans notre bulletin, a été rendu à sa destination originelle et de camp de concentration est redevenu monastère.

LA DIVERSITÉ DANS L'UNITÉ

Ni l'uniformisme ni le pluralisme ne sont connus dans l'Orthodoxie. D'ailleurs tout isme nous est suspect . Il n'y a pas l'Orthodoxisme comme l'Anglicanisme, le Calvinisme, le Catholicisme etc. mais l'Orthodoxie. Nous confessons et vivons l'unité dans la foi, - qui ne change, ni à travers le temps, ni à travers l'espace -, et la diversité dans ses expressions, qui est lié et conditionné par la langue, le climat, la nourriture que fournit le sol etc.

Nous n'avons jamais pensé imposer la langue grecque et encore moins le latin à l'Église entière, mais dès l'origine les Églises locales ont traduit dans les langues vernaculaires les textes liturgiques, l'Écriture sacrée, les écrits patristiques et le reste. Il ne serait pas venu à l'esprit des apôtres d'imposer l'hébreux ou l'araméen,- la langue du Christ et la leur -, au nouveaux convertis. L'Esprit saint ne parlait-t-il pas dans toutes les langues lors de la Pentecôte? Il serait de même grotesque et ridicule de chanter dans une communauté orthodoxe française en grec ou en slavon, que personne ne saurait même pas correctement prononcer et encore moins comprendre. Les icônes de même sont toujours inscrites dans la langue du pays, les exceptions exceptées, comme pour le monogramme du Christ et de la Toute Sainte qui s'inscrivent traditionnellement en grec, ou quelques mots pour les chants liturgiques comme l'alleluia ou le Kyrie eleison par exemple.

Ce qui cimente l'Orthodoxie c'est l'unité dans la foi, les sacrements, les dogmes, c'est-à-dire l'essentiel, et non l'uniformisme dans ce qui est soumis aux conditionnements terrestres. Même si certaines formes se prêtent mieux que d'autres à notre vie de foi, comme par exemple la monarchie, ce n'est pas une condition sine quoi non pour vivre notre foi, comme nous avons vu dans l'ex-URSS, un pays athée, où les fidèles ont vécu leur foi jusqu'au martyre. Quand l'antichrist viendra, il n'y aura plus d'églises, ni des Bibles, ni des livres liturgiques. Chacun se réfugiera avec sa foi quelque part dans la solitude pour vivre tel une Marie l'Égyptienne. Et pourtant l'Orthodoxie sera encore entière, et sans infirmité elle gardera le dépôt de la foi jusqu'au retour glorieux du Sauveur.

Pourtant, les formes que l'Église a élaborées, comme le canon de l'Écriture, les prières liturgiques, le monachisme, l'iconographie byzantine ou encore le calendrier pour n'en nommer que quelques unes, nous les gardons précieusement comme un trésor car elles portent le sceaux de l'Esprit saint, le sang des martyrs et la sueur de nos pères. L'Église les a élaborées aux premiers siècles de l'ère chrétienne, quand elle est sortie de l'ombre de la Loi vers la clarté de l'Évangile, mais une fois élaborées et portées à leur perfection il n'y a pas de raison de les changer. Les remplacer pour en mettre de "meilleures", à notre goût, reviendrait à les mépriser et ne serait qu'un signe d'orgueil, car l'orgueil ne supporte pas ce qui est ancien comme disent les pères. Elles ne sont certes pas des absolus et l'Église sait s'en passer si les nécessités l'exigent, mais ces formes se sont sanctifiées et ont fait leurs preuves et ce n'est pas sans dommage qu'un abandon ou un changement se fait comme démontrent l'iconographie latinisée ou le calendrier papal.

L'Église ignore le catholicisme mais vit la catholicité, c'est-à-dire unité à travers le temps et l'espace de sa foi et de sa Tradition qui en est le support. Elle suit la voie royale et avec discernement évite de tomber d'une extrême à l'autre. Pas plus qu'elle n'a imposé avec l'Évangile une langue et une culture unique, pas plus elle ne permet à chaque Église locale ou à chaque paroisse de fabriquer son propre culte.

De même qu'il y a une diversité dans l'unité, il y a une stabilité dans l'évolution. Le contenu de la foi, la sainte Tradition n'évolue pas, reste stable, mais tout ce qui est accessoire, soumis au temps peut changer. C'est le côté terrestre de l'Église tandis que son aspect céleste reste immuable car c'est la vie de l'Esprit saint en elle, et en Dieu il n'y a pas de changement, Il est toujours identique à Lui-même. Mais puisque Dieu est Vie et que le propre de la vie est précisément de se mouvoir, le pères parlent d'un mouvement stable par rapport à Dieu. Cela semble paradoxal mais en Dieu mouvement et stabilité se rejoignent où plutôt Il est au-dessus de cela car le mouvement se situe par rapport à quelque chose ou de quelqu'un, mais Dieu ne se situe qu'envers Lui-même. L'Église reflète par sa stabilité dans l'évolution ce mouvement stable de Dieu, comme elle reflète par sa diversité dans l'unité, la Trinité sainte une et tri-hypostatique, car une est la nature dans trois personnes.

Il n'y a donc et il ne peut avoir un aggiornamento dans l'Église mais tout au plus une adaption aux conditionnements dans ce monde (l'Église est dans le monde mais n'est pas de ce monde, comme dit l'Apôtre). Par contre chaque fidèle pour autant qu'il n'est pas encore l'image de Dieu doit se rénover, se reformer. Alors il sera de plus en plus intégré dans l'Orthodoxie.

hm. Cassien


SECRETS RÉVÉLÉS
(C'est sous ce titre que l'article suivant a été publié dans le périodique catholique romain "THE TABLET" du 20 mars 1993).

Le Métropolite Nikodim de Léningrad, l'Évêque russe orthodoxe mort dans les bras du Pape Jean Paul I, le 5 septembre 1978, était bien disposé vis-à-vis des catholiques et il a écrit une imposante biographie de 658 pages sur le Pape Jean XXIII. Le livre du père Keleher (Passion et Résurrection: L'Église Grecque-Catholique* en Ukraine Soviétique, 1939-1989) suggère que les choses allaient bien plus loin.

En 1971 Michel Havryliv, séminariste russe orthodoxe de Léningrad âgé de 22 ans, découvrit l'Église Catholique et et lut les écrits de Wladimir Soloviev. Il commença à se confesser régulièrement au père Joseph Pavilnis, alors chargé de l'Église Catholique de Notre Dame de Lourdes? Il devint bientôt conscient de l'existence d'un réseau de catholiques clandestins au séminaire de Léningrad et tout autour de lui. En 1973, l'un d'eux l'accompagna en Lituanie où le 13 juin, un prêtre capucin le reçut formellement dans l'Église Catholique.

Ce capucin anonyme est un témoin-clé. Il dit à Havryliv que le Métropolite Nikodim était "secrètement Catholique, reconnu par Rome avec juridiction de Paul VI pour toute la Russie". Le père Keheler commente ceci judicieusement de la manière suivante : "Cette déclaration n'est pas impossible, mais elle n'est pas non plus entièrement prouvée."

Ce qui suit semble confirmer au moins une partie de l'histoire. Le 6 septembre 1975, Havryliv fit une confession sacramentelle au Métropolite Nikodim, qui alors "accepta les v¤ux monastiques et la profession de foi au Siège Apostolique et au Pape de Rome". Nikodim lui donna un exemplaire des Constitutions jésuites et lui ordonna de vivre selon celles-ci. Le 9 octobre 1975, Nikodim ordonna Havryliv diacre et le 4 novembre prêtre, mais sans exiger les v¤ux généralement prononcés par les prêtres orthodoxes.

En 1977, le père Havryliv fut nommé au diocèse de L'viv et Ternopil du Patriarcat de Moscou où le Métropolite Nicolas (Yuryk) était un ancien Grec-Catholique** qui avait accepté la conversion "forcée" de cette église à l'orthodoxie grecque en 1946. Le père Havryliv rapporte que dans son dernier entretien avec Nikodim, "il me bénit et me donna pour instructions de garder mes convictions Catholiques et de tout faire pour la croissance de la cause Catholique, non seulement en Ukraine, mais aussi Russie. Le Métropolite parla aussi de la pratique de ses prédécesseurs et me demanda d'être prudent."

Le père Havryliv fut secrètement transféré à l'Église Grecque-Catholique*** en 1979. Il raconta son histoire au père Keheler en 1990, à Rome où il finit ses études supérieures l'année dernière. Il publia son autobiographie en 1987.

* C'est-à-dire Uniate (note du traducteur)

**idem

***idem

Le Seigneur, pour nous préparer à la vie de la résurrection, nous propose le genre de vie évangélique en nous prescrivant d'être doux, résignés, de nous garder purs de l'amour du plaisir, d'avoir une vie détachée des richesses, de sorte que nous réalisions dès maintenant par volonté délibérée ce que la vie future possédera comme naturellement.

saint Basile le Grand (traité du saint Esprit XV,132 b)

SAINT PAUL ET LA SYNAGOGUE

extrait d'une lettre en réponse à un lecteur

 

Mon cher en Christ,

...

Quand vous dites : "L'apôtre Paul n'a pas renié ses origines (Ro 1,1) : 'Dieu a-T-il rejeté son peuple? Certes non ! Ne suis-je pas moi-même Israélite, de la race d'Abraham, de la tribu de Benjamin ?'"

Voilà ce que je peux vous répondre :

Certes en devenant chrétien, l'apôtre Paul ne nia aucunement sa race ce qui serait absurde, mais il renia la Synagogue, c'est-à-dire les juifs qui s'opposèrent au Christ, qui Le persécutèrent tout au long de sa Vie et qui Le crucifièrent finalement. Il n'y a pas de péché plus grave sous le soleil ! Et ce péché repose toujours sur la Synagogue selon leur propre v¤u: "Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants".

Flirter avec la Synagogue comme vous faites, à la suite du pape actuel, me fait frémir. Comment peut-on accepter une croyance qui s'oppose au Christ et qui attend ╔ l'antichrist ! "Qui n'est pas pour moi est contre moi," dit le Christ. Vous faites retomber son sang également sur vous en devenant complice avec la Synagogue.

La Synagogue n'est plus le peuple élu, mais l'élection est passée à l'Église qui est le véritable Israël. L'Apôtre dit aux Philippiens: "Car les circoncis, c'est nous, qui rendons à Dieu notre culte par l'Esprit de Dieu, qui nous glorifions en Jésus-Christ, et qui ne mettons point notre confiance en la chair" (Php 3:3)et aux Romains:"Le Juif, ce n'est pas celui qui en a les dehors; et la circoncision, ce n'est pas celle qui est visible dans la chair. Mais le Juif, c'est celui qui l'est intérieurement; et la circoncision, c'est celle du c¤ur, selon l'esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu." (Rom 2:28-29). Quand la Synagogue, à la fin des temps selon l'Apôtre, se convertira au Christ, alors elle entrera de nouveau en possession de l'héritage, dans l'Église et avec ceux qui ne sont pas de la race juive.

Je ne dis bien sûr pas de ne pas aimer les juifs de la Synagogue. Nous devons aimer même nos ennemis. Mais une chose de les aimer en tant que notre prochain, autre chose d'aimer leur croyance.

Je sais que l'homme rêve d'une paix terrestre, d'une entente entre tout le monde c'est-à-dire un paradis terrestre. Mais le Christ ne nous a pas promis un paradis sur cette terre. Il nous a par contre prévenu de l'apostasie à la fin des temps, d'un refroidissement de l'amour. Et quand Il parle de l'amour, Il parle de l'amour qui vient de Dieu qui aime dans la vérité et non d'un amour sentimental et larmoyant .

Je vous parle durement, mais je pense que je peux le faire envers vous et je pense de même que le premier acte d'amour consiste à dire la vérité qui n'est pas toujours agréable ╔

hm. Cassien

Comme une lettre d'amour faut-il lire l'Écriture, lire et relire, et lire entre les lignes et surtout y voir Celui qui en est l'auteur - le Verbe de Dieu.

hm. Cassien

HISTOIRE D'ABGARE
selon Procope (l'an 540 après. J.C.)

L'amour de la gloire inspira à Chosroès, roi des Perses, le dessein de prendre Edesse; et certains bruits répandus parmi les chrétiens, que cette ville était imprenable, l'y confirmèrent. Voici le fondement de ces bruits:

Il y eut autrefois un toparque dans Edesse nommé Abgar, qui était un des plus habiles et des plus prudents de son siècle, et qu'Auguste chérissait très particulièrement. Étant allé à Rome pour faire alliance avec les Romains, il eut diverses conférences avec cet empereur, qui conçut une haute opinion de sa capacité, qu'il ne pouvait plus vivre sans lui, et qu'il ne voulut pas lui permettre de retourner dans sa patrie. Après avoir demandé plusieurs fois cette permission sans pouvoir l'obtenir, il imagina un moyen d'y réussir. Un jour Auguste l'avait envoyé à la chasse, parce qu'il y était fort adroit. Abgar prit plusieurs bêtes dans les environs de Rome, et emporta aussi avec elles une portion de la terre où il les avait trouvées. Il vint avec sa prise devant Auguste, qui était assis dans le cirque suivant sa coutume. Il plaça ensuite en divers endroits du cirque les diverses portions de terre qu'il avait apportées. Ayant ensuite fait lâcher toutes les bêtes, chacune courut l'instant vers la terre d'où elle avait été tirée. L'empereur en fit la remarque et y porta son attention, admirant que la nature eût gravé sans préceptes, dans le c¤ur des animaux, une si forte inclinaison pour leur patrie. Abgar se jeta alors à ses pieds et lui dit:

"Seigneur, jugez, s'il vous plaît, dans quels sentiments je dois être, moi qui ai une femme, des enfants et un petit royaume dans mon pays."

L'empereur, convaincu par l'évidence de la vérité, lui permit, quoiqu'à regret, de retourner dans sa patrie, et lui promit tout ce qu'il demanderait. Abgar demanda à Auguste de faire bâtir un cirque à Edesse. Lorsqu'il fut de retour, ses sujets lui demandèrent ce qu'il avait obtenu à Rome en leur faveur. Il leur répondit qu'il avait obtenu une tristesse sans perte, et une joie sans profit. C'est ainsi qu'il désignait la nature et la condition du cirque obtenu par lui.

Quand Abgar fut avancé en âge, il fut attaqué de la goutte qui lui causait de grandes douleurs et qui le privait de la faculté de se mouvoir. Après avoir eu recours inutilement aux plus fameux médecins, il était réduit à ne chercher de soulagement que dans d'inutiles plaintes. En ce temps-là Jésus, fils de David, était revêtu d'un corps mortel et conversait visiblement avec les hommes dans la Palestine. Il a bien montré qu'Il était véritablement le Fils de Dieu par la vie toute sainte qu'Il a menée et par les miracles tout divins qu'Il a opérés. Il a retiré les morts du tombeau par la force toute-puissante de sa Parole. Il a rendu la vue des aveugles-nés, guéri la lèpre, redressé des boiteux et produit d'autres merveilles qui sont au-dessus de tous les efforts de la médecine et de la nature.

Lorsque le roi Abgar eut appris tous ces faits de ceux qui venaient de la Palestine, il conçut l'espérance de sa guérison. Il écrivit à Jésus pour l'engager à quitter les hommes ingrats de la Judée, pour venir demeurer avec lui.

Jésus lui répondit qu'il ne pouvait aller le trouver, mais qu'Il lui promettait de le guérir. On dit qu'Il l'assura aussi que jamais sa ville ne serait prise par les barbares. Ceux qui ont écrit l'histoire du pays n'ont pas connaissance de ce dernier fait. Mais les habitants soutiennent que la promesse est exprimée dans une lettre dont ils ont gravé les propres paroles au-dessus d'une des portes de la ville, afin d'en conserver la mémoire. Cependant la ville est tombée depuis sous la domination des Mèdes. Il est vrai qu'il ne la réduisirent point par la force des armes; mais ils en prirent possession dans une circonstance qui leur fut favorable.

Abgar ayant reçu la lettre de Jésus, fut guéri et ne mourut qu'après avoir joui longtemps de la santé qu'il avait recouvrée par miracle. Celui de ses enfants qui lui succéda, fut un des plus méchants hommes du monde, exerça d'horribles violences contre ses sujets, et craignant que les Romains n'en tirassent vengeance, il prit le parti des Perses.

Longtemps après, les habitants ayant chassé leur garnison, se donnèrent volontairement aux Romains. On a vu que Procope ne reconnaissait pas l'authenticité de la lettre où Jésus promettait qu'Edesse ne serait jamais prise par les barbares. C'est ce qu'il exprime formellement en disant: "Mon opinion est que Jésus n'a point écrit la lettre dont je viens de parler; mais comme la ville était sous sa protection, on s'est imaginé qu'il ne permettrait pas qu'elle fût prise. Peu importe ce qu'il en est ce que l'on en pense."

Chosroès, crut que ce bruit l'obligeait de se rendre maître de cette place. Quand il fut arrivé à un village qui n'en est éloigné que d'une journée et qui est appelé Batné, il y passa la nuit. Le lendemain il en partit avec toute son armée, et ne connaissant pas la route, après avoir marché tout le jour, il fut obligé de venir passer la nuit dans le même lieu. On assure que la même chose lui arriva deux fois. Enfin on ajoute que lorsqu'il fut devant Edesse, il lui survint une fluxion sur la joue qui le contraignit à lever le siège. Il se contenta d'envoyer Paul demander de l'argent. Quoique les habitants se vantassent de ne pouvoir être pris de force, ils lui donnèrent deux cents marcs d'or, afin qu'il ne fît point de dégât dans la campagne.

(Dans Migne : Encyclopédie théologique, tome quinzième)

 

Des pères de l'Église tel saint Jean Damascène, saint Ephrem le Syrien, le pape Grégoire III , l'empereur de Byzance, Constantin Porphyrogénète et Léon, lecteur de l'église de Constantinople nous parlent également de cette histoire.

Pour plus de détails on lira avec profit le livre d'Irène Economides: Le saint Voile, qui traite également de l'icône de la sainte face que le Christ faisait parvenir à Abgar.


NE JUGEZ PAS

Il y avait dans un monastère, un moine qui vivait dans son état avec beaucoup de tiédeur et de négligence. Étant tombé malade de la maladie dont il mourut, il n'en fut point effrayé; au contraire, il en rendait grâces à Dieu et envisageait d'un air riant le moment où il allait sortir de ce monde. C'était l'usage, dans ce monastère, que quand quelqu'un des frères se trouvait près de la mort, tous les autres, avec le supérieur, s'assemblaient autour de lui pour l'assister dans ces derniers moments, et n'en bougeaient point jusqu'à ce qu'il eût rendu l'âme. La sécurité du moribond étonna particulièrement un des pères qui étaient présents. Il s'approcha de lui, et lui dit avec confiance : "Mon frère, nous ne nous sommes jamais aperçus que tu as rempli tes devoirs avec beaucoup l'exactitude; au contraire, nous n'avons vu en toi qu'une grande négligence; dis-nous donc, je t'en prie, pourquoi tu es si tranquille, et que bien loin de craindre dans ce redoutable passage, tu ne témoigne au contraire que de la joie. Fais-nous connaître, pour la gloire du Seigneur, quelle grâce Il t'a faite qui te donne cette sécurité."

Alors le malade se levant doucement, autant que ses forces le lui permettaient, dit à l'assemblée: "Mes vénérables pères, je ne saurais dissimuler les négligences de ma vie passée, et à cette heure les anges de Dieu m'ont présenté et ont lu devant moi un mémoire qui contenait tous les péchés que j'ai commis depuis que j'ai abandonné le siècle, et ils m'ont ensuite demandé si je les avouais. Je leur ai répondu que oui, et que je n'en pouvais pas disconvenir; mais je leur ai dit en même temps, que depuis que j'avais le bonheur d'être moine, je n'avais jamais jugé personne, ni conservé le souvenir des injures que j'avais reçues, et qu'ainsi je conjurais notre Seigneur de me faire ressentir en me pardonnant, l'effet de la promesse qu'Il nous a faite quand Il a dit: "Ne jugez point et vous ne serez point jugé; pardonnez et il vous sera pardonné." A peine ai-je dit ces paroles, que les anges ont déchiré le mémorial de mes péchés; ce qui m'a ôté toute sollicitude sur ma vie passée : voilà donc que j'espère d'aller à Dieu avec cette joie dont vous êtes témoins." Après qu'il eut parlé ainsi, il rendit en paix le dernier soupir, laissant à ses confrères un exemple également utile et édifiant.


SUR LES SAINTS SACREMENTS

La religion a entouré l'homme de sacrements (mystères) - mystères de sa foi et de son destin. Les mystères sont les signes des vérités les plus sublimes et des bienfaits divins les plus précieux. Ils sont des réalités animées par la Vie du Christ et constituent les sept fonction en vue de notre sanctification. Comme une forte liaison religieuse, les mystères sanctifient toutes les périodes de la vie terrestre. Spirituellement, ils sont très nécessaires et cette nécessité est fondée sur les principes suivants: toute vérité, toute action spirituelle ou intellectuelle, pour être bien comprise, doit s'exprimer par un signe plus concret, plus précis, plus intelligible. Les gens sont rarement capables de parler d'une vérité abstraite, qui ne corresponde pas à un phénomène d'ordre physique; celui-ci le caractérise souvent d'une manière symbolique. Ainsi, le feu élémentaire, source de lumière et de chaleur, fait référence à la divinité, qui est l'origine de la vérité et du bien. De la même manière on peut considérer aussi les autres éléments. L'air symbolise l'esprit, l'eau la pureté humaine et la terre la vitalité. Chaque phénomène nous restitue partiellement une importante vérité. Les phénomènes de la putréfaction et de la reproduction des semences signifient la mort et la résurrection. La réfraction des rayons dans l'eau, la projection des ombres, les phénomènes du son et ceux de la polarité du globe, les lois de la gravitation et les harmonies des trois règnes etc. nous offrent autant d'intéressantes images.

Il est donc normal que l'¤uvre du Christ se matérialise, elle aussi, par l'eucharistie, la renaissance de l'homme par le baptême; la perpétuation de l'Esprit saint par le sacerdoce; la mort du péché par la pénitence; l'accomplissement des promesses et la guérison physique et morale par les mystères sacrés du mariage, de l'onction et de l'office pour une personne gravement malade.

Les quatre premiers mystères ont été établis pratiquement par Jésus Christ, notre Sauveur, car Il a reçu le baptême, a institué l'eucharistie et a prescrit la prêtrise, en enseignant et en donnant l'exemple par sa propre vie.

Et les trois derniers mystères sacrés sont eux aussi des fondements solides de la religion chrétienne. Celui du mariage représente un commandement clair: "l'homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni" et les deux autres dérivent du Nouveau Testament et des coutumes de l'Église primitive (voir l'épître de saint Jacques)

père Olivian Bindiu


LE SACREMENT DU BAPTEME

L'eau est le symbole de la purification humaine. Le déluge des passions a précédé celui des vagues, qui n'a été que le symbole de la purification du premier. C'est pourquoi le baptême est devenu l'élément promoteur du christianisme, par lequel se réalise la renaissance de l'homme déchu.

L'institution du baptême n'a pas été arbitraire. Notre Sauveur a dit: "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au Nom du Père, du Fils et du saint Esprit" (Mt 28,19). Par l'invocation de la divine Trinité on peut accomplir dans la profondeur de l'âme humain, l'union mystique entre Dieu et la personne humaine. Comme Fils d'homme, Jésus Christ s'est soumis, Lui aussi, au baptême, dans les eaux du Jourdain.

L'Église orthodoxe est la seule institution religieuse et chrétienne qui pratique ce sacrement fidèlement selon l'exemple du Christ. Il est plongé dans le torrent d'eau de la vie qui efface l'existence éphémère et le flux des passions humaines. Il s'est enfoncé dans les vagues tout comme une embarcation naufragée et en est sorti de ce tombeau d'eaux houleux pour s'élever au ciel, en nous découvrant ainsi la nécessité de passer par les tempêtes des passions humaines avant la vie éternelle. Le saint Esprit, comme une colombe, symbole de la pureté perdue et regagnée par le baptême, descend pour ombrager le Fils de Dieu ╔ Et dans le silence de la création on peut entendre la parole divine: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ╔" Et les taches sont effacées ╔ Et les forces de la vie, de la renaissance ont pénétré dans toutes les profondeurs de l'espace

Le signe extérieur du baptême est l'immersion, à laquelle l'Église papiste, par exemple, a renoncé, en la remplaçant par un abus de mots et d'idées. Par contre, l'Église orthodoxe, nous l'avons déjà mentionné, a gardé, sans changements, la Tradition dogmatique et rituelle du christianisme de l'origine. C'est cette Église seule qui a gardé le sens profond et les formes respectables du sacrement sacré d'initiation.

Celui qui veut lire dans les annales des premiers siècles la description des cérémonies du baptême, constatera leur identité avec nos rituels d'aujourd'hui.

père Olivian Bindiu


SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS 

(Série d'homélies prononcées par l'évêque Irénée de Sibirsk et publiées en Russie pour la première fois en 1901. Traduit du texte anglais édité par le Skite Sainte-Xénie en Californie)
 
Premier chapitre : Quand l'éducation doit-elle commencer ?

Un ermite connu pour sa sainte vie et sa compréhension de l'âme humaine donna un jour l'ordre suivant à son disciple :

- Déracine cet arbre du sol !

Il lui indiqua un jeune arbre, qui, malgré sa jeunesse, avait déjà fait pousser des racines profondes.

Obéissant à son ancien, le disciple entreprit la tâche, mais en dépit de tous ses efforts, il ne put même pas l'ébranler.

- Père, dit-il à l'abba, ce que tu m'as dit de faire est parfaitement impossible.

Alors l'ancien lui en montra un autre, un jeune plant que le disciple déracina sans effort particulier. Il ne put rien faire à l'arbre qui avait fait pousser des racines profondes, mais il tira le plant facilement du sol.

Si nous rapprochons cette histoire avec l'éducation des enfants, nous voyons que les parents n'ont aucun pouvoir sur leurs enfants plus âgés s'ils n'ont pas pris la peine de les dresser dès leur âge tendre. Comme dit le proverbe : "Ce que l'enfant apprend, l'adulte ne l'oublie pas ". De la même façon, le sage Sirach nous enseigne : "Avez-vous des enfants ? Instruisez-les et rendez-les obéissants depuis leur jeune âge" (Si 7,23).

Très peu nombreux sont les parents qui peuvent se targuer de donner une éducation vraiment bonne à leurs enfants. Beaucoup de parents, même parmi les plus pieux, ont des enfants qui, contre toute attente, montrent un mauvais caractère. Une des raisons fondamentales de ce phénomène doit être recherchée dans les parents eux-mêmes. Beaucoup de parents sont indifférents à l'instruction morale et religieuse de leurs enfants et sont si aveuglés par un amour excessif et déraisonnable pour eux qu'ils ne veulent rien voir de mauvais. Ils sont sourds aux observations des gens de bonne volonté et refusent d'écouter leurs bons conseils. C'est seulement quand les défauts de leurs enfants deviennent insupportables aux parents eux-mêmes qu'ils commencent à penser qu'il faudrait corriger leurs fils ou leurs filles; c'est alors seulement qu'ils essayent de les redresser. Mais alors c'est déjà trop tard. C'est pourquoi je pense qu'il m'est indispensable de vous expliquer pourquoi l'éducation des enfants doit commencer très tôt.

Vous savez tous combien vite une graine germe dans le sol. Elle manifeste très tôt quelques caractéristiques du fruit qui sera l'aboutissement de sa croissance. La chaleur et l'humidité vivifient le tendre germe dans la terre et petit à petit, il apparaît sur la surface du sol.

C'est ce qui arrive avec le petit enfant. Il vient au monde comme une graine et ne cesse pas de croître. Nous savons qu'à aucun autre moment la humaine ne se développe aussi vite que et de manière aussi diverse que pendant ses premières années de l'enfance. Le développement corporel se poursuit de manière rapide et constante et le spirituel encore plus. L'enfant commence à parler, forme ses premières idées concrètes, apprend à penser, à réfléchir. Sa volonté s'affermit et commence à fonctionner de façon indépendante. Son esprit s'enrichit par ce qui l'entoure et par là, il appréhende l'idée de Dieu. Il commence à méditer sur le but de la vie et apprend à distinguer le bien du mal. Sa conscience se réveille, amour et haine commencent à travailler en lui, les sentiments d'honneur et de honte apparaissent.

Pour que toutes ces forces, qui élèvent l'homme à l'image de Dieu, se développent dans le petit enfant comme il faut, les parents doivent suivre attentivement l'évolution morale de leur enfant. Puisque l'éducation a un double but - déraciner le mal et planter le bien -, les parents doivent commencer à éduquer leurs enfants dès la petite enfance.

Beaucoup, beaucoup de parents s'égarent sur ce point! Ils semblent ignorer que tous les deux peuvent et doivent commencer à instruire leurs enfants dès cet âge. Beaucoup de parents, surtout les plus jeunes, considèrent un petit enfant comme un jouet ou un poupée. Ils le nourrissent, le mettent au lit, le chouchoutent, jouent avec lui, lui parlent bébé, le protègent le plus possible du froid, etc. Mais pour le reste, ils le laissent courir, jouer et en général faire ce qu'il veut, du moment qu'il ne les dérange pas par ses pleurs. Pendant longtemps, ils ne verront pas que leur petit "ange" adoré est en réalité un enfant incontrôlable, désobéissant et égoïste. Finalement leurs yeux s'ouvrent et ils décident de s'inquiéter de l'éducation de leur enfant gâté. Mais maintenant il est trop tard, le jeune arbre a trop poussé.

D'autres parents ne s'égarent pas moins en adoptant ces idées fausses sur l'éducation des enfants qui prévalent dans un certain milieu social. Enracinées dans l'esprit des parents, ces idées sont dures à déraciner, car, premièrement, elles servent à justifier et excuser les défauts et les mauvaises habitudes de leurs enfants et deuxièmement elles camouflent leur propre indifférence et négligence à les éduquer. "Mais ce ne sont que des enfants!" disent ces parents. "Nous ne pouvons pas prendre leurs défauts au sérieux!" Avec des prétextes de ce genre, ils excusent continuellement le mauvais comportement de leurs enfants.

Ce sont, en effet, des enfants. Mais quels enfants! Que vont-ils devenir? Et ont-ils le droit de faire le mal parce que ce sont des enfants?

Est-ce raisonnable que de ne pas se soucier d'un péché pour la simple raison qu'il avait été commis par un enfant? Lorsqu'un incendie se déclare dans une maison, on ne dit pas : "Oh, quelles jolies flammes!", mais dès que l'on s'en aperçoit, on crie au feu de toute sa force. Quand le feu des passions se met à flamber dans nos enfants, les menaçant d'un désastre temporel et éternel, comment pouvons-nous le regarder avec une telle égalité d'humeur?

"La connaissance viendra avec l'âge" - disent certains parents. "L'enfant commencera à penser et il comprendra ce qui est bien et ce qui est mal." C'est une illusion dangereuse! Un tel raisonnement est une épée à deux tranchants : on peut aussi bien se tourner vers le bien que vers le mal. La connaissance du bien en elle-même ne mène à rien. On doit aussi désirer le bien et être habitué à le faire, L'homme doit être guidé et entraîné à le faire dès les premières années de l'enfance, de manière à ce que, quand il comprendra le bien avec sa raison, il exerce sa volonté à le faire.

La connaissance peut être un don dangereux si une pratique convenable bien n'a pas été commencée pendant l'enfance. Parents, ne croyez pas que l'homme est naturellement bon et honorable! Un esprit puissant ne sera d'aucune utilité à un homme qui n'a pas eu la bonne éducation en temps opportun. La parole de Dieu témoigne que depuis la chute, "l'imagination du coeur de l'homme est mauvaise dès sa jeunesse" (Gn 8, 21).

En justifiant les péchés des enfants et des adolescents, ainsi que leur insouciance à les élever, beaucoup de parents négligents protestent en disant : "Mais on ne peut pas exiger la vertu d'un enfant!" - Et pourquoi pas? Celui qui nous a fourni le modèle pour notre genre de vie, notre Seigneur Jésus Christ, n'avait-Il pas été enfant et adolescent? L'évangile ne nous apprend-il pas que "l'Enfant ... grandissait et croissait en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes" (Luc 2, 40-52).

Nous voyons dans la vie de beaucoup de saints que dès l'enfance ils ont cultivé les vertus de piété, d'obéissance et de simplicité. Si le Sauveur dit des enfants : "Laissez venir à Moi les petits enfants" (Mc 10, 14), et même : "Malheur à celui qui scandalise un de ces petits" (Mt 18,6), pouvons-nous en déduire que les enfants sont incapables de vertus? Le Sauveur a dit ces choses parce que la vertu dans l'enfance est gratuite et pure, et c'est ce qu'Il désire trouver dans chaque coeur.

Alors je vous dis : Malheur aux parents qui sont indifférents et ne cultivent pas de bonnes habitudes et l'inclination vers le bien dans l'âme de leur enfants dès leur petite enfance! Ils auront à en répondre devant Dieu. Il n'y aura pas de pitié pour de tels parents, s'ils ne sont pas vigilants dans l'éducation de leurs enfants.

L'éducation dès la petite enfance est non seulement possible, mais indispensable. C'est pourquoi, parents, ne manquez pas d'observer la moindre apparition du mal, même dans le plus petit des enfants, car les fautes qui sont inconscientes au début, deviendront conscientes plus tard. Elles sont les tristes séquelles du péché originel.

Par exemple, si un enfant découvre - comme il le fera très vite - qu'il peut obtenir tout ce qu'il veut en pleurant, il va pleurer jusqu'à ce que son désir soit satisfait; plus cela se répète, et plus il deviendra capricieux et obstiné. La même chose se passe avec les autres faiblesses humaines; à mesure que les années passent, elles se manifestent pleinement. Par exemple il est dit de Dométien, un des plus grands persécuteurs de chrétiens que, comme petit garçon, il aimait à torturer et à tuer divers animaux. Le futur tortionnaire existait déjà dans le petit garçon. C'est pourquoi il est nécessaire de commencer l'éducation de bonne heure.

Observez de façon conséquente les inclinations de votre enfant, et corrigez pour le déraciner tout ce que vous voyez d'indigne, comme un jardinier qui, à la saison convenable, taille l'arbre en retranchant ses pousses stériles. Le coeur d'un enfant peut être comparé à un jardin, et les parents sont les jardiniers de Dieu, qui dès sa petite enfance doivent nettoyer le jardin - le coeur de l'enfant - des mauvaises herbes et de l'ivraie des péchés et des habitudes pécheresses. S'ils tardent cependant et que le mal devienne bien enraciné, si le coeur de l'enfant se trouve envahi de péchés, alors ils ne pourront plus arracher l'ivraie.

Saint Jean Chrysostome écrit : "Vous vous plaignez de ce que votre fils est intraitable? Vous auriez pu le corriger facilement quand il était petit; vous auriez pu l'habituer à l'ordre, à l'étude, à la constance dans l'accomplissement de ses devoirs; vous auriez pu traiter les faiblesses de son âmes. Quand le sol de son coeur était encore cultivable, vous auriez dû déraciner les ronces, avant qu'elles ne deviennent fermement implantées. A cause de votre négligence, les passions de votre enfant seront maintenant très difficiles à surmonter.

Élever un enfant cependant n'est pas seulement extirper le mal, mais aussi l'habituer au bien depuis son jeune âge. Quelles vertus devons-nous surtout cultiver dans l'âme d'un enfant? Ce sera le sujet des chapitres suivants.

Les saintes Écritures précisent la raison fondamentale pour laquelle nous devons habituer nos enfants au bien dès la petite enfance. Sirach le Sage écrit : "Si l'homme choisit sa voie étant jeune, il ne s'en départira pas dans sa vieillesse", c'est-à-dire, si un homme, dès sa jeunesse, choisit la bonne voie, alors même s'il a vieilli, il ne changera pas. Il y a de même un dicton populaire qui dit : "Comme dans le berceau, ainsi dans le tombeau".

Parents, souvenez-vous des paroles de Sirach le Sage : "Avez-vous des enfants? Instruisez-les et rendez-les obéissants dès leur jeune âge" (Si 7,23), et du dicton de sagesse populaire : "Ce que l' enfant apprend, l'adulte ne l'oublie pas".

à suivre


SERMON SUR LES TRADITIONS

prononcé par Mgr. Philarète, métropolite de Moscou, le 13 décembre 1838, après la consécration de l'église de la sainte Trinité, dans l'enceinte du monastère de Daniloff, à Moscou.
"Je vous loue mes frères, de ce que vous vous souvenez de moi à tous égards, et de ce que vous retenez mes instructions telles que je vous les ai données." (1 Cor 11,2)

L'apôtre saint Paul, en donnant aux chrétiens de Corinthe des enseignements salutaires, les loue de ce qu'il gardent les traditions. Quelles sont ces traditions? C'est ce que l'on peut inférer des divers passages de ses épîtres, où il les leur rappelle et leur donne le complément de ces mêmes traditions. L'apôtre dit par exemple, que l'homme ne doit point se couvrir la tête pendant la prière: voilà le complément d'une tradition qui prouve qu'il en existait une, sur les oraisons en commun. Ailleurs saint Paul dit encore: N'avez-vous pas de maisons pour y manger et y boire? Ou bien serait-ce que vous méprisez l'église de Dieu? Ce reproche relatif à quelques désordres accidentels et au manque de recueillement dans les églises, prouve l'existence antérieure d'une tradition, sur la sainteté des temples chrétiens, qui les met au-dessus des habitations ordinaires et qui impose le devoir du respect et de la dévotion. Mais c'est surtout avec un surcroît de clarté, que l'apôtre signale comme étant l'objet d'une tradition, la célébration des saints mystères du Corps et du Sang de Jésus Christ, lorsqu'il s'exprime ainsi: J'ai reçu du Seigneur et je vous ai transmis. De cette citation il résulte, que le grand apôtre loue les Corinthiens de leur fidélité à garder les traditions; sur le culte public, sur la sainteté des églises et sur la célébration des saints mystères.

Lorsque nous fixons nos regards sur ce temple édifié avec tant de soins, et maintenant consacré par la grâce divine, lorsque nous considérons que cette ¤uvre a été entreprise librement, sans contrainte, par zèle pour le service de Dieu et de son sanctuaire, dans le désir pieux de faire régner ici la prière, et d'y offrir constamment le saint sacrifice pour les vivants et pour les trépassés; avec le dessein de substituer en ce lieu les consolations de la foi et de l'espérance à tant de souvenirs douloureux. (L'enceinte du monastère renferme beaucoup de tombeaux) Je loue avec effusion et de toute mon âme, ceux qui ont entrepris et achevé cette ¤uvre agréable à Dieu. Mais attendu que mes chétifs éloges ne sauraient leur assurer la récompense que je leur souhaite, j'appelle à mon aide l'apôtre saint Paul, je lui montre le fruit de ce zèle, que lui-même appréciait dans les Corinthiens, afin que nos frères participent à leur tour à son suffrage et à sa bénédiction. Oui, je vous loue, mes frères, de ce que vous vous rappelez ce qu'ont enseigné les apôtres, et que vous gardez ce qui nous a été transmis par nos saints pères et nos devanciers dans la foi.

C'est sans doute un objet digne de nos désirs que de mériter les suffrage des apôtres, pour prix de notre fidélité à garder les traditions véritables. Veuillez donc enfants de l'Église, prêter une oreille attentive à la doctrine des traditions.

Depuis le temps où la doctrine chrétienne fut déposée dans les livres sacrés, l'Église afin de conserver la saine doctrine sans altération, a pour coutume et pour règle, non seulement d'appuyer ses enseignements sur l'invariable témoignage des Écritures inspirées; mais encore d'emprunter les paroles et les expressions qui désignent les points principaux de la doctrine, en puisant à la source même des révélations. Voilà pourquoi il s'agit d'analyser le symbole de la foi en le comparant à la sainte Écriture, pour demeurer convaincu, que les pères des conciles ¤cuméniques de Nicée et de Constantinople ont retracé les dogmes de notre croyance, non par des paroles et des expressions prises au hasard, mais au contraire, par des textes formels de l'Écriture sainte, en sorte que cette profession de foi, a pour nous une double importance; car en premier lieu, les pères de l'Église proclament la vérité par leur symbole, et de plus, c'est l'Écriture sainte, le Verbe de Dieu qui parle par leur bouche. Il en est de même de la doctrine sur les traditions: la chose et le nom sont empruntés à l'Écriture sainte, comme nous venons de l'indiquer, d'après les paroles de saint Paul.

Mais le principal fondement de la doctrine qui nous occupe se trouve renfermé dans la déclaration suivante du même apôtre: "Ainsi donc, frères, demeurez fermes, et retenez les traditions que vous avez reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre". (2 Thes 2,15)

Voilà donc en même temps un enseignement à bien comprendre et à bien observer, un précepte sur les traditions, et une introduction à la connaissance de ce qu'elles contiennent. Soyez fermes et conservez les traditions, c'est-à-dire, gardez-les avec persévérance, tel est le précepte, l'expression du devoir qui nous est imposé. Les traditions qui vous ont été enseignées soit verbalement, soit par lettre, en voici donc la définition: l'apôtre appelle tradition tout ce que les chrétiens avaient appris de lui, concernant la foi, la hiérarchie, le culte public, les disciplines de l'Église et les règles de conduite. Puis, il distingue deux espèces de traditions : celle qui fut transmise par écrit, et la tradition par la parole, ou la tradition non écrite. Mais attendu que l'on désigne plus communément la tradition écrite sous le nom de Saintes Écritures. Il est d'usage d'employer le terme de tradition, par rapport à tout ce que nous avons appris de la bouche et par l'exemple des saints apôtres et des saints pères leurs successeurs.

Il est digne de remarque, que le grand apôtre recommande également et en même temps aux chrétiens l'observance religieuse de la double tradition; c'est-à-dire, qu'il leur enjoint d'adhérer fermement à l'Écriture sainte, et de garder le dépôt des traditions sacrées. Il fait marcher de front et de concert, l'Écriture et la tradition; il exige de nous l'attention et le zèle à conserver l'une et l'autre. En faut-il d'avantage pour constater l'importance des traditions adoptées par l'Église, et pour nous encourager à leur rester fidèles?

Ici nous pourrions mettre fin à nos enseignements, sur la tradition sacrée; si, succédant immédiatement aux apôtres, comme leurs premiers disciples, nous avions sous les yeux la tradition apostolique, dans toute son intégrité et son authenticité.

Mais les traditions chrétiennes ont traversé beaucoup de pays, de nations, de langues et de siècles. Aux traditions primitives des apôtres, se sont jointes les instructions des pères de l'Église, à un degré d'antiquité plus ou moins reculé. Dans certaines parties des traditions vivantes, il s'est manifesté de la diversité d'où peut naître contradiction. Il a fallu que l'Église examinât l'authenticité et l'autorité des traditions, recherche qui n'est pas à la portée de chaque individu. Le moyen le plus sûr pour les reconnaître serait d'en constater la première origine; mais à côté des origines connues, il en est qui se cachent dans le crépuscule du passé. Que nous faut-il faire?

Avant de vous le dire, mes frères, examinons d'abord ce qui se fait. Les uns vouent toute leur attention à ce qu'il peut y avoir d'obscur et d'incertain dans les traditions, d'où résulte la conjecture, que si les saintes traditions ne sont pas une ¤uvre purement humaine, du moins la Providence les abandonne au caprice des hommes et au cours des circonstances; et par conséquent l'opinion, qu'il est loisible de ne tenir aucun compte des traditions, attendu que nous possédons la parole certaine des prophètes et celle des apôtres, contenue dans l'Écriture inspirée et pouvant nous instruire pour le salut, afin que l'homme de Dieu soit accompli et préparé à toute espèce de bonnes ¤uvres. D'autres, attentifs aux préceptes qui recommandent de conserver les traditions, s'attachent aveuglément et arbitrairement quelques observances, qui sont prises au hasard, sans vouloir s'enquérir de leur authenticité, de leur pureté et de leur importance. Que faut-il donc faite? Il faut, mes frères, s'abstenir également de tomber dans les deux extrêmes que nous venons de vous signaler.

La sainte Écriture fut commencée par Moïse. Comment avant lui, dans la succession des siècles écoulés depuis l'origine du monde, comment, dis-je, la vraie religion se conserva-t-elle, et avec elle le culte qui lui était approprié? Par le moyen de la tradition. Il suit de là, qu'avant la mission de Moïse, Dieu avait choisi la tradition pour instrument du salut des hommes, de même qu'Il choisit plus tard la parole écrite. L'Écriture sainte du Nouveau Testament fut commencé par saint Matthieu l'évangéliste, huit ans après l'Ascension de notre Seigneur. Dans cet intervalle où étaient l'évangile, le fondement des dogmes, la doctrine des m¤urs, la règle du culte, et les canons du gouvernement ecclésiastique? Tout cela existait dans la tradition. D'après le témoignage d'un des écrivains sacrés, à savoir l'évangéliste saint Luc, l'Écriture sainte n'est autre chose qu'une continuation et une forme plus stable donnée à la tradition sacrée, par une dispensation de l'Esprit saint: suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole: j'ai cru devoir aussi vous en écrire par ordre toute l'histoire" (Luc 1,2).

Vous avez à c¤ur de tout établir sur le fondement inébranlable de la sainte Écriture. Voilà qui est bien et cela doit être ainsi. Cependant d'où savez-vous quels sont les livres sacrés, et pourquoi dans le nombre, tel ou tel livre fait réellement partie du code de la révélation? Cette certitude émane principalement de la tradition sacrée. Il est donc évident que l'Écriture sainte a besoin du secours de la tradition.

Que si l'importance de la vraie tradition est si manifeste, antérieurement à la parole écrite et conjointement avec elle; quand pensez-vous que l'importance de la tradition ait pu diminuer? Apparemment à l'époque où l'écriture ayant pris la place de la tradition orale, nous aurait déclaré qu'il n'est plus nécessaire d'en tenir compte? Or, l'Écriture dit le contraire: soyez fermes et conservez les traditions qui vous ont été enseignées, soit par la parole, soit par écrit.

Au demeurant, si les apôtres eux-mêmes étaient soumis à une épreuve pour constater la légitimité de leur mission &emdash; et cela résulte du texte de la révélation de saint Jean, là, où le Seigneur donne son approbation à l'ange de l'Église d'Ephèse, parce qu'il mettait à l'épreuve ceux qui se disaient apôtres et qui ne l'étaient point: à plus forte raison convient-il de vérifier les traditions postérieures aux apôtres et des saints pères, et qu'elles n'ont point subi d'altération étrangère à leur source. Sans cette précaution de l'Église, notre culte envers Dieu pourrait encourir le reproche que le Seigneur adressa aux Pharisiens et aux Scribes de la Judée, qui observaient les traditions des anciens: c'est en vain qu'ils m'honorent en enseignant des doctrines et des préceptes humains. Car ayant abandonné le commandement de Dieu, ils conservent des traditions humaines. ( Mc 7,8)

Peut-être me demandera-t-on: comment faut-il s'y prendre pour éviter cet écueil? comment examiner les traditions et discerner celles qui sont authentiques et indubitables? La règle la plus certaine en pareil cas, nous l'empruntons à la parole même du Seigneur. Les traditions se constatent par la parole de Dieu et par ses commandements. Celles qui contredisent la parole divine et, nous induisent à violer un commandement de Dieu, sont fausses et purement humaines. Nous les observerions en vain et nous nous exposerions par cela même, à enfreindre le commandement.

Une autre règle également sûre pour constater les traditions, nous la trouvons dans les paroles de saint Paul à Timothée: afin que tu saches, si je tarde, comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Église du Dieu vivant, la colonne et l'appui de la vérité. (1Tim 3:15) Si donc l'Église est la colonne et le fondement de la vérité, c'est à elle qu'il nous faut recourir pour apprendre ce qui est vrai; c'est elle que nous devons interroger sur l'authenticité des traditions sacrées; car l'Église en est l'unique dépositaire digne de foi. En recevant toute tradition salutaire de la bouche et par l'autorité de l'Église apostolique et catholique, soyons fermes, mes frères, ne nous laissons pas ébranler par des doutes inutiles, et conservons cette tradition avec l'espoir d'être agréables à Dieu. Retenons fermement , ainsi parle l'apôtre, la profession de notre espérance, car celui qui a fait la promesse est fidèle. N'abandonnons pas notre assemblée (Heb 10: 23-25); ce qui signifie, la réunion de l'Église catholique, comme quelques-uns ont coutume de le faire. Remarquez, mes frères, que, même au temps des apôtres, il y avait certaines gens qui se retiraient de la communion de l'Église catholique; il n'est donc pas étonnant que de nos jours vous rencontriez quelquefois des hommes entraînés dans cet égarement funeste. Lorsque de tels hommes vous présenteront leurs traditions partielles, sachez d'avance que quiconque a délaissé l'Église, colonne et fondement de la vérité, ne peut vous offrir qu'une tradition fausse, ou altérée, ou du moins enlevée à autrui et par conséquent sans bénédiction. Or l'erreur ne peut donner le salut, ce qui est corrompu ne saurait guérir, ce qui est enlevé à autrui n'enrichit guère et ne porte point les fruits que l'on se flatterait d'en recueillir.

Rendons gloire à Dieu, mes frères, de nous avoir appelés à être les enfants et les membres de l'Église véritable, au sein de laquelle la tradition sacrée, non seulement celle de la doctrine, des canons et des rites, mais encore celle qui transmet invisiblement et réellement les dons de la grâce, qui sanctifie et descend du ciel sur la terre, pareille à la rosée d'Hérmon sur les collines de Sion; celle qui s'écoule et s'épanche sans interruption, sur la hiérarchie et l'administration des sacrements, comme l'huile sainte répandue sur Aaron et jusqu'aux pans de sa robe pontificale. (Ps 32) En sorte que les saints apôtres marqués de l'onction du saint Esprit, la dispensent à leur tour aux saints pères, ceux-ci à leurs successeurs de siècle en siècle, lesquels revêtus de l'épiscopat donnent la consécration aux temples et aux saints mystères qui, à leur tour, communiquent une nouvelle grâce aux évêques, afin que toutes les fois que nous approchons par la foi des choses saintes, nous soyons mis en contact surnaturel avec la grâce céleste, primitivement accordée aux apôtres, par l'éffusion du saint Esprit.

Adhérons donc invariablement à cette source de purification et de vie. Comme il sied aux enfants de l'obéissance, accueillons avec amour, de la bouche et des mains de notre mère l'Église orthodoxe, d'abord la saine doctrine de la foi et des m¤urs, avec elle le don de sanctification véritable, et tous les secours qui peuvent nous conduire à la vie éternelle. Amen.

Vous savez : expulser quelqu'un qui n'a pas fait du tort, ou ne pas accueillir quelqu'un qui se repent, c'est tuer son frère et verser le sang, comme Caïn avec Abel son frère, dont le sang crie vers Dieu et sera réclamé. Car le juste qu'on a tué injustement reposera auprès de Dieu pour l'éternité, ainsi que quiconque aura été exclu sans raison par l'évêque.

les Constitutions apostoliques (II 21,7)