Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 52

MAI 1993

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

NOUVELLES

HOMÉLIE POUR PENTECOTE

DE LA VIE DE SAINT JEAN DE CRONSTADT

SUR LA LECTURE DE L'ÉVANGILE

ICONOGRAPHIE BYZANTINE

L'INFAILLIBILITÉ DANS L'ÉGLISE

SUR LE REPENTIR

FRÉQUENTER L'ÉGLISE

QUESTIONS ET RÉPONSES

MIRACLES DE LA MERE DE DIEU

COURRIER

SOUVENIRS DE LA RUSSIE

Le baptême rénove et fait resplendir l'icône de Dieu, mais pour produire la ressemblance, Dieu attend notre collaboration, et alors la grâce peut commencer à peindre la ressemblance sur l'icône.

saint Diadoque, évêque de Photicée

NOUVELLES

Les saisons se succèdent, après le printemps l'été et il faut qu'il en soit ainsi afin que la végétation croisse et se multiplie. Il faut de la pluie et il faut du beau temps et toute la vie se caractérise par des changements alternatifs: l'école avec ses cours et ses vacances, la nuit qui suit le jour etc.

Quelque chose de similaire se passe aussi dans la vie de l'Église avec ses fêtes et ses carêmes. Nous avons péniblement traversé le Grand Carême, le temps pentecostaire touche à sa fin et le Carême des apôtres s'approche. Sachons-en profiter pour notre croissance spirituelle qui en a besoin comme la nature de la pluie et du beau temps et réjouissons-nous avec l'Église en fête en ces jours sacrés de la Pentecôte qui constituent l'achèvement de l'économie divine et le terme de notre salut.

Nous venons d'imprimer un livre, contenant des homélies de saint Jean Chrysostome. En plus les fautes d'orthographe habituelles (qui causent des allergies à certains lecteurs et à moi des sueurs car je n'ai pas appris le français à l'école mais uniquement sur le chantier. Mais c'est promis, dès que j'aurai les moyens, j'acheterai un autre dictionnaire plus compétent pour l'ordinateur. J'ai dû affronter les problèmes du reprocopieur qui remplace maintenant le photocopieur, et que je n'ai pas encore en main, de même que la reliure pour laquelle me manque encore l'expérience et pour laquelle je n'ai pour le moment comme maître qu'un livre sur la reliure. Enfin, tant que les cordonniers ne vont pas au-dessus de la chaussure.

Un jour, quand notre mission aura une cathédrale avec des diacres et deux choeurs, alors notre publication sera aussi au point. Seulement je crains qu'on regrette alors l'aspect rustique actuel, comme on regrette sa jeunesse, son premier amour, sa première voiture ou moi le temps de mes débuts où je passais ma vie d'ermite à pleurer mes péchés et à restaurer la chapelle.

Dans la joie de Celui qui renouvelle tout,

hm. Cassien

Le prince de ce monde n'eut connaissance ni de la virginité de Marie, ni de son enfantement, ni de la mort du Seigneur: trois mystères éclatants, qui se sont accomplis dans le silence de Dieu.

st. Ignace le Théophore

HOMÉLIE POUR PENTECOTE

Tu es béni, Christ notre Dieu,

Toi qui as rendu sages les pêcheurs,

par la descente sur eux de ton Esprit saint,

et par eux as pris au filet l'univers tout entier.

Gloire à Toi, ô Ami de l'homme !

Tropaire de la Pentecôte

Le choix du Christ tomba sur des pêcheurs pour en faire ses apôtres. Pourquoi sur des pêcheurs? C'est que le pauvre est plus facilement disposé pour le royaume de Dieu tandis que le riche, captivé par ses richesses, soit matérielles soit intellectuelles ou autres entre difficilement dans le royaume comme dit l'évangile. Ensuite Dieu choisit des simples afin de confondre les sages de ce monde. "Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n'y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles, dit l'Apôtre, et il poursuit: Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu." (1 Cor 1,26-29).

Ces mêmes pêcheurs, Il les a rempli de sagesse, non d'une sagesse selon ce monde mais de la sagesse divine que le monde, lui, ne peut saisir. C'est pour cela qu'on se moquait des apôtres, les considérant comme ivres. Il n'est pas dit qu'ils furent empli d'intelligence, ni de science mais de sagesse car la sagesse est un don de la grâce, tandis que l'intelligence n'est qu'une faculté naturelle. La science est tout simplement la connaissance des données de ce monde qui sont comme telles neutres et ambiguës et ne deviennent bonnes ou mauvaises selon l'usage qu'on en fait. L'humble les emploie pour le bien car il les rapporte à Dieu, et l'orgueilleux s'en gonfle en les attribuant à soi-même.

Les valeurs terrestres telles la science et l'art par exemple ne servent que comme véhicule pour le message de la foi, ils sont les contenants d'un contenu qui n'en est pas affecté. L'apôtre Pierre était un illettré et c'est Marc qui écrivit son évangile. Luc par contre était médecin et artiste. Jean avait Prochore pour écrire et Paul fut formé par les scribes. Mais qui aurait la témérité de dire que l'évangile de Pierre (Marc) est inférieur à celui de Luc ou de dire que les épîtres de Paul l'emportent sur celles de Jean? C'est la même sagesse, la même parole de Dieu qui s'exprime à travers tous et ce n'est que la forme qui varie. "Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants," (Luc 7,35) dit le Christ. Ce n'est donc pas la forme qui compte mais le message qu'elle contient. La sagesse de Dieu sait s'exprimer même à travers des formes imparfaites humainement comme par exemple dans l'iconographie ou la littérature. Combien d'icônes portent des défauts esthétiques et sont pourtant miraculeuses? et ces imperfections même si elles ne sont par voulues nous aident à nous élever vers l'essentiel car une icône parfaite artistiquement risque de nous détourner vers le passionnel. C'est également valable pour le père spirituel : mieux qu'il porte quelque fautes de caractère qui nous déplaisent car cela nous empêche également d'un attachement trop sentimental. Cela va aussi pour l'Église tout entière avec ses limites et fautes que je dirais "physiques" , qui contiennent pourtant le corps mystique du Christ. Il n'est pas besoin d'avoir des diplômes théologiques ou autre mais d'avoir reçu l'Esprit saint, le même qui est descendu lors de la Pentecôte sur les disciples et en a fait des pêcheurs d'hommes. C'est le même qui oeuvre toujours dans l'Église jusqu'à la fin de temps et bien sûr dans toute l'éternité où les imperfections terrestres auront disparues.

Nous voudrions bien que nos prières se passent sans agitations, sans distractions pleines de bonnes pensées. Pourtant cet état de prières, Dieu ne nous l'accorde que rarement car ce n'est pas là que nous avançons spirituellement mais quand nous peinons. L'apôtre Pierre rêvait aussi que l'état dans lequel il se trouvait lors de la Transfiguration dure et il voulait planter trois tentes afin d'éterniser ce bonheur. Mais Dieu avait d'autres desseins: la passion et la mort du Christ, condition nécessaires pour nous libérer du péché et nous amener à la réalité parfaite dans l'autre vie, dont la Transfiguration ne fut qu'un avant-goût.

L'aspect visible de la Pentecôte ne dura pas, mais céda la place à la persécution de l'Église, tout en continuant invisiblement. En la fêtant chaque année ce n'est pas une simple commémoration, un souvenir d'un fait lointain et unique dans l'histoire mais une réalité qui s'actualise et se perpétue à travers les âges. Les paroles que les Sauveur a prononcé à un moment précis, lors de sa vie terrestre sont toujours vivantes et agissantes, et la Bible est l'aspect visible de cette parole que l'Église porte, conserve et actualise à chaque instant. De même l'icône les sacrements rendent présent tous ces mystères qui se sont réalisés dans la vie terrestre du Christ et qui ne sauraient jamais s'éclipser.

Ce sont nos yeux spirituels qui sont aveugles et nous empêchent de contempler ces réalités perpétuelles et c'est pour cela que l'Église nous les fait voir à travers des signes et des symboles que sont les icônes, les sacrements, les offices , les fêtes etc. Quand le Christ fut transfiguré, ce n'était pas Lui qui changeait mais ce furent les yeux des apôtres qui s'ouvrirent un instant sur ce que le Christ était réellement et toujours. Les flammes sous la forme desquelles l'Esprit saint descendit sur l'Église lors de la Pentecôte ne se sont pas éteintes et ne sauront jamais l'être car l'Esprit restera avec nous jusqu'à la fin de temps selon la promesse du Seigneur. Leur aspect matériel était accidentel et passager, mais la grâce qu'elles contenaient est éternelle et c'est elle qui est la vie de l'Église, - vie que le monde ne peut saisir ni nos yeux charnels mais que nous goûtons dans la foi pour l'instant et qui nous est réservé pour toute l'éternité dans la gloire.

L'aspect humilié et pauvre de l'Église et de tout ce qu'elle porte dans son sein, de même que la misère spirituelle de chacun de nous ne doit pas nous duper ni décourager, car c'est à travers cette faiblesse apparente que la force de Dieu se concrétise. "Plus le corps est florissant, plus l'esprit s'affaiblit," disait l'abba Daniel, et les pères disaient: "Donne ton sang et reçois l'esprit."

Elevons donc nos pensées charnelles, nos désirs trop terrestres, nos plans humains au desseins de Dieu qui a inscrit dans notre vie - ou plutôt ce sont nos péchés qui l'ont fait - les épreuves, les humiliations, les échecs et le reste, et nous goûterons quand et comment Dieu le veut la douceur, la beauté et la bonté de son Esprit qui dans cette fête aujourd'hui se manifeste selon notre foi et la bienveillance de Dieu.

hm. Cassien

L'essence de la prière consiste dans l'élévation spirituelle du coeur vers Dieu. L'intellect, enfermé dans le coeur, demeure en toute conscience devant la face de Dieu, rempli d'adoration, et répand devant Lui son amour. C'est là la prière spirituelle, et toute prière devrait être de cette nature. La prière extérieure, que ce soit chez soi ou à l'église, n'est que l'expression verbale et la forme de la prière; l'essence ou l'âme de la prière est à l'intérieur de l'intellect et du coeur de l'homme. Tout l'ordre de prières établi par l'église, toutes les prières composées pour l'usage individuel, sont pleines d'un mouvement d'amour vers Dieu. Celui qui prie avec tant soit peu d'attention ne peut éviter de se tourner vers Dieu, à moins qu'il soit complètement inattentif ce qu'il fait.

saint Théophane le Reclus

DE LA VIE DE SAINT JEAN DE CRONSTADT
Extrait du livre Aperçu de la vie du père Jean Illitch Serguiev

Le père Jean rendait fréquemment visite à une famille de marchands les S. dans l'îe de Vassiliev. Dans le même immeuble habitaient trois jeunes étudiants qui s'adonnaient souvent à des plaisanteries sur la popularité du père Jean qu'ils ne comprenaient pas. Aussi eurent-ils un jour l'idée de tourner en dérision la force de guérison émanant des prières du pasteur de Cronstadt et ils recoururent à l'artifice suivant.

K. Le plus hardi des jeunes gens s'en alla chez les S. avec l'intention de prier instamment le père Jean de venir voir leur camarade mourant. S. devait prendre le rôle du malade à toute extrémité et M. le rôle du frère pleurant au chevet du mourant. Le père Jean entendit la requête, fixa K. du regard et lui dit: "Je ne refuse jamais de prier et je viendrai chez vous, mais sachez bien que vous plaisantez avec Dieu." K. devient très confus, il persista toutefois dans sa demande, en affirmant que leur camarade était bien à l'article de la mort.

"Bien, j'y serai dans un instant".

Dix minutes s'étaient à peine écoulées que retentit la sonnette à la porte de l'appartement des jeunes gens. S. se glissa dans le lit et se mit à gémir doucement, M. se laissa tomber à genoux au chevet du faux malade, quant à K. il se précipita pour ouvrir la porte. "Où est votre malade ? demanda le pasteur d'une voix brève, en mettant l'accent sur "votre". "S'il vous plaît, père, s'il vous plaît, s'afféra K. en conduisant l'hôte vers la pièce attenante.

Le malade continuait à gémir, et M. de sangloter ...

Le père Jan s'arrêta au milieu de la pièce et chercha du regard une icône. Il n'y en avait pas. Alors il s'agenouilla au milieu de la chambre et, après avoir fait le signe de la croix, il se mit à prier. "Seigneur donne leur selon leur foi. Amen!"

Le père Jean se leva rapidement et, sans prendre congé, se dirigea vers la sortie. K. et M. se précipitèrent pour l'accompagner jusqu'à l'escalier.

C'est avec un grand éclat de rire qu'ils revinrent dans la chambre du "malade". "Vania, Vania, lève-toi, le père Jean est parti!"

Hélàs! le pauvre ne jouait plus. Il était couché et complètement paralysé: la langue, les mains, les pieds - tout était sans vie, seul un léger mouvement des yeux indiquait que le jeune homme était vivant et voulait dire quelque chose.

Les plaisantins étaient figés d'effroi. Ils ne pouvait comprendre ce qui se passait et lorsqu'ils retrouvèrent leurs esprits, ils se regardèrent et se mirent à pleurer à chaudes larmes devant le cadavre vivant. "Vania, Vania, nous avons voulu plaisanter avec Dieu, pardon, pardonne-nous."

Ils envoyèrent aussitôt chercher des médecins. Trois médecins expérimentés passèrent toute la nuit au chevet du malade et conclurent à une paralysie, dont la guérison prendrait des années, si toutefois guérison il y avait. "C'est une très grande émotion qui a dû terrasser votre ami, tout son système nerveux est atteint," dirent les médecins. Les jeunes gens pleuraient sans arrêt, ils ne pouvaient se rendre à dévoiler la vérité aux médecins.

Prenant le premier train du matin, les deux plaisantins s'en allèrent à Cronstadt. Le père Jean ne put les recevoir que le soir, mais lorsqu'on lui annonça les deux jeunes gens, il leur fit dire qu'il ne pouvait rien pour eux. M. et K. veillèrent toute la nuit devant la maisonnette grise et le matin, lorsqu'apparut le père Jean, ils se jetèrent à ses pieds et le supplièrent de les pardonner. Le bon pasteur releva les jeunes gens et leur dit d'aller à l'église. Après la liturgie il les conduisit devant l'icône de saint Nicolas le thaumaturge où il leur donna une leçon pendant près de deux heures. Le vénérable pasteur commença par indiquer l'incorrection de leur geste, en leur faisant comprendre qu'ils n'avaient pas le droit de plaisanter leurs aînés, puis il passa à l'exposé de l'enseignement évangélique.

"Maintenant, prions," dit le père Jean, lorsque la leçon prit fin. La prière des jeunes gens n'avait sans doute jamais été aussi intense qu'en ce moment." Allez en Dieu, et glorifiez-Le".

Les jeunes gens avaient la sensation qu'une montage était tombée de leurs épaules. Ils éprouvaient maintenant une joie incompréhensible, leur âme jubilait, et toutes choses autour d'eux leur semblaient être inondées d'une lumière radieuse.

Lorsque les amis arrivèrent le soir à la maison, c'est S. qui leur ouvrit la porte. "Vania, c'est bien toi? tu es guéri?" - "Presque guéri, répondit S., la tête est encore lourde et je sens une lassitude générale É"

Ils purent établir que c'est au moment même où à Cronstadt le père Jean priait avec les deux jeunes gens devant l'icône de saint Nicolas le thaumaturge que S. réussit à faire ses premiers mouvements et que peu à peu il retrouva la faculté de mouvoir ses membres figés. Le premier membre à retrouver la vie fut la main droite, et son premier geste fut le signe de la croix.

Aucune oeuvre du corps et de l'esprit faite sans peine et sans fatigue ne portera jamais de fruit à celui qui la mène.

st. Grégoire le Synade

SUR LA LECTURE DE L'ÉVANGILE

évêque Ignace Brianchaninov

Lorsque tu lis l'évangile, ne recherche pas la satisfaction, ne recherche pas le ravissement, ne recherche pas les pensées merveilleuses: cherche à découvrir de manière infaillible la sainte vérité.

Ne te contente pas d'une lecture de l'évangile qui n'apporte pas de fruits; efforce-toi d'accomplir ses préceptes, lis-le en actes. C'est le livre de vie et il faut le lire en le vivant.

Ne pense pas que c'est sans raison que le plus sacré des livres, les quatre évangiles, commence par l'évangile selon saint Matthieu et se termine par l'évangile selon saint Jean. Matthieu enseigne davantage la manière d'accomplir la Volonté divine, et ses préceptes conviennent à ceux qui commencent à suivre la voie de Dieu. Jean expose le mode d'union de Dieu avec l'homme renouvelé par les commandements, ce qui n'est accessible qu'à ceux qui progressent dans la voie de Dieu.

Lorsque tu ouvres le saint évangile pour le lire, souviens-toi qu'il décide de ton destin éternel. C'est d'après lui que nous serons jugés et c'est selon notre attitude envers lui ici-bas, sur terre, que nous recevrons en partage soit la béatitude éternelle, soit le châtiment éternel (voir Mt 25,26).

Dieu a révélé sa Volonté à un grain de poussière insignifiant - l'homme! Le livre dans lequel est exposée cette grande et très sainte Volonté, est entre tes mains! Tu peux accepter autant que rejeter la Volonté de ton Créateur et Sauveur, selon ce que tu désires. Ta vie éternelle et ta mort éternelle sont dans tes mains: discerne donc combien il te faut être sage et prudent. Ne joue pas avec ton destin éternel.

Prie le Seigneur avec un esprit contrit, afin qu'Il t'ouvre les yeux pour voir les merveilles cachées dans sa loi (voir ps 118,18) qui est l'évangile. Les yeux s'ouvrent et l'on découvre la merveilleuse guérison de l'âme du péché, accomplie par le Verbe de Dieu. La guérison des maladies du corps n'était que la preuve de la guérison de l'âme, la preuve pour les hommes charnels, pour les esprits aveuglés par la sensualité. (voir Luc 5,24)

Lis l'évangile avec une piété et une attention extrême. Ne considère rien de ce qui est en lui comme de peu d'importance, peu digne d'intérêt. Du mépris de la vie résulte la mort.

Lorsque tu lis les passages relatifs aux lépreux, aux paralytiques, aux aveugles, aux boiteux, aux possédés, que le Seigneur a guéris, pense que ton âme, qui porte dans leur très grande diversité les plaies du péché et se trouve en captivité chez les démons, est semblable à ces malades. Tire de l'évangile la foi. Le Seigneur qui les a guéris te guérira également, si tu Le pries assidûment de te guérir.

Acquiers une telle disposition de l'âme, afin d'être apte à recevoir la guérison. Sont aptes à la recevoir ceux qui sont conscients de leur état de pécheur et sont décidés à le quitter. (voir Jn 9,39-42) Le Seigneur est inutile à celui qui est orgueilleusement juste, c'est-à-dire au pécheur qui ne voit pas son état (voir Mt 9,13).

La vue des péchés, la vue de cette chute, dans laquelle se trouve tout le genre humain, est un don particulier de Dieu. Implore le Seigneur pour obtenir ce don, et le livre du Médecin céleste - l'évangile - te sera plus compréhensible.

Efforce-toi de faire en sorte que l'évangile s'assimile à ton esprit et à ton coeur, afin que ton esprit nage en lui, pour ainsi dire, vive en lui: alors ton activité s'accordera aisément avec l'évangile. Cela peut être atteint par la lecture incessante et pieuse, par l'étude de l'évangile.

Saint Pacôme le Grand, l'un des plus illustres pères anciens, connaissait par coeur le saint évangile, et imposait à ses disciples, grâce à une révélation divine, le devoir impératif de l'apprendre. Ainsi l'évangile les accompagnait partout et les dirigeait constamment;

Pourquoi donc les éducateurs chrétiens de nos jours n'embelliraient-ils pas la mémoire des enfants innocents avec l'évangile, plutôt que de la surcharger par l'étude des fables d'Esope et autres nullités?

Quel bonheur, quelle richesse que d'acquérir l'évangile par la mémoire! Il est impossible de prévoir les bouleversements et les malheurs qui peuvent nous arriver au cours de notre vie terrestre. L'évangile, qui appartient à la mémoire, est lu par l'aveugle, accompagne le détenu en prison, parle avec le cultivateur dans le champ, dirige le juge au cours de l'audience même, dirige le négociant dans le commerce, réjouit le malade pendant l'insomnie accablante et la pénible solitude.

N'aie pas l'audace de commenter toi-même l'évangile et les autres livres de la sainte Écriture. L'Écriture est prononcée par les saints prophètes et les apôtres, elle n'est pas prononcée arbitrairement, mais selon l'inspiration de l'Esprit saint. (voir 2 Pi 1,21). Ne serait-il pas insensé de la commenter arbitrairement?

Le saint Esprit qui a prononcé par la bouche des prophètes et des apôtres la parole divine, l'a commentée par les saints pères. Ainsi, la parole de Dieu, autant que son interprétation sont-elles des dons du saint Esprit. C'est l'unique interprétation qu'accepte la sainte Eglise orthodoxe. C'est l'unique interprétation qu'acceptent les fidèles enfants.

Celui qui explique l'évangile et toute l'Écriture arbitrairement, réprouve par ce fait même l'interprétation qui en est donnée par les saints pères, par le saint Esprit. Celui qui réprouve l'interprétation de l'Écriture par le saint Esprit rejette, sans aucun doute, la sainte Écriture même.

La parole de Dieu, la parole du salut devient alors pour ses interprètes audacieux une odeur de mort, un glaive à double tranchant, avec lequel ils se poignardent pour la ruine éternelle. (voir 2 Pi 3,16 et 2 Cor 2,15-16) C'est avec elle que se sont donnés la mort Arius, Nestorius, Euthychès et les autres hérétiques lorsque, par son interprétation arbitraire et audacieuse, ils tombèrent dans le blasphème.

"Celui qui attire mes regards, c'est l'affligé, le coeur contrit qui craint ma parole" (Is 66,2), dit le Seigneur. Sois ainsi envers l'évangile et envers le Seigneur qui est présent en lui.

Abandonne la vie de péché abandonne les passions et les jouissances terrestres, renonce à ton âme, et l'évangile te sera alors accessible et compréhensible.

"Celui qui hait son âme dans ce monde," dit le Seigneur - l'âme pour laquelle, à cause de la chute, l'amour du péché est devenu pour ainsi dire naturel, pour ainsi dire la vie - la conservera pour la vie éternelle." (Jn 12,25) Pour celui qui aime son âme, pour celui qui ne se décide pas à l'abnégation, l'évangile est fermé: il lit les caractères, mais la parole de vie, comme l'Esprit, reste derrière un rideau impénétrable.

Lorsque le Seigneur était sur terre dans sa très sainte chair, beaucoup Le virent tout en ne le voyant pas. Quel profit y a-t-il pour l'homme de regarder avec les yeux corporels, que les animaux ont eux aussi, alors qu'il ne voit rien avec les yeux de l'âme, de l'esprit et du coeur? De nos jours, nombreux sont ceux qui lisent l'évangile chaque jour, mais ne l'ont en fait jamais lu et ne le connaissent pas du tout.

L'évangile, dit un saint ermite, doit être lu avec un esprit pur: il est compris dans la mesure de l'accomplissement en actes de ses préceptes. Mais il est impossible d'acquérir par ses propres efforts une découverte précise et parfaite de l'évangile: c'est un don du Christ (saint Marc l'ascète, Sur la foi spirituelle, chap. 32).

L'Esprit saint qui a élu demeure en son serviteur fidèle et véritable, fait de lui un lecteur parfait et un homme qui accomplit véritablement l'évangile.

L'évangile est l'image des caractéristiques de l'homme nouveau, qui est le Seigneur venu du ciel ( voir 1 Cor 15,48) Cet homme nouveau est Dieu selon la nature. Il fait de la sainte génération des hommes qui croient en Lui et se transfigurent selon Lui, des dieux selon la grâce.

Vous qui vous vautrez dans le marais fétide et sale des péchés et qui y trouvez du plaisir! Levez vos têtes, regardez le ciel pur; là est votre place! Dieu vous donne la dignité des dieux; et vous, en rejetant cette dignité, vous en choisissez une autre: la dignité d'animaux, et des plus impurs. Reprenez vos esprits! Quittez le marais fétide; nettoyez-vous par la confession des péchés; lavez-vous par les larmes du repentir; ornez-vous des larmes d'attendrissement; hissez-vous au-dessus de la terre; montez vers les cieux; l'évangile vous y élèvera. Pendant que vous avez la lumière - l'évangile qui renferme le Christ - "croyez en la Lumière; ainsi vous deviendrez enfants de la Lumière" du Christ (Jn 12 36)

Ceci est le commencement du salut : renoncer à sa volonté et à sa sagesse et faire siennes la Volonté et la Sagesse de Dieu. Alors, il n'y aura pas dans le monde d'objet ou de lieu qui puisse te faire trébucher.

saint Pierre Damascène

ICONOGRAPHIE BYZANTINE

(suite)
L'architecture, l'alogique et la perspective inversée

L'architecture sur l'icône suit ses propres lois qui sont au-dessus de celles de ce monde. Pour exprimer les choses surnaturelles notre langage habituel, nos images familières ne sont pas adéquats et suffisants. Ce ne sont ni la maladresse ni le manque de connaissance qui incitent l'iconographe à peindre d'une manière qui déroute notre vision habituelle, mais la réalité spirituelle.

Quand un pilier s'appuie sur le vide cela signifie que les lois de la pesanteur et de la gravité sont abolies et que tout baigne dans l'éternité infinie. Quand la tête du stylite est plus grande que sa colonne, cela met en évidence l'importance du stylite et la colonne n'a qu'un effet narratif. Quand des faits qui ont lieu en des endroits et des moments différents se retrouvent sur la même icône, comme par exemple sur l'icône de la nativité du Christ, cela indique que l'espace et le temps ont disparu. Le sein de la Toute Sainte, qui allaite le Christ se trouve quelque part près de l'épaule et elle tient l'enfant sans le tenir.

Les arbres, les plantes et les animaux ressemblent et sont tout à la fois autres que ceux qui se trouvent sur terre car ce sont ceux du paradis.

Souvent mais pas toujours la perspective est inversée car le centre est dans l'icône, en Dieu. Le spectateur qui se trouve en dehors est invité précisément à quitter son isolement égocentrique et à entrer dans l'intimité de Dieu et de l'Église céleste.

Jamais sur l'icône les événements ne se passent à l'intérieur d'une bâtisse, ce qui les enfermerait, les étoufferait. L'édifice ne sert qu'à indiquer certains choses et non à abriter.

Ces paradoxes ne se rencontrent pas uniquement sur l'icône mais aussi dans la liturgie, la Bible, les écrits spirituels. Les pères parlent du mouvement stable, de l'ivresse sobre et comparent l'Église à une jeune fille aux cheveux gris. Abraham contemple le mystère de la Trinité en voyant ses hôtes à la fois un et trois et Ézéchiel décrit sa vision des chérubins et des séraphins qui nous déconcerte et laisse notre logique perplexe.

hm. Cassien


Tu te sens à l'étroit. Tu rêves d'évasion. Mais prends garde aux mirages. Pour t'évader, ne cours pas, ne te fuis pas; creuse plutôt cette place étroite qui t'est donnée; tu y trouveras Dieu et tout. Dieu ne flotte pas sur ton horizon, Il dort dans ton épaisseur. La vanité court, l'amour creuse. Si tu fuis hors de toi-même, ta prison courra avec toi; si tu l'enfonces en toi-même, elle s'évasera en paradis.
Homo Viator

LA VÉNÉRATION DES RELIQUES

Basée sur une théologie de la sanctification, la vénération des reliques est aussi importante que celle des icônes, de la croix et des évangiles.

L'Église fait une distinction entre corps et âme, mais ne les sépare aucunement. L'homme entier est sanctifié et son être devient source de sanctification qui se répand autour de lui. (La relique la plus précieuse est la vénérable croix qui témoigne merveilleusement de cela). "Par l'intermédiaire de l'esprit Dieu habite aussi leur corps," dit saint Jean Damascène (La Foi orthodoxe chap. 15) C'est pour cela que l'ombre même des apôtres faisait des miracles, comme attestent les Actes des apôtres. L'hémorroïsse ne toucha que les franges de la robe du Christ et fut aussitôt guérie.

"Ne savez-vous pas que vos corps sont le temple du saint Esprit qui demeure en vous", dit l'Apôtre (1 Cor 3,6) Et c'est ce même corps qui ressuscitera incorruptible lors de la résurrection des morts. Comme il a partagé avec l'âme dans cette vie les peines et les souffrances, ainsi il partagera aussi la gloire, une gloire qui débute dès cette vie comme nous voyons pour Moïse dont le visage rayonnait de gloire à tel point qu'il la fallait cacher.

La séparation de l'âme et du corps au moment que nous appelons vulgairement la mort ne retire point la grâce qui habite le corps. "Précieuse est devant le Seigneur la mort de ses saints," (ps 48,10) dit l'Écriture. Comment cela se ferait si l'Esprit de vie abandonne le corps? Les miracles et signes extraordinaires qui s'opèrent auprès des reliques témoignent de la grâce qui les habite.

La plupart des reliques embaume une odeur suave qui n'est pas une odeur naturelle. Cela est également vrai pour les reliques d'attouchement , c'est-à-dire des objets comme du coton par exemple qui ont touché au corps du saint. Certains même suintent de l'huile odoriférante et ces saints sont appelés: myrovlytes.

Quelqu'un m'objectera peut-être: Comment se fait-t-il que chez les Hébreux les morts furent considérés comme impurs? Cela est dû qu'avant la mort et la résurrection du Sauveur, toute chair était soumise au péché et ses conséquences. Même les justes d'avant le Christ n'en faisaient pas exception car eux aussi attendaient le Messie. Toutefois à travers leur corps ils faisaient des miracles car Dieu était avec eux.

Sans reliques, aucun autel ne peut être consacré, car les corps des saints sont le véritable autel dont l'autel de pierre n'est qu'une image. "Le corps est le temple de Dieu," comme nous avons dit plus haut.

"Pour les chrétiens orthodoxes, les saintes reliques prouvent que le corps de l'homme est appelé à la résurrection et à la transfiguration futures." (Métropolite Seraphim: L'Eglise orthodoxe p.69)

Cette sanctification de l'être entier se fait aussi quand le chrétien communie au Corps et au Sang du Christ. Ce n'est pas dans son âme uniquement qu'il reçoit le Christ à cet instant mais dans son être entier, jusqu'aux os et au sang.

La spiritualité orthodoxe n'est pas désincarnée, mais elle englobe toute la matière. Tout peut être sanctifié comme tout peut être profané.

Terminons ces quelques lignes avec une épisode qui s'y rapporte et qui vient de se passer ces jours-ci : Une relique de la vraie Croix fut vendue aux enchères pour le prix de 100 000 francs. Laissons l'aspect symoniaque et réjouissons-nous car une pieuse dame, qui l'a mis dans sa chapelle privée, fut l'acquereur.

hm. Cassien

Rien n'est plus fort que la vérité qui est confirmée par les paroles célestes et qui garde l'église toujours invincible et inflexible pour les portes de l'enfer, lesquelles sont les hérésies haïssant le Christ.

st. Sophrone de Jérusalem

L'INFAILLIBILITÉ DANS L'ÉGLISE

Depuis le patriarche jusqu'à l'arroseur d'Hyppodrome, tous sont faillibles dans l'Église. Seule l'Église, corps du Christ, à l'image de son chef est infaillible et indivisible. Même toute la hiérarchie dans son ensemble peut se tromper et s'égarer comme les exemples suivants démontrent:

Pendant 70 ans saint Macaire de Corinthe, saint Nicodème l'Hagiorite, Athanase Parios etc. furent rejetés comme "colyomaques", subirent l'exil et les calomnies de la part de la hiérarchie de l'Église.

Qui a jugé et envoyé en exil saint Jean Chrysostome et traité les orthodoxes de "joannites ?" N'étaient-ce pas les évêques, c'est-à-dire la hiérarchie ?

Saint Athanase le Grand a subi également les mêmes traitements, par le pape Libère même.

Au temps de saint Maxime et de saint Sophrone de Jérusalem, s'égaraient tous les patriarches dans l'hérésie du monothélisme. Seuls saint Maxime et le vieux Sophrone, suivi par le peuple fidèle gardèrent la foi pure.

Saint Théodore le Studite défendait fermement les canons de l'Église en face de l'empereur impie, et malgré le patriarche saint Taraise qui manquait à sa tâche, en ne condamnant pas un mariage illicite. Par la suite cependant il se repentit.

Lors du concile de Florence, tous les évêques signaient la pseudo-union. Seul saint Marc le Noble refusa la signature, ce qui faisait dire au pape : "Si Marc n'a pas signé,nous n'avons rien gagné." En rendant dans leur éparchie, les évêques se repentirent face au peuple indigné de leur apostasie.

Au moment de la Crucifixtion du Christ, seuls saint Jean et quelques femmes fidèles se tenaient près de la Croix. Les apôtres se cachèrent et renièrent le Sauveur, en commençant par le coryphée, saint Pierre.

En 1924 quand le calendrier papal fut introduit par Chrysostome Papadopoulos, tout le Synode des évêques grecs sans exception acceptèrent le changement fatal et ce n'est qu'une partie du peuple, gardien de la foi, qui tenait ferme.

Ces quelques exemples sont suffisants afin de démontrer que ce n'est ni la quantité, ni l'ensemble de l'hiérarchie qui est nécessairement infaillible, mais l'Église qui est là où se trouve la pureté de la foi et la fidélité à la sainte Tradition.

hm. Cassien

L'Eglise universelle, elle seule, est infaillible.

Encyclique des patriarches orthodoxes de 1895

SUR LE REPENTIR

(Le Salut des pécheurs , troisième partie)
La réparation, c'est-à-dire le jeûne, l'aumône et la prière.

La troisième et dernière partie du repentir s'appelle la réparation, qui est la peine et le règlement qui ont trois vertus comme collaborateurs et aides: c'est-à-dire le jeûne, l'aumône et la prière. Puisqu'elles sont gênantes et pénibles pour la chair, ces vertus-là peuvent beaucoup aider à la réparation et le règlement du péché que nous avons fait en donnant à la chair du plaisir et de la jouissance, et parce que les plus grands péchés sont les trois suivants: l'orgueil, l'avarice, et la fornication, à laquelle appartient aussi la gourmandise. Ces trois péchés, comme trois géants, nous attaquent continuellement. C'est pourquoi, pour l'acquittement de ces péchés ces trois vertus nous aident: le jeûne contre les désirs de la chair, l'aumône contre l'avarice, et la prière contre l'orgueil; car celui qui prie se tient comme un condamné devant Dieu, avec beaucoup d'humilité. Aussi, avec ces vertus, l'homme offre un sacrifice parfait de lui-même et de ce qu'il possède. Avec l'aumône, il offre ce qu'il possède, avec le jeûne, il sacrifie sa chair, avec la prière, il sacrifie son esprit au Seigneur. L'utilité et le bénéfice du sacrement du repentir est aussi grand que celui du saint baptême, car le baptême, qui est la porte de tous les mystères, est considéré comme la naissance de l'âme qui entre nouvellement dans la vie chrétienne, à laquelle elle était étrangère. Donc, comme un bébé laisse tout l'être qu'il avait auparavant, et en reçoit un autre nouveau, avec la force et la grâce du saint Esprit, ainsi aussi l'âme qui est mise au monde de la vie spirituelle, par le baptême, les larmes de repentir, laisse le premier être du péché, qui était soumis au crime et au châtiment, et reçoit un nouvel être de vie spirituelle et de grâce, qui ne garde aucune trace de la première conduite. En vérité, le sacrement du repentir est comme une purification et guérison de l'âme, et certaines fois, il guérit complètement et rend la santé au malade, mais souvent aussi, laisse quelques sequelles de l'ancienne maladie, c'est-à-dire, selon la contrition du coeur qui, quand elle est complète comme il le faut, délivre l'homme du péché et du châtiment. Cependant, comme une telle contrition arrive rarement, nous avons un grand besoin de l'accomplissement des trois vertus susdites, pour une guérison complète du péché. Aussi, comme le saint baptême contient en lui tous les dons du saint Esprit unis à la grâce de Celui duquel proviennent tous ces biens, de même le très fervente et véritable repentir contient tous les trésors et ces dons, et de plus une nouvelle lumière, et une connaissance des choses spirituelles et divines que l'homme était incapable de voir auparavant, comme s'il avait été dans les ténèbres et l'ombre de la mort. Il porte un nouvel amour pour Dieu , lequel est la caractéristique du véritable repentir et de toutes les vertus, et apporte des forces prodigieuses à notre âme. Comme les dons du retour sont variés, chez les uns plus grandes, comme pour Paul, et chez d'autres plus petits, ainsi sont les forces et les mouvements intérieurs que produit cette vertu, qui apporte un repentir et une affliction à l'âme pour la désobéissance qu'elle avait commise contre Dieu. L'âme désire subir divers châtiments plutôt que d'attrister un tel Maître, et ainsi elle a davantage de crainte de la Majesté divine en voyant que la transgression a provoqué la Colère du Tout-Puissant, et puisqu'elle a honte de se présenter devant Lui, elle désire beaucoup satisfaire Dieu pour ses péchés, avec le règlement convenable, pour adoucir sa Colère due à la désobéissance qu'elle a commise, et se venger de sa chair qui fut la cause du péché.

C'est pourquoi, l'âme qui a méprisé le Créateur pour le plaisir de la créature doit guérir, avec une peine et une affliction volontaires, la jouissance volontaire, à cause de laquelle elle s'est privée de la lumière divine. Et puisque le châtiment purifie le péché, il est juste que celui qui a osé accomplir le péché accepte la punition. Donc puisque l'homme qui a péché a méprisé le bien suprême, et l'a échangé contre une créature vile et méprisable, chose qui est une grande injure à la Majesté suprême et très vénérée, il doit s'humilier et être volontairement méprisé jusqu'à terre.

C'est donc de cette manière que se donnent de la peine tous ceux dont Dieu a ouvert les yeux avec cette lumière divine, et acquittent le péché pour obtenir le pardon.

Donc, puisque c'est de trois manières que nous péchons contre Dieu, avec les possessions, avec le corps et avec l'esprit, il nous est nécessaire de donner avec ceux-ci la réparation et le sacrifice au Seigneur.

Aussi tous les péchés se font soit contre Dieu, soit contre nous-mêmes, soit contre le prochain, et ces trois péchés sont payés et acquittés par ces trois vertus: le jeûne pour nous-mêmes, l'aumône pour le prochain et la prière pour Dieu. Celui donc qui désire adoucir Dieu envers lui, doit s'appliquer à ces vertus et qu'il commence par le jeûne immaculé, qui comme nous l'avons dit, avec la douleur du châtiment, paie la jouissance du péché en tourmentant la chair qui fut la cause de la transgression.

C'est pourquoi nousnous privons des aliments corruptibles pour recevoir la rémission des fautes, et avec un jeûne très court, échapper à un châtiment sans fin et un jeûne éternel; car à cause du péché nous héritons de l'enfer ingrat, où il n'y a pas de consolation, mais éternellement la faim et les larmes.

Le jeûne lave les péchés, dissout les anciens iniquités et nous garde des péchés futurs. Le jeûne est un rempart solide de Dieu, palais du Christ et muraille de l'Esprit saint, drapeau de la foi, signe de l'amour et fondement de la tempérance. Le jeûne illumine l'âme, élève les sens, soumet la chair à l'esprit, rend le coeur contrit et humble, dissout les nuages des désirs, adoucit l'ardeur de la fornication et renforce la lumière de la tempérance. Le jeûne est la bride des désirs et la mortification des passions, le frère de la pauvreté, enfant du repentir, couteau de l'égocentrisme, gardien de notre salut, intercesseur puissant auprès de Dieu, pour que nous recevions de Lui des dons et des grâces. Avec lui, les Ninivites ont rendu Dieu propice; avec lui, les Israélites trouvèrent une aide dans les afflictions, avec le jeûne les trois Adolescents ont maîtrisé le feu, avec lui Elie s'est montré conducteur de char expérimenté; avec lui Moïse a reçu de Dieu la Loi, et quoi dire de plus? Avec le jeûne, le Maître, le Christ s'est préparé pour la prédication de l'évangile, pour nous donner un exemple de l'utilité du jeûne. Donc, celui qui désire servir le Seigneur, se venger de ses ennemis et jouir de toutes les dignités susdites, qu'il s'arme de la haine de lui-même, c'est-à-dire de la haine de la chair, qu'il la châtie avec des jeûnes, des veilles, des prières et avec autant d'austérités qu'il le peut; car de cette manière, non seulement il satisfait Dieu mais aussi il vainc complètement son plus puissant ennemi, et l'âme devient avec le corps temple du saint Esprit.

Que tout ce que nous venons de dire se fasse avec le discernement convenable, c'est-à-dire tout ce que tu peux faire sans donner la mort à l'homme, car beaucoup ont entrepris un jeûne qui dépassait leur force et sont tombés tellement malades que par la suite ils l'abandonnèrent complètement afin d'obtenir la santé. C'est pourquoi, que chacun fasse selon sa force, car l'un peut jeûner trois jours sans détriment pour sa santé et un autre ne peut même pas l'endurer une journée. D'où la plus grande de toutes les vertus est le discernement.

(à suivre)

Rien n'est plus fort que la vérité qui est confirmée par les paroles célestes et qui garde l'église toujours invincible et inflexible pour les portes de l'enfer, lesquelles sont les hérésies haïssant le Christ.

st. Sophrone de Jérusalem

FRÉQUENTER L'ÉGLISE

La tâche la plus sainte de chacun de nous est de fréquenter l'église. Les parents ont le devoir d'amener leurs enfants à l'église. Dès l'enfance, les chrétiens doivent aimer la maison de Dieu. On y trouve des impressions immortelles pour les yeux, pour les oreilles, et surtout pour l'âme des petits, qui sont la source de la vraie éducation, et c'est le moyen le plus sûr de garder leur caractère intègre, doué de toutes les bonnes qualités.

Pour les adolescents dont l'âge est plein d'imprévu, de périls, de questions, d'inquiétudes et de fautes la fréquentation de l'église est d'autant plus nécessaire. Les jeunes sont attirés par le théâtre, le cinéma, les bistros, pour ne nommer que les lieux de divertissement les moins dangereux, mais seulement dans l'église l'âme troublée peut trouver la vraie paix et le calme véritable. Aux pieds du Christ qui est ressuscité pour nous sauver et près de la chaire, qui éclaire et conseille, la vierge peut garder sa pureté et le jeune homme plein de vie et d'énergie pourra devenir un homme d'un caractère fort.

Les femmes, épouses et mères ont certainement, assez de bonnes pensées et d'aspirations pour insister afin que les autres membres de la famille fréquentent la maison de Dieu. La vie pleine de privations des parents pour assurer une vie meilleure aux descendants peut s'inspirer seulement du sacrifice du Christ, présent à chaque divine Liturgie. L'amour réciproque des époux, et l' amour pour leurs enfants devient plus résistant et plus fort par l'amour de Dieu contenu dans sa parole.

C'est uniquement celui qui aime la maison de Dieu, ici, sur cette terre qui gagnera la maison éternelle, dans le règne du Père céleste.

Père Olivian Bindiu

Le Christ a donné le nom d'Église universelle à la confession de foi juste et salutaire.

st. Maxime le Confesseur

QUESTIONS ET RÉPONSES
Quelques questions qui me furent posées par des lecteurs et dont les réponses peuvent être profitables aussi à d'autres.

Question : Quand recommence-t-on à faire des grandes métanies, une fois le temps pascal terminé ?

Réponse : Lors de la période pentecostaire, c'est-à-dire depuis Pâques jusqu'au dimanche de tous les saints, il est interdit de faire des grandes métanies. Une série de règles ecclésiastiques définissent cet usage. Ainsi le vingtième canon du 1e Concile oecuménique dit:

"Certains s'agenouillent le jour du Seigneur (c'est-à-dire le dimanche) ainsi que les jours de la Pentecôte. Le saint concile décrète: qu'ils offrent leurs prières à Dieu, debout, afin que tout soit identique dans tous les évêchés." Le sixième Concile oecuménique dans son 90e canon a jugé nécessaire de confirmer avec fermeté, une fois de plus, l'interdiction de s'agenouiller le dimanche, en justifiant cette interdiction par la nécessité de témoigner le respect dû à la glorieuse résurrection du Christ. Voici ce canon:

"Nos saints pères théophores nous ont enjoints dans les canons de ne pas nous agenouiller les dimanches, en l'honneur de la résurrection du Christ. Aussi, afin de ne pas demeurer dans l'ignorance quant à la manière d'agir, disons-nous clairement aux fidèles que, conformément à l'usage reconnu, personne ne s'agenouille le samedi aux vêpres après l'entrée des célébrants dans le sanctuaire jusqu'au soir du dimanche, lorsqu'après l'entrée vespérale nous élevons nos prières au Seigneur, en reprenant la pratique des métanies. Car, dans la nuit du samedi qui annonce la résurrection de notre Sauveur, nous entamons les chants spirituels qui établissent la fête, l'amenant des ténèbres jusqu'à la lumière, de sorte que depuis cet instant nous demeurons, la nuit entière ainsi que le jour, dans la glorification de la résurrection."

Il n'est pas étonnant que, lors des vêpres de la Pentecôte, on lise les prières de saint Basile en s'agenouillant, bien que cela ait lieu le dimanche. Car ces prières sont lues précisément après l'entrée vespérale, et cela en accord avec le canon sous-mentionné.

Saint Pierre, archevêque d'Alexandrie dans son 15e canon conclut par ces mots:

"Les dimanche est vécu comme un jour de joie, en mémoire de la résurrection du Christ, et ce jour nous ne pratiquons pas des métanies;"

Saint Basile le Grand explique dans son 91e canon, qui est également contenu dans le livre des canons comme celui de saint Pierre:

"Nous disons les prières, debout, le jour suivant samedi (c'est-à-dire le dimanche), mais beaucoup en ignorent la raison. Non seulement nous honorons, par la prière faite debout, la grâce qui nous fut octroyée, faisant de nous des co-ressuscités au Christ, nous incitant à nous élever au plus haut, mais nous agissons ainsi parce que ce jour est également considéré comme l'image du siècle attendu. C'est pour cette raison que le commencement des jours est appelé par Moïse non pas le premier mais le jour un. "Et il y eut, dit-il, un soir, et il y eut un matin, et ce fut un jour." (Gen 1,5) Etant un et en même temps, le huitième, il est ce huitième jour, un et véritable dans son essence, qu'évoque le psalmiste dans certains psaumes, et qui représente l'état à venir après le siècle présent. C'est le jour qui ne s'arrête pas, le jour sans soir, sans suite, sans achèvement, le siècle même qui ne vieillit pas. Ainsi c'est avec fondement que l'Église enseigne à ses élèves d'accomplir en ce jour les prières, debout, afin que, par un rappel fréquent à la vie éternelle, nous ne négligions pas la préparation en vue de sa rencontre? Toute la période pentecostaire est également un rappel de la résurrection attendue dans le siècle à venir. Car le jour un et premier, étant multiplié par sept, et cela sept fois, constitue les sept semaines de la sainte Pentecôte. Celle-ci commence le premier jour de la semaine et se termine aussi le même jour. Au cours des cinquante révolutions constituées de jours de même période, elle ressemble au siècle qui, comme dans un mouvement circulaire, commence et se termine par les mêmes signes. Les règles de l'Église nous enseignent de demeurer debout, en ces jours, au cours de la prière, en transférant notre pensée du présent vers l'avenir."

 

Question : Pourquoi représente-t-on parfois saint Chrystophe sur les icônes avec une tête de chien?

Réponse : C'est un erreur des iconographes qui interprètent mal un trait de sa vie. Le saint qui était fort grand et beau, demandait à Dieu, par humilité de rendre son visage semblable à un chien, c'est-à-dire laid comme celui d'un chien. Pourtant il n'a pas demandé de lui donner le visage d'un chien comme l'interprètent mal certains iconographes.

 

Question : Comment le chrétien doit envisager les études profanes ?

Réponse : Le chrétien dans le monde peut faire de deux choses l'une: ou se retirer du monde et se faire moine, ou s'il n'en a pas envie, se servir avec discernement des choses de ce monde -dont les études font partie. Les études elles-mêmes ne nous éloignent ni nous rapprochent de Dieu, c'est l'usage qu'on en fait qui contribue soit à notre perte, soit à notre bien. Si les études nous enorgueillissent, nous dispersent, nous troublent etc. ou nous empêchent d'accomplir nos devoirs chrétiens tel la prière, le jeûne, alors il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et qu'il faut revoir. Si par contre ils nous aident à améliorer notre contexte dans lequel nous vivons - ce qui influence notre vie spirituelle bien sûr - alors elles sont à leur juste place. On ne peut pourtant donner que des règles générales que chacun doit appliquer selon les circonstances et les moments. Ces règles consistent à voir si elles sont en accord avec le but de notre vie ou nous en détournent.


MIRACLES DE LA MERE DE DIEU

(Le Salut des pécheurs : troisième partie)
Miracle 1: Les Juifs aveuglés et celui qui a eu les mains coupées et qui a cru au Christ, guéri par la Mère de Dieu.

Quand notre Seigneur Jésus Christ voulut faire passer de ce monde sa Mère toute immaculée à la vie éternelle et céleste, pour qu'elle règne éternellement avec Lui, comme cela lui était dû, Il ordonna que les apôtres se réunissent du monde entier où ils se trouvaient dispersées en prêchant la parole de salut, et qu'ils se rendent au jardin de Gethsémanie, où se trouvait la Toute-Sainte, et qu'ils l'enterrent. Alors, par la décision et l'ordre divins, portés par les nuées et ils se trouvèrent tous en un instant devant la Toujours-vierge. Celle-ci se réjouit beaucoup en les voyant, et elle leur dit que le temps d'aller se réjouir avec son Fils et Maître était venu. Et après avoir dit tout ce qu'elle voulait pour les conseiller, et les avoir consolés, comme cela apparaît à sa Dormition, plaçant convenablement son corps très précieux et très vénérable, elle les bénit et rendit sa très sainte âme dans les mains immaculées du Dieu éternel. Alors, selon son ordre, les apôtres prirent ce très saint corps, et en marchant en bon ordre et avec piété, ils chantèrent en même temps un hymne funèbre. Accompagnant de la même façon leur maîtresse et reine, les saints anges chantaient invisiblement, et louaient merveilleusement avec des voix très douces qui s'entendaient dans l'air.

Mais les Juifs envieux et impies, montrant la haine qu'ils avaient encore contre le Seigneur et leur méchanceté, se jetèrent sur le lit, en ayant à l'esprit de déshonorer le précieux et divin corps. Mais aussitôt la Justice divine atteignit les audacieux et comme ils approchaient, ils furent tous aveuglés. L'un d'eux, plus audacieux encore, osa saisir sans honte - l'inconscient - le lit sacré, voulant le renverser des épaules des apôtres. Mais les saints anges ne supportèrent pas qu'une telle injure soit faite au corps royal, donc ils donnèrent la punition que méritaient son impudence et son audace en coupant invisiblement ses mains, qui restèrent pendues sur le lit, comme un spectacle terrifiant et pitoyable. Le blessé gémissait amèrement en souffrant. Pierre donc, comme imitateur de son Maître compatit et prit en pitié ses larmes, et en s'approchant il lui dit: "Crois de tout ton coeur que celle-ci est véritablement la Mère du Fils de Dieu, qui est né sans germe de cette Toujours-vierge, et alors tu connaîtras sa Puissance te rendant tes mains." Celui-ci s'écria en larmes, disant: "Je crois, ma Souveraine et je confesse que tu as enfanté véritablement et sans souillure mon Maître et Sauveur Jésus Christ, le Fils du vrai Dieu et Père." Alors saint Pierre l'approcha des mains coupées et en les faisant toucher à leur place, elles se collèrent surnaturellement comme auparavant elles avaient été miraculeusement coupées, et tous glorifièrent Dieu et la Souveraine toute-immaculée. En entendant ce miracle, bien qu'ils fussent insensibles, les autres qui étaient devenus aveugles, afin de recouvrer la vue, confessèrent leur péché en larmes, et crurent au Seigneur. Pierre leur dit: "Approchez vous aussi afin que vos yeux touchent son vêtement et comme Mère de la miséricorde elle compatira pour vous guérir." Ayant donc fait ainsi, ils recouvrirent la vue de la même façon. Et qui peut raconter la gloire qu'ils donnèrent à Dieu et l'action de grâce à la Vierge? Tous la louaient jusqu'à ce qu'ils arrivent à Gethsémanie, et ayant enterré le corps tout-immaculé, ils entendaient pendant trois jours les hymnes des anges, jusqu'à ce qu'ils la prennent, ressuscitée aux cieux, et la firent asseoir à la droite de son Fils et notre Sauveur.

Mais qu'à personne ne paraisse incroyable le fait que ce corps divin est mort et qu'on le plaça dans un tombeau , car si son Fils s'est humilié jusqu'à être mis au tombeau, comment sa sainte Mère ne subirait-elle pas aussi la même chose? Il fallait qu'elle entre aussi au tombeau, et de là aille au paradis, afin que nous croyons nous aussi que c'est du tombeau que nous devrons ressusciter quand le Seigneur le voudra. Mais nous, nous subissons au tombeau la dissolution et la corruption du corps, afin que le péché qui est dans notre chair soit déraciné. Mais le très saint corps de la Vierge, puisqu'il était sanctifié depuis la conception par le saint Esprit n'a pas subi de corruption au tombeau, mais aussitôt a été ressuscité par son Fils et règne avec Lui éternellement dans cette gloire indicible et l'allégresse inexprimable. Puissions-nous en être nous aussi dignes par ses saintes intercessions! Amen.

Toute maladie de l'âme trouve son remède dans les Écritures.

saint Augustin

COURRIER

... Enzo Tudjmann (Président de la Croatie non?) vient de réhabiliter la mémoire de Mile BUDAC qui était ministre de l'intérieur et responsable des cultes à l'époque des oustachis. Il semble avoir été avec STEPINAC de lugubre mémoire le principal instigateur des massacres anti-orthodoxes. A titre d'exemple il y avait 85000 gitans orthodoxes à cette époque-là; les oustachis en assassinèrent 80000 les décapitant parfois à l'aide d'une scie double. Ces horreurs ne démentent pas celles que vous rapportiez dans l'avant dernier numéro de la revue...

En Christ, bien respectueusement,
vôtre Pierre Aguillon

Mon Père,

Je m'empresse de vous écrire ces quelques lignes pour vous informer que j'ai reçu hier matin votre colis avec beaucoup de plaisir. Un grand merci pour votre amabilité.

Hier soir au lieu de regarder une télévision de plus en plus néfaste, j'ai passé une très bonne soirée en lisant avec beaucoup d'intérêt vos différences brochures avec certaines vérités cachées.

J'ai également beaucoup aimé "Vies des saints"; c'est une belle collection et je vous félicité de ce que vous faites avec peu de moyens ...

Julien Tilliette
(Cabestany)

Ce n'est pas par la multitude du peuple que l'Église est délimitée, mais par l'authenticité de la foi. L'Église est là, où se trouve la vraie foi.

saint Jérôme

SOUVENIRS DE LA RUSSIE

Agathe était née paralysée. A neuf ans, elle fut guérie miraculeusement. C'était en été. Ses parents, en partant le matin aux travaux des champs, avaient, comme d'habitude, laissé l'enfant dehors dans un endroit tranquille, afin qu'elle puisse respirer l'air frais. La petite fille était couchée là, lorsque soudain une dame lui apparut et lui dit: "Pourquoi restes-tu couchée? Léve-toi et va dans ta maison." La fillette répondit qu'elle ne pouvait se lever. La dame lui répéta son ordre. Alors Agathe se leva et partit. Elle se mit à faire le ménage chez elle comme une personne de santé normale. A leur retour des champs, les parents ne trouvèrent pas l'enfant à l'endroit où ils l'avaient laissée. Ils ne s'en inquiétèrent pas, pensant que des amis l'auraient rapportée à la maison. Ils l'a trouvèrent couchée en soupente. Elle leur raconta tout ce qui s'était passé. Quand le repas fut prêt, la mère dit à l'enfant de ne rien manger ce jour-là. La fillette n'écouta pas cette recommandation, descendit de sa couche et, à peine avait-elle commencé à manger, que la paralysie l'immobilisa à nouveau. A partir de ce jour, la fillette demeura pendant neuf ans sans interruption en prières et en larmes. Puis, à nouveau elle fut visitée par la dame, et à nouveau lui revint, quoique partiellement, l'usage de ses membres. Agathe demeura ainsi, le restant de sa vie, en prières ininterrompues.

Lorsque les bolcheviks arrivèrent au pouvoir, elle vivait seule, très respectée dans son entourage. On venait la voir souvent pour recevoir des conseils ou obtenir le soutien de sa prière. Elle invitait tout le monde à ne pas entretenir de communion avec le pouvoir soviétique. Elle interdisait d'entrer dans les kolkhozes, en appelant la signature d'acceptation du kolkhoze "le sceau de l'antichrist."

Lorsqu'apparut la dite Église soviétique, elle interdit d'y entrer et d'y recevoir quelque sacrement que ce soit. A Pâque, elle conseillait aux gens d'aller dans la forêt, où de nombreuses personnes se rendaient effectivement suivant ses conseils et y chantaient tous les chants de Pâque qu'ils connaissaient. Elle disait au sujet de la bénédiction des koulitchs, des oeufs et de la paskha que la rosée du main descendrait et les bénirait. Elle ne reconnaissait que l'Église Tikhonienne. Elle annonçait pour bientôt l'ouverture des églises et le retour à la sainte Russie. Mais, en même temps, elle faisait une sérieuse mise en garde. On ouvrirait une première fois les églises, mais à la seconde ouverture des églises il n'y aura déjà plus de bolchéviks. Alors, la Russie aura de nouveau une Église vraie. Mais, pas pour longtemps.

En 1937, elle annona qu'elle allait bient™t mourir, affamŽe. On lui disait que ce n'Žtait pas possible,qu'on lui porterait tout ce dont elle aurait besoin, comme ˆ l'accoutumŽe. Mais elle continuait ˆ affermir qu'elle mourrait affamŽe, car personne ne pourrait rien lui apporter. Les bolcheviks dŽcidrent alors d'en finir avec elle et prirent le parti de l'arrter. Personne ne trouva le courage de s'interposer; tout le monde parlait de la protŽger en la prenant ˆ sa charge, en l'hŽbergeant, mais personne n'osa le faire, saisi de crainte de ne plus pouvoir "retirer ses mains" aprs l'avoir touchŽeÊ... Aussi, fut-elle abandonnŽe de tous. Elle ne fut pas emmenŽe, mais l'endroit o elle habitait fut entourŽ d'une surveillance policire et durant deux semaines personnes ne fut autorisŽ de l'approcher. Lorsqu'ensuite on put pŽnŽtrer chez elle, on l'a trouva morte de faim. Elle avait alors 118 ans.

On cita à propos de sa clairvoyance le cas suivant. Un groupe de personne s'en alla un jour lui rendre visite. En route, certains s'étonnèrent qu'elle sache si bien les Ecritures, car elle n'avait jamais appris à lire et à écrire. Au cours de la conversation qui suivit chez elle, elle dit soudain: "Pourquoi dit-on de moi que je ne sais ni lire, ni écrire; donnez-moi donc le psautier." Et elle leur lut des passages du psautier. Elle donna un jour le psautier à une femme qui ne savait pas lire et écrire et elle lui ordonna de le lire. Cette femme rentra chez elle et se mit à le lire à la manière de quelqu'un qui avait appris à lire.

Il y avait deux églises dans la région. Elle disait de l'une qu'elle rentrerait sous terre, et de l'autre, qu'elle monterait au ciel. La première fut détruite jusqu'aux fondations par les bolchéviks, quant à la deuxième, elle fut incendiée.

Pravoslavnaïka Rous, n° 2, 1972


Gens du monde et moines ont le même devoir d'atteindre au même sommet de perfection.
st. Jean Chrysostome (Adv. Vit. mon. 3,14)

Toute les créatures ont reçu du Créateur leur ordre et leur commencement, et quelques-unes aussi leur fin. Mais le terme de la vertu est sans terme. Car le psalmiste a dit: "De toute perfection j'ai vu le terme; mais combien large et sans terme est ton commandement" (ps 118,96). Si certains bons travailleurs spirituels progressent de la vertu de l'action à la vertu de la contemplation (cf. ps 83,8), si d'autre part la charité ne finit jamais (cf. 1 Cor 13,8), et si le Seigneur garde ton entrée, qui est la crainte, et ta sortie, qui est la charité (cf. ps 120,8), on peut en conclure que le terme de celles-ci est sans terme. Nous ne cesserons jamais d'y progresser, soit dans le siècle présent, soit dans le siècle futur, ajoutant sans cesse lumière sur lumière. Et si étrange que paraisse à beaucoup ce que je viens de dire, je le maintiens cependant. Du raisonnement qui précède, je conclurai, bienheureux père, que même les substances spirituelles - c'est-à-dire les anges - ne manquent pas de progresser; au contraire, ils ajoutent sans cesse gloire sur gloire et connaissance sur connaissance.

saint Jean Climaque
(L'échelle sainte; du discernement 138)