Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 50

AVRIL 1988

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 SOMMAIRE

NOUVELLES

AU SUJET DU PAPE LIBERE

LE RAYONNEMENT DE LA SOUFFRANCE

MIRACLES DE LA MERE DE DIEU

LA LICORNE

LES NOUVEAUX MARTYRS ORTHODOXES SERBES

FLASH SUR LE MONDE

DE LA VIE DE SAINT BENOIT DE SAINTE SCHOLASTIQUE

L'ÉGLISE DE LA RÉSURRECTION A JÉRUSALEM

L'Écriture contient souvent d'apparentes contradictions, sur lesquelles nos seuls raisonnements butent, et ce n'est que dans la lumière de la foi que tout s'éclaircit.

hm. Cassien

NOUVELLES

Pour une fois plus tôt que prévu... grâce à la diligence de mes collaborateurs et traducteurs, ce qui me permettra de publier un autre numéro pour Pâque.

La vie de sainte Marie l'Égyptienne vient d'être publiée. Ceux qui ne l'ont pas encore reçue la recevront sur simple demande.

Pendant tout l'hiver nous avons eu la visite d'une communauté protestante qui nous avait demandé l'hospitalité. A part cela, l'hiver était exceptionnellement doux et nous a, en guise d'adieu, gratifié de la neige. Le dimanche de l'Orthodoxie fut donc célébré sous la neige et les fidèles sont montés à pied pour la Liturgie.

Il y a des nouvelles de Grèce, mais je préfère les communiquer ultérieurement, quand elles se seront clarifiées, et d'officieuses seront devenues officielles.

Après l'envoi du bulletin, je ferai ma tournée en France, plaise à Dieu, en passant peut-être par l'Allemagne et la Suisse. Je compte être de retour pour la fête de l'Annonciation.

Pour le jubilé du bulletin dont c'est le 50e numéro, je remercie d'abord le Seigneur qui par sa Providence nous a toujours secouru et aussi les lecteurs qui nous ont aidé de diverses manières. De mon côté, j'ai fait ce que j'ai pu, même si c'est loin de ce que j'ai dû.

Dans l'amour du Christ, hm. Cassien

Le fer, mis en contact avec le feu, devient feu lui-même et ne donne pas au feu de devenir fer. Et bien ! de même que le fer incandescent ne paraît pas à nos regards du fer, mais du feu, les propriétés du fer étant comme disparues sous l'action du feu : de même, si l'on pouvait voir l'Église du Christ, en tant qu'elle Lui est unie et participe à sa Chair sacrée, on ne verrait rien d'autre que le Corps du Sauveur.

Nicolas Cabasilas (Explication de la divine Liturgie)

AU SUJET DU PAPE LIBERE

L'article "Très sainte Orthodoxie" a provoqué un remue-ménage parmi nos lecteurs, d'après le courrier que j'ai reçu. J'y ai déjà répondu individuellement et j'y reviens afin que d'autres lecteurs puissent en profiter.

Voici ce qu'écrit un lecteur :

"... Dans le même article (Orthodoxie n° 49 p. 31) on remet en cause le pape Libère (fêté le 23 septembre) alors qu'il est resté fidèle au Concile de Nicée. Si vous aviez la bonté de rectifier la vérité dans un prochain article. Il est vrai que sous contrainte il a rédigé la lettre Studens Paci de 357 : c'est une défaillance morale mais l'intégrité de la foi restait sauve. L'Église universelle l'a canonisé cependant. ..."

En réponse je peux dire ce qui suit : Si le pape Libère a défendu avec justesse saint Athanase et la cause orthodoxe, en 355, deux ans plus tard pourtant, en 357, ce même pape signa l'excommunication d'Athanase, le champion de l'Orthodoxie, dans la lettre Studens Paci. S'il a fait cela sous contrainte et étant âgé, cela peut être compté tout au plus comme circonstance atténuante, mais n'apporte rien à son intégrité dans la foi. On peut être contraint de subir le martyre, mais renier sa confession de foi, c'est toujours un acte libre, surtout pour un pape. Le fait que Libère était âgé à ce moment-là n'est pas une excuse car deux ans plus tôt il savait confesser courageusement sa foi en dépit de l'exil subi ensuite (1).

Dans sa lettre Studens Paci, le pape Libère écrivit : "... on précise que si (Athanase) ne vient pas (à Rome) il doit savoir qu'il se trouvera en dehors de la communion de l'Église romaine ... A leur retour ces prêtres annoncèrent qu'il n'avait pas l'intention de venir. Bref... sachez par cette lettre... qu'Athanase n'est en communion ni avec moi ni avec l'Église romaine, et n'a pas le droit de participer à la correspondance et à la vie de l'Église."

Dans une autre épître aux évêques orientaux, il écrit : "Aux très-aimés frères, les prêtres, mes collègues d'Orient : Grâce à Dieu, votre foi est connue de Dieu et des hommes de bonne volonté. Selon cette parole de la loi : Enfants des hommes, jugez avec justice, je ne prends pas la défense d'Athanase. Comme mon prédécesseur Julius, de bonne mémoire, l'avait reçu à sa communion, j'avais craint de passer, en le condamnant, pour un prévaricateur. Mais dès que j'eus connu, selon la Volonté de Dieu, que vous l'aviez justement condamné, j'ai donné mon assentiment à votre sentence, et j'ai chargé notre frère Fortunatianus de porter à l'empereur Constantius notre lettre à ce sujet. Donc Athanase est rejeté de la communion de nous tous; je ne recevrai pas ses lettres; je déclare que je suis en communion avec vous et avec tous les évêques orientaux, c'est-à-dire que je suis en paix et en accord avec les évêques de toutes les provinces.

Afin que vous sachiez que, dans cette lettre, je m'exprime en toute franchise, je déclare que j'adhère de tout coeur à l'exposition de foi catholique, dressée par plusieurs de nos frères et collègues à Sirmium et qui m'a été communiquée avec bienveillance par notre seigneur et frère Démophilos. Je n'y contredis en aucun point; je m'y conforme et je la professe." (Liber., Epist. ad Episcop. Orient.)

Dans une autre lettre encore, adressée aux évêques Ursace, Valens et Germinius, le pape écrit : "Comme je sais que vous êtes enfants de la paix, et que vous aimez la concorde et l'unité de l'Église catholique, je vous écris, très-chers Seigneurs et Frères, sans y être forcé, Dieu m'en est témoin, mais pour le bien de la paix et de la concorde, bien qui est supérieur à celui du martyre lui-même. Que votre prudence sache donc qu'Athanase, ex-évêque d'Alexandrie, a d'abord été condamné par moi avant l'envoi de mes lettres à la cour du pieux empereur pour les évêques orientaux, et qu'il a été séparé de la communion de l'Église romaine; le presbytère entier de l'Église romaine peut l'attester. Si plus tard, je parus changer d'avis ..."

A son ancien légat, Vincent de Capoue, qui avait faibli jadis aux conciles d'Arles et de Milan, il écrivit :

"J'ai cru devoir informer votre sainteté que je me suis retiré de la discussion qui s'agite sous le nom d'Athanase, et que j'ai écrit à ce sujet à nos frères et collègues d'Orient ..."

Après le concile de Rimini en 359, Libère se repentant des concessions faites par lui à l'arianisme, refusa de signer la formule rejetée par le concile de Rimini, et fut de nouveau condamné à l'exil." (W. Guettée : Histoire de l'Église, tome 3, page 228).

Après sa chute temporaire, le pape Libère s'était donc relevé et tel saint Osius de Cordoue, qui faiblit aussi à la même époque et se releva, il peut être considéré comme un défenseur de la foi, car c'est la fin qui couronne. Pourtant, dans les Ménées grecques, il n'est pas mentionné le 23 Septembre, et j'ignore s'il est fêté un autre jour chez les Grecs. Ce ne sont que les Ménées en français publiées à Rome par les catholiques qui le mentionnent discrètement dans l'Index sans le nommer le jour même. Le tait que les grecs ne le commémorent pas, n'est pas un indice pour dire qu'il n'est pas saint, car les saints locaux ne sont pas commémorés nécessairement dans toute l'Église, et surtout les saints d'Occident d'avant le schisme pour lesquels nous n'avons plus la tradition vivante.

Pour revenir à l'article "Très sainte Orthodoxie", où le père Cyrille dit simplement "qu'un saint Hilaire de Poitiers défendait l'Orthodoxie aux côtés d'un saint Athanase d'Alexandrie contre le pape Libère" :

Le père Cyrille ne rejette pas en bloc le pape mais parle uniquement de l'époque où le pape a faibli, et c'est plutôt l'Orthodoxie de saint Hilaire qu'il veut mettre en relief, et non la faiblesse passagère du pape Libère.

J'espère avoir répondu suffisamment à l'objection de notre lecteur, même si le sujet est bien plus compliqué et fournirait ample matière à un tome entier. hm. Cassien (1)

Dans l'article qui suit, nous publions, afin d'être impartial, l'interrogatoire du pape devant le tribunal impérial.

Tels sont les yeux de la foi, ils voient ce qui n'est pas visible et ils saisissent ce qui n'existe pas encore.

saint Jean Chrysostome

LE RAYONNEMENT DE LA SOUFFRANCE
traduction de l'allemand du livre de Wladimir Lindenberg :
Der unversiegbare Strom (Herder)

Et voici les grands souffrants, qui pour le Christ portèrent la souffrance avec résignation et patience :

Il vivait au 19e siècle, dans le district d'Ufa, un laboureur, Michel Besrokov, qui fut paralysé subitement après un dur travail. Son corps était couvert d'abcès, il souffrait terriblement, car à cause de la paralysie il ne pouvait se gratter, et ainsi il murmurait contre Dieu. Il changea pourtant, affrontait et acceptait la souffrance finalement. La souffrance resta la même, mais de lui rayonnait une force indescriptible. Les villageois et plus tard les gens de plus loin se rendirent chez lui afin de recevoir consolation et se confier à ses prières.

Léon Tolstoï décrit quelque de chose semblable. Il voyait dans le village de Pustyn, au milieu de l'église, un homme couché sur la paille. Muet et entièrement paralysé, il ne savait qu'à lever la main gauche pour se signer en souriant. Les nombreux pèlerins qui le voyaient en comparant leurs infirmités aux siennes, comprenaient le peu d'importance de leur souffrance par rapport à la sienne. Tolstoï fut lui-même touché et écrivit : "De cet homme infirme et immobile rayonnait tant de lumière et de force dans la souffrance, pour faire taire les hommes qui le voyaient et les amener à rentrer en eux-mêmes. L'effet d'un tel homme est plus grand sur l'entourage que les enseignements des professeurs et des philosophes".

Toi qui, au ciel, sièges sur un trône et qui, sur la terre, montes sur un ânon, ô Christ Dieu, agrée la louange des anges et celles des enfants qui Te crient : "Tu es béni, Toi qui viens tirer Adam du tombeau !"

Kondakion du Dimanche des Palmes

MIRACLES DE LA MERE DE DIEU

Texte tiré du Salut des pécheurs

62e miracle :

Un écrivain nommé Vincent écrit dans son livre que pendant que certains pèlerins naviguaient vers Jérusalem, le bateau se troua, et l'eau entrait en flots, de telle sorte qu'il n'était plus possible pour les hommes de la faire sortir. Voyant le danger, le pilote jeta la barque, et y entra avec un évêque et quelques autres riches nobles; cependant, dans leur précipitation, I'un d'eux tomba dans la mer, et fut submergé. Donc, comme la barque se remplissait, I'évêque dit aux autres qui sont restés dans le bateau : "Pardonnez-nous, frères, et voyez le danger, et que nous ne pouvons pas vous aider; seulement confessez les uns aux autres vos péchés, afin que le Seigneur vous pardonne." Ayant donc fait ainsi et ayant reçu le pardon l'un de l'autre, le bateau immergea et tous se noyèrent. L'évêque et ceux qui étaient avec lui pleurèrent, suppliant Dieu de placer leur âme dans un lieu de repos.

Après cela, ils regardèrent autour d'eux sur la surface de la mer et virent que quelques colombes émergeaient des vagues et s'élevaient dans les hauteurs du ciel, et ils comprirent que c'était les âmes des frères qui s'étaient noyés, ce dont ils se réjouirent, tristes pourtant de ne pas être morts eux aussi.

Après un espace de temps assez grand, arrivant à terre, ils virent, avec surprise, leur compagnon qui était tombé à la mer au moment où il entrait dans la barque. Le voyant donc, ils furent ébahis et lui demandèrent comment il a échappé. Et celui-ci dit : "Dès que je suis tombé dans la mer, j'ai appelé à l'aide la toujours-vierge Enfantrice de Dieu avec une foi sans faille, et aussitôt le Prompt-Secours-aux-Affligés se trouva devant moi et m'apporta en un instant sur le rivage, sain et sauf."

Entendant ce récit, ceux-ci remercièrent la Très-Sainte annonçant partout le miracle, à la Gloire de notre Dieu né d'elle inexprimablement.

Le silence est le mystère du siècle à venir. Mais les paroles sont l'organe de ce monde. Par le silence et par le jeûne continuels, l'homme qui jeûne s'efforce de rendre son âme semblable à la nature spirituelle.

Accepte le danger que te font courir les démons dont tu as fait gracieusement la volonté.
Saint Isaac le Syrien

LA LICORNE

Voici une petite étude sur la licorne, dont l'Écriture parle à plusieurs reprises. Les traducteurs de la Bible qui ne sont pas formés dans l'esprit orthodoxe mais dans un esprit rationaliste et scientifique traduisent généralement par buffle. Mais la Septante (la version orthodoxe des saintes Écritures) dit bien licorne, en grec monokerws, ce qui veut dire, ayant une seule corne - unicorne.

La licorne n'est pas le seul animal allégorique et mythologique dans l'Écriture, car nous y trouvons aussi le Léviathan et le dragon par exemple. Savoir si la licorne a historiquement existé n'a qu'une importance secondaire. L'Écriture n'est pas un livre scientifique mais elle se sert de certaines images, allégories, paraboles, etc, pour véhiculer une réalité spirituelle qui, elle, est réelle et vraie. D'ailleurs la science est versatile et ce qu'elle affirme aujourd'hui comme mythe sera peut-être demain périmé (l'affirmation). L'Écriture est au-dessus de la science et du temps dont elle se sert sans y être assujettie.

Revenons plutôt a la licorne et voyons ce que la Bible exprime à travers elle. Plusieurs réalités y sont figurées : tantôt c'est le Christ avec comme corne la Croix, tantôt la mort, ou les Juifs qui crucifient le Christ, tantôt la virginité.

Selon la légende, la corne de la licorne a une vertu curative et la licorne ne se laisse capturer que par une vierge et cette image se retrouve souvent dans l'iconographie, notamment les miniatures.

Prenons un par un les passages des Écritures où en est fait mention : En parlant de Joseph : Premier-né du taureau, sa beauté, cornes de la licorne, ses cornes; avec elles il encornera les nations, toutes jusqu'à l'extrémité de la terre. (Dt 33,17) Dans le premier sens cela se rapporte à Joseph, mais dans son sens profonde, c'est le Christ qui est visé, car c'est Lui qui dominera les nations.

Dans les Nombres nous lisons : Dieu les a fait sortir d'Égypte, Il est pour eux comme la vigueur de la licorne. (Nb 23,22) Ce passage se rapporte également au Christ qui fait sortir son peuple de l'Égypte spirituelle, l'esclavage du péché.

La licorne veut-elle être à ton service ? Passe-t-elle la nuit vers la crèche ? L'attaches-tu par une corde pour qu'elle trace un sillon ? Va-t-elle après toi briser les mottes des vallées ? Te reposes-tu sur elle, parce que sa force est grande ? Lui abandonnes-tu le soin de tes travaux ? Te fies-tu à elle pour la rentrée de ta récolte ? Est-ce lui qui doit l'amasser dans ton aire ? (Job 39,12-15) De même ce teste peut s'interpréter par rapport à Christ qui ne fut pas dominé par l'adversaire.

Dans les psaumes, il est plusieurs fois questions de la licorne :

Psaume 21,22 : Sauve-moi de la gueule du lion, ton serviteur humilié, des cornes des licornes. Ce verset se réfère à la crucifixion du Sauveur et à ses persécuteurs, - figurés par les licornes.

Psaume 28,6 : La voix du Seigneur est puissante ... Et le Bien-aimé sera comme le petit des licornes. Il s'agit là de l'homme juste qui est par excellence le Christ.

Saint Basile le Grand, saint Cyprien de Carthage, saint Grégoire le Dialogue et d'autres pères, traitent dans leurs commentaires à leur tour de la licorne et s'expriment dans le même sens.

Il n'est pourtant fait mention de la licorne que dans l'Ancien Testament car dans le Nouveau Testament le symbole fait place à la réalité : l'Incarnation dans une vierge, la mort sur la Croix et finalement la victoire sur le péché, le diable et la mort.

hm. Cassien

Illustration du psaume 143,3-4 :

(Psautier de Kiev ou psautier de Spiridoni, 1397)

La miniature illustre la parabole des joies de ce monde (ou parabole de la licorne)

Le miniaturiste a illustré les vers du psaume 143 : Seigneur, qu'est-ce que l'homme pour que Tu Te fasses connaître de lui, ... L'homme est devenu semblable à la vanité, ses jours passent comme l'ombre.

Sur le bord du feuillet, il y a de petites inscriptions en rouge qui expliquent la symbolique de chaque image et le sens allégorique de la miniature. Un homme est représenté, fuyant une licorne, symbole de la mort. L'homme grimpe sur un arbre en pensant qu'il est sauvé et se régale du miel qui coule d'une branche. L'inscription dit : L'arbre est la vie de l'homme, sa ramure touffue est semblable aux délices du monde des tentations. L'homme ne voit pas que sous lui le tronc est rongé par une souris blanche et une souris noire (le jour et la nuit) et qu'au pied s'ouvre un précipice d'où un monstre pointe sa gueule aux dents menaçantes (l'enfer).


Un ancien a dit : L'oisif et le paresseux, Dieu n'en veut pas. .

LES NOUVEAUX MARTYRS ORTHODOXES SERBES

Les uns ont été cruellement tourmentés ne voulant point racheter leur vie présente afin d'en trouver une meilleure dans la résurrection. Les autres ont souffert les moqueries et les fouets, les chaînes et les prisons. Ils ont été lapidés, ils ont été sciés, ils ont été éprouvés en toute manière; ils sont morts par le tranchant de l'épée [É] étant abandonnés, affligés, persécutés, eux dont le monde n'était pas digne. (Hé 2, 35-38 )

 

Le génocide du peuple orthodoxe serbe durant la dernière guerre mondiale, reste assez largement ignoré et lorsqu'il est reconnu comme tel, on tente de lui donner un aspect purement politique, alors que - les documents le prouvent - il fut la tentative d'extermination systématique d'un peuple à cause de son appartenance à la religion orthodoxe. Le bienheureux évêque Nicolas Velimirovic - il fut dès les premiers jours arrêté et déporté avec le patriarche Gabriel, et en 1944 envoyé à Dachau - inscrivit de sa propre main dans le calendrier de l'Église, à la date du 31 Août : Les 700 000 qui ont souffert pour la foi orthodoxe des mains des croisés romains et des oustachis pendant la deuxième guerre mondiale ce sont les Nouveaux Martyrs Serbes.

Le 6 avril 1941, l'Allemagne nazie attaquait la Yougoslavie. Un officier croate ayant livré aux nazis les plans des forces aériennes yougoslaves, toute l'aviation fut détruite au sol et Ante Pavelic, croate lui-même, incitait ses compatriotes à se joindre aux envahisseurs : Soldats croates, servez-vous de vos armes contre les officiers et les soldats serbes. Nous lutterons désormais aux côtés de nos alliés, les Allemands et les Italiens.

Le 8 avril, est annoncée la formation de l'État indépendant de Croatie, le reste de la Yougoslavie étant occupé par les nazis allemands et les fascistes italiens, la Macédoine étant donnée à la Bulgarie et les provinces du Nord à la Hongrie.

ll convient de rappeler que Pavelic était l'instigateur de l'assassinat du roi Alexandre de Yougoslavie et de Louis Barthou à Marseille et qu'il avait été de ce fait condamné à mort - par contumace - par la justice française. Il était à la tête d'une horde fascisto-nazie soutenue par la hiérarchie romaine et par Mgr Stepinac archevêque de Zagreb en particulier. Le but clairement et hautement avoué du mouvement oustachi était la lutte par tous les moyens contre l'orthodoxie, le libéralisme, la démocratie, la franc-maçonnerie, le judaïsme et le bolchevisme. Et de fait, une politique d'extermination des orthodoxes commença avec la bénédiction et l'aide de la hiérarchie et du clergé croate catholique. Avro Manhattan, britannique, membre de la Société Royale des Auteurs Britanniques, de la Société Royale de Littérature, autorité mondiale dans le domaine du catholicisme romain et de sa politique, mentionne dans son ouvrage Catholic Terror Today : la transformation de la hiérarchie catholique en une hiérarchie oustachie de facto, eut une signification terrible.

Les Serbes de Zagreb, eurent douze heures pour quitter la ville, tout Croate qui les cacherait, serait fusillé sur-le-champ. (ordre du Ministère de l'Intérieur).

Les Juifs de Croatie durent porter l'étoile jaune, les orthodoxes serbes un brassard avec la lettre P (Pravoslavac = Orthodoxe). L'écriture cyrillique fut interdite, même sur les monuments funéraires ! L'inscription : Entrée interdite aux Serbes, aux Juifs, aux nomades et aux chiens commença à fleurir dans tous les lieux publics.

Le 18 mai 1941, Pavelic alla offrir la couronne de Croatie au roi d'Italie. Celui-ci la refusa et autorisa le duc de Spoleto, son neveu, à la recevoir, sous le nom de Tomislav II. Pavelic fut ensuite reçu, ce même jour, par Pie XII. Ce dernier reçut aussi, également en audience privée, le futur roi, la veille de son couronnement.

Le 30 juin 1941, le ministre de la Justice et des Cultes, envoya une lettre officielle à tous les évêques catholiques, dans laquelle le gouvernement confirmait ce qui avait déjà été conclu avec l'archevêque Stepinac, c'est-à-dire la poursuite d'une politique de liquidation des élites de la population orthodoxe, ceci devant être accompli par le refus de les accepter dans l'Église catholique. Le gouvernement souhaite, disait la circulaire, que tous les prêtres, les enseignants et de fait tous les intellectuels appartenant à l'Église Orthodoxe, en plus des hommes d'affaires, des industriels, des riches paysans, ne soient à aucun prix reçus dans l'Église catholique. Seule la population orthodoxe pauvre doit être convertie.

Le martyre du peuple serbe orthodoxe dépasse tout ce que l'on peut imaginer dans ses pires cauchemars. Dans les villages serbes de la région de Bjelovar, 250 personnes furent enterrées vivantes, dans le village d'Otecac, 331 Serbes furent massacrés avec leur prêtre, après que celui-ci ait été torturé à mort (on coupa son fils en morceaux devant lui, on l'obligea à réciter la prière des agonisants puis, son fils étant mort, on lui arracha les cheveux, la barbe, on l'écorcha et on lui creva les yeux avant de l'achever). A Kosinj, 600 Serbes furent exterminés. Ceci seulement pendant les premiers mois de l'État Indépendant de Croatie. L'industriel Serbe Milos Teslic, réputé pour sa bonté, fut torturé, écorché vif, brûlé, et l'on peut voir ses bourreaux satisfaits sur une photo "souvenir". L'un d'eux tient en sa main le coeur de l'industriel martyrisé !

A Dvor n/Uni, le commandant oustachi est un prêtre catholique, Ante Djuric, qui donne des instructions pour la conversion forcée et l'élimination des récalcitrants orthodoxes. Hélas, il n'est pas un cas isolé et nous verrons que les tortionnaires et les assassins sont souvent des ministres du culte romain et plus particulièrement des moines franciscains !!!

A Susnjari, près de Glina, tout le village fut massacré à l'exception de 20 enfants, liés à des planches, approchés de meules de foin auxquelles on bouta le feu afin qu'ils grillent par les pieds ... Lucas Avramovic, ancien député et son fils furent crucifiés puis brûlés dans leur propre maison à Mliniste.

En juin 1941 plus de 100 000 hommes, femmes et enfants serbes furent tués en quelques jours ...

Le 4 mai 1941, l'archevêque orthodoxe de Banja Luka, Mgr Platon, reçut des oustachis l'ordre de quitter immédiatement la ville. Il fit appel à l'évêque catholique local pour qu'il intercède au près des autorités afin de lui donner plusieurs jours pour se préparer. L'évêque catholique donna sa parole, mais pendant la nuit six catholiques oustachis vinrent arrêter le hiérarque.

Il fut ferré comme un cheval et dut ainsi traverser la ville. A quelques kilomètres de là, épuisé, il s'écroula, et ses bourreaux lui arrachèrent la barbe et allumèrent un feu sur la poitrine avant de commencer leur boucherie à coups de hachette.

Il serait fastidieux, triste et honteux d'avoir à citer tout ce que la barbarie oustachie fit subir au peuple orthodoxe, les églises détruites, les conversions forcées, les fidèles rassemblées dans les églises ensuite enflammées ! ...

La résistance découvrit en août 1941 entre Vlasenica et Kladanj, des bébés empalés sur les lattes d'un enclos, leurs petits membres encore tordus de douleur, tout comme des pattes d'insectes piqués sur les épingles.

L'horreur ne semble pas avoir de limites. Le journaliste et écrivain italien Malaparte en reportage chez Ante Pavelic le voyait jouer avec des objets gluants dans une corbeille. Il lui demanda de quoi il s'agissait et le monstre ignoble lui répondit que c'étaient des yeux de Serbes orthodoxes que ses fidèles oustachis lui avaient envoyé. Il n'était pas rare en effet pour ces zélés serviteurs de la Nouvelle Croisade de se faire des colliers avec les yeux ou les langues des orthodoxes qu'ils tuaient.

Ce qui est le plus troublant, c'est en effet cet esprit de Guerre Sainte ou de Nouvelle Croisade que le clergé romain et sa hiérarchie de Croatie proclamèrent ouvertement, oralement et par écrit dans leurs diverses publications.

Jusqu'à maintenant, mes frères, disait le père Mate Mogus, de la Province de Lika, nous avons [nous catholiques] travaillé pour notre religion catholique avec la croix et le missel; le jour est venu de travailler à présent avec le revolver et le fusil.

Jusqu'à présent, Dieu a parlé par les encycliques papales ...

Et ... Ils ont fermé leurs oreilles... Maintenant Dieu a décidé d'utiliser d'autres méthodes. Il préparera des missions, des missions européennes. Des missions mondiales. Elles seront soutenues non par les prêtres, mais par les chefs des armées, conduits par Hitler. Les sermons seront entendus à l'aide des canons, des fusils, des tanks, des bombes. Le langage de ces sermons sera international (Prêtre Petar Pajic, dans l'organe de l'archevêché de Sarajevo).

La Veliko Krizarsko Bratstvo (Grande Fraternité des Croisés) voit en Pavelic une sorte d'archange envoyé par la Providence. Le Hrvatski Glasnik (La Voix Croate), journal de l'Action Catholique, énonce clairement l'avantage, pour l'État Croate et son Église, du nouvel état de fait :

C'est tout d'abord l'élimination de l'influence néfaste de l'orthodoxie et du byzantinisme sur le peuple croate, survenue après la rupture des relations entre Croates et Serbes, qui représente par elle-même un des plus grands avantages éthiques de notre nouvelle situation.

En 1942, Mgr Stepinac est nommé par Pavelic aumônier principal des forces oustachies. Il était ainsi remercié du Te Deum qu'il avait fait célébrer quelques mois plus tôt pour remercier Dieu et lui demander de bénir le Poglavnik Ante Pavelic. L''archevêque Ivan Saric, n'avait-il pas montré la voie aux fidèles avant son chef, en publiant une ode au Poglavnik qui est un crachat sur la Face du Christ, dans cette ode délétère, il célèbre Dieu, les Croates et l'oustachi magnifique (Pavelic).

L'archevêque Stepinac savait ce qui se passait avec les Serbes orthodoxes, il savait que des prêtres et des moines tuaient et torturaient ou avaient accepté de diriger des camps de concentration. Il ne fit rien contre.

A la radio de Londres, le 16 février 1942, un Croate, Veceslav Vilder sauva l'honneur de ses concitoyens et exposa au monde l'infamie du prélat :

Et maintenant autour de ce Stepinac, les pires atrocités se commettent ... le sang fraternel coule en ruisseaux... Les orthodoxes sont convertis de force au catholicisme, et nous n'entendons pas la voix de l'archevêque Stepinac prêchant la révolte. Mais nous lisons qu'il participe à des parades fascistes et nazies. Et ce qui est pire encore : l'évêque de Zagreb, Salis-Sevis, dans son discours de nouvel an, a directement glorifié Pavelic, et l'archevêque Stepinac n'a pas repris son évêque... et un autre archevêque catholique, Saric, à Sarajevo, a composé le 24 décembre [ ! ], toute une longue ode à Pavelic.

Ce que ce brave et authentique patriote yougoslave ignorait c'est l'étendue de cette collaboration et son horreur.

Le moine franciscain et prêtre Miroslav Filipovic, dirigea, aidé du père Zvonko Brekalo, du père Lipovac et du père Culina, le Camp de Concentration de Jasenovac où périrent 40 000 hommes, femmes et enfants. Ce prêtre tua de ses propres mains un enfant orthodoxe serbe dans le village de Drakulic, afin de montrer l'exemple à son bataillon d'oustachis. En un seul jour, suivant son exemple, 1500 orthodoxes serbes furent assassinés. Le prêtre Z. Bronkalo fut décoré par Pavelic lui-même de l'Ordre du Roi Zvonimir. En 1942, ce camp contenait jusqu'à 20 000 enfants orthodoxes, 12 000 d'entre eux furent tués de sang froid. Après la guerre, un pieux catholique croate, Ante Urban, accusé d'avoir tué des centaines d'enfants, déclara que l'accusation était un pur mensonge puisqu'il n'en avait tué que 63 personnellement !

Le prêtre Grga Blazevic était second du Camp de Concentration de Bosanki-Novi. Mgr Dionis Juricev n'avait-il pas béni à l'avance ces prêtres tortionnaires quand à Staza il avait annoncé que tous les Serbes qui refusaient de se convertir au catholicisme devaient être mis à mort, parce que ce n'est plus aujourd'hui péché de tuer un enfant de sept ans, si cet enfant s'oppose à un mouvement oustachi.

Ante Klaric, moine franciscain de Tramosnica, déclara dans un sermon : Vous êtes de vieilles femmes et vous devriez vous mettre et jupons, parce que vous n'avez pas encore tué un seul Serbe ! Si vous n'avez pas tous d'armes servez-vous de haches, de faucilles, et, n'importe où vous rencontrez un Serbe, coupez-lui la gorge.

Le prêtre Sirecko Peric, du monastère de Gorica près de Livno appelait lui aussi au massacre en ces termes : Tuez tous les Serbes. Tuez d'abord ma soeur qui est mariée à un Serbe et puis ensuite tous les Serbes. Quand vous aurez fini ce travail, venez à l'Église, je vous confesserai et je vous libérerai du péché.

De temps en temps ces étranges disciples de François d'Assise organisaient des concours d'égorgement d'orthodoxes. Le champion incontesté de ce divertissement pieux fut un membre de l'organisation militaro-religieuse des Krizari (Les Croisés), étudiant du collège franciscain de Siroki Brijeg; il égorgea dans la nuit du 29 août 1942 1360 personnes, fut nommé roi des égorgeurs et reçut une montre en or, un service en argent, un cochon de lait rôti et une bouteille de vin.

Le camp de Jasenovac, dirigé par le prêtre franciscain Miroslav Filipovic, était équipé de fours de briqueterie. Ils servirent à brûler vifs certains des détenus. Dès 1942, les enfants- Juifs en majorité -  y furent brûlés. Les cendres des cadavres servaient à fabriquer du savon !

Il est triste de devoir dire que les catholiques croates restèrent la plupart du temps muets devant les horreurs perpétrées par leurs coreligionnaires. Ce furent certains Musulmans qui protestèrent contre les persécutions des Serbes orthodoxes et des Juifs et qui leur offrirent assistance ! (d'autres musulmans étaient alliés aux hordes oustachies et certains eurent leurs propres divisions de SS aux côtés des nazis ...)

Prenez les armes contre les bourreaux oustachis, ouvrez les portes de vos foyers aux Serbes persécutés et sauvez leurs enfants et leurs biens. Le fauve oustachi avide de sang, s'est dressé aujourd'hui contre les Serbes, mais demain, ce sera votre tour.

(Omer Kajmakovic )

Un seul évêque croate, Mgr Aloïs Misic condamna ce qui se passait dans son diocèse, par une lettre circulaire où il disait la sainte Église ne veut et ne pourra pas absoudre ni libérer de leurs péchés tous ceux qui, contrairement aux Lois divines, assassinent, anéantissent ou s'approprient les biens d'autrui..

Un seul prêtre de Zagreb fit un sermon contre les persécutions, le père Josip Loncar. Il fut arrêté et condamné à mort, sa peine étant commuée en travaux forcés à perpétuité ensuite. On aimerait que la liste soit plus longue... On souhaiterait que Mgr Stepinac, le chef suprême des catholiques croates, ait fait entendre sa voix. On voudrait que le Vatican soit intervenu...

Le docteur Zelimir Mazuranic, Croate catholique et ancien président du Sénat de Yougoslavie, se suicida parce qu'il ne pouvait plus vivre dans un état de criminels.

Le Docteur Prvislav Glizogono, catholique croate, ancien ministre, écrivit à Mgr Stepinac en 1942 pour demander au prélat la condamnation la plus rigoureuse des prêtres qui, sans égard pour leur soutane et leur sacerdoce, ont participé, de quelque manière que ce fût, aux méfaits des oustachis - et cela sans considération de leur rang dans la hiérarchie religieuse.

Il ne reçut nulle réponse... Mgr Stepinac ne prit jamais aucune sanction contre ceux qui, après tout, étaient comme lui, les zélotes de la nouvelle croisade contre l'orthodoxie.

Les catholiques de Slovénie rachetèrent leurs confrères de Croatie. Ils écrivirent à l'archevêque catholique de Belgrade en le priant de bien vouloir transmettre au Saint Siège un mémoire, dont nous extrayons cette phrase : "Dans l'État Indépendant de Croatie, tous les évêques et prêtres orthodoxes ont été soit tués, soit emprisonnés ou internés dans des camps de concentration, leurs églises et couvents détruits, leurs biens confisqués." Il n'y eut pas de réponse.

Beaucoup d'enfants serbes orthodoxes dont les parents avaient été martyrisés, furent incorporés à la masse croate grâce à la société Caritas contrôlée par l'archevêché de Zagreb; ils ne furent jamais rendus à leur nation.

Dans l'État Croate, environ 300 églises orthodoxes furent détruites, d'autres furent transformées en églises catholiques, d'autres transformées en latrines, d'autres en étables ou en abattoirs.

Selon les estimations, il y eut environ 750 000 à 800 000 Serbes orthodoxes massacrés en Croatie, parmi eux environ 182 membres du clergé.

Le Vatican resta muet tout au long de la guerre et après celle-ci sur la boucherie croate de ses oustachis, clercs franciscains, jésuites ou d'autres ordres.

Une seule et unique voix à Rome protesta contre l'extermination du peuple serbe orthodoxe : celle du cardinal Tisserant qui dans une conversation privée avec le docteur Rusinovic, ambassadeur des oustachis à Rome, lui fit part de son désaccord. Dans son rapport au ministre des Affaires Étrangères de l'État Croate, le 6 Mars 1942, celui-ci mentionne ce que lui a dit le prélat :

J'ai appris, lui a dit Mgr Tisserant, qu'un prêtre Simic, a pris la tête d'un groupe d'hommes armés qui ont détruit des églises orthodoxes. Je tiens également de source sûre que les frères franciscains de Bosnie-Herzégovine se sont conduits d'une façon lamentable. De telles actions ne sauraient être commises par des hommes civilisés et cultivés, et encore moins par des prêtres.

Ceci était une conversation privée. Il n'y eut jamais de condamnation formelle ou ex cathedra du génocide perpétré par les oustachis, par la hiérarchie latine, par le pape de Rome ou par ses cardinaux.

Ante Pavelic, grâce à des complicités ecclésiastiques put s'enfuir avec les richesses volées aux orthodoxes, aux Juifs et aux musulmans. Avec lui 4 000 de ses séides purent gagner des pays catholiques d'accueil. Certains furent cachés en Autriche. On dit que Mgr Garic mourut à Fribourg en Suisse, Mgr Saric s'en alla à Madrid dans un monastère. Ante Pavelic était toujours déguisé en soutane ! dans les couvents de St-Gilgen en Autriche. Toujours en soutane, il gagna Rome où sous le nom de Pater Gomez ou Pater Benarez, il se cacha dans un couvent. Lorsque les services secrets yougoslaves retrouvèrent ses traces, il se réfugia, - c'est un journaliste italien qui l'affirme pour l'avoir rencontré et interviewé -  à Castelgandolfo, résidence d'été des papes. Il passa ensuite en Argentine grâce au clergé romain. Il avait alors un passeport délivré par la Croix-Rouge Internationale ! Il résida à Buenos Aires sous le nom de Pál Aranyos. Il s'établit ensuite à Madrid où en 1959, il mourut muni des sacrements de l'Église et après avoir reçu la bénédiction du bon pape Jean XXIII : il tenait dans sa main le rosaire que lui avait offert Pie XII lors de sa visite au Vatican.

Certains furent capturés par les Alliés et emprisonnés, mais cependant, ... ce fut en masse que la pègre oustachie sortit des camps de concentration alliés, revêtus souvent, comme Pavelic, d'une soutane...

Mgr Stepinac arrêté fut condamné à 16 ans de prison. La machine de guerre vaticane fut mise en branle, la désinformation battit son plein, le soutien des bourreaux oustachis fut présente comme le défenseur de la chrétienté. C'était le début de la guerre froide... Puis la Yougoslavie communiste en crise politique avec l'URSS, se rapprocha légèrement de l'Ouest, Mgr Stepinac fut remis en semi-liberté pendant l'hiver 1951 et en 1953 il fut fait cardinal ! (Nous formons pour vous des voeux paternels, cher fils qui avez acquis tant de mérites, lui écrivit Pie XII ! ) Cette récompense du pape suivait de peu la dignité de Grand Croix avec Étoile que le Poglavnik Pavelic venait d'attribuer à Mgr Stepinac pour services rendus à l'État Croate en tant qu'archevêque de Zagreb !

Les réactions rapportées de Mgr Tisserant montrent bien que le Vatican connaissait parfaitement la situation. Le pape ne pouvait donc pas l'ignorer, d'autant plus qu'elle avait provoqué dans l'ensemble de l'opinion publique mondiale une véritable consternation. De toutes façons le délégué apostolique à Zagreb, l'abbé Marcone, ne pouvait pas ne pas être au courant; il en était tous les jours le témoin averti : massacres en masse de la population serbe et juive, assassinats de prêtres et d'évêques orthodoxes, camp de la mort; conversions forcées d'orthodoxes au catholicisme, pillages et destruction d'églises orthodoxes et de synagogues, confiscation de leurs biens. Il avait vu tout cela. En sa qualité de légat apostolique, n'envoyait-il pas régulièrement au Saint Siège des rapports sur ce qu'il avait constaté. Comment expliquer le silence de Pie XII ? Avait-il pris le parti de se taire sous l'influence de l'aile droite de la Curie romaine qui sympathisait avec les fascistes, ou bien redoutait-il au cas où il aurait fait entendre sa voix, les représailles d'Hitler ? Si le pape avait crié son indignation, le dictateur allemand aurait-il riposté en persécutant les catholiques ? Cette hypothèse ne semble pas devoir être retenue parce que les crimes de Pavelic étaient différents de ceux d'Hitler. Une condamnation pontificale urbi et orbi des crimes du régime oustachi aurait été bien accueillie à Berlin qui avait besoin de paix et d'ordre en Croatie. [Il convient de noter que les nazis et les fascistes italiens eux-mêmes furent épouvantés par les crimes oustachis à plusieurs reprises !!!] D'autre part, la hiérarchie catholique croate aurait certainement refusé son soutien à Pavelic dont le pouvoir aurait été condamné à mort dès le début. La vérité du silence du pape est ailleurs. C'est le journal suisse Basler Nachrichten qui, dans un de ses numéros de 1942, soulève un coin de rideau sur cette question troublante, bien qu'il ne l'aborde qu'au sujet de la Russie : "Une des questions que pose l'action allemande en Russie et qui intéresse le Vatican au plus haut degré, c'est l'évangélisation de la population de ce pays."

C'était donc la conversion des orthodoxes au catholicisme, que ce fût en Russie ou en Croatie, qui intéressait le pape. En ce qui concerne la Russie notamment, le Vatican avait conclu, suivant les "Messages de guerre de Pie XII au monde" (Spes), un accord avec Berlin à ce sujet, accord l'autorisant à envoyer des missionnaires catholiques dans la Russie occupée.

Dans son étude The realignment of Europe, Arnold Toynbee, historien et philosophe anglais, écrit à propos de ce génocide : Des centaines de milliers de Serbes ont été massacrés par les oustachis de Pavelic, et des prêtres catholiques ont été impliqués dans ces assassinats. La hiérarchie catholique ne s'est jamais élevée contre ces forfaits et certains évêques sont allés jusqu'à faire l'éloge du régime institué par Pavelic. Des milliers de Serbes ont échappé à la mort en se convertissant au catholicisme, ce qui leur conférait automatiquement le statut national croate et annulait leur statut national serbe, le seul moyen de distinguer un Serbe d'un Croate étant la religion. Stepinac n'a pas protesté contre ces conversions massives et n'a jamais donné d'instructions à ses prêtres d'avoir à les refuser.

Il va sans dire que les conversions forcées furent suivies d'un retour à l'orthodoxie dès que la soldatesque oustachio-franciscaine fut privée de son pouvoir...

Le ravin dans lequel furent jetés 86 000 martyrs de l'orthodoxie à Jadovno est aujourd'hui un lieu de pèlerinage de la Serbie orthodoxe : les reliques de ces martyrs y dégagent un parfum ...

Pourquoi parler de ces événements si lointains dans le temps ?

Pour que soient vénérés nos frères serbes orthodoxes, martyrs de notre sainte Église : peu d'orthodoxes en effet connaissent ce génocide du peuple serbe.

Pour que le génocide entamé depuis plusieurs années au Kossovo nous réveille lui aussi : un hebdomadaire catholique suisse -  L'Écho illustré - réussit la performance de publier il y a quelques semaines un reportage sur les Albanais du Kossovo persécutés (?) par l'état yougoslave, sans mentionner l'exode terrible des Serbes, les églises brûlées aujourd'hui, le patriarcat de Pec incendié, les religieuses violées, les prêtres assassinés... et les persécutions que ces Albanais infligent impunément aux orthodoxes qui quittent en masse leur pays !

Il y a quelques années, le souverain actuel du Vatican proposa comme modèle de l'unité des chrétiens et comme leur saint patron en quelque sorte, l'ignoble persécuteur d'orthodoxes Joasaph Konsevic qui fut canonisé sans doute pour ses crimes inexpiables envers l'orthodoxie. Il est des rumeurs qui courent maintenant sur la possible canonisation du répugnant bourreau de nos frères serbes orthodoxes que fut l'immonde Stepinac.

Ne serait-ce que pour cela, nous ne devons pas oublier. Pardonner, oui. Oublier, jamais !

Traduction de Claude Lopez

Alors un des vieillards, prenant la parole, me dit :

Qui sont ceux qui sont vêtus de robes blanches ? et d'où sont-ils venus ? Je lui répondis : Seigneur, tu le sais.
Et il me dit : Ce sont ceux qui sont venus ici après avoir passé par la grande tribulation, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le Sang de l'Agneau. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, ils Le servent nuit et jour dans son temple; et Celui qui est assis sur le trône les couvrira comme une tente.
Ils n'auront plus ni faim ni soif, et le soleil ni aucun souffle brûlant ne les incommodera plus; parce que l'Agneau, qui est au milieu du trône, sera leur pasteur; et Il les conduira aux sources d'eau vivantes, et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux.
(Ap 7, 13-17)

FLASH SUR LE MONDE

Clinton, le nouveau Président des Etats-Unis a souhaité à marquer l'orientation de son mandat avec le sceau d'un libéralisme moral et juridique des plus radical. Le feu vert donné à la pilule abortive ainsi que sa volonté de mettre couples homosexuels et couples normaux sur un pied d'égalité dans l'armée américaine, montrent bien les anti-valeurs qu'il cherche à défendre. Il est à souhaiter que nous n'ayons pas, avec la nouvelle équipe diligente aux Etats-Unis, à faire à une version américaine de l'histoire biblique d'Achab, (le faible roi d'Israël au temps du prophète Elie), flanqué d'une Jezabel, idolâtre et meurtrière. Il est très frappant de remarquer que, tant le président Clinton que son adjoint à la vice présidence, Al Gore, s'affichent explicitement comme Baptistes. Ils sont en fait issus tous les deux des Églises fondamentalistes du Sud des Etats-Unis. Au milieu des années 1980 ils prônaient des positions fortement opposées au libre droit à l'avortement. Le vice-président Gore est en plus le porte parole des milieux écologistes et est également très lié à la nouvelle religiosité panthéiste et immanente qui passe sous le nom de New Age. Cette ésotérique d'origine rosicrucienne qui a toujours régné en maître incontesté des loges franc-maçonnes.

Dans la publication de l'Association vaudoise de parents chrétiens

L'euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figures. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c'est la liberté et la liberté fondamentale, c'est le suicide; en conséquence le droit au suicide directe ou indirecte est donc une valeur absolue dans ce type de société.

Propos de Jacques Attali, conseiller privé de François Mitterrand et futur directeur de la Banque centrale Européenne

Les transsexuels et l'état civil

La cour de cassation, réunie en assemblée plénière, le vendredi 11 décembre 1992 a reconnu le droit aux transsexuels de faire procéder a la modification de leur état civil à la suite d'un traitement chirurgical. Cet arrêt marque un important revirement jurisprudentiel de la juridiction suprême qui, depuis 1975, s'était récusée à accorde cette possibilité à 13 personnes désireuses de changer de sexe.

Pour avoir longtemps refusé cette possibilité au transsexuels, la France a été condamné par la Cour Européenne des droits de l'homme, le 25 mars 1992.

Dans "Prostitution et Société" (N° 100)

... et flash sur un autre monde

"Je viens saluer en vous un double frère", a dit le nouvel ambassadeur d'Israël au cardinal Lustiger lors de la première visite qu'il rendit à l'archevêque de Paris. "Tribune juive" (24.12) qui conte l'anecdote, ajoute que Mgr. Lustiger profita de l'occasion pour lui raconter ce qu'il avait dit, tout récemment, à un journaliste alsacien : "Vous savez, il y a en France deux grands rabbins, un séfarade ( juif espagnol ), Joseph Sitruk, et un askhenaze ( juif allemand ), moi."

Sans commentaire.

Dans Lectures Françaises (N° 430)

Et c'est ce même archi-rabbin qui s'est opposé à un Requiem pour le l00e anniversaire de Louis XVI à Notre Dame de Paris.

Vive le roi !

En bas les fils de la Veuve !


DE LA VIE DE SAINT BENOIT ET DE SAINTE SCHOLASTIQUE

Y aura-t-il jamais en cette vie un homme plus grand que l'apôtre Paul ? Or, par trois fois il pria le Seigneur au sujet de l'aiguillon de sa chair, et cependant il ne put obtenir ce qu'il voulait. Cela m'incite à te raconter comment le vénérable père Benoît voulut une chose qu'il ne put réaliser.

Sa soeur, nommée Scholastique, consacrée dès son enfance au Seigneur tout-puissant, avait coutume de venir le voir une fois l'an. L'homme de Dieu descendait la recevoir dans une dépendance, non loin du monastère. Un jour donc, elle vint comme à l'ordinaire, et son frère vénéré, accompagné de quelques disciples, s'en fut la rejoindre. Ils consacrèrent tout le jour à la louange de Dieu et à de célestes entretiens; et la nuit tombait déjà quand ils prirent ensemble leur collation. Comme ils étaient encore à table et que, durant ces saints propos, l'heure s'était fort avancée, la moniale, sa soeur, lui fit cette demande : "Je t'en prie, ne me quitte pas cette nuit, et, jusqu'au matin, parlons des joies du ciel." - "Que dis-tu là, ma soeur, lui répondit-il - Rester hors du monastère m'est absolument impossible." Or, telle était la sérénité du ciel qu'on n'y apercevait aucun nuage. Devant le refus de son frère, Scholastique posa les mains sur la table, les doigts entrelacés, et y cacha son visage pour prier le Seigneur tout-puissant. Lorsqu'elle releva la tête, il se produisit un tel déchaînement d'éclairs et de tonnerre, un tel déluge de pluie que le vénérable Benoît et les frères venus avec lui n'auraient pu mettre le pied hors de la maison où ils étaient réunis. La moniale, en inclinant la tête dans ses mains, avait répandu sur la table des torrents de larmes qui firent changer en pluie la pureté de l'air. Et la tempête suivit la prière sans le plus léger retard : tel fut l'accord entre la supplication et l'orage que le tonnerre gronda à l'instant précis où la sainte relevait son visage; de sorte que, d'un seul et même mouvement, elle redressa la tête et fit tomber la pluie. Alors l'homme de Dieu, voyant qu'il ne pouvait plus regagner le monastère au milieu des éclairs, du tonnerre et de cette véritable inondation, en fut très contrarié et se plaignit en ces termes : "Que le Dieu tout-puissant te pardonne, ma soeur, qu'est-ce que tu as fait ?" A quoi elle répondit : "Vois, je t'ai prié, et tu n'as pas voulu m'entendre; j'ai invoqué mon Seigneur, et Il m'a exaucée. A présent, sors si tu le peux, abandonne-moi et retourne au monastère." Mais lui ne pouvait sortir de cet abri. Si bien que, n'ayant pas voulu rester de bon gré, il y demeura malgré lui. Il advint ainsi qu'ils veillèrent toute la nuit, se rassasiant des saints discours qu'ils échangeaient sur la vie spirituelle.

C'est à cet épisode que je songeais en te disant que le vénérable père Benoît voulut bien une chose, mais qu'il ne put l'accomplir. Si nous considérons sa pensée, il désirait pour sûr voir durer le temps radieux dont il avait joui en venant; mais à l'encontre de ce qu'il voulait, il trouva un miracle jailli, par la Vertu du Dieu tout-puissant, du coeur d'une vierge. Et il n'est pas surprenant que cette femme, désireuse de voir plus longtemps son frère ait eu à cette heure-là plus de pouvoir que lui. En effet, puisque selon la parole de saint Jean, Dieu est Amour (I Jn 4,16), c'est par un jugement très équitable que celle-là eut plus de pouvoir, qui aima davantage...

Le lendemain, la sainte moniale rejoignit son cloître et l'homme de Dieu rentra dans son monastère. Mais voici que, trois jours plus tard, se tenant dans sa cellule les yeux levés au ciel, il vit, sous l'aspect d'une colombe, l'âme de sa soeur, libérée de son corps, se perdre dans les profondeurs du ciel. Au comble de la joie à la vue d'une telle gloire, il rendit grâces au Dieu tout-puissant, faisant monter vers Lui hymnes et louanges; puis il annonça aux frères la mort de sa soeur. Il les envoya aussitôt prendre possession du corps pour le porter au monastère, et le déposer dans le tombeau qu'il s'était préparé. Il arriva ainsi que ceux dont les âmes avaient été si parfaitement unies en Dieu, ne furent pas non plus séparés dans la tombe. (chap. 33 et 34)

O, divine, ô, aimante, ô, très suave est ta Voix ! Tu nous a promis, sans mentir, d'être avec nous, ô Christ, jusqu'à la consommation des siècles, et nous les fidèles, nous exultons de joie, possédant cette ancre d'espérance.

(Office de Pâque, Mégalynaire)

L'ÉGLISE DE LA RÉSURRECTION A JÉRUSALEM

L'Église de la Résurrection-de-Notre-Seigneur est le plus grand sanctuaire de la chrétienté, car c''est ici qu''a eu lieu la rédemption du genre humain. C'est ici que se trouve Golgotha, la couche sur laquelle reposa pendant trois jours le Corps de l'Homme-Dieu. Les récits évangéliques nous apprennent qu'à l'ouest de Jérusalem, en dehors des murs de la ville, s'élevait une colline rocheuse nommée Golgotha, ou lieu du dernier supplice, où étaient exécutés les condamnés à mort et qu'à côté il y avait le jardin de Joseph d'Arimathie avec un tombeau fraîchement taillé. Il faut cependant retenir le fait que, selon les lois judaïques, ni l'ensevelissement des morts, ni l'exécution des condamnés à mort ne pouvaient avoir lieu dans l'enceinte de la ville, c'est pourquoi le lieu de l'exécution se trouvait en dehors des murs de la ville et c'est là que souffrit le Sauveur, ainsi que l'affirment l'évangéliste Jean et l'apôtre Paul. Les disciples du Sauveur et les saintes femmes qui avaient vu la fin et la glorieuse résurrection du Christ connaissaient, sans aucun doute, les lieux sanctifiés par la mort et la résurrection de leur divin Maître. Maintenant nous aussi, nous visitons souvent les lieux d'inhumation de nos proches, d'autant plus ceux qui étaient proches à notre Seigneur Jésus Christ devaient, par amour et attachement, visiter les lieux marqués par son grand sacrifice expiatoire pour le genre humain. Lorsque 38 ans après l'ascension du Christ, les armées romaines conduites par Titus s'approchèrent des murs de Jérusalem, l'Église du Christ à Jérusalem était gérée par saint Siméon, successeur du saint apôtre Jacques, parent du Seigneur et l'un des 70 apôtres. Voyant l'approche des temps de la chute de Jérusalem prédite par le Sauveur, saint Siméon rassembla toutes ses ouailles et s'éloigna avec elles de la ville vouée à la destruction vers la ville de Pella, sur l'autre rive du Jourdain.

Après que la destruction de Jérusalem eut lieu, les chrétiens rentrèrent dans la ville détruite avec le même saint Siméon qui, comme témoin de la fin du Sauveur, put sans peine retrouver parmi les décombres le rocher Golgotha et la grotte du tombeau. Saint Siméon mourut en martyr en l'année 107 environ, lors des persécutions des chrétiens par l'empereur Trajan, de sorte que pendant plus d'un siècle les contemporains du Christ et les témoins de sa fin étaient les gardiens des lieux sacrés d'expiation. Sans aucun doute, les premiers chrétiens qui connaissaient exactement l'emplacement du Golgotha et du saint Sépulcre, ont amené en ces lieux les générations suivantes converties au christianisme et leur ont raconté tout ce que s'y était passé. Et ce n'est pas à une ou deux, mais à des centaines et des milliers de personnes qu'ils ont montré les Lieux sacrés. De ce fait, les premiers chrétiens pouvaient-ils oublier les lieux de la mort et de l'inhumation du Sauveur ?

Ce ne fut que 30 ans après la mort de saint Siméon que l'empereur romain Adrien, désirant éloigner les chrétiens de ces Lieux sacrés qui déjà au cours des premiers siècles étaient hautement vénérés par les croyants, ordonna de couvrir de décombres et de niveler tout le terrain entre Golgotha et la grotte du tombeau et d'y construire un temple païen en l'honneur de Vénus. Pendant presque 200 ans, les lieux de notre salut étaient, par la volonté d'un empereur païen, cachés aux yeux des croyants, mais les Conseils de Dieu sont impénétrables, et tous les méchants desseins des persécuteurs de l'Église du Christ furent réduits à néant.

Lorsque le saint empereur Constantin égal-aux-apôtres se fit chrétien, son premier acte après le premier Concile oecuménique de Nicée fut d'ordonner à saint Macaire qui gérait alors l'Église de Jérusalem, de démolir le temple païen de Vénus qui se trouvait sur les lieux de notre rédemption, de déblayer ces lieux et d'y construire une église d'une beauté remarquable qui fut consacrée en l'année 333 après Jésus Christ. Eusèbe Pamphilius, de ce temps métropolite de Césarée et premier historien religieux, qui consacra l'église, nous a laissé une description détaillée de cette première église chrétienne de Jérusalem. Commençant là où maintenant aussi commence à l'ouest l'église de la Résurrection, elle s'étendait jusqu'à l'endroit où actuellement, sur le terrain russe voisin, sortent de terre les carcasses des piliers qui ornaient jadis l'entrée de cette église à l'est. La grotte d'inhumation elle-même avait été détachée du rocher dans lequel elle se trouvait afin de pouvoir être entièrement incluse dans la chapelle ronde entourée de douze colonnes selon le nombre des apôtres et qui s'appelait en grec Anastasis, c'est-à-dire Résurrection. A l'est de celle-ci se trouvait une cour carrée entourée de couloirs couverts; un escalier orné de colonnes menait de la place du marché à la cour. C'est entre la cour et l'escalier que se trouvait l'église proprement dite. Tout cela était orné de marbres coûteux et brillait d'or et de pierres précieuses. Cette église bâtie par saint Constantin n'a existé cependant que moins de trois siècles. Le roi des Perses Kosroès, pyrolâtre, à la tête de ses armées, prit Jérusalem en 614 et détruisit la ville et l'église. Mais l'année suivante, grâce aux prières de sa femme chrétienne il donna aux chrétiens l'autorisation de bâtir sur les ruines de l'église de Constantin une nouvelle église de la Résurrection. Étant donné que le patriarche de Jérusalem de ce temps, Zacharie, se trouvait en captivité chez les Perses, ce fut le gardien du siège patriarcal, supérieur du monastère de saint Théodose et plus tard lui-même patriarche de Jérusalem, saint Modeste, qui, ayant invoqué l'Aide de Dieu, entreprit la reconstruction de l'église, activement assisté par le patriarche d'Alexandrie, saint Jean le Miséricordieux.

La pauvreté générale des chrétiens après les invasions dévastatrices des Perses ne permit pas à saint Modeste de reconstruire l'église dans toute la beauté de celle de saint Constantin; il fut obligé de bâtir quatre petites églises séparées. Une église ronde, pareille à celle de saint Constantin, fut érigée au-dessus la grotte d'inhumation, ensuite deux petites églises furent bâties au-dessus de Golgotha et de l'endroit où fut retrouvée la croix. Une quatrième église, dédiée à la sainte Mère de Dieu, s'élevait à peu près là où se trouve maintenant la pierre de l'onction. C'est dans cet état que les saints Lieux furent trouvés et laissés intacts par les Arabes qui, conduits par leur calife Omar, s'emparèrent de Jérusalem 20 ans plus tard, du temps du patriarche saint Sophrone. Mais si Omar s'est montré clément à l'égard des églises chrétiennes, on ne peut dire la même chose de ses héritiers qui, s'ils les ont pas complètement détruites, les ont pillées à maintes reprises, ceci surtout au cours du 9e et du 10e siècles.

Les églises construites par saint Modeste ont existé presque 400 ans, jusqu'à l'année 1000, lorsque le sultan égyptien, Khakem, qui possédait toute la Palestine s'imagina être un dieu et ordonna la destruction complète de toutes les églises chrétiennes, y compris celle de la Résurrection. L'année suivante, le sultan dément périt on ne sait comment, et les empereurs byzantins orthodoxes demandèrent à ses héritiers la permission de construire une église en Terre sainte. Ces constructions commencées par l'empereur Romain III furent terminées en 1048 par l'empereur Constantin Monomaque, et furent, en grandes lignes, la reproduction de ce qui avait été construit par saint Modeste, se composant des mêmes quatre églises. Ce sont justement ces églises qui ont été visitées 60 ans après leur construction et décrites en détails par le pèlerin russe, l'higoumène Daniel.

En 1099, Jérusalem fut prise par les croisés qui en expulsèrent le patriarche orthodoxe et remirent toutes les églises orthodoxes au clergé latin. Un demi-siècle après la prise de Jérusalem, ils transformèrent toute l'église de la Résurrection, réunirent les quatre églises jusque là séparées et les couvrirent d'un seul toit. En somme, elle resta jusqu'à ce jour dans l'état où l'avaient mise les croisés. Depuis l'époque des croisés, l'église existe depuis presque 800 ans; pendant cette longue période de l'histoire, elle a plusieurs fois été pillée; la ville a été reconstruite, en partie transformée, mais ses fondations n'ont plus jamais été détruites, et elle se maintient inébranlablement sur les mêmes lieux saints où se trouvait jadis la magnifique église de saint Constantin le Grand, église qui entourait les authentiques, les vrais, ne donnant lieu à aucun doute, Golgotha et saint Sépulcre qui étaient déjà l'objet de la plus grande vénération à l'aube de l'ère chrétienne.

 

Extrait de la revue "Le Pèlerin russe" de 1892


L'amour croît généralement avec la connaissance, et plus la profondeur et l'étendue de la connaissance sera grande, plus il y aura d'amour, plus facilement le coeur se soumettra et s'ouvrira à l'Amour de Dieu, en contemplant attentivement la plénitude et la beauté du monde et l'Amour infini de Dieu pour les hommes.

Dans "Le pèlerin russe"