Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 49

FEVRIER 1993

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

Editorial

Sur le jeûne
La prière pour les défunts
Les dimanches du triode et du Grand Carême
Sur la Tradition non-écrite
Économie, acribie et transgression
Iconographie byzantine (suite) : L'art des arts
Très sainte Orthodoxie (suite)
La confession (suite)

ÉDITORIAL

Telles les saisons qui se succèdent et reviennent chaque année et à travers la nature se féconde, naît, s'accroît et se fane, tels aussi les cycles de l'année de l'Église qui nous amène régulièrement les fêtes et les Carêmes. Combien des fidèles se sont purifiés et sanctifiés aux cours des siècles et tous sont arrivés un jour à la fin de leur vie, tandis que l'année liturgique reprend son tour. Pour combien ce Carême-ci sera le dernier ? Dieu seul le sait. Et si ce n'est pas le dernier pour nous, un jour pourtant notre dernier carême devient réalité aussi. C'est alors que nous regretterons l'effort manqué, la négligence, les excuses et les bonnes résolutions ratées. Personne n'est jamais tombé malade à cause du jeûne, des métanies, des longues prières, s'il les a fait avec discernement et dans l'obéissance. On s'est fatigué tout au plus... et alors ! Combien de fois on se fatigue pour des futilités et des choses qui n'ont qu'une importance passagère ? Tandis que l'effort pendant le Carême nous restera pour l'éternité. N'est-ce pas à notre peine que se montre l'amour pour notre Seigneur, comme son Amour pour nous ne consistait pas en paroles mais en donnant sa Vie pour nous.

Ci-après une homélie de saint Jean Chrysostome qui saura vous en parler et vous stimuler mieux que moi

Que Celui qui est notre récompense et notre force nous fait parcourir généreusement le stade du jeûne, non seulement celui du corps mais de toute notre être, et nous rende dignes de sa glorieuse Résurrection sur laquelle j'espère pouvoir publier un autre bulletin.

hm. Cassien

Je partage tout avec le Christ l'esprit et le corps,

les clous et la résurrection.
saint Grégoire de Naziance

SUR LE JEÛNE

Homélie de saint Jean Chrysostome

Que la réunion de ce jour est brillante! comme cette assemblée est supérieure en éclat aux assemblées ordinairess Quelle en est la cause ? C'est, je le vois, au jeûne qu'il faut l'attribuer; non à un jeûne actuel, mais au jeûne que nous attendons. C'est ce jeûne qui nous rassemble dans la maison paternelle, c'est lui qui ramène aujourd'hui entre les mains de leur mère les fidèles qui se sont montrés jusqu'ici trop négligents. Si la perspective de ce temps consacré a réveillé parmi nous tant de zèle, de quelle piété serons-nous animés, lorsqu'il sera vraiment arrivé! C'est ainsi qu'on voit une cité bannir toute torpeur et déployer la plus grande activité pour recevoir un prince redouté. Ne croyez pas cependant que vous deviez redouter ce jeûne qui va prochainement arriver; ce n'est pas à vous, mais aux démons qu'il est redoutable. Faites entrevoir à un lunatique la présence du jeûne, et la crainte dont il est saisi le rend aussi immobile que les rochers, et charge en quelques manière ses membres de chaînes. Cela se produit surtout lorsque le jeûne est suivi de sa soeur et de sa compagne, la prière; car, dit le Sauveur, "cette espèce de démons n'est chassé que par le jeûne et la prière.» (Mt 17, 20) Puisque le jeûne met ainsi en fuite les ennemis de notre salut, puisqu'il inspire tant de frayeur aux ennemis de notre repos, nous devons l'aimer, le chérir, et non le craindre: à craindre quelque chose, c'est la débauche et l'intempérance et non le jeûne qui doivent nous inspirer de la crainte. La débauche et l'intempérance nous livrent, sans défense, à la tyrannie des vices, et nous rendent esclaves de ces maîtres pervers. Le jeûne au contraire brise les fers de notre servitude, rompt les liens qui garrottent nos mains, nous affranchit de toute tyrannie, et nous remet en possession de notre antique liberté. S'il triomphe de nos ennemis, s'il nous arrache à l'esclavage, s'il nous rend à la liberté, quelle preuve réclamerez-vous encore de sa bienfaisance envers le genre humain? La plus grande preuve d'amour ne consiste-t-elle pas à nourrir les mêmes sentiments de haine et d'amitié ?

Voulez-vous connaître quelle gloire, quelle protection et quelle sécurite le jeûne procure aux hommes? Considérez l'heureuse et admirable vie des solitaires. Ces hommes qui, fuyant loin des bruits du siècle, sont allés s'établir sur le faîte même des montagnes et ont bâti leurs cellules dans le calme du désert, port à l'abri des orages; ces hommes, disje, ont fait du jeûne le compagnon inséparable de leur vie. Aussi les a-t-il transformés en anges, et les a-t-il conduits sur les hauteurs de la philosophie; prodiges qu'il n'opère pas moins chez les habitants des villes qui en embrassent la pratique. Moïse et Elie, ces prophètes sublimes de l'Ancien Testament, avaient bien des titres de gloire; ils jouissaient d'un grand crédit auprès du Seigneur: cependant lorsqu'ils voulaient l'aborder et s'entretenir avec Lui, comme il est possible à l'homme de le faire, ils avaient recours au jeûne, qui les conduisait en quelque sorte par la main jusqu'à Dieu. C'est pour cela que Dieu, après avoir au commencement créé l'homme, le mit aussitôt sous la loi du jeûne, comme entre les mains d'une tendre mère et d'un maître parfait. En effet, cette défense : "Vous mangerez du fruit de tous les arbres du paradis, mais vous ne mangerez pas du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal," ne prescrit-elle pas une sorte de jeûne ? (Gen 2,16-17) Si le jeûne a été jugé indispensable dans le paradis, il l'est encore plus hors du paradis; s'il était un remède utile avant toute blessure, il le sera plus maintenant que nous sommes blessés; s'il fournissait des armes redoutables, même avant que les passions révoltees nous eussent déclaré la guerre, son alliance nous est beaucoup plus nécessaire, maintenant que nous avons à subir les violents assauts des démons et des passions. Ah! si Adam eût prêté l'oreille à cette parole, il n'eût pas entendu celle-ci : "Tu es terre, et tu retourneras dans la terre." (Gen 3,19) Il enfreiglut le précepte divin; et dès ce moment, la mort, les soucis,les afflictions, les chagrins, une vie plus affreuse même que la mort, les épines, les ronces, les labeurs, les tribulations et les angoisses devinrent son partage.

Voilà comment Dieu châtie le mépris que l'on fait du jeûne: apprenez d'autre part comment Il récompense cette pratique. Le mépris du jeûne, Il l'a châtié en condamnant à la mort; le respect du jeûne, Il le récompense en rappelant à la vie. Pour vous en montrer la vertu, Il a permis que le jeûne obtînt à des criminels leur grâce, quand la sentence avait été prononcée, quand elle était sur le point d'être mise à exécution, et que l'on s'acheminait déjà vers le lieu du supplice. Et il ne s'agit pas seulement de deux, de trois ou de vingt individus, mais d'un peuple tout entier. Cette grande et belle ville de Ninive déjà ébranlée dans ses fondements, déjà penchée sur l'abîme, déjà près de recevoir le coup fatal, le jeûne, semblable à un ange descendu du ciel, l'a arrachée des portes de la mort et l'a ramenée à la vie. Écoutons, si vous le voulez bien, l'historien sacré.

"La voix du Seigneur se fit entendre à Jonas et lui dit : 'Lève-toi et va dans la grande ville de Ninive.'» (Jon 1,2) Dieu parle au prophète de la grandeur de cette ville pour mieux le persuader; car Il prévoyait sa fuite prochaine. Mais écoutons ce qu'il doit annoncer. "Encore trois jours, et Ninive sera détruite." (Jon 3,4) Pourquoi, Seigneur, prédire les maux que tu devais accomplir? Pour ne pas réaliser mes menaces! - Il nous menace de l'enfer, mais pour nous préserver de l'enfer. Soyez pénétrés de crainte par mes paroles, si vous voulez n'être pas victimes des évènements. Mais pourquoi assigner un terme si proche? - Pour vous faire connaître la vertu de ces barbares, je veux dire des Ninivites, à qui il a suffi trois jours pour dissiper le courroux que leurs péchés leur avaient attiré; pour vous faire admirer la bonté de Dieu, qui se contente de trois jours de pénitence en expiation de tant de crimes; pour que vous ne vous abandonniez jamais au désespoir, alors même que vos péchés seraient innombrables. Au reste, de même que l'âme lâche et négligente, quelque temps qu'elle assigne à la pénitence, n'aboutit à aucun résultat important, et ne parvient pas, à cause de sa lâcheté, à fléchir le Seigneur, de même, l'âme pleine de résolution et d'énergie, par l'ardeur de sa pénitence, pourra expier en quelques instants les fautes de nombreuses années. Est-ce que Pierre ne renia pas trois fois son Maître ? Est-ce que, la troisième fois, il n'y ajouta pas un jurement? Est-ce qu'il ne faiblit pas devant la parole d'une vile servante ? Et bien, aura-t-il eu besoin de plusieurs années pour obtenir le pardon de son crime ? Point du tout: la même nuit le vit tomber et se relever, recevoir la blessure et en guérit, atteint par la maladie et rendu à la santé. Et comment cela s'accomplit-il? par ses pleurs et par ses gémissements; non par des pleurs ordinaires, mais par des pleurs que lui arrachait la vivacité de ses regrets. Aussi l'évangéliste ne se bornet-il pas à dire qu'il pleura; il ajoute qu'il pleura amèrement. (Mt 26,75) Exprimer l'abondance de ses larmes est au-dessus de la parole humaine: l'issue de l'événement l'a fait seule comprendre. En effet, après cette épouvantable chute, car aucune faute n'est comparable à l'apostasie; après cette faute si grave, l'apôtre recouvra sa dignité première, et fut chargé du gouvernement de l'Église universelle: et, chose encore plus admirable, il témoigne envers son divin Maître un amour supérieur à celui de tous les autres apôtres. "Pierre, lui avait dit le Sauveur, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?" (Jn 21,15) Or nulle question n'était plus propre à mettre en évidence le degré de sa vertu.

Vous seriez peut-être tentés de dire que Dieu a eu raison de pardonner aux Ninivites en considération de leur barbarie et de leur ignorance, et vous rappelleriez ce mot de l'évangéliste: "Le serviteur qui ne connaît pas la volonté de son maître et qui ne l'accomplit pas, sera légèrement châtié." (Luc 12,48) Pour vous convaincre du contraire, le Seigneur vous offre l'exemple de Pierre, serviteur qui certes connaissait bien la volonté de son Maître. Regardez à quel degré de confiance néanmoins il remonte, quoique s'étant rendu coupable d'un si grave péché. Quels que soient donc vos péchés, ne perdez jamais courage. Ce qu'il a de plus à craindre que le péché, c'est de rester dans le péché; ce qu'il y a de plus dangereux dans une chute, c'est de ne pas se relever de sa chute. Voilà ce qui arrachait à Paul des gémissements et des larmes, et ce qu'il jugeait digne d'être déploré. "Je crains, disait-il, que, à mon retour parmi vous, Dieu ne m'humilie, et que je n'aie à pleurer, non seulement sur ceux qui ont péché, mais encore sur ceux qui n'ont pas fait pénitence des impudicités, des impuretés et des fornications qu'ils ont commises." (II Cor 21,21) Or quel temps plus propre à la pénitence que le temps consacré au jeûne ?

Mais revenons à notre histoire. "Ayant entendu ces paroles, le prophète descendit à Joppé pour s'enfuir vers Tharsis, loin de la face du Seigneur. (Jon 1,3) O homme, où fuis-tu? n'as-tu pas oui ces accents du psalmiste : "Où iraide loin de ton Esprit ? Où fuiraide loin de ta Face ?» (ps 88,7) Sur la terre ? mais "la terre appartient au Seigneur avec tout ce qu'elle renferme». (ps 23,1) Dans l'enfer ? mais asi je descends dans les enfers, Tu y es présent." (ps 88,8) Dans le ciel ? Mais "si je monte vers les cieux, je T'y trouve encore." (ibid 7) Sur la mer ? "Là aussi ce sera ta droite qui me soutiendra." (ibid 10) C'est ce que Jonas apprit par sa propre expérience. telle est, en effet, la nature de la faute, qu'elle jette notre âme dans une ignorance profonde. De même que les personnes tourmentées par l'ivresse ou par une pesanteur de tête marchent au hasard, sauf à se précipiter inconsidérément dans l'abîme ou dans le précipice qui se présenteraient sous leurs pas, ainsi lorsque nous sommes entraînés par le péché, enivrés en quelque sorte par nos coupables désirs, nous ne savons ce que nous faisons; le présent et l'avenir également nous échappent. Vous fuyez le Seigneur, n'est-ce pas ? Eh bien, attendez un peu, et les évènements vous apprendront que vous ne sauriez même vous dérober à la mer, qui n'est que son esclave.

A peine Jonas était-il monte sur le vaisseau, que la mer soulève ses flots et amoncelle ses vagues. semblable à une esclave fidèle qui, surprenant un de ses compagnons d'esclavage en fuite, après avoir enlevé une partie des biens de son maître, ne se lasse pas de le poursuivre et d'inquiéter ceux qui seraient tentés de l'accueillir jusqu'à ce qu'elle s'en soit emparée et qu'elle l'ait ramené à son maître, la mer surprenant et reconnaissant ce fugitif, suscite mille difficultes aux matelots, gronde, mugit, et les menace, non de les traduire en jugement, mais de les engloutir avec les navires s'ils ne lui livrent l'esclave de son maître. Que firent les matelots en cette occurence ? aIls jetèrent à la mer la cargaison du vaisseau; mais il n'en était pas plus soulagé.» (Jon 1,5) Le fardeau véritable restait encore tout entier. Jonas lui-même qui accablait le bâtiment, non du poids de son corps, mais du poids de son péché; car il n'est rien de si lourd et de si pesant que le péché et la désobéissance. A cause de cela Zacharie les compare à du plomb; (Za 35,7) et David s'écrie à ce même propos : "Mes iniquités se sont élevées audessus de ma tête, et elles se sont appesanties sur moi comme un fardeau insupportable.» (Ps 37,5) Le Christ disait aussi aux hommes qui vivaient au sein du péché: aVenez à Moi, vous tous qui êtes fatiqués et qui succombez sous le faix, et je vous soulagerai." (Mt 11,28) C'était donc le péché qui surchargeait la nef et qui la menaçait d'une ruine totale. Quant à Jonas, il était enseveli dans le sommeil: non dans le sommeil d'une paix délicieuse, mais dans le sommeil pesant du chagrin; non dans le sommeil du repos, mais dans celui de l'abattement. Les serviteurs bien nés comprennent vite leurs fautes. Ainsi en fut-il du prophète: à peine eut-il commis sa désobéissance qu'il en comprit la gravité. Telle est la condition du péché: dès qu'il paraît un jour, il déchire l'âme à laquelle il doit l'existence, tout au contraire de ce qui arrive en vertu des lois naturelles à notre naissance. Tandis que notre naissance met un terme aux douleurs de nos mères, la naissance du péché inaugure les souffrances qui déchirent l'âme dans laquelle il a pris son origine.

Cependant le pilote s'approcha de Jonas et lui dit : "Lève-toi et invoque ton Seigneur et ton Dieu.» (Jon 1,6) Son expérience lui indiquait que ce n'était pas là une tempête ordinaire, mais un fléau envoyé du ciel, que les efforts des nautoniers seraient inutiles et que les ressources de son art ne conjureraient pas la violence des flots. Il fallait en ce moment la main d'un pilote plus puissant, de celui qui gouverne le monde entier; il fallait le secours et le protection d'en haut. C'est pourquoi les matelots abandonnant les rames, les voiles et cordages, au lieu d'occuper leurs bras à la manoeuvre, les élevaient vers les cieux en implorant le Seigneur. La tempête persistant avec toute sa fureur, on consulta le sort, et le sort enfin trahit le coupable. Néanmoins, on ne le précipita pas sur-le-champ dans les flots. Transformant le navire en tribunal, au milieu de ce fracas et de ce bouleversement horrible, comme si l'on eût joui d'un calme parfait, on permit au criminel de prendre la parole et de se défendre. L'instruction fut ouverte avec autant de soin que s'il eût fallu rendre un compte rigoureux de la sentence qu'elle devait amener. Prêtons l'oreille à ces questions aussi détaillées que celles de la justice. Quelle est votre condition? demande-t-on à Jonas. D'où viens-tu ? Où vas-tu ? En quelle contrée es-tu né ? A quel peuple appartiens-tu ? Quoique la mer l'accusât de sa voix tonnante, quoique le sort l'eût désigné, malgré les mugissements accusateurs de l'une, et le témoignage formel de l'autre, on ne prononce pas encore d'arrêt. De même que, dans une cause régulière, après avoir entendu l'accusation, après que les témoins ont parlé, après que les preuves et les indices de la culpabilité ont été produits, les juges attendent cependant pour porter leur sentence que l'accusé ait confessé son crime, de même, ces matelots, ces hommes ignorants et barbares, observent cette marche de la justice; et cela, en face du plus terrible danger, au milieu d'une tourmente affreuse, au milieu de vagues courroucées, quand la mer leur permet à peine de respirer, tant elle est furieuse et agitée, tant les bruits qui s'élèvent de son sein paraissent effrayants ! Pourquoi, mes bien-aimés, une disposition aussi favorable envers le prophète? C'était Dieu qui le permettait ainsi, et en le permettant, Il enseignait à son envoyé la douceur et la mansuétude; aImite la conduite de ces matelots, semblait-Il lui crier. Tout ignorants qu'ils sont, une âme n'est pas à leurs yeux un objet de mépris, et ils hésitent à sacrifier ta seule vie. Toi, au contraire, tu as exposé autant que tu le pouvais le salut d'une ville entière et de ses innombrables habitants. Quoiqu'ils connaissent la cause de leurs maux, tes compagnons de voyage ne se hâtent pas de te sacrifier, et toi, qui n'as rien eu à souffrir des Ninivites, tu les précipites dans la ruine et la désolation. Quand je t'ai ordonné de les ramener par ta prédication dans la voie du salut, tu n'as pas voulu m'obéir. Sans en avoir reçu l'ordre de personne, ceux-ci ne négligent aucun moyen pour te dérober au châtiment que tu as mérité.» En effet, la voix accusatrice de la mer, la décision du sort, les propres aveux du fugitif ne précipitèrent pas sa mort: les matelots faisaient, au contraire, tout ce qui était en leur pouvoir pour ne pas l'abandonner, même après une faute aussi éclatante, à la violence des flots. Mais ceux-ci, ou plutôt le Seigneur ne le permit pas, afin que le monstre marin achevât l'oeuvre des matelots, et ramenât le prophète à de plus sages pensées. Jonas avait dit à ses compagnons: "prenez-moi, et jetez-moi dans la mer." (Jon 1,12) Et ces derniers voulurent regagner le rivage, mais la tempéte l'emporta sur leurs efforts.

Après avoir assisté à la fuite de Jonas, écoutez les aveux qu'il laisse échapper du sein du monstre qui l'a recueilli, car si cette punition est la punition de l'homme, ces accents sont les accents du prophète. Dès qu'il eut été jeté à la mer, celle-ci le renferma dans le ventre d'un monstre comme dans une prison, et conserva sain et sauf ce fugitif pour le ramener à son maître. Il n'eut à souffrir ni de la furie des flots qui se refermèrent sur lui, ni des étreintes du monstre encore plus redoutable qui le reçut dans cette obeissance de la mer et du monstre à une loi contraire aux lois de leur nature. Arrivé dans cette ville, il proclama aussitôt la sentence, comme s'il eût donné connaissance d'une lettre royale où il se fût agi d'un châtiment. Encore trois jours, criait-il, et Ninive sera détruite. (Jon 3,4) A ce cri, loin d'y répondre par l'incrédulité ou par l'insouciance, les Ninivites se précipitérent tous vers le jeûne; les hommes aussi bien que les femmes, les esclaves aussi bien que leurs maîtres, les princes aussi bien que les sujets, les jeunes gens aussi bien que les vieillards et les enfants. Les animaux dépourvus de raison y furent même soumis. Partout le sac, partout la cendre, partout les gémissements et les larmes. Celui-là même dont le front était ceint du diadème descendit les degrés de son trône, se revêtit d'un sac, se couvrit de cendre, et arracha la ville au péril qui la menaçait. Spectacle inouï, le sac succédant à la pourpre; ce que la pourpre ne pouvait faire, le sac le faisait; ce que le diadème ne pouvait accomplir, la cendre l'accomplissait.

Voyez-vous si j'avais raison de vous dire que nous n'avions point à craindre le jeûne, mais l'intempérance et la débauche? Ce sont l'intempérance et la débauche qui ébranlèrent Ninive jusque dans ses fondements, et qui la mirent sur le penchant de sa chute. Grâce au jeûne, Daniel enfermé dans la fosse aux lions, resta sain et sauf au milieu de ces animaux comme il fût resté au milieu d'innocentes brebis. Bouillonnant de colère, la prunelle ensanglantée, ils n'osaient s'approcher de la table dressée devant eux; et, quoiqu'ils sentissent le double aiguillon de leur férocité native, plus terrible que la férocité des autres animaux, et de la faim qu'ils enduraient depuis sept jours, ils respectérent cette proie, comme de toucher aux entrailles du prophète. Grâce au jeûne, les trois enfants qui avaient été jetés dans la fournaise de Babylone en sortirent le corps plus éclatant que les flammes dans lesquelles ils étaient longtemps restés. Mais si le feu de cette fournaise était un feu véritable, d'où vient qu'il ne produisit pas les effets du feu? Si le corps de ces enfants était un corps réel, d'où vient qu'il n'éprouvait pas ce que les corps éprouvent en pareil cas ? Demandez-le au jeûne, et il vous répondra, et il vous résoudra cette énigme; car c'est vraiment une énigme que ce prodige d'un corps livré aux flammes et en sortant néanmoins victorieux. Voyez-vous cette lutte merveilleuse. Voyez-vous cette vietoire plus merveilleuse encore ? Soyez donc remplis d'admiration pour le jeune, et recevez-le à bras ouverts. Puisqu'il paralyse les ardeurs d'une fournaise, qu'il garantit de la cruauté des lions, qu'il chasse les démons, qu'il obtient la révocation des sentences divines, qu'il apaise la furie des passions, qu'il nous conduit à la liberté, qu'il ramène le calme dans nos pensées, ne ferions-nous pas un acte de la dernière folie, si nous redoutions et si nous repoussions une pratique à laquelle tant de biens sont attachés ? - Mais il brise et affaiblit notre corps, m'objectera-t-on. - Eh bien, plus l'homme extérieur s'affaiblira en nous, plus l'homme intérieur de jour en jour se renouvellera. Du reste, examinez sérieusement la chose, et vous trouverez que le jeune est un principe de santé. Si vous refusez d'ajouter foi à ma parole, consultez les médecins, et ils vous affirmeront cette vérité de la manière la plus formelle. Ils appellent l'abstinence la mère de la santé; ils regardent la goutte, les pesanteurs, les tumeurs, et une infinité d'autres maladies, comme la conséquence de la mollesse et de l'intempérance; véritable ruisseaux empoisonnés provenant d'une source empoisonnée, et qui nuisent également et à la santé du corps et à la vertu de l'âme.

Pourquoi donc serions-nous effrayés du jeûne, s'il nous préserve de tant de maux ? Ce n'est pas sans motifs que j'insiste sur ce point. Je vois des hommes aussi rebutés et effrayés par l'approche du jeûne, que s'ils étaient sur le point de s'unir à une femme d'un caractère insupportable; je vois des hommes se perdre dans l'intempérance et dans l'ivresse; et c'est pour cela que je vous exhorte à ne pas sacrifier à de semblables excès les avantages de ce genre de pénitence. Lorsqu'on se dispose à prendre quelque potion amère pour dissiper la répugnance qu'inspire à l'estomac la nourriture, si l'on commence par manger abondamment, on aura toute l'amertume de la médecine sans en éprouver l'efficacité du remède. Aussi les médecins nous ordonnent-ils en pareil cas de nous coucher sans prendre quoi que ce soit, afin que la médecine puisse agir énergiquement sur les humeurs mauvaises. Il en est de même du jeûne: Si vous vous plongez aujourd'hui dans l'ivresse, et que demain vous preniez ce remède, il sera pour vous vain et inutile; vous aurez enduré la privation qu'il entraîne, et vous ne revueillerez pas les avantages dont il est la source: toute sa vertu échouera contre le mal que vous auront causé vos excès de la veille. Mais si vous avez soin de diminuer le poids du corps, et d'user de ce remède après vous y être préparé par la sobriété, il vous sera facile de vous purifier d'une grande partie de vos fautes passées. En conséquence, prenons bien garde, et de tomber du jeûne dans l'intempérance: celui qui veut user trop vite des forces de son corps malade et à peine convalescent, n'en fera qu'une chute plus prompte. Tel est le sort de notre âme, lorsqu'au commencement et à la fin du temps consacré au jeûne, nous obscurcissons des nuages de l'intempérance les réformes opérées par l'abstinence en nos âmes. De même que les individus qui doivent combattre les bêtes féroces, n'abordent le combat qu'après avoir couvert d'armes défensives les principales parties de leur corps, de même, bien des hommes aujourd'hui se préparent aux combats du jeûne par les excès de la table; ils se gorgent de viandes, ils s'environnent de ténèbres, et c'est avec de telles folies qu'ils accueillent l'arrivée de ce temps de calme et de paix. Quel que soit celui à qui je demanderai : "Pourquoi t'empresses-tu d'aller aux bains ?» il me répondra : "Pour purifier mon corps, et commencer ensuite le jeûne." Si je vous demande également: aPourquoi vous enivrez-vous?" vous me répondez de nouveau: aParce que je dois commencer le jeûne.» Mais n'est-il pas absurde d'accueillir ce saint temps à la fois et avec un corps pur et avec une âme abrutie et souillée ?

Nous aurions bien des choses à ajouter; ce que nous avons dit suffira pour éclairer la bonne volonté des fidèles. Aussi bien est-il nécessaire de terminer, car il nous tarde d'ouur la voix de notre père. Pour nous, quand nous prenons la parole à l'ombre de ce sanctuaire, nous ressemblons à de jeunes bergers jouant d'un léger chalumeau sous les ombrages du hêtre et du chêne. Mais, pareil à un artiste divin qui tire de sa harpe d'or des accents dont l'harmonie ravit l'assemblée entière, notre père, par l'harmonie, non de ses accents, mais de ses paroles et de ses oeuvres, enchante nos âmes. Tels sont les docteurs que recherche le Christ : "Celui qui parlera et qui enseignera de la sorte, disait-Il, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux." (Mt 5, 19) Tel est celui dont nous parlons; aussi est-il grand dans le royaume des cieux. Puissions-nous tous, avec le secours de ses prières et de celles de tous nos supérieurs, l'obtenir ce royaume, par la grâce et l'amour de notre Seigneur Jésus Christ, avec lequel la gloire apparient au Père dans l'unité du saint Esprit, maintenant, et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.


Ouvre l'Écriture, peu importe la page - elle chante l'amour.
saint Augustin d'Hippone

LA PRIÈRE POUR LES DÉFUNTS

 

L'Église a reçu des saints apôtres la coutume de prier pour les défunts, le 3e, le De et le 40e jour après leur décès. (Const. apostoliques 8,42) En outre, chaque samedi est consacré à la mémoire des saints et des défunts, l'Église rendant grâces à Dieu pour les saints et le suppliant en faveur des défunts.

Mais quatre fois l'année, le samedi qui précède le dimanche du carnaval, de même que celui qui précède le dimanche du Laitage, également le premier samedi du Grand Carême et le samedi qui précède le dimanche de la Pentecôte, les saints Pères ont ordonné de célèbrer solennellement la mémoire des défunts.

Pourquoi le samedi et non pas comme en Occident n'importe quel jour tombant le 2 Novembre ? C'est parce que le samedi, ou sabbat en hébreu, est le jour du repos par excellence. Or nous confessons que les défunts attendent dans le repos le jour de la juste rétribution. Le Christ s'est reposé de toutes ses oeuvres dans le sépulcre le jour de sabbat et c'est ce jour qu'annoncait l'Écriture en disant que le Seigneur s'est reposé le septième jour, dimanche, étant consacré au retour du Christ et au Jugement dernier, notre sainte Église supplie Dieu en ce jour de samedi, pour tous les défunts et surtout pour ceux qui nombreux, sont morts en mer, dans les terres lointaines, ont péri dans les cataclysmes, dans les carvernes et les antres de la terre et n'ont pas eu de service de funérailles. Tous les défunts attendent dans le repos provisoire ale jour fixé où Dieu jugera le monde selon la justice, par l'homme qu'il a désigné, ce dont Il a donné à tous une preuve certaine en le réssuscitant des morts". (Ac 17,31) Il y a encore une raison: la mémoire de tous les défunts, rappelle en ce temps de Carême que la mort est commune à tous les hommes. C'est comme un appel à la pénitence, car comme le dit l'apôtre Pierre dans sa seconde épître: "Le Seigneur sait délivrer de l'épreuve les hommes pieux et réserver les méchants pour être punis au jour du Jugement . . . "

 

Ô Toi seul artisan, qui dans ta profonde Sagesse et ton Amour de l'homme, disposes de toutes choses, fais reposer les âmes de tes serviteurs, car en Toi ils ont mis leur espérance. Toi l'auteur, le Seigneur, le Créateur, notre Dieu.

Tropaire des défunts
LES DIMANCHES DU TRIODE ET DU GRAND CARÊME

Les quatre dimanches qui précèdent le Carême, - qui tombent dans la période du Triode, d'où son nom -, de même que les dimanches du grand Carême, ont chacun une signification particulière qui concerne des aspects importants de l'Église. D'une manière simple je décrirai chaque dimanche et sa signification.

Les dimanches du Triode sont axés sur la pénitence, le repentir, le Jugement dernier et l'expulsion du paradis :

Le premier dimanche qui s'appelle Dimanche du Publicain et du Pharisien, nous apprend dans quel attitude le repentir doit se faire. Nous voyons le Pharisien se glorifier de ses oeuvres de justice et Dieu le rejette à cause de son orgueil. Le Publicain, lui, avec un coeur contrit implore humblement le Seigneur et Celui-ci le justifie malgré ses péchés. Voici un chant de l'office qui illustre ce que je viens de dire:

Frères, ne prions pas comme le pharisien. Car celui qui s'élève lui- même sera abaissé. Abaissons-nous devant Dieu, en implorant par le jeûne comme le douanier. Dieu Tu pardonneras nos fautes.

Samedi soir (Vêpres)

Le deuxième dimanche du Triode est celui du Fils prodigue. Le fils prodigue est chacun de nous. Tous nous sommes pécheurs et la pénitence nous attend. Après une vie dissipée dans le péché, retournons vers le Père de miséricordes.

"J'ai dispersé dans le mal la richesse divine que Tu m'avais donnée et je suis allé loin de Toi vivre dans la dissipation. Père miséricordieux, je reviens vers Toi. Tu me recevras", chantons-nous au canon des Matines du même dimanche.

Le Triode clos avec la semaine qui suit le dimanche du Jugement dernier (dimanche du carnaval), - image de notre vie qui nous amène à ce jour redoutable. Dieu est un Père plein de miséricorde et Il est également un juste Juge. Nier un de ces deux aspects équivaut à ignorer l'Écriture sainte et nos hymnes sacrées qui chantent ce dimanche-là:

Quand je considère l'heure du Jugement et du terrible avènement du Maître qui aime l'homme, je tremble et j'appelle, très juste Juge. Tu recevras mon repentir, par l'intercession de la Mère de Dieu.

Enfin le dernier dimanche avant le Carême, le dimanche du laitage, traite de l'expulsion du paradis. En rompant le jeûne (Tu ne mangeras pas du fruit de cet arbre), ce qui avait pour suite l'expulsion, il nous reste une seconde chance par le jeûne du Carême.

Les dimanches du Carême ont pour sujet des thèmes fondamentaux de l'Église.

Le premier dimanche, celui du Triomphe de l'Orthodoxie et du rétablissement des saintes icônes, célèbre la victoire de la vrai foi, en parole et en image sur les hérésies. Pourquoi ce dimanche figure au début du Carême et non à la fin ? Puisque la saine doctrine est la base de toute vie spirituelle authentique.

Le second dimanche est celui de saint Grégoire Palamas. Saint Grégoire a parfaitement défini, comme porte-parole des hésychiastes et de toute l'Orthodoxie, l'expérience de la vie spirituelle sans laquelle la doctrine resterait morte. La nature divine est inconnaissable, mais nous communions à ses énergies qui ne sont pas crées mais sont des manifestations de Dieu, dit-il en substance.

Le troisième dimanche est celui de la vénération de la sainte Croix qui est au centre du Carême de même que le mystère de la Croix est au contre de notre foi et autour duquel gravit l'économie du salut.

À saint Jean Climaque est dédié le quatrième dimanche. Saint Jean est pris comme modèle du maître de la vie spirituelle. C'est lui qui par ses écrits nous enseigne comment arriver à l'expérience de Dieu. Si saint Grégoire décrit le but, saint Jean indique le chemin.

Le cinquième et dernier dimanche commémore sainte Marie l'Égyptienne. C'est elle qui par sa vie montre la réalisation de ce que les maîtres enseignent. La vie et l'exemple emportent sur la parole. C'est pour cela qu'elle est mise en dernier pour achever le cycle.

Le Carême finalement débouche sur la passion et la résurrection du Christ sans laquelle toute notre vie spirituelle serait un impasse. Ce que nous vivons liturgiquement lors du Carême est l'image de notre vie de chaque jour. L'une nourrit et compénètre l'autre.

Voici donc en résumé la signification de ces dimanches dont chacun mériterait un traité à part.

hm Cassien


Quand Israël conquit la terre promise, le Seigneur la prévenait en face de ses ennemis : "Le Seigneur ton Dieu consumera ces nations devant ta face, peu à peu; tu ne pourras pas les anéantir rapidement, afin que la terre ne soit pas un désert et que les bêtes sauvages ne se multiplient contre toi." (Dt 7,22) Interprété spirituellement, métaphoriquement, ce passage se rapporte à nos ennemis invisibles: nos passions et ceux qui nous incitent au péché. Ni hâte, ni impatience, mais patiemment il faut attendre que la volonté du Seigneur s'accomplit sur nous. "Patiemment je patientais le Seigneur," (Ps 39,2) dit le psalmiste en employant un tour intensif, afin de souligner avec quelle patience il faut patienter.
hm. Cassien

SUR LA TRADITION NON-ÉCRITE

de st. Nicéphore le Confesseur (Discours contre les iconoclastes)

La Tradition non-écrite est ce qu'il y a de plus solide. Elle est comme la base et le fondement de tous les usages de la vie qui constituent à la longue l'habitude invétére. Cette habitude, renforcée par la longeur des temps, prend valeur de nature, et qu'y a-t-il de plus solide que la nature ? S'il faut illustrer ce propos d'une raison supplémentaire, nous voyons bien que l'Évangile lui-même fut transmis de façon non écrite. En effet le Seigneur notre Dieu, en proclamant son message pour notre salut, n'a pas promulgué par écrit ses admirables et divines lois, comme nous le savons tous, Il n'a pas davantage inscrit son enseignement sublime et salvateur dans l'encre et le parchemin, non plus qu'Il ne l'imprima sur des tables de pierre, comme fut gravée l'ancienne loi mosaique, mais son message Il l'a déposé dans les âmes, Il en a gravé et tracé les signes dans l'esplit et non dans la lettre. Cela avait été annoncé jadis par les saints prophètes: "Posant la loi dans leur intelligence, je la graverai sur leur coeur." (Jr 31,33) Nous avons su que tout ceci fut accompli par le Christ qui est la Vérité même et ce n'est que plus tard que ce fut imprimé dans l'inscription. Témoin incorruptible, Luc, s'ils en acceptent la Tradition jete pour ainsi dire les fondations de son Évangile sacré en écrivant ceci: "Puisque nombreux sont ceux qui ont entrepris de faire le récit de toutes ces choses dont nous avons la certitude, comme nous les ont transmises ceux qui furent dès l'origine, les spectateurs et les serviteurs de la prédication ..." (Luc 1,1,2) Par ailleurs, on peut constater que s'accomplit dans les assemblées sacrées, selon la divine Liturgie, comme en d'autres occasions, un grand nombre de rites qui nous ont été transmis et font autorité de façon non écrite. C'est aussi le cas dans la plupart des chants divins eux-mêmes. D'où vient la prosternation devant les objets sacrés et devant le bois vivifiant lui-méme ? D'où vient que la Pâque salvatrice est célèbrée d'un même accord le méme jour par tous les Chrétiens alors que dans les temps plus reculés, les choses ne se passaient pas ainsi ? Quelle Écriture a transmis la confession unanime et régulière du symbole sacré de la foi, si ce n'est après son introduction de façon non écrite ? Que dire des expiations, des jeûnes, de tous ce qu'on voit faire dans les vigiles, les lendemains et le jour-même des fêtes, que dire de la façon de célébrer les saints mystères, en particulier la communion et le baptéme salutaire, de certaines autres pratiques que l'harmonieuse organisation de l'ordre sacré met sous nos yeux ? Passons pour l'instant sur les supplications et les processions dans des lieux précis ou méme ailleurs ... Voilà autant d'usages que nous avons reçus d'en haut et qui nous sont parvenus par la Tradition non-écrite et coutumière; nous les embrassons et nous les conservons non moins que les lois qui nous ont été imposées par les Écritures. L'une et l'autre Tradition tirent pour nous leur certitude de l'enseignement apostolique.

Mais nous voyons que même les lois qui sont consignées par écrit ne sont pas respectées quand la tradition et l'habitude s'en écartent et prennent le dessus. En effet en toutes choses l'habitude donne autorité et les actes l'emportent sur les paroles. A vrai dire, qu'est-ce qu'une loi sinon une habitude consignée dans l'écrit? Inversement,l'habitude est une loi non-écrite. Il est encore plus aisé de le constater dans le monde profane. En effet chez les grammairiens, si d'aventure il leur arrivait de constater sur un mot, dans un écrit, un écart par rapport à la règle qui prévalait et de voir l'habitude décider autrement de l'écrit, ils allègaient la tradition, arguant qu'elle est la règle de la règle. Qu'objectent-ils donc à celui qui a dit : "Moi j'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmise.» (1 Co 11,23) Comment ne conspueraient-ils pas celui qui écrivait aux uns, parmi ceux qu'il instruisait de l'Évangile, c'est-àdire aux Corinthiens : "Je vous loue mes frères, parce que vous vous souvenez complètement de moi, et comme je vous les ai transmises, gardez les Traditions" (1 Co 11,2), aux autres ensuite, aux Thessaloniciens: "C'est pourquoi mes frères, tenez bon et conservez les Traditions qui vous ont été enseignées soit par paroles, soit par lettres»(2 Th 2,15). Il peut expliquer encore plus clairement la chose, le Hiéromyste de la capitale, lumière de l'univers entre toutes éclatante, je veux nommer le grand Jean, que dit-il? Que les apôtres n'ont pas transmis tout le message évangélique par lettre, mais qu'ils l'ont fait aussi par la voie non écrite. (Jean Chrysostome, Epître II aux Thess.) Et de la méme façon, l'un et l'autre message sont digne de foi. Si bien que, dit-il, nous considérons la Tradition de l'Église comme digne de notre foi. Est-ce la Tradition. Ne cherchez pas davantage. Ce sont encore les mêmes choses que celles que le divin Basile écrivait à saint Amphiloque lorsqu'il lui dit : "Parmi les doctrines et les enseignements conservés dans l'Église, nous tenons les uns de l'enseignement écrit, et les autres nous les avons l eçus secrètement de la Tradition qui remonte aux apôtres. Les unes et les autres ont la même force sous le rapport de la vraie piété. Personne ne dira, s'il a tant soit peu l'expérience des règles de l'Église. En effet, si nous essayions d'écarter les usages non écrits, sous prétexte qu'ils n'ont pas grande force, nous porterions atteinte à notre insu à la substance même de l'Évangile. Bien plus, nous transformerions l'enseignement en un simple mot.»

Le lecteur peut clairement voir de quoi il s'agit. De la même façon, le divin Epiphane, dans son exposé sur les offrandes faites pour les défunts, dit ceci : C'est une nécessité pour l'Église d'accomplir cela, puisqu'elle en a reçu la Tradition des Pères; qui pourrait dissoudre les règles de la mère ou la loi du père ? Comme il est dit chez Salomon: 'Écoute mon fils les paroles de ton père et n'abolis pas les instructions de ta mère.' Ainsi a-t-il montré que le père, c'est-à-dire Dieu, le Fils unique et le saint Esprit, a enseigné la Loi écrite aussi bien que non-écrite. Notre mère l'Église porte en elle des règles qui ne pourraient être abolies.

L'âme qui a trouvé Dieu a désormais un regard pur.

saint Macaire le Grand
ÉCONOMIE, ACRIBIE ET TRANSGRESSION

L'Église emploie l'économie et l'acribie, mais rejette la transgression. Que signifient ces termes, quand et comment leur réalité s'actualise  ?

L'économie, c'est le ménagement des moyens en vue d'un but précis, c'est-à-dire on fait certaines concessions pour arriver au terme visé, à cause de ciroonstances particulières. Prenons une image: le navigateur jette pendant la tempéte de la calgaison dans la mer afin de sauver sa vie et s'il peut le navire. I1 préfere sacrifier ce qui ne lui est pas indispensable et secondaire pour sauver ce qui lui est important. De même l'Église use de l'économie afin de sauver les âmes, quand bien sûr une situation exceptionnelle le demande. L'économie cependant ne peut être faite qu'avec les moyens et non avec le but. En matière de foi, il n'y a pas d'économie, selon saint Marc d'Ephèse, car là il s'agit de la vie de Dieu en nous, de la vérité. I1 ne peut y avoir d'économie que dans les relations humaines, dans l'application des canons, dans les usages etc. Mais encore une fois, l'économie suppose un contexte en dehors du normal comme par exemple une maladie, l'agonie, un voyage, la guerre ou autre. C'est là que l'Église intervient avec économie.

L'acribie, un terme grec,signifie l'exactitude, la rigueur. (Je prends ce mot car il est entré dans le vocabulaire orthodoxe francophone.) L'acribie est toujours bien placée dans un cas normal où tous les moyens sont disponibles.

Enfin, la transgression, étrangère à l'Église, mais familière aux gens du dehors qui s'en servent pour soutenir leurs fausses croyances et camoufler leurs actions répréhensibles, est toujours négative et n'a rien à faire avec l'économie, même si elle porte l'étiquette. Quand il est possible de faire les choses de l'Église correctement et on ne le fait pas, alors il s'agit de transgression. Quand par exemple le divin Chrysostome lors de son exil au Caucase, sacra tout seul un autre évêque (ce qui est interdit par les canons) il employa l'économie afin de sauver ces âmes nouvellement converties. Mais quand un évêque sacre tout seul un autre évêque, ayant pourtant la possibilité de se faire assister par un second évêque orthodoxe alors il transgresse les canons et le sacre est invalide d'après les mêmes canons.

Que Dieu nous sauve aussi par économie, car s'Il applique la rigueur nul ne sera sauvé. "Si Tu tiens compte des iniquités Seigneur, Seigneur qui pourra subsister, mais près de Toi se trouve le pardon", dit le psalmiste.

hm. Cassien

Ceux qui vivent dans l'orgueil et la désobéissance falsifient les définitions de ce qui est juste, abritrent à tort et à travers au sujet des règles de l'Église.

saint Nicéphore le Confesseur
ICONOGRAPHIE BYZANTINE

(suite)

L'art des arts

Tel le Cantique des cantiques qui est le cantique par excellence, - d'où son nom -, l'iconographie byzantine est l'art des arts, comme d'ailleurs l'Écriture sainte, la Bible est le livre, l'écrit au-dessus de tout autre.

Je pourrais me contenter de cette affirmation, - qui pour les orthodoxes est un axiome -, mais je m'explique afin d'être, si ce n'est approuvé, au moins compris.

L'iconographie est l'art qui exprime et saisit la réalité dans toutes ses dimensions : terrestre et spirituelle, temporelle et éternelle, humaine et divine pour n'énumerer que quelques-uns. Ce que l'art profane cherche désespérément, l'au-delà du visible de l'immédiat, l'iconographie le révèle. L'art profane reste toujours sur certains niveaux, passe à côte de l'essentiel car les portes du paradis lui sont closes. Chaque art abstrait, surréaliste, expressionniste etc. ) abouti à une impasse que seule l'icône sait franchir. Des fausses couches, de plus en plus prématurées, qui ne verront jamais le jour, voilà le drame de l'art qui nie, ignore ou méconnaît la réalité transcendantale. Au lieu d'être ouverte, elle se replie et elle fracture au lieu de trouver l'harmonie, la plénitude. Reflet de l'artiste qui se coupe de son Créateur, l'art profane se meut en surface, prend les symptômes pour la réalité. L'iconographie agit inversement : elle représente "la flamme des choses" à travers ce qui n'est que phénomène - la nature déchue. L'art profane ignore cette "flamme de choses" de même que le langage pour l'exprimer. Ce langage symbolique, théologique, allégorique etc. est propre à l'iconographie.

Si donc, l'art profane ignore la richesse et la profondeur de l'icône, le profane l'ignore aussi. Folie pour les uns et scandale pour les autres, - pour paraphraser l'Apôtre -, l'icône est sagesse et vie pour ceux qui sont sauvés.

hm. Cassien


Au lieu de s'appuyer sur l'ancienne loi rigoureuse, l'homme devait dorénavant décider lui-même d'un coeur libre, ce qui était bien et mal en n'ayant pour le guider que ton Image. mais ne songeas-Tu pas qu'il finirait par repousser et contester ton Image et ta vérité, écrasé sous ce fardeau terrible : la liberté du choix ?
F.M. Dostoievsky (Les frères Karamazov)

LA CONFESSION
(suite)
tiré du livre: Le salut des pécheurs (2e partie, chapitre 6)

Sixième commandement : Tu ne commettras point d'adultère 

On peux tomber dans ce péché de trois façons, comme nous l'avons écrit plus haut, à savoir en action, en parole, en esprit et pensée. Dis donc de quelle façon tu as péché. Si tu a négligé de chasser les pensées, ou fait une concession pour accomplir le péché, ou dansé ou forniqué, ou ta chair en a touché une autre ou si tu t'es toi-même masturbé, et d'autres semblables que l'on peut commettre, choses que nous n'écrivons pas car c'est inconvenable de faire connaître les indécences que met le malin dans notre pensée et notre esprit. Mais que chacun dise à son père spirituel ce que lui reproche la sainte conscience. S'il a parlé avec quelque passion, avec une mauvaise intention, ou touché un membre d'autrui ou si des hommes et des femmes se rasent, ou maquillent le visagé et d'autres inconventions semblables des démons malins.

Septième commandement : Tu ne voleras point

Ce septième commandement contient beaucoup et diverses sortes de péchés, car il ne suffit pas seulement de ne pas voler, mais aussi de ne pas obtenir injustement ce qui appartient à ton prochain avec quelque complot, fraude, fourberie ou ruse, afin d'obtenir ce qui lui appartient. Dis donc si tu gardes quelque chose d'étranger, ou si tu as retiré du profit, ou si tu as trompé quelqu'un au marché, et lui a vendu un objet plus cher que ce qu'il valait, parce que tu avais patienté si longtemps pour qu'il te payes, ou si tu as achete quelque chose moins que sa valeur. Si tu as été injuste envers les ouvriers ou as accepté dans ta maison un objet volé. Si tu n'accomplis pas fidèlement ton office ou juges injustement à cause de cadeaux que tu as reçu, et que tu vends la justice, et si tu ne rends pas le dixième de la récolte en aumône à l'Église et aux pauvres pour l'amour du Christ; et particulièrement si tu gardes un objet étranger, rends-le tout de suite, sinon la confession ne te profitera pas, et le père spirituel ne peut pas non plus pardonner une telle sorte de péché, sauf si, selon les lois sacrées, tu rends l'objet dont tu t'es emparé injustement.

Huitième commandement : Ne donnes pas de faux témoignage. 

Ce commandement a deux branches. L'une est constituée des C péchés qui se font par les juges, les hommes de lettres, les notaires, les jugés et les témoins; l'autre est constituée de diffamations, de blâmes, de médsances, de railleries, d'insultes contre le prochain. Pour la première branche, confesse tous les mensonges que tu as dit; ou si tu as trouvé, avec tes malignités un moyen de gagner injustement un objet, et d'autres choses semblables. Dans ce cas-là ce n'est pas toi seulement qui pèches, mais aussi tous ceux qui ttont aidé, et ont participé, et surtout les intercesseurs et les défenseurs; ceux-ci sont en devoir de payer tous les dommages de ce pauvre qui a perdu son droit à cause d'eux. Pour la deuxième branche, confesse-toi si tu as dit des faux témoignages contre le prochain; ou si tu a révélé quelque faute, ou si tu as calomnié ou as prêté l'oreille à une médisance, ou si tu as insulté, ou semé des scandales parmi les frères.

Le neuvième et le dixième commandement sont contenus dans les sixième et septième et ce que nous avons écrit à leur sujet suffit.

Conclusion

Donc, quand tu ttes confessé d'après les dix commandements du Seigneur, tiens compte aussi des sept péchés principaux, que nous avons mentionné dans la première partie, examine parmi ceux-ci tous les péchés dans lesquels tu es tombé, ainsi que les cinq sens et les sept oeuvres d'aumônes; pour le corps ce sont les suivantes: nourrir les affamés, abreuver l'assoiffé, libérer le captif, vêtir le pauvre, accueillir l'étranger, visiter le malade et enterrer le mort; tandis que les oeuvres de l'aumône spirituelle sont cellesci: conseiller celui qui en a besoin; enseigner l'illettré; consoler l'affligé; corriger le pécheur; pardonner le coupable; supporter l'injure et le dégât que l'ont'a causé, et prier pour tous. Toutes ces choses sont appelées rejetons de l'aumone car ce sont des oeuvres de compassion. Confesse tout ce que, par négligence, tu n'as pas accompli.

Ayant en mémoire tout ce que tu as commis, - afin de n'avoir aucun doute d'avoir omis par oubli quelque péché -, dis ces choses au père spirituel avec craint et piété, enfaisant une métanie jusqu'à terre:

"Tous ces péchés, tous les autres que le Seigneur sait que j'ai commis contre Lui en action et en paroles, en esprit et en pensée tous ceux que je n'ai pas dit par oubli et par ignorance et que le malin peut évoquer à l'heure du Jugement, tout cela, je le confesse aujourd'hui et je me condamne comme pécheur en demandant pardon au Seigneur Jésus Christ et à toi, pèreJe demande le règlement des mes péchés."

Cette manière de se confesser est très utile pour quelques petits péchés qu'on oublie pendant la confession involontairement. Cependant, si, après la confession, tu te souviens d'un péché, cours aussitôt le dire, autrement, ton repentir ne te servira à rien. En effet, avec un seul péché mortel que tu ne confesses pas, c'est-à-dire que tu caches, par honte de la laideur de l'acte, tu es châtié impitoyablement.

En fondant son Église, Jésus Christ ne lui a pas remis un code de lois tout prêt ... Il lui a cependant assigné un but qu'elle doit s'efforcer d'atteindre et lui a donné le pouvoir d'employer à cet effet certains moyens, en lui indiquant la direction dans laquelle elle doit orienter son action. Ses commandements sont les principes à partir desquels l'Église, dirigée par l'Esprit saint, s'est mise à s'installer et à manifester son activité dans le monde.

saint Nicodème l'Hagiorite (Pedalion)

TRÈS SAINTE ORTHODOXIE
(suite)
Avec l'accord aimable de l'auteur, tiré du livre :
Jean Biès
ATHOS Voyage à la sainte Montagne
Collection "Les Pèlerins de Lumière"
Darvy-Livres 6, rue de Savoie Paris VIe

Second entretien vespéral

Calendrier, Filioque, Papauté romaine

Les paroles de Pater Cyrille n'avaient pas manqué de nous troubler, d'ébranler en nous plusieurs fausses certitudes. Curieux d'en savoir davantage, nous nous hâtâmes d'aller retrouver l'Ancien, le lendemain soir, à la même place. Il s'y tenait comme à son ordinaire, se montra envers nous toujours aussi patient, aussi courtois.

Nous commençâmes par demander à Cyrille ce qui différenciait le plus l'Orthodoxie des hétérodoxies. Père Cyrille se signa et commença en ces termes :

- Nous, Orthodoxes, n'avons pas rejeté l'Epiclèse*; nous ignorons les azymes, les indulgences, les mérites surrérogatoires, la casuistique; nous ignorons l'opposition de la nature et de la grâce, la distinction entre nature et surnature. Aussi, les disputes entre Papistes et Luthériens n'ont pour nous aucun sens.

Mais il se révéla que les trois sources de désaccords fondamentaux se trouvaient ailleurs. Et d'abord, dans la fameuse question du calendrier.

- Notre calendrier julien retarde de treize jours sur le calendrier civil de Grégoire de Rome. Or, qu'étaient les réformateurs du seizième siècle, à côté des astronomes de l'Église d'Alexandrie ? Des ignorants, qui n'ont fait que détruire la Pascalie orthodoxe pour complaire aux Jésuites, lesquels voulaient rompre définitivement avec nous en décalant la date des fêtes. En Italie même, cette réforme fut considérée comme un «enfantillage». - Notre calendrier est peut-être inexact astronomiquement, mais l'autre l'est aussi, que certains savants voudraient corriger à présent. L'erreur de notre Pascalie ne dépasse pas trois heures en mille neuf cents années, et notre calendrier ne sera faux que dans mille ans. Qu'avons-nous à nous occuper de ce qui sera dans mille ans, alors que nous ne savons même pas si nous serons vivants demain ? Notre calendrier est le calendrier lunaire de la Bible; c'est selon ce calendrier que le Seigneur est né, qu'Il a vécu et qu'Il est mort, pour ressusciter le 16 de Nizan. Or, dit saint Jean Chrysostome, «ni les anges, ni les archanges ne doivent rien changer de ce qui a été prescrit par Dieu». C'est ce calendrier qui fut vécu «toujours, partout et par tous», et c'est cette fidélité au calendrier biblique qui nous vaut d'être calomniés et persécutés par ceux mêmes qui prétendent suivre la Bible !

L'un de nous demanda :

- N'intervient-il pas aussi des considérations reliées à la Pâque juive ?

- La Pascalie orthodoxe a érigé comme règle de ne pas fêter notre Pâque avant la Pâque de l'ancien Israël, ni en même temps qu'elle, mais le dimanche qui suit la pleine lune, au moment de l'équinoxe de printemps. - Ce qui ne se produit pas souvent selon le nouveau calendrier !... Le nouveau calendrier est une innovation diabolique, ajouta Père Cyrille après un silence !

- Mais, dîmes-nous, vénérable Père, le calendrier grégorien ne se fonde-t-il pas sur des données scientifiques !

- Nous n'avons que faire du point de vue scientifique. l'Église se situe au-dessus de ce temps astronomique, qui sera aboli. Il ne s'agit pas de considérer les tours que décrit la terre autour du soleil, mais le cycle liturgique de I'Église terrestre reflétant la Liturgie céleste, empreinte du sceau du saint Esprit. Éternelle dans sa nature, l'Église est par la grâce au-dessus du temps.

Un deuxième point de désaccord : le filioquisme.

- On en entend souvent parler, dis-je, sans savoir jamais de quoi il s'agit vraiment.

- «Le saint Esprit procède du Père», déclare le Symbole de Nicée. Or, dès le sixième siècle, les Espagnols et les Francs ajoutèrent «et du Fils», (Filioque). Les Papes résistèrent longtemps et maintinrent la première formule, héritée des Pères. Jean VIII considérait encore que serait jeté hors de la confession chrétienne et assimilé à Judas quiconque ajouterait ou retrancherait au vénérable et grand Credo. Léon III rejeta l'addition que voulait lui imposer Charlemagne avec des arguments théologiquement incultes. Mais à la fin du dixième siècle, le césaro-papisme des Empereurs germaniques finit par l'emporter. Lors de son couronnement à Rome, Henri II imposa au Pape une messe mentionnant le Filioque. Deux siècles plus tard, le Concile de Lyon rendra obligatoire la doctrine hétérodoxe du filioquisme, introduisant ainsi et officiellement deux principes dans la Divinité. Une fois de plus, en Occident, le spirituel s'inclinait devant le temporel. L'Orient, lui, s'opposait dès le début à cette innovation arbitraire, à cette maudite fabrication, et il refusa de subordonner unilatéralement la Personne de l'Esprit à celle du Fils : l'une et l'autre procèdent ensemble du Père. L'Orthodoxie évoque, d'une part, I'interdiction des Conciles oecuméniques d'apporter aucun changement dans le Symbole sans réunion d'un autre Concile, d'autre part, la fausseté du filioquisme, lequel détruit l'équilibre entre les trois Personnes et introduit une conception erronée du rôle de l'Esprit dans le monde. C'est pourquoi le saint patriarche Photios le condamna comme hérésie.

- N'était-ce pas là de ces querelles théologiques sans grande conséquence sur le devenir actuel de l'Église ?

- Chers amis, il n'y a pas dans notre foi des choses importantes et des détails ! Enlevez une seule pierre, l'édifice s'effondre. Les conséquences du Filioque ont été catastrophiques. La scolastique des Latins, en insistant davantage sur l'unité d'essence que sur les Personnes trinitaires, a fait de Dieu une abstraction, une Déité impersonnelle; et c'est déjà, en germe, le Dieu des «philosophes». Le Filioque mêle les Personnes, détruit la délicate antinomie de l'unité et de la diversité accentue l'indivisibilité au détriment de l'aspect trinitaire, et ce faisant, entraîne l'institution monarchique du «Vicaire du Christ» et sa priorité sur la liberté dans l'Esprit et le sacerdoce universel. L'Église d'Occident est devenue une institution de ce monde, un pouvoir temporel; au sein de cette Église, l'unité a détruit la diversité, d'où l'excès de centralisation et d'autorité. Peu à peu, la volonté des pontifes romains sera de transformer une primauté morale, une «présidence d'honneur», en un pouvoir juridique et autoritaire. La réforme grégorienne du onzième siècle prépara de très loin l'«infaillibilité papale».

- C'est donc principalement la question du Filioque qui entraîna la séparation de Constantinople et de Rome ?

- La question dogmatique du Filioque contribua à cette séparation; mais c'est la question de la papauté qui consomma le schisme de 1054. C'est à partir de cette date fatale que les papes s'arrogent une autorité même en Orient, s'instaurent chefs de toutes les Églises : c'est le pouvoir absolu hypostasié. Une conception féodale de l'Église se développait en Occident, et les Croisades vinrent ruiner Thessalonique et Constantinople : une dévastation telle que la conquête musulmane en pâlit plus tard. Le pape de Rome assuma dès lors un rôle d'autocrate, commandant même aux chefs séculiers; l'Église du Couchant se centralisa, la nôtre restait collégiale. Des concepts juridiques dominèrent le latinisme papal, tandis que notre théologie se fit adoration. - Les différents points de vue divergèrent de plus en plus. Les Latins virent dans le Dieu un et trine l'Unité de Dieu, nous, l'harmonie triadique des Personnes. Dans la Crucifixion, les uns virent la mort du Christ, - d'où naîtra plus tard l'imposture de la «mort de Dieu», - les autres, la victoire de Celui qui est assis «sur le trône de gloire chérubinique». Grégoire VII avait déjà complètement changé les structures ecclesiales. Il fit des évêques les simples représentants de la papauté, sépara l'Église entre clercs et laïcs, enseignants et enseignés, - ce qui prépara la lutte ultérieure entre cléricalisme et laïcisme. Il prédit même la damnation à ceux qui n'obéiraient pas au Pape. Pendant a ce temps, le troupeau raisonnable du Christ se repliait sur sa fidélité sans compromis et sa vérité intérieure, entretenant jalousement cette foi qui fit pousser en lui la plante odoriférante de l'humilité.

Tout cela n'était pas loin d'entraîner notre adhésion.

Mais nous désirions savoir l'exacte position de l'Orthodoxie à l'égard de la papauté.

Père Cyrille nous répondit :

- Pour nous, Pierre a la primauté parmi les apôtres; mais le pouvoir des clés a été confié aux Douze, qui sont comme autant de «pierres». À Jérusalem, les apôtres décidaient de tout en commun et à l'unanimité, ensemble et dans le même lieu, d'une seule bouche et d'un seul coeur, le Christ Lui-même, Lui seul, étant la tête de l'Église. Les apôtres sont pères des évêques; Pierre est primus inter pares, «premier entre égaux». Chaque évêque, dans son diocèse, est l'image vivante du Seigneur. Pour nous, l'erreur ecclésiologique de Rome a été de transformer son autorité et son droit modéré d'arbitrage en un pouvoir suprême donnant au pape le droit de désigner les évêques de toutes les Églises : la «présidence de charité» est devenue suprématie de pouvoir et de juridiction. La primauté accordée à Rome en tant que ville où les saints Pierre et Paul, «coryphées des Apôtres», furent martyrisés, et en tant que capitale de l'Empire, ne diminue en rien l'égalité fondamentale entre les évêques. On peut remarquer que le pouvoir politique exercé par l'évêque de Rome n'a jamais été permis par les saints canons. Il est impossible à un clerc de mêler des fonctions temporelles à ses fonctions ecclésiastiques. Le Dieu Ami des hommes a enseigné que «nul ne peut servir deux maîtres», et Il a dit aussi : «Mon royaume n'est pas de ce monde.» Le même homme ne peut porter et le glaive et la crosse; notre conscience orthodoxe gémit à ce spectacle.

- L'infaillibilité papale est pourtant un dogme ?

- Elle ne le fut pas avant 1870, et ne fut admise qu'avec bien des résistances de la part des Catholiques eux-mêmes. Rien, dans les saintes Écritures, ne mentionne que le Christ ait conféré à Pierre une quelconque infaillibilité. L'assemblée des apôtres a reçu pour seul pouvoir de communiquer les dons nécessaires à la vie ecclésiale; de même, les hiérarques qui leur ont succédé.

L'oecuménisme, cette panhérésie

Une autre question brûlait nos lèvres; je me décidai à la poser :

- Si nous vous comprenons bien, très cher ancien, ni vous ni vos pairs ne devez voir d'un oeil favorable les actuelles tentatives d'un rapprochement des Églises.

- Avant qu'il puisse y avoir réunion de tous les chrétiens, chers enfants, il doit y avoir une totale concordance de foi. Les non-orthodoxes doivent admettre la tradition dans sa plénitude et son immutabilité. Tant que l'unité de foi n'est pas acquise, il ne peut y avoir de réconciliation véritable, encore moins d intercommunion possible.

- Mais en un temps où des forces tellement considérables sont engagées contre la religion, ne convient-il pas de supprimer le «scandale de la division», en laissant de côté ce qui sépare les Chrétiens pour voir ce qui les unit ?

-Dans l'oecuménisme, aucune Église ne prétend avoir la vérité totale; elle s'avoue seulement dépositaire de lambeaux de vérité. Chacune confesse donc qu'elle a perdu la vérité et tâche de la retrouver avec d'autres Églises qui disent l'avoir perdue aussi. L'oecuménisme est donc l'amalgame, la fusion de la vérité et de toutes les erreurs possibles; il est le contraire de l'Église une. Qu'est-ce que des confessions partielles ou erronées pourraient apporter à l'Orthodoxie, et qu'est-ce que l'Orthodoxie pourrait apporter à des confessions qui prétendent dialoguer à égalité avec elle ? Tout projet de réunification qui n'a pas pour fondement la vérité totale n'est pas conforme au plan divin; il reste illusoire, fait de main humaine, et portant en soi sa propre disparition.

Nous insistâmes :

- Un dialogue fraternel n'est-il pas plus utile qu'une bataille à coups d'anathèmes ?

- Dialoguer avec ces églises n'est, voyez-vous, pas même concevable. L'Église orthodoxe n'est pas un club de penseurs, de sociologues, de philologues, de faux-prophètes éloquents et séducteurs. Elle est l'Arche de la foi, battue sans relâche par les vagues de l'apostasie. Des serpents aux têtes de colombe, des crocodiles aux plumes de paon la menacent; mais le Seigneur la garde jusqu' aux derniers jours. Comment voulez-vous, par exemple, prier avec ceux qui ne savent plus ni comment ni qui prier, ou qui prient sans jeûner, ou qui ont nié la valeur de la répétition, ou qui veulent infléchir le contenu des prières dans un sens arien, en traduisant «consubstantiel» par «de même nature» ?

- A la rigueur doctrinale des anciens temps, ne peut-on pas faire succéder la compréhension de l'autre et l'amour ?

-Il ne faut pas confondre l'amour véritable et cette sentimentalité qui préside à tant de colloques. Qu'est-ce que l'amour véritable ? Celui qui ne consiste pas à garder le silence sur ce qui nous sépare, mais à confesser courageusement la vérité qui, seule, peut à nouveau nous unir tous. Saint Photios, cette colonne de l'Orthodoxie, l'a écrit en lettres d'or : «Dire la vérité est le plus grand acte de charité.» Cette vérité a été donnée une fois pour toutes. Nous n'avons pas à «marcher avec notre temps» sous prétexte d'aimer nos frères, si cette marche doit conduire à la destruction de la vérité et à celle de nos frères.

- L'oecuménisme ne serait donc qu'une déviation supplémentaire ?

- Bien plutôt, une panhérésie, où chaque hérésie particulière constitue un blasphème contre l'Esprit saint. Les innovations et initiatives des oecuménistes forment un vaste océan qui chaque jour écume sa propre honte. Si les dogmes des Pères saints, glorifiés par l'Église, ces «trompettes de l'Esprit», sont méprisés, si les traditions apostoliques sont chaque jour bafouées, le vaisseau de l'Église ne pourra que finir par sombrer. L'oecuménisme est sous le poids de toutes les condamnations lancées par les Conciles. Voilà ce que disent les Athonites*. Mais nous disons plus. En voulant la révision de l'Orthodoxie, son alignement sur l'esprit du siècle, son accommodement avec le mensonge, sa sécularisation et son nivellement, l'Ennemi du genre humain veut aussi son éviction. Pour sa propagande, il dispose de moyens considérables, d'énormes ressources financières, et les organes de presse. Nous n'avons que nos prières. Nous savons qu'un complot, typiquement luciférien, est tramé contre notre Église, de l'extérieur et de l'intérieur, présentant l'histoire du Christianisme d'une manière altérée et visant à faire passer l'hétérodoxie pour la vérité. Et quand une partie de l'Orthodoxie se rend complice de ces manoeuvres, c'est sa destruction et son suicide. - Pour nous, qui prions Dieu avec larmes de nous garder parmi ses enfants, nous ne nous prêterons jamais à ce brigandage, et nous ne renierons ni notre Père ni notre Mère. Nous n'avons qu'une devise : l'Orthodoxie ou la mort, nous n'avons qu'un modèle : celui des hiéromartyrs dont le sang illumine I'Église.

Les arguments de Père Cyrille étaient d'une indéniable solidité doctrinale. Nous tentâmes cependant un dernier assaut :

- De même, Père très saint, que les religions diffèrent selon les mentalités et les sensibilités des peuples, ne peut-on supposer que les confessions diffèrent pour les mêmes raisons, et que, par exemple, le Catholicisme romain sera davantage porté à l'action, l'Orthodoxie byzantine, à la contemplation ?

- Dualisme !, s'exclama l'Ancien. L'action suprême est contemplation suprême. Si les chrétiens d'Occident voulaient bien considérer la plénitude de l'Orthodoxie avec le courage et l'honnêteté intellectuelle nécessaires, ils verraient qu'il n'y a qu'une seule solution : non pas coudre ensemble des pièces hétéroclites, ni «s'inspirer» de l'Église d'Orient en lui dérobant quelques hymnes et quelques icônes, mais la reconnaître comme l'unique détentrice de l'unique vérité.

- Et donc, s'y convertir ?

- Faire pénitence, descendre dans les eaux baptismales, recevoir la chrismation. En agissant ainsi, ils cesseraient de plonger leur stylet dans le sein de leur Mère. Dieu soit leur juge !

- Mais nous ne sommes ni Grecs, ni Russes.

Le Père Zélote eut un regard de stupéfaction :

- Retourner à la foi orthodoxe, ce n'est pas retourner à autre chose qu'à la foi de vos ancêtres !

- Comment cela ?, demandâmes-nous.

- Avant 1054, de détestable mémoire, l'Europe occidentale était, elle aussi, orthodoxe. Jusqu'au cinquième siècle, la liturgie y était souvent célébrée en grec (dont il vous reste le Kyrie éleison). Un saint Hilaire de Poitiers défendait l'Orthodoxie au côté d'un saint Athanase d'Alexandrie contre le pape Libère; une sainte Geneviève de Paris est saluée du fond du désert syriaque par saint Syméon le Stylite, un saint Cassien apportait aux Gaules le monachisme de saint Pacôme. Les Églises étaient des Églises locales. L'Église de Celtie, - Irlande et Bretagne, - professait avec saint Patrick et saint Colomban un Christianisme de la plus stricte orthodoxie. L'Église d'Espagne avait sa liturgie mozarabe. Le peuple communiait sous les deux espèces et exerçait le «sacerdoce royal». Les prêtres pouvaient être mariés, comme saint Pierre lui-même, saint Hilaire, saint Grégoire de Nysse, saint Paulin de Nole. Des vestiges d'Orthodoxie subsistent dans l'art mérovingien, dans les cités de Venise et Ravenne, Marseille et Narbonne. Mais Papistes et Luthériens ont tout submergé. C'est en retrouvant cette Église primitive indivise que l'Occident redeviendra terre chrétienne. Alors peut-être l'Europe, acropole du pouvoir et de la convoitise, du plaisir et de la science, d'où sont sorties deux guerres mondiales et une quantité d'autres, redécouvrira que le christianisme n'est pas une arme de prestige et de propagande, mais la voie du salut. Et cette voie du salut est un maximalisme : le Sauveur nous exhorte à «être parfait comme le Père céleste est parfait». Alors peut-être, - enfin, - le matérialisme apostat sera battu comme un poulpe sur les rochers de la plage !

C'est sur ces mots que se termina notre second entretien avec Père Cyrille. Il nous avait fait pénétrer dans un univers que nous n'avions pas soupçonné, seulement sensibles jusqu'alors à un certain exotisme religieux. Un véritable dévoilement nous avait été fait, qui allait devoir nous faire remettre en question nos «opinions prétentieuses d'autant plus qu'ignorantes. Une autre religion venait de surgir à nos yeux, avec laquelle celle qu'on nous avait enseignée n'avait qu'un rapport lointain. Mais alors, si l'Orthodoxie était le vrai Christianisme, qu'en était-il du nôtre ?

À lire ces quelques notes d'un soir, certains auront peut-être été choqués, irrités ou déçus. Il n'était pas question de les édulcorer. Qu'ils les méditent cependant, tout réflexe congédié. Ils verront d'abord comme nous que les Hagiorites ne sont pas aussi peu intellectuels ou cultivés qu'on nous l'avait dit, il s'en faut ! Quant à l'accusation tellement tentante de sectarisme, ils se demanderont, d'une part, si un sectarisme défendant la vérité chrétienne ne vaut pas mieux que tant d'idéologies meurtrières, et si même défendre une telle vérité peut être qualifiée de sectarisme; d'autre part, si la «largeur d'esprit» qui s'y oppose ne court pas le risque de devenir sectarisme à son tour, dans la mesure où elle traite de sectaire tout ce qui n'est pas elle-même.

La nuit avait cerné ravins et vallées. Le petit kiosque turc flottait comme un navire sur l'océan des brumes. Père Cyrille s'était tu. Nous partions tôt le lendemain; nous savions que nous ne le reverrions pas sur cette terre. Avant de nous séparer, nous lui demandâmes ses prières et lui baisâmes la main droite.

Si, par humilité, saint Théodose se laissait vaincre et contrarier en toute chose, il se montrait toutefois intraitable en ce qui concernait Dieu et les saints dogmes de l'Église.

De la Vie de saint Théodose le Cénobiarque

Ne vous séparez pas de l'Église, car l'Église a une puissance sans égale. Votre espérance, c'est l'Église; votre salut, l'Église; votre refuge, l'Église. Elle s'élève plus haut que le ciel, elle s'étend plus au large que la terre. Jamais vieillissante, toujours jeune. C'est pourquoi l'Écriture, considérant sa solidité inébranlable, l'appelle une montagne; son incorruptibilité, une vierge; sa magnificence, une reine; à cause des liens qui l'unissent à Dieu, elle la nomme sa fille; à cause de la fécondité de son sein,elle lui compte sept enfants; elle a des termes sans nombre pour exprimer sa noblesse. Car, de même que son Maître et Seigneur a beaucoup de noms, qu'on L'appelle le Père, qu'on L'appelle la voie, qu'on L'appelle vie, lumière, bras, propitiation, fondement, porte; qu'on l'appelle impeccable, trésor, Seigneur, Dieu, Fils, Fils seul-engendré, Forme de Dieu, image de Dieu; - un seul nom ne suffit-il donc pas pour comprendre tout ? Nullement, nous avons besoin de ces milliers de termes pour apprendre sur Dieu bien peu de chose; - de même l'Église a aussi des noms en foule. On l'appelle vierge, elle qui avait été une impudique : car le prodige accompli par l'Époux, c'est qu'Il a fait d'une courtisane une vierge. O nouveauté, ô étrangeté ! Les hymens de la terre sont la fin de la virginité; l'hymen qui vient de Dieu est la résurrection de la virginité.

saint Jean Chrysostome