Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 47
SEPTEMBRE 1992
 
SOMMAIRE
ÉDITORIAL
HOMÉLIE SUR LA PRÉDICATION
LA PRIÈRE ET SES FORMES
LA CONFESSION
MIRACLE DE LA MÈRE DE DIEU
DEUX SAINTS QUI SANCTIFIÈRENT LE SOL DU ROUSSILLON : SAINTS ROMUALD ET PIERRE ORSÉOLO

TÉMOIGNAGES QUI ATTESTENT QUE LA PRÉPARATION À LA DIVINE COMMUNION PAR LE JEÛNE EST INDISPENSABLE

Rien n'est plus amer que le péché.

Saint Jean Chrysostome.

ÉDITORIAL

Une nourriture simple et frugale, voilà ce que nous offrons une fois de plus, à travers ce bulletin, à ceux qui ne cherchent que la santé spirituelle, c'est-à-dire le salut. Apprêtée sans raffinement, mais de notre mieux, chacun peut y trouver de quoi se nourrir.

Je sais que nos articles ne sont pas à la mode (qui parle encore aujourd'hui de la confession, de la préparation à la communion, de vies des saints etc. ?). Mais c'est de cette spiritualité qu'ont vécu à travers les âges ceux qui nous ont précédés dans la foi et qui nous ont transmis cette même foi invariable. Ce qui caractérise précisément l'Orthodoxie, c'est sa stabilité vivante. Ni changement mouvant, ni conservatisme stérile, mais toujours identique à elle-même tout en s'adaptant aux conditionnements humains changeants. Si l'Église changeait, qu'est-ce qu'il resterait encore de stable dans le monde ? Comment ce que nos pères ont cru, vécu et enseigné, peut-il devenir faux ? Le croyant peut-il se passer de la confession, de la direction spirituelle ? La psychanalyse, le suicide, etc., sont la réponse à cette question.

Ce bulletin sera envoyé depuis la Grèce où je suis pour quelques semaines. Depuis la parution du dernier numéro, nous avons publié la Vie de Saint Jean le Miséricordieux. D'autres publications à part sont en préparation.

 

Hm. Cassien

Nous n'aimons pas, en dehors des règles des saints pères, ni ajouter, ni retrancher quelque chose. Mieux vaut pour nous verser notre sang plutôt que d'innover d'une seule syllabe.

Saint Sabba le Sanctifié.
HOMÉLIE SUR LA PRÉDICATION
(extraits)

de saint Jean Chrysostome.

 

Qu'il soit extrêmement périlleux, et pour celui qui parle, et pour ceux qui l'écoutent, de laisser dans l'ombre ce qui se rapporte aux lois divines; que les docteurs soient estimés coupables d'homicide lorsqu'ils n'ont pas le courage de publier tous les jugements de Dieu, le témoignage de Paul nous en fournira la preuve. Si, en toute circonstance, je m'empresse de recourir à cette sainte âme, c'est que les paroles de Paul sont autant de lois divines et pleines d'utilité. Ce n'est pas Paul qui parle, mais le Christ. Que dit Paul, dont le Christ dirigeait l'âme, et auquel Il dictait toutes les choses qui sortaient de sa bouche ? Quel est le langage de ce saint ? Ayant convoqué les habitants d'Éphèse pour leur adresser un dernier discours, car il était au moment de les quitter, rappelant à leurs chefs que garder le silence sur les choses importantes les rendraient passibles des mêmes supplices et des mêmes châtiments que s'ils versaient le sang des disciples, il leur dit ces paroles : «Pour moi, je suis innocent du sang de vous tous.» Et pourquoi ? «Car je n'ai jamais hésité à vous faire connaître tous les conseils de Dieu.» (Ac 20,26-27) Si donc il eût négligé de les leur faire connaître, il n'aurait pas été innocent de ce sang, et il aurait été à bon droit estimé homicide. L'homicide ne détruit que le corps; mais le prédicateur qui dans ses discours ne cherche qu'à plaire, et qui favorise la négligence de ses auditeurs, immole les âmes. Le premier inflige une mort temporelle; le second en immolant les âmes les précipite dans des supplices et des châtiments éternels. Mais Paul est-il le seul à parler de la sorte ? Non certes, et longtemps avant Paul un prophète, de la part de Dieu, avait indiqué la même vérité en ces termes : «Je vous ai donné comme une sentinelle avancée à la maison d'Israël.» (Éz 3,17) Qu'est-ce à dire, sentinelle avancée ? Une sentinelle avancée, c'est un soldat qui, placé sur un lieu dominant et élevé, tandis que l'armée campe au-dessous, surveille la marche des ennemis, signale leur approche, avertit l'armée à laquelle il appartient, de se préparer au combat, de crainte que, attaquée à l'improviste, elle ne soit trop aisément vaincue. Comme nous, qui marchons terre à terre, apercevons un très petit nombre des maux qui nous menacent, Dieu dans sa bienveillante Providence a établi des saints pour nous signaler longtemps à l'avance, du haut de leurs vues prophétiques, comme d'un lieu élevé, le Courroux de Dieu qui s'apprête à fondre sur nous, afin que, rentrant en nous-mêmes, nous nous prémunissions contre les coups de la Vengeance divine. De là ces mots : «Je vous ai donné comme une sentinelle avancée à la maison d'Israël.» Vous lui signalerez l'approche du malheur, comme la sentinelle l'approche des ennemis.

«Parcourez les rues de Jérusalem, et voyez si quelqu'un observe la vérité et la justice, et je leur serai propice.» (Jr 5,1) Quelle bonté ! La multitude des méchants bénéficie de la vertu d'un seul; mais pour la perversité de la foule, si un homme de bien vit au milieu d'elle, il n'en partagera pas le châtiment. Un seul homme, par la droiture de sa vie, arrachera au Courroux divin un peuple entier; mais la corruption d'une ville entière n'entraînera jamais dans le même châtiment, dans la même ruine, dans le même supplice l'homme qui a bien vécu. Nous en avons une preuve dans Noé; tous les hommes ayant péri, lui seul fut sauvé. Moïse nous le démontre également; seul il put obtenir la grâce d'un peuple si nombreux. Mais voici un exemple plus frappant encore de la Miséricorde de Dieu. Ne trouvant pas au nombre des vivants des hommes assez justes pour obtenir la grâce des pécheurs, Il pense à ceux qui sont morts, et Il déclare qu'en leur faveur Il pardonnera aux criminels. «Je défendrai cette ville, disait-Il à Ézéchias, à cause de Moi et de David, mon serviteur.» (4 R 20,6) Or, David était mort depuis longtemps. Convaincus de ceci, que Dieu cherche par tous les moyens imaginables à nous épargner ses châtiments et sa vengeance, fournissons-Lui l'occasion d'exercer sa Miséricorde par nos aveux, notre repentir, nos larmes, nos prières, le pardon des fautes du prochain, le soulagement de la pauvreté d'autrui, la vigilance dans la prière, la pratique de l'humilité, et le souvenir continuel de nos fautes. Il ne suffit pas de dire : Je suis pécheur, il faut de plus mentionner chaque espèce de prévarication en particulier. De même que le feu tombant au milieu des buissons, les dévore en un clin d'oeil; de même l'âme qui recherche sans cesse en elle-même ses prévarications, les détruit et les efface facilement. Que Dieu, qui s'élève au-dessus des iniquités, qui efface les injustices, nous délivre de nos péchés et daigne nous accorder le royaume des cieux, par la Grâce et l'Amour de notre Seigneur Jésus Christ, par lequel et avec lequel, gloire soit au Père, ainsi qu'au saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Abba Hyperéchios dit : «Il vaut mieux manger de la viande et boire du vin et ne pas manger la chair de ses frères dans les calomnies.»

LA PRIÈRE ET SES FORMES

La prière, en son fond, est la tension, l'ouverture vers Dieu, c'est-à-dire notre communion avec Lui. Cette prière existe plus ou moins dans chaque croyant, d'une manière variable selon son effort vers le bien. Le fait d'être distrait ou emporté par ses sentiments pendant la prière n'est pas un signe décisif de sa qualité. On peut être tenté au moment de la prière, et c'est l'effort, la violence qu'on se fait qui compte. Les pensées sublimes, les sentiments chaleureux ne dépendent pas tant de nous que de la grâce.

Chacune des formes de la prière : l'ofÞce, la prière du coeur, la lecture du psautier etc., n'est pas la prière même, mais son support. Elles nous aident à développer, à faire fructiÞer la prière. Elles sont plus ou moins parfaites et sont adaptées à la maturité spirituelle de chacun et aux circonstances de l'instant.

La prière est à la fois personnelle et collective, car chacun a une relation unique avec Dieu, tout en étant en communion mystique avec les autres membres de l'Église qui forment le Corps du Christ. Donc, unis dans la prière, nous communions en Dieu avec nos frères dans la foi. Cette communion se fait d'une manière mystique mais elle peut s'exprimer aussi dans des formes précises : les sacrements, les ofÞces, la prière familiale, etc.

Les formes, l'Église les a élaborées à travers les siècles. L'expérience les a polies et elles font partie du trésor précieux de la Tradition de l'Orthodoxie. La pratique les a sanctiÞées et elles portent le sceau de l'Esprit saint. Reflet de l'éternité où les anges et les saints gloriÞent sans cesse la Trinité, nous en tirons proÞt aÞn de nous sanctiÞer à notre tour et de louer le Créateur.

La Vie de Dieu est une prière, car les trois Personnes de la sainte Trinité sont en parfaite communion entre elles. Mais, simple dans sa nature et non composé, Dieu n'a pas besoin de formes, car Il est au-dessus de toute forme et concept. Plus nous nous approchons de la Perfection divine, moins nous avons besoin des formes de la prière. Elles sont liées à notre faiblesse et à notre déchéance. Comme nous sommes composés d'âme et de corps, notre prière restera aussi composée, même dans l'autre vie, mais rendue entièrement infuse par la grâce. Dans la perfection, les formes sont dépassées, perdent de leur importance, mais la prière elle-même devient comme une seconde nature.

Hm. Cassien

Un miroir sale ne peut pas recevoir le reflet des images, et une âme qui est occupée d'avance par les soucis temporels et qu'obscurcissent les passions qui naissent de la pensée charnelle ne peut pas davantage recevoir les lumières du saint Esprit.

Saint Basile le Grand. (Lettre aux Premiers Citoyens de Néocésarée.)

 

L'essence de la prière consiste dans l'élévation spirituelle du coeur vers Dieu. L'intellect, enfermé dans le coeur, demeure en toute conscience devant la Face de Dieu, rempli d'adoration, et répand devant Lui son amour. C'est là la prière spirituelle, et toute prière devrait être de cette nature. La prière extérieure, que ce soit chez soi ou à l'église, n'est que l'expression verbale et la forme de la prière; l'essence ou l'âme de la prière est à l'intérieur de l'intellect et du coeur de l'homme. Tout l'ordre de prières établi par l'Église, toutes les prières composées pour l'usage individuel, sont pleines d'un mouvement d'amour vers Dieu. Celui qui prie avec tant soit peu d'attention ne peut éviter de se tourner vers Dieu, à moins qu'il soit complètement inattentif à ce qu'il fait.

Saint Théophane le Reclus

De même que l'absinthe amère fait du bien à ceux qui ont un mauvais appétit, de même à ceux qui se conduisent mal, il est bon de souffrir le mal.

Hésychius de Batos.

LA CONFESSION

tiré du livre «Le Salut des Pécheurs»

( 2e partie, chapitre 6).

 

En plus des autres dons, notre très sage Médecin et Sauveur Jésus Christ nous a accordé aussi le sacrement du repentir, afin que nous fassions disparaître par lui les pièges du démon, en nous donnant la force, par son infinie Bonté, de redevenir sans péché après le péché, comme auparavant, et irréprochable devant le châtiment éternel.

Donc la deuxième partie en est la sainte confession, sans laquelle il n'est pas possible d'être sauvé, malgré toutes les vertus que l'on puisse avoir. Cette confession, le Seigneur la désire beaucoup et la donne de multiples manières, pour que l'homme connaisse sa faute, qu'il la dise avec humilité de coeur. C'est pourquoi Il a incité le premier ancêtre, quand il est tombé dans la désobéissance, à connaître son péché et Il lui a dit : «Adam, où es-tu ?» C'est-à-dire : «Où es-tu tombé ? Quel mal as-tu commis ? Reviens à la repentance et confesse ton péché afin de recevoir le pardon.» Il a dit la même chose à Eve, à Caïn; et à divers autres endroits de l'Ancien Testament, la confession apparaît profitable. Salomon dit que celui qui cache les péchés n'est pas sauvé et celui qui les confesse reçoit la miséricorde. Le prophète-roi aussi loue cette pratique dans différents psaumes, en disant : «Je Te confesserai, Seigneur, de tout mon coeur», «Il est bon de confesser le Seigneur», et d'autres semblables.

Le prophète Isaïe dit que si tu as quelque péché, découvre-le afin d'être justifié.

Vois comme la confession justifie l'homme. J'avais beaucoup d'autres témoignages de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais je les laisse de côté, car j'en trouverais trop pour ce sujet, puisqu'il est le commencement de notre salut. Et que personne n'aie honte de confesser tout ce qu'il a fait, car la honte qu'il reçoit quand il le dit au père spirituel est une partie de la punition, et parce que la honte est une lourde punition, le Seigneur nous ordonne de confesser nos péchés, afin de recevoir la honte au lieu de l'enfer. Au sujet de cette confession, certains maîtres ont écrit différentes explications, mais comme elles sont très longues, j'ai recueilli un petit résumé, suffisant et convenable pour que chacun annonce ses péchés, étant débiteur de Dieu et de l'Église, selon la possibilité humaine.

Si tu désires rendre belle ta conscience avec la confession, et purifier toutes ses souillures afin que ton âme se trouve brillante devant Dieu, ne va pas à ce mystère simplement et comme par hasard, sans la préparation nécessaire, comme le font certains qui ne savent pas et ne se confessent pas bien ni ne savent quoi dire; mais, garde bien ces conseils que nous t'écrivons, si tu veux recevoir parfaitement le pardon de tes péchés.

D'abord, prépare-toi deux ou trois jours à l'avance et songe depuis combien de temps tu ne t'es pas confessé, et cherche avec beaucoup de soin dans combien de péchés tu es tombé depuis ce moment-là jusque maintenant, et ne sois aucunement négligent quant à cela, mais mets autant d'empressement et de souci que si c'était le plus grand besoin du corps. Par exemple, si tu étais épitrope ou scribe de quelque gouverneur dans tous ses villages, que tu donnais aux hommes, que tu recevais ses impôts, et que chaque année il t'appelle pour rendre compte à qui tu as donné, et qu'il te le rende, et que tu payes ce que tu as toi-même dépensé, ne vas-tu pas t'appliquer de telle sorte que tu ne fasses aucune erreur et que tu ne perdes rien ? C'est une telle application que tu dois mettre, et plus encore, à ce sujet nécessaire, pour lequel ce n'est pas mille pièces d'or ou d'autres choses terrestres que tu risques, mais la vie éternelle et pleine d'allégresse, et d'être condamné à l'enfer éternel, si tu es négligent à cette oeuvre.

Recherche donc les dix commandements du Seigneur, les sept péchés mortels, les cinq sens, les articles de la foi, les sept oeuvres de miséricorde, corporelles et spirituelles, et tout autre commandement de notre Église, en réfléchissant de combien de façons et combien de fois tu es tombé dans le péché, en pensée, en parole ou en oeuvres, et tout ce qui s'ensuit.

Deuxièmement, tu dois dire le nombre de tes péchés, si tu te souviens combien de fois tu as péché, ou au moins dire combien de temps tu te trouvais dans le péché, et si tu péchais chaque fois que tu avais l'occasion de le faire, ou si tu t'es tempéré quelques jours, afin que le médecin comprenne de quelle maladie il s'agit, et qu'il la soigne selon la nécessité.

Troisièmement, il ne suffit pas de dire le nombre des péchés, mais aussi ce qui va avec, à savoir, où, comment, quand. Et quel est le péché que tu as commis, et d'autres choses semblables qui aggravent le péché; car le fait de pécher avec une femme non-mariée, c'est de la fornication; avec une femme mariée, c'est de l'adultère, ce qui est plus grave, avec une moniale, c'est un sacrilège, ou adultère spirituel; avec une parente, c'est de l'inceste; avec une fille contre son gré, c'est du viol; et il faut dire tout ce qui aggrave l'iniquité, à quel endroit tu l'as commis; car il est plus grave de pécher à la vue de tous, ou en un lieu consacré, que de le faire en cachette. Sache aussi bien ceci, qu'il ne faut pas raconter en détail au père spirituel toute l'histoire de l'affaire, comment tu as péché, mais dire en peu de mots seulement le nom et la sorte de péché, et le nombre, combien de fois tu as péché, et ne raconte pas de paroles inutiles et indécentes, qui n'ont pas d'utilité. Ne confesse pas non plus l'autre personne, avec laquelle tu as commis le péché, c'est-à-dire, ne dis pas «j'ai volé avec telle personne», ou, «j'ai péché avec telle femme,» mais dis seulement le péché; il ne faut pas révéler le nom.

Quatrièmement. Sache aussi ceci, que les péchés charnels se font de quatre manières : en esprit et en pensée, en parole, avec le toucher, et en acte. Si donc tu as touché avec la main, dis combien de fois. Si tu as seulement péché en parole, dis que tu as proféré des paroles impures et vilaines, afin d'inciter au péché ou par frivolité, et ne reste pas à dire en détail quelles paroles tu as dites. Si enfin tu as péché en pensée, il suffit de dire que tu as eu des pensées impures de fornication volontairement ou contre ton gré.

Enfin, cinquièmement, prends soin de trouver un médecin spirituel qui soit cultivé, ou expérimenté dans la pratique, qui connaisse bien les sources, afin de donner les remèdes convenables aux blessures, tout comme tu l'aurais fait pour la plaie corporelle, en cherchant le médecin le plus sage; car nous en avons vu beaucoup, qui ne sachant pas guérir, ont fait mourir beaucoup de malades, ce qui peut arriver aussi chez les pères spirituels, car si un aveugle devient guide d'aveugle, ils tomberont nécessairement, comme l'a dit le Seigneur, tous les deux dans la fosse.

Donc quand tu auras trouvé un bon père spirituel, ne va plus à aucun autre. Si tu marchandes avec la confession, tu ne tires aucun profit. Par exemple, si tu t'es confessé à l'un tant de fois, et ensuite, parce que tu es retombé dans le même péché, tu as honte devant ce père spirituel, tu vas à un autre afin d'avoir moins de honte, ou une punition plus légère, sache alors que cette confession ne profite pas, mais tu restes non-corrigé si tu ne vas pas au premier pour le lui dire.

 

La confession doit avoir ces dix caractéristiques :

1. Etre simple et courte, ne pas dire des paroles inopportunes, des histoires et des fables, comme le font certaines femmes sottes, mais seulement ce qui est nécessaire.

2. Avec humilité tu dois reconnaître que tu es pécheur et misérable, et tu ne dois pas être fier, mais avoir des paroles et des gestes humbles.

3. La confession doit être véritable, sans mensonge ni excuses, et tu ne dois pas dire moins que ce que tu as fait, ni plus, mais seulement ce que tu sais et que ta conscience te reproche, sans aucune justification, c'est-à-dire que tu ne dises pas : «le démon m'a excité et j'ai péché», ou «untel était la cause», comme le font certains de façon insensée, afin d'alléger le poids de leur péché, mais ces excuses sont la cause qu'ils restent non pardonnés. C'est pourquoi il est nécessaire (comme dit David : «Je confesserai contre moi mon iniquité devant le Seigneur») de te condamner comme étant la cause du fait que tu as péché et non quelqu'un d'autre. Bien sûr le démon ou quelqu'un d'autre peut t'inciter au mal, mais pour t'avoir sous leur pouvoir, ils ne le peuvent pas, car cela tient à ta volonté de le faire ou non.

4. Donc, autant que tu te juges toi-même sur la terre dans ce tribunal spirituel, autant tu seras justifié aux cieux, car c'est seulement dans les jugements civils que tu profites en te justifiant, alors qu'ici, autant tu te justifies, autant tu es condamné.

5. Elle doit être discrète, avec des paroles bien placées et sages, autant pour le repentant que pour le confesseur. Il doit être connaisseur, examiner adroitement, et surtout les femmes, avec des paroles bien appropriées.

6. Tu dois être timide, c'est-à-dire avoir honte d'avoir attristé Dieu et abîmé ton âme et ton prochain; et comme le publicain n'a pas osé regarder vers le ciel, tu dois avoir honte afin de recevoir de Dieu la miséricorde, car la honte est une partie du repentir.

7. Entière et intégrale, c'est-à-dire ne cache rien pour le dire à un autre confesseur, cela est un sacrilège, sauf si tu as oublié quelque petite faute, parce que les grands péchés ne peuvent pas être oubliés.

8. Elle doit être secrète, dans un lieu discret, afin que personne d'autre ne l'entende et celui qui écoute en cachette, pèche gravement, et il est en devoir de ne le répéter nullement, même si on coupait sa tête, de même si le confessé l'injurie, ou lui cause un grand dommage, mais il doit le garder secret.

9. Elle doit être gémissante, avec des larmes et la tristesse du coeur. Tu dois détester le péché, en ayant à l'esprit de ne plus le refaire; car si tu n'as pas de décision et une ferme volonté de ne plus pécher et de quitter le lieu et la personne qui t'ont fait pécher, ton repentir n'est pas vrai, et tu n'es pas non plus pardonné. Par exemple, si tu as commis le péché avec une femme de ta maison, chasse-la et ne va plus la rencontrer. Si tu as blasphémé au jeu, ne joue plus. Si tu sais à l'avance que tu vas t'enivrer au repas où tu es invité, n'y vas pas car l'ivresse est presque comme la prostitution. Si tu as un objet qui ne t'appartient pas, rends-le aussitôt. Si quelqu'un t'a causé du tort, pardonne-lui de tout ton coeur, etc. Mais si tu te trouves dans une de ces choses, il semble que ton repentir n'est pas sincère, et le confesseur ne doit pas te pardonner.

10. Tu dois être prêt à la réparation, c'est-à-dire avoir à l'esprit avec certitude d'accomplir la pénitence que va te donner le médecin, sans paresse, autant que tu peux, le plus promptement possible.

Donc, que chacun fasse attention soigneusement à ce thème important, afin qu'il n'ait pas de dommage, en se contentant du fait qu'il est confessé, - alors qu'il ne l'est pas.

Donc, quand tu vas au père spirituel, arrête-toi devant lui avec l'humilité et la piété que tu as devant l'icône du Seigneur. Ensuite, dis-lui tes péchés, en baissant la tête.

(À suivre.)

 

Un ancien disait : «Il y a des gens qui, perdant leur temps par négligence, en paroles et en pensées, veulent être sauvés sans s'appliquer au travail. Ils lisent pourtant les Vies des Pères, mais n'imitent pas leur humilité, leur pauvreté et leur modération, leurs veilles, leurs prières et leurs génuflexions, leur sommeil pris sur la terre, leur recueillement et le reste de leur ascèse. Au contraire, par leur présomption et leur négligence, ils font mentir les Vies des Pères en disant qu'un homme est incapable de supporter de telles choses et ils ne songent pas que là où Dieu habite par la grâce du baptême et la pratique des commandements, les actions et les charismes dépassent la nature.»

MIRACLE DE LA MÈRE DE DIEU

Texte tiré du «Salut des Pécheurs», 3e partie 

6e Miracle : Le sage roi Léon

 

Au temps où le très sage Léon était sur le trône, il avait une épouse vertueuse comme cela apparaît dans le Synaxaire le 16 décembre; avant la mort de la sainte, survint une grave maladie au roi, un mal inguérissable, qui s'appelle prostate, beaucoup sont morts de cette maladie. Le roi Léon souffrant ainsi, tous les médecins se rassemblèrent, mais ils ne purent pas le guérir. La semaine du Laitage, les douleurs furent telles que les médecins firent le diagnostic qu'il mourrait et firent les préparatifs pour la mort. Alors la bienheureuse reine, voyant qu'aucun médecin terrestre ne pouvait le guérir, courut dans la chambre et tombant à genoux devant la sainte icône de la Mère de Dieu, elle la pria avec foi et larmes ardentes d'accorder à son mari un peu de vie jusqu'à ce que leur fils Constantin soit élu roi, afin que le royaume ne soit pas en danger. En priant et en suppliant la Reine du ciel et de toute la terre, la reine de la ville entendit une voix qui disait : «Ne t'afflige pas, Théophano, aujourd'hui même arrive le médicament pour guérir ton époux.» En entendant cela, la sainte se réjouit beaucoup et en courant vers le malade, elle vit qu'il était à la dernière heure pour rendre l'âme. Et les médecins discutaient de l'opérer. Mais elle leur dit : «Laissez-le car un autre médecin arrive en toute hâte pour le guérir.» Et après un long moment, quand ils croyaient qu'il était déjà bien mort, ils virent venir en courant une moniale nommée Agathe, qui était dans l'église de la Très-Sainte-Enfantrice-de-Dieu de Chryspigi, et portant une cruche de l'eau miraculeuse, elle dit à la reine : «Aujourd'hui, quand je me suis levée ce matin, et que j'ai embelli l'église de la Très-Sainte, j'ai entendu une voix me dire : "Agathe, prends vite un peu d'eau de ma source, apporte-la au roi pour qu'il la boive afin qu'il soit guéri, et que cesse la tristesse de sa bien-aimée Théophano, qui a crié vers moi avec des larmes.» Donc, la reine donna l'eau au malade, et aussitôt (ô quelle rapide délivrance !) alors qu'il la buvait, il fut complètement guéri, et il prit une telle force qu'il se leva du lit plein de santé, comme s'il n'avait jamais eu de maladie. Ce miracle stupéfia tout le monde. Le roi ordonna de célébrer une fête joyeuse en mémoire de ce bienfait, et en remerciement à notre très glorieuse Souveraine, et à Celui qui a été engendré inexprimablement par elle. À Lui la gloire dans les siècles. Amen !

La plupart des gens parlent faute de savoir se taire.

Saint Ambroise de Milan. (Les Devoirs I,2).

DEUX SAINTS QUI SANCTIFIÈRENT LE SOL DU ROUSSILLON : SAINTS ROMUALD ET PIERRE ORSÉOLO

 

Fêtés le 19 juin et le 10 janvier

Romuald, de la famille des Honesti, naquit à Ravenne vers le milieu du Xe siècle. Il fut élevé par des parents peu soucieux de lui donner une éducation chrétienne et était habitué à la mollesse. Il aima les plaisirs, bien que sa conscience l'inquiétât parfois de l'état de son âme et lui suggérât le désir de faire quelque action d'éclat à la Gloire de Dieu. Quand il allait à la chasse, se trouvant au milieu d'un bois solitaire, il pensait avec nostalgie aux ermites qui servaient le Seigneur dans de tels endroits, éloignés du tumulte du monde.

Dieu sut toucher définitivement son âme, lors d'un événement tragique dont il se sentit lui-même responsable. Son père, Serge, ayant un différend avec un de ses proches au sujet d'un pré, tua celui-ci en duel. Romuald, âgé alors de vingt ans, dut assister au combat en tant que spectateur, et, horrifié de cet homicide, se retira au monastère «Saint-Apollinaire-de-Classe», à quatre milles de Ravenne pour y expier le crime de son père par une rigoureuse pénitence de quarante jours.

Les quarante jours écoulés, il voulait retourner dans le monde, quand un frère du monastère réussit à le retenir en l'invitant à veiller avec lui deux nuits de suite dans l'église. Ils virent, pendant ces deux vigiles, le saint martyr Apollinaire apparaître tout éclatant de lumière.

Ému par cette vision miraculeuse, Romuald se prosterna, tout baigné de larmes, devant l'autel de la Toute-Sainte et décida de se consacrer au service de Dieu en ce lieu. Il demanda aussitôt l'habit religieux à l'abbé du monastère. Celui-ci, craignant l'opposition de Serge son père, qui était un homme puissant, riche et violent, n'osa pas le lui donner. Alors Romuald, qui avait pour parent l'archevêque de Ravenne, eut recours à lui. Celui-ci examina la disposition de son jeune cousin et autorisa l'abbé à le recevoir pour le grand contentement de la communauté entière.

Il devint vite un exemple pour tous les frères, par son zèle et ses austérités. Cependant, ceux des frères qui vivaient dans le relâchement, devinrent jaloux de ce jeune homme qui avait renoncé depuis si peu aux plaisirs du monde et qui avançait si vite sur le chemin des vertus. Leur hostilité devenant virulente, Romuald ayant passé trois ans au monastère, partit, avec la bénédiction de son abbé, trouver un ermite nommé Marin qui habitait dans la lagune près de Venise, et le pria de le prendre comme disciple. Marin ne le refusa pas et Romuald était heureux de trouver un maître très sévère en lui. Ils avaient coutume de sortir de l'ermitage ensemble pour se promener, en chantant des psaumes. Chaque fois que Romuald se trompait d'un mot, Marin lui assénait un coup de baguette sur l'oreille gauche pour l'habituer à la mortification et lui apprendre l'humilité et la pénitence. Le disciple souffrit ce châtiment avec un coeur soumis et ce n'est que lorsqu'il s'aperçut qu'il perdait l'ouïe de ce côté qu'il implora son maître de le frapper désormais sur l'oreille droite.

Peu de temps après, la vie de ces deux ermites se trouva liée à celle de l'ancien Doge de Venise, Pierre Orséolo. Voici comment : Pierre Orséolo fut élu Doge de Venise en 976. Il était le richissime chef d'état de la République de Venise, de la Vénétie entière et de toute l'Adriatique. C'est lui qui fit restaurer l'église Saint-Marc de Venise qui abritait les reliques de l'évangéliste.

Le Doge aimait à offrir l'hospitalité aux étrangers et particulièrement à des hommes religieux. Un jour, le supérieur du célèbre monastère Saint-Michel-de-Cuxa, l'abbé Guarin, venu du lointain Roussillon en pieux pèlerinage, s'arrêta à Venise pour vénérer les reliques de saint Marc. Il fut très bien reçu par le Doge, qui, touché par son humilité, sa grande simplicité et son mépris du monde, comprit, par la Grâce du saint Esprit, l'utilité de la retraite pour son âme, et décida de quitter, à l'instar d'Abraham, son pays et sa famille, pour se consacrer à Dieu dans le monastère éloigné de ses états.

La décision du Doge remplit le coeur du vénérable abbé Guarin d'une grande joie. A cette époque, la renommée des ermites Marin et Romuald était si bien établie dans toute la péninsule que le Doge ne voulait pas exécuter son dessein pourtant bien résolu, sans avoir consulté ces deux spirituels et sans avoir obtenu leur bénédiction. Il les reçut donc, en présence de l'abbé Guarin, dans une salle retirée de son palais, leur fit part de ses inquiétudes de perdre son âme à rester dans le monde ainsi que de son désir de faire son salut loin de sa patrie et des siens, au monastère saint Michel dont l'abbé Guarin était le supérieur.

Marin et Romuald, voyant dans ce projet une réponse à l'appel de Dieu, bénirent la résolution du Doge. Ces quatre saints personnages, réunis ainsi dans une fraternité spirituelle décidèrent d'aller tous ensemble en France. Pierre abdiqua en faveur de son fils et décida de prendre une partie de ses trésors pour l'offrir au monastère. Il prit avec lui deux de ses ministres qui manifestaient aussi le désir de finir leurs jours au monastère.

Avant le grand départ, l'abbé Guarin voulut visiter Rome. À cette occasion, Romuald le chargea d'une supplique auprès du Pape, voulant obtenir le pardon de son père Serge qui était encore sous le coup de l'excommunication à la suite de son crime d'assassinat. La grâce du pardon touchant le coeur de Serge, il décida d'imiter son fils et se retira au monastère de saint Sévère, près de Ravenne. L'abbé de Cuxa obtint également du Pape le chef de saint Valentin qui vint enrichir le reliquaire de son église. La compagnie partit ensuite pour la France.

Arrivé sous les murailles du monastère de Cuxa, Pierre, saisi de l'esprit de pénitence, sauta de cheval et fit le reste du chemin sur ses pieds et ses mains. Dès le lendemain, il fut introduit au noviciat et fit des pas de géant dans la pratique des vertus. Il fut un modèle de silence, d'humilité et d'obéissance. Ce chef puissant, qui avait sous sa domination la Vénétie, la Dalmatie et la Croatie, entouré il y a si peu encore, de tous les honneurs humains, vêtu de pourpre dans son splendide palais, se soumettait maintenant librement aux ordres de son abbé, se dévouait au service des malades, recevait les pèlerins à l'hôtellerie, les conduisant à Dieu par son accueil affable, sa gaieté rayonnante, et faisait avec joie les travaux les plus vils comme s'il n'avait jamais connu la gloire de ce monde. Romuald et Marin, après trois jours dans le monastère, se retirèrent ensemble dans la forêt voisine, tout en restant en communication avec la communauté de Saint-Michel.

Romuald atteignit ici un tel degré de sainteté que non seulement il devint une autorité pour ses compagnons - Pierre et ses deux anciens officiers venaient en effet du monastère partager les exercices de ces deux ermites -, mais son ancien maître, Marin lui-même était heureux de lui obéir. Il avait gagné ses vertus de haute lutte, car le démon ne manquait pas de le tourmenter de toutes les manières. Tantôt il mit devant ses yeux les délices de sa vie passée en ravalant les austérités qu'il s'imposait, tantôt il l'épouvanta la nuit sous des figures effrayantes, en s'appesantissant sur lui pour l'étouffer, tantôt il troubla son imagination par des pensées inconvenantes. Romuald se réfugiait en Dieu durant ces attaques et avec l'aide de la grâce il remporta une victoire éclatante sur le diable, de sorte que, au bout de cinq années, il reçut du Sauveur consolations et couronnes qui le fortifièrent encore.

Pendant toute une année, Romuald ne prenait pour toute nourriture qu'une poignée de pois bouillis par jour. Lui et les moines sous sa direction adoptèrent le genre de vie des pères du désert, jeûnant toute la semaine pour se réunir le samedi et le dimanche en allégeant quelque peu leur jeûne et en vivant en commun.

Pierre, qui suivait avec rigidité les conseils de Romuald ne put continuer longtemps à pratiquer la rude ascèse de celui-ci, à cause de sa frêle constitution, mais sa grande humilité lui permit d'avancer très rapidement sur le chemin de la perfection. Après deux ans, il se vit assigner la charge de sacristain, ce qui le faisait vivre dans la sainte obéissance, base de toute perfection. Il servait les prêtres et les diacres avec désintéressement, pour l'amour de Dieu. Jour et nuit, il demandait pardon à Dieu de ses fautes, récitait tous les soirs le psautier en entier, priait à genoux avec larmes pour le salut de son âme et de celle de tous. Son abbé l'avait vu plusieurs fois en extase et rayonnant de la beauté des anges. Son autre tâche fut de réveiller les frères et de donner le signal des Matines avant deux heures du matin. Pierre, craignant de déroger à cette charge difficile par suite d'un sommeil profond, ne dormait plus : le résultat en était qu'il devait se faire une violence inouïe pour ne pas succomber au sommeil. C'est alors que le démon crut prendre parti de la faiblesse de sa nature humaine. Prenant le doux langage d'un bon ange, il lui disait : «Dors en paix; je te réveillerai avant l'heure des Matines.» Mais Pierre, discernant la supercherie de l'ennemi, le chassa d'un signe de la croix.

Une autre fois, le malin éteignit toutes les lumières de l'église au moment où les frères allaient venir chanter Matines et se mit à hurler pour effrayer le sacristain. Pierre, gardant tout son calme, ralluma les lumières par un seul signe de la croix fait avec foi, puis chantant le cantique des trois adolescents hébreux, loua Dieu qui avait opéré ce miracle.

La dernière tentative de l'ennemi pour éloigner Pierre de la pureté du coeur fut de lui suggérer de retourner voir son pays et les siens mais avec l'habile prétexte d'en profiter pour revenir chargé de magnifiques présents pour le monastère et l'église Saint-Michel. Cette tentation lui arriva à la suite de la visite de son fils venu de Venise. Amolli quelque peu par cette insinuation, Pierre pensa que c'était la Volonté de Dieu et faillit prendre une résolution malheureuse. L'abbé Guarin l'apprenant, appela le moine chancelant à lui et, l'interrogeant sur ses intentions avec charité, conseilla la prière fervente de toute la communauté pour l'obtention des lumières divines au sujet de la décision à prendre. «Si, par l'effet de la prière, ton désir de retourner dans ton pays augmente, mon enfant, c'est qu'il est selon la Volonté de Dieu, dans le cas contraire, qu'Il t'en donne une sainte componction !» dit-il à son fils spirituel.

Grâce aux prières ferventes de toute la communauté, l'Esprit saint attira le coeur de Pierre au-dessus de ce monde et l'embrasa d'un tel amour des choses célestes qu'il en vint à haïr son égarement au point d'en faire une pénitence publique. Il demanda devant toute la communauté, à son abbé de le battre pour châtier sa chair qui avait lié sa pensée aux choses terrestres. Cette scène touchante ne manqua pas d'édifier la communauté.

Pendant ce temps, Romuald, apprenant que son père Serge, tenté par le malin, voulait retourner dans le monde, résolut d'aller au secours de son âme. Les habitants de Taurinya, de Codalet et de Dolcerons n'eurent pas plus tôt appris qu'il songeait à les quitter qu'ils mirent tout en oeuvre pour le retenir chez eux. Désespérant de réussir, ils voulurent le tuer pour avoir au moins ses reliques. Romuald, ayant appris leur projet, contrefit l'insensé et ainsi, leur échappa.

Il arriva à Ravenne, persuada son père de rester dans son monastère. Celui-ci, touché par ses prières et ses larmes, y vécut dans une piété exemplaire et mourut en odeur de sainteté.

Romuald se retira ensuite près de Ravenne dans les marais de Classe où le démon le suivit et lui livra des assauts multiples en essayant de le vaincre par la tristesse et la mélancolie, mais, par ses prières, il réussit toujours à le faire fuir. Il goûta désormais une grande tranquillité et des consolations qui le ravirent hors de lui-même. Fort de son union à Dieu, il passa le reste de sa vie à fonder et à diriger des monastères en Italie, et en Allemagne à convertir des puissants de ce monde à la vie en Christ.

Il ne cessa de se mortifier, même à un âge avancé. Il fut gratifié de la compréhension des saintes Écritures et du don de prophétie.

Saint Romuald mourut en 1027, à l'âge de 120 ans. À son tombeau, il se fit un grand nombre de miracles. Son corps resta incorrompu jusqu'en 1466, quand, pour le sauver de mains sacrilèges, Dieu le fit tomber en poussière.

Pierre Orséolo, nullement troublé par le départ de ceux qui l'avaient accompagné de Venise en France, continua la vie angélique à Cuxa. Avec la bénédiction de son abbé, il se retira dans une cellule non loin du monastère. Il y resta en union étroite avec Dieu jusqu'à sa mort, dont la date lui fut révélée par un ange. Il quitta alors sa retraite pour revenir mourir au monastère. Il reçut la sainte communion des mains de son abbé. Tous ses frères en Dieu l'entouraient. Leur ayant recommandé son âme, il expira en paix, après 19 ans de pénitence, en 997.

Sur sa tombe, on vit, peu de temps après sa mort, des lumières célestes qui se répandaient partout à l'intérieur du monastère. Ses reliques firent également de nombreux miracles.

Écrit par Catherine Pountney

Le père de saint Jean Chrysostome était général. Ses nombreuses aptitudes excitèrent la jalousie d'un autre général qui le calomnia auprès de l'empereur. Ayant eu connaissance de cela, le père de saint Jean envoya la lettre suivante à son calomniateur : Je sais que tu as trahi notre amitié et que tu m'as calomnié auprès de l'empereur. As-tu oublié une lettre que tu m'avais envoyée et dans laquelle tu parles en mal de l'empereur ? Je te la renvoie pour ne pas être vaincu par la tentation et te faire du tort moi aussi.

TÉMOIGNAGES QUI ATTESTENT QUE LA PRÉPARATION À LA DIVINE COMMUNION PAR LE JEÛNE EST INDISPENSABLE

 

(suite et fin)

 

Voyez comment se comportaient les successeurs des saints apôtres ! Voyez comme ils étaient dignes de recevoir la sainte communion fréquente !

Nous répétons que la tradition la plus ancienne de l'Église est de jeûner avant la communion pendant au moins trois jours, «mais ceux qui jeûnent pendant toute la semaine agissent bien.» (Saint Nicodème).

Ceux qui sont esclaves de la nourriture font des commentaires à propos du 66e canon du 6e Concile oecuménique, qui dit que tout chrétien devrait jeûner durant la Semaine sainte. Ce canon ne semblera en désaccord avec l'esprit de l'Orthodoxie qu'à ceux qui sont esclaves de la nourriture et non à ceux qui connaissent la vérité.

À cette époque, de nombreux chrétiens faisaient des choses répréhensibles pendant les jours de fête, buvant et dansant, s'amusant et jetant le trouble dans les rues. Afin d'y mettre fin et afin que les impies ne blasphèment pas le Nom de Dieu, les saints pères ont érigé en décret ce canon. Et l'interprétant, saint Nicodème écrit : «Tous les chrétiens devraient rester dans les églises tout au long de cette semaine, célébrant et se réjouissant de la résurrection du Seigneur par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, se souciant des paroles des saintes Écritures et participant aux divins Mystères╔» Et nous savons bien que ceux qui désiraient communier demeuraient dans les églises toute la semaine, se réjouissant par des prières et des hymnes et participant aux divins Mystères chaque jour. Mais les irrespectueux retournaient chez eux, mangeant et buvant. Le canon ne dit pas du tout : Venez, vous qui hier avez bu et rompu le jeûne; venez, vous qui tout au long de la journée d'hier avez dansé et vous êtes divertis. Mais que dit-il ? Venez, vous qui êtes demeurés dans les églises, vous qui avez jeûné, vous qui avez continué à prier.

Les «Sentences des pères du désert» relatent qu'un moine fit venir un autre moine afin de l'inviter à manger le jour de Pâques. Mais ce dernier se mit à pleurer et dit : «Hier, le Christ se trouvait dans le tombeau pour moi. Comment pourrais-je m'autoriser à manger de l'huile aujourd'hui ?»

Mais d'autres moines n'ont pas regagné leur cellule durant toute la Semaine sainte et ils sont restés dans le narthex du Catholicon (église centrale), mangeant du pain trempé dans une soupe d'hysope. Que de tels hommes s'approchent toujours de la communion.

Nous ne disposons pas d'un seul témoignage attestant qu'à cette époque ils mangeaient et communiaient aussi. Et le chrétien qui ni ne garde l'abstinence ni ne jeûne avant la sainte communion ne peut se trouver dans un état de liberté spirituelle, ne peut communier avec le monde spirituel, ne peut avoir d'assurance à l'égard du Dieu saint, ne peut prier et ne peut donc prendre part au repas du Maître en s'approchant du Corps et du Sang du Seigneur.

«En ce qui concerne le jour de la divine communion, une certaine coutume séculaire a été sanctifiée dans l'Église orthodoxe catholique et apostolique et qui a force de loi ecclésiastique dans la conscience de la perfection des fidèles. Il s'agit, pendant quelques jours avant la divine communion, de ne pas consommer de nourriture d'origine animale et d'huile. »

Nous pensons qu'il est suffisant de dire que ceux qui communient fréquemment sont ceux qui mènent toujours une vie spirituelle et qui, pour cette raison ne cessent de s'abstenir et de jeûner. «L'Église en aucun cas ne retient celui qui s'est préparé moralement et pour cette raison, il peut communier chaque jour de la semaine ou deux et trois fois, ou encore selon saint Basile le Grand, quatre fois par semaine, toujours après s'être confessé et avec l'accord de son père spirituel. Il ne peut être question de nourriture riche ou de gloutonnerie la veille. Car le chrétien qui ne peut contourner de tels obstacles matériels, qui ne peut pas ne manger que ce qui suffit à vivre et pour qui la question de la nourriture prise avant la sainte communion pose des problèmes, celui-ci ne peut parler de divine communion fréquente, laquelle présuppose une façon de vivre profondément spirituelle. La divine communion fréquente, telle que l'entend saint Basile le Grand exige une abstinence continuelle, constante, spontanée et suivie de plein gré ainsi qu'un jeûne ininterrompu╔ »

Ainsi l'on peut trouver dans les écrits d'inspiration divine des saints pères, d'innombrables passages tels que ceux-ci, concernant la préparation à la divine communion au moyen du jeûne.

Saint Théodore le Studite écrit dans ses «Catéchèses» qu'il exhortait ceux qui relevaient de son obédience : «Pères et frères, fuyons la gloutonnerie et l'ivresse qui sont la cause de tous les péchés. Mangeons et buvons avec piété et dans la crainte de Dieu. Et celui qui ne mange qu'une fois par jour n'est pas très loin de la perfection de l'abstinence. Jésus Christ Lui-même dans le "Notre Père" nous ordonne de nous procurer la nourriture nécessaire à notre subsistance. Et efforçons-nous de communier plus fréquemment et non seulement le dimanche.» Dans ce passage nous voyons que saint Théodore le studite instruisait ses moines qui s'abstenaient en mangeant tous les deux ou trois jours afin de briser leur volonté. Le saint leur enseignait que manger une fois par jour était de l'abstinence, il leur conseillait en outre de communier plus souvent et non seulement le dimanche. Il est à noter que les moines de saint Théodore jeûnaient de façon aussi stricte et cependant, ils n'osaient pas communier fréquemment mais seulement le dimanche. Alors qu'aujourd'hui certaines personnes qui mangent et boivent à satiété demandent avec insistance la communion chaque jour.

Dans «La Confession Orthodoxe» de John Martinos (édition de 1881) il est écrit précisément : «Le quatrième commandement de l'Église requiert de confesser nos péchés au prêtre qui a été ordonné canoniquement, et de façon orthodoxe au moins quatre fois par an.»

Comme la piété de certains est plus élevée, que ceux-ci se confessent chaque mois et après la confession, qu'ils communient, après que leur corps a jeûné trois jours (car l'on présuppose qu'ils ont jeûné spirituellement). En effet, si Dieu ordonna aux Hébreux qui s'apprêtaient à recevoir sa Loi sur le Mont Sinaï, de laver leurs vêtements et de jeûner pendant trois jours, et ceci pour recevoir une seule loi, combien davantage, les chrétiens qui vont recevoir Dieu Lui-même, le Donateur de la Loi sur le Sinaï, devraient-ils jeûner physiquement et spirituellement ?»

Dans «l'Anthologie sacrée» (édition de 1865) il est écrit : «Les prêtres devraient enseigner à leur paroissiens à communier pendant le grand carême, en approchant la sainte communion avec une conscience purifiée et avec piété. Mais si certains désirent aussi communier en dehors du carême, ils doivent jeûner pendant sept ou cinq ou au moins trois jours et ceux qui ont une épouse - les gens mariés - doivent s'abstenir de rapports physiques, et se préparer grâce à la divine confession; le jour où ils ont l'intention de communier, ils ne doivent rien manger depuis la veille mais les malades, les personnes âgées ainsi que les enfants peuvent manger un peu, cependant après minuit, ils ne doivent plus rien consommer mais ils doivent se prosterner et prier. Et au début de la liturgie, ils doivent tous se trouver dans l'église et tous ceux qui ont appris à lire et à écrire doivent lire l'office de préparation à la divine communion. Ils doivent ce jour-ci s'abstenir de gloutonnerie et de rapports sexuels. Tous les chrétiens qui ont reçu l'autorisation de leur père spirituel doivent communier de cette façon. De même les prêtres doivent-ils donner la communion aux enfants et aux bébés pour la sanctification de leur âme et de leur corps, à cause de la foi de leurs parents selon la coutume de l'Église.»

La préparation au moyen de la pureté et de la chasteté remonte bien entendu à l'Ancien Testament. Saint Anastase en parle et dit : «Il est évident qu'au préalable, il nous faut nous sanctifier et nous purifier de tout acte incompatible et nous approcher ainsi du divin Mystère de façon à ce que ne s'ensuive pas la destruction de l'âme et du corps. Car Dieu dit à Israël par l'intermédiaire de Moïse : "Si l'un des hommes de toute ta lignée approche les choses saintes que les fils d'Israël sanctifient au Seigneur et qu'ils sont impurs, le Seigneur détruira cette âme." Et aussi : "Que les fils d'Israël se purifient de la souillure par laquelle ils ont entaché mon tabernacle". Aussi, même quand il s'agissait du divin David ( et de ceux qui l'accompagnent) sur le point de manger le pain de proposition qui préfigurait en quelque sorte le Corps du Christ, le grand prêtre demandait immédiatement à David s'ils n'étaient pas souillés par des relations avec une femme et leur donnait ensuite les pains.»

Mitrophane Kritopoulos écrit et dit dans sa Confession (1642) qu'avant la divine communion, il faut se préparer au moyen du jeûne, «c'est-à-dire le jour précédant la communion, nous devons nous abstenir de manger, soit totalement soit moins strictement si quelqu'un est atteint d'une infirmité physique. Mais le jeûne moins strict doit se composer "de fruits, soit frais - tels que le raisin, les figues, les pommes, les poires et autres - ou secs tels que les figues, le raisin sec, etc.; ils ont aussi droit à un peu de pain et peuvent boire de l'eau. Quant à ceux qui sont malades, ils peuvent additionner un peu de vin si besoin est et tous ceux qui vont communier doivent veiller cette nuit-là.»

Nous référant de nouveau aux premiers chrétiens outre ce que nous avons dit précédemment, nous pouvons ajouter que leurs réunions après l'accomplissement de la divine liturgie se faisaient, selon l'exemple du Seigneur, le soir. Il est alors évident qu'en dehors des jours du grand carême, ils ne mangeaient que le soir après la divine liturgie. Mais lors du grand carême, après les vêpres et la liturgie des présanctifiés, ils mangeaient de la nourriture non cuite ou des légumes sans huile à la neuvième heure (vers 15 heures de l'après-midi) (Théodore le Studite, Chronique Didaskalia).

Saint Jean Chrysostome dans son homélie sur le thème que le jeûne de Pâques ne suffit pas pour communier et que la première vertu de l'âme est aussi nécessaire╔, dit : «De même, nous ne tirerons aucun profit de nos multiples peines et efforts lors du jeûne si nous ne sommes pas en mesure de jouir du saint repas avec une conscience pure╔ Si quelqu'un ne parvient pas à se corriger de ses péchés, le jeûne seul ne suffira pas. Car il convient que celui qui ne jeûne pas obtienne le pardon s'il peut invoquer la maladie du corps comme excuse. Mais il est difficile à celui qui n'a pas corrigé ses péchés de se défendre. Vous n'avez pas jeûné à cause de la faiblesse de la chair : dites-moi pourquoi vous ne vous êtes pas réconciliés avec vos ennemis ?

Aussi, seul celui qui ne peut jeûner avant la divine communion parce qu'il est malade, peut être pardonné.

À propos du jeûne, Tertullien dit qu'avant la divine communion au Corps et au Sang du Seigneur le jeûne est indispensable. Et «de façon générale» dit Th. Parascevaïdes, «nous devons accepter le fait que dans la totalité de l'Église primitive, le jeûne strict et l'abstinence étaient observés avant la divine eucharistie.»

Et notre conclusion est fournie par saint Jean Chrysostome, qui dit, nous pouvons le rappeler : «Vous qui voulez vous approcher de la divine Table et des Mystères sacrés, faites-le avec crainte et en tremblant, avec une conscience nette, par le jeûne et la prière.»

Et donc «qu'un homme fasse ses preuves.» «Qu'il fasse ses preuves» est interprété par Zigabenus ainsi : «Qu'il examine s'il est digne.» Le divin Apôtre ne suggère pas ici l'épreuve imposée à soi-même ou l'examen de soi mais la purification de soi, la purification morale de soi-même et la décision de persévérer dans cette voie, particulièrement par le sacrement du repentir et de la confession, en tout cas par le biais des moyens canoniques que sont le jeûne, la prière et l'abstinence - avec, comme juge, non pas soi-même mais notre père spirituel qui a la permission de son évêque de confesser et selon les circonstances d'accorder ou de refuser le pardon. Aussi peut-il, étant une autre personne, juger objectivement ce qui a trait à l'état moral du fidèle qui se confesse, contrairement au fidèle lui-même qui est sujet aux lois psychologiques de l'aveuglement.

«Car celui qui mange et boit alors qu'il n'en est pas digne...» tout chrétien dit-il, qui, alors qu'il n'en est pas digne, s'approche du Corps et du Sang du Seigneur, s'approche de ceux-ci pour sa condamnation; non pas à cause de la nature du Mystère (puisque par essence ils sont vivants et donnent la vie et le salut) mais à cause de l'indignité de celui qui communie; car le soleil profite et il est agréable à ceux dont les yeux sont sains mais pour ceux dont les yeux sont abîmés et affaiblis, il devient nocif et malfaisant.

«Qui ne discerne pas le Corps du Seigneur.» Tel est le chrétien qui communie sans en être digne et pour sa condamnation; il agit ainsi parce qu'il ne cherche pas à connaître ou ne comprend pas la grandeur du Mystère. Car si nous réþéchissions bien à Celui dont nous nous approchons, c'est-à-dire qu'il s'agit du Fils de Dieu Lui-même présent de façon cachée sous la forme de pain sanctifié, dans sa Divinité et son Humanité, alors nous n'aurions certainement pas besoin d'enseignement supplémentaire. Mais cette seule pensée suffirait à nous rendre craintifs, sobres et vigilants quand nous communions» (Nicodème l'Hagiorite, Interprétation des 14 Épîtres de l'Apôtre Paul).


Le jeûne n'est pas une peine, mais une abstinence librement consentie. Ce n'est pas une servitude, mais une sage volonté.
Saint Isaac le Syrien

Le propre d'une âme noble et généreuse est de ne pas désespérer dans les malheurs.
Jean Carpathos