Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 46
JUILLET 1992

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

SOMMAIRE
NOUVELLES
TÉMOIGNAGES QUI ATTESTENT QUE LA PRÉPARATION A LA DIVINE COMMUNION PAR LE JEUNE EST INDISPENSABLE
JUSQU'A...
ICONOGRAPHIE BYZANTINE : La nudité sur les icônes
LA VIE DE SAINT INNOCENT DE L'ALASKA
 
NOUVELLES

 

Je suis de nouveau chargé de notre mission en Allemagne. C'est pour cela que j'y étais le mois passé et, plaise à Dieu, je m'y rendrai encore une fois pendant le carême de la Dormition, c'est-à-dire tout de suite après l'envoi de ce bulletin.

J'envisage aussi de reprendre la publication en langue allemande de notre bulletin - publication qui fut abandonnée pendant de longues années.

Depuis la dernière fois nous avons publié un livre de prières qui contient les prières que les fidèles lisent chez eux. De même, un écrit de saint Ephrem le Syrien (Discours exégétiques) a vu le jour. Il nous reste également encore quelques exemplaires de saint Grégoire de Nysse (Lettre à Olympios). Ces écrits sont envoyés sur simple demande.

Par mesure d'économie, je publie dès maintenant nos éditions en photocopie, au lieu de les donner à faire en offset par l'imprimeur. Cela entraîne quelques changements dans leur présentation et une baisse de qualité d'impression. Mais on ne peut pas toujours comme on veut.

 

Hm. Cassien

TÉMOIGNAGES QUI ATTESTENT QUE LA PRÉPARATION A LA DIVINE COMMUNION PAR LE JEUNE EST INDISPENSABLE
Écrit par Monseigneur André d'Athènes et traduit par Claudia Rémy

Comme certaines personnes refusent le jeûne avant la divine communion et citent parfois les pères théophores, Chrysostome, Basile et d'autres pour étayer leur position, les interprétant mal ou les comprenant de façon erronée, nous insérons dans les pages qui suivent quelques témoignages de ces mêmes pères, traduits ou cités dans le texte.

Et parmi les premiers, citons certains passages des écrits de saint Jean Chrysostome qui fut l'un des pères ascétiques. Tout d'abord, il convient de mentionner qu'il ne mangeait que du pain sec, ne buvait qu'un peu d'eau et que lorsqu'il avait mal à l'estomac, il faisait bouillir du blé et en buvait la pulpe obtenue. Il veillait toute la nuit, lisant et priant. Il ne dormait qu'une heure, les mains suspendues à une corde. Il était l'un de ceux qui jeûnaient la plupart du temps, pendant de longues périodes, en effet il ne mangeait ni ne buvait - eau ou autre chose - rien pendant trois mois complets, sinon lors de la sainte communion lorsqu'il officiait.

De ses écrits, nous avons rassemblé les suivants se rapportant à ce sujet :

"Dans les premiers temps, nombreux étaient ceux qui s'approchaient des mystères avec candeur et insouciance, particulièrement quand le Christ les dispensait du jeûne. Aussi, remarquant le mal causé par une approche inconsidérée, les pères se réunirent et décrétèrent quarante jours de jeûne, de prières, d'écoute des saintes Écritures et de réunions, afin que durant cette période, chacun puisse être totalement purifié grâce aux prières, aux aumônes, au jeûne et aux veilles durant toute la nuit, ainsi qu'aux larmes, à la confession et tout autre moyen que permettait notre force; et afin qu'après avoir fait ceci, nous puissions nous approcher des mystères la conscience pure. Il est évident qu'ils réalisèrent ainsi une grande oeuvre en ceci qu'ils instaurèrent parmi nous l'habitude du jeûne… Aussi, si un Juif ou un Grec vous demande pourquoi vous jeûnez, ne dites pas : A cause de Pâques ou de la Croix, sinon vous lui donnez de puissantes armes contre vous; car ce n'est pas à cause de Pâques que nous jeûnons, ni à cause de la Croix, mais à cause de nos péchés (puisque nous avons l'intention de nous approcher des mystères.)

Un second passage du même auteur confirme que le jeûne était obligatoire avant la divine communion :

"Avant de vous approcher des mystères vous devez jeûner afin d'être tout à fait digne de la communion. Et après vous être approché, vous devez intensifier votre pureté, vous risquez sinon de tout perdre. Cependant, il est différent de se priver de jeûner avant et après; vous devez être pur avant comme après, mais particulièrement après avoir reçu l'Époux. Avant, afin de vous rendre digne de Le recevoir et après, afin de ne pas devenir indigne de ce que vous avez reçu. Et alors, est-il obligatoire de jeûner après L'avoir reçu ? Je ne dis pas ceci pas plus que je ne l'impose. Il est bon de le faire mais je ne vous y oblige pas, je vous exhorte seulement à ne pas trop manger."

Un troisième témoignage du même saint :

"Comme vous allez vous approcher de la redoutable et divine table et être initié aux saints mystères, faites-le avec crainte et en tremblant, avec une conscience nette, et à l'aide du jeûne et de la prière... Ceci est le remède à nos plaies, la richesse intarissable et la raison de notre entrée au royaume céleste."

Dans son 43e sermon appelé "Ne vous approchez pas des divins mystères sans en être dignes", il dit : "Beaucoup s'approchent de ce redoutable sacrifice une fois par an, d'autres deux fois et d'autres encore plusieurs fois. A tous ceux-ci, notre sermon est utile ainsi qu'à ceux qui vivent dans le désert. Car ces derniers ne communient qu'une fois par mois et bien souvent une fois tous les deux ans - qu'allons-nous alors faire ? Qui recevrons-nous pour la sainte communion, ni ceux qui s'approchent une fois par an, ni ceux qui s'approchent plusieurs fois mais ceux qui s'approchent avec une conscience nette, un coeur pur et une vie sans tache - que ceux-ci s'approchent chaque fois. Par contre, que ceux qui ne sont pas dans cet état ne s'approchent pas même une fois. "Car celui qui mange et boit sans en être digne, mange et boit sa propre condamnation." (I Cor 11,29) Ces dons ne sont offerts qu'à ceux qui sont saints. C'est ce que dit le diacre quand d'une voix tremblante, il appelle ceux qui sont saints à la sainte communion : "Les choses saintes aux saints."

Et saint Basile le Grand qui ne connaissait que deux chemins, - le premier allant de chez lui à l'école et le second allant de chez lui à l'église, - lui dont la nourriture fut constituée de choux crus et de légumes sans huile tout au long de sa vie (!) dit d'une voix tonnante : "Courez joyeusement vers le don du jeûne - le jeûne est un ancien don, qui ne vieillit ni ne s'épuise mais qui est toujours renouvelé et qui s'épanouit avec force. Savez-vous qu'il est apparu quand la Loi a été donnée ? En effet, jeûner est plus ancien que la Loi… Étudiez le cours de l'histoire jusqu'à maintenant, examinez son origine lointaine. Ce n'est pas une nouvelle invention mais l'héritage des pères. Tout ce qui se distingue par son ancienneté est vénérable. Prenez l'âge du jeûne en considération, il est aussi vieux que l'espèce humaine. Le jeûne a été instauré au paradis… Comme nous n'avons pas jeûné, nous nous sommes séparés du paradis. Aussi devons-nous jeûner afin d'y retourner. Ne rendons pas comme excuses la maladie du corps ou notre incapacité… Sans le jeûne, il est impossible d'oser célébrer les offices divins. Le jeûne est donc utile à tout moment et personne ne doit penser qu'il en est exempté." Une preuve solide de ceci est l'incident historique suivant : quand le neveu de Constantin le Grand, Julien l'Apostat, fut monté sur le trône et déclara la guerre aux Perses, il quittait Césarée quand il apprit que Basile, son ancien compagnon d'école était évêque. Il envoya donc deux soldats demander un peu de la nourriture que mangeait le hiérarque et Basile envoya au roi deux miches d'orge et de l'eau (c'était sa nourriture et sa boisson). Mais le roi se moqua des pains d'orge qui lui avaient été envoyés et en échange envoya au hiérarque une botte de foin. Celui-ci dit aux soldats : "J'ai envoyé au roi ce que je mange et le roi m'envoie ce qu'il mange."

Voyez : nous savons que les grands maîtres et saints de l'Église ont d'abord pratiqué ces vertus et les ont ensuite enseignées. Pour cette raison, saint Basile disait : "Toutefois, nous communions quatre fois par semaine." "Nous", dit-il, c'est-à-dire ceux qui jeûnent, qui mangent des pains d'orge et ignorent l'huile.

Saint Jean Chrysostome va jusqu'à dire de jeûner même après la divine communion. La divine communion fréquente est quelque chose, selon saint Basile le Grand qui demande une abstinence continue, régulière, volontaire et totalement spontanée mais aussi de jeûner fréquemment.

Saint Nicodème, l'interprète des divins canons sacrés des apôtres, des conciles oecuméniques ainsi que de nombreux saints pères était, dans sa vie privée un moine strict rivalisant avec les ascètes des premiers temps. Il veillait en priant toute la nuit et dès l'aube il rédigeait, assis, ses écrits profitables à l'âme. Il consommait de l'huile quelques rares fois dans l'année. Sa nourriture consistait d'eau additionnée de miel et de simple pain. Parfois, il faisait cuire de la farine sans huile et la mangeait. Dans son interprétation du 9e cantique du canon du jeudi saint, il écrit : "Préparons-nous aussi… soigneusement, en nous détournant du mal et des pensées honteuses et blasphématoires…, en jeûnant selon notre force et par l'abstinence et en obtenant la rémission de nos péchés; et de cette façon grâce à une telle préparation, approchons-nous des divins mystères et prenons part."

Dans l'index typologique du Pedalion * au mot "communion", saint Nicodème note : "La communion des divins mystères doit à la fois être méritée et continuelle." A la page 230 du Pedalion, au premier renvoi, saint Nicodème écrit : "Notez que le patriarche Luc, alors qu'on lui demandait combien de jours ceux qui voulaient communier devaient s'abstenir de relation avec leur femme, répondit synodiquement qu'ils ne devaient pas approcher leur femme pendant trois jours, non seulement le clergé mais aussi les laïcs. Car si Dieu ordonna aux Hébreux de n'approcher leur femme afin de recevoir l'ancienne Loi, "Soyez prêts : pendant trois jours, n'approchez pas vos femmes" (Ex 15), combien plus encore ces jours devraient être maintenus par ceux qui ont l'intention de recevoir en eux, non pas la Loi, mais Dieu, le Donateur de la Loi Lui-même à travers la divine eucharistie. Mais même ceux qui veulent se marier doivent d'abord se confesser, puis, avant la divine liturgie, ils doivent se marier et une fois qu'ils sont mariés la divine liturgie commence; celle-ci terminée, ils doivent s'approcher pour recevoir les divins mystères, mais ils doivent se garder de s'unir la nuit qui suit la divine communion."

Nous pouvons donc tirer la plus petite leçon de la plus grande, que si s'abstenir de rapports physiques pendant trois jours suffit pour la préparation de la divine communion, un jeûne de trois jours est encore plus suffisant. Dans ses notes concernant le 13e canon du 6e concile oecuménique, saint Nicodème insiste : "Et en général, dès qu'un jeûne précédant la divine communion n'est pas fixé par les divins canons, un jeûne de 3 jours avant la divine communion suffit."

Comment les défenseurs de la gourmandise Zoï et Makrakis ont-ils pu conclure que saint Nicodème n'avait rien dit à propos du jeûne avant la divine communion ? Si le prophète Moïse a dû jeûner 40 jours avant de recevoir les dix commandements, un chrétien ne doit-il pas jeûner avant de recevoir Dieu Lui-même ?

Interprétant le 64e canon des saints apôtres, saint Nicodème écrit : "Le jeûne est une chose, l'abstinence en est une autre et rompre le jeûne en est encore une autre. Et un jeûne au sens strict du terme est l'abstinence totale de nourriture, ou manger une fois par jour, à la 9e heure, de façon frugale, c'est-à-dire uniquement du pain et de l'eau… Aussi dans le présent canon, les divins apôtres décrètent que si un ecclésiastique est découvert alors qu'il jeûne totalement ou qu'il ne prend qu'une nourriture frugale à la 9e heure le samedi ou le dimanche, et bien cet homme, dis-je, doit être défroqué..." Voyez comme l'abstinence totale de nourriture ces jours-ci n'est pas autorisée. Néanmoins il ne parle pas ici de la divine communion. Car quiconque veut communier le dimanche est obligé de jeûner le samedi exactement comme le vendredi.

Où ont-ils vu écrit que le samedi midi l'on pouvait manger de l'huile et communier le dimanche ? Qui parmi les saints et les maîtres spirituels cités a autorisé ceci ? Pourquoi déforment-ils les saintes Écritures ? Mais il en est ainsi : Quand les saints apôtres ont indiqué que le samedi et le dimanche n'étaient pas des jours de jeûne, (nous avons pourtant suffisamment expliqué ceci) ils n'ont rien dit à propos de la communion. Ce qu'ils ont dit concernait ceux qui ne se préparent pas à recevoir la communion le dimanche; ceux qui veulent communier ce jours-ci sont obligés de jeûner.

Le hiéromoine de la Sainte Montagne, Matthieu Blastaris, un canoniste du 14e siècle, écrivit : "Je pense que tout comme les premiers chrétiens ont veillé à croire correctement, ils ont veillé à agir correctement. Pour cette raison ils avaient de bonnes coutumes décrites par les divins canons et qui étaient répandues à cette époque, mais qui maintenant ont été modifiées et sont devenues différentes. Notre vie corrompue et insouciante nous a affectés à un point tel que nous ne croyons même pas qu'il fut un temps où les chrétiens parvenaient à suffisamment de vertu qu'ils communiaient continuellement lors de chaque Liturgie."

Saint Agape le Crétois qui écrivit "Le Salut des pécheurs" (il naquit en 1600 environ) écrit à ce propos "Au temps des saints apôtres, les pieux avaient l'habitude de communier chaque jour et les plus négligents une fois par semaine." Il est évident que les pieux jeûnaient continuellement mais que ceux qui craignaient le jeûne le faisaient rarement… Sur la Sainte Montagne, les moines idiorrythmiques avaient l'habitude de jeûner quand ils désiraient communier, du lundi au samedi, de s'abstenir de vin, d'huile et du reste et de n'absorber que de la nourriture sèche, c'est-à-dire du pain et de l'eau ainsi que des légumes crus le vendredi. Ils communiaient le samedi, ayant veillé et prié toute la nuit précédente." (Le Salut des pécheurs). Qu'y a-t-il de plus clair que ce témoignage ? La Tradition ancienne de l'Église veut que l'on jeûne avant de communier.

Dans la "Confession orthodoxe" il est écrit : "la préparation à la communion des redoutables mystères doit se faire selon les règles de notre Église orthodoxe, à savoir une confession franche, le jeûne et la componction."

Dans "Le Fouet divin" de Chrystophore il est écrit : "au moins trois jours avant, préparez-vous par le biais de la prière, du jeûne, des aumônes et de tout autre moyen qui plaît à Dieu… et de cette façon, prenez part aux divins mystères du Christ…"

Nicéphore Théotokes, dans son homélie pour le dimanche des Rameaux, dit : "Vous tous qui avez jeûné et qui vous êtes humiliés, qui avez été purs et compatissants, ouvrez vos coeurs comme l'on déploie des vêtements et prenez part aux divins mystères…"

Saint Grégoire le Dialogue dit : "Avant la sainte communion, notre estomac doit témoigner de notre jeûne, nos yeux de nos veilles et notre bouche doit glorifier Dieu."

En 1168, un synode se tint à Constantinople présidé par le patriarche Luc pour statuer de façon définitive quant à la préparation avant la sainte communion. Comme certains des saints proposaient une semaine, d'autres cinq jours et d'autres trois jours, le synode fit alors preuve d'une grande condescendance, c'est-à-dire : "les chrétiens ne consommant pas d'huile pendant trois jours communieront."

Voyez comme mentent de façon éhontée ceux qui disent que les saints n'ont rien dit à propos du jeûne avant la communion. Les témoignages que nous avons présentés ci-dessus ne proviennent-ils pas des saints ?

En outre, observons certains pères des premiers siècles après le Christ et comment ils se comportaient afin de pouvoir comprendre, une fois de plus que les premiers chrétiens vivaient véritablement comme des anges sur la terre.

Saint Isaïe qui mangeait du pain et du sel a dit à saint Théodore le Noble : "Ne sors pas souvent de ta cellule sinon pour la sainte communion à des jours fixes, en te préparant grâce à la confession, le jeûne et d'autres pratiques ascétiques, respectant les traditions et les règles des saints pères."

Ils racontent à propos d'abba Philémon : "Il ne mangeait rien sinon du pain et du sel et ceci une fois tous les deux jours, venant à l'église le samedi et le dimanche pour la sainte communion."

Un ancien du monastère cénobitique de saint Théodose n'a consommé, pendant trente ans, que du pain et de l'eau une fois par semaine, travaillant sans arrêt et ne quittant jamais l'église.

A suivre.

Toute la vie d'un homme est un seul jour pour ceux qui sont travaillés par le désir.

Abba Grégoire.

JUSQU'A...

"Mais il (Joseph) ne la (Marie) connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté son fils premier-né." (Mt 1,25)

 

Certaines personnes qui ne croient pas à la virginité de la Toute-Sainte après son enfantement, prétendent qu'elle a eu d'autres enfants par la suite, s'appuyant sur cette expression : "Jusqu'à".

Voici ce qu'en disent deux pères de l'Église parmi les plus illustres :

"Jusqu'à ce que" ne marque pas un terme, dit saint Ephrem. Et il poursuit : "Car le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-Toi à ma Droite, jusqu'à ce que Je mette tes ennemis sous tes Pieds." (Ps 110,1) S'il était vrai que "jusqu'à ce que" marque un terme, quand ses ennemis seraient mis sous ses Pieds, Il devrait Se lever [et quitter la Droite du Père]. (Commentaire du Diatessarion).

Le divin Chrysostome dit de son côté : ""Jusqu'à ce que", cela ne veut pas dire que Joseph l'ait connue plus tard; l'évangéliste veut seulement affirmer que la Vierge demeura tout à fait intacte avant son enfantement. - Mais pourquoi dit-il : "Jusqu'à ce qu'elle enfantât ?" - C'est une manière de parler qu'on trouve souvent dans l'Écriture; elle n'exprime nullement un temps déterminé. Ainsi, par exemple, il est dit à propos de l'arche : "Et le corbeau ne revint pas jusqu'à ce que la terre fut desséchée." Bien qu'il ne soit pas revenu par la suite. En parlant de Dieu même, le prophète royal s'exprime ainsi : "D'un siècle jusqu'à l'autre siècle, Tu subsistes." (Ps 89,2); c'est-à-dire qu'Il subsiste à jamais. Voici maintenant une prédiction : "En ses jours s'élèvera la justice et l'abondance de la paix, jusqu'à ce que la lune disparaisse." (Ps 71,7). Ce n'est pas certes qu'il ait voulu poser un terme à l'existence de cet astre si beau. Ainsi donc, dans le texte dont il est question, l'expression "jusqu'à ce que", a seulement pour fonction d'affirmer ce qui précède l'enfantement, ne préjugeant en rien de ce qui doit suivre et vous laissant le soin de l'examiner. Ce que l'évangéliste devait vous apprendre, il vous l'a dit : Marie demeura vierge jusqu'à l'enfantement. Quant aux conséquences nécessaires et manifestes de cette affirmation, il les livre à votre intelligence. Il est évident que le juste n'osa jamais approcher de celle qui était devenue mère par un prodige aussi glorieux, et dont l'enfantement était sans exemple dans les générations humaines. Si la loi commune s'était ici réalisée, comment le Christ mourant eût-Il confié sa mère au disciple bien-aimé, en lui recommandant de lui tenir lieu de fils, preuve qu'Il la regardait comme n'ayant pas d'époux ?" (Ve homélie sur saint Matthieu).

Honorons donc, dans la simplicité de notre foi, celle qui fut vierge avant, pendant et après l'enfantement. D'ailleurs l'expression : "fut vierge" est du même type que "jusqu'à". "Fut vierge" ne veut nullement dire qu'elle a cessé de l'être.

 

Hm. Cassien

La simplicité du style et l'absence de recherche convient à la fin que se propose un chrétien, qui écrit moins pour l'étalage de son propre savoir que pour l'utilité commune.

Saint Basile le Grand. (Lettre à Diodore)

ICONOGRAPHIE BYZANTINE

(suite)

 
La nudité sur les icônes

 

Ce n'est plus le corps charnel que l'icône représente mais un corps transfiguré, spirituel, un corps de gloire. Tout ce qui est lié à notre condition déchue a disparu : pesanteur, mort, passions etc., et même le sexe, qui fut créé en prévision de la chute, selon les pères. Voici ce que dit saint Grégoire de Nysse : "Car le divin n'est ni mâle ni femelle - comment peut-on penser pareille chose de la Divinité, puisque cela ne sera pas pour toujours propre aux humains, car quand nous serons tous un en Christ, alors nous déposerons ces signes de différences en même temps que le vieil homme."

Un saint nu, l'icône byzantine le représente donc dans sa réalité surnaturelle : impassible et asexué. Un saint sur une image pieuse de style "saint Sulpice", même habillé, excite la passion, tandis que sur l'icône, un saint, même nu, l'apaise.

SAINT BASILE LE BIENHEUREUX
Si le sexe est absent sur l'icône, parfois pourtant on y voit les seins de la Mère de Dieu ou de telle sainte. Il s'agit dans ce cas d'une réalité autre, signifiée par cela : le martyr d'une sainte dont le sein fut coupé, par exemple. Sur l'icône de la Toute-Sainte qui allaite l'enfant Jésus, est affirmé le fait qu'elle a enfanté et nourri de son sein le Christ-Dieu, et que Lui de son côté a assumé entièrement la condition humaine, hormis le péché.

Sur l'icône du Jugement dernier on voit aussi des pécheurs dans leur nudité, punis précisément pour les péchés de la chair. A l'opposé se trouvent nus, - sans sexe pourtant car déjà dans le paradis céleste -, Adam et Ève, avant la chute qui a entraîné la honte et ses conséquences.

En somme, ce que l'icône reflète, même à travers la nudité, c'est la fraîcheur du Paradis, telle qu'elle a existé avant le péché et telle qu'elle existe dans le monde transfiguré, - anticipé déjà par les coeurs purs et représenté dans l'icône.

 

Hm. Cassien

Quant à la profession de foi, nous refusons d'en recevoir une nouvelle que d'autres écriraient pour nous, et nous n'avons pas nous-mêmes l'audace de livrer les produits de notre pensée, de peur d'humaniser les paroles de la piété; mais ce que les saints pères nous ont appris, nous le faisons connaître à ceux qui nous interrogent.

Saint Basile le Grand. (Lettre à l'Église d'Antioche).

LA VIE DE SAINT INNOCENT DE L'ALASKA

 

On peut lire dans les registres de l'état civil de la ville d'Anginskoe du district d'Irkoutsk, en Sibérie orientale, cette banale inscription : "Le 26 août 1797, la femme du sacristain de l'église Saint-Élie-le-Prophète, Eusèbe Popov, a donné naissance à un fils qui a été prénommé Jean."

Ainsi commença la vie terrestre de celui qui devait devenir le grand et saint évêque Innocent Beniaminov. Son père, bien que d'une très mauvaise santé, s'occupa lui-même de l'instruction du petit garçon dès que ce dernier eût atteint l'âge de cinq ans, et en moins d'un an Jean sut lire et écrire. Eusèbe mourut peu après, à l'âge de quarante ans, laissant sa femme et ses quatre enfants dans un grand dénuement. Son frère, Dimitri Popov, diacre de la même paroisse, recueillit l'enfant et prit en main son éducation. Jean était très doué, si bien qu'à sept ans il était chargé de lire l'épître pendant la divine liturgie et le faisait d'une voix si claire et si vibrante que les paroissiens en étaient fort édifiés. Devant ses succès et l'affection de tous envers lui, sa mère essaya de le faire nommer au poste de son père, resté vacant, ce qui lui aurait permis de subvenir aux besoins de la famille. Mais telle n'était pas la Volonté de Dieu. A l'âge de neuf ans, Jean, dont l'intelligence était pleine de promesses, fut envoyé au séminaire théologique d'Irkoutsk. Cette même année son oncle Dimitri, ayant perdu sa femme, devint moine à Irkoutsk où il fut ordonné prêtre sous le nom de David. Il put ainsi continuer à veiller de près sur son bien-aimé neveu.

Au séminaire, Jean devint rapidement le meilleur élève de sa classe. Il était grand, bien découplé et de belle apparence, mais son caractère studieux, et sa maturité précoce, ne le rendaient pas très populaire auprès de ses condisciples, aussi passait-il une grande partie de ses loisirs dans l'atelier de mécanique du père David. Il acquit ainsi une connaissance de la mécanique qui devait lui être très utile par la suite. Le jeune homme lisait énormément; en plus des oeuvres spirituelles, il aimait étudier l'histoire, l'astronomie, la botanique et autres matières scientifiques. Après avoir lu dans un livre du professeur Hallé des descriptions d'appareils mécaniques anciens, Jean construisit avec comme seuls outils un couteau ordinaire et un poinçon pour tailler et travailler le bois, une horloge à eau qui fonctionnait à merveille. De l'eau, contenue dans un récipient d'écorce de bouleau, tombait goutte à goutte sur une plaque de métal pour donner l'illusion du tic-tac, et une clochette sonnait les heures. Inutile de dire que cette ingénieuse horloge impressionna vivement les camarades de Jean et les habitants d'Irkoutsk, d'autant plus que les horloges, de quelque sorte que ce soit, étaient alors très rares en Sibérie. Il inventa également une montre solaire de poche dont le mécanisme était si simple qu'il fut en mesure d'en fournir à tous ses camarades. Ceux-ci commencèrent dès lors à considérer d'un autre oeil cet élève exceptionnel.

Dans les premières années du 19e siècle, l'évêque Michel d'Irkoutsk décida de faire construire une horloge pour le clocher de la cathédrale. Il fit venir un fabricant d'horloges de Russie occidentale. Jean Popov, enchanté, passait tout son temps libre avec l'artisan dont il devint bientôt le précieux assistant, aidant à tailler les énormes rouages, faisant preuve d'une compétence remarquable. L'évêque s'inquiéta de voir Jean passer autant de temps à ce travail, craignant qu'il ne négligeât ses études. Il n'en était rien cependant, car Jean trouvait le moyen de faire ses devoirs et de rester à la tête de sa classe dans toutes les matières. Le nom de Popov était tellement commun dans la région que la tenue des registres et l'établissement de statistiques en étaient rendus difficiles. Le nouveau recteur, nommé en 1814, demanda aux élèves portant ce nom de bien vouloir en accepter un autre, généralement en rapport avec le lieu de leur naissance. A cette occasion, une mesure spéciale fut prise à l'égard de Jean. L'évêque vénéré et très aimé d'Irkoutsk, Benjamin, venait de mourir. Puisque Jean était l'élève le plus estimé et le plus doué de tous il porterait le nom du défunt évêque - Beniaminov.

L'an 1817 représenta un moment décisif pour le jeune homme. Il lui fallut à cette époque choisir entre le mariage et les études supérieures. Il opta pour le mariage et cela changea le cours de sa vie. Il termina ses études au séminaire en 1818. En juin de cette même année arriva l'ordre d'envoyer deux étudiants du séminaire d'Irkoutsk à l'Académie de Théologie de Moscou. Jean était de toute évidence le candidat qui s'imposait, mais son mariage l'empêcha d'être nommé. Voici ce qu'il écrivit plus tard à ce propos : "Le recteur voulait me mettre sur les rangs, ainsi qu'il m'en informa personnellement par la suite. Quant à la raison pour laquelle il n'empêcha pas mon mariage, c'est qu'il ne fut pas en mesure de le faire à cause d'un incident très rare qui eut lieu alors. La rivière Angara qui sépare le séminaire et la résidence de l'évêque se trouva être en crue à l'époque où je décidai de me marier. Elle resta infranchissable pendant quelque temps. C'est ainsi que je me suis marié sans que l'évêque en fût informé. Sans cette circonstance, je n'aurais pas pu me marier, et j'aurais été envoyé à l'Académie au lieu d'aller en Alaska."

Jean avait été ordonné diacre en 1817 et affecté à l'église de l'Annonciation d'Irkoutsk. Lorsqu'il termina ses études au séminaire, il fut nommé professeur à l'école paroissiale. C'est le 18 mai 1821 qu'il fut ordonné prêtre. Pendant la courte période d'environ deux ans où il fut prêtre de paroisse, il gagna l'amour et l'estime de ses fidèles qui n'oublièrent jamais sa bonté, son travail pastoral et les offices sereins et pleins de joie qu'il célébrait.

En 1823, le saint Synode demanda à l'évêque d'Irkoutsk de nommer un prêtre pour l'île d'Unalaska dont les habitants avaient embrassé la foi chrétienne. Pour beaucoup de Russes, l'Alaska semblait être au bout du monde et personne ne voulait s'aventurer dans cette terre inconnue et désolée. En fait, tout le clergé d'Irkoutsk refusa ce poste, y compris le père Jean Beniaminov. Finalement, l'évêque choisit quatre diacres et décida qu'à l'exemple des saints apôtres, on tirerait au sort pour savoir qui serait envoyé. Tous acceptèrent de s'en tenir au résultat du tirage au sort, mais quand le sort tomba sur le diacre de la Cathédrale, le frère Malinine, il refusa d'accepter en disant : "Mieux vaudrait encore l'armée que l'Amérique." (Ce diacre fut par la suite défroqué, il s'engagea dans l'armée et mourut en soldat, regrettant son entêtement).

Entre temps, le père Jean Beniaminov avait fait la connaissance de Jean Krukov, un russe qui avait vécu à Unalaska avec les Aléoutiens pendant près de quarante ans. Il était revenu à Irkoutsk pour tenter de convaincre un prêtre de se rendre à Unalaska.

Le père Jean raconte : "J'étais présent lorsque Jean Krukov prit congé de l'évêque. Il commença à parler de l'ardeur des Aléoutiens à la prière et à l'écoute de la parole de Dieu (que le Nom du Seigneur soit béni !). Tout à coup, je me sentis rempli, comme d'un feu dévorant, du désir d'aller vers de telles gens. Je me souviens clairement combien je brûlais d'impatience en attendant le moment d'informer l'évêque de mon intention, et comme il a semblé en être surpris, me répondant simplement : "Nous verrons."

L'évêque, ne voulant pas perdre un si excellent prêtre, fit attendre sa décision pendant un certain temps. Finalement, voyant que le jeune prêtre était résolu à partir, il lui donna sa bénédiction et le nomma missionnaire pour la région d'Unalaska. C'est le 7 mai 1823 qu'une petite troupe prit le départ pour l'extraordinaire aventure. Elle était composée de cinq personnes : le père Jean, sa femme et leur petit garçon Kenya, la mère de sa femme et le frère du père Jean, Stéphane, ordonné lecteur avant le départ. Ils s'arrêtèrent dans la ville natale du père Jean, où ce dernier célébra la divine liturgie et dit les prières spéciales pour les voyageurs. Ils arrivèrent au fleuve Léna le 9 mai et s'embarquèrent sur une péniche. La Léna coule lentement vers le nord, à travers des contrées sauvages où l'on ne peut voir aucun signe de vie à des centaines de kilomètres à la ronde.

La descente de la Léna, sur une distance d'environ 2000 kilomètres fut la partie la plus facile du voyage. A Yakoutsk, les voyageurs quittèrent la péniche et partirent à cheval pour parcourir les 1000 kilomètres qui les séparaient du port d'Okhotsk. Dans cette région marécageuse, infestée de mouches venimeuses dont la piqûre est extrêmement douloureuse, chaque caravane doit trouver son propre chemin, car aucune piste ne subsiste dans les marais. A l'époque du voyage du père Jean et de sa famille, les hauts cols de montagnes étaient encore couverts de neige, alors que dans les vallées les rivières étaient déjà en crue par la fonte des neiges. Les chevaux s'enfonçaient parfois dans la boue jusqu'à mi-ventre et il fallait du temps et beaucoup de travail pour le tirer de là.

Enfin, par la Grâce de Dieu, les voyageurs arrivèrent au terme de ce pénible trajet et c'est avec joie qu'ils humèrent enfin la brise marine, entendirent les vagues battant les côtes rocheuses et aperçurent le haut des mâts des navires du port d'Okhotsk. La petite troupe exténuée put prendre un peu de repos avant de s'embarquer pour une longue et incertaine traversée. Le navire fit escale à Sitka, et le 29 juillet 1824, un an et deux mois après avoir quitté Irkoutsk, nos pèlerins arrivèrent enfin à la destination. Le père Jean, premier prêtre de cette région du monde, était arrivé dans sa paroisse.

L'une des premières tâches du père Jean fut de construire une grande église. Les Aléoutiens furent dans l'admiration devant l'habilité et la dextérité de leur prêtre et montèrent un grand désir d'apprendre tout ce qu'il pouvait leur enseigner. Le père Jean construisit l'iconostase et l'autel de ses propres mains. L'église fut achevée après un an de travail et fut consacrée le 29 juillet 1826 à l'Ascension de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus Christ.

Une autre tâche très importante fut d'apprendre la langue du pays et de se familiariser avec les nombreux dialectes de cette immense paroisse. L'Église orthodoxe a toujours considéré comme une nécessité impérieuse de traduire les saintes Écritures, les services liturgiques et tout l'enseignement de la foi, dans les langues locales. Le prêtre Jean réussit rapidement à apprendre le dialecte fox de la langue aléoute, parlé à Unalaska. Cet homme remarquable commença très tôt à créer un alphabet et à donner une forme écrite au langage des Aléoutiens. Il composa la première grammaire et traduisit - et écrivit - plusieurs livres, y compris des manuels professionnels et techniques, des livres de classe, ainsi que des textes liturgiques.

La paroisse d'Unalaska s'étendait sur de vastes distances, comprenant de nombreuses îles. Le père Jean faisait ses tournées dans de petites pirogues aléoutiennes (bidarka) où il devait se trouver très à l'étroit. Le climat est excessivement rude : du brouillard et des vents très forts presque toute l'année avec cinquante jours au maximum de beau temps par an.

Le père Jean relate un épisode extraordinaire d'un de ses voyages, qui révèle la ferveur profonde avec laquelle certains Aléoutiens accueillaient la foi orthodoxe. Le sacré n'était d'ailleurs pas absent de leur vie avant l'arrivée du prêtre.

En 1828, raconte le père Jean, "je me rendis en bidarka à l'île d'Akun. C'était pendant le grand carême et je devais préparer les Aléoutiens à la sainte Communion. Lorsque j'approchais de l'île, je fus surpris de voir les habitants du village vêtus de leurs plus beaux habits réunis sur le rivage pour m'attendre. Devant mon étonnement, ils m'expliquèrent qu'ils savaient que j'arrivais et qu'ils étaient venus me souhaiter la bienvenue et me manifester leur joie. Le shaman, le vieux Smirennikov, leur avait dit que je devais arriver ce jour-là pour leur parler de Dieu et leur enseigner comment prier. Il m'avait décrit exactement sans m'avoir jamais vu.

Plus tard je rencontrai le vieux Smirennikov. Agé de soixante ans environ, on l'appelait "shaman" parce qu'il pouvait faire des choses extraordinaires et inexplicables. On racontait le cas d'une femme qui s'était pris la jambe dans un piège et avait été gravement blessée au genou par les pointes aiguës, longues de cinq centimètres, du levier du piège. La plaie s'était infectée et la pauvre femme était à l'article de la mort. Le shaman appelé auprès d'elle avait récité des prières puis déclaré qu'elle serait sauvée. En effet, à la surprise générale, la femme s'était levée le lendemain matin complètement guérie et sans qu'aucune trace de blessure soit visible. Une autre fois, pendant l'hiver de 1825, les habitants de l'île d'Akun se trouvèrent dépourvus de toute nourriture. Ils demandèrent au shaman de faire venir une baleine pour les empêcher de mourir de faim. "Je le demanderai", dit-il. Un peu plus tard, il leur dit de se rendre dans une certaine baie. Là, ils trouvèrent la baleine espérée sur le rivage.

Quant au père Jean, il se mit à préparer les habitants à la communion, leur expliquant entre autres le sens du grand carême. Parmi ceux qui venaient régulièrement, il y avait le shaman auquel le prêtre n'accorda pas une attention particulière. Il se confessa et reçut la communion et retourna chez lui. Le père Jean fut fort surpris à quelque temps de là d'apprendre que le vieil homme était allé se plaindre au chef de la tribu de ce que le prêtre ne lui avait pas demandé en confession pourquoi on l'appelait le "shaman", car il considérait, pour sa part, comme un péché de pratiquer le chamanisme et n'était pas du tout content d'être appelé "shaman".

Le père Jean envoya aussitôt un messager quérir Smirennikov pour s'expliquer avec lui. En chemin, le messager rencontra le vieil homme qui s'était déjà mis en route et qui lui dit : "Je sais que le père Jean veut me voir. J'y vais."

Lorsqu'il arriva, le prêtre lui demanda comment il pouvait prédire certains événements et guérir les malades. Le vieil homme répondit : "Après avoir été baptisé par le père Macaire, j'ai vu un homme d'abord, puis deux, qui étaient invisibles aux autres et avec lesquels j'ai conversé. Ils étaient vêtus comme les archanges de nos icônes."

Ces anges lui avaient enseigné la doctrine chrétienne et les mystères de la foi orthodoxe, c'est-à-dire la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Ils l'avaient aidé et, à travers lui, d'autres hommes et femmes dans la maladie et le malheur. Mais dans tous les cas les anges demandaient à Dieu son aide et rien ne pouvait être sans sa permission. Il arrivait de même que Smirennikov annonce ce qui se passait dans un autre lieu, mais il ne prédisait que très rarement l'avenir. Pour cela aussi les anges lui avaient dit que rien ne procédait de leur propre puissance mais de Dieu seul.

Le père Jean lui demanda si les anges lui enseignaient à prier et de quelle manière. Smirennikov répondit : "Ils m'enseignent à prier Dieu seul, à prier en esprit et d'un coeur pur. Ils prient souvent et longuement avec moi."

Le prêtre lui dit que ces messagers étaient certainement de bons anges et qu'il pouvait continuer à suivre leur enseignement. Si quelqu'un lui demandait de l'aider, il devait lui conseiller de prier Dieu lui-même. Dieu est notre Père et Il aide ceux qui mettent leur confiance en Lui. Il ne lui interdit pas d'aider les malades, mais il lui ordonna de leur répéter que c'est Dieu seul qui aide et guérit par sa toute-puissance.

Le père Jean aurait bien voulu voir ces anges et leur parler. Smirennikov promit de leur demander, et revint le jour suivant pour dire que les anges acceptaient. Réflexion faite, le prêtre, troublé, pensa que son désir provenait de la curiosité et que s'il voyait les anges il en ressentirait peut-être de l'orgueil. Il résolut de soumettre l'affaire à son évêque. Une année s'écoula avant que la réponse de l'évêque ne lui parvînt, lui conseillant de voir les anges. Mais lorsque Jean retourna dans l'île, Smirennikov était mort.

Dix années de fécond travail s'écoulèrent ainsi pour le père Jean à Unalaska. Pendant cette période, il rédigea son fameux sermon "Sur la voie qui mène au royaume de Dieu", en dialecte fox-aléoute, traduit depuis en tlingit, en français et en anglais, et qui a eu 46 éditions en russe. Son "Catéchisme", et son "Histoire de l'Église du Christ", ont aussi été publiés en tlingit, mais son ouvrage le plus fameux sur le plan international est son livre de 658 pages "Notes sur les îles de la région d'Unalaska". Ce livre, divisé en trois parties : deux sur les Aléoutiens et une sur les Tlingits, contient des informations scientifiques très étendues dans les domaines de l'ethnologie, la topographie, la climatologie, la minéralogie, la démographie, ainsi que des statistiques importantes et des enseignements sur la flore, la faune et les coutumes nationales. Tous les manuels utilisés à l'école étaient écrits par lui. En dépit de tout cela, c'est avec une grande humilité que le père Jean souligne : "Je dois plus aux Aléoutiens qu'ils ne me doivent, eux, pour mon travail, et je ne les oublierai jamais." Il faut ajouter que les Aléoutiens avaient un grand amour pour leur prêtre, le suivant partout et l'écoutant sans se lasser.

Le père Jean et sa famille passèrent les premières années de leur séjour dans une hutte souterraine en attendant que soit prête la maison de bois que le père Jean construisait. Tout dans la maison fut façonné par lui, y compris l'horloge. Le père ne restait jamais inactif, il passait ses soirées à des travaux de mécanique ou à enseigner aux enfants. Il aimait les amener faire de longues promenades et leur apprendre à connaître la nature.

Au bout de dix années de cette vie, le père Jean fut muté à la Nouvelle Arkhangel (Sitka).

Le père Jean et sa famille arrivèrent à la Nouvelle Arkhangel en 1834 pendant la grande épidémie de variole qui emporta plus de dix mille personne en Alaska méridional. Plus de la moitié de la population tlingit périt.

L'épidémie ne toucha la région de Sitka qu'en 1836. Le père Jean n'avait pas encore pu établir avec les Tlingits des liens d'amitiés qui lui auraient permis de pénétrer dans leurs maisons. Il ne le regretta pas car, dira-t-il plus tard, "Imaginez ce qu'auraient pensé les Tlingits si l'épidémie s'était répandue après ma visite dans leurs foyers ?" Cependant, c'est cette épidémie qui lui permit de gagner la confiance et l'amitié des habitants. Il commençait déjà à parler leur langue et essayait depuis quelque temps de leur faire accepter la vaccination à laquelle ils étaient très hostiles. Les shamans encourageaient d'ailleurs cette réticence. Au bout de peu de temps, toutefois, les Tlingits remarquèrent que les Russes étaient moins atteints qu'eux de la maladie. Ils commencèrent enfin à comprendre que le prêtre russe essayait sincèrement de les aider et ils vinrent alors demander à être vaccinés.

Le père Jean accompagna le médecin, le docteur Bliashke, dans les villages où ils vaccinèrent tous ceux qui le leur permirent. Le fait que l'épidémie prit fin peu de temps après la campagne de vaccination, fit une profonde impression sur les Tlingits qui se montrèrent dès lors plus disposés à écouter le prêtre, d'autant plus que ce dernier leur parlait dans leur propre langue. Le père Jean se mit avec son ardeur habituelle à traduire les livres saints en tlingit, à ouvrir des écoles et à établir des programmes d'instruction pour les adultes.

Pour subvenir aux besoins de la mission, le père Jean créa un atelier de mécanique, où l'on fabriquait des orgues de Barbarie pour l'exportation vers les territoires espagnols de la Californie. Les Tlingits et les Haïdas aimaient la technologie et se montrèrent pleins de zèle pour seconder leur prêtre. Pendant cinq ans, le père Jean travailla sans répit, avec amour et patience, pour faire dans ce nouvel endroit ce qu'il avait déjà accompli à Unalaska. C'est pendant cette période qu'il écrivit ses "Notes sur le tlingit, le koniak et autres langues de l'Amérique Russe".

Au cours de l'année 1836, le père Jean visita Fort Dionysy (aujourd'hui Wranglle) et enseigna l'évangile dans le village tlingit de Stakhin près du Fort. Il s'y rendit à nouveau l'année suivante et célébra la divine liturgie au Fort et au village. La paroisse compta bientôt 1500 fidèles.

Il faut noter que, conformément aux prescriptions de l'Église orthodoxe, le père Jean ne baptisait personne avant d'être sûr que le catéchumène connaissait l'évangile et en acceptait l'enseignement. Il n'exerçait jamais aucune pression, mais se contentait d'enseigner paisiblement la Bonne Nouvelle avec amour et humilité, ne baptisant que ceux qui le lui demandaient. De même, comme d'ailleurs les autres missionnaires orthodoxes, il ne cherchait nullement à bouleverser les coutumes et altérer indûment la culture locale. Au contraire, il étudiait avec ardeur les coutumes et les traditions des habitants, leur apportant dans beaucoup de cas un éclairage chrétien.

Ce grand missionnaire amena ainsi une multitude d'hommes à l'Église, se préoccupant toujours profondément de leurs besoins spirituels. En premier lieu, il fallait assumer la continuité de leur vie eucharistique et de leur participation à tous les sacrements. Pour cela on avait besoin de nombreux livres en langue du pays et de prêtres pour desservir les paroisses disséminées dans un vaste périmètre. Les communications avec le Synode de l'Église Russe, à plusieurs milliers de kilomètres, étaient difficiles et très lentes. Le père Jean décida donc d'entreprendre le long et pénible voyage de Saint-Pétersbourg, en passant par le cap Horn et la mer Baltique. Il renvoya sa famille à Irkoutsk, ne gardant auprès de lui que sa fille Thècle. Le navire "Saint-Nicolas" leva l'ancre dans la baie de Sitka le 8 novembre 1838. Le voyage devait durer huit mois.

A Saint-Pétersbourg, le père Jean présenta ses pétitions au saint Synode et, en attendant ses décisions, entreprit de faire connaître au peuple russe l'Alaska et les missions orthodoxes. Il visita divers centres et se rendit ensuite à Moscou pour y rencontrer le métropolite Philarète. La sympathie entre les deux hommes fut immédiate. Le métropolite disait souvent de Benjaminov : "Il y a quelque chose d'apostolique dans cet homme-là." Finalement beaucoup de gens s'intéressèrent à cette affaire et une somme considérable fut réunie pour la mission.

Lorsque le père Jean revint à Saint-Pétersbourg à l'automne, il apprit que ses demandes avaient été acceptées : ses traductions seraient publiées, des prêtres seraient envoyés en Alaska, et la mission serait soutenue.

Pendant les fêtes de Noël 1839, le père Jean fut élevé au rang d'archiprêtre. Tout semblait lui sourire lorsqu'un courrier d'Irkoutsk lui apprit que sa femme bien-aimée venait de mourir.

Le métropolite Philarète qui avait pour lui beaucoup d'affection et d'estime, lui conseilla alors de se faire moine, mais dans sa douleur le père Jean ne savait quelle décision prendre : il avait six enfants selon la chair et des milliers d'enfants spirituels. Il décida de se rendre à Kiev, l'antique cité sainte, et d'y prier pour demander à Dieu de le guider.

Il en revint résolu à accepter la tonsure monastique. On accorda des bourses à ses enfants : ses deux fils furent inscrits à l'Académie théologique de Saint-Pétersbourg et ses quatre filles dans un excellent pensionnat. Et le 29 novembre 1840 le père Jean devint moine prenant le nom d'Innocent, à la suite de saint Innocent d'Irkoutsk, le premier saint patron de l'Alaska.

Entre temps, le saint Synode avait élevé la mission d'Alaska au rang d'évêché. L'empereur Nicolas ayant à choisir entre trois candidats, désigna Innocent Beniaminov comme évêque d'Alaska. C'est le 15 décembre 1840, dans la cathédrale de l'Icône de Kazan de l'Enfantrice de Dieu que le prêtre missionnaire fut sacré évêque de Kamtchatka et des îles Kouriles et Aléoutiennes, devenant, en nom et en fait, l'apôtre des Alaskans.

Le nouvel évêque partit pour la Nouvelle Arkhangel (Sitka), le 10 janvier 1841. Il s'arrêta à Irkoutsk pour prier sur la tombe de sa femme, celle qui avait été sa compagne de tant d'années de peines et de joies partagées. Les citoyens d'Irkoutsk lui firent un accueil enthousiaste. Beaucoup d'entre eux se souvenaient encore du prêtre de paroisse chaleureux, plein d'amour et de compassion. Les cloches des églises sonnèrent et tout le clergé vint lui offrir des voeux de longue vie. Il célébra la divine liturgie et un service d'actions de grâces dans son ancienne paroisse.

L'évêque Innocent Beniaminov arriva à la Nouvelle Arkhangel le 27 septembre 1841. Il se mit aussitôt au travail avec fougue, pour rattraper ses trois années d'absence. Pour commencer, il prit la décision de faire reconstruire la vieille église de Saint Michel l'Archange, construite en 1816 par le père Alexei Sokolov, et qui tombait en ruines. Il posa la première pierre d'un séminaire qui devait continuer d'exister jusqu'en 1859. Il fit construire plusieurs écoles pour les Tlingits, ainsi qu'un orphelinat et façonna de ses propres mains une grande partie des beaux meubles de sa résidence.

Son diocèse était immense, enjambant les mers septentrionales d'un continent à l'autre. Les habitants appartenaient à des tribus nomades ou semi-nomades et les quelques villages et cités se trouvaient disséminés dans de vastes régions sauvages encore peu connues. En dépit de tout, l'apôtre de l'Alaska était bien résolu à s'occuper personnellement de son troupeau. Il entreprit donc de longues et hasardeuses tournées pour rendre visite aux plus lointaines extrémités de son territoire. C'est ainsi qu'il lui fallut trois mois pour atteindre Petropavlovsk dans le Kamtchatka (cité fondée par Vitus Bering qui donna son nom au détroit). Une fois arrivé, il dut attendre plusieurs mois avant que la surface soit suffisamment glacée et dure pour permettre de parcourir la région du Kamtchatka. L'évêque, accompagné du prêtre local, le père Pierre Gromov, traversa en cette occasion, en novembre 1842, des régions qui comptent parmi les plus froides, les plus sauvages et les plus dangereuses du globe, parcourant plus de cinq mille kilomètres en traîneaux ouverts tirés par des chiens, par des températures atteignant souvent 40° centigrades au-dessous de zéro et même 65° par vents forts. Il existait dans ces régions des huttes de bois construites tous les cinquante kilomètres environ pour servir de refuges aux voyageurs, mais lorsque survenait un violent blizzard, il était la plupart du temps impossible d'atteindre ces abris et on devait se contenter de creuser un trou dans les congères et s'y réfugier en y allumant un feu avant de reprendre la piste. Innocent s'arrêtait dans les campements et les agglomérations et parlait avec une simplicité, une bonté et une ferveur qui touchaient les coeurs. Il arriva en avril 1843 à Okhotsk et pendant quatre mois prêcha la bonne parole aux alentours parmi les Koryak, les Chuk'chi et les Tungus, jusque dans les plus petits campements où les habitants s'arrêtaient temporairement avec leurs tentes en écorce de bouleau.

Partout ce bon pasteur fondait des écoles, si bien que les indigènes eurent bientôt un taux d'alphabétisation supérieur à celui des Russes habitant en Sibérie. Le fameux marchand de livres itinérant, I.I. Golubev, affirme qu'il a distribué plus de 18 000 livres dans le diocèse de l'évêque Innocent au cours d'une seule tournée, ce qui constitue un beau témoignage sur l'oeuvre éducatrice de l'apôtre.

Les chrétiens de ces régions éprouvaient des difficultés à adapter leur mode traditionnel de calculer les jours et les saisons, de façon à pouvoir connaître exactement les jours de fêtes et de jeûnes de l'Église. L'évêque Innocent inventa un calendrier ingénieux basé sur l'appareil utilisé par les Chuk'chi et autres tribus sibériennes en y adaptant des chevilles que l'on déplaçait d'un trou à l'autre selon les jours.

Innocent réussit en 1844 à mettre enfin en chantier la construction d'une nouvelle cathédrale qui fut terminée en 1848 et consacrée lors de la fête de l'Entrée de la Mère de Dieu au Temple. Aussitôt après, il fit construire une église tlingit dans le village de cette communauté.

Deux ans plus tard, l'évêque fut élevé au rang d'archevêque et muté à Yakoutsk. L'archidiocèse incluait maintenant l'Alaska et le Kamtchatka. A Yakoutsk, l'infatigable Innocent entreprit de faire commencer la traduction des Livres saints et des offices dans la langue yakoute. Le 19 juillet 1859 l'archevêque lui-même célébra joyeusement la divine liturgie et lut l'évangile en langue yakoute pour la première fois. Les habitants en furent si heureux qu'ils demandèrent la permission d'ajouter cette date au calendrier des fêtes de l'Église. Des traductions en langue tungus furent également faites à cette époque.

En juin 1857, Innocent se rendit à Saint-Pétersbourg pour participer au Concile général des évêques. C'est alors que deux évêques furent désignés pour l'assister dans sa tâche : l'évêque Paul pour Yakoutsk et l'évêque Pierre pour Sitka. Sur le chemin de retour l'archevêque passa par la région du fleuve Amour, visitant les paroisses et les communautés pour juger de leur situation et de leurs besoins spirituels. Tout le long du fleuve il s'arrêtait dans chaque village pour y célébrer les offices. Il lui arrivait, en outre, de demander brusquement qu'on arrête le bateau dans une agglomération riveraine et se mettait à prêcher à tous ceux qui se trouvaient là. Rien ne restait caché au pasteur : il voyait et comprenait toutes les misères et tous les besoins du peuple aussi bien sur le plan matériel que sur le plan spirituel.

Finalement, il ressentit une telle compassion pour tous ces gens qu'il décida de vivre parmi eux. En 1862, il s'installa à Blagoveshchensk. La fatigue et l'âge commençaient à faire sentir leurs effets et la vue d'Innocent baissait beaucoup. Il crut devoir demander au saint Synode la permission de prendre sa retraite. Il pensait que les fidèles avaient besoin d'un évêque plus jeune et plus énergique. Mais Dieu en décida autrement une fois encore. Le 19 novembre 1867 le métropolite Philarète rendit son âme bénie à Dieu. Le Synode et les autres évêques furent unanimes à penser que l'archevêque Innocent devait lui succéder.

Lorsqu'il reçut le message lui demandant de se rendre immédiatement à Moscou, Innocent en fut fort troublé. Mais il avait toujours été obéissant à la Volonté de Dieu et, après une nuit en prières, il commença ses préparatifs de départ. Son voyage à travers la Sibérie fut triomphal car il était profondément aimé et vénéré. Partout des foules l'accueillaient avec des larmes et des prières, regardant partir leur bon pasteur en sachant qu'elles ne reverraient pas en ce monde son visage béni.

Le 25 mai 1868, à 21 h 30, les cloches de Moscou commencèrent à sonner pour annoncer que le nouveau premier hiérarque entrait dans la ville. Le lendemain il fit officiellement son entrée dans sa cathédrale, l'ancienne cathédrale de la Dormition. Prenant la parole avec beaucoup d'humilité pendant la cérémonie d'intronisation, il déclara :

"Qui suis-je pour oser reprendre la parole et assumer l'autorité de mes prédécesseurs ? Un étudiant d'une autre époque, venant d'un pays lointain, qui a passé plus de la moitié de sa vie aux frontières; qui n'est qu'un modeste ouvrier dans la vigne du Seigneur, un maître pour les petits enfants et ceux qui sont fermes dans la foi."

Et le prélat, maintenant âgé de près de soixante-douze ans, oubliant qu'il était malade, exténué et presque aveugle, se mit à la tâche avec la foi, l'espérance, l'amour et l'enthousiasme dont il avait toujours fait preuve. Il réorganisa l'administration de l'Église russe. Les écoles furent améliorées, de nouveaux organismes d'assistance aux orphelins, aux veuves et aux indigents furent créés. Les hôpitaux et les asiles reçurent un meilleur équipement et leur administration fut rendue plus humaine. En 1869, il redonna une vie nouvelle à la Société Orthodoxe Missionnaire qui était désorganisée, et la mit en mesure de venir en aide aux paroisses missionnaires.

Le métropolite Innocent était âgé de 81 ans en 1879 : il avait consacré 58 ans de sa vie au service de l'Église du Christ et était maintenant aveugle et faible. Vers la fin du grand carême il sentit que la mort approchait. Il était prêt. Dans la soirée du 30 mars, il demanda au père Arsène qui s'occupait de lui de lui lire les prières pour le départ de l'âme, et à l'aube du samedi saint l'âme du vénérable missionnaire quitta son corps pour le grand passage, l'éternelle Pâque. Ses dernières paroles résument toute sa vie :

"Que l'on ne prononce pas d'éloges à mes funérailles mais que l'on glorifie plutôt la parole du Seigneur. Que l'on fasse un sermon qui édifie sur le thème suivant : "Le Seigneur guide les pas de l'homme." (Ps 36,23).

Il repose dans le cimetière de la Laure de la Sainte-Trinité-Saint-Serge, à côté du tombeau du métropolite Philarète.

L'abba Antoine a dit : "Un temps vient où les hommes seront fous, et quand ils verront quelqu'un qui n'est pas fou, ils s'insurgeront contre lui, disant : "Tu es fou", parce qu'il n'est pas comme eux."