Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 44

AVRIL 1992

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

SOMMAIRE
PRÉLIMINAIRE
CATÉCHÈSE SUR LA RÉSURRECTION DU CHRIST
LA VISION DE DIMITRI
LES HUMBLES ICONOGRAPHES DE LA PÉRIODE TURQUE
MAMON, LE DIEU DE L'ARGENT

ICONOGRAPHIE BYZANTINE

VIE DES SAINTS MARTYRS GALACTION ET EPISTEME

ENSEIGNEMENT CHRÉTIEN

Ce ne sont pas les commandements qui sont lourds,

mais nos volontés mauvaises.
abba Zosime

PRÉLIMINAIRE

 

Comme prévu, voici le numéro de Pâque. Entre-temps, j'ai fait la tournée chez les fidèles et probablement j'irai bientôt en Grèce, pour y rester quelques semaines, juste le temps nécessaire pour m'occuper de mes commandes d'icônes et pour faire imprimer un livre de prière à l'usage des fidèles.

Une fois de plus nous célébrerons les fêtes pascales à l'hermitage - plaise à Dieu - avec les fidèles qui pourront venir.

En composant le bulletin j'essaye de publier pour chaque lecteur ce qui peut l'intéresser, selon mes moyens bien sûr. Mais c'est comme dans un journal où il y a un peu de tout : politique, sport, carnet de décès etc. Chacun trouve plus ou moins ce qu'il cherche et ce qui l'intéresse.

Contenter tout le monde me semble donc impossible. Par contre chaque lecteur, s'il n'est pas toujours content de tel ou tel article, peut l'être au moins pour le prix.

Dans un menu varié, chacun a aussi ses préférences. Mais il me semble que celui qui fait un jeune strict est moins difficile et se contente même avec une nourriture simple et frugale. Celui qui est tout ouvert pour la parole de Dieu, tirera aussi profit de nos paroles simples et vraies qui prêchent de "l'unique nécessaire".

Je termine en paraphrasant Jacques Prévert : Il dépend de toi que je sois tombe ou trésor. Lecteur ne m'ouvre pas sans désir !

Que Celui est qui ressuscité de morts, accorde à nous tous la vie éternelle.

Christ est ressuscité !

hm. Cassien

 

Voici ce que le Seigneur dit aux juifs : Non peuple que t'ai-Je fait ? En quoi t'ai-Je attristé ? J'ai rendu la vue à tes aveugles, J'ai purifié tes lépreux, J'ai relevé l'homme qui gisait sur sa couche.

Mon peuple que t'ai-je fait et que m'as-tu rendu ? Pour la manne du fiel, pour l'eau du vinaigre. Au lieu de M'aimer tu M'as cloué sur la croix !

Je ne te couvrirai plus.J'appellerai les gentils et ils me glorifieront avec le Père et l'Esprit et Moi Je leur donnerai la vie éternelle.Matines du vendredi Saint(douzième Antiphone)

CATÉCHÈSE SUR LA RÉSURRECTION DU CHRIST

 

de saint Syméon le nouveau Théologien (13e Catéchèse)

 

Frères et pères, déjà Pâques, ce jour de joie par qui toute allégresse et félicité, à la vue de la résurrection du Christ perpétuellement ramenée par la révolution du temps, ou plutôt quotidiennement et éternellement reproduite en ceux qui en connaissent le mystère, par qui une joie et une exultation ineffable ont empli nos coeurs - ce jour a du même coup interrompu le labeur de l'auguste jeûne ou, pour mieux dire, amené nos âmes à la perfection, tout en leur rendant courage : aussi a-t-il invité au repos et à l'action de grâces, vous le voyez, tous les fidèles à la fois, avant de passer. Ainsi, rendons grâces au Seigneur, qui nous a fait franchir 1'océan du jeûne et nous a amenés dans l'allégresse au port de la résurrection, rendons-Lui grâce, nous qui noblement, courageusement, avec une résolution fervente et dans les combats de la vertu, avons parcouru l'arène du jeûnes et nous aussi qui sur ce point avons succombé à la faiblesse, par lâcheté et faiblesse d'âme : parce que c'est Lui qui, à la fois, donne surabondamment aux gens zélés les couronnes et les récompenses méritées pour leurs oeuvres, tandis qu'il dispense aux faibles son pardon, lui le Miséricordieux, l'Ami de l'homme

Car Il voit les dispositions de nos âmes, et les intentions, plutôt que les labeurs de notre corps ce par quoi nous nous exerçons à la vertu, soit que dans la générosité de notre âme nous redoublions d'ascèse, soit que nous en montrions moins que les gens zélés, à cause de la faiblesse de notre corps; et c'est Lui qui mesure à notre bonne volonté les prix et les faveurs individuelles de l'esprit, soit qu'Il donne renommée et gloire à quelqu'un de zélé, soit qu'Il le laisse encore dans son humilité, tant qu'il ne s'est pas donne plus de peine pour se purifier.

Mais voyons donc, voulez-vous, examinons soigneusement ce qu'est le mystère de la résurrection du Christ notre Dieu, qui sans cesse, si nous le voulons, se reproduit mystiquement en nous : comment le Christ est enseveli en nous comme en un tombeau, et comment Il S'unit à nos âmes et ressuscite, en nous faisant ressusciter aussi avec Lui. Et voici quel est l'objet de ce discours.

Le Christ notre Dieu, après avoir été suspendu à la croix et avoir cloué sur elle le péché du monde, après avoir goûté la mort, descendit au plus profond des enfers. De même, donc, qu'en remontant des enfers Il rentra dans son Corps immaculé - dont d'ailleurs en descendant là-bas Il ne S'était nullement séparé - et aussitôt ressuscita d'entre les morts avant de monter aux cieux avec grande gloire et puissance, de même, maintenant encore, quand nous sortons du monde et, par l'assimilation aux souffrances du Seigneur, entrons dans le tombeau de la pénitence et de l'humilité, c'est Lui-même qui descend des cieux en entre, comme en une sépulcre, dans notre corps, c'est Lui qui S'unit à notre âme et, de morte qu'elle était incontestablement, la fait ressusciter, rendant celui qui est ainsi ressuscité avec le Christ capable désormais de voir la gloire de sa mystique résurrection.

Pour la résurrection du Christ, la plupart des hommes y croient, mais bien peu en ont aussi la claire vision : et ceux qui ne l'ont pas vue ne peuvent non plus adorer comme saint et comme Seigneur, le Christ Jésus; "Nul, en effet, est-il écrit, ne peut dire : Jésus est Seigneur, sinon dans l'Esprit saint", et ailleurs : "Dieu est Esprit, et ceux qui L'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité". En effet, la formule sacrée que nous avons chaque jour à la bouche n'est pas : Ayant cru en la résurrection du Christ; mais que dit-elle ? "Ayant vu la résurrection du Christ, adorons le Saint, le Seigneur Jésus, le seul sans péché." Comment donc l'Esprit saint nous pousse-t-il a dire actuellement : "Ayant vu la résurrection du Christ", comme si nous L'avions vue, elle que nous n'avons sûrement pas vue, puisque le Christ est ressuscité une seule fois, il y a mille ans, et que, même alors, personne ne l'a vu ressusciter ? Serait-ce donc que la divine Écriture veut nous faire mentir ? Jamais de la vie : au contraire, elle nous exhorte a attester la vérité, cette vérité qu'en chacun de nous les fidèles se reproduit la résurrection du Christ, et cela non pas une fois mais quand, à chaque heure pour ainsi dire, le Maître en personne, le Christ, ressuscite en nous, tout de blanc et fulgurant des éclairs de l'Incorruption et de la Divinité. Car le lumineux avènement de l'Esprit nous fait entrevoir comme en son matin, la résurrection du Maître, ou plutôt nous fait la faveur de Le voir Lui-même, Lui le Ressuscité. C'est pourquoi nous disons : "Le Seigneur est Dieu, et Il nous est apparu", et par allusion à son second avènement, nous ajoutons ces mots : "Bénis soit celui qui vient au nom du Seigneur." Ceux donc à qui est apparu le Christ ressuscité, c'est bien spirituellement, pour leur regard spirituel, qu'Il se montre et Se fait voir. Lorsqu'en effet cela se produit en nous par l'Esprit, Il nous ressuscite des morts, nous vivifie et Se donne Lui-même à voir, tout entier, vivant en nous, lui l'Immortel et l'Impérissable, et non content de cela, nous fait la grâce de Le connaître clairement, Lui qui avec Lui nous ressuscite et nous glorifie, comme l'atteste toute la divine Écriture.

Un frère m'a dit : Lorsque l'abba Jean des Cellules était mourant, je lui ai dit : Abba, mon père, ne me diras-tu pas une parole par laquelle je puisse me sauver ? Il m'a dit : Oui, je te dirai une parole et une fois dite, elle te suffira pour être sauvé. Je lui ai dit : Quelle est-elle, mon père ? Et il m'a dit : Va, aime ton prochain comme toi-même et tous tes ennemis tomberont à tes pieds.

LA VISION DE DIMITRI

 

Saint Denis était ascète dans le désert du Mont Athos avec son disciple saint Métrophane.

Pendant les années sombres de la domination turque, les chrétiens de toute la Grèce étaient très éprouvés. Les notables de la région de Chalcédoine demandèrent au Protos du Mont Athos de leur envoyer un confesseur, fort, vertueux, ayant du discernement pour venir en aide aux chrétiens de toute la Chalcédoine. Saint Métrophane fut choisi.

Durant le temps de son parcours apostolique, Dieu fit beaucoup de prodiges et de miracles. Un d'entre eux, est la vision effrayante qu'un pieux paysan, Dimitri, écrivit lui-même à la demande de saint Denis.

A la ville d'Isvoro en 1520, vivait un chrétien dévot du nom de Dimitri, marié et père de famille. Il avait un fils de douze ans qui mourut comme précédemment trois de ses frères. Les parents chérissaient cet enfant qui leur restait car il était sage, intelligent et obéissant. Mais le Dieu très bon qui a le pouvoir sur la vie et la mort, voulut prendre avant le temps; l'âme de l'enfant qui tomba gravement malade et mourut quinze jours après.

Les parents très affligés pleuraient continuellement la mort de leur enfant. La tristesse du père était si grande qu'il en tomba malade et durant quinze jours il resta couché sans boire ni manger.

Se trouvant dans cet état, le quinzième jour, Dimitri s'évanouit et on le crut mort. Sa femme et sa belle-mère qui se trouvaient toutes deux près de lui se mirent a crier et à se lamenter et bientôt tous leurs parents et voisins se réunirent autour de lui et tous pleuraient inconsolablement. Un commença à faire les préparatifs pour ses obsèques comme c'était la coutume. Au moment où l'on procédait à sa toilette, on s'aperçut que tout son corps était froid a l'exception de la région du coeur et son pouls continuait à battre très faiblement. A cause de cela il fut convenu d'attendre. Les heures s'écoulaient mais l'état de Dimitri était le même. A minuit tout le monde se retira pour prendre un peu de repos.

Le matin du jour suivant Dimitri soupira profondément et se souleva dans son lit. Ceux qui le veillaient se réveillèrent au bruit qu'il fit et virent Dimitri revenir à la vie. Ils furent tous dans l'étonnement et la joie.

Dimitri, assis dans son lit avait mis sa main à son front et baissait les yeux. Il était très pensif et semblait absent. Durant trois jours il resta sans manger, sans boire, ni parler à personne.

Sa femme vit alors des enfants de l'âge du sien jouer à l'extérieur de la maison. Elle pensa à son enfant et se mit à pleurer. Au spectacle de sa femme en pleurs, Dimitri rompit son silence et lui dit : "Pourquoi ma femme pleures-tu et te lamentes-tu sans savoir ce que tu fais et ce que tu dis ? Notre enfant n'est pas mort comme nous le croyions auparavant, mais il vit et se trouve en un lieu lumineux, élevé et beau; dans une lumière inexprimable qui ne ressemble ni ne peut se comparer avec les lumières de ce monde. Bienheureux serions-nous d'aller et d'être nous aussi en cet endroit où sont nos enfants pour vivre aussi cette vie bienheureuse dans laquelle il n'existe ni tristesse, ni maux, ni soupirs, mais une lumière sans fin, une vie sans commencement ni fin."

Sa femme, toute a sa tristesse ne fit pas attention aux paroles de Dimitri; mais sa belle-mère les ayant entendues elle aussi dit à son gendre : "Dimitri, comment sais-tu que ton enfant est vivant et se trouve comme tu le dis dans la vie bienheureuse ?" Et il répondit : "J'ai vu de mes yeux le lieu gai et lumineux où se trouvent nos enfants." "Dimitri, je t'en prie, poursuivit avec angoisse sa belle-mère, dis-nous tout ce que tu as vu et entendu, et ne cache rien."

 

Dimitri révèle la vision

Lorsque je gisais malade sur mon lit, en une seconde je vis devant moi un homme vêtu de lumière qui ressemblait à l'éclair et dont la beauté était indescriptible. Sa vue me remplit de paix et de joie célestes. A partir de l'instant où je le vis, toute pensée et perception pour les choses de ce monde s'évanouirent de mon esprit et de ma mémoire et je m'abandonnai tout entier a lui.

Captivé par ma vision, il sembla que je m'étais séparé des choses terrestres et je me suis trouvé dans ses bras. Il me prit et nous nous envolâmes ensembles vers les cieux. Pendant notre ascension il me sembla que nous avions passé sept cercles de cieux. Ces cercles se voyaient de bas en haut jusqu'à ce que nous les eussions tous passés.

En montant, nous rencontrâmes de la lumière et du brouillard. Lorsque nous fumes arrivés plus haut, je vis de la lumière plus étincelante et une terre étonnamment belle, propre, avec des lumières et toutes sortes d'arbres en fleurs dont l'odeur et la beauté ne peuvent être décrites par de simples mots. Lorsque nous eûmes passé cette belle terre, nous nous trouvâmes devant deux portes bien fermées et scellées. La porte de droite dorée et lumineuse était gardée par de beaux jeunes gens, tout de blanc vêtus,et la porte de gauche en fer et toute en flammes était gardée par des hommes noirs a l'aspect terrifiant.

Arrivés devant ces portes, l'ange mon compagnon me fit prosterner promptement. Ainsi prosterné à terre, j'entendis venir de loin une voix qui disait : "Pourquoi l'as-tu amené ici ? Ce n'est pas lui que je t'ai demandé d'aller chercher, mais son voisin Nicolas. Celui-ci doit vivre encore sur terre."

Après cela, mon guide me releva et m'emmena vers l'orient. Nous avançâmes et nous nous trouvâmes dans une immense vallée toute fleurie avec de très beaux arbres d'un espèces différentes. A l'ombre de chaque arbre se tenait assise une personne. Toutes avaient le même âge mais leur visage était, pour les uns, beau et illuminé, et rayonnait de joie, pour d'autres moins et un peu sombre et pour d'autres encore, complètement noir. Chacune d'elle avait les signes des actes qu'elle avait commis dans sa vie, bons ou mauvais, visibles par tous. Et toutes les personnes se reconnaissaient entre elles.

Lorsque nous traversions cette belle vallée, je regardais à droite et à gauche et je vis de nombreuses personnes que j'avais connus dans cette vie et qui étaient mortes depuis longtemps. Je vis aussi une prostituée connue dont aspect extérieur signalait la vie qu'elle avait eue sur terre. Je vis d'autres personnes qui avaient été condamnées dans cette vie, et d'autres qui avaient péché de différentes façons dont les signes de leurs mauvais actes se voyaient aussi clairement que chez d'autres les bonnes oeuvres. Je vis également beaucoup de nos amis et parents se trouvant en ce lieu.

Alors que nous marchions dans cette vallée toute parée de fleurs et, comme j'observais les jolis paysages, les fraîches prairies, les très grands arbres et d'autres belles choses inexprimables, je vis assis quatre enfants très beaux qui resplendissaient comme le soleil. Je m'arrêtai sans pouvoir me rassasier ces magnifiques enfants. L'ange me dit alors : "Frère, connais-tu ces enfants et saurais-tu à qui ils appartiennent ?" Je m'approchai aussitôt d'eux et les regardant avec attention, je m'aperçus que ces enfants c'étaient les nôtres. Je vis les trois que nous avions perdus depuis de nombreuses années, et le dernier âgé de douze ans qui se tenait au milieu d'eux. Je dis a l'ange : "Oui mon seigneur, je les connais très bien, ces sont mes enfants."

Ma joie était indescriptible de revoir nos enfants entouré de tant de joie, de gloire et de lumière. Je priai mon guide de me permettre de rester auprès d'eux pour toujours afin de partager leur joie et de ne plus en être séparé. Mais l'ange me répondit que le moment n'était pas venu pour moi de rester là et il m'éloigna aussitôt de ce lieu.

En quittant cette vallée à la céleste et éternelle lumière, je demandais a mon compagnon : "Mon seigneur, ce lieu est très beau, est-ce le paradis de Dieu ou le royaume des cieux ?"

Il me dit : "Ce n'est ni le paradis ni le royaume des cieux, mais c'est ce que dit l'Écriture sainte, la terre des doux, et le lieu de repos des âmes des justes chrétiens orthodoxes dont le Dieu très bon a voulu qu'elles se reposent jusqu'au jour du Seconde avènement du Christ notre Seigneur Jésus Christ, le juste Juge qui va venir juger le monde et donner à chacun selon les oeuvres qu'il aura faites. Quant au royaume des cieux et les biens éternels que les justes doivent gagner, de même que les punitions et châtiments éternels qui sont pour ceux qui n'ont pas cru au Christ et pour les pécheurs non repentis, c'est là où tu as vu les deux portes fermées et scellées. La porte dorée et lumineuse qui conduit au royaume de Dieu, et la porte en fer et enflammée qui conduit à l'enfer et qui est destinée aux démons et leurs complices qui sont les hommes méchants et non repentis.

Je demandai alors à l'ange : "A présent mon seigneur, qui sont ceux qui se trouvent dans le royaume des cieux, et ceux qui se trouvent en

enfer ?" Et lui me répondit : "Personne encore n'est allé au royaume des cieux ni en enfer. Mais, les justes reçoivent une partie des biens éternels au lieu fixé par Dieu, et de même les pécheurs endurent une partie des punitions. Et comme nous l'avons dit, les justes et les pécheurs recevront la totalité des biens éternels ou des châtiments éternels après le second Avènement glorieux du Seigneur, où aura alors lieu le Jugement éternel.

Pendant que mon guide me disait cela, j'entendis venir des profondeurs une voix rugissante et effrayante de bête sauvage et sortir une odeur nauséabonde insupportable. Cette voix me fit si peur qu'en reculant j'essayai de me cacher dans les bras de mon gardien et, tremblant de peur je lui demandai : "Quelle est cette voix, mon seigneur ?" Il me dit : "Celui qui crie et rugit c'est le vorace Adès qui reçoit tous les incroyants et les pécheurs méprisables qui n'ont pas cru au Seigneur Jésus Christ et ne se sont jamais repentis pour tout le mal qu'ils ont fait dans leur vie. Ceux d'entre eux qui meurent, passent par Adès qui les vomit aux lieu de condamnation que tu as vus et il ne se rassasie jamais."

Aussitôt j'entendis une autre voix venant des hauteurs qui disait : "Pourquoi cries-tu, pleures-tu et t'inquiètes-tu ? Attends un peu et tu seras rassasié par les prêtres, archiprêtres, évêques, moines et chrétiens indignes ayant négligé et méprisé le bien, et s'étant empressés pour le mal."

Et alors que la voix terrifiante sifflait encore a mes oreilles, je me suis retrouvé aussitôt chez moi. J'ai vu mon corps sans vie, laid et glacé. Je ne voulais pas retourner a l'intérieur, mais mon guide m'y remit de force et je ressentis une vive douleur et sentis tous les nerfs bouger, ainsi que les articulations et les os.

La femme de Dimitri et sa belle-mère après avoir entendu tout cela demeurèrent stupéfaits. Elle racontèrent ces événements qui furent connus non seulement dans Isoro, mais dans toute la Chalcédoine.

Lorsque ce récit arriva aux oreilles de saint Métrophane, il alla chez Dimitri duquel il reçut l'assurance de la véracité de cette sainte vision que Dimitri raconta plusieurs fois au saint.

Cette vision de Dimitri se trouva certifiée par le fait que son voisin Nicolas tomba malade soudainement et qu'il mourut deux jours après la vision de Dimitri. Les préparatifs pour l'enterrement de Dimitri servirent alors pour son voisin Nicolas.

Traduit du livre :

"GEPONTIKO TOU AGIOU OROUS"

Je ne peux croire en une pseudo-Église "une", dans laquelle les Églises locales sont en guerre les unes contre les autres, ne communiquant pas au même pain.

Comment peut-on appeler ceci une "Église une" ? Quelle contre-vérité. Et, en matière de foi, ces contre-vérités ne sont pas permises. Elles ne peuvent que nuire a l'oeuvre d'unité des chrétiens.
Mgr. Hilarion Troïtsky, néo-martyr
LES HUMBLES ICONOGRAPHES
DE LA PÉRIODE TURQUE

 

( Suite de l'article, publié dans les bulletins n° 1 et 2 en 1978 )

 

Les iconographes de la période turque étaient des hommes rustiques, proches de la nature, originaires de villages isolés, dans des contrées difficilement accessibles. Ils grandissaient dans la piété et la crainte de Dieu, ils vivaient à l'intérieur de l'église villageoise, aidant le vieux prêtre qui, lui-même, n'avait guère d'instruction, mais servait Dieu avec foi et travaillait au champ et à la vigne lorsqu'il était libre de ses obligations sacerdotales. Mais c'est justement en vivant dès leur plus jeune âge, dans l'église que les élèves du prêtre apprenaient les prières et les chants, l'ordre des offices et les huit tons de la musique sacrée de l'Orthodoxie. Tôt levés, ils sonnaient la cloche de l'église, le plus souvent suspendue à un arbre près du temple. A l'adolescence, ils laissaient pousser leur barbe et, plus tard, prononçaient les voeux monastiques dans quelque monastère du diocèse, de préférence celui qui se trouvait le plus proche de leur village. Beaucoup d'entre eux recevaient le sacerdoce mais restaient dans leur monastère, les prêtres de paroisses étant toujours mariés et pères de famille. Quelques-uns de ces moines devenaient des iconographes : ils se mettaient à l'école d'un vieux peintre qui lui-même avait appris son art en travaillant des années avec son maître.

Le plus souvent, ces artistes ne travaillaient que dans une seule région, autour de leur village. Ils ne dépassaient guère les limites de leur diocèse. Parfois cependant ils voyageaient comme les apôtres, pour trouver du travail, en des lieux que l'on considérait alors comme fort lointains - telle la Grèce péninsulaire pour un iconographe macédoinien, ou le Peloponèse pour un Thessalien ou un Crétois.

L'apprentissage était dur et le disciple faisait preuve à l'égard de son maître d'une obéissance monastique. Le maître veillait â tout, aux échafaudages, à l'acquisition des instruments de travail, à la propreté des vases et des couleurs, au crépissage des fresques, au chargement sur les mulets des coffres et autres bagages et â leur transport, par des sentiers escarpés, vers le monastère ou le village ou devaient s'exécuter les peintures. Ce n'est qu'après de longues années de travail sous la direction d'un maître que l'élève parvenait à la qualité d'iconographe à qui l'on puisse confier l'exécution d'une iconostase ou la décoration de toute une église.

Il avait aussi des iconographes qui n'embrassaient pas la vie monastique et qui étaient soit des laïcs soit des prêtres mariés. Mais leur vie était profondément ecclésiastique, pleine, comme celle des moines, de foi et de crainte de Dieu. Même dans leur apparence, ils ressemblaient à des moines, car ils avaient la barbe et les cheveux longs, chantaient à l'église et employaient volontaires, lorsqu'ils parlaient des tournures et des expressions liturgiques. Ils étaient modestes, sobres, parlaient peu, évitaient l'outrance et les compagnies.

Ces iconographes de l'époque turque provenaient de toutes les régions de la Grèce, mais leur art s'épanouissait plus particulièrement dans certaines villes et villages : ainsi dans les villes de Nauplie, Argos, Athènes, Thèbes et dans les villages de Linotopi (région de Kastoria), Kapesovo (Epire), Greveneti, Zernia, Samarina, Kalarrytès, Klinovon (région de Kalabaka), Stephani (Corinthe), Nézéron (région de Kalavrytes), dans la Crète tout entière, etc.

"L humilité unifie le coeur, dit saint Isaac le Syrien, et lorsque l'homme s'est humilié, aussitôt la miséricorde l'enveloppe et son coeur connaît la joie de la confiance." Et il dit encore : "Réduis-toi à rien et tu verras la Gloire de Dieu à l'intérieur de toi."

C'est pourquoi le coeur de l'homme simple est plus sage que le coeur qu'une connaissance pécheresse a rempli de malignité. Il n'a pas de pensées hautaines mais repose dans l'espérance, selon la parole : "N'apprenez ni de l'homme, ni de l'ange, ni des livres, mais de Moi." Ne cherchons donc pas dans les oeuvres de peu d'apparence de ces hommes contrits nos propres désirs de vanité mais bien "la simplicité du coeur." Comment serait-il possible, avec le fardeau de l'égocentrisme, de franchir la porte mystique qui s'ouvre à l'Orient ? Car il s'agit d'entrer dans le monde qui est a l'envers de notre monde déchu, d'entrer là ou les pauvres en esprit sont bienheureux, là où accèdent les humbles que méprise ce monde, les doux - "ceux qui sont comme des enfançons devant le mal." Là n'existent plus notre espace ni notre temps, mais "un ciel nouveau et une terre nouvelle." Là ne règne plus la pesante logique, mais le miracle. Car c'est là le royaume des cieux.

C'est dans cette perspective du royaume que nous devons regarder ces peintures : voici le Christ ressuscitant Lazare et, un peu plus loin, le Christ encore qui entre à Jérusalem, et c'est sur la même montage que marche l'anôn qui le porte. Plus loin, voici le Temple, une femme toute courbée s'appuie sur un bâton et le Christ, debout devant elle, pose la main sur sa tête. Un peu plus loin, une ville, une grande foule, un figuier au milieu et, grimpé sur le figuier, un petit homme grisonnant portant des vêtements courts et étroits, la tête enveloppé d un turban et d'en bas le Christ le regarde, d'une main Il le bénit et de l'autre main, il tient une inscription disant : "Zachée, hâte-toi de descendre."

Tout cela, le spectateur le voit se dérouler au même moment, dans un même lieu. Et ce qui se passe au loin apparaît proche, avec tous ses détails, car la distance, comme le temps, s'abolit dans ce pays de l'incorruptibilité ou "il n est besoin ni du soleil ni de la lune. Car c'est la Gloire de Dieu qui l'éclaire." (Ap 21,23)

Le Christ est toujours plus grand que les autres personnages et Il tient de sa Main gauche le "rouleau" de la loi divine. Il le tient partout, qu'Il se trouve dans le temple à l'âge de douze ans, prenne place aux noces de Cana, relève le fils de la veuve de Naïm, monte sur l'âne, reçoive le baiser de Judas, S'élève aux cieux lors de 1'Ascension. Les seules représentations ou Il ne tient pas le "rouleau" sont celles de la Nativité où Il est un nourrisson enveloppé de langes, celles aussi de la Passion, de la Crucifixion, de la Mise au Tombeau et de la Descente aux enfers.

Sur les icônes de la trahison, les montagnes abruptes, la foule des soldats et des serviteurs, avec leurs bâtons et leurs torches, enserrent étroitement le Seigneur que Judas embrasse, le Seigneur qui vient à grands pas sur une terre aride, couverte de chardons. Ni le traître, ni les soldats ne sont représentés avec des visages cruels ou des mouvements brutaux : tout est grave, comme dans un mystère. Le Christ aussi Se hâte à la rencontre de Judas, "afin que s'accomplissent les Écritures." Il se hâte comme un ami vers son ami, plein de douceur, mais avec une contrition douloureuse comme si, tout en jugeant le traître, il S'attristait sur lui. Sous les bras levés de Judas, on discerne les Mains pures du Seigneur, la gauche tenant le rouleau sur lequel est inscrit le commandement d'amour, la droite qui bénit et pardonne. Le traître marche sur le sable et le Christ sur le roc.

Partout le Seigneur est doux, humble, contrit. Et même à la Transfiguration, à la Descente aux enfers, à l'Ascension où Il est représenté en gloire, son Regard reste plein d'humilité.

Sur certaines icônes de la trahison, en particulier des derniers années de la domination turque, ceux qui se saisissent du Christ sont représentés comme des Turcs avec des fez ou des turbans, et au-dessus de leur troupe flotte le drapeau rouge avec le croissant. De même, dans les martyrs de saints, les bourreaux sont des Agaréniens, même lorsque les saints ne sont pas des néo-martyrs mais rendirent témoignage sous Dioclétien.

La simplicité naïve de cette peinture scandalise ceux qui n'ont pas de piété, de même que la simplicité de l'évangile scandalise les philosophes. Car ces âmes enfantines, mues par la "folie" de la Bonne Nouvelle, ont exprimé par des formes spirituelles sobres et dépouillées, et avec des couleurs mystiques, la vérité de l'évangile, selon la parole de Dieu : "Sur qui jetterai-je mon regard ? Sur celui qui est humble et silencieux, sur celui qui craint ma parole."

Lorsque le prêtre dit l'évangile, c'est toujours le Christ qui dit à ses disciples : "Voici que nous montons à Jérusalem et que s'accomplit tout ce qui a été écrit par les prophètes au sujet du Fils de l'homme" (Luc 18,31). Alors le fidèle en prière regarde vers le mur de l'église et voit en effet le Christ montant vers la Ville sainte suivi de ses disciples qui se serrent comme un troupeau effrayé. Et le Christ tourne la tête et leur parle. Son Expression ne vient pas seulement de son Regard profond et douloureux, de l'inclinaison de sa tête, du mouvement de sa main, elle jaillit de son Corps entier, de ses Pieds hâtifs, de son vêtement dans le vent, des pauvres herbes qui poussent du sol jaunâtre.

Dans cette théologie peinte, les significations les plus profondes ne sont pas exprimées par des symboles complexes, longs à démêler, mais avec évidence et simplicité. Voici, par exemple, comment on représente le quatrième oikos de la Mère de Dieu : "Alors la puissance du Très-Haut a couvert de son ombre féconde celle qui ne connaissait pas le mariage" : la Toute Sainte est assise sur un trône, de part et d'autre se tiennent deux anges portant un voile derrière elle, et d'en haut le saint Esprit fait descendre ses rayons sur elle.

On figure la voûte du ciel par un demi-cercle rayonnant, disposé sur la partie supérieure de l'icône. La Présence divine est représentée soit par le Christ se penchant du ciel, "de sa demeure sainte", soit, plus simplement, par trois rayons en forme de lance dirigés d'un coin supérieur de l'icone vers le bas.

Ces humbles iconographes qui vécurent au temps de la servitude, exhalent une bonne odeur comme les fleurs de montagnes, ces "ossements humiliés", un jour viendra où beaucoup de ceux qui les méprisent aujourd'hui les honoreront, selon les paroles du prophète Salomon : "Au temps de leur avènement, ils resplendiront, ils courront dans le chaume comme des étincelles."

Rappelons d'abord les iconographes crétois qui s'illustrèrent à l'Athos un siècle après la chute de Constantinople, constituant un atelier important qui donna de belles oeuvres sur la Sainte Montagne et aux Météores, et inspira de nombreux iconographes postérieurs, dans toute la Grèce. Parmi ces maîtres, citons Théophane le Crétois, moine à la Grande Laure de l'Athos, qui décora le Catholicon de ce monastère en 1535, Dzordzis le Crétois, qui décora en 1547 le Catholicon du monastère athonite Dionysiou, Antoine le Crétois qui peignit l'ancien Catholicon du monastère Xénophontos en 1564, les iconographes qui décorèrent le Catholicon du monastère Dochiariou en 1568.

Parmi les oeuvres de l'atelier crétois se trouvent aussi les fresques du monastère de la Transfiguration aux Météores (1552) et, au même lieu, la décoration de la fontaine de saint Nicolas le Joyeux, oeuvre de jeunesse de Théophane (1527). Mentionnons, toujours aux Météores, les fresques du monastère de Barlaam exécutés par Georges le prêtre en 1566. A l'école crétoise appartiennent encore les fresques de l'église de la Mère de Dieu a Kalabaka, probablement oeuvres de Syméon fils de Théophane, comme le rapporte l'inscription du donateur datée de 1573.

D'autre part, des iconographes de l'école crétoise peignirent une multitude d'icones sur bois qui se trouvent dans toutes les régions de la Grèce.

Photis Kontoglou

En regardant l'icône de la Mère de Dieu avec son Enfant éternel, émerveille-toi que la Divinité se soit si véritablement unie à la nature humaine, glorifie la Bonté et la Toute-Puissance de Dieu, reconnais ta dignité d'homme, et que ta vie soit digne de la vocation a laquelle tu as été appelé dans le Christ, c'est a dire la vocation d'enfant de Dieu, héritier de la béatitude éternelle.

saint Jean de Cronstadt

MAMON, LE DIEU DE L'ARGENT

 

Sur la pièce de dix francs, figure au dos, Lucifer - dont le nom signifie porteur de lumière - tenant une torche flamboyante en main, ailé et nu, avec un sexe mâle emprunté. Au lieu de ses cornes, il porte sur le front l'hexagame, signe de la franc-maçonnerie goïm.

Sur la face de la pièce est inscrit l'inévitable devise maçonnique : Liberté, égalité, fraternité.

Les pièces annoncées de vingt francs nous réservent peut-être... deux diables.

hm.Cassien

ICONOGRAPHIE BYZANTINE
(suite)
L'icône, fenêtre sur l'éternité
( Ce texte date de mars 1978 )

Avec des humbles moyens, l'iconographe manipule la matière, la transforme en symboles, chargés d'une réalité céleste.

Le passé devient actualité présente. Les événements évangéliques se rapprochent et vivent dans l'instant présent. Les saints des temps ancien qui ont quitté ce siècle pour vivre l'éternité se rendent présent, palpables.

Le futur, le temps eschatologique se rapproche, devient présence réelle. Ainsi le passe et le futur se rejoignent dans le présent pour s'ouvrir sur l'éternité. Le temps est "troué" et fait voir comme a travers une fenêtre l'éternité. C'est "la fin de la durée temporelle inachevée et le passage vers la durée achevée,vers le plérôme qualitatif du temps où il s'accomplit." (P. Evdokimov)

En contemplant l'icône le temps fugitif s'arrête, devient immobile, devient présent éternel.

Et si le temps s'ouvre sur l'éternité dans l'icone, l'éternité s'ouvre à son tour sur le temps. "Dieu s'est fait temporel afin que nous, hommes temporels, nous devenions éternels", dit saint Irénée de Lyon.

C'est donc par l'icône que nous pouvons réaliser notre tâche - devenir éternel.

Dans l'icône, le temps est orienté. Le passé n'est plus lointain, le futur n'est pas insaisissable et le présent n'est plus fugitif, mais les trois aspects du temps s'unissent, deviennent stables. "C'est la plus paradoxale de toutes choses que stabilité et mouvement soient la même choses," dit saint Grégoire de Nysse.

L'or sur le fond de l'icone symbolise l'éternité. Ce n'est plus le ciel bleu qui change d'après les saisons mais c'est l'éternité.

Toute icône est mystère. Seul aux yeux de la foi le mystère de l'icône se dévoile. C'est la foi qui en est le clef. Sans cette clé ce n'est pas l'éternité que le spectateur contemple mais des mythes historiques, des fictions qui ne se réaliseront jamais et une présence absurde. L'icone, la fenêtre sur l'éternité, lui devient porte verrouillée, gardée par l'ange a l'épée flamboyante.

"Heureux ceux qui ont des oreilles pour entendre", dit le Seigneur. Par analogie on peut dire devant l'icône : Heureux ceux qui ont des yeux pour voir.

hm. Cassien

Rien n'est plus fort que la vérité qui est confirmée par les paroles célestes et qui garde l'Église toujours invincible et inflexible pour les portes de l'enfer, lesquelles sont les hérésies haïssant le Christ.

saint Sophronie de Jérusalem
VIE DES SAINTS MARTYRS GALACTION ET EPISTEME

 

Ces saints martyrs vécurent sous le règne de l'empereur Dèce (250) et le gouverneur Secundus dans la ville d'Emèse.

Les parents de Galaction, Cleitophon et Leucippe, étaient de riches païens de la cité. Mais leur douleur était que Leucippe restait stérile, malgré leur prières instantes aux idoles.

Un moine du nom d'Onuphre séjournait alors dans la ville. Il demandait l'aumône aux passants - non pour se nourrir, mais pour en distribuer ensuite les biens aux pauvres - et en profitait pour proclamer partout l'évangile et convertir les païens. Un jour, il frappa à la porte de Leucippe pour demander l'aumône. Voyant le visage affligé de la pauvre femme, il lui en demanda la raison. Celle-ci lui dit qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfant et qu'aucun dieu ne la délivrait de son malheur. Onuphre reprit, disant que c'était là une sage mesure de la Providence et que Dieu, ne voulant pas qu'elle offre sa progéniture aux démons, empêchait qu'elle en eût, tant qu'elle persévérait dans son impiété.

Il lui enseigna les mystères de la foi et la baptisa. Peu de temps après, elle enfanta et entraîna son mari à embrasser, lui aussi, la foi dans le Christ, qui les avait ainsi délivrés de leur opprobre.

L'enfant reçut le nom de Galaction au saint baptême. Lorsqu'il atteignit l'âge de vingt ans, son père, resté veuf, décida de le marier à une jeune fille païenne, nommée Épistème. Galaction accepta par obéissance à son père, mais il refusa d'approcher la jeune fille, de peur de souiller son saint baptême. Épistème lui demanda pourquoi il avait tant de haine envers elle qu'il ne voulût même pas la toucher. Il lui répondit que ce qui est pur ne peut pas s'assembler avec ce qui est impur, et qu'elle doit se purifier par le saint baptême. Convaincue par les arguments de son époux, Épistème décida de renoncer à son impiété et fut baptisée par Galaction lui-même. Huit jours après son baptême, Épistème vit en songe trois choeurs: le premier était composé d'hommes vénérables habillés de noir, le deuxième de femmes également en noir et la troisième de vierges qui avaient une grande lumière. Épistème demanda qui représentaient ces trois choeurs. Une voix lui répondit que les deux premiers étaient les moines et les moniales et le troisième ceux qui avaient gardé intacte leur virginité. Elle fit part de cette vision à Galaction et les deux époux décidèrent de demeurer dans la virginité jusqu'à la fin de leur vie.

Ils distribuèrent leur biens aux pauvres, afin d'acquérir dans le ciel un trésor qui ne se corrompt pas, et partirent pour le désert du Sinaï. Parvenu à un lieu nommé Pouplion, ils trouvèrent un groupe de douze ermites, qui acceptèrent de prendre Galaction avec eux et envoyèrent Épistème rejoindre quatre femmes pratiquant l'ascèse dans un ermitage proche. Galaction entreprit de tels combats dans les jeûnes, les veilles de toute la nuit et la vigilance contre les distractions, qu'il parvint rapidement à un haut degré dans la vertu. Il avait atteint une telle tempérance qu'il ne voulait à aucun prix voir de femmes; il n'accepta même pas de voir la très vieille mère de deux moines, amaigrie par ses ascèses.

A cette époque, le diable suggéra au tyran de pourchasser les chrétiens, qui se retiraient dans les déserts. Comme une troupe de soldats se dirigeait vers la retraite de Galaction, Épistème eût la révélation de la gloire réservée aux martyrs; alors que les soldats ne prirent que Galaction et un autre moine, les autres ayant pris la fuite, Épistème supplia sa supérieure de la laisser aller avec Galaction, afin de mourir avec lui. La supérieure essaya de toutes les manières de la retenir, mais en vain. Elle vit son désir ardent et la laissa partir.

Celle-ci courut pour rattraper Galaction et lui dit : "Mon seigneur et guide de mon salut, souviens-toi de notre accord, et ne me laisse pas, ta servante, mais comme nous étions du même avis et du même désir pendant la vie, il faut aussi que nous soyons martyrisés de la même façon pour notre Sauveur, afin que nous restions immortels, même après la mort, dans la même gloire et allégresse, afin de ne jamais nous séparer." Ayant entendu ces paroles, les soldats la prirent aussi et pendant le chemin, Galaction la conseillait et l'encourageait. Ils comparurent ensemble devant le gouverneur Ursus, qui dit : "Quel est cet homme qui ose renier les dieux et adorer un dieu ?" Le saint répondit : "Je suis moine et appelé chrétien par mon Christ qui est le seul vrai Dieu Immortel, alors que les vôtres sont inanimés et insensibles et vous qui les vénérez, vous êtes plus aveuglés qu'eux et ridicules. "Le gouverneur ordonna alors de le frapper. Épistème, en le voyant, fut remplie de douleur et dit : "O âme cruelle, n'as-tu pas pitié de ce jeune homme dont les membres sont tendres et faibles par l'ascèse ?" Le tyran ordonna alors de la déshabiller et de la frapper pour la faire taire. Elle fut battue pendant des heures, gardant le visage joyeux. Elle dit au gouverneur : "Insensé, il ne fallait pas déshabiller ainsi une fille sérieuse pour que les hommes la voient au théâtre et la torturer injustement comme une meurtrière. Mais les tourments éternels vous attendent pour cela et déjà ici, la punition terrestre ne manquera pas." Sa prophétie ne tarda pas à s'accomplir : tous ceux qui étaient près du gouverneur, devinrent aveugles. Mais les yeux de leur âme s'ouvrirent et ils confessèrent le Christ Dieu; aussitôt, ils recouvrèrent également la vue et seul le tyran resta dans les ténèbres. Il fit enfoncer des roseaux pointus dans les ongles des deux martyrs. Ceux-ci supportèrent tout, en remerciant Dieu. Assoiffé de la vue du sang, le gouverneur leur fit couper les mains, les pieds et la langue. Finalement, ils achevèrent le combat du martyre en mourant par le glaive. Saint Galaction avait alors trente ans et sainte Épistème seize. Ceux qui avaient refusé de s'unir selon la chair dans cette vie éphémère, furent ainsi unis en Dieu pour l'éternité.

Tout limite contient dans son essence un au-delà, sa propre transcendance, et c'est pourquoi l'âme ne peut se reposer que dans l'infini actuel de Dieu.
saint Grégoire de Nysse
ENSEIGNEMENT CHRÉTIEN
Questions et réponses sur le mystère de la sainte Trinité.
(Ce texte est tiré du livre "IERA KATHXHSIS" [Sainte Cathéchèse] et publié avec des remaniements.)

 

Question: Toi, Père, qu'es-tu ?

Réponse : Chrétien.

Q. : Quel genre de chrétien ?

R. : Orthodoxe, catholique et apostolique.

Q. : Que veut dire chrétien ?

R. : Racheté par le Sang du Christ, duquel il tire son nom, et temple sacré fondé sur la foi en Christ agissante par l'amour. Là-dessus repose la perfection chrétienne.

Q. : A qui crois-tu ?

R. : Je crois en un seul Dieu, Père, Fils et saint Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible, au nom duquel j'ai été baptisé et que je suis devenu enfant de Dieu par la grâce.

Q. : Combien sont-ils les articles de la foi ?

R. : Douze.

Q. : Où sont consignés ces articles ?

R. : Dans le Credo.

Q. : Qu'est-ce que le Credo ?

R. : Le Symbole de la foi.

Q. : Que veut dire "symbole" ?

R. : Signe qui contient la réalité signifiée. Celui qui le garde devient différent des autres et montre qu'il est vrai chrétien et qu'il espère le royaume et la vie éternelle vers laquelle il tend par la vie qu'il mène ici-bas.

Q. : Dis ce Symbole avec ses articles.

R. : Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre et de toutes les choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils seul-engendré de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait. Qui pour nous hommes et pour notre salut est descendu des cieux, S'est incarné du saint Esprit et de Marie la Vierge et s'est fait homme. Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souffert et a été enseveli. Et Il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures. Et Il est monté au ciel et siège à la Droite du Père. Et Il reviendra en gloire juger les vivants et les morts et son règne n'aura point de fin. Et en l'Esprit Saint, Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes. En l'Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je confesse un seul baptême en rémission des péchés. J'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

 

Q. : Qui nous a enseigné le Credo ?

R. : Le Christ d'abord, en de nombreux paroles du saint évangile. Ensuite les saints apôtres l'ont annoncé au monde. Et enfin les deux premiers Conciles oecuméniques.

Le premier a eu lieu au temps de l'empereur Constantin le Grand, en 325, en la ville de Nicée où se sont réunis 318 pères saints et théophores qui ont jugé et anathématisé l'impie Arius. Le second Concile a eu lieu sous le Grand Théodose, en 381, à Constantinople, où se sont réunis 150 saints pères qui ont jeté l'anathème sur Macédonius.

Ces deux saints Synodes ont constitué le Credo et l'ont mis en place dans l'ordre où il se trouve aujourd'hui, laissant de terribles excommunications et anathèmes sur ceux qui oseraient un jour soit ajouter soit enlever quoi que ce soit. De même, les cinq autres Conciles oecuméniques l'ont confirmé et conservé immuable en tout comme ils l'avaient trouvé.

Le troisième Concile a eu lieu sous Théodose le Jeune, en 431, en la ville d'Ephèse. Il y avait 200 pères qui ont dogmatisé et confirmé que notre Seigneur Jésus Christ qui a été conçu sans semence par la très sainte Vierge, est aussi le Fils et Verbe de Dieu consubstantiel au Père, ayant deux natures. Et pour cela, ils ont proclamé la sainte Vierge vraiment Enfantrice de Dieu, et ont jugé et anathématisé l'impie Nestorius et ses partisans.

Le quatrième Concile a eu lieu sous l'empereur Marcien, en 451, en la ville de Chalcédoine. Les pères étaient au nombre de 630. Ils ont affirmé et consigné que notre Seigneur Jésus Christ est vrai Dieu et vrai homme, double selon la nature et non selon l'hypostase (personne) et qu' Il a conservé les qualités de l'une et de l'autre nature en sa Personne sans confusion ni altération. Ils ont condamné Eutychès et Dioscore et leurs partisans.

Le cinquième Concile a eu lieu à Constantinople sous règne de Justinien, en l'an 553. Il s'y trouvaient 165 pères. Ce Concile a confirmé en premier lieu les décisions des quatre saints Conciles précédents. Ensuite, il condamna Origène, Evagre et leurs partisans qui considéraient que l'enfer aurait une fin, et certaines autres erreurs et superstitions païennes.

Le sixième Concile a eu lieu en 681, à Constantinople sous le règne de Constantin. Il y avait 170 pères. Ils ont déclaré et confessé que de la même manière que notre Seigneur Jésus Christ a deux Natures, divine et humaine, Il a également deux Énergies naturelles et deux Volontés. Ils ont terminé en jetant l'anathème sur Piron, Honorius et leurs partisans.

Le septième et dernier Concile oecuménique a eu lieu sous le règne de Constantin et de sa mère Irène, en la ville de Nicée, en 783. Les saints pères étaient au nombre de 367. Celui-ci a eu lieu pour le rétablissement de la vénération des saintes icônes. L'anathème a été jeté sur tous les iconoclastes (briseurs d'icônes).

Q. : En dehors de ces sept Conciles, y en a-t-il eu d'autres ?

R. : Il y en a eu en différentes époques, inspirés par l'Esprit saint. Certains conciles sont nommés locaux ou pan-orthodoxes.

Q. : Je sais que la foi chrétienne se trouve exprimée entièrement dans le Credo, mais parce que nombreux sont ceux qui le récitent sans comprendre la force des mots qu'ils disent, comme moi, j'aimerais que tu m'enseignes d'une autre manière tout ce qui se trouve dans le Credo. Et, en premier lieu, dis-moi ce qu'est la sainte Trinité.

Le Père, le Fils et l'Esprit Saint sont-ils Dieu ?

R. : Oui.

Q. : Alors, il y a trois Dieux ?

R. : Non, mais trois personnes en un seul Dieu.

Q. : Quel genre de comparaison pourrais-tu me donner pour me faire comprendre ce grand mystère ?

R. : Il est impossible que quelqu'un puisse comprendre le mystère de la sainte Trinité. C'est-à-dire qu'il y a trois personnes, et non pas trois Dieu, et que chaque personne est entièrement Dieu. Cela est impossible à saisir, non seulement pour les hommes mais aussi pour les anges. Et, il ne se pourra jamais trouver dans la création d'image ou de ressemblance qui soit la même en tous points avec la sainte Trinité. Comment serait-il possible à la créature de devenir semblable au Créateur ? Pourtant voici un exemple pour t'aider à comprendre:

Comme le soleil est un selon la nature et qu'il y a trois choses : disque, rayon et lumière, si l'on te demande combien il y a de soleils, tu ne réponds pas trois, mais un. Si l'on te demande de combien de choses il se compose, tu diras de trois :le disque, le rayon et la lumière. C'est pareil pour Dieu. A la question de savoir combien il y a de Dieux, réponds : Un Dieu en trois personnes : Père, Fils et saint Esprit.

Q. : Est-ce qu'une personne de la sainte Trinité est plus grande ou plus vénérable que les autres ?

R. : Non. Toutes trois ont une substance indivisible, une force, une gloire, une seigneurie, en tout. Le Père ne peut être séparé du Fils, ni le Fils du Père, ni l'Esprit saint du Fils ou du Père; tout comme le disque, le rayon et la lumière du soleil ont une substance indivisible.

Q. : Peut-on penser qu'il existe une différence en la sainte Trinité ?

R. : Selon la substance et les attributs, comme bon, éternel etc., non. Mais selon la génération, oui, car le Père est inengendré, le Fils engendré et l'Esprit saint procède.

Q. : Le Père a-t-il jamais été sans le Fils ou sans l'Esprit saint ?

R. : Non. Père, Fils et Esprit saint sont coéternels.

Q. : Et où se trouve Dieu ?

R. : Écoute avec attention. Le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer, et tous les lieux, mais aucun ne Le contient, et Il remplit tout. Tout ce qui se trouve dans les profondeurs du coeur de l'homme, Il le sait. C'est pourquoi on Le dit infini, indescriptible, indivisible etc.

Q. : Pourquoi dit-on alors que Dieu habite les cieux ?

R. : Ceci, on ne le dit pas pour enfermer Dieu au ciel, mais parce que c'est au ciel qu'Il montre davantage sa gloire aux anges et aux saints. On dit que les lieux où Il agit davantage sont les demeures de Dieu. C'est ainsi qu'on nomme l'église temple et demeure du Seigneur car là se manifestent sa Gloire et sa Bonté et à cause des saints mystères qui s'accomplissent à son intérieur. Demeure de Dieu se dit encore plus pour le chrétien qui aime Dieu et accomplit ses commandements ainsi que le Seigneur l'a dit Lui-même : "Si quelqu'un M'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui." (Jn 14,23)

Q. : Peut-on voir Dieu tel qu'Il est dans son essence, directement ?

R. : C'est impossible, aussi bien aux hommes qu'aux anges, comme Dieu le dit Lui-même à Moïse : "L'homme ne peut Me voir et vivre." (Ex 33,20) De même : "Personne n'a jamais vu Dieu." (Jn 1,18)

Q. : Pourquoi dans de nombreux passages des saintes Écritures est-il dit que Dieu S'est manifesté aux justes et aux prophètes ?

R. : Il s'est montré non selon sa nature mais de différentes manières et ressemblances, avec condescendance, selon la capacité de chacun. A Abraham, sous l'aspect des trois anges. A Moïse, dans le buisson ardent. Au prophète Isaïe, assis sur un trône. A Daniel le prophète, comme l'Ancien des jours et à d'autres autrement, comme Il le dit Lui-même : "J'ai multiplié les visions et j'ai pris différents." (Josué)

A suivre

L'Église n'est, n'était et ne sera jamais déchirée, pas plus que la tunique sans couture du Christ. hm.Cassien