Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 43

MARS 1992

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

SOMMAIRE

DE MOIS EN MOIS

LE BONHEUR DANS LA VÉRITÉ

CHRÉTIENTÉ D'AUJOURD'HUI

SUR LA COMPONCTION ET LA CONTRITION

CONSEILS A UN JEUNE

LA VISION DE SAINT ÉTIENNE

ICONOGRAPHIE BYZANTINE : La technique dans l'iconographie

MIRACLE DE LA MÈRE DE DIEU

LA THÉOLOGIE

Rien n'est plus fort que la vérité qui est confirmée par les paroles célestes et qui garde l'Église toujours invincible et inflexible pour les portes de l'enfer, lesquelles sont les hérésies haïssant le Christ.

Saint Sophrone de Jérusalem

DE MOIS EN MOIS

Cette fois-ci, le bulletin sort plus tôt que prévu. Les problèmes techniques trouvent une solution et il n'y a que le facteur financier qui freine. Mais la Providence nous a secourus jusqu'à présent et saura le faire aussi dans l'avenir.

Parfois, je suis tenté d'écrire sur des sujets qui touchent l'Orthodoxie, comme le gouvernement mondial, le New Age, l'oecuménisme qui en est le précurseur ou sur des sujets plus positifs, tel le Suaire de Turin par exemple, mais le terrain semble un peu glissant et faute d'équipement, c'est-à-dire d'informations et de documentations suffisantes, je risque d'écrire des incongruités. Je pense qu'il vaut mieux écrire à propos de la vérité qui est une et immuable au lieu de dénicher et de réfuter ses imitations et ses placebos qui changent sans cesse et disparaissent d'eux-mêmes faute de consistance solide. Toute la besogne du malin d'ailleurs consiste à singer Dieu et à contrefaire la vérité afin de perdre l'homme. En démontrant à quelqu'un l'erreur de telle croyance ou de tel mouvement, on l'amène tout au plus à les rejeter, mais pas nécessairement à être convaincu de la vérité. Par contre, en témoignant de la vérité, de la beauté et de la richesse de notre foi orthodoxe, je démontre implicitement la fausseté du reste. Cela n'exclut pas d'aborder parfois un phénomène comme je l'ai fait par exemple pour le Hard-Rock. D'ailleurs, il y a des livres et des revues qui traitent de ces sujets-là et il vaut mieux publier ce qui nous est propre et familier : l'Orthodoxie. Par contre, je tâche de rallonger les nouvelles, car il paraît qu'il y a des lecteurs qui ne lisent que cela. Ainsi, au moins, ils ne restent pas sur leur faim.

Ce numéro-ci sortira au début du carême, plaise à Dieu, et j'espère pouvoir en publier un autre encore avant Pâque.

Je vous souhaite donc un bon lancement du carême, qui est l'image de toute notre vie, afin d'arriver en vainqueur au terme du stade - la résurrection du Christ-Sauveur dans laquelle toute l'humanité est sauvée et chacun potentiellement selon sa foi et ses oeuvres.

En Christ, votre hiéromoine Cassien

Si tu m'en crois, voici ce que tu feras : tu cesseras toute polémique, mais tu enseigneras le vrai de telle façon que tes enseignements soient irréfutables.

Saint Denys l'Aréopagite

LE BONHEUR DANS LA VÉRITÉ
de saint Augustin (Confessions X,23)

 

Ne serait-il donc pas certain que tous veulent être heureux, puisque ceux qui ne veulent pas puiser leur joie en Toi, qui es le seul Bonheur, ne veulent pas vraiment le bonheur ? A moins que, tout le monde voulant vivre heureux, la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair, en sorte que sans faire pour autant ce que l'on veut, l'on tombe sur ce que l'on peut et que l'on s'en contente, faute de vouloir ce que l'on ne peut.

De fait, à la question que voici : «Où préfère-t-on que la joie aie sa source, dans la vérité ou dans l'erreur ?» l'on ne balance pas plus à dire : «Dans la vérité», que l'on ne balance à dire : «Je veux être heureux.» C'est que le bonheur consiste dans la joie issue de la vérité. Et cette joie, c'est la joie qui naît de Toi, qui es la Vérité même, ô Dieu, «ma Lumière, Salut de ma face, mon Dieu !» Vivre heureux de cette façon, unique façon de vivre heureux, tout le monde le veut, oui, tout le monde veut une joie dont la vérité soit la source.

Je le sais par expérience, bien des gens veulent tromper, mais se tromper, personne. Où donc ont-ils appris à connaître le bonheur, sinon là où ils ont appris à connaître la vérité ? La vérité, ils l'aiment telle qu'elle est, puisqu'ils ne veulent pas se tromper, et quand ils aiment de vivre heureux, chose identique à la joie qui a sa source dans la vérité, c'est la vérité encore qu'ils aiment et qu'ils n'aimeraient pas à moins que d'en avoir quelque idée en leur mémoire.

D'où vient donc qu'ils n'y trouvent pas la joie ? D'où vient qu'ils ne sont pas heureux ? C'est que d'autres objets les occupent plus fort, qui leur causent plus de misère que la vérité dont ils n'ont qu'une légère souvenance du bonheur. «Une petite lumière brille encore chez les hommes.» Qu'ils marchent ! Qu'ils marchent «afin que les ténèbres ne les surprennent pas !»

Pourquoi la vérité engendre-t-elle la haine ? Il est un homme, un homme à Toi, qui prêche le vrai. Pourquoi le traitent-ils en ennemi, alors que l'on aime de vivre heureux et que vivre heureux ne consiste qu'en une joie née de la vérité ? Pour cette simple raison que la vérité est tellement aimée que, quoi qu'ils aiment, ils veulent que ce soit la vérité; et, ne voulant pas être trompés, ils ne veulent pas non plus être convaincus d'erreur. Ce qu'ils aiment à la place de la vérité leur fait haïr la vérité, aimée dans son éclat, haïe pour ses reproches. Ils ne veulent pas se tromper et ils veulent tromper. Ils l'aiment quand elle s'annonce, ils la détestent quand elle les dénonce. Ils seront payés en conséquence : ils ne veulent pas être découverts par elle, elle ne les en découvre pas moins et ne se découvre pas à eux.

C'est ainsi, oui, ainsi qu'est fait le coeur de l'homme ! Aveugle et lâche, déshonnête et messéant, il veut demeurer caché, mais il ne consent pas que rien lui demeure caché. Il en est puni : il ne se dérobe pas à la vérité, tandis que la vérité se dérobe à lui. Cependant, si, misérable qu'il soit, il préfère goûter la joie dans la vérité que dans l'erreur. Il sera donc heureux, lorsque, libre de toute inquiétude, il jouira de l'unique Vérité, principe de tout ce qui est vrai.

 


CHRÉTIENTÉ D'AUJOURD'HUI

Les jours sont arrivés où les chrétiens réduisent l'incarnation du Christ, sa mort et sa résurrection, - qu'on ne peut accueillir que par un acte de foi, qui dépasse nos raisonnements humains -, à une série de «valeurs» acceptées par tout le monde.

La vie chrétienne est réduite à des actes humanitaires et culturels. Le message évangélique est limité au dialogue entre les religions et les races, orienté vers la recherche du bien-être et du progrès dans ce monde et confondu avec le respect de la nature.

L'Église, fondement et colonne de la vérité, est considérée comme une organisation bienfaisante, esthétique, et qui a pour tâche de favoriser la vie sociale.

Au lieu de revenir à l'Église du Christ, une et indivisible, les chrétiens cherchent, pour leurs croyances, qui ont vu le jour au fil des siècles, un dénominateur commun qui arrange tout le monde. Mais je crains que ce dénominateur commun ne se dévoile un jour comme le signe de la Bête.

Le pain substantiel et surressentiel que nous demandons dans le Notre Père est devenu «quotidien». Mieux vaut le moineau dans la main╔

Voilà le piège où tant de croyants sont tombés, se fiant à leurs ratiocinations et sentiments qui ne sont pas ceux de Dieu, qui n'est pas venu sur terre pour un monde meilleur mais pour la vie à venir.

Hm. Cassien

Quoi de plus aisé que d'aimer tout le monde et d'être aimé de tous ? Quel n'est pas le repos procuré par les commandements du Christ ? Mais la volonté n'a pas d'élan. Si elle avait de l'élan, tout lui serait aisé, avec l'Aide de Dieu. Ainsi que l'a déclaré le divin Antoine : «La vertu n'a besoin que de notre vouloir.», et encore : «Nous n'avons pas besoin de voyager pour le royaume des cieux, ni de passer la mer pour la vertu». Quel n'est pas le repos du doux et de l'humble ? Vraiment, «les doux auront la terre en héritage et ils jouiront de la paix en abondance.»

Abba Zosime

SUR LA COMPONCTION ET LA CONTRITION
tiré du «Salut des pécheurs» (chapitre 5, suite et fin)

Deuxième conseil : Combien de dommages t'arrivent à cause du péché.

 

Quand tu dénombres la multitude de tes péchés, songe aussi aux dégâts qui t'arrivent à cause d'eux, pour que tu comprennes combien de profit tu as perdu, pour que tu sois poussé à une grande douleur et pour te repentir, parce que le chagrin et la peine ne servent à rien d'autre; c'est pourquoi saint Jean Chrysostome dit qu'il n'y a pas de dommage qui puisse être réparé par le deuil et la douleur si ce n'est celui du péché. C'est pourquoi aussi toute tristesse et douleur sont inopportunes et vaines et dehors de celles qui sont causées par le péché.

Donc, que celui qui désire obtenir cette douleur utile à l'âme et très salutaire imagine avec attention et humilité ces biens dont il se prive et tous les dommages qui viennent du péché pour qu'il sache combien il doit s'affliger et se repentir avec persévérance. Rends-toi au début de la Bible où sont écrits les malheurs que tu subis, et tous ces grands charismes dont tu es privé, malheureux, pour une iniquité mortelle, afin que tu prennes peur en voyant que tu restes condamné à l'enfer éternel. Tu t'effaces du livre de vie et au lieu d'enfant de Dieu que tu étais, tu deviens esclave du démon, et au lieu de temple de la sainte Trinité, tu deviens caverne de brigands. De tous ces malheurs, le plus manifeste et le plus digne de larmes est la privation de Dieu parce que ce dommage est la racine de tous les autres. Sache donc que c'est ce bien infini que tu perds, ainsi que tous les autres, dès que tu accomplis le péché, pour que tu comprennes s'il doit pleurer et gémir de tout son coeur celui qui subit de telles pertes et tombe d'une si grande richesse de béatitude et hauteur de grâces dans un tel océan de malheur. Comment est-il possible de ne pas pleurer, à celui qui est tombé dans un si mauvais abîme de perte ? Ouvre tes yeux, ma pauvre âme, pour comprendre ce que tu étais auparavant et ce que tu es devenu par la suite. Tu étais épouse du Très-Haut, temple de Dieu vivant, vase d'élection, et trône du véritable Salomon. Tu étais siège de la sagesse, soeur des anges et héritier de la béatitude céleste. Pleure donc beaucoup et lamente-toi chaque fois que tu entends comment tu étais, que tu n'as plus ces dons, mais au contraire, tu es venu à une si étrange altération que l'épouse de Dieu est devenue adultère du démon; le vase d'élection est devenu vase de corruption; l'oeil de Dieu, boue de porcs; le trône de Dieu, siège de famine; la soeur des anges s'est soumise à l'obéissance des démons, et celle qui volait comme des colombes aux cieux rampe comme un serpent sur la terre. Pleure donc, mon âme infortunée, et gémis en méditant sur toutes tes pertes. Pleure parce que c'est toi que les cieux pleurent. Gémis car c'est sur toi que gémissent l'Église et tous les saints. Verse des larmes car tu as péché et tu ne t'es pas repentie du mal. Sois en deuil, parce que c'est sur toi que les prophètes se lamentent, voyant la colère de la Justice de Dieu sur toi. Pleure, parce que c'est plutôt sur toi que sur les murs de Jérusalem que sont versées les larmes de Jérémie. Lamente-toi donc, mon âme malheureuse, jusqu'à ce que tu laves la saleté de ton péché et que tu retournes à ta noblesse d'auparavant.

 

Troisième conseil : Combien le Seigneur hait le péché.

 

Tu tires aussi du profit (pour acquérir cette sainte tristesse et la haine du péché) si tu imagines combien le Très-Bon hait le péché, car plus on est bon, plus on aime le bien, et hait le mal. Et puisque Dieu est infiniment bon, il s'ensuit qu'Il a un grand amour du bien, et une haine infinie du mal, et ainsi, à l'un Il donne comme prix une gloire éternelle et à l'autre un châtiment sans fin, et la privation d'un bien immense. Pour comprendre donc cette haine, réfléchis aux terribles punitions que le Seigneur a envoyées pour le péché dans le monde entier, et noyé dans le déluge tous les pécheurs. J'omets ce juste tourment de Satan et de tous les esprits orgueilleux qui ont été exclus du ciel, de l'ancêtre Adam avec tout l'héritage, la disparition de Sodome, et divers autres, que je n'écris pas maintenant l'un après l'autre, puisque tu les as entendus auparavant, et je te rappelle seulement le plus grand châtiment, afin que tu craignes et que tu haïsses le péché, car il est la raison pour laquelle a été crucifié le Fils et Verbe de Dieu, l'Immortel. Celui-ci était le plus grand châtiment parmi tous les précédents, à cause de l'immense Dignité et Noblesse de Celui qui a souffert de par toutes ces punitions, tu comprends la sévérité de la Vengeance de Dieu, et la haine qu'a sa Bonté contre le péché, et avec cette pensée, la divine crainte et la douleur pour le péché entrent en ton coeur.

 

Quatrième conseil : les châtiments de l'enfer.

 

De même, tu peux être poussé au deuil et aux larmes, quand tu penses au jour du Jugement, et les terribles châtiments de l'enfer éternel, où tous les membres et les sens auront une douleur inexprimable, c'est-à-dire les yeux auront le gémissement, les dents le grincement, l'odorat la puanteur, l'ouïe les coups et le son des lamentations, le goût la soif, l'estomac la faim, et en un mot tous les membres auront la même punition et le même châtiment, comme cela apparaît plus explicitement à la fin de la Bible; et le plus douloureux de tout, est que les pécheurs s'affligeront parce que leur châtiment est éternel, et de là ils auront un grand désespoir, et, se rappelant leur jouissance d'autrefois, ils s'affligeront d'autant plus, car ils ne pourront plus avoir aucune consolation, mais plutôt une fin sans fin, une mort immortelle, et chaque pécheur dira à lui-même : «O mon âme, voilà arrivée la fin de ton orgueil et de ta démence et des plaisirs charnels que tu as aimés et désirés plus que Dieu. Où êtes-vous maintenant ? Qu'êtes-vous devenus, mes plaisirs et mes jouissances ? Quel profit m'avez-vous donné ? A cause de vous je perds la jouissance céleste, les biens éternels, et j'hérite de l'enfer infini. Si tout cela est vrai, pécheur, et si ces vers rongeront ton coeur continuellement, n'est-il pas mieux que tu te le rappelles maintenant pour ton profit, que tu te condamnes toi-même avec des larmes et des gémissements avant ce Tribunal redoutable, afin d'échapper à la juste punition ?

 

Cinquième conseil : les Biienfaits de notre Sauveur

 

Plus que tout cela, l'infinie multitude des Bienfaits de ton Sauveur augmente la douleur de ta contrition, parce que plus tu réfléchis aux bienfaits que t'a accordés le Très-Bon, plus tu as honte de ton ingratitude envers Lui. C'est aussi ainsi que les prophètes incitent le peuple à la repentance et à la contrition du coeur, comme l'a fait Nathan à David et avant de le reprendre pour son adultère, il lui a annoncé les bienfaits et les grâces qu'il avait reçus de Dieu. Rappelle-toi donc, toi aussi, les dons divins et les bienfaits : qu'Il t'a créé du non-être à l'être, qu'Il t'a délivré par son Sang immaculé et vénérable, Il t'a accordé le saint baptême, Il te garde de différents dangers, te protège, et simplement toutes les choses qui sont dans le monde, tout cela sont des Bienfaits de Dieu pour ton service, le ciel, la terre, la mer et tout ce qui est en eux, les choses visibles et invisibles, que j'omets ici parce que je les ai écrits dans le chapitre 16, et lis cela après ce conseil, car c'est là que tu vois toutes tes ingratitudes. Comment oses-tu donc remplir d'amertume avec tes péchés un tel Bienfaiteur qui donne avec largesse, qui a supporté tant d'insultes et de soufflets, des flagellations et la mort sur la croix, afin de te délivrer de la captivité du démon ? Regarde donc combien tu as de raison d'être en deuil en te lamentant, voyant combien de fois tu as recrucifié un Maître si doux. En réþéchissant à tout cela, tiens compte, d'une part, de sa Compassion et de sa Miséricorde, et d'autre part, de ta grande ingratitude, et retourne à Lui avec un coeur contrit demandant pardon, et confessant tous tes péchés avec humilité. Voilà, mon frère, les réflexions qui profitent beaucoup à celui qui les lit, et qui apportent au coeur la contrition, qui est la clé du repentir; il est utile de les lire plusieurs fois avec attention et piété en temps opportun et approprié, et en un lieu silencieux et calme, parce que souvent on commence une prière sans piété ni componction, et après un peu de temps, on se contrit et la prière se termine par des larmes. C'est pourquoi, lis tout seul tout ce qu'on a dit, sans paresse, et dis des prières émouvantes autant que tu le peux, parce que quand le repentant obtient un esprit brisé, alors aussitôt la Grâce du très saint Esprit retourne vers lui et celui-ci est reçu par Dieu comme son enfant. En effet, le Père très compatissant vient à sa rencontre, embrasse l'enfant prodigue et ordonne qu'il soit revêtu du premier vêtement de la grâce, et qu'on lui mette l'anneau des mystères de la Sagesse de Dieu, c'est-à-dire la nouvelle connaissance des choses divines cachées, qui sont inconnues aux yeux des pécheurs. A cet instant-là, les cieux se réjouissent, les anges célèbrent la fête en psalmodiant, et simplement tout l'univers se réjouit, alors qu'auparavant elle s'attristait sur la perte du pécheur, et maintenant lors de son retour tous les confins sont dans l'allégresse, surtout le Bon Pasteur qui, avec tant de peine et de sueur, a retrouvé la brebis égarée et Il s'en réjouit avec ses amis et voisins. Sache bien aussi qu'autant sont grandes la contrition et l'humilité du pénitent, autant il y a de disposition pour une grâce plus élevée, et il est rendu digne d'une très grande pitié; parce que la justice et le jugement sont la préparation du trône de Dieu. Au jugement revient d'examiner la cause, et à la justice d'accomplir la décision. Donc l'âme qui a pratiqué ces deux choses, c'est-à-dire qui est entrée en jugement avec elle-même et reconnaît avec humilité la faute qu'elle a commise, d'avoir méprisé le Créateur pour la jouissance de la création, ainsi elle accomplit la décision contre elle-même; celui qui a méprisé Dieu doit s'humilier jusqu'à terre, se mépriser, et celui qui a pris plaisir et jouissance des créatures de façon déréglée, doit souffrir et être sévèrement puni pour ce plaisir du péché, afin de se préparer à devenir trône de Dieu et demeure de la Sagesse divine. Sache aussi ceci : quand le Seigneur veut élever une âme à des choses plus hautes, il l'exerce à l'avance avec des lamentations, des désirs et des afflictions de l'esprit, et des mauvais traitements du corps, afin de la rendre digne de ces dons, voulant ainsi toujours qu'avance d'abord le rude hiver plein de pluies et de troubles, et qu'après arrive le printemps fleuri et plein de fruits, des dons et des charismes de l'Esprit divin; et plus les dons seront grands, plus les afflictions devront être fortes, et c'est pour cela qu'elles les devancent. Donc que personne ne s'attriste ou ne s'afflige quand il souffre cela, mais qu'il se réjouisse plutôt, puisque c'est le signe de la grâce future pour la contrition, et venons à la deuxième partie du repentir, qui est la sainte confession.

 

(à suivre.)

 

Celui qui, dans la connaissance de la vérité, dépasse les choses de ce monde, s'unit au Christ.

En dehors de la voie du repentir, il n'est pas d'autre chemin qui mène au salut.
saint Théolepte de Philadelphie

CONSEILS A UN JEUNE
(de saint Nyphon)

Un jour que saint Nyphon se trouvait à l'église, un jeune homme très vertueux s'approcha de lui :

- Père, lui demanda-t-il, que dois-je faire pour être sauvé ?

- Mon enfant, toi tu es une âme pure. Pourquoi cherches-tu à entendre une parole salutaire d'un vieux qui a «pourri» dans le péché ?

- Père, la parole de Dieu dit : «Questionne ton père et il t'enseignera». C'est pourquoi je cherche à entendre de toi une bonne parole. Ne me dédaigne pas.

- Que penses-tu faire ? Devenir moine, ou chercher à plaire à Dieu en suivant la vie courante ?

- Je pense d'abord à m'exercer dans la vie et, après, ce qui plaira à Dieu.

- Si tu veux habiter au milieu des hommes, mon enfant, tu devras faire attention aux choses suivantes :

- N'accuser absolument personne. Ne pas te moquer. Ne pas te mettre en colère. Ne pas mépriser. Garde-toi bien de dire : «Un tel vit d'une manière vertueuse», ou : «Tel autre dans la débauche». Car c'est précisément cela le : «Ne jugez pas». Tu devras tous les voir avec le même regard, la même humeur, avec la même pensée, avec simplicité de coeur, les acceptant comme le Christ. Ne pas prêter l'oreille à une personne qui juge. Ni, à plus forte raison, te réjouir et être en accord avec ce qu'elle dit. Mais tu garderas ta bouche fermée. Peu de paroles et appliqué à la prière. Celui qui critique, tu ne le jugeras pas.

- Ce que tu m'as dit, Père, remarqua le jeune, c'est pour ceux qui sont parvenus au terme du combat. Comment moi qui ne suis rien, vais-je pouvoir arriver jusque là pour plaire à Dieu ?

- Mon enfant, la jeunesse, si elle a l'humilité et la pureté, cela est suffisant. Dieu ne lui demande rien d'autre. C'est pourquoi, mon garçon, sois pur et humble. Mets-toi au-dessous de tous. Alors, vraiment, tu vivras en compagnie du Christ. Efforce-toi également de ne pas t'imaginer que tu es arrivé à la hauteur des saints, mais dis continuellement : «Sais-tu, mon âme, que nous avons dépassé dans le péché même les démons, et jusqu'à présent nous n'avons fait aucune bonne oeuvre pour Dieu ? Malheur à nous, infortunés ! Qu'allons-nous devenir le jour du Jugement ?»

Voilà pourquoi tu devras considérer toujours ta prière comme étant celle du pire pécheur. Car nous péchons davantage lorsqu'il nous semble que notre prière est pure et sainte. D'ailleurs quand bien même quelqu'un ferait des prodiges et des miracles, il faut qu'il se considère comme indigne. Car, de toute façon, il péchera dans sa prière avec les tressaillements intérieurs du coeur, ou avec les pensées distraites. C'est-à-dire lorsque les paroles de la bouche ne sont pas en accord avec l'esprit qui court ailleurs. Pour cela, souviens-toi de dire sans cesse : «De mes fautes cachées purifie-moi et de l'aliénation sauve ton serviteur.»

Il faut encore que tu aies cela à l'esprit : Ne jamais te réjouir de tes bonnes oeuvres, ni devenir audacieux à cause d'elles. Tu ne sais si elles sont agréables ou répugnantes à Dieu. C'est pourquoi il vaut mieux avoir confiance en Lui et en sa force, en considérant ta personne comme une terre stérile.

Ah, mon enfant, combien de péchés commettons-nous sans les connaître !

Si quelqu'un t'insulte, te critique ou te méprise même jusqu'à te rabaisser, humilie ta raison et condamne-toi toi-même comme pécheur et indigne de vivre╔ Et, avec tout cela, viendront la correction et le salut.

Alors le jeune continua de le questionner :

- Père, comment l'homme peut vaincre chaque tentation du diable ?

- La victoire pour chaque tentation, c'est le silence et l'humilité. Toutes les oeuvres de l'humble sont connues de Dieu et louées par ses anges, et sont terribles et redoutables aux démons. Deviens donc humble et contrit de coeur afin que l'Esprit saint désire habiter en toi et te donner ainsi la force pour repousser tous les soucis du monde, car je perçois que c'est eux qui t'éloignent le plus de la voie de Dieu en te distrayant avec des choses sans profit, lesquelles, mon enfant, ne nous apporteront aucune aide le jour du Jugement. Le Seigneur ne nous a pas envoyés dans cette vie pour nous noyer dans les préoccupations et les soucis excessifs, trompés par le diable. Loin de nous ! Mieux vaut te tourner entièrement vers Dieu, te souciant seulement de ton âme et Lui, Il aura soin aussi de tes biens matériels. Personne dans cette vie, quel que soit le mal qu'il se donne pour sa personne, ne peut ajouter à sa taille une hauteur, comme l'a dit le Seigneur.

Quel profit tirerions-nous des choses du monde s'il arrivait que nous les rassemblions toutes dans nos greniers ? A la fin, nous les laissons ici et nous allons habiter la tombe, nus de toute vertu. Quel gain matériel peut alors nous sauver ? Aucun assurément ! Nous serons cernés de toutes parts par les ténèbres, la malédiction et l'enfer.

C'est pourquoi il est absolument nécessaire que nous priions sans cesse avec beaucoup de recueillement et de paix.

Comprends donc, mon enfant, et mets dans ton coeur tout ce que je te dis et, dorénavant, débarrasse-toi de tes préoccupations et que ta façon de vivre soit agréable à ton Seigneur et Dieu.

Le destin d'Eve accable les héritiers, mais quand nous supportons les épreuves avec actions de grâces,

la malédiction tourne à notre bénédiction.

Abba Hyperéchios

LA VISION DE SAINT ÉTIENNE

 

«Ce n'est pas chose facile que de changer les usages établis et respectés depuis un temps considérable», dit saint Grégoire le Théologien dans ses «Discours Théologiques» (5,25). Et un peu avant, il dit : «Ce n'est pas instantanément que les changements se sont opérés, ni dès le premier mouvement de cette oeuvre. Pourquoi ? Il faut en savoir la raison. C'est que les hommes devraient être non pas contraints, mais persuadés. Car la contrainte ne produit pas un résultat durable, comme il arrive quand on contrarie le cours d'une rivière ou la croissance d'une plante, - tandis que la persuasion est plus durable et plus sûre. Dans le premier cas, le résultat est l'oeuvre de celui qui a exercé la contrainte; dans le second cas, il est l'oeuvre de celui qui a été persuadé. Une de ces méthodes convient à la Bonté de Dieu, l'autre relève d'une puissance tyrannique.»

De même nous procédons par étapes, en approfondissant chaque fois le problème dont nous avons déjà traité dans l'article sur la représentation de Dieu le Père dans l'iconographie byzantine et l'article sur l'Ancien des jours. Ce qui nous est propre, ce n'est ni la contrainte, ni les insultes, mais la fermeté et le calme dans la défense de la pureté de notre foi, «car l'indifférence en ces matières supprime la liberté de langage que nous devons avoir dans le Christ.» Saint Basile (Lettre aux évêques, 69).

Saint Étienne, lors de son martyre, «vit la Gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu» (Ac 7,55). Pour ce qui est de la station debout à la droite, voilà ce qu'en disent les pères : «Si tu entends parler d'un trône et d'un siège à droite, tu comprends qu'il ne s'agit pas d'un trône matériel situé en quelque point délimité de l'espace, mais que ces termes de trône et de siège partagé expriment la similitude et l'égalité de la gloire╔» (Sur l'incarnation). Saint Grégoire Palamas dit à son tour en parlant de la vision de saint Étienne : «╔ce qui était symbolique, c'était la station à la droite, et bien que la station debout elle-même ne soit que symbole de celui qui est fixe et immuable, de la consistance absolument inchangeable de la Nature divine, Étienne a bien vu indiciblement ce qu'elle était╔» (Triade 1,3,30).

Voilà pour ce qui est de la station à la droite qui symbolise l'immuabilité de Celui qui partage avec le Père et l'Esprit la même gloire de toute éternité.

Venons-en maintenant au problème central : la vision de Dieu le Père. Saint Grégoire Palamas dit que saint Étienne ne voyait pas seulement le Christ, mais aussi son Père (Triade 1,3,30). Ce n'est pas moi qui contredirais ce þambeau de l'Orthodoxie, il me suffit de marcher humblement dans ses traces. Mais il n'est pas assez de marcher dans la première trace pour ensuite suivre sa propre fantaisie, c'est-à-dire de se contenter de son affirmation de la vision du Père. Il faut aussi voir comment saint Étienne a vu le Père. Le même saint Grégoire nous le dit de concert avec les autres pères.

Selon saint Grégoire, le protomartyr voyait l'Invisible «d'une manière qui n'est ni sensible, ni intelligible, ni négative, mais par la Puissance indicible.

LA LAPITATION DE SAINT ETIENNE

Car la sublime Majesté et la Gloire du Père ne peuvent en aucune façon être accessible aux sensÉ. De quelle façon le protomartyr a-t-il eu cette vision ? J'oserai te le dire : spirituellement.» (Triade 1,3,30). Avec les yeux de la colombe, dirait saint Grégoire de Nysse, c'est-à-dire par l'Esprit saint. «Dieu est esprit et ceux qui L'adorent doivent L'adorer en esprit et en vérité.» (Jn 4,24), c'est-à-dire en concevant incorporellement l'Incorporel» (Saint Grégoire Palamas : Chapitres Physiques, Théologiques, Éthiques et Pratiques, 60). Plus loin, l'archevêque de Thessalonique dit encore : «Les trésors célestes de l'Esprit ne se manifestent qu'à celui qui les reçoit par l'espérance, alors que le non-initié ne peut même pas les imaginer.» (Triade 1,3,34). C'est donc d'une manière indicible qu'une vision pareille se fait et toute imagination tourne à faire l'Invisible à notre image.

Saint Syméon le Nouveau Théologien confirme le précédent, disant : «Lorsque nous parvenons à la perfection, Dieu ne vient plus à nous, comme avant, sans image et sans apparence╔ Il vient sous une certaine image cependant, sous une image de Dieu.» (Sermon, 90). «Le principe de la vision imaginaire est la présomption, qui fait imaginer le divin sous une forme», selon saint Grégoire le Sinaïte (Sentences Diverses, 131). «Ce qui est simple par nature ne peut être vu ni donner lieu à aucune forme visible», affirme saint Nicéphore (1er Antirrhétique, 297 C). Le Christ qui est composé de deux natures peut donc être contemplé dans sa Nature humaine, qui elle-même est composée. Mais ni la Nature divine du Fils ni celle du Père ne se prête à la représentation. «Cesse de te représenter la Nature incorporelle comme un corps et tu concevras peut-être quelque chose qui soit digne de la génération de Dieu», prévient saint Grégoire le Théologien (3e Discours Théologique, 8). Dans l'office du 27 décembre, saint Étienne voit le Fils de Dieu «Se tenant à la droite du Père invisible» (Laudes, Gloire au Père╔) Si le Père était invisible, qu'est-ce que cela veut dire ? Je viens de l'expliquer plus haut.

Je sais qu'on me dira que ce n'est pas la Nature divine que l'on veut représenter, mais la Personne du Père. Moi, je demande à ces ingénieux comment ils veulent figurer une Personne sans sa Nature, qui en est le support ? Quand nous représentons le Christ, c'est toujours sa Personne divino-humaine dans la Nature humaine.

Continuons avec ce que disent nos pères : «De l'immatérialité découle la non-inscriptibilité, ╔ainsi que l'absence de forme visible, de contour, et de tout attribut proche ou analogue à ceux-là». (Saint Nicéphore, 1er Antirrhétique, 232 C).

Les pères sont donc formels en affirmant que l'Incorporel, l'Invisible, l'Immatériel qu'est Dieu le Père, ne peut être vu dans une forme sensible, ni intelligible, mais seulement sous une certaine Image divine qui est indicible.

Comment l'icône de la Lapidation de saint Étienne représente-t-elle la vision ? Avec Dieu le Père ? Debout, assis ? Rien de tel. Nous voyons symboliquement le ciel en forme de demi-cercle et trois rayons qui en émanent, signe de la Gloire de la Trinité. Si donc sur l'icône de la Lapidation de saint Étienne nous ne voyons pas Dieu le Père, comment peut-on se baser sur cette vision pour le figurer sur la soi-disant icône de la Trinité ? A ceux qui sont si facilement portés à l'imagination, je demande encore : Où était l'Esprit saint lors de la vision, Lui qui n'est jamais séparé des deux autres personnes divines ? S'ils ne savent répondre, qu'ils lisent les Discours Théologiques de saint Grégoire de Nazianze, à l'endroit où il traite de la révélation progressive. Je passe, car cela n'est pas le propos de mon traité.

La Paternité de la première Personne divine ne nous autorise aucunement à la représenter comme homme barbu. Dans ses Règles Morales (Profession de Foi), saint Basile écrit : «Le mot «Père», si nous l'employons pour Dieu absolument dans le même sens que pour nous, nous manquons de respect, car il recouvre et la passion, et le sperme, et l'ignorance, et la faiblesse, et toutes choses de ce genre.» C'est d'une manière métaphorique qu'il faut concevoir la Paternité de Dieu, car saint Grégoire le Théologien dit : «Aussi devons-nous regarder comme indispensable d'appliquer à la Divinité dans un sens métaphorique les mots qui désignent ici-bas la paternité.» (5e Discours Théologique, 7). Et plus loin : «L'Écriture dit que Dieu dort, qu'Il se réveille, qu'Il S'irrite, qu'Il marche, qu'Il a pour trône les chérubins. Mais Dieu a-t-Il jamais été soumis à ces faiblesses ? As-tu jamais entendu dire qu'Il ait un corps ?» (5e Discours Théologique, 22).

On objectera peut-être que c'est donc dans un sens métaphorique que Dieu le Père est figuré sur les icônes. Où S'est jamais rendu visible le Père comme homme (hormis à Abraham sous le chêne de Mambré) ? L'Esprit saint S'est montré métaphoriquement sous forme de colombe, de þamme, etc., mais Dieu le Père ne S'est manifesté que sous la forme divine qui est indicible. Saint Étienne qui l'a vu n'a pas fait de description et l'Ancien des jours dont le prophète Daniel fait la description S'est montré sous la forme du Christ. Saint Diadoque explique : «Dans la Forme et la Gloire du Fils, le Père, qui n'a pas de forme, Se montrera à nous.» (Vision, 14-15).

Le divin Basile dit la même chose : «Notre intelligence, éclairée par l'Esprit, considère le Fils et en Lui, comme dans une image, contemple le Père.» (Lettre, 226). «Il n'y a en Dieu ni physionomie, ni visage», selon saint Jean Chrysostome (Contre les Anoméens, 7e Homélie, 2). Saint Cyrille d'Alexandrie est encore plus catégorique : «Une forme d'homme ne nous fait point voir Dieu, sauf dans l'unique cas du Verbe fait homme et semblable à nous.» (PG, 75, 1329). Encore au sujet de l'Ancien des jours : «Les prophètes ne voyaient donc pas la Face de Dieu même manifestée à découvert, mais des «économies» et des mystères grâce auxquels l'homme verrait Dieu un jour», remarque saint Irénée. (Contre les Hérésies IV, 20,10). Et il continue : «Si donc ni Moïse, ni Élie, ni Ézéchiel n'ont vu Dieu, alors qu'ils ont vu bon nombre de choses célestes, et si ce qu'ils voyaient n'était que «ressemblance de la Gloire du Seigneur» et prophéties des choses à venir, il est clair que le Père demeurait invisible, Lui dont le Seigneur a dit : «Dieu, personne ne L'a jamais vu» (Id. IV, 20, 11).

Si donc Dieu le Père est invisible et ne Se fait voir comme homme que dans la Personne du Fils, ou sous une image de Dieu, alors saint Cyrille de Jérusalem a raison en confessant : «Si Dieu est invisible, c'est celui qui Le voit qui se trompe et celui qui ne Le voit pas qui a raison.» (Ad Illum. Cat. VI, 2 PG 33541 A).

Je pourrais encore remplir des pages entières avec des citations patristiques qui disent toutes la même chose : que Dieu le Père est incorporel, invisible quant à sa Nature et à sa Personne, indescriptible, infigurable et la suite. Mais ce n'est pas dans l'abondance des paroles (dans les chars et les cavaliers, comme dit l'Écriture) que je mets mon espérance, mais dans la simplicité et la concordance du langage qui est propre aux paroles des pères dont je ne suis qu'un simple compilateur.

Je termine avec les paroles de saint Nicéphore, qui dit (1er Antirrhétique, 277 B) : «Les icônes peuvent être icônes du meilleur, comme du pire, et la gloire qui leur revient est en conséquence. Les icônes du bien doivent être honorées, celles du mal rejetées.»

Hiéromoine Cassien

L'Église universelle, elle seule, est infaillible.

Encyclique de 1895
ICONOGRAPHIE BYZANTINE
(suite)
La technique dans l'iconographie

En parlant d'icône, on pense spontanément à l'icône portable, peinte sur bois. Pourtant, il y a des icônes sculptées sur bois, ivoire, pierre, ou autre matière. Il existe des icônes en mosaïque, d'autres sur métal et même des icônes brodées. Outre les icônes portables, appartiennent aussi à l'iconographie la peinture murale des fresques, les mosaïques, les miniatures, la peinture sur verre, et presque toutes les formes d'art y figurent et peuvent en faire partie.

Évidemment, chaque technique a ses propres moyens et lois que je me dispense de détailler. Les techniques ont évolué au cours des siècles, de nouveaux matériaux furent découverts. Chaque pays orthodoxe possède ses propres écoles avec ses techniques propres qui sont liées à des facteurs multiples : le choix du bois, le marché des pigments, l'architecture, etc.

Toutes ces techniques ont pour base le contenu de la foi orthodoxe avec son expression iconographique spécifique. Ce contenu et son expression se sont élaborés aux premiers siècles de l'ère chrétienne et se transmettent sans variation à travers le temps. Les techniques, conditionnées par le temps, peuvent bien sûr changer, et n'ont aucun caractère absolu. Non pas que l'iconographe veuille faire mieux que les anciens, mais il est tributaire du choix que le commerce des matériaux lui offre. D'autres facteurs humains, comme l'occupation turque en Grèce ou l'occidentalisation dans les pays slaves ont aussi marqué l'iconographie, et lui ont fait perdre une partie de sa richesse qu'il est difficile de retrouver.

La peinture des icônes sur bois peut se faire par d'autres techniques (huile, gouache, etc.) que la technique traditionnelle, à savoir la tempéra à l'oeuf, mais c'est cette dernière qui s'est imposée, non par hasard mais sans doute à cause de ses avantages.

Jusqu'à l'iconoclasme (VIIIe siècle), prédomina la technique à l'encaustique (pigments mélangés à la cire), qui céda la place à la tempéra à l'oeuf, dans laquelle le jaune d'oeuf sert de liant aux pigments.

Toutes ces techniques iconographiques emploient idéalement des matières et des matériaux naturels et non chimiques, et c'est ainsi que toute la création participe à la louange de Dieu, depuis le monde minéral : or, pigments, pierres précieuses, etc., en passant par le monde végétal : lin, vinaigre, etc., jusqu'au monde animal : oeuf, colle d'os ou encore ivoire.

C'est donc avec tous ces matériaux naturels qui proviennent de la création de Dieu, de même qu'avec son talent et charisme - également un don de Dieu -, que l'homme créée, en synergie avec la grâce, l'icône, cette oeuvre à la fois terrestre et céleste.

Hm. Cassien

La grâce et le péché ne cohabitent pas, dit saint Diadoque, mais avant le baptême, la grâce sollicite l'homme de l'extérieur, tandis que Satan règne encore dans les profondeurs de l'âme et s'efforce de barrer toutes les issues de l'intellect pour empêcher d'y laisser entrer la justice; mais dès le moment où nous sommes nés à la vie nouvelle, le démon reste au-dehors et la grâce règne au-dedans.

Saint Théophane le Reclus

MIRACLE DE LA MÈRE DE DIEU

(«Salut des pécheurs», 3ème partie)

5ème miracle : De l'aveugle que l'eau de la Source Vivifiante a illuminé

 

Il apparaît, le premier vendredi du pentecostaire, qu'il se trouvait à Constantinople un certain soldat, homme très bon et vertueux, appelé Léon, au nom de famille Markélis; à cause de sa bonté, le Seigneur l'a rendu digne de devenir roi par la suite.

Donc, quand il était encore soldat, il se trouva par hasard dans un bois près de la ville et il vit là un aveugle, qui était très assoiffé, à cause de la route et de la chaleur. Léon eut pitié de lui et le prit par la main afin qu'ils aillent devant eux, dans l'espoir de trouver de l'eau pour l'abreuver. Donc, après avoir avancé sur une petite distance, l'aveugle tomba, ne pouvant plus marcher à cause de la soif. Léon chercha assez longtemps de l'eau dans la forêt, en n'en trouva pas; il s'attrista à cause de cela, craignant fort que l'aveugle ne meure de sa défaillance.

Cherchant donc dans les endroits plus à l'intérieur, il entendit une voix disant : «Ne t'attriste pas, Léon, parce qu'ici, près de toi, il y a de l'eau; donne à boire à l'aveugle. Ensuite, lave ses yeux avec elle afin que tu connaisses ma puissance. Et toi, sache que tu deviendras roi, et rappelle-toi alors de me construire ici une église, afin que j'y demeure, que viennent tous ceux qui ont besoin de mon aide, qu'ils trouvent le salut de l'âme et du corps.» Ayant entendu cela tout épouvanté, Léon se réjouit car il avait trouvé trois dons alors qu'il n'en cherchait qu'un.

Donc, avançant de trois pas, il trouva de l'eau dans un fossé; en en buvant, il ressentit en lui beaucoup d'allégresse et de force; et il en prit pour faire boire l'aveugle et il se rétablit. Ensuite, il lui lava les yeux, selon l'ordre donné par la Très Sainte Enfantrice de Dieu, et aussitôt (ô, tes miracles, Souveraine !) l'aveugle recouvrit la vue, et reçut une si grande joie que chacun peut bien comprendre.

Peu de temps après, Léon devint roi et édifia à l'endroit où il avait trouvé l'eau miraculeuse, une église dédiée à la toujours-vierge Marie, et l'appela Source Vivifiante, puisque cette eau était un don de la véritable Source de Vie, la toute-puissante Reine; et elle n'accomplit pas seulement ce miracle, mais aussi tant d'autres, qui surpassent en nombre les étoiles du ciel. En effet, la toute-puissante Reine a guéri, par cette eau vive, des abcès, des dysenteries, des maladies, des cancers, des hémorragies, des fièvres, la lèpre, des infirmités, des inflammations, des maladies des yeux, et d'autres maladies diverses; et chaque jour, elle guérit les possédés; elle ressuscita aussi des morts, à la Gloire de Celui qui est né d'elle inexprimablement, notre Dieu, à qui reviennent l'honneur et l'adoration dans les siècles. Amen. 

Le salut est pour ceux qui le désirent.

Saint Grégoire de Nazianze
LA THÉOLOGIE

La théologie est la connaissance, ou la science, - qui peut se transmettre par l'enseignement -, de Dieu, et par extension, de l'Économie divine. Connaissance et science sont deux termes presque synonymes dans le langage moderne; mais connaissance veut dire communion d'âme et de corps dans le langage biblique. L'Économie de Dieu concerne la création, l'eschatologie, c'est-à-dire l'achèvement de toutes choses, et, par excellence, l'incarnation du Fils de Dieu.

La théologie proprement dite se limite au mystère de la sainte Trinité en elle-même. L'Orthodoxie connaît deux approches théologiques : une positive ou affirmative (cataphatique), et une autre négative (apophatique). La théologie positive affirme à travers des signes et des images, c'est-à-dire symboliquement, ce qu'est Dieu : bon, éternel, esprit etc. La théologie négative dit que Dieu n'est pas ceci ou cela, qu'Il est au-dessus de tout concept sensible et intellectuel, qu'Il est inconnaissable, impalpable, au-dessus de toute bonté etc. Ce que la théologie positive confesse d'une manière imparfaite, est complété par la théologie négative. Pour s'approcher de Dieu, il faut dépasser tout ce qui est sensible, créé, familier à notre perception, et entrer dans les ténèbres de l'ignorance. Et c'est là que Dieu Se révèle le plus parfaitement, autant que l'homme peut le concevoir.

Cette théologie orthodoxe est une théologie d'approche, et non une saisie parfaite, une connaissance plénière. Notre connaissance est imparfaite, et ce n'est que dans l'amour que Dieu Se communique entièrement dans cette vie. Dans l'autre vie, toute théologie cédera à la vision face à face.

Dans la prière, on peut s'approcher de Dieu, comme en théologie, positivement, activement, par des paroles, des pensées, des gestes, ou négativement, en faisant le vide en nous, en dépassant nos facultés. Ces deux approches sont une forme de théologie, c'est la théologie vécue. «Celui qui prie est théologien», dit un spirituel.

Mariage et monachisme sont deux formes de vie « théologiques ». Dans le mariage, on s'approche de Dieu à travers ce qui est terrestre, on vit iconiquement la vie en Dieu. Le mariage est l'image du Christ et de son épouse, l'Église, comme dit l'Apôtre. Dans le monachisme, on renonce au terrestre afin de s'unir à Dieu par la négation. Le but est le même mais les moyens diffèrent.

Ces deux manières de la connaissance de Dieu en théologie, prière, mode de vie ne sont pas antagoniques mais complémentaires, et elles seront fusionnées dans l'autre vie comme elles étaient unies avant la chute.

Hm. Cassien


Celui qui, dans la connaissance de la vérité, dépasse les choses de ce monde, s'unit au Christ.
Saint Théolepte de Philadelphie

Quand le Christ ordonne de suivre la voie étroite, Il ne S'adresse pas seulement aux moines, mais à tous les hommes. C'est de même à tout le monde qu'Il prescrit de haïr sa propre vie en ce monde. D'où il s'ensuit que le moine et le séculier doivent atteindre aux mêmes hauteurs, et s'ils tombent, ils se font d'égales blessures.

Saint Jean Chrysostome


Un frère demanda à un ancien : «Quand je psalmodie, il m'arrive d'avoir hâte d'en arriver à la fin; pourquoi cela ?» Il répondit : «A quoi reconnaîtra-t-on un homme qui aime Dieu, sinon à ce que, lorsqu'il est aux prises avec le démon, il se fait violence pour lui résister, retenu par l'amour et la crainte de Dieu ?»


En dehors de la voie du repentir, il n'est pas d'autre chemin qui mène au salut.
Saint Théolepte de Philadelphie