Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 40

AOUT 1991

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

SOMMAIRE

NOUVELLES

DANS LE REGARD DU SAUVEUR

SUR LA COMPONCTION ET LA CONTRITION

MIRACLE DE LA TRES SAINTE ENFANTRICE DE DIEU

ELISABETH FÉODOROVNA, GRANDE DUCHESSE DE RUSSIE

L'ICONE A TRAVERS L'HISTOIRE

VIE DE SAINTE ODILE, VIERGE, PREMIÈRE ABBESSE DE HOHENBOURG

NOUVELLES
Voici le quarantième numéro de notre modeste bulletin. Quarante, le chiffre de la perfection et de la plénitude. Nous en sommes loin, je sais. Mais j'ai confiance qu'à travers ces années de vicissitudes, nous avons confessé la même foi et prêché la même doctrine. Le reste est secondaire, superflu et parfois nuisible.
Le bulletin est envoyé une fois de plus depuis la Grèce où je suis depuis le carême de la Dormition et je pense y rester deux mois environ.

En Christ
hm. Cassien

L'amour change la substance même des choses.

saint Jean Chrysostome

DANS LE REGARD DU SAUVEUR

Quand le bon larron regarda dans les yeux du Sauveur, dit saint Augustin, il comprit tout. Plus besoin de catéchèse ni de cours de théologie. Il saisit l'essentiel.

C'est à ce moment-là, quand le Christ s'est humilié à l'extrême en mourant sur la Croix, quand tout semblait échouer, quand les siens L'ont abandonné, quand son Père même semblait L'avoir abandonné ("mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné?", disait-Il sur la Croix), que le larron a cru, lui dont toute la vie n'était que larcin et rapine. C'est dans la faiblesse de l'homme que la puissance de Dieu se manifeste, comme dit l'Apôtre. Cette parole s'est accomplie le plus parfaitement à cet instant où Disme, le bon larron, a trouvé la foi. Contre toute évidence et toute logique, Il a cru non seulement dans le Sauveur, mais à la Résurrection même, puisqu'il dit au Christ qui meurt : "Souviens-Toi de moi dans Ton Royaume". Le miracle de la grâce avec la synergie humaine. La semence qui était tombée dans la bonne terre et porta du fruit.

Le mauvais larron n'était-il pas dans la même situation ? Crucifié à côté du Christ, comme l'autre, mais lui, il blasphémait. Ses yeux ne croisaient-ils pas ceux du Christ ? Pourtant, son coeur resta fermé devant l'amour, la vérité, le pardon.

Quel mystère que la liberté de l'homme qui ne dépend ni de notre passé , ni des circonstances présentes, ni même de la grâce, comme nous voyons avec les larrons ! "Dieu peut tout, sauf contraindre l'homme à L'aimer", disent les Pères.

De même, quel mystère que la grâce qui peut sauver quand tout semble contre-indiqué, comme chez le bon larron qui se sanctifia en un instant. Comme le disait un ancien : "Si l'homme veut, du matin au soir il peut atteindre la mesure de Dieu". Dieu peut suppléer à tout, si l'homme ouvre largement son coeur à la grâce.

Nous aimerions bien, tel le bon larron, regarder dans les yeux de Jésus. Mais aurions-nous aussi la foi comme le larron devant le scandale de la Croix, l'échec humain, l'abandon, sa propre souffrance ?

Qui nous empêche d'ailleurs de regarder dans les yeux du Christ qui souffre plus que jamais dans son Église, dans la détresse de notre prochain en qui se trouve le Christ ("ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous l'avez fait"), dans notre coeur, au fond de nous-mêmes où Dieu nous attend ? Peu importe que ce soit les yeux physiques du Christ qu'on voit; le mauvais larron et la foule autour les ont vus aussi. C'est la foi qui a fait voir au bon larron la divinité qui se cachait dans l'humanité du Crucifié. C'est la même foi qui nous fait saisir le Christ dans son Église, à travers son aspect humilié, la même foi qui nous fait voir dans notre frère souffrant, tenté, Celui qui est mort pour lui, et la même foi nous fait contempler notre Sauveur en nous-mêmes quand nous renonçons à tout ce qui nous semble important. Le larron n'avait plus rien à perdre, en face de la mort, rien qui pût le retenir. Ce n'était qu'une question de foi pour lui, tandis que nous, tant de choses nous retiennent dans cette vie : gloire, opinion des autres, aisance, paresse, peur etc. Mais un jour, nous serons, nous aussi, là où se trouvait le larron : en face de la mort, devant Dieu et avec nos oeuvres viles, sans valeur. Alors, tout ce qui nous semblait important pendant cette courte vie se relativise pour disparaître. Étions-nous meilleurs que le larron, avec notre amour-propre, notre égoïsme et le reste ?

Quand nous aurons quitté cette vie avec ces chimères, alors nous verrons le Christ nous regarder dans les yeux. Les mêmes regards, mais nous ne ferons plus que regarder stérilement pour l'éternité, car ce sera déjà le jugement.

hm. Cassien

 

Un ancien a dit : "Si le Dieu patient nous pardonne quand nous faisons le mal, ne nous aidera-t-il pas bien davantage si nous voulons faire le bien ?"

LE MONASTÈRE DE SOLOVKI, PREMIER CAMP DE CONCENTRATION EN RUSSIE
(suite)
L'archevêque Hilarion

 

A Solovki, il y avait des archevêques par dizaines, mais on ne pouvait pas ne pas remarquer l'archevêque Hilarion. Même le gardien l'appelait "Vladika" (= Maître). Il était exactement comme on imaginait le Prince de l'Église. Les métropolites et les patriarches de l'ancien temps étaient tous de la même trempe, des maîtres nés, à qui tous obéissaient sans contredire. Ils enseignaient les tsars et éduquaient leurs enfants.

Personne n'avait l'audace de s'opposer à lui de manière irrévérencieuse ou de lui dire un mot blessant. En sa présence, les conversations légères et les plaisanteries indécentes étaient exclues. Chaque fois qu'un prisonnier avait une supplique à présenter à la direction du camp, c'est l'archevêque qui fut nommé porte-parole. Il réussissait toujours, grâce à sa sagesse, sa personnalité modeste et son intransigeance, à imposer sa volonté. Malgré cela, il refusait tous les privilèges qu'on lui proposait. Il restait pêcheur et partait pour la pêche avec une barcasse robuste dans la Mer Blanche.

Au printemps, la glace fondait dans la mer, les rivières et les lacs. Ln se brisant, elle s'accumulait et formait des icebergs mouvants dans l'eau. Pendant cette période, la navigation cessait. Les blocs de glace en mouvement détruisaient toutes les petites embarcations.

Un de ces matins d'avril, la glace se mettait en mouvement. C'était un bruit de torrent avec un coup de tonnerre formidable. Les blocs de glace se heurtaient les uns contre les autres. Un groupe de prisonniers : officiers et membres du clergé ainsi que des gardiens se tenaient au bord de l'eau, sans rien faire. Un vieux moine discerna un point noir à l'horizon :

"Ils sont perdus. On n'échappe pas à la débâcle."

Un tchékiste avait des jumelles. En effet, dans une chaloupe, quatre hommes se trouvaient. L'un d'eux devait être Sourov, le chef de camp, chasseur intrépide. Il était allé en mer quelques jours auparavant à la chasse au veau de mer.

"Il n'y a pas moyen d'y échapper. Les glaçons en dérive n'ont jamais lâché personne."

La plupart se signaient et quelqu'un murmurait une prière. On voyait à l'horizon le petit point noir se ballotter en une danse impétueuse. Les quatre hommes au loin luttaient désespérément contre la nature déchaînée.

"Avec cet amas de glace, on ne peut même pas s'éloigner de la côte, et encore moins traverser cette banquise hostile," remarqua le tchékiste.

"Cela dépend de la grâce de Dieu", se fit entendre une voix grave.

Tout le monde se tourna vers le robuste pêcheur.

"Qui part avec moi, pour la gloire de Dieu, sauver ces âmes ?"

Il regardait autour de lui.

"Toi, père Spyridon, toi, père Tikhon et vous, les deux moines de Solovki. Tirez la barcasse dans l'eau."

"Je ne le permets pas, - cria le tchékiste - sans la permission de la direction et sans surveillance, je ne vous laisse pas partir."

"La direction se trouve là-bas dans la chaloupe. Et qu'à cela ne tienne, qu'on nous surveille. Assieds-toi dans la barcasse, camarade Konev," dit avec une légère teinte d'ironie l'archevêque. Le tchékiste, molli d'un coup, s'est tu et s'éloigna du bord.

"C'est prêt ?" "La barcasse est dans l'eau, Éminence." "À la grâce de Dieu!"

L'archevêque se mit au gouvernail et le bateau avança dans un violent roulis à travers l'amas de glace.

La nuit tombait. Le vent coupant devenait encore plus fort. Les hommes se tenaient en tas à la même place. Le bateau était déjà depuis longtemps hors de vue. Personne ne parlait, quelques-uns se signaient, d'autres murmuraient une prière. Personne ne jurait ni ne disait de gros mots. Tous s'inquiétaient des sauveteurs intrépides et des autres. Ils espéraient contre tout espoir. Dans cette situation critique, tous devenaient solidaires : les criminels, le clergé, les officiers et les tchékistes.

Ils se tenaient ainsi toute la nuit, sans se rendre compte qu'ils étaient tout trempés et gelés. Ils écoutaient attentivement le grondement sauvage de la mer, le craquement des blocs de glace qui se rompaient. Ils espéraient capter des voix humaines. Ce n'est qu'au lever du jour, lorsque le brouillard se dissipait, qu'ils aperçurent le bateau avec, dedans, non pas quatre mais neuf hommes. Tous ceux qui se tenaient au bord, bandits, moines, tchékistes, se signaient et glorifiaient Dieu à haute voix pour ce miracle.

Le bateau accosté, l'archevêque débarqua, portant Sourov, le chef de camp, complètement épuisé, sur la terre sacré de Solovki. L'archevêque Hilarion se signa et signa le chef de camp, disant à haute voix  : "Dieu a sauvé."

La nuit de Pâques, Boris Chiriaev traversait le camp avec le commandant Sourov. La lune éclairait les jeunes bouleaux en bourgeons. Ils passaient à côté d'une vieille croix de bois. Sourov s'arrêta soudain et se signa trois fois devant le Sauveur.

"Et ta gueule après, hein. Pas un mot à personne, sinon je te laisse pourrir vivant dans le cachot. Tu ne sais pas quel jour on est aujourd'hui ? Le Samedi Saint."

Boris Chiriaev se rappelait : Il m'a semblé qu'un petit sourire à peine perceptible jouait dans le visage du Sauveur. "Dieu a sauvé" disais-je avec les paroles de l'archevêque Hilarion.

(à suivre)

 

Ne veuille pas que ce qui te concerne s'arrange selon tes idées, mais selon le bon plaisir de Dieu; alors tu seras sans trouble et plein de reconnaissance dans ta prière.

saint Nil l'Ascète

MIRACLE DE LA TRES SAINTE ENFANTRICE DE DIEU
Texte tiré de "Amartolon sotiria" (Salut des pécheurs), 3e partie.

10e miracle : Saint Jean Damascène, dont la Toute-Immaculée guérit la main coupée.

On voit dans la Vie de Saint Jean Damascène, écrite par le très sage Patriarche d'Antioche, Jean, qu'au temps de Léon d'Isaure, l'iconoclasme sévissait à Constantinople et l'empereur ennemi du Christ persécutait beaucoup d'orthodoxes avec des tortures diverses. Comme Jean apprit cela à Damas, où le gouverneur des Sarrasins l'avait comme premier conseiller, il écrivait des lettres chaque jour, et les envoyait à Constantinople aux orthodoxes pour leur démontrer, avec des témoignages dignes de foi, que tous ceux qui ne vénèrent pas les saintes icônes, sont hérétiques, athées et étrangers au Royaume du Christ.

Ayant appris cela, l'empereur trouva un moyen pour avoir une lettre de Jean qu'il montra aux maîtres, leur demandant si l'un d'entre eux était capable d'imiter son écriture. Il s'en trouva donc un qui était très expérimenté dans la calligraphie et qui promit à l'empereur de si bien 1'imiter que Jean lui-même ne reconnaîtrait pas que c'est l'écriture de quelqu'un d'autre. L'empereur plein de malice ordonna de lui écrire une lettre comme si elle était de Jean et dans laquelle il était dit :

"Mon Empereur qui vivra beaucoup d'années, je porte à ton royaume la vénération qui convient, moi, ton serviteur, Jean de Damas.

Sache que notre ville est en ce moment très humiliée, car la plupart des soldats des Agarènes manquent au combat. Et si tu envoies une petite escarde capable de remporter facilement la victoire, j'aiderai, moi aussi, tant que je peux dans cette entreprise, pour que la ville entière soit en mes mains."

Ayant écrit cela et d'autres encore, le fourbe empereur fit aussi une lettre de sa main au gouverneur des Agarènes, disant ceci :

"Très noble et très cher gouverneur de la ville de Damas, salut. Je n'ai rien vu dé plus bienheureux que l'amour, et garder les traités de paix est digne de louange et agréable à Dieu. C'est pourquoi je ne veux pas détruire l'amitié que nous avons avec ta noblesse, malgré le fait qu'un de tes amis justement m'incite et m'appelle à le faire et m'a plusieurs fois envoyé des lettres pour que j'aille t'attaquer. Comme preuve, je t'envoie une des lettres qu'il a écrites, pour que tu connaisses le véritable attachement que j'ai à toi, ainsi que sa malice et son mauvais caractère."

Ce lion et cet esprit de serpent envoya ces deux lettres par un serviteur au Barbare qui, en les voyant, se mit en colère et, l'ayant appelé, les montra à Jean; celui-ci, ayant deviné la fourberie de l'empereur, se défendit, car non seulement il ne l'avait pas écrie, mais jamais il n'en, avait eu la moindre idée. Mais le Barbare, sous l'emprise de la colère, ne le crut pas et ne lui donna même pas de délai pour prouver la vérité, mais il ordonna qu'on lui coupât la main. Sa main droite fut donc coupée, celle qui combattait les ennemis du Seigneur; celle qui, auparavant, était teinte d'encre, était maintenant teinte de son propre sang. On la pendit sur la place du marché pour que tous la voient. Donc, la journée passée, Jean envoya le soir des intermédiaires priant le tyran de lui rendre sa main pour qu'il l'ensevelisse, afin de soulager sa douleur. Celui-ci y consentit et la lui donna. L'ayant prise et étant rentré chez lui, Jean tomba face contre terre devant la sainte icône de la Mère de Dieu, versant des larmes et disant avec foi : "Souveraine, toute-pure Mère, Toi qui enfantas Dieu, pour les saintes icônes ma main est coupée. Tu n'ignores pas la raison pour laquelle Léon est en furie. Ne tarde donc pas et guéris ma main. La droite du Très-Haut, celle qui prit chair de Toi, accomplit beaucoup d'oeuvres puissantes par ton intercession. Et maintenant, guéris ma main droite par tes prières afin qu'elle écrive des hymnes pour Toi et pour Celui que Tu as enfanté et qu'elle contribue au culte orthodoxe.

Après avoir dit cela en larmes, Jean s'endormit et vit l'icône de la Toujours-Vierge qui lui dit avec un regard joyeux : "Vois, ta main est guérie et ne te soucie plus pour elle, mais fais-en une plume d'écrivain habile, comme tu me l'a promis, désormais."

Il se réveilla donc et voyant sa main recollée (ô quelle force immense, Toute-Immaculée !), il se réjouit en esprit dans le Seigneur et sa Mère, car le Puissant a fait pour lui une grande chose. Toute la nuit, il chanta dans l'allégresse une ode d'action de grâces à Dieu, disant : "Ta main droite, Seigneur, est glorifiée dans sa puissance. Ta droite a guéri ma droite cassée; et par celle-ci, Elle détruira les ennemis qui n'honorent pas ta vénérable icône et celle de ton Enfantrice. Et dans l'abondance de ta Gloire, Elle brise les adversaires iconoclastes à travers ma main."

Il passa donc toute la nuit dans la jubilation, en chantant des éloges à la Toujours-Vierge et Mère de Dieu. Quand le jour se leva et que les voisins virent le miracle, cela fut répandu dans toute la ville.

Or, quelques ennemis du Christ furent jaloux et se rendirent chez le gouverneur pour lui dire qu'on n'avait pas coupé la main de Jean, mais celle d'un de ses serviteurs qui, pour rendre service à son maître, avait accepté qu'on lui coupât la main, parce qu'il lui avait donné une somme incalculable. Alors, le gouverneur ordonna de faire venir Jean pour qu'il voie ses mains; et quand celui-ci arriva, il lui montra sa main droite qui avait une ligne, que la Toute-Sainte lui avait laissée par sa providence, en signe de témoignage véridique de la coupure. Le Barbare lui dit : "Quel médecin t'a guéri et quel médicament a-t-il utilisé ?" Lui annonça le miracle à voix haute et joyeuse, en disant : "Mon Seigneur, le Médecin Tout-Puissant, qui a la force de faire tout ce qu'Il veut". Et le gouverneur répondit : "Pardonne-moi, homme, car il me semble que tu n'es pas responsable et tu n'as pas été coupable dans cette affaire, mais je t'ai condamné injustement. Aie donc ton honneur précédent d'être mon premier conseiller, et je te promets de ne jamais rien faire sans ta décision et ta volonté."

Jean tomba à ses pieds, le priant de lui permettre d'aller servir sa Bienfaitrice comme Elle le lui avait ordonné.

Après qu' ils ont disputé un long moment, le gouverneur condescendit et lui donna la permission et son consentement d'aller où bon lui semblait. Celui-ci le remercia et sortit.

Après avoir distribué ses biens aux pauvres, il partit au monastère de Saint Sabbas, et, devenu moine, il se soumit à un supérieur sévère, qui lui ordonna, selon la règle de vie monastique, de retrancher complètement sa volonté et de ne jamais rien faire sans permission, pas même chanter, ne fût-ce qu'un tropaire. J'abrège le récit à cause du retard et pour ne pas sortir du sujet, mais si quelqu'un désire avoir plus de componction, qu'il lise sa vie (fête le 4 décembre), pour recevoir un grand profit.

Un jour, un frère du monastère demanda à Jean de composer un tropaire funèbre émouvant, pour qu'il prenne un peu de soulagement, car son frère selon la chair était mort.

Or Jean craignait d'attrister le supérieur, mais il fut poussé par la longue supplication du frère; il écrivit donc un tropaire très harmonieux, à savoir le "Tout ce qui est humain est vanité", et il le chanta. Le supérieur arriva alors de l'extérieur, et en entendant cette voix mélodieuse, il s'indigna et chassa le saint comme désobéissant. Celui-ci tomba aux pieds du vieillard, lui demandant pardon, mais il ne fléchit nullement. Cependant, à cause des nombreuses supplications des assistants, il condescendit encore à le réadmettre à condition qu'il consente à nettoyer les toilettes des moines. Il y consentit, connaissant le bienfait de l'obéissance. Alors, le voyant obéir, le supérieur le réadmit lui ordonnant le même silence qu'auparavant.

Quelques jours plus tard, la Toute-Sainte apparut au vieillard dans son sommeil, en disant : " Pourquoi as-tu barré cette source miraculeuse d'où coulait un courant abondant et l'eau du soulagement des âmes si délicieuse et plus douce que celle qui jaillit singulièrement du rocher dans le désert ? Laisse la fontaine arroser tout l'univers, couvrir les mers des hérésies et les transformer en une merveilleuse douceur. Celui-ci surpassera la cithare prophétique de David et le Psautier, en chantant de nouveaux cantiques au Seigneur et des merveilles supérieures à l'ode de Moïse et à la Choraulie... Il chantera un poème mélodieux, spirituel et céleste. Il imitera les hymnes des chérubins; il professera les dogmes de la foi et blâmera la perversion et la déviation de toute hérésie."

Quand il se réveilla, le vieillard qui a eu cette vision et la révélation des secrets, dit au saint : "O enfant de l'obéissance du Christ, ouvre ta bouche, non en paraboles, mais en vérité, non en énigmes, mais en dogmes, pour les paroles que l'Esprit a écrit dans ton coeur. Tu es monté sur le Mont Sinaï des visions de Dieu et des révélations et tu t'es grandement humilié. Maintenant, monte sur la montagne de l'Église et prêche en évangélisant Jérusalem. Élève la voix avec force, car des choses glorieuses m'ont été dites sur toi par la Mère de Dieu, et pardonne-moi toutes mes fautes envers toi, car je t'ai empêché par mon ignorance.

Alors, commençant des cantiques de miel, Jean égaya tellement les Églises, comme quiconque a vu ses paroles et ses poèmes peut le comprendre.

Ainsi, s'étant comporté merveilleusement dans la vertu, nous ayant laissé beaucoup de lettres contre les iconoclastes, ayant composé des canons très beaux, des idiomèles très harmonieux et d'autres paroles solennelles à la louange et à l'éloge de la très sainte Enfantrice de Dieu, il se reposa dans le Seigneur, à qui soit la gloire et le règne pour les siècles. Amen.

Un enfant avait été donné dans un monastère par ses parents, et après un certain temps, ceux-ci vinrent le voir. L'ancien dit a un des frères d'appeler le petit. Comme il s approchait, l'abba lui dit : "Qui t'a appelé ?" Lui donnant une gifle, il lui dit : "va dans ta cellule." Ses parents devinrent tristes. Mais peu de temps après, ils lui dirent : "Commande que le petit vienne, que nous puissions le voir." Et l'abba manda un frère et lui dit : "Appelle le petit." Comme il s approchait, l'ancien lui donna une gifle et dit : "Oui t'a appelé, va dans ta cellule." Attristés de nouveau, ses parents lui disent : "Hélas. Pourquoi sommes-nous venus ici ? Mais peu après, mus par la nature, ils disent a l'abba : "Commande que le petit vienne." Il dit à un frère : "Appelle-le." Mais quand il s'approcha, l'ancien lui donna une gifle et dit : "Qui t'a appelé ? va dans ta cellule." Comme il s'en était allé un peu, l'abba l'appela, et, l'ayant pris par la main, le donna à ses parents et leur dit : "voici que votre fils est devenu moine." Alors ses parents, très édifiés, rendirent grâces à Dieu pour le progrès de l'enfant, selon le témoignage de l'abba. Quant à nous, prions donc pour atteindre une telle humilité, grâce au secours de Dieu.

L'ICONE A TRAVERS L'HISTOIRE

Il va de soi que, dans les lignes qui suivent, je vais exprimer la Tradition de l'Église et non des hypothèses contradictoires et changeantes de la science, qui peut, tout au plus, confirmer ce que l'Église confesse depuis toujours.

L'iconographie a commencé au temps des apôtres et l'évangéliste Luc, qui était médecin et peintre, a peint les premières icônes, à partir de la Pentecôte. Il y a eu également des icônes «non-faites de main d'homme», comme l'image que le Christ a envoyée au roi Abgar. Voici ce qu'en dit le septième Concile Oecuménique : «La tradition de faire des icônes existait dès le temps de la prédication apostolique.»

LE ROI ABGAR RECOIT L'ICONE DU CHRIST

Il n'y a pas eu d'iconographie avant l'Incarnation du Christ pour les raisons suivantes :

Dieu était alors invisible, indescriptible, sans forme. Toute représentation de Dieu était donc pure imagination et risquait, en plus, d'amener à l'idolâtrie. C'est la raison de l'interdiction formelle d'imager Dieu sous quelque forme que ce soit : «Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles...» (Ex 20,4, voir aussi Deut 4,6-19).

Représenter les justes d'avant la venue du Christ était peu réaliste, car ils attendaient encore précisément leur justification qui venait par la Croix du Christ.

Il y a eu cependant quelques exceptions comme les chérubins sur l'Arche de l'Alliance, mais eux n'avaient pas besoin du salut par la Croix. En plus, leur représentation se faisait en rapport avec le Temple qui abritait la gloire de Dieu et donc toute idolâtrie était exclue. De même pour les animaux représentés dans le Temple, "Salomon, qui avait reçu le don de la sagesse, lorsqu'il fit représenter le ciel, fit faire des images de chérubins, de lions et de taureaux", dit saint Jean Damascène.

L'absence et l'interdiction des images dans l'Ancienne Alliance ne sont nullement en contradiction avec l'iconographie postérieure au Christ, mais c'était une préparation, une attente de la plénitude de la grâce venue avec le Christ-Dieu qui s'incarnait, se faisait voir et palper dans son humanité.

Revenons à l'iconographie chrétienne. Celle-ci devait faire, bien sûr, son cheminement, son expérience, aussi bien sur le plan théologique que sur le plan artistique. Les premières représentations étaient en grande partie des symboles : poisson, ancre, le bon pasteur, etc., mais il y a eu également des représentations directes du Christ, de la Mère de Dieu, des prophètes etc.

Ce n'est qu'avec l'ère constantinienne que l'iconographie prenait son plein essor, en sortant de la persécution païenne.

Pourtant les adversaires ne manquaient pas dans l'Église même. Beaucoup continuaient à tenir à l'attitude paléo-testamentaire et n'arrivaient pas à saisir le fondement théologique de l'icône. Cette incompréhension menait à l'iconoclasme, qui fut vaincu par le septième Concile Oecuménique au 8e siècle. Théologiquement, l'icône avait trouvé son fondement par les argumentations de ses défenseurs et rien n'empêchait plus l'iconographie de se développer et de se parfaire.

Ce développement a duré jusqu'à la décadence, qui débuta de manière subtile aux 15e-16e siècles, décadence dûe à l'influence latine, l'occupation turque et la tendance du Tsar à imiter l'Occident.

La décadence a duré jusqu'à nos jours et a fait bien des ravages. Ce n'est que depuis quelques décennies que l'on a redécouvert l'iconographie byzantine, grâce à des personnalités comme Léonide Ouspensky et Photios Kontoglou.

Voilà très brièvement l'histoire de l'icône dont chaque étape mériterait de longs chapitres.

Celui qui distingue les choses et qui sépare celles qui passent pour identiques, en montrant la différence essentielle entre celles qui sont vraiment bonnes et celles qui paraissent telles, doit prendre toutes les précautions dans son langage pour ne pas scandaliser ses auditeurs.

Saint Nil l'Ascète

"Feu et lumière" nous a gracieusement autorisé à reproduire l'article suivant :
ELISABETH FÉODOROVNA, GRANDE DUCHESSE DE RUSSIE

Étrange destin que celui d'Élisabeth Féodorovna, propulsée aux sommets de la sainteté à travers les événements les plus tragiques, rarement traversés par les grands de ce monde.

Petite fille de la reine Victoria et belle-soeur du tsar Nicolas II, elle est le témoin incontestable de la victoire absolue du Christ, dans une époque qui rappelle étrangement les premières heures de l'ère chrétienne.

Russie, 1917 : le feu couvait sous la cendre, prodigieusement entretenu par une idéologie athée qui avait commencé, sous des formes diverses, son action dévastatrice en Europe depuis près de 150 ans.

Au milieu des tourmentes, les alliances entre les maisons royales étaient particulièrement recherchées, le plus souvent par le biais des mariages. Ainsi, une des filles de la reine Victoria fut-elle donnée en mariage au grand-duc Louis IV de Hesse-Darmstadt.

Princesse allemande et protestante, Élisabeth naquit de cette union le 4 novembre 1864. Nous savons que sa mère inculqua très tôt à la fillette une foi profonde et un grand amour des pauvres. Durant le conflit austro-prussien, la petite princesse accompagnait souvent sa mère dans ses nombreuses visites aux hôpitaux et orphelinats. Encore adolescente, elle fit la connaissance de son futur mari, le grand-duc Serge Romanov, fils du tsar Alexandre II.

Le mariage eut lieu le 15 juin 1884. Sa soeur Alexandra épousera le futur tsar Nicolas II, lui-même frère du grand-duc. Deux princesses qui allaient épouser, jusque dans leur martyre, la destinée tragique des Romanov et du peuple russe tout entier.

Découverte de l'orthodoxie

On peut affirmer sans se tromper qu'Elisabeth a recherché toute sa vie une authenticité et une adhésion totales au Christ. Elle demeura six ans après son mariage dans la foi de son enfance. Son amour grandissant pour la Russie et pour le Christ lui fit embrasser la foi orthodoxe, démarche personnelle qui n'appartient qu'à elle. Voici comment elle s'en expliqua à sa soeur demeurée en Allemagne :

"(Je te demande) de continuer à aimer ta grande soeur et de prier pour elle. Dis-toi qu'elle est profondément heureuse et en même temps terriblement tourmentée à l'idée de faire de la peine à ceux qu'elle aime tant, mais je suis sûre que la bénédiction de Dieu accompagnera mon choix. Cet acte, je l'ai fait, du plus profond de ma foi, avec le sentiment que je puis ainsi devenir meilleure chrétienne, m'approcher davantage de Dieu et Le remercier pour cette immense joie qu'Il me donne jour après jour... Tu me dis que c'est la splendeur extérieure de l'Église (orthodoxe) qui m'a séduite, ce en quoi tu te trompes : aucun signe extérieur ne peut avoir la force des convictions intérieures."

Dès 1891, elle devint l'intime de saint Jean de Cronstadt qui exerça sur son âme une empreinte indélébile. En 1903, elle assista à la canonisation de saint Séraphin de Sarov :

"Que de beauté et de merveilles ! Il nous semblait vivre à l'époque du Christ. Combien furent guéris. Nous avons eu la grâce d'entendre parler une petite muette, que la foi de sa mère avait amenée près des reliques du saint."

En 1891, le tsar Nicolas II nomma son frère, le grand-duc Serge, gouverneur de Moscou. Le 17 février 1903, alors que le carrosse grandducal quittait le palais du Kremlin, la bombe d'un anarchiste pulvérisa l'attelage et tua le gouverneur. Quelques minutes plus tard, Élisabeth était sur les lieux. Surmontant sa douleur, elle s'occupa de tout, envoyant elle-même des télégrammes aux souverains amis du monde entier.

Peu de temps après, elle visita en prison le meurtrier de son mari. L'ayant assuré de son pardon, elle l'invita à se convertir et lui laissa une petite icône de la Mère de Dieu qu'il accrocha dans sa cellule.

Du jour au lendemain, son train de vie changea. Désormais, elle-même et sa maisonnée vécurent dans une extrême simplicité. Les témoignages concordent : Elisabeth montra une grandeur d'âme exceptionnelle en ce temps d'épreuve. Personne ne la vit jamais se plaindre sur elle-même ou paraître seulement abattue. Âme de prière, la grande-duchesse se réfugiait jour et nuit auprès du Christ, soit dans le service des pauvres, soit dans la prière personnelle et l'office divin.

Le monastère

Pendant cinq ans mûrit dans son coeur la décision de se consacrer totalement à Dieu. Le 2 avril 1910, elle prenait l'habit monastique avec trente autres soeurs. Voulant se cacher aux yeux du monde qui passe, son rayonnement allait pourtant illuminer, jusqu'à aujourd'hui, une époque sombre entre toutes. Dans l'ombre se tramaient conspirations et calomnies dont elle fut une des premières victimes. Belle-soeur du tsar, Romanov par alliance, elle allait être poursuivie par la haine de ceux qui avaient juré l'anéantissement de la sainte Russie. La première guerre mondiale venait d'éclater et la princesse impériale, devenue Mère Elisabeth, se dépensait sans compter auprès des pauvres, des malades, des orphelins. Malgré l'extraordinaire charité qu'elle déploya alors et l'incroyable fécondité de son oeuvre, la machine infernale de l'anarchisme et du communisme était en marche pour l'anéantir, elle et son oeuvre.

La persécution

 

Le 1er mars 1917, une foule déchaînée se dirige vers le couvent et demande à voir la supérieure, Mère Elisabeth. Ils veulent l'arrêter, car, disent-ils, elle cache des armes et des princes allemands.

"Choisissez cinq des vôtres et faites perquisitionner partout", propose-t-elle.

"Habillez-vous et suivez-nous", répondent les meneurs.

"C'est moi qui suis la prieure du couvent et je dois auparavant donner mes instructions à mes soeurs et leur dire adieu."

Après quoi, elle invite les enquêteurs à rentrer dans l'église pour prier avec ses soeurs une dernière fois. Au terme de la prière, elle va baiser la croix tenue par un prêtre et invite les révolutionnaires à faire de même. Sous l'influence de son calme résolu et plein de dignité, ils vont baiser la croix et repartent assurant aux autres que : "Ceci est un couvent, rien de plus."

Commentaire d'Élisabeth à ses soeurs, après le départ de la populace : "On voit que nous ne sommes pas encore dignes de la couronne du martyre."

Certains membres du comité révolutionnaire vinrent même s'excuser et lui proposèrent de fuir afin de mieux sauvegarder sa vie. Mais elle refusa énergiquement, voulant demeurer à son poste, auprès des blessés et des indigents. Un peu plus tard, émissaires et ambassadeurs lui proposèrent de fuir à l'étranger. Mais son refus demeura catégorique. "Si nous croyons au suprême Sacrifice de Dieu le Père, envoyant son Fils à la mort et Le ressuscitant pour notre salut, nous sentirons en même temps la présence de l'Esprit saint bénissant notre route, et notre joie sera éternelle, même si nos coeurs et nos esprits humains, si limités, doivent passer par de terribles épreuves."

Le martyre

 

En 1918, les Bolcheviks, désormais au pouvoir, allait s'acharner pour décimer tous ceux des Romanov ou de la noblesse qui n'avaient pu s'échapper. Au printemps de cette même année, alors que le Tsar et sa famille étaient prisonniers à Iekaterinembourg, on vint arracher Mère Élisabeth à son couvent moscovite. Après une brève détention, elle fut emmenée, avec une soeur converse du nom de Barbara et plusieurs membres de la famille des Romanov, frères, neveux et cousins du tsar, vers une mine désaffectée à 12 km de là. Les yeux bandés, tous furent précipités dans la mine, profonde de 60 m. Elle-même et le prince Jean Constantinovitch Romanov furent arrêtés à 12 m par un rebord. Pendant plusieurs jours, les Bolcheviks en armes gardèrent les abords de la mine. Les paysans témoignèrent que, des heures durant, des chants au Christ ressuscité s'élevèrent des profondeurs. Puis ce fut le grand silence. Après le départ des gardes, les paysans allèrent chercher les corps pour les ensevelir pieusement. Sur la poitrine de Mère Élisabeth, on découvrit une icône du Sauveur que lui avait donné son mari au jour de leur mariage. On découvrit aussi qu'elle avait réussi à faire un pansement de fortune au prince Jean. Sur le rebord, à quelques mètres, deux grenades qui n'avaient pas éclaté.

Mère Élisabeth était la dix-septième personne de la famille des Romanov assassinée entre 1917 et 1918.

Les murailles de Jérusalem

 

Trente ans auparavant, en 1888, Élisabeth s'était rendue en Terre Sainte pour la consécration de l'Église Saint Marie Madeleine, construite tout près du jardin de Gethsémani. Plusieurs se rappelaient son désir d'être inhumée à cet endroit. Les événements permirent à la dernière volonté de la martyre d'être accomplie. En juillet 1919, un groupe de soldats fidèles au tsar exhuma les corps qui furent dirigés par train vers la Chine. Le 3 avril 1920, une messe de Requiem fut célébrée à Pékin et les corps ensevelis dans la crypte de l'Église Saint Séraphin de Sarov (dont il ne reste actuellement aucune trace). Seuls les corps de mère Élisabeth et de soeur Barbara purent être acheminés en Palestine via Chang-Haï et le Canal de Suez. Le 15 décembre 1920, les dépouilles étaient ensevelies dans la crypte de l'église Sainte Marie Madeleine.

Gloire posthume de Mère Élisabeth

 

C'est à son arrivée à Pékin que le cercueil de mère Élisabeth fut ouvert. À l'émotion de tous, son corps apparut alors sans la moindre trace de corruption. Son visage paisible reflétait le calme du sommeil et sa main droite comme si elle voulait faire le signe de la Croix.

Le mariage est une icône mystérieuse de l'Église.

saint Jean Chrysostome

SUR LA COMPONCTION ET LA CONTRITION

Texte tiré d'Amartolon Sotiria (Salut des pécheurs), 2e partie, chapitre 5.

 

Parmi nos nombreuses et différentes fautes et inattentions, je pense qu'il n'y en a aucune aussi digne de plainte et de deuil que la préparation négligée de la confession, à laquelle nous devrions prendre plus de soin qu'à toute occupation corporelle, comme l'ordonne notre Église. Or, je vois que la plupart des hommes vont se confesser sans aucune préparation, sans repentir ni contrition de coeur ou quelque examen de conscience, et à cause de cela, quand ils se sont confessés et ont communié, ils retournent à leur propre vomissement, c'est-à-dire qu'ils tombent dans les mêmes péchés, et avant que le mois ne passe, ils se salissent à nouveau comme les porcs dans la boue et la fange. Cela est un grand mépris des mystères de l'Église, et il semble qu'ils se moquent et se jouent de Dieu chaque année, demandant le pardon des ignorances passées et promettant de corriger leur conduite, et ensuite ils retournent aux mêmes iniquités, et à de plus nombreuses encore.

Donc, que celui qui désire être délivré d'un tel danger et revenir de tout son coeur vers le Seigneur avec un repentir sincère, lise plusieurs fois les chapitres écrits ci-dessous, car nous lui donnons quelques conseils salutaires sur le repentir, qui se compose de trois parties, à savoir : la contrition du coeur, la confession et la satisfaction donnée à Dieu. Nous écrivons suffisamment sur ces choses en commençant par la contrition du coeur qui tient la première place dans le repentir, qui était nécessaire avant la loi et l'est encore après la loi et toujours et en tout temps.

La contrition a une si grande puissance que plusieurs fois, même avant la confession, elle fait sortir l'homme du péché (à condition qu'il ait l'intention de se confesser), l'amène à un état de grâce et le transforme en ami de Dieu, d'ennemi qu'il était auparavant, chose que la confession à elle seule ne peut pas faire, sans cette contrition. Donc, celui qui désire retourner de tout son coeur vers le Seigneur et aspire à entrer comme le fils prodigue dans la maison paternelle, qu'il sache que la première porte par laquelle il entrera est cette contrition, qui est le sacrifice le plus acceptable que nous pouvons offrir au Seigneur. En effet, "un coeur broyé et humilié, Dieu ne le méprise point".

Cette contrition se divise en deux : d'abord, le regret des péchés passés, ensuite une ferme intention et une ferme résolution de ne plus pécher à l'avenir. Donc la première chose que tu dois faire si tu t'es vraiment repenti, est de détester ton péché de toute ton âme, avec un coeur en peine inexprimable, ce qui ne doit pas se faire par peur de l'enfer, ou parce que tu as perdu le royaume, mais parce qu'avec le péché odieux tu as attristé et affligé le Seigneur très-bon, que nous devons aimer et honorer au-dessus de toutes les créatures; ainsi aussi il est juste de peiner et de s'attrister quand, insensés, nous tombons et Le perdons, beaucoup plus douloureusement atteints de l'affliction et des larmes que si nous avions perdu l'objet le plus cher et le plus précieux que nous possédions; car un grand dommage a besoin d'une peine beaucoup plus grande encore. C'est pourquoi nous devons haïr le péché d'une haine infinie, puisqu'il nous cause des dommages innombrables. Cette contrition par laquelle celui qui a péché se lève de la mort vers la vie, est un don divin et un bienfait dont l'âme est rendu digne par le Maître.

Bien que ce soit un don de Dieu si grand et manifeste, tu dois aussi te préparer, ô homme, à tout ce que tu dois de ta part, pour être digne de Le recevoir, c'est-à-dire rassembler soigneusement ton esprit, méditant sur toutes les choses qui peuvent t'amener à la haine du péché et à la componction du coeur. Et pour que tu reçoives facilement cette grâce, nous t'écrivons les conseils ci-dessous, qui te seront d'un grand profit si tu les lis avec l'attention nécessaire dans un lieu calme et silencieux où il t'est possible de ne pas disperser ta pensée ici et là. Et s'il te semble qu'avec tout ce que tu lis ci-dessous, tu n'es pas arrivé où il le fallait dans cette douleur pour tes péchés, n'aie pas peur et ne te décourage pas dans cette entreprise, mais réfléchis avec soin sur ce que tu as lu, et le Seigneur t'aidera, comme Il nous l'a promis par Isaïe, en disant : "Revenez à moi et je reviendrai à vous".

Seulement, tâche d'avoir véritablement en toi ce qui est la deuxième phase de la contrition, c'est-à-dire une ferme décision de ne plus être coupable devant Dieu d'un péché mortel. Et comme tu dois ta promesse de ne plus pécher à l'avenir, ainsi il est encore plus nécessaire de t'éloigner du lieu où tu as péché ainsi que de la personne avec qui tu as péché; c'est-à-dire, si tu es tombé dans une inconvenante fornication, tu dois t'éloigner de la femme avec qui tu as péché, ou la chasser de ta maison, car il est impossible, quand se déchire le voile de la décence et que s'ouvre un chemin vers le mal, de te garder avec une vigilance telle que tu ne retombes pas, car, comme on dit, le lieu fait le voleur.

Il est vrai que le remède est dur et très âcre, de te séparer de tes biens et de tes amis; mais tout comme il existe des maladies du corps qui ne peuvent être guéries sans le feu et le fer avec lesquels nous coupons parfois un membre entier afin que le corps soit délivré, et comme aussi le malade, certaines fois, change d'air quand celui-ci est malsain et va à un endroit plus sain et inoffensif pour la santé du corps, ainsi certaines maladies de l'âme n'ont pas de remède plus efficace que celui-là.

Premier conseil pour obtenir la contrition du coeur pour la multitude de tes péchés :

 

Si tu désires inciter ton âme à la contrition et à la componction, réfléchis sur tes péchés et tes ingratitudes par rapport à tous les bienfaits que Dieu t'a accordés. Et si le péché est la séparation du bien infini et du but pour lequel l'homme a été créé, réfléchis d'abord sur ce but pour que tu comprennes combien tu t'es éloigné de cela et t'es donné aux choses vaines.

 

Le but pour lequel le Créateur t'a formé dans ce monde, n'était pas de planter des vignes et des arbres divers, ni de construire de riches palais ou amasser des richesses et des trésors, ni d'avoir l'abondance dans ton exil ici; mais c'est pour désirer le Créateur, pour garder ses commandements et ainsi jouir du bien suprême pour lequel tu as été créé, à savoir le royaume des cieux. Pour cette raison, Il t'a donné la loi pour que tu sois guidé, les mystères, la vie, les forces psychiques, les sentiments et les membres du corps; tout cela pour que tu travailles à son service, tout cela pour que tu Le désires de toute ton âme, par ces bienfaits qu'Il t'a accordés, par ces bienfaits qu'Il t'a donnés et surtout par la Crucifixion salutaire qu'il a soufferte pour ton amour.

Recherche donc en toi-même si tu es satisfait et si tu as payé à tout cela tes dettes et tu connaîtras combien tu t'es éloigné du chemin sur lequel Il t'a ordonné de marcher. Il t'a créé pour que tu aies à Lui tout ton esprit, ton souvenir et ta volonté, ton désir, ta foi et ton espérance, mais toi, tu as oublié tout cela et tu t'es donné tout entier à la bassesse des créatures; tu as plus désiré celles-là que ton Créateur et Sauveur.

Réfléchis avec quelle négligence tu as dépensé ta vie, combien de fois tu as juré par ce Nom au-dessus de toute louange et glorifié par toute la création, et tu L'as outragé de ta bouche impure et infectée, comme tu as déshonoré les fêtes que les Pères ont établies pour que nous glorifiions et louions le Seigneur, que nous soyons en deuil pour nos péchés, et toi tu attendais la fête pour accomplir tes infamies, pour fêter les démons avec des danses, des chansons et d'autres impiétés, des pratiques païennes plutôt que chrétiennes. Combien de respect as-tu envers tes parents selon la chair, tes pères spirituels et tes supérieurs ? Combien d'amour fraternel envers tes voisins, que tu as si souvent outragés et condamnés ? Combien de fois t'es-tu baigné dans la fange des plaisirs charnels et as souillé ton âme et ton corps que le Seigneur a sanctifiés pour en faire sa demeure ? Qui peut décrire l'esprit déréglé de ton regard, les pensées impures, les paroles sales et laides, la vaine gloire, les inventions et les agissements de ta malice ? Les injures, les diffamations, les médisances, les flatteries, les mensonges, les errances, les plaisanteries et d'autres choses semblables auxquelles tu dépenses ta vie, alors que tu devrais gémir ? Réfléchis de même aux sept péchés mortels pour comprendre l'orgueil de ton coeur, l'avarice telle que tu ne vénères rien d'autre que l'argent. Énumère les oeuvres de l'aumône pour voir combien de fois le prochain a été en danger, et par ton manque de compassion, tu ne l'as pas aidé.

Mais par-dessus tout, crains et frissonne pour ton ingratitude envers ton bienfaiteur, réfléchissant sur les dons innombrables que Dieu t'a donnés et toi, tu as dépensé la vie et toutes les choses à Le mépriser et à la vanité mondaine; et ces biens que tu as reçus de Lui gratuitement, par lesquels tu étais encore plus en devoir de Le servir, tu en as fait des armes et des instruments contre Lui, tu as accompli encore plus de péchés.

Qui donc a des yeux pour voir toutes les iniquités que tu as commises, sans pleurer et s'en affliger encore plus ? Je pense vraiment qu'il n'y a personne assez insensible pour ne pas avoir de la peine au coeur en pensant à tout cela.

(à suivre)

Toi, pense au bien pour ne pas penser au mal, car l'esprit ne peut rester dans l'oisiveté.

Saint Cyrille le Philéote

VIE DE SAINTE ODILE, VIERGE,

PREMIÈRE ABBESSE DE HOHENBOURG

(suite)

Malgré toutes les recherches, on ne put la découvrir et elle resta cachée pendant plusieurs mois.

Affligé de son absence, son père fit publier dans ses états qu'il s'engageait solennellement à lui laisser toute liberté d'embrasser le genre de vie qu'elle désirait, pourvu qu'elle revînt à Hohenbourg.

Cet édit parvint à la connaissance d'Odile, qui en rendit grâces à Dieu et retourna à Hohenbourg en 680. Adalric, fidèle à sa promesse, consentit au désir d'Odile de fonder en Alsace une communauté de vierges consacrées à Dieu, et, voulant y contribuer avec générosité, céda à Odile le château de Hohenbourg, avec toutes ses dépendances.

C'est ainsi que cette antique forteresse, transformée par Adalric en une maison de plaisance, fut destinée à devenir, entre les mains d'Odile, un lieu de refuge pour les âmes aimant Dieu et fuyant le monde.

Ce fut entre les années 680 et 690 que se firent les travaux de transformation. Le duc pourvut libéralement à toutes les dépenses et présida souvent lui-même à l'ouvrage. Une fois les bâtiments terminés, Odile s'y installa à la tête d'une communauté de cent trente moniales, filles des meilleures familles du pays.

La sainteté de l'abbesse et la ferveur des moniales firent bientôt considérer, dans la province, la solitude de Hohenbourg comme l'asile de la vertu la plus pure.

Odile, en effet, ne se contentait pas d'enseigner par la parole les maximes de la vie spirituelle; elle excitait ses filles à la pratique de la vertu par sa propre exemple.

Son père selon la chair, voyant la prospérité de cette sainte entreprise, dota le monastère d'une fondation à perpétuité pour cent filles de qualité voulant se consacrer à la vie angélique. Il multiplia ses bienfaits en y ajoutant quatorze bénéfices pour les prêtres chargés d'y célébrer les offices, accordant toutes les ressources nécessaires pour la construction d'une belle église spacieuse, consacrée en 690 à la toute sainte Enfantrice de Dieu, car les deux chapelles d'origine étaient devenues insuffisantes pour les besoins de la communauté. Attenant à cette église, un oratoire, également dédié à la Mère de Dieu, servait de retraite de prière à Odile.

Elle fit bâtir encore une autre chapelle, sous le vocable de la Sainte Croix, pour vénérer le bois sacré sur lequel fut accompli notre rédemption.

Plus tard, elle y ajouta un oratoire en l'honneur de saint Jean le Baptiste, pour lequel elle avait une vénération toute particulière depuis le Jour où elle avait recouvré la vue par le sacrement du baptême.

Cette dernière chapelle fut miraculeusement consacrée par saint Pierre qui y apparut, accompagné d'une troupe d'anges. Cette merveilleuse dédicace, accomplie en 696, fut ensuite fêtée chaque année sous le nom de Consécration des Anges. C'est là qu'Odile fut inhumée plus tard, et c'est là que ses restes furent vénérés par les fidèles venus en pèlerinage. À cause de cela, on la nomma plus tard la chapelle de sainte Odile.

Odile voulait que toute la solitude de Hohenbourg rappelât la pensée du ciel. Ainsi, pour rappeler le mystère de la sainte Trinité d'une manière sensible, planta-t-elle de sa main trois tilleuls, auprès du monastère.

Odile ne se nourrissait que de pain d'orge et de légumes, elle ne buvait que de l'eau, sauf les jours de fête; elle se levait la nuit pour prier et n'accordait à son corps que quelques heures de repos et ce qui était absolument nécessaire à son existence : elle dormait sur une peau d'ours à même le sol.

La pratique du monastère de Hohenbourg était, pour ainsi dire, spontanée. Elle est née de la ferveur et de l'émulation de ces nobles filles qui, charmées de l'exemple de leur abbesse, marchaient toutes sur ses traces, en pratiquant l'austérité de ses jeûnes et de ses veilles, ainsi que la prière et la louange perpétuelles.

Quand il fut question de donner des règles monastiques précises à la communauté, Odile rassembla ses filles pour demander leur avis. Toutes étaient d'avis de continuer à suivre par obligation la voie étroite qu'elles avaient suivie volontairement jusqu'alors.

On y louait Dieu sans interruption le jour et la nuit et ce - centre de sanctification est devenu un lieu visité par un grand nombre de pèlerins.

Comme le monastère était situé au sommet de la montagne, les infirmes et les malades y accédaient avec difficulté. Odile, inspirée de la divine compassion et secondée généreusement par sa mère, Berswinde, fit bâtir pour ces malheureux un hôpital et une église dédiés à saint Nicolas, au pied de la montagne.

Odile partageait désormais son temps entre les deux établissements et, malgré les difficultés du chemin, elle visitait ses pauvres tous les jours, les servait avec affection et leur distribuait l'aumône de ses propres mains.

C'était un nouveau stimulant pour les moniales de Hohenbourg qui, toutes, admiraient le dévouement de leur abbesse, et dont un bon nombre voulurent prendre part à ce bel exercice de la charité. Elles lui demandèrent donc de pouvoir l'accompagner.

Odile, considérant que sa communauté était à l'étroit sur la montagne, résolut de transporter les soeurs propres au service des pauvres dans son nouvel établissement, tout en les maintenant sous sa direction.

Elle leur fit bâtir une nouvelle église vaste et somptueuse et le nouvel établissement prit le nom de Niedermünster, c'est-à-dire "Monastère d'en bas".

La règle du monastère d'en bas était la même que celle de Hohenbourg. Sainte Odile se trouvait tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre, et continuait à gouverner les soeurs avec sagesse, cherchant toujours à travailler et à peiner plus que les autres pour l'amour du Christ.

Elle aimait tout particulièrement aller à l'hôpital saint Nicolas. C'est là qu'elle se détendait et l'air infecté de l'hôpital lui paraissait doux. Ses filles spirituelles l'imitaient en tout et apprenaient ainsi combien de joie on goûtait lorsqu'on accomplissait le commandement de Dieu en se dévouant au service des pauvres et des souffrants.

Le duc Adalric et sa femme Berswinde étaient déjà fort avancés en âge, et, après avoir tant aidé Odile et son monastère par leurs bonnes oeuvres, souhaitaient maintenant se retirer auprès d'elle pour consacrer leurs derniers jours pleinement à la prière. Odile en était ravie, et rendait grâces à Dieu surtout à cause de son père pour le salut duquel elle n'a jamais arrêté de verser des larmes abondantes. Vers l'an 700, ils se sont rendus donc à Hohenbourg, et quelques mois plus tard, Adalric y mourut en toute piété.Il fut inhumé sur place et vénéré comme saint fondateur du monastère. La pieuse Berwinde le suivit peu de temps après dans la tombe.

Odile, après la mort de ses parents, vécut encore une vingtaine d'années dans la pratique des vertus divines.

Un jour , un lépreux se présenta à la porte du monastère, pour demander l'aumône. Son corps répandait une odeur infecte et personne n'osait se résoudre à l'approcher. Odile, informée de sa présence, vint elle-même pour lui servir à manger, mais recula d'abord à son aspect repoussant. Puis, surmontant ce premier mouvement de la nature, elle se jeta à son cou et l'embrassa avec une générosité qui fit frémir les témoins de ce spectacle. En lui servant à manger avec une pieuse affection, elle répétait en sanglotant de compassion : "Seigneur, rends-lui la santé ou accorde-lui la patience !" Sa prière fut bientôt exaucée : la lèpre de ce malheureux disparut, et les témoins louèrent Dieu qui avait glorifié la charité de sa servante.

Odile continuait à visiter tous les jours les malades de Niedermünster. Avec l'âge et les fatigues continuelles qu'elle s'imposait, ses forces physiques commençaient à défaillir, mais son ardente charité ne cessait d'augmenter.

Un jour qu'elle revenait seule à Hohenbourg, elle rencontra un pauvre étendu sur le chemin, mourant de soif et de fatigue. Ne pouvant courir assez vite pour chercher du secours, elle mit toute sa confiance en Dieu, et, se souvenant de Moïse dans le désert, elle frappa de son bâton le rocher voisin. Il en sortit aussitôt une fontaine dont l'eau rendit la vie au pauvre épuisé.

Sa miséricorde envers les pauvres soutenait la ferveur de toute la communauté. Elle voulait qu'on leur témoignât une charité compatissante et avait expressément défendu de jamais leur refuser l'aumône. Tous les malheureux étaient ses amis privilégiés, qu'elle servait souvent de ses propres mains, avec une tendresse sainte. Les moniales de Niedermünster se dévouaient, à son exemple, de plus en plus au soin des malheureux à l'hôpital.

La renommée de cette communauté et de la sainteté de son abbesse se répandirent dans toute l'Alsace. Les fidèles accouraient en foule à Hohenbourg pour admirer ses vertus et écouter sa parole comme celle d'un apôtre. Tout le monde bénissait son nom.

Un jour du 13 décembre, elle assembla toutes les soeurs dans la chapelle saint Jean le Baptiste, son oratoire particulier :

"Ne vous alarmez pas", leur dit-elle, " de ce que je vais vous dire; je sens que l'heure de ma mort approche et je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance de certaines de vos fautes à corriger, des dangers que vous aurez encore à affronter ou à écarter, chacune de vous."

Puis, elle les instruisit sur leur conduite à tenir, en leur parlant, une à une, et en leur recommandant de rester fidèles à la sainte règle du monastère.

Ses nièces, Eugénie, Gundeline et Attale, qui étaient venues à la vie monastique par amour pour elle, n'étaient pas les seules à verser des torrents de larmes. Voyant leur chagrin tout naturel, elle leur dit :

"Mes chères filles, vos larmes ne prolongeront pas mes jours : l'heure est venue, il faudra bientôt partir. J'espère que grâce à vos prières, mon âme s'envolera sans obstacle, pour aller jouir de la liberté des enfants de Dieu. Je ne vous oublierai pas là-haut et supplierai notre Seigneur pour qu'Il nous accorde d'y être à nouveau réunies toutes ensemble. Allez donc à l'oratoire de la toute sainte Mère de Dieu réciter la Psautier et demander pour moi la grâce de mourir en paix."

Elles allèrent prier et quand elles revinrent auprès de leur abbesse, elle la trouvèrent dans une extase si profonde que, la croyant morte, elles fondèrent de nouveau en larmes. Mais Odile se réveilla bientôt comme d'un profond sommeil et leur raconta que Dieu l'avait transportée, en compagnie de sainte Lucie, dont on célébrait la fête ce jour-là, pour lui donner un avant-goût de la joie ineffable du ciel.

Dieu, dans sa faveur habituelle à l'égard de ses justes, la gratifia, avant son dernier soupir, d'un nouveau miracle. Pour satisfaire son ardent désir de communier, un ange lumineux est descendu du ciel, et, en présence de toute l'assemblée, lui présenta respectueusement dans un calice le Corps et le Sang précieux de Jésus Christ. Quand l'ange disparut, le calice resta entre les mains de la sainte, en témoignage du privilège extraordinaire que Dieu lui accorda.

Odile, ayant adressé un dernier adieu à ses filles spirituelles, ferma les yeux.

Son chaste corps, exténué de jeûnes, de veilles et de fatigues pour l'amour de Dieu et du prochain, resta exposé dans l'église pendant huit jours. Il répandait un parfum surnaturel qui embaumait tout le monastère. Ses reliques furent ensuite déposées dans un tombeau qu'elle avait préparé elle-même, dans la chapelle de saint Jean le Baptiste, devenue plus tard la chapelle de sainte Odile.

Déjà pendant sa vie terrestre, Sainte Odile jouissait d'une grande vénération de la part de sa famille, puis de ses compatriotes. Son père, le duc Adalric, fut une des premières âmes repenties grâce à ses prières et son exemple. Mais les historiens qui tiennent compte des descendants d'Adalric sous le nom de "Etichonides", nous renseignent sur bon nombre des membres de cette richissime famille ducale qui suivirent le chemin du salut et devinrent, sinon des saints ou des moines, du moins de très pieux chrétiens, fondant églises et monastères et faisant des dons de leurs terres dans toute l'Alsace.

Le 28 mars, nous célébrons la mémoire d'une des nièces de sainte Odile par exemple, sainte Gundeline, à qui elle avait confié la direction de Niedermünster. D'autres, comme son frère aîné, Adalbert, et son neveu Liutfrid, contribuèrent à la propagation de la sainte foi orthodoxe par des donations généreuses à des monastères existants et en firent construire d'autres.

Adalbert, successeur d'Adalric sur le trône ducal, fit venir des moines irlandais sur l'île du Rhin, Honau, au nord de Strasbourg. Durant ces siècles de féroce barbarie, ce monastère devint une des bases de la mission irlandaise sur le continent.

Aussitôt après la mort d'Odile, les pèlerins vinrent en foule vénérer ses reliques, et le culte de sainte Odile se répandit dans toute la Germanie et dans toute l'Europe Centrale.

La mémoire de Sainte Odile est célébrée le 13 décembre

Dans Ton enfantement, tu es restée vierge, dans ta Dormition, tu n'as pas abandonné le monde, ô Mère de Dieu. Tu es passée à la vie, toi qui es Mère de la Vie, et par tes intercessions tu délivres nos âmes de la mort.

Tropaire de la Dormition