Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

NUMÉRO 38

JANVIER 1991

 
SOMMAIRE
NOUVELLES

MIRACLES DE LA TRES SAINTE ENFANTRICE DE DIEU

LE LANGAGE DE L'ICONE

LE MONASTERE DE SOLOVKI, PREMIER CAMP DE CONCENTRATION EN RUSSIE

DE LA VANITÉ DES CHOSES MONDAINES ET DU MÉPRIS DU MONDE

VIE DE SAINTE XENIE ET DE SES DEUX SERVANTES

FLEURS DE SAGESSE

C 'est Toi, Seigneur qui nous as amenés du non-être à 1'être, qui nous as relevés après la chute et qui ne cesse de tout faire pour nous ramener au ciel et nous donner ton royaume à venir.

Prière de Anaphore (Liturgie de saint Chrysostome )

NOUVELLES

 

Un certain laps de temps s'est écoulé depuis le dernier numéro. Mais on ne peut pas toujours comme on veut. Ce bulletin-ci sera imprimé et envoyé de Grèce où je me rendrai après les fêtes de Noël - s'il plaît à Dieu pour y rester un mois. Après beaucoup d'hésitations, notre foyer de Saint Porquier a été définitivement fermé. A la place, nous avons ouvert un foyer à Clara , donc près de l'hermitage. Le nouveau foyer est plus petit mais aussi moins problématique.

PÉNÉLOPE
DEVANT LE FOYER
DE CLARA

A peine avions-nous déménagé de Saint Porquier et alors que nous étions encore locataires pour quelques jours, le foyer là-bas fut détruit par les flammes. Incendie accidentel ou criminel ? Dieu le sait.Une chose est sûr depuis un moment : on nous en voulait comme le prouve par exemple l'article suivant :

Une mise en garde de l'église orthodoxe

L'église orthodoxe met en garde les orthodoxes et tous les chrétiens du Sud-Ouest et de Midi-Pyrénées, en particulier ceux ce la région de Montauban, contre des groupes et des communautés utilisant abusivement le nom d'église orthodoxe. une mise en garde avait déjà été publiée, le 14 novembre 1988, par le comité interépiscopal orthodoxe de France, rappelant que la responsabilité de l'église orthodoxe ne saurait être engagée par les activités et les déclarations de tels groupes. Depuis le décès de l'archiprêtre Léonide (le 28 novembre 1982), le père Nicolas Soldatenkoy est délégué pour la région Midi-Pyrénées et, en particulier, pour célébrer régulièrement la liturgie à l'église Saint-Nicolas à Toulouse, en attendant l'installation d'un prêtre permanent.

Dans la "Dépèche du midi" (octobre 1986)

En août 1990, les mêmes auteurs publièrent, une nouvelle fois, dans le même journal un article encore plus direct où on parle de la région de Prades, c'est à dire de moi. Je me dispense de commentaire.

Dans la semaine avant Pentecôte 1990 fut baptisée a l'hermitage Marie qui s'est mariée avec Philippe Quinta quelques jours après, également à l'hermitage.

Que Dieu vous garde pour l'année qui commence.
Votre hm. Cassien

MIRACLES DE LA TRES SAINTE ENFANTRICE DE DIEU

Texte tiré de "Amartolon sotiria" (Salut des pécheurs), 2e partie.

8e miracle :
Saint Romain le Mélode, auteur des kondakions de tous les saints.

 

On apprend, dans les Vies des Saints, le 1er octobre, où nous fêtons saint Romain le Mélode, que ce saint était de la ville d'Edessa, et a quitté sa patrie pour venir dans celle de Constantin; il demeura dans le monastère de Notre Très Sainte Dame, celui que l'on appelle Kirou. Souvent, il montait de sa cellule à l' église de la Toujours Vierge à Blachernes, et là, il passait la nuit à veiller, car il était très pieux et vertueux, faisant la vigile des grandes fêtes et priant toute la nuit. C'est pourquoi il fut digne d'un charisme de la Toute-Sainte. En effet, se trouvant, lors de la Vigile de Noël, dans l'église susdite, c'est-à-dire de Blachernes, il s'endormit un peu par fatigue. Alors, la Toute-Sainte lui apparut en vision, tenant un gros livre et lui dit : "Ouvre la bouche et mange ce charisme que je te donne." Il lui apparut donc qu'il ouvrit la bouche et avala ce volume.

Dès qu'il fit jour, il monta sur la chaire et commença avec beaucoup de piété le kondakion de la Fête, à savoir : "La Vierge en ce jour met au monde l'éternel" et la suite, qu'il chantait si mélodieusement et avec une telle douceur qu'on reconnut indubitablement que ce charisme lui est venu du ciel et non des hommes; et tous s'émerveillèrent, car il n'avait pas seulement fait ce Kondakion, mais aussi ceux de toutes les autres fêtes du Sauveur, de la Toute-Sainte et de tous les saints. Il a composé plus de mille Kondakions, c'est-à-dire ceux de toute l'année que chante notre église.

C'est de ce charisme que le saint fut rendu digne par la Mère de Dieu, car il l'honorait beaucoup et la vénérait. C'est pourquoi il fut glorifié par elle en ce monde passager et fut digne de la vie céleste et bienheureuse. Que celle-ci nous soit octroyée à nous tous.

Le plaisir se situe dans tous les membres du corps, mais il ne semble pas les troubler tous de la même manière. Chez les uns il affecte plutôt la partie de l'âme qui est le désir, chez d'autres il affecte l'ardeur, et chez d'autres encore il affecte la raison. Il les affecte par la gourmandise, l'emportement et la malice, qui sont les causes de toutes les passions impies.

Elie l'Ecdicos

 

LE LANGAGE DE L'ICONE

 

L'icône relève de l'art, mais le dépasse largement, car ce n'est pas le monde déchu qu'elle représente, mais le monde transfiguré.

A nous, qui sommes charnels, limités par nos sens pour saisir, pour comprendre, le monde de l'au-delà se communique par des sacrements, des symboles, des signes, des paraboles, c'est-à-dire d'une manière indirecte. C'est toujours quelque chose qui nous est familier et autre à la fois.

Le baptême n'est pas un simple bain, mais toute une cérémonie, qui exprime et contient le bain spirituel, qui nous lave de nos péchés. La parabole n'est pas uniquement une histoire terrestre, elle cache un contenu surnaturel.

De même, l'icône ne nous montre pas simplement des événements et des personnages historiques et terrestres, elle les dépasse, les montre dans l'infini, l'éternité. Ce n'est pas un moment précis de l'histoire terrestre, mais un événement qui plonge dans l'éternité et qui a ses racines avant le commencement du temps. C'est pour cela que l'icône ne représente jamais l'événement confiné dans un lieu clos, qui l'enfermerait et l'étoufferait. Les bâtiments figurent dans l'arrière-plan, juste comme indications. C'est pour cela aussi que des événements, qui se sont déroulés à des moments différents dans l'histoire, peuvent figurer ensemble sur la même icône. Ce n'est pas le Christ qui meurt sur la Croix, mais le Crucifié qui est déjà ressuscité et qui est Dieu et homme à la fois. C'est le Vendredi saint et Pâques à la fois qui sont unis et éternisés.

Tout est rendu visible sur l'icône, non selon les proportions naturelles, mais selon l'importance. Saint Georges, par exemple, dépasse en taille son cheval et le stylite est plus grand que sa colonne, qui n'est là que pour indiquer l'exploit ascétique du saint.

Les bâtiments sont alogiques car le langage iconographique dépasse et transcende la logique «naturelle». La perspective est renversée, car ce n'est pas nous, qui sommes le centre. Le centre se trouve de l'autre côté, en Dieu. Il y a une autre logique, il faut d'autres yeux pour déchiffrer ce langage.

C'est la Transfiguration du Christ qui donne la clé pour entrer dans le mystère de l'icône, car c'est le monde transfiguré qui y est représenté. Ce qui y semble stylisé est, en fait, le moyen de rendre palpable ce qui est transfiguré. La Mère de Dieu est toujours femme sur l'icône, mais impassible, sanctifiée. Rien ne trouble, rien n'excite. Le Christ est crucifié, les martyrs sont suppliciés, mais il n'y a rien qui traumatise, rien qui choque. Tout est entré dans la paix de Dieu.

Rien n'est laissé au hasard, tout signifie quelque chose. Les yeux du saint, grand ouverts, contemplent. Jamais en profil, car le saint communique avec nous. La bouche est fine, car il est entré dans le grand silence. Le corps est allongé, car spiritualisé. Même les plis des vêtements sont harmonisés. Si les couleurs ne sont pas toujours symboliques, elles ne sont, non plus, jamais naturalistes. Le teint du visage n'est pas rose, mais foncé. Ce qui était charnel a disparu. Il n'y a pas de couleurs excitantes, criardes, tout au plus vives et fraîches, car c'est la beauté du paradis qui s'y reflète. Il n'y a pas de ciel bleu. Idéalement, l'or couvre le fond, car il symbolise l'éternité. Sinon, au moins une couleur unie remplace l'or. Le noir, qui est absence de lumière, ne figure que l'abîme, le néant. La lumière, qui vient de partout, ne jette aucune ombre - c'est le Christ qui éclaire tout, partout présent. La troisième dimension se rétrécit, car tout est présence, rien ne se perd dans le lointain. C'est le cadre de l'icône qui fait la séparation d'avec le monde terrestre.

C'est finalement tout le cosmos qui est soumis, à travers le pinceau de l'iconographe, au dessein divin. C'est l'achèvement de l'histoire, l'eschatologie anticipée, la prophétie imagée. Voilà le contenu de l'icône à travers son langage théologique, artistique et mystique à la fois.

Ceux qui approchent de l'impassibilité sont troublés par les seules imaginations. Ceux qui modèrent leurs passions sont troublés par les désirs. Ceux qui font un mauvais usage de ce qui est nécessaire et s'en affligent, portent le mal dans leurs sens. Enfin touchent le mal, ceux qui en ont l'habitude et ne s'en affligent pas.

Elie l'Ecdicos

LE MONASTERE DE SOLOVKI, PREMIER CAMP DE CONCENTRATION EN RUSSIE
(Traduction de l'allemand du livre de Vladimir Lindenberg : Der unversiegbare Strom.)

Avec la révolution bolchévique de 1917, le christianisme est entré dans une nouvelle phase : le début d'une persécution impitoyable, déclenchée contre le clergé, les moines et les fidèles.

En grand nombre, des prêtres furent arrêtés, exilés, emprisonnés ou fusillés. Les églises tombèrent en ruines ou furent fermées. Les moines ne purent plus rester dans leurs monastères, mais furent enrôlés dans l'Armée Rouge ou embauchés dans les usines.

Quelques-uns, à l'exemple de leurs pères, essayèrent de pénétrer dans les forêts inhabitées. Peu y réussirent, car le pays entier était dans une agitation extrême et dans un état de décomposition. Partout, c'était la lutte entre les Rouges et les Blancs. Les uns et les autres saccageaient ce qui était encore indemne. Ainsi, les forêts même n'offraient plus de sécurité. La population n'en offrait pas non plus, car tous étaient apeurés et la dénonciation fleurissait.

Boris Chiriaev a mis en écrit, dans son livre intitulé "Lumière qui ne s'éteint pas", ses expériences comme prisonnier dans le camp de Solovki. C'est là que furent exilés, en plus des délinquants et des révolutionnaires, la plupart du clergé et des moines, afin d'être laissés mourir de faim.

Le monastère de Solovki ou Solovetski est, de tous les monastères russes, celui qui se trouve le plus au nord. Il est situé sur plusieurs îles de la Mer Blanche, mesure 25x15 kilomètres et possède 365 lacs. Des sapins centenaires y poussent, des bouleaux argentés et d'innombrables arbustes. C'est un pays de tundra. On voit partout des moraines, témoins de l'ère glaciaire.

Les premiers ermites s'y rendirent au quinzième siècle, afin de prier dans cette solitude. La légende raconte que le bateau, dès qu'ils eurent abordé l'île, se détacha et partit au loin. Ainsi, ils demeurèrent seuls dans cette région inhospitalière. Saint Zosime, un des fondateurs, y proclama un jeûne perpétuel. Le saint commanda aux loups de quitter l'île, car il ne tolérait pas que le sang fût versé parmi les créatures : " Mes frères les loups, créatures de Dieu, né dans le péché et vivant dans le péché, allez dans le monde du péché pour y vivre. Ici, c'est une terre sacrée."

Depuis, il n'y a plus de bêtes sauvages, sauf quelques lièvres, daims et autres petits animaux. La richesse en poisson est énorme et c'est le poisson le plus délicieux de la Russie. Chaque année, les moines offraient au tsar des cargaisons de harengs. En échange, le tsar offrait au monastère de précieux ustensiles liturgiques et des broderies faites par les filles du tsar.

D'innombrables pèlerins visitaient le monastère. Ils y séjournaient une année ou plus, ou finirent par y rester comme moines. Le travail était dur dans les champs et les jardins dont le sol maigre et pierreux était gelé les trois quarts de l'année. Il y avait aussi la pêche, la maçonnerie et le travail dans le bois. Les moines qui vivaient isolés, venaient une fois par mois pour la liturgie. Sinon, ils chantaient et priaient dans la nature.

La contrée appartenait à cette époque à la grande ville hanséatique, Novgorod. Saint Zosime, qui y était chef d'armée autrefois, allait à Novgorod, afin de demander la terre pour le monastère. En ce temps-là, Marfa Possadniza était maire de Novgorod. Le saint y fut reçu avec grand honneur et fut doté de documents en parchemin richement décorés. Marfa Possadniza lui offrit un dîner auquel tous les boyards participaient. Le saint voyait avec horreur que tous ces boyards étaient sans tête et que le sang coulait de leur cou. Dans peu de temps, cette vision se vérifia, car le tsar de Moscou conquit cette fière ville libre jusqu'alors et fit décapiter tous les boyards. Le bourdon qui appelait toujours le peuple, fut descendu et envoyé en exil, tel un être vivant.

Le magnifique monastère et la splendide cathédrale furent érigés par les moines. La cathédrale, dédiée à la Transfiguration, fut incendiée en 1922 par les bolchéviques. L'enceinte, bâtie avec les moraines, que l'on trouve dans ces contrées, est plus grande, plus haute et plus majestueuse que celle du Kremlin.

Les tsars moscovites y bannissaient leurs ennemis, liés de lourdes chaînes. Parfois des moines accompagnaient le convoi pour Solovki. A la fin du règne de Pierre II, le prince Tolstoï y fut exilé. Sa libération fut décrétée quand la tsarine Elisabeth monta sur le trône, mais il préféra rester à Solovki. Le même sort arriva au gouverneur de l'Ukraine, Pierre Kalnichevski. Lui aussi, une fois libéré, renonçait à retourner en Russie. Catherine II y envoyait les franc-maçons et les illuminés, de même que les partisans de Voltaire et de Rousseau.

Le monastère fut liquidé en 1922. Les moines furent chassés. Beaucoup partirent, d'autres se firent embaucher comme pêcheurs ou ouvriers forestiers, d'autres même comme gardiens. Les startsi âgés, qui vivaient le plus souvent dans des cabanes de terre, préféraient terminer leurs jours sur place. Le dernier archimandrite quitta Solovki avec ses moines et ses novices pour se réfugier dans le monastère Valamo en Finlande.

Lorsque ce dernier monastère russe devint le premier camp de concentration en Russie, le nouveau commandant, Nogtev, homme brutal, buveur et primitif, inspecta l'île et tomba sur une de ces cabanes fermées. L'huile y brûlait dans une veilleuse rouge, devant laquelle un vieillard, vêtu de haillons, était à genoux. Nogtev était ivre et tenait dans sa main une bouteille de vodka à moitié vide :

"Vénérable père, bois avec moi l'opium. Tu as assez jeûné. Festoyons maintenant. Nous avons maintenant la liberté, frère. Dieu est déposé par décret." Ce disant, il offrit à boire au vieillard. L'ermite s'inclina devant lui comme devant un mort et lui indiqua en silence le cercueil qui se trouvait dans la cellule. Nogtev devint pâle, jeta la bouteille contre la porte, monta sur son cheval et partit. Il ne dessoûlait plus pendant des mois. Mais il ordonna de donner au staretz la ration normale de nourriture comme aux prisonniers.

Une commission arriva de Moscou la même année pour découvrir que Nogtev faisait le trafic des objets de culte ramassés dans la cathédrale. Il fut fusillé sur-le-champ et enterré sur l'île sacrée.

Boris Chiriaev était un des premiers déportés sur l'île. Il se trouvait auparavant dans la célèbre prison de Butyrki, en compagnie du vieux peintre, Michel Vassilievitch Nesterov. Ce dernier, au moment de se séparer de Chiriaev, lui dit : "Ne crains pas Solovki. Le Christ y est."

Quinze à vingt mille condamnés vivaient dans le même camp. Chaque année, environ dix mille mouraient de faim, de scorbut, de typhus ou d'épuisement.

Une journée de travail de douze heures, des pièces surpeuplées et non chauffées, la faim, tout cela était une mort préméditée. Les criminels étaient les plus nombreux : voleurs, trafiquants, proxénètes. Ensuite, il y avait toute une gamme de contre-révolutionnaires, le plus souvent des officiers avec lesquels on faisait un court procès, puis, on les embarquait par centaines sur des bateaux vétustes, qui coulèrent dans la Mer Blanche.

La plupart du clergé orthodoxe s'y trouvait. Ils vivaient entassés dans les cellules et les églises désertées, sur des lits superposés à trois niveaux.

La direction de la cuisine et des magasins fut confiée d'abord aux criminels. Mais, à cause des vols et du trafic croissant, la charge en fut confiée au clergé, et l'on voyait désormais des évêques cuisiner, éplucher des légumes et se servir de la balance. Aussitôt, la qualité du menu s'améliorait.

à suivre


DE LA VANITÉ DES CHOSES MONDAINES ET DU MÉPRIS DU MONDE
Texte tiré de "Amartolon sotiria" (Salut des pécheurs),
1e partie. Chapitre 31

"Vanité des vanités, tout est vanité", dit le sage Salomon. Toutes les choses du monde sont creuses, mensongères et vaines, en dehors du service du Seigneur. Vaine et instable est toute gloire mondaine, et séduits et ignorants, tous ceux qui se plaisent et se réjouissent dans la richesse, les honneurs et les plaisirs de cette courte vie, puisque tout cela est suivi par les douleurs et les pleurs éternels. Vains en vérité sont notre vie, les biens temporels, la beauté de ce monde, les joies minimes et les plaisirs de cette vie tumultueuse et flottante, et les seuls bienheureux sont ceux qui renient le monde, tout ce qui est du monde et pour le monde, et qui marchent sur le chemin étroit et contraignant, le chemin céleste, car, oubliant le monde, ils vont vivre une vie pacifique et calme, n'ayant rien qui les trouble dans leurs luttes spirituelles et dans la douceur de leur âme.

Il t'est plus utile d'être pauvre que d'être riche, un homme simple et humble qu'un érudit futile et orgueilleux, qui sera découvert le jour redoutable du deuxième avènement du Christ, où il te sera alors plus nécessaire d'avoir eu une conscience pure que d'avoir prononcé des discours ultra-savants; car on ne nous demandera alors ce que nous aurons dit, mais quel bien nous aurons accompli.

Mesure combien de temps tu as dépensé au service du monde, dans la vie que Dieu t'a accordée pour que tu le serves, ingrat, ou plutôt pour que tu luttes pour te sauver, car Dieu n'a pas besoin de tes oeuvres. Le temps passé disparaît et ne revient plus en arrière. Les jours s'écoulent en courant, la mort attend et vient à ta rencontre. Quel profit en auras-tu et quel bénéfice, des peines que tu as endurées pour les choses vaines et temporelles ?

Si tu penses à tes amis, tu ne trouves pas d'amitié vraie en ceux à qui tu as fait du bien, mais plutôt de l'ingratitude et de la malice. Donc, quoi que tu aies fait, tu l'as raté et perdu à jamais. L'ingratitude des hommes et toutes les choses temporelles te conseillent de n'aimer et ne servir que le Dieu bienfaiteur et Sauveur, qui te permet, pour ton bien, de trouver l'ingratitude dans le monde, pour que tu te tournes vers Lui et reçoives du secours. Tout le temps que tu as dépensé à l'obéissance au Christ est durable et profitable, mais toutes les autres peines et fatigues sont perdues et vaines.

Malheur à toi, pécheur, car tu as perdu la fleur de ta jeunesse au service de la chair, du monde et du démon corrupteur des âmes, et tu préfères la partie périssable (le corps), qui se dissipe rapidement, tu négliges l'immortelle (l'âme), et tu ne veux pas peiner, tant que tu en as la force, pour celle-ci, mais tu attends les dernières années de ta vie, insensé, quand tu ne pourras plus pécher, pour travailler pour ton âme. Quelle sottise et quelle imprudence de ta part ! Laisser ainsi la source de tous les biens et le vrai repos de ton coeur pour le fumier du monde trompeur et ses déchets. Le Bienheureux Paul dit dans son êpître aux Philippiens : "Pour Lui, j'ai renoncé à tout et considère tout comme une ordure, afin de gagner le Christ et d'être trouvé en Lui." (Phil 3 8-9) C'est-à-dire : j'ai renoncé à toutes les choses du monde et je les estime comme des déchets, pour jouir de mon Christ et me trouver avec Lui dans Son Royaume.

Ta sottise est grande, ô homme, d'estimer toutes les créatures plus que le Créateur. Tu n'es pas digne de Dieu si tu ne hais pas le monde pour le Seigneur. Mais qu'est-ce que le monde pour que tu l'aimes avec tant de sollicitude  ? Si l'on examine bien, ce n'est rien d'autre qu'une prison des vivants, un tombeau des morts, une école du péché, un ennemi des oeuvres nobles et bonnes et le mépris des vertueux. Le monde passe rapidement et tous ses désirs disparaissent comme l'éclair. Hais donc la richesse temporelle pour que tu deviennes riche éternellement. Méprise l'honneur pour être mieux honoré. Renie toute passion charnelle pour goûter la jouissance éternelle. Hais le repos passager pour te reposer éternellement. Désire le dénuement pour revêtir un habit tissé par Dieu. Aime le deuil pour te réjouir à jamais. Désire les reproches et les injures pour le Seigneur, afin d'être glorifié par les anges, et, en un mot, hais et méprise ce qui est périssable et terrestre pour jouir de ce qui est éternel et céleste.

Le Maître est devenu serviteur par amour pour toi, et toi, effronté, tu désires les honneurs et les gloires ? Humilie-toi, malheureux ! Hais le désir de la chair et dépense le peu de la vie au mépris de la boue et du fumier du monde, qui passe rapidement. Buvant les plaisirs de ce siècle, les amants de ce monde meurent subitement d'une mort éternelle, endormis dans le péché, comme c'est arrivé à Holophernes, qui, en se réveillant de l'ivresse, s'est trouvé sans tête en enfer... exemple utile pour que nous fuyions l'ivresse et les plaisirs du corps.

Dis-moi, homme, que deviendras-tu quand tu t'entendras dire : "Insensé, cette nuit même, tu mourras et tu te sépareras malgré toi de la chair, des richesses et des réjouissances" ? Que feras-tu alors, quand tu entendras le Seigneur t'accuser, toi et tous ceux qui aiment, comme toi, le monde  ?

Où sont maintenant leurs dieux en lesquels ils avaient mis leur confiance et qui ne viennent pas les aider en cette nécessité ? Et toutes tes possessions ne pourront alors te délivrer des mains du Juste Juge; pourquoi somnoles-tu et n'imagines-tu pas la très douce réjouissance du Royaume des Cieux et l'âpreté de l'enfer sans fin ?

Pourquoi préjuges-tu cette béatitude sans importance et sans valeur ?

Dis-moi, si des juges voulaient mettre un certain malfaiteur en prison pour le faire mourir, et que celui-ci, voyant une petite fenêtre au mur par laquelle il pourrait, en se serrant, sortir tout nu, regrette ses habits et reste jusqu'à ce qu'on l'exécute, ne serait-ce pas fou de perdre la vie désirée pour des vêtements inutiles ? Si, assurément, un tel homme est fou et possédé du démon, car s'il avait du bon sens, ce n'est pas seulement les habits, mais aussi des morceaux de sa peau et de sa chair qu'il consentirait à laisser déchirer, et il accepterait de verser son sang pourvu qu'il ne meure pas. Ecoute, ami du monde, ce que nous dit le Seigneur : "Entrez par la porte étroite, car resserré est la chemin qui mène à la vie." Le chemin est l'étroite ouverture de la prison, et nous, nous sommes les condamnés à mort et nous ne savons pas si c'est demain que s'accomplira la décision de nous donner la mort, qui nous est due et dont on ne peut être délivré qu'en nous dépouillant des richesses, des trésors et des vêtements pour pouvoir passer par l'étroite ouverture des afflictions, pour trouver ensuite l'étendue du Paradis.

O combien y en a-t-il qui préfèrent avoir la richesse, aller bien vêtus et rassasié avec le riche insensé en enfer plutôt qu'avec Lazare, pauvre et en haillons au Paradis. Cherche, malheureux, à te délivrer de la mort, et ne regrette pas les tenues et les uniformes, mais dénude-toi et rejette-les loin de toi.

Hais les plaisirs du corps et méprise tout ce qui est charnel, pour être délivré de la mort de l'âme. Si tu donnes maintenant ta richesse aux pauvres, tu la retrouveras dans l'autre vie au centuple, et tu te réjouiras. Mais si tu l'épargnes, demain tu la laisseras complètement abandonnée sans le vouloir. Enlève la tunique et le vêtement quand le monde te tire pour te projeter dans sa volonté et laisse cela comme l'a fait le très-beau Joseph quand sa maîtresse l'a attiré pour commettre un adultère, et il a préféré lui laisser sa tunique dans les mains plutôt que d'être aimé d'elle et perdre son attachement à Dieu.

C'est ainsi que doit faire chacun d'entre nous, et pas seulement avec la tunique et les autres vêtements, mais aussi avec tout ce qui nous empêche de nous élancer pour sauver nos âmes. Haïssons donc cette richesse terrestre comme inutile, méprisons le monde avant que celui-ci, furieux, ne nous détourne le visage. Laissons aujourd'hui volontairement tout ce que nous laisserons demain involontairement. Faisons comme les commerçants prudents, donnons les choses corruptibles et temporelles pour jouir des incorruptibles et éternelles. Dépouillons-nous de tout amour et de tout souci terrestres, pour jouir, sur la terre, du Paradis, et aux Cieux, de la Réjouissance éternelle, en Jésus-Christ notre Seigneur, à qui appartient la gloire pour les siècles. Amen.


VIE DE SAINTE XENIE ET DE SES DEUX SERVANTES
Fête le 24 Janvier

(Tirée du Synaxaire grec)

 

La vie nouvelle et étrangère de l'admirable Xénie est courte, mais extrêmement riche, et si émouvante et douce qu'elle peut être du plus grand profit aux fidèles qui l'écoutent.

En effet, cette bienheureuse était issue d'une famille illustre et très noble au Ve siècle et reçut, au saint baptême, le nom d'Eusébie, qui signifie "pieuse" en grec. Ses parents étaient des notables du diocèse de Rome, riches, aimant Dieu, bien connus et d'une conduite des plus remarquables.

Eusébie fut élevée chrétiennement, dans l'amour de la vertu, et quand elle arriva à la majorité, un homme aussi riche qu'elle, mais très orgueilleux, lui demanda sa main. Ses parents, sans connaître son avis, acceptèrent en donnant leur parole et préparèrent ce qui convient pour le mariage.

Cependant, cette noble et très modeste fille avait toute sa pensée tournée vers l'époux céleste, resplendissant de beauté et immortel, et dont l'amour l'a ravie jusqu'à blesser et dévorer tout son coeur.Ayant entendu ces paroles au sujet du mariage et les prenant pour des sottises, la bienheureuse décida de fuir en cachette, pour sauvegarder sa virginité.

Elle avoua donc sa pensée à ses deux servantes qu'elle savait fidèles et dont elle était sûre qu'elles ne livreraient jamais le secret. Alors, comme celles-ci lui promirent que ce qu'elle leur a confié ne sortirait jamais de leur bouche, elle leur dit; " Moi, mes soeurs bien-aimées, j'ai pris ce monde en horreur, comme périssable et qui flétrit vite et je n'ai désiré que mon Sauveur et Maître. Je veux donc quitter en cachette mes parents, afin qu'ils ne me marient pas. Donc, comme je vous aime plus que mes autres servantes, je vous dis mon avis: si vous voulez bien me suivre, pour que je vous aie en ce monde comme soeurs et mères et que nous jouissions plus tard de la même béatitude glorieuse, ne craignez pas; car il est possible qu'il nous arrive quelque danger, mais je vous donne comme témoin le Christ que je ne changerai pas d'avis, dussé-je subir mille morts."

Ayant entendu cela de la Juste, ces servantes très fidèles et reconnaissantes firent voeu de ne jamais se séparer d'elle, de la suivre volontiers où qu'elle aille, de l'aimer et de la protéger jusqu'à la mort.

Ainsi donc, ces trois saintes, rangées d'un commun accord du cité du Maître commun, se préparèrent dès ce moment-là à la mortification et à la souffrance, pour être habituées par la suite. Elles patientèrent donc le temps convenable, de sorte que personne ne s'aperçût qu'elles partaient. Tous les bijoux en argent et en or, de même que les vêtements précieux qu'elle possédait, la vraiment pieuse Eusébie les prit en cachette de ses parents et les envoya par ses servantes aux veuves et aux orphelins, afin de les retrouver plus tard dans l'éternité.

Quand le jour du mariage approchait, elles mirent des vêtements d'homme et sortirent la nuit de la maison, en pleurant, mais joyeusement. Elles pleuraient, dis-je, non pas de tristesse, mais de joie, car Dieu les a illuminées pour qu'elles renient le monde vain et trouvent leur salut, et elles priaient en disant: " Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, illumine-nous et guide-nous vers le salut, car c'est Toi que nous avons désiré de toute notre âme."

La sainte conseilla les autres, en disant :

"Que chacune de vous se garde bien de changer d'avis, car aucune voie n'est aussi heureuse que celle de l'ascèse. En effet, nous avons d'abord été délivrées des souillures du monde et des préoccupations de la vie. Ensuite, nous espérons jouir des biens futurs et éternels." Ainsi, avec ces paroles édifiantes et d'autres semblables, elle furent mieux affermies.

Alors, comme elles étaient arrivées à la mer, elles trouvèrent, avec l'aide de Dieu, un bateau qui partait à ce moment-là pour Alexandrie. S'étant donc embarquées, elles y arrivèrent en peu de jours, car le temps était favorable.

De là encore, elles se dirigèrent, avec un autre bateau, vers l'île de Kôs afin qu'on ne puisse jamais les trouver, car elles savaient que les parents feraient plus tard de grandes recherches dans la foule et dans les monastères pour les retrouver. C'est pourquoi la sainte cherchait un lieu désert et dit aux autres: "Gardez-vous bien de révéler le secret à qui que ce soit, ne dites même pas quelle est notre patrie et ne m'appelez pas non plus Eusébie, mon nom de baptême. Mais appelez-moi Xénie (ce qui signifie "étrangère"), et en cela vous ne mentirez pas, puisque maintenant je me considère comme une étrangère, car j'ai fui ma patrie et mes parents bien-aimés, et je suis devenue pauvre et étrangère pour le Seigneur qui s'est expatrié." Arrivées à l'île, elles trouvèrent une maison et elles y demeurèrent en payant le loyer.

La bienheureuse Xénie avait le désir de trouver quelque père spirituel expérimenté pour se soumettre à lui et ne plus jamais faire sa volonté propre. Aussi, inclinant les genoux et le coeur, elle pria le Seigneur avec des larmes, en disant: "Mon Dieu, qui vois et gouvernes l'univers, ne nous abandonne pas, nous qui avons quitté la patrie et les parents pour ton amour, mais envoie-nous quelque juste sauveur et guide, comme Thècle trouva Paul, pour que nous le suivions, afin que, humiliée et guidées par lui, nous soyons sûres de ne faillir en rien par science ou par ignorance devant Ta majesté."

La sainte ayant prié ainsi, le Dieu de Toute Bonté exauça tout de suite sa demande salutaire. Et elle voit venir à elles un vieillard serein, d'aspect ascétique, au visage lumineux et respectable et d'une apparence véritablement angélique. L'ayant vu, la vierge fut remplie de joie, et, en courant, tomba à ses pieds, et tout en larmes, lui dit: "Pour l'amour du Christ, accepte-nous, les étrangères, saint révérend, et enseigne-nous et guide-nous au salut."

Le vénérable vieillard demanda d'où elles venaient et comment elles s'étaient trouvées sur l'île. Elles lui dirent sincèrement la vérité, et il répondit: "Moi aussi, je suis étranger en ce lieu: je viens de Jérusalem où je suis allé vénérer et maintenant, je retourne dans ma patrie." La sainte, pensant qu'il était évêque, à cause de son habit, lui demanda de révéler sa patrie et sa fonction. Il répondit: "Je suis de Mylassa, ville de Carie, mon nom est Paul et je suis higoumène d'un petit monastère."

Alors la bienheureuse Xénie, ayant entendu ces paroles de Paul, s'émerveilla, car le Seigneur de Bonté l'avait exaucée et lui a même envoyé l'homme selon sa demande. Aussi rendit-elle grâce à Dieu comme il se devait, avec des larmes, et demanda à Paul de devenir son père spirituel, de les prendre sous sa garde et de s'occuper d'elles. Le saint répondit: " Ici, en ce lieu étranger, je ne peux pas vous gouverner, et je dois, sans tarder, me rendre à mon monastère. Mais si vous voulez y venir avec moi je peux m'occuper de vos besoins."

Ayant accepté cela avec joie, les saintes se rendirent à Mylassa, où Paul leur donna des cellules tranquilles près de son monastère. Sainte Xénie y construisit aussi une église, dédiée à Saint Etienne le Premier Martyr, et avec le temps, cela devint un monastère de femmes, car beaucoup d'autres se laissèrent attirer par son zèle et s'y rassemblèrent pour l'imiter. Mais aucune ne savait d'où était la sainte, et comment elle s'appelait, car le bienheureux Paul disait qu'il les avait amenées de Kôs, en quoi il ne mentait pas.

En ce temps-là, l'évêque de cette ville, Cyrille, s'endormit et l'on élit Paul à sa place. Celui-ci conseilla à Xénie de devenir diaconesse, comme c'était alors la coutume. Mais celle-ci, dans son humilité, ne voulut pas accepter la charge du sacerdoce. Il l'ordonna alors, malgré elle. Combien de douleurs et de peines elle supporta, dès qu'elle reçut la charge, le temps nous manque pour les raconter.

De plus, autant elle avait été autrefois goûtée et habituée à la bonne nourriture, autant maintenant Xénie menait une vie vraiment immatérielle et étrangère, elle devenait l'égale des anges, et avec de telles mortifications que les démons en frissonnaient de loin et n'osaient pas l'approcher.

Elle mangeait une fois tous les trois jours, quand il n'y avait pas de combat; mais quand elle luttait, elle mangeait seulement du pain sec, une fois par semaine. Elle ne goûtait ni vin, ni huile, ni herbes, ni légumes secs, ni rien de cuisiné, ni aucune sorte de fruit. Le peu de pain sec qu'elle trempait dans l'eau, elle le mêlait de ses larmes et y mettait aussi de la cendre d'un encensoir, et c'est ainsi qu'elle prenait un peu de nourriture avec beaucoup de peine; elle mangeait, comme le bienheureux David, de la cendre en guise de pain et elle mêlait ses larmes à sa boisson.

La bienheureuse Xénie accomplissait ces choses en cachette des autres, autant que possible, pour fuir la louange. Seules ses deux servantes la considéraient souvent, s'efforçaient de l'imiter selon leurs forces et l'admiraient, car avec toute son abstinence, elle n'en abandonnait pas pour autant sa règle, mais luttait, la plus grande partie de la nuit, avec de grandes métanies et la prière. On la vit souvent à genoux, en prière, depuis le coucher du soleil et rester ainsi jusqu'à ce que frappe la simandre des matines.

D'autres fois, elle passait toute la nuit à prier et à pleurer, et le plus merveilleux était que, avec toutes ces vertus qu'elle pratiquait, elle avait, par-dessus tout, l'humilité et il ne manquait jamais de larmes de ses yeux pendant qu'elle priait, comme si elle avait été un meurtrier, une prostituée ou un malfaiteur. La sainte avait la douceur et jamais elle ne se mettait en colère contre personne. De plus, elle avait l'amour pour toutes et les servait avec beaucoup d'humilité, portant toujours des habits usés, tous ceux que portaient les mendiants, en un mot, la mémorable à jamais réussissait toutes les vertus, et, ayant ainsi bien lutté, elle vit arriver son heure d'aller au lieu désiré.

C'était la fête de Saint Ephraim, non le Syrien, mais quelque autre, qui avait lutté à Mylassa; elle invita l'évêque Paul dans un village appelé Lefki, où se trouvait l'église Saint Ephraim et les saintes reliques.

La bienheureuse Xénie réunit les soeurs et leur dit avec beaucoup d'humilité: "Je vous remercie, mes soeurs et maîtresses, de tout l'amour et la compassion que vous m'avez témoignés, à moi, l'étrangère, que vous avez gouvernée avec amour, comme une vraie soeur. Mais maintenant, je vous prie et supplie davantage, de me montrer surtout votre amour et de ne pas m'oublier. Suppliez Dieu pour mon âme, quand vous priez, pour qu'Il pardonne à votre indigne servante; et ainsi, par vos saintes prières, j'espère être immortelle après ma mort, car aujourd'hui est arrivée la fin de mon séjour provisoire, et j'ai au coeur une douleur et une crainte inexprimables que mes péchés ne puissent empêcher mon ascension vers le Seigneur, si vos saintes prières ne m'aident pas. Je suis très triste et affligée, car notre père spirituel, Paul, ne se trouve pas ici pour m'aider dans cette nécessité. Mais vous, quand il viendra, dites-lui de ne pas oublier Xénie, qu'il a, selon la parole de Notre Seigneur et Maître Jésus-Christ, recueillie et conduite sur le chemin du salut."

Pendant que la sainte disait ces mots, toutes se lamentaient, inconsolables, de devenir orphelines de cette mère, qui aime ses enfants, et surtout ses deux servantes gémissaient; elles ne cessèrent pas les pleurs, à tel point qu'elles firent aussi pleurer la sainte très-compatissante. Puis, elle les consola, en disant: " Cessez les gémissements. Rivalisez avec les vierges sages, ayez soin de remplir d'huile vos veilleuses, car le jour du Seigneur vient comme un voleur."

Ayant dit cela, elle leva les mains et les yeux vers le ciel et pria avec des larmes en ces termes: " Mon Dieu, qui m'as gouvernée jusqu'à cette heure avec Ton amour pour l'homme, moi l'étrangère, et qui es devenu pour moi père, mère, nourrice et un conte très doux, Toi, rends-moi digne d'entrer maintenant dans Ton Royaume céleste. Souviens-toi aussi, Seigneur, de toute cette fraternité et délivre-la des ruses du démon. Et surtout, Toi qui es bon, souviens-toi de Tes deux servantes, et comme dans cette vie terrestre, elles ont partagé avec moi la fuite, les labeurs et les luttes et ne se sont pas séparées de moi, ainsi dans Ton Royaume aussi, rends-nous dignes de rester ensemble pour toujours. "

Après ces paroles, la sainte reçut de toutes le pardon, puis, montée dans l'église, elle s'y enferma et, fléchissant les genoux, elle priait. Ses deux servantes l'observaient par l'ouverture de la porte et virent un étrange miracle se produire près d'elle. Une lumière vint soudain du ciel, ainsi qu'une odeur de parfums inexprimable qui ne ressemblait pas aux parfums terrestres ni à l'encens, mais à un autre parfum, du Paradis, très doux et délicieux.

Alors, elles ouvrirent la porte et elles virent la bienheureuse Xénie, endormie dans la béatitude. Elles s'assemblèrent donc toutes et pleuraient sans interruption.

Or Dieu, qui glorifie ceux qui Le glorifient, glorifia aussi le saint trépas de son épouse bien-aimée, Xénie, pour faire apparaître à tout le monde de combien d'intercession elle fut digne. C'était alors le sixième heure du jour, le ciel serein, sans nuage, le soleil brillant joyeusement, et alors apparut dans le ciel une couronne d'étoiles, au milieu de laquelle se trouvait une croix formée d'étoiles resplendissantes.

L'évêque Paul, qui se trouva à Lefki où ils avaient célébré la fête, illuminé par l'Esprit divin, dit, en voyant ce signe: " Mère Xénie s'est endormie et c'est pourquoi ce signe miraculeux a apparu ".

Tous coururent donc aussitôt vers le monastère de la sainte, sans rien manger; car l'évêque venait juste de finir la Liturgie, et ils n'allèrent pas manger, mais une foule nombreuse d'hommes et de femmes se rassemblèrent, glorifiant à haute voix le Seigneur, et surtout toutes les femmes de la ville qui criaient à l'évêque: "Ne cache pas la perle, Maître. N'enfouis pas le trésor. Ne couvre pas l'honneur et la gloire de la ville, mais portons, nous aussi, cette lampe visiblement, pour que les Juifs et les païens, humiliés, connaissent la puissance du Crucifié."

Alors, l'évêque, en s'avançant, vénéra la sainte avec beaucoup de lumières et d'encens et la fit passer par le centre de la ville. Et la merveilleuse couronne d'étoiles suivait partout où le lit était apporté. Quand les porteurs s'arrètaient pour faire, à chaque église, une procession et une prière selon la règle, la couronne s'arrètait aussi. A cause de ce miracle, une telle foule s'assembla des alentours qu'ils se gênaient les uns les autres.

Toute cette nuit-là, ils veillèrent donc en psalmodiant et beaucoup de malades furent guéris en touchant la sainte relique. En effet, quiconque avait une maladie chronique, sans dépenser d'argent pour des plantes ou souffrir des jours durant, à l'heure même où il voulait embrasser, avec foi, le lit, - ì miracle!- il guérissait.

Quand ils arrivèrent au lieu appelé Sikinia, vers la partie sud de la ville, ils l'enterrèrent là, comme sainte Xénie l'avait ordonné, et alors, après la descente de la sainte relique, le cercle d'étoiles disparut. Ainsi, tous reconnurent que c'était pour la saint qu'il avait apparu et suivi sa relique jusqu'à sa mise au tombeau. Les draps qui étaient sur son lit, l'évêque les distribua au peuple comme bénédictions et aides à leur âme.

Dans peu de temps, les deux servantes de sainte Xénie terminèrent leur vie et on les enterra à côté de leur maîtresse, comme celle-ci l'avait ordonné. Celle qui s'endormit la première, ne parlait jamais de leur maîtresse, mais l'autre révélait tous les secrets, parce que les soeurs et l'évêque l'avaient beaucoup forcée à les dire pour la gloire de Dieu.

Elle leur raconta donc tout en détail: qu'elle était de Rome la glorieuse, fille d'un grand gouverneur, que son nom de baptême était Eusébie, qu'elle avait fui le mariage pour l'amour du Sauveur et qu'elle s'était très sagement donné le nom de Xénie, comment, pour le Christ, son époux, elle s'était rendue étrangère et comment, riche qu'elle était, elle s'était rendue pauvre et avait souffert beaucoup de maux.

En entendant cela, tous ceux qui l'apprirent, s'étonnèrent et leur piété envers la bienheureuse Xénie augmenta.

Peu de temps après, le bienheureux Paul, vraiment inoubliable et digne d'éloges, monta vers le Seigneur, ayant bien fait paître ses brebis raisonnables, de façon à plaire à Dieu, si bien que sa relique fit des miracles.

Il est nécessaire que s'ouvrent les sens, comme les portes de la ville. Mais quand s'ouvrent les sens à ce dont nous avons besoin, il est nécessaire aussi de ne pas permettre qu'entrent en même temps les nations qui veulent la guerre et viennent engager la bataille.

Elie l'Ecdicos

FLEURS DE SAGESSE

cueillies dans l'Écriture Sainte concernant les commandements de Dieu et les saintes vertus, par le bienheureux Païsios Velitchkovsky.

 

Le combat contre le découragement, l'oisiveté et la faiblesse

Lorsque cela t'arrive, occupe ton esprit de la pensée de la mort. Va en pensée à la tombe, pour y voir celui qui est mort depuis quatre jours : comment il noircit et enfle, répand une puanteur intolérable, est mangé par les vers, ayant perdu ses attraits et sa beauté. Puis, regarde ailleurs : là reposent dans la tombe les ossements de personnes jeunes et vieilles, belles et laides et réfléchis : Qui était beau ou laid ? Qui pratiquait le jeûne et la continence ? Qui était ascète et qui négligent ? Et les riches, ont-ils eu quelque profit à avoir le repos et la jouissance dans ce monde ? Souviens-toi ensuite des tourments éternels dont parlent les livres sacrés : le feu de la géhenne, les ténèbres extérieures, les grincements de dents, le fleuve infernal, le ver qui ne dort pas. Et imagine comment les pécheurs crient au secours en pleurant amèrement, et personne ne les délivre. Ils pleurent et se lamentent sur eux-mêmes et personne n'a pitié d'eux. Ils soupirent du fond de leur coeur et personne ne compatit avec eux. Ils implorent de l'aide, se plaignent de leur malheur et personne ne fait attention à eux. Pense comment certaines créatures, chacune en son temps, servent sans faillir le Seigneur leur Créateur. Médite les très glorieux miracles de Dieu qui ont été opérés en ses serviteurs depuis le commencement du monde et surtout la façon dont le Seigneur, s'étant abaissé et ayant souffert pour notre salut, a comblé de dons et sanctifié le genre humain et rends grâces pour tout cela au Dieu Ami de l'homme. Souviens-toi de la vie éternelle à venir, du royaume des Cieux, du repos et de la joie ineffable. Tiens bon, n'abandonne pas la prière de Jésus. Si tu penses à tout cela et médites là-dessus, alors le découragement, l'oisiveté et la faiblesse disparaîtront et ton âme revivra comme ressuscitée des morts, par la grâce du Christ.

 

Instructions pour obtenir la contrition, qui coupe court à toute exaltation de soi à tout orgueil humain et qui transforme l'âme en une fontaine de larmes.

Si tu cherches la contrition, il est doux et très profitable de prendre en considération l'enseignement suivant concernant le départ de ton âme. Pour le moment, ô homme, tu prends plaisir à la beauté, à la séduction, à la gloire et tu passes ton temps à t'affubler de vains ornements, en espérant passer ainsi heure après heure, jour après jour, mois après mois, année après année. O homme, ta vie s'approche sans cesse de sa fin. La vie passe, le temps s'écoule petit à petit; le redoutable tribunal du Seigneur se prépare; le juste Juge s'approche. O homme ! Le jugement est à la porte : attends-toi à un verdict terrible. Le fleuve de feu, brillant, crépitant, résonne et jette de puissantes étincelles. Des tourments effroyables font rage, prêts pour le supplice des pécheurs. O homme ! Travaille, lutte, combats ! Tu ne seras pas averti avant ta mort par un héraut ! La récompense des saints est proche; des couronnes sont préparées pour les justes, le royaume des Cieux s'ouvre pour ceux qui luttent et endurent des afflictions, le repos éternel t'attend, la joie ineffable se prépare pour toi. L'oeil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu et il n'est pas monté au coeur de l'homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui L'aiment. O homme ! As-tu entendu parler des tourments ? Que ne trembles-tu de peur ? As-tu entendu parler de la joie éternelle ? Que ne luttes-tu ? Pourquoi perds-tu ton temps à vivre dans l'agitation et la vanité ? Tu ne retrouveras pas le temps perdu, même si tu le cherchais avec larmes.

O homme ! Même si tu vivais cent ans ou mille ans en ce monde, avec toutes les nourritures et distractions, en t'engraissant comme un veau, en te pavanant, quand la mort, le terme redoutable de cette vie arrivera, toute ta vie aura paru comme un seul jour et toute satisfaction, toute parure disparaîtra sans laisser de trace, aussi vite que se fane la fleur des champs. O homme ! Ta vie, depuis la naissance jusqu'à la maturité et la vieillesse est comme un seul jour, et la fin rapide, soudaine et inattendue. O homme ! Rappelle-toi : Où sont tes aïeuls, tes aïeux, ton père et ta mère, tes frères, tes proches et tes amis chers ?

à suivre