Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 37

MARS 1990

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

SOMMAIRE
NOUVELLES

VISION DE SAINT JEAN DE CRONSTADT

UNE ACTION DE SAINT NECTAIRE

LETTRE A UNE JEUNE FIDELE

MIRACLES DE LA TRES SAINTE ENFANTRICE DE DIEU

SUR LA PRIERE

L'ICONOGRAPHIE BYZANTINE

LES VISONS DES PROPHETES

Voici venu le temps d'oeuvrer pour le Seigneur

devant les portes du jugement tenons-nous donc en jeûnant,
offrons avec nos aumônes nos larmes de componction,
en disant nos péchés sont plus nombreux que les grains de sable en la mer;
Créateur de tous, efface-les
afin que nous obtenions la couronne de l'immortelle condition.
Kontakion du 2e dimanche de Carême
NOUVELLES

Une étape de plus dans ma vie et qui concerne aussi notre mission en France. Dans quelques Jours, je quitte la Grèce afin de me réinstaller en France, cette fois-ci au foyer et à l'hermitage à la fois. La situation financière du foyer s'est stabilisée et réglée, grâce à Dieu,et il s'agit maintenant de continuer et faire vivre le foyer dont l'existence me parait indispensable pour le progrès de notre mission. Je serai aussi bientôt secondé sinon déchargé de notre mission en Allemagne car un prêtre allemand vient de quitter le schisme de Cyprien pour rejoindre notre Synode. Ainsi je pourrai me consacrer entièrement à notre Église en France.

Le 20 décembre 1909 fut baptisé à l'hermitage Philippe Quinta, le frère de Joëlle. Judith de son côté est entrée au monastère de Kératea afin de devenir moniale à la suite de Catherine qui y est postulante depuis deux ans.

Nous venons d'imprimer un écrit de saint Grégoire de Nysse :"Lettre à Olympios",que nous avons envoyé à la plupart des lecteurs. Ceux qui ne l'ont pas reçu ou qui en désirent un exemplaires, le recevront sur simple demande. De même pour le calendrier de 1990 dont nous restent encore quelques exemplaires.

On peut donc, pour me contacter, m'écrire désormais soit à l'hermitage, soit au foyer. Après ma tournée en Allemagne, je serai au foyer pour la semaine Sainte où se réunirons les fidèles pour quelques jours.

Après le décès de Mgr. Lazare, dont nous avons fait écho précèdement, le père Stéphan fut élu higoumène du monastère de la Transfiguration à Kératea. L'inthronisation a eu lieu le 10 février. L'higoumène Stéphan était déjà plusieurs fois en France et est connu de nos fidèles.

L'HIGOUMENE STEPHAN

AVANT SON ELECTION

Je souhaite à tous une sainte Carême et la joie de la résurrection

hm. Cassien

 

 

Il n'a pas encore atteint la simplicité, celui qui a toujours besoin de surveiller la clôture de la tempérance. Car ce n'est pas le parfait, on l'a dit, qui s'exerce à la tempérance, mais celui qui mène encore le combat. Il est semblable à celui qui a une vigne ou un champ non pas au milieu de beaucoup d'autres vignes ou de beaucoup d'autres champs mais quelque part dans un coin. C'est pourquoi cette vigne, ou ce champ, a besoin d'être bien gardée avec une grande vigilance. Personne ne touche à la vigne de celui qui est parvenu à la simplicité : il est comme un roi ou quelque autre prince redouté, qui exerce le pouvoir avec celui-ci, et qui à son seul nom fait trembler de peur les voleurs et les passants tentés de l'attaquer.

Elie l'Ecdicos

Textes prophétiques concernant l'Antichrist
VISION DE SAINT JEAN DE CRONSTADT
(+ Déc. 1908)
Traduit par Judith Pountney

"Soudain, le saint staretz (Séraphin de Sarov) fit trois fois le signe de la croix dans l'air. Et je vis une multitude de cadavres et des rivières de sang. Des anges volaient au-dessus des massacrés et parvenaient avec peine à monter les âmes des chrétiens devant le trône de Dieu. Ils psalmodiaient : "Alléluia". C'était terrible que de voir tout cela. Je pleurai amèrement et je priai. Le staretz me prit la main et dit : "Ne pleure pas. Le Seigneur a jugé cela nécessaire en raison de notre foi tiède et de notre méchanceté. C'est ainsi que cela doit arriver. Notre Seigneur Jésus Christ Lui-même a souffert et a versé son Sang très pur sur la Croix. Ainsi de même, beaucoup seront encore martyrisés pour le Christ : ceux qui refuseront d'accepter la marque de l'Antichrist verseront leur sang et recevront la couronne du martyre".

Ensuite, le staretz pria, puis, tourné vers l'Orient, se signa trois fois et dit : "Ici s'accomplit la prophétie de Daniel. L'ultime abomination de la désolation." Je vis le Temple de Jérusalem et une étoile sur sa coupole. Des millions d'hommes se bousculaient autour du Temple et essayaient de pénétrer à l'intérieur. Je voulus faire le signe de la croix, mais le staretz me saisit la main et me dit encore : "Voici l'abomination de la désolation".

Nous entrâmes dans le Temple rempli d'une multitude de gens. Et voici que je vis un trône au milieu du Temple. Trois rangées de cierges noirs, faits de goudron, brûlaient autour, et sur le trône siégeait le maître du monde, vêtu de pourpre brillant, avec une couronne toute en or, ornée de diamants et d'une étoile.

Je demandai au staretz qui c'était. "C'est l'Antichrist," dit-il. Il était grand, avait les yeux noirs comme du charbon, une longue barbe noire et pointue, le visage dur, rusé et pervers, le nez crochu et il ressemblait à une bête sauvage.

Soudain, l'Antichrist sauta du trône, se dressa de toute sa hauteur, leva la tête tout haut et étendit sa main sur la foule. Les ongles de ses doigts étaient comme des griffes de tigre, et il se mit à mugir de sa voix bestiale : " C'est moi, votre dieu, votre roi et votre gouverneur. Quiconque n'accepte pas ma marque, mourra sur place". Tous tombèrent à genoux, l'adorèrent et acceptèrent la marque sur leur front. Cependant, certains s'avancèrent courageusement devant lui et crièrent tous ensemble d'une voix forte : "Nous sommes chrétiens et nous croyons en notre Seigneur Jésus Christ". Immédiatement, l'épée de l'Antichrist étincela et les têtes des jeunes chrétiens roulèrent par terre, leur sang fut répandu pour la foi en Christ. Ensuite on fit rentrer des adolescents, des femmes et de petits enfants. À cet instant, il s'irrita encore plus et hurla comme une bête féroce : "À mort. Ces chrétiens sont mes ennemis ! Donnez-leur la mort !" Il s'ensuivit immédiatement leur extermination. Des têtes roulèrent sur le sol et dans tout le Temple coula le sang des orthodoxes.

Ensuite, on amena un garçon de dix ans pour qu'il se prosterne. "Jette-toi à genoux !" lui dirent-ils. Mais l'enfant s'approcha du trône de l'Antichrist avec courage : "Je suis chrétien et je crois en notre Seigneur Jésus Christ. Et toi, tu es un démon, le serviteur de Satan; tu es l'Antichrist".

"À mort !" hurla-t-il dans un mugissement terrifiant et bestial. Tous se mirent à genoux devant lui. Alors soudain, des milliers d'éclairs fendirent l'air avec des flèches de feu et frappèrent les serviteurs de l'Antichrist. La plus grande flèche enflammée avait la forme de la Croix et tomba du ciel sur la tête de l'Antichrist. Il remua la main et tomba; sa couronne roula sur le sol et des millions d'oiseaux volèrent et picorèrent les cadavres de ses serviteurs athées.

Alors, je sentis la main du staretz me heurter l'épaule et il me dit : "Continuons notre chemin." Et voici que je vis à nouveau beaucoup de sang : il arrivait jusqu'aux genoux, jusqu'à la taille. Oh, combien de sang chrétien fut versé ! Je me souvins alors des paroles de saint Jean le Théologien dans l'Apocalypse : "Et il en sortit du sang jusqu'au niveau du mors des chevaux" (Ap 14,20). Oh Seigneur, sauve-moi, pécheur ! Une grande peur s'empara de moi. Je n'étais ni vivant ni mort. Alors je vis beaucoup d'anges qui volaient et psalmodiaient : "Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu Sabaoth !" Le staretz priait à genoux. Puis, il se leva et me dit tendrement : "Ne t'afflige pas. Vite, très vite arrivera la fin du monde. Prie Dieu. Il est compatissant envers ses serviteurs"...

 

(Saint Jean de Cronstadt eut cette apparition du staretz Séraphin et la vision dans la nuit du premier janvier 1908.)

 

La vision prophétise que des millions d'hommes adoreront l'Antichrist et peu, très peu vont réagir et confesser le Christ; ceux-ci verseront leur sang pour leur foi.

Mais ne voyons-nous pas cela se passer dès aujourd'hui ? Ne voyons-nous pas que la multitude et les media militent en faveur de la ligne démentielle et antichristique, alors que ceux qui réagissent, luttent et confessent la foi en Christ sont les moins nombreux ? Cela n'est-il pas un "signe des temps", un signe que nous nous trouvons à l'époque de l'Antichrist ?

Que le Dieu de Toute Bonté veuille nous fortifier, nous illuminer et nous protéger de l'égarement de l'Antichrist. Qu'Il veuille nous garder confesseurs jusqu'à la fin et nous rendre dignes de devenir martyrs pour le Christ. Amen.

Les apôtres ont déposé en plénitude la vérité dans l'Église comme dans un riche cellier. Et quiconque le désire puise en elle le breuvage de vie. L'Église est en effet la porte de le vie; tous les autres ne sont que brigands et voleurs. Il faut donc les éviter, mais au contraire chérir tout ce qui touche à l'Église, empoignant la tradition de la vérité.

saint Irénée de Lyon

UNE ACTION DE SAINT NECTAIRE, OU SAINT NECTAIRE EN ACTION

Lors de la fête de saint Ephrem le Syrien, le 28 Janvier, je fus envoyé près de Corinthe,afin de célébrer la Divine Liturgie dans une chapelle champêtre, dédiée à saint Nectaire d'Egine. Cette chapelle appartient actuellement à un de nos fidèles dont j'ai appris l'histoire suivante : Autrefois, la chapelle de saint Nectaire fut construite et appartenait à un certain moine du nom de Théophile, partisan du schisme auxentien. Sous 1'influence de Madeleine, une moniale égarée, supérieure d'un couvent à Kozani, il commençait à traiter saint Nectaire d'hérétique et allait même jusqu'à transformer la chapelle en la dédiant à un autre saint Nectaire, patriarche de Constantinople. Sur les icônes du saint, il enlevait le nom, grattait le visage, et appliquait le nom et le visage de l'autre saint Nectaire. Plusieurs fois averti en songe par saint Nectaire qui le menaçait même de lui enlever la tête, il s'obstinait de plus en plus dans son hagioclasme (briseur de saints). Une femme de Marcopoulos vit en songe saint Nectaire, habillé en moine, et à côté de lui le moine hagioclaste. Le saint lui reprocha seulement : "Pourquoi me traites-tu de la sorte ?" La femme qui connaissait fort bien ce moine lui fit part de son songe, mais il n'y avait aucun moyen de le ramener à de meilleurs sentiments. Et voici sa fin tragique, où saint Nectaire accomplit sa menace.Un jour, en 1978 on trouva le corps du moine écrasé par une voiture et sans tête. Ainsi il fallut l'enterrer décapité

Par hasard, diront les incrédules, mais ce châtiment exemplaire, à la manière d'Ananie et de Saphire dont parlent les Actes des Apôtres (Ac 5,1-11), est une intervention réelle pour celui qui connait la sainteté et le charisme thaumaturge du saint d'Egine.

hm.Cassien

 

Le Fils lui-même n'a pas rougi de laisser au Père la connaissance du jour du jugement. Ne rougissons pas non plus de laisser à Dieu la solution des questions qui nous dépassent.

MIRACLES DE LA TRES SAINTE ENFANTRICE DE DIEU

Texte tiré de "Amartolon sotiria" (Salut des pécheurs), 3e partie.
19e miracle : Le nestorien ressuscité

Dans les localités de la Syrie, il y avait, dans les temps anciens, beaucoup d'ascètes, parce qu'il y faisait chaud et qu'il y était possible de jeûner et de vivre dans le dépouillement et la nudité complets, sans aucune contrainte.

En ce temps-là, vivait, parmi d'autres, un ermite vertueux et saint, du nom de Parthénios, qui avait coutume d'aller souvent au Mont Sinaï, pour vénérer le Saint Buisson, en mémoire du miracle, qui eut lieu à cet endroit, à l'image de la Toujours-Vierge Marie. Il allait aussi jusqu'à la Mer Rouge en psalmodiant le tropaire de saint Jean Damascène : "Dans la Mer Rouge, l'image de l'épouse non-épousée fut représentée jadis..."

Une des nombreuses fois qu'il vint là, il vit un mort étendu sur la plage, et, touché par ce spectacle pitoyable, fit, avec larmes, une ardente prière au Seigneur afin qu'Il vienne au secours de ce mort par l'intercession de notre très sainte Enfantrice de Dieu. Et comme il priait, il vit le mort ressusciter et se prosterner devant lui, disant : "Je te rends grâce, saint de Dieu, car ta grande pitié et ton amour pour Dieu et sa Mère toujours-vierge ne profite pas qu'à toi-même, mais aussi à beaucoup d'autres, qui ont été sauvés de la mort de l'âme, en l'occurence moi, l'indigne."

Parthénios lui dit : "Je te conjure, par le nom de cette Souveraine du monde, de me dire qui tu es et quel profit tu as trouvé."

Celui-ci lui répondit : "Oui, serviteur de Dieu, ce qu'il faut, c'est que cette oeuvre miraculeuse soit prêchée dans le monde entier, ainsi que le prestige exceptionnel de la toujours-vierge Marie, véritablement Mère de Dieu.

Aussi, écoute bien. Moi, j'étais égaré dans l'hérésie du très impie Nestorius, et dès que j'entendais dire le nom de l'Enfantrice de Dieu, je me mettais en colère et m'opposais, disant que c'était une grande iniquité que d'appeler une femme Enfantrice de Dieu.

Il arriva une fois que je voyageais par mer à Jérusalem, et, sur le bateau où je me trouvais, je rencontrai un homme pieux, qui, en apprenant que j'étais nestorien, me conseilla plusieurs fois d'abandonner l'hérésie, mais moi, je m'opposai à lui, voulant démontrer mon opinion comme plus vraie, et ainsi, nous entrâmes dans de grandes discussions, si bien que nous faillîmes nous entre-tuer dans une si grande querelle et même les marins en eurent assez de nous.

D'abord, ils nous séparèrent deux ou trois fois, mais ensuite, voyant que nous ne faisions pas la paix et qu'il n'y avait aucun accord possible entre nous, ils nous eurent peut-être même laissés nous entre-tuer pour ne plus être dérangés. Nous, en nous battant, nous tombâmes dans la mer.

Arrivé au fond, je vis une dame glorieuse et porteuse de lumière qui prit l'autre par la main et dit : 'Puisque tu es mon ami et que tu luttais pour mon nom, moi, je ne te laisse pas te noyer, mais je vais t'emmener vénérer le tombeau de mon Fils, selon ton désir, et, dans trois ans, tu viendras dans son royaume Céleste.'

Pendant qu'elle parlait ainsi, elle le tenait par la main, en restant debout sur la terre sèche, car la mer se retira en arrière, en se déchirant en deux et ne les touchait pas.

Alors, la dame me dit : 'Va, insensé, au châtiment éternel où se trouve ton instructeur, Satan, pour être tourmenté avec l'hérésiarque Nestorius et les autres, qui ne me confessent pas comme véritablement Enfantrice de Dieu, et qui renient la sainte Incarnation de mon Fils."

Ayant dit cela, elle disparut avec l'autre, et j'ignore ce qu'il devint, mais je suppose que, selon sa promesse, elle l'emmena à Jérusalem.

Quant à moi, aussitôt la Vierge partie, la mer me recouvrit, et les démons noirs, prenant mon âme misérable, l'emportèrent en Enfer. Là, je vis une grande multitude, qui, souffrant terriblement, maudissaient Nestorius, la cause de leur châtiment. C'est là que je souffrais, moi aussi, jusqu'à ce moment-ci, où m'apparut cette très glorieuse dame, et me dit : 'Sors de là, par les supplications du serviteur Parthénios, et dis-lui de ne plus faire de prières pour mes ennemis. Et toi, prêche partout l'enfer qui retient les nestoriens."

À l'instant même où j'entendis cela, mon âme retourna dans mon corps. Je te remercie donc, saint de Dieu, et te prie de m'oindre à nouveau, car je renie l'hérésie impure des nestoriens et je confesse la toujours-vierge Marie comme véritable Enfantrice de Dieu, en priant sa miséricorde de m'accepter parmi ses serviteurs, afin que je La serve ma vie durant, inutile et indigne que je suis."

Ayant entendu cette histoire, le juste se réjouit grandement, et, lorsqu'ils furent arrivés ensemble à Jérusalem, ils trouvèrent l'autre fidèle. Partis ensemble au désert, il servirent tous les trois le Seigneur, jusqu'à la fin de leur vie, se conduisant saintement. Aussi furent-ils trouvés dignes de la Béatitude Céleste.

Que cette même Béatitude nous soit octroyée, à nous tous.

L'impassibilité est l'immobilité de l'âme vis-à-vis du mal. Il est impossible de l'atteindre sans la compassion du Christ.

L'intelligence mue par la droiture trouve la vérité. Mais l'intelligence mue par quelque passion la manquera.
Thalassius l'Africain
LETTRE A UNE JEUNE FIDELE

(Le contenu de la lettre suivante répond à des questions qui m'ont déjà été posées par d'autres personnes.)

Ma chère en Christ,

Voici, je tâche de répondre, de mon mieux, à ta lettre.

Je pense que le jeune homme dont tu me parles, m'est connu et il m'a déjà parlé de toi, sans me dire que vous envisagiez de vous marier. Si c'est lui, je pense que ton choix sera heureux.

Maintenant, je te parlerai un peu du mariage et de la vie sexuelle, qui en fait partie.

La vie monastique et le mariage sont tous les deux bénis par l'Église.

La vie monastique est meilleure en elle-même, car elle est déjà la réalité que nous vivrons dans l'autre monde, tandis que le mariage n'en est que la figure, le symbole.

Tel sol aussi est meilleur que tel autre et pourtant certaines plantes viennent mieux dans un sol pauvre. Ce qui compte donc, ce n'est pas ce qui est le mieux en soi, mais ce qui convient le mieux à chaque plante ou à chacun de nous, autrement dit la Volonté de Dieu, car Il veut toujours notre plus grand bonheur.

Il faut voir donc avec discernement et dans l'obéissance, ce que Dieu veut de nous, quand il s'agit d'un choix si important, comme d'ailleurs dans chaque instant de la vie. On peut se décider pour quelque chose de moins idéal pour soi, Dieu ne nous rejettera pas pour autant, et ce n'est pas encore la mort éternelle, bien sûr, mais on progressera moins, comme la fleur, dans un sol qui ne lui convient pas, restera chétive.

Le mariage n'est pas plus difficile que la vie monastique, mais plus compliquée. Le but est toujours le même, c'est-à-dire la vie en Dieu dans la communauté des saints qui est l'Église. Dans le mariage, on choisit de faire ensemble avec son mari le chemin de la vie, de s'entraider et de procréer des enfants, si Dieu en accorde, ou si l'on n'a pas opté pour vivre comme frère et soeur.

Ce que je viens de dire, c'est l'idéal, que l'Église doit enseigner tout en ayant de la condescendance et de la compassion pour nos faiblesses, mais elle n'a pas le droit de faire de concession à cet idéal et d'accepter le péché.

Si dans le mariage on couche ensemble uniquement pour le plaisir, c'est déjà le péché. Ce péché peut s'aggraver par les moyens de contraception ou l'avortement. Peu importe quel moyen de contraception on emploie, c'est l'intention et le but qui comptent. Pour prendre une image : peu importe si je tue quelqu'un avec un couteau ou si je l'étrangle. Le crime peut être plus ou moins grave selon la cruauté, le degré de souffrance de la victime, etc., mais ce sera toujours un meurtre.

L'Église ne rejette pas les gens mariés qui ont des rapports sexuels et qui évitent, d'une manière ou d'une autre, de procréer. Mais on ne les communie que rarement; cela dépend du confesseur.

Un couple qui a mis quelques enfants au monde et qui vit ensuite, d'un commun accord, comme frère et soeur, me semble avoir réussi le mariage, car dans le mariage il faudrait aussi se purifier de ses passions. Comme je l'ai dit, la simple recherche du plaisir est déjà péché, un fruit de la passion. Comme pour la nourriture, si on ne mange que pour le plaisir,c'est de la gourmandise. Par contre, ayant faim, si on mange avec appétit, tout en éprouvant un certain plaisir, ce n'est plus la même chose. Dans ce cas, si on le fait avec action de grâce, le péché me semble évité. Cela vaut aussi bien pour le plaisir dans la vie sexuelle.

Je t'ai dit aussi au début que la vie sexuelle n'est qu'une partie du mariage. Elle n'englobe pas non plus entièrement l'amour entre deux êtres, elle n'est qu'une expression de cet amour. L'amour peut très bien exister sans ce côté sexuel.

En disant tout cela, je ne veux nullement rejeter la sexualité, que Dieu a créée. Je ne vise que la passion qui y est liée par suite du péché : "... et, dans le péché, ma mère m'a enfanté," dit le psalmiste.

On pourrait encore écrire beaucoup de choses là-dessus théoriquement, sans arriver à une solution parfaite, me semble-t-il. La réalité est tout autre et il faut la vivre et résoudre les problèmes au fur et à mesure qu'ils se présentent.

 

Il faut prier en tout temps, dit l'Apôtre,donc en étudiant, en mangeant, en dormant, etc., partout et toujours. Cela est aussi un idéal vers lequel il faut tendre. En disant : prier,l'Apôtre ne parle pas de formes de prière, mais de la prière en tant que telle, dans son essence, ce qui est tout simplement notre vie avec Dieu, notre tension vers Lui. Les formes de prière, la prière de Jésus, les offices, etc., ne font qu'aider et stimuler. Ils ne sont pas la prière même. Évidemment, il faut se servir de ces moyens et de ces formes qui sont plus ou moins parfaits et qu'il faut aussi employer avec discernement, selon le temps, les lieux et l'âge spirituel.

La prière est ce qu'il y a de plus important dans notre vie. Tout le reste doit venir après et doit y contribuer. Si la prière (la vie avec Dieu) vient en seconde place après les études, la réussite dans cette vie, alors les valeurs sont renversées, et le désordre, les difficultés, la maladie, etc., s'installent.

Tu dis que tu n'as pas le temps de prier. Tu as vingt-quatre heures dans la journée. Mais ce sont les passions qui t'en empêchent. Elles détournent le coeur vers ce qu'elles convoitent. Si le coeur est pur, alors la prière ne laissera de place pour rien d'autre. Il faut donc purifier le coeur de ses vices, ce qui va de pair avec la prière. La prière dépend de la pureté du coeur et elle est en même temps le moyen le plus efficace de parvenir à cette pureté.

Ce ne sont pas les choses en elles-mêmes qui nous empêchent de prier et qui amènent les distractions : elles sont neutres. Ce sont nos vices ou nos vertus qui les rendent nuisibles ou profitables. Il ne faut donc accuser que nous-mêmes, notre manque de foi, notre lâcheté, etc...

Pour répondre à ta dernière question de savoir comment aider les autres, eh bien, il faut que nous vivions de plus en plus, c'est-à-dire entièrement, notre foi, et cette qualité de vie agira comme un levain dans la pâte, pour employer une image de l'évangile. Nous devons être ce levain dans le monde et non pas un sel fade. Ensuite, il y a la bonne parole, employée avec discernement, de même que l'exemple, et la Force de Dieu agira à travers notre faiblesse.

Je termine afin de ne pas trop te fatiguer. Ne m'oublie pas dans tes prières et transmets mes amitiés à ta famille.

Que Dieu te garde !

Hiéromoine Cassien

L'un des Pères s'enferma pour quelque temps dans une grotte durant la quarantaine des saints jeûne. Le diable, qui porte toujours envie à ceux qui luttent, emplit toute la cellule de punaises du sol jusqu'à la voûte, l'eau, le pain, et tous les objets, à tel point qu'on ne voyait pas dans la grotte le moindre espace qui n'en fut recouvert. Supportant donc vaillent la tentation, le vieillard dit : «Dussé-je en mourir, je ne sortirai pas avant la sainte Pâque !» La troisième semaine des saints jeûnes, voici qu'il aperçoit dès l'aube une quantité de grosses fourmis arrivant dans la grotte pour détruire les punaises et, s'élançant à l'intérieur comme dans un combat, elles les tuèrent toutes et les emportèrent hors de la grotte Et le vieillard, délivré de la tentation, rendit grâces à Dieu. C'est ainsi qu'il est bien de supporter les tentations, car une fin heureuse vient de toute façon.

SUR LA PRIERE
Texte tiré de "Amartolon sotiria" (Salut des pécheurs)

 

Toute la divine et sainte Écriture du Nouveau et de l'Ancien Testament nous incite beaucoup à la prière et nous prêche sa très-miraculeuse vertu et sa noblesse. Mais laissons ses autres effets et parlons seulement de notre sujet.

C'est essentiellement et universellement par la prière que nous trouvons le soutien dans les tribulations, comme cela apparaît maintes fois. Le Roi-prophète dit que lorsqu'il avait quelque affliction, il criait vers le Seigneur par la prière et Il le délivrait aussitôt, comme on peut le voir dans les psaumes 3, 20, 119 et dans beaucoup d'autres. À propos des Juifs, il dit qu'ils criaient souvent vers le Seigneur et qu'Il les délivrait de leurs tribulations. De même, le roi Manassé, c'est par la prière qu'il a obtenu de Dieu la délivrance et le pardon de ses péchés. Sainte Anne, la mère de la Vierge, Anne, la mère de Samuel, ont été, toutes les deux, délivrées de la stérilité par la prière. Et c'est ce simple remède qu'avaient tous les saints serviteurs de Dieu à leurs maux, parce que la Miséricorde de Dieu ne s'éloigne jamais de la prière du juste, comme Lui-même l'a promis en disant : "Appelle-moi au jour de ta tribulation et Je te délivrerai et tu Me glorifieras."

Comme tous ceux qui traversent une grande et profonde rivière, pour ne pas perdre courage, ne regardent pas les eaux de la rivière, mais en haut vers le ciel, ainsi nous aussi, quand les eaux des afflictions nous entourent - ce qui arrive souvent dans notre vie - n'ayons pas le regard tourné vers les afflictions, mais plutôt, tournons-nous vers le ciel, où est notre salut, implorant en une humble prière la grâce divine et la miséricorde, car c'est du Ciel que nous vient le secours. Et parce que le Seigneur désire que nous courions vers Lui dans les tribulations, Il nous les envoie souvent, pour que les afflictions nous poussent vers Lui; car nous sommes comme les petits enfants, qui, quand il ne leur manque rien et qu'ils n'ont aucun problème, se promènent, insouciants, toute la journée et jouent sans penser à leurs parents, mais quand ils ont faim ou qu'ils tombent et se font mal, alors ils courent vers leurs parents en pleurant pour qu'ils les aident.

Quand on met sur le charbon ardent l'encens, qui représente la prière, le parfum en monte vers le Ciel. De même, la prière née dans le feu des afflictions, se dirige, monte vers le Seigneur, Duquel nous vient le secours. Ne croyez pas que c'est par hasard que les saints Pères nous ont prescrit la prière plus que tout le reste, c'est parce qu'ils en connaissaient la valeur, parce que, comme elle est un moyen et que nous obtenons tous les biens par ce moyen, de même sommes-nous délivrés par elle de tous les maux et malheurs qui nous arrivent.

C'est pour cela aussi que le Maître disait à ses disciples : "Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation". Et encore, parlant des malheurs, qui auront lieu au jour du Jugement, Il dit : "Veillez et priez en tout temps pour vous fortifier, pour supporter les malheurs qui doivent arriver", ce que nous faisons, nous aussi, voulant trouver du secours. Puisque la prière est d'un si grand profit, ne te lasse pas de méditer jour et nuit la loi de Dieu et de prier dans les afflictions.

Si le Seigneur miséricordieux et qui aime ses enfants voit que la guérison du corps t'est profitable, Il te la donnera. Si, par contre, elle procure la perte de ton âme, il vaut mieux pour toi d'être malade dans ton corps que d'être puni éternellement dans les souffrances de l'Enfer.


L'ICONOGRAPHIE BYZANTINE

En parlant d'iconographie byzantine, je n'entends rien d'autre que l'iconographie orthodoxe tout court. Je sais que ce terme est impropre, mais il est plus familier aux gens et s'oppose en même temps à l'iconographie soi-disant classique, qui est aussi considérée à tort, par certains, comme orthodoxe, et qui n'est, en fait, qu'une iconographie décadente, due à l'influence latine. On parle d'ailleurs aussi de la musique byzantine et non de la musique orthodoxe.

Malheureusement, le contenu spirituel de l'icône est ignoré le plus souvent par les fidèles et même par le clergé. Les iconographes, de leur côté, en connaissent bien la technique, mais pas le fondement théologique et se contentent de copier servilement, sans se soucier des erreurs que le modèle peut contenir.

L'iconographie est le domaine le plus ignoré de l'Église et l'influence de l'Occident a fait bien des ravages, aussi bien dans la pratique que dans la théorie. Un piétisme mal éclairé et sans discernement va parfois jusqu'à renverser les valeurs et donne à penser que l'iconographie classique est la vraie et qu'elle est antérieure à l'iconographie byzantine. Il est et il sera laborieux de revenir à la vraie Tradition de l'icône et d'épurer l'iconographie de ce qui n'en fait pas partie. Ce phénomène n'est pas nouveau dans l'Église. On n'a qu'à se rappeler les vieux-croyants en Russie, qui, dans leur piétisme excessif, s'attachaient à des erreurs invétérées, les prenant pour la Tradition. Il est donc du devoir de chacun de lutter pour la pureté de la foi, dont l'icône fait partie.

Certains pensent par ailleurs que l'icône n'a qu'une fonction ornementale, en vue de la décoration des murs. C'est ainsi que l'Occident l'a toujours compris, sans jamais saisir l'essentiel.

D'autres s'imaginent que l'icône est là seulement pour les illettrés, en interprétant faussement les paroles de saint Basile, qui dit que l'icône est pour les illettrés ce qu'est le livre pour ceux qui savent lire. En disant cela, le grand Basile ne veut nullement dire que l'icône est seulement pour les illettrés, les ignorants, c'est-à-dire un ersatz pour l'Écriture. Le même Basile dit aussi que l'icône représente par la forme et la couleur ce que le livre exprime par les syllabes. L'icône est donc au même niveau que l'Écriture, elles se complètent, et si l'illettré ne sait tirer profit que de l'icône, le lettré n'a pas le droit de la mépriser.

Un illettré peut bien remplacer les offices par la prière du coeur (la prière de Jésus). Cela ne rabaisse pas pour autant la valeur de la prière du coeur. Au contraire, elle est même supérieure à la récitation de l'office et du psautier, selon les pères "philocaliques", et heureux celui qui arrive à dépasser la prière multiforme qu'est l'office et fait l'expérience de la prière du coeur, tel le célèbre pèlerin russe.

Maints livres traitent à l'heure actuelle de l'iconographie - c'est un peu la mode - mais les uns se limitent à ses aspects historiques, artistiques ou scientifiques, les autres sont des livres savants écrits par des érudits et compréhensibles seulement par les intellectuels.

De mon côté, je voudrais me borner au contenu spirituel de l'icône et l'exprimer dans des termes simples et clairs. Cela peut déplaire à certains, mais ils n'ont qu'à se rappeler ce que je viens de dire concernant les illettrés.

À l'opposé du piétisme mal éclairé se trouve l'intellectualisme stérile, qui a déjà existé dans l'histoire (voir Évagre et son milieu), et qui est bien plus répandu à notre époque qu'autrefois. Mais rectifier le piétisme borné me semble aussi difficile que de mettre à sa place cet intellectualisme aveugle.

Tout cela n'a servi que d'introduction, en vue de dégager, pour ainsi dire, le terrain.

 

L'icône, expression de la foi

 

Ce que nous croyons, l'icône l'exprime, le représente (le rend réellement présent) par l'art, c'est-à-dire par les couleurs et les formes, selon saint Basile. C'est une forme d'expression comme le chant ou l'Écriture. Sur le plan artistique, elle est toujours plus ou moins parfaite, comme les autres expressions que je viens de mentionner. Mais dans son contenu, elle doit être parfaitement orthodoxe, sinon elle exprimera une croyance erronée, une hérésie. L'icône n'exprime pas seulement la vérité de la foi, mais la rend réellement présente. Dans l'icône se trouve la grâce (autrement dit : les énergies) et la personne représentées. Ce qui distingue cependant l'icône du saint représenté, c'est la nature qui est celle du bois, du métal, des couleurs etc. S'il n'y avait pas de différence de nature, l'icône serait une idole. Du fait qu'elle rend présent même la personne, la place au-dessus de l'Écriture, qui contient uniquement la grâce divine, les énergies comme la sagesse, la vérité, etc.

La présence dans l'icône est réelle tout en étant mystérieuse et c'est une présence autre que celle dans la sainte Communion où précisément la nature du pain et du vin est abolie et où ne reste plus que leur aspect, l'apparence, qui contient la nature et la personne divino-humaines.

C'est à saint Grégoire Palamas que revient le mérite d'avoir su distinguer entre la personne, la nature et les énergies, en traitant de notre communion avec Dieu dans la prière. Cette même théologie avec son vocabulaire peut s'appliquer à d'autres domaines de l'Église, telle l'iconographie.

Si l'icône exprime la foi orthodoxe, cela suppose que l'iconographe possède aussi cette foi, car il ne peut communiquer que ce qu'il a. Il ne suffit pas d'être un peintre habile, de maîtriser la technique, d'avoir des connaissances théoriques, il faut avoir la foi vivante qui nous est donnée dans l'Église lors du baptême, sinon l'icône sera vide de contenu, sans profondeur, pour le dire crûment, une singerie. Cela s'applique également au chantre, au prêtre, au théologien. Ils peuvent parfaitement maîtriser les instruments, mais il leur manquera la vie de la grâce. Par contre, celui qui possède la foi orthodoxe, donc le charisme, même s'il n'est pas un génie, ce qu'il peint, chante ou écrit, est vivant. Celui qui vit la même foi, le saisit, tandis que quelqu'un d'extérieur ne saura juger que d'après ses critères manquant l'essentiel.

L'icône est donc une communion avec Dieu, le monde transfiguré, le paradis céleste. Elle est peinte par et dans l'Église, ce n'est donc que dans l'Église que l'on peut communier parfaitement à son mystère, comme à celui de l'Écriture sainte et de tout le reste. C'est même un monde clos, plus ou moins incompréhensible et contradictoire pour quiconque n'a pas la lumière de la vraie foi et n'a pas crucifié ses sens et sa raison.

à suivre

Voici venu le temps d'oeuvres pour le Seigneur : devant les portes du jugement tenons-nous donc en jeûnant, offrons avec nos aumône- nos larmes de componction, en disant nos péchés sont plus nombreux que les grains de sable en la mer. Créateur de tout, efface-les afin que nous obtenions la couronne de l'immortelle condition

Kontakion du 2e dimanche de Carême

LES VISONS DES PROPHETES

Et le Verbe «parlait à Moïse face à face, comme quelqu'un qui parlerait à son ami». Mais Moïse désira voir à découvert Celui qui lui parlait. Alors il lui fut dit : «Tiens-toi sur le faîte du rocher, et je te couvrirai de ma Main; quand ma Gloire passera, tu me verras par derrière; mais ma face ne sera pas vue de toi, car l'homme ne peut voir ma face et vivre.» Cela signifiait deux choses : que l'homme était impuissant à voir Dieu, et que, néanmoins, grâce à la Sagesse de Dieu, à la fin, l'homme le verrait sur le faîte du rocher, c'est-à-dire dans sa venue comme homme. Voici pourquoi le Verbe s'est entretenu avec Moïse face à face sur le faîte de la montagne, tandis qu'Élie aussi était présent, comme le rapporte l'Évangile : le Verbe s'acquittait ainsi, à la fin, de son antique promesse.

Les prophètes ne voyaient donc pas la face même de Dieu manifestée à découvert, mais des "économies" et des mystères grâce auxquels l'homme verrait Dieu un jour. C'est ainsi qu'il était dit a Élie : "Tu sortiras demain et tu te tiendras devant le Seigneur et voici que le Seigneur passera. Il y aura un vent grand et puissant qui désagrégera les montagnes et fracassera les rochers devant le Seigneur : mais ce n'est pas dans le vent que sera le Seigneur. Après le vent, un tremblement de terre : mais ce n'est pas dans le tremblement de terre que sera le Seigneur. Après le tremblement de terre, un feu : mais ce n'est pas dans le feu que sera le Seigneur. Après le feu le murmure d'une brise légère." Par là, le prophète, qu'avaient violemment courroucé la transgression du peuple et le meurtre des prophètes, apprenait à se modérer. Par là était aussi signifié la Venue du seigneur comme homme, cette Venue qui, après la Loi donnée par Moïse, devait être douce et paisible et en laquelle il ne briserait pas le roseau froissé ni n'éteindrait la mèche encore fumante. Par là aussi était encore montré le doux et pacifique repos de son royaume : car, après le vent qui fracasse les montagnes, après le tremblement de terre, après le feu, viendront les temps calmes et pacifiques de son royaume, en lesquels, en toute tranquillité, l'esprit de Dieu ranimera et fera croire l'homme.

Le cas d'Ézéchiel montre avec plus d'évidence encore que les prophètes voyaient «de façon partielle» les «économies» de Dieu, et non Dieu lui-même de façon intégrale. Car il eut une «vision de Dieu» et il décrivit les chérubins, et leurs roues, et le mystère de toutes leurs évolutions; et il vit au-dessus d'eux « la ressemblance d'un trône» et, sur ce trône, «la ressemblance et comme la forme d'un homme», et ce qui était au-dessus de ses reins était «comme une apparence de métal brillant», et ce qui était au-dessous était «comme une apparence de feu»; et lorsqu'il eut raconté tout le reste de cette vision du trône, de peur qu'on ne s'imaginât qu'il y avait vu Dieu de façon intégrale, il ajouta : «Telle fut la vision de la ressemblance de la gloire du Seigneur.»

Si donc ni Moïse, ni Élie, ni Ézéchiel n'ont vu Dieu, alors qu'ils ont vu bon nombre de choses célestes, et si ce qu'ils voyaient n'était que «ressemblance de la Gloire du Seigneur» et prophétie des choses à venir, il est clair que le Père demeurait invisible, lui dont le Seigneur a dit : «Dieu, personne ne l'a jamais vu.» Cependant son Verbe, de la manière que voulait le Père et pour le profit de ceux qui voyaient, montrait la Gloire du Père et révélait les «économies», ainsi que l'a dit aussi le Seigneur : «Le Dieu seul-engendré, qui est dans le sein du Père, c'est Lui qui l'a révélée. » Et comme le Révélateur du Père, le Verbe, était riche et multiple, ce n'est pas sous une seule forme ni sous un seul aspect qu'Il se faisait voir à ceux qui Le voyaient, mais selon les diverses réalisations de ses «économies». C'est de cette manière qu'il est décrit dans le livre de Daniel : tantôt, en effet, Il se fait voir en la compagnie d'Ananias, d'Azarias et de Misael, se tenait auprès d'eux dans la fournaise et les sauvant du feu : «La vision du quatrième, est-il dit, est semblable à un Fils de Dieu»; tantôt il est «la pierre détachée de la montage sans mains humaines», frappant et balayant les royaumes passagers et remplissant elle-même toute la terre; tantôt encore il apparaît comme un Fils d'homme venant sur les nuées du ciel, s'approchant de l'Ancien des jours et recevant de lui puissance, gloire et règne universels : «Sa puissance, est-il dit, est une puissance éternelle et son royaume ne sera jamais détruit».

saint Irénée de Lyon

(contre les hérésies)