Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 34

MARS 1989

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 SOMMAIRE

NOUVELLES

SUR LE PARADIS

HARD-ROCK : LA DANSE DU DIABLE

VIE DE SAINT COSME D'ÉTOLIE

HOMÉLIE


NOUVELLES

Peu après l'envoi de ce bulletin je partirai de nouveau en tournée, d'abord en Allemagne, ensuite en France. Plaise à Dieu, je quitte la Grèce le Dimanche de l'Orthodoxie, après l'office afin d'être de retour pour le dimanche de Marie l'Egyptienne.

Dimanche passé - le dimanche du Pharisien et du Publicain - fut ordonné prêtre un de nos fidèles de Patras. C'est un homme marié qui a passé la soixantaine. Pour le moment il est en formation à Kératéa, mais je pense qu'en peu de temps il prendra ma place ici et je serai envoyé ailleurs.

J'ai envoyé à une parti des lecteurs le calendrier de 1989. Il me restent encore des exemplaires pour ceux qui en font la demande.

Je vous souhaite déjà une bonne entrée en Carême de même que son fruit, la joie de la résurrection.

Votre en Christ, hm. Cassien

Même si les désirs s'enflamment et les plaisirs impurs, même si la chair excitée danse, même si toute pensée et machination diaboliques nous tentent, nous écraserons tout par la foi et la psalmodie, par la lecture, l'humilité et les autres combats, et par-dessus tout par l'invocation du Nom de Jésus Christ, du Dieu Ami de 1'homme, et notre Sauveur.

saint Nil l'Ascète

SUR LE PARADIS

Le premier livre de l'Écriture - la Genèse - parle de la naissance (= Genesis en grec) de l'humanité dans le paradis et le dernier livre - l'Apocalypse - de sa fin dans la Jérusalem céleste. Ces récits parlent souvent d'une manière symbolique, figurative, imagée et voilée. Il ne faut certainement pas penser que la Jérusalem céleste a douze portes, mesure douze mille stades, etc., c'est-à-dire prendre à la lettre ces paroles de l'Apocalypse et les comprendre matériellement. Non, il s'agit d'une réalité spirituelle exprimée à l'aide d'images matérielles qui nous sont familières. De même, le paradis terrestre n'était pas un endroit de la terre séparé et distinct du reste. Le fait que ce paradis se trouvait entre les quatre fleuves nommés veut dire simplement que c'était l'endroit où nos premiers parents séjournaient, tout en habitant la terre entière. Comme il est écrit d'ailleurs avant : «Qu'il (l'homme) domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre...» (Gen 1,26). Le paradis était moins un endroit qu'un état dans lequel les premières créatures vivaient.

Il me semble qu'il faut entendre de la même façon l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Plusieurs pères l'interprètent comme la faculté sexuelle, la procréation, et je me range volontiers à leur avis. Quand l'Écriture parle des rapports sexuels, elle emploie souvent le terme «connaître». C'est ainsi que l'évangéliste Matthieu dit de Joseph : «...et il prit sa femme avec lui. Mais il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle ait enfanté un fils...» (Mt 1,24-25). Plus loin dans la Genèse, «Adam connut Eve, sa femme; elle conçut et enfanta...» (Gen 4,1).

Aussitôt après la chute, Adam et Eve virent qu'ils étaient nus (Gen 4,1) et Dieu demanda à Adam : «Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger ?» (Gen 3,11). Cela indique donc indirectement que la transgression se rapporte à la vie sexuelle. Cela veut-il dire que le sexe est mauvais ? Tant s'en faut. Dieu n'a rien créé de mauvais et Il n'a pas tendu non plus un piège à l'homme. Le péché consistait en ce que nos parents avaient goûté à l'arbre défendu avant le temps, avant la maturité. Ils étaient purs et sans péché, mais leurs facultés n'étaient pas encore parfaitement unies à Dieu, c'est pour cela qu'il leur fallait un temps d'épreuve.

La procréation par le rapport sexuel était prévue par Dieu pour après la déification de l'homme et non dans le péché. L'Écriture s'exprime à la façon humaine quand elle dit : «Il n'est pas bon que l'homme soit seul; Je lui ferai une aide semblable à lui.» (Gen 2,18). Cela ne veut pas dire que Dieu reconnut une faille dans sa création, mais Il continuait son oeuvre selon son dessein prééternel.

La procréation continuait, après la chute, dans le péché, car le processus de déification ne fut pas seulement arrêté, mais entravé par le péché. Seul le sacrifice du Christ sur la Croix parvint à remettre les choses en place et le sacrement du mariage permet désormais de vivre sacrementalement la vie conjugale, en dehors du péché. Mais j'arrête là, car c'est déjà un autre sujet.

hm. Cassien

Pour fermer la bouche de ceux qui se scandalisent de la jambe de bois de notre diacre le Père Joël (ils feraient mieux de s'occuper de la poudre qu'ils ont dans l'oeil). Voici ce que disent les canons : "Si quelqu'un est borgne ou paralysé d'une jambe, mais digne d'être évêque, qu'il le devienne; car ce n'est pas l'infirmité corporelle qui souille, mais la corruption de l'âme."

77e canon apostolique

HARD-ROCK : LA DANSE DU DIABLE

Les "Hardos" déferlent sur Paris. Les satanisme qu'affichent ces groupes ultra-violents n'est pas que de la provocation. Déviation infernale d'une musique innocente ? Aboutissement logique d'une idéologie de destruction ? Voici les faits.

 

Cet été, deux familles du Nevada traînent le groupe hard-rock Judas Priest (le Prêtre Judas) en justice : après avoir passé la nuit à écouter les chansons du groupe, leurs enfants se sont suicidés. Judas Priest fait l'apologie explicite du suicide, du satanisme et du sadomasochisme. En 1984, le père d'un jeune Américain de dix-neuf ans accusait Ozzy Osbourne, auteur de la chanson «Suicide Solution» : "Mon fils s'est tiré une balle dans la tête après avoir écouté cette chanson." Osbourne fut acquitté. Cet ex-leader du groupe Black Sabbath dont le "credo" est "Killing yourself to die" ( Suicidez-vous) déclare :"Notre auditoire est sous l'emprise d'un pouvoir infernal, c'est ce qui explique notre succès." Osbourne fut initié au satanisme dans le château du sorcier Aleister Crowley. Dans «Suicide Solution » il dit notamment : "Tu te suicides car tu ne peux échapper au maître qui te tient captif. Celui qui écoute cette chanson est prisonnier du Diable" Dans «Romeo et Juliette» du groupe Blue Oyster Cult : "Il y en a 40 000 par jour. Pourquoi ne rejoins-tu pas le nombre, afin d'être libéré toi aussi ?"

Paris accueille en ce moment quelques-uns des groupes les plus violents de hardrock : Iron Maiden, Anthrax, Metallica, Slayer, Scorpions, Trust... La tournée internationale "Monsters of Rock" a fait deux morts et deux blessés graves à Londres en août dernier; trois blessés, une émeute et 21 arrestations en RFA. «La musique rock pénétrant dans de mauvaises oreilles pourrait devenir une incitation au meurtre», soulignait Geoffrey Cannon, critique musical anglais. Dans son best-seller "Do it" (Faites-le), l'anarchiste Jerry Rubin écrit : "Elvis (Presley) a réveillé nos corps, les changeant du tout au tout. Le hard-rock animal qui détient son secret dans le beat énergique (cette répétition de pulsations régulières combinées avec des rythmes syncopés est la base du rock), pénétrait chaudement à l'intérieur de notre corps; le rythme entraînant faisait surgir toutes les passions qui étaient refoulées, retenues (...) Le rock a marqué le début de la révolution"

Mick Jagger, des Rolling Stones, déclare : "Nous travaillons toujours à diriger la pensée et la volonté des personnes, et la plupart des autres groupes en font autant." A Altamont, en 1965, le concert des Stones provoqua une hystérie collective, la mort de plusieurs dizaines de personnes piétinées et trois assassinats. La chanson qui déclencha le massacre se nommait «Sympathy for the devil» (Un penchant pour le Diable). "La musique est une chose spirituelle, confiait Jimmy Hendrix, l'un des pères du hard-rock, en 1969. Nous pouvons hypnotiser les gens avec la musique et lorsque les gens sont rendus à leur point le plus vulnérable, nous pouvons prêcher à leur subconscient tout ce que nous voulons." La même année, comme Jim Morrison et Janis Joplin, il se suicidait.

"5 000 jeunes Américains se sont suicidés ces dernières années après avoir écouté du hard-rock", accuse le père Régimbal, religieux canadien de l'ordre des Trinitaires, spécialiste en psychiatrie criminelle. Il se rendit célèbre malgré lui, il y a quelques années, en révélant que des groupes rock utilisaient dans leurs chansons le BMP ( Backward Masked Process) ou procédé du message masqué et inversé. A la suite des remous qui s'ensuivirent, certains États américains légiférèrent sur l'obligation d'indiquer clairement l'inclusion d'un message subliminal ("en dessous du seuil de la conscience") sur toute cassette, disque ou autre produit audio-visuel .

C'est la chanson "Stairway to heaven" du groupe de Led Zeppelin qui alerta les autorités californiennes. On pouvait y entendre : "Lorsque je regarde vers l'Ouest mon esprit crie pour s'en aller." En passant le disque à l'envers, le message est distinct : "Parce que je sais qu'ils doivent se suicider pour Satan." Sur la pochette, cette inscription : "Par l'écoute du disque, les jeunes sont sous un charme, ils sont dominés, dirigés par des forces occultes, des démons. Cela peut mener à la possession démoniaque." Jimmy Page, leader de Led Zeppelin, a conduit son groupe vers le culte satanique explicite. Robert Plant, le compositeur de "Stairway to heaven", reconnaissait : "Les paroles ont été reçues instantanément; je n'en ai changé aucune, j'en suis très fier. Quelqu'un me les a soufflées, je pense ."

Des textes entiers semblent avoir été obtenus sans travail humain, remarque le Frère Daniel-Ange (1). Des scientifiques ont mis deux ans, sinon plus, à pouvoir fabriquer de tels types de messages sur un maximum de trois mots. Qui alors peut bien réussir à composer à l'envers des phrases complètes et intelligibles ? Techniquement, c'est quasi impossible; y aurait-il interférence des esprits démoniaques, par le biais d'hallucinations, transes ou même possession ? Certains l'ont avoué. Il arrive que des disques soient consacrées à Satan au cours de messes noires."

Led Zeppelin et bien d'autres ne sont que les successeurs de groupes de rock très classiques comme les Beatles, les Rolling Stones, Queen, Eagles, etc, qui ont utilisé couramment le même procédé BMP. Dans la chanson "Révolution number nine" du "Devils white album" (l'album blanc) des Beatles, la phrase continuellement répétée «number nine» donne en sens inversé «Excite-moi sexuellement, - homme mort.» Selon le Père Régimbal, cet homme mort est le Christ. Cet «album blanc» fut d'ailleurs composé en reproduisant un ouvrage de sorcellerie. Sous l'influence d'une de ses chansons, Charles Manson massacra Sharon Tate, enceinte, et ses amis, croyant accomplir les prophéties dictées pour lui par le disque : «J'écoute ce que me dit (ma musique) : lève-toi et tue, disait l'assassin.Je viens faire l'oeuvre du Diable.» Quelques années plus tard, en 1983, la JOC donnait comme "parole de foi" lors de son congrès à La Courneuve : «Toi, tu es un dieu rock'n roll !»

"Dans le rock and roll, les messages transmis d'une façon subliminale ont un contenu très varié, dit le Père Régimbal : la perversion sexuelle sous toutes ses formes, l'appel à la révolte contre l'ordre établi, la suggestion du suicide, l'incitation à la violence et au meurtre, la consécration à Satan." Et d'étayer son assertion par de nombreux exemples (2). Aujourd'hui, nul besoin de messages inversés : les groupes, notamment ceux de hardrock, crient plus qu'ils ne chantent ces appels de mort .

Dans une critique du disque "Purple Rain" du chanteur Prince (qui se dit le "rédempteur christique"), un journaliste spécialisé résume à sa façon l'enjeu eschatologique actuel : "Imaginez deux secondes que Dieu existe vraiment. Dans quelle merde on se met toutes les cinq minutes, non ? D'un autre côté, si on arrivait à être vraiment certain qu'il n'existe pas, qu'aurait-on à foutre de toutes ces éthiques, morales et régimes de vie qu'on s'impose justement au cas où ?" Paradoxalement, ces formations prouvent à contrario l'existence de Dieu en affirmant celle du Diable, être personnel à qui certaines se sont délibérément consacrées.

Après sa conversion au christianisme, Bob Dylan disait à son ami McGuinn : "Il faut croire au Diable. Ce n'est pas une image, un symbole, mais une présence réelle, vivante. Il est là, partout dans le monde. Il peut même prendre le masque d'un homme de paix. Tu vois comme son pouvoir est grand. Le Diable, c'est l'esprit qui a le pouvoir de diviser, de cloisonner, d'enfermer les esprits et les choses. Il dit : «Je suis légion. Je suis l'esprit de multitude, celui qui divise les âmes, brise l'unité, désintègre le parfait amour. Je suis la tentation.» Regarde comme on est divisé à l'intérieur. Toutes les cartes sont brouillées. Les forces de destruction sont à l'oeuvre, ici, en Orient, en Asie, partout. Satan a été vaincu au Calvaire, mais les hommes le vénèrent toujours." (3) "Diabolos" en grec, signifie désunion, division. Certaines musiques et paroles, surtout lorsqu'elles sont consommées à haute dose, peuvent accentuer jusqu'à l'éclatement la division de la personne humaine causée par le péché originel.

Dylan converti : "Le diable n'est pas un symbole"

Aujourd'hui les messages sataniques sont en direct. Dans "Luxure", le groupe français Trust exprime très bien à sa façon comment Satan réalise, pour celui qui a signé son pacte, l'accomplissement des trois concupiscences (chair, puissance, argent), et comment il l'enferme dans une prison de péché sans aucun espoir de salut :

«Ton Dieu t'avait si pieusement édifié

Mais désormais tu te retrouves damné

Tout ce que tu as c'est à moi que tu le dois

Je t'offre la jouissance d'ici-bas (...)

Mon fanatisme et ma rigueur ont fait de toi un dépravé

Je me permets de te juger homme dépourvu de dignité (...)

Et tu désirais des femmes

Et pour toi je les ai courtisées

Puis tu as voulu les posséder

Et tes fantasmes je les ai réalisés

Ton désir de richesse chez toi a engendré

Une suite d'orgies sans te soucier du prix.

Puis tu as obtenu la célébrité

En laissant au rancart tous tes préjugés (...)

Tu es un loup traqué dans sa tanière

Mais cette fois l'agneau t'a roulé

Et les rôles se sont inversés

Faisant de toi un pervers aux abois (...)

Mais désormais tu te retrouves damné."

A Northport, près de New York, une bande de jeunes ayant formé une secte satanique en vient à passer au stade du sacrifice humain au cours d'une nuit de transe : ils torturent l'un d'entre eux et le tuent de 17 coups de couteau. L'un des criminels porte le tee-shirt du groupe hard AC/DC (ce sigle signifiant Antichrist / Death to Christ). Dans sa chanson «Hell's Bell»

AC/DC proclame :

«Satan va t'avoir, tu es jeune encore mais tu vas mourir

Je n'épargnerai aucune vie et personne ne me résiste

Et je t'emmènerai en enfer.»

Autres titres : "Autoroute vers l'enfer", "Rock'n roll damnation" ... Sur le recto d'une pochette du group hard Slayer (Assassin) : un sacrifice humain lors d'une messe noire. Au verso : un chanteur avec le crucifix renversé. "De pair avec une musique ultra-violente, écrit un critique rock, Sleyer a délibérément opté pour des textes sataniques à souhait, renforçant ce parfum bestial et inhumain continuellement dégagé par ces 4 meurtriers en goguette." Steve Marin, manager du groupe, reconnaît : «Chaque membre a étudié le satanisme tellement à fond qu'il représente aujourd'hui une partie vitale de leur existence."

Toujours du groupe Trust, dans «Le Pacte» :

"Renonce à ton Dieu, à ta foi, à ses lois

Verse ton sang et signe en bas

Je te donne ma marque si tu signes mon pacte (...)

Le Sabbat pour moi fut célébré

En l'honneur de mon pacte et du sang versé

Je serai protégé sur dix années

Je serai riche, célèbre et adulé."

Vincent Fournier, fils d'un pasteur protestant de l'Arizona, devint célèbre après s'être consacré à Satan, en échange de quoi il prit le nom de la sorcière Alice Cooper. Après avoir ait l'éloge de toutes les perversions, du transvestisme à la necrophilie, il dut être interné en hôpital psychiatrique quelques années plus tard.

«Des dizaines d'exemples, accuse le frère Daniel-Ange, établissent clairement que les grandes étoiles du rock se sont librement et volontairement consacrées à Satan. De nombreux liens organiques existent entre les sectes sataniques et les groupes rock, les unes manipulant les autres. Les concerts (et les clips vidéo) deviennent l'occasion pour certains de pratiques démoniaques, d'invitations à suivre Satan, à le servir. Des organisations internationales de sorcellerie financent la production de cette musique.»

Du groupe Kiss (Kings In Satan Service) dont la devise est «Notre Dieu c'est Lucifer» : «Le dieu du rock'n roll va voler ton âme virginale.» Dans la chanson «The God of Thunder» :

«Je fus élevé par un démon

Préparé à régner comme «celui qui est» (...)

Et je t'ordonne de te mettre à genoux devant le dieu du tonnerre

Le dieu du rock'n roll.»

Sous le titre «Demoniac» : «Église de l'enfer.»

La mort est un royaume

Prête serment : tu dois tuer (...)

La créature est possédée par le Mal

L'ange de la mort est envoyé pour tuer.»

Dans "At war with Satan" du groupe Venum :

«Sa Majesté Satan siège fièrement

Les cérémonies jouent des scènes de

Blasphèmes, de luxure et de destruction

Violant la sainte Trinité (...)"

La chanson «Pacte de sang» est tout aussi explicite :

«Mets ta confiance en Satan ...)

Octroie-moi ton corps

Je prendrai ton âme

Renonce pour moi à toute religion

Offre-moi un sacrifice

Signe le pacte de sang (...)

Sacrifie-moi ton coeur et ton âme

Tu es à jamais condamné à l'enfer."

Et encore dans "Fight with the Beast" :

"Les chacals détruisent la croix

Damnés sont les mortels qui osent lutter avec la Bête

Une attaque violente contre la foi chrétienne

Les légions de Satan sont en guerre

Remplaçant la croix par la marque de la Bête

Le règne de Jésus est fini

Démons de l'enfer, Armaggedon est ici empêchant la venue du Christ

Abandonnez maintenant votre Dieu

Satan est roi

Les Nazaréens ne se relèveront jamais.»

 

Pour conclure cette liste non exhaustive la chanson "La flamme de l'Antéchrist" :

«L'Église du Christ engendre la haine

Les feux de l'enfer renaîtront (...)

Le prêtre consacré prie en vain

Désormais souffle le vent de la mort.»

Le groupe français «Satan Jokers» sonne la curée :«Tue, tue ! Le prêtre menait la meute... »

Les signes sataniques sont légion sur les pochettes de disque : Croix inversée, étoile dans un cercle, 666, triangle renversé, tête de bouc, etc. Sur celle du groupe Dio, un prêtre en clergyman, en chaîné, est jeté dans les flots par un bouc. Sur celle de Killers (les tueurs) dont le premier «vinyle» s'intitulait «Fils de Haine» produit par Devil's record, le titre «Danger de vie» . Sur une autre du même groupe, un cimetière, des squelettes, une phrase : «Que la main de Dieu s'abatte sur toi et fasse qu'en un moment tu te consumes." La pochette du groupe Sacred Heart représente un bouc cornu dans une boule de cristal portée par deux mains gantées : le trèfle de la trinité satanique et le cercle magique de l'envoûtement. Les maisons de production ne sont pas à la traîne : Death Records, Metal Blade (lame de métal), Hellhammer (marteau de l'enfer), Bonebreaker (Briseur d'os), Tota Death (Mort totale). Dans la revue spécialisée «Enfer Magazin », cette publicité "Nous te voulons" , dit un personnage armes sataniques en main.

Les nouvelles autorités "morales", médiatiques et politiques, se scandalisent devant la nette recrudescence de viols et crimes sadiques touchant notamment le enfants; elles s'étonnent de la progression considérable du nombre de suicide chez les jeunes, première cause de mortalité chez les 20-35 ans, qui précède désormais les accidents de voiture. Mais nulle allusion, dans leurs dénonciations vertueuses, à ces formations, à des chanson comme «I kill children» (Je tue le enfants) du groupe The Dead Kennedy's :

"Dieu m'a dit de t'écorcher vif

Je tue le enfants

J'aime les voir mourir

Je tue le enfants

Je fais pleurer leurs mamans

Je les écrase sous mon auto

Je veux le entendre crier

Leur donner à manger de bonbons empoisonnés (...) »

Dans un magazine rock, cette lettre de lecteur : «(.. Sur le plafond blanc les longues jambe noires de Tina (Tina Turner, l'une de divas du rock) continuaient de battre le tempo, et la voix rauque de crier dans la tête de Jim des incitations au viol.»

Luc Adrian


(1) d. «Troas» du frère Daniel-Ange, Editions Fayard. Annexe I sur "La musique rock : un viol de la conscience ?»

(2) Sur l'etude des messages subliminaux nous renvoyons à l'édition revue et complée de"Le Rock'n Roll, viol de la conscience par les messages subliminaux" de Jean-Paul Régimbal, diffusié par Logos Diffusion, 41600 Nouan le Fuzelier 142 F franco).

Pour toute documentation sur le rock, on peut s'adresser au Centre de Recherche Interdisciplinaire Saint-Luc. Departement musique rock, Casier Postal 517, Succursale Youville, Montreal, Quebec, H2P 2W1, Canada.

La jeune association "Média vérite", issue de l'école d'evangelisation «Jeunesse Lumiere», lance des chaines de priere pour les groupes d'obédience satanique

(60, avenue du Montparnasse

75015 Paris, tel : 45.49.12.64)

(3) Cite par Jean-Paul Bourre dans "Bob Dylan, vivre à plein"

Editions du Cerf.

L'article est tiré de la revue "Famille chrétienne" (n° 562) avec l'autorisation aisable de l'éditeur.

On a dit d'abba Macaire qu'il se trouva une fois dans 1e marais cueillant de palmes; et lorsqu'il les eut réunies pour les lier, un démon vint sur lui, comme un moine faisant semblant d'être en colère et en fureur. il lui : "Macaire, ne lie pas ces palmes jusqu'à ce que tu aies donné ma part." L~ vieillard lui dit : "Viens et ce que tu veux, emporte-le." Le démon lui dit : "Partage-les; donne-m'en une part et prends pour toi 1'autre part." Le vieillard les partagea. Il en fit une part plus grosse que l'autre et il dit au démon : "Prends des deux celle que tu voudras." Et le démon lui dit : "Non,toi tu as eu la peine, prends d'abord du côté que tu voudras." Le vieillard prit la petite partie et aussitôt le démon s'écria : "O violence ! toi, Macaire,j'en ai vaincu un grand nombre, mais toi, tu m'as vaincu. Le vieillard lui dit : "Qui es-tu donc ?" Le démon lui dit : "Je suis 1e démon du lucre." Et le vieillard eut fait une prière, le démon disparut.

VIE DE SAINT COSME D'ÉTOLIE

(Suite)

 

Deuxième période

Elle commence en 1773. Elle est plus fructueuse parce qu'il a l'expérience de la première et que Dieu le soutien davantage par de nombreux miracles.

De Constantinople, en passant par la Thrace et la Macédoine; il se rend au Mont Athos et enfin en Thessalie. Il y visite villes et villages, y compris les repaires des résistants.

A Larissa, il doit affronter l'hostilité des Juif et des gens riches, qui ne l'acceptent pas.

Son activité est vraiment révolutionnaire, car il est le premier à s'être ainsi mis en contact avec le peuple et nation. Il n'hésite pas à pénétrer dans les repaires inaccessibles pour initier les insurgés à la Grande Idée.

De Thessalie, il se rend en Macédoine, en Serbie et à Kozani. Il lutte pour la culture et la langue grecques : que nos enfants apprennent le grec, car notre Église nation sont helléniques. "Il vaut mieux avoir des école dans le pays, dit-il , que des fontaines." Lors de ses périples, il enseigne même l'arboriculture. Il avait dans sa ceinture du chapelet, un couteau et un sécateur. Après la prêche, il montrait aux paysans comment enter et cultiver les arbres. Tout cela par amour, de façon tout à fait désintéressée.

En se dirigeant vers le centre de la Grèce, sur le Kalaritès, il rencontre une femme avec un bébé. Il bénit l'enfant et prophétise : "Cet enfant gouvernera la Grèce et sera glorifié." En effet, cet enfant était Jean Koletis devenu un grand homme politique.

Il arrive à soulever les opprimés à l'insu des oppresseurs.

Son comportement envers les Turcs est très amical; quand il prêche, même les Turcs l'écoutent. Il conseille aux Grecs de bien leur obéir, il leur présente le Turc comme une bénédiction divine. Pour toutes ses missions, il demande aussi bien la bénédiction du patriarche que l'autorisation du gouverneur. Mais dans les villages perdus dans la montagne, il parle librement contre les Turcs : "Antichrist, dit-il, celui que nous avons au dessus de nos têtes. Vous comprenez de qui je parle."

Un jour, comme il prêche à l'ombre d'un arbre, ses yeux clairvoyants aperçoivent des voleurs cachés dans un bosquet écoutant ses paroles. Il s'interrompt et leur dit d'approcher sans crainte pour l'écouter. Ses paroles les amèneront au repentir et ils cesseront leurs activités malhonnêtes. Le saint homme s'emploie à convaincre les hommes à gagner honnêtement leur vie, car à cette époque, beaucoup de gens vivaient du vol et de l'usure. "Soyez heureux, vous qui gagnez votre pain avec votre peine, parce qu'il est béni, et, si vous voulez, partagez-le avec le pauvre, car ce "peu" donné vous fera gagner le paradis."

Il s'appuie sur l'évangile pour envisager le problème de la richesse : Le riche n'est pas propriétaire, mais seulement administrateur du trésor que Dieu lui a donné. Son salut dépend de la façon dont il administre ses biens. Nous devons nous contenter du nécessaire et distribuer le reste aux pauvres. Il parcourt le pays en disant partout : "Comment allez-vous ? Avez vous l'amour parmi vous ? Si vous voulez vous sauver, ne cherche rien d'autre dans le monde que l'amour."

Il mange surtout des légumes, du lait et des oeufs. Été comme hiver, il marche toujours, sans ménager son corps. Il dort très peu. Sans relâche, il conseille, confesse, réunit le notables grecs, les sollicitant pour construire des écoles et nourrir les pauvres. Au bout d'une longue journée de service, il reçoit encore ceux qui désirent le voir. L'espion des Italiens (Benetis) raconte qu'il est parvenu à le voir à une heure du matin. Même après cela, il ne dort pas. Il récite les Complies et l'Office de Minuit. Après cela, on imagine le temps qui lui reste à dormir.

Il ne s'intéresse plus à l'argent. Il dit : "En lisant l'évangile, j'ai compris que le Christ nous dit : Je t'ai donné ma grâce gratuitement, tu la donneras aussi aux autres; enseigne gratuitement, conseille gratuitement, confesse gratuitement et si tu désires de l'argent, même un peu, je te punis et te voue à la damnation." Et aussi : "Je rends grâce à Dieu pour n'avoir ni bourse, ni maison, ni coffre, ni soutane autre que celle que je porte."

Comme salaire, il demande seulement aux fidèles de garder ses paroles dans leur coeur.

Il a conquis les trois vertus ascétiques : la dépossession, la virginité et l'humilité.

Il enseigne : "Le premier fondement est de n'avoir aucune possession. Il faut aussi se consumer dans les jeûnes, les prières, les veilles, les travaux qui mortifient et soumettent le corps, ce loup, cette bête sauvage, ce lion; il faut fuir le monde et surtout les femmes. Si par hasard, tu arrives à une route où d'un côté il y a une femme et de l'autre un diable, passe du côté où se trouve le diable, car lui, tu peux le faire disparaître en faisant le signe de la croix. Vous me direz : Toi qui es moine, pourquoi es-tu en contact avec les laïcs ? Je vous réponds : mes frères, je pèche, moi aussi, mais puisque ma race est plongée dans l'ignorance, je me dis qu'il vaut mieux que Jésus Christ perde une brebis pour en gagner d'autres, et peut-être que Dieu dans sa grande miséricorde me sauvera grâce à vos ardentes prières et supplications."

Au plus haut degré de la vertu et de la sainteté, il se considère comme un grand pécheur, se croit tout petit, car Dieu lui a accordé beaucoup d'opportunités et beaucoup de connaissance : "Je suis, mes frères, un homme pécheur, plus mauvais que vous tous et je ne suis pas digne de vous parler ni même de vous embrasser les pieds." Quelle humilité. Sa vie intérieure le protège de l'orgueil. Il s'accuse : "Je me suis trompé, mes frères. Quand j'étais jeune, je disais : 'Mon âme, fais ce que tu veux, et quand tu auras vieilli, lutte pour te sauver.' Maintenant, j'ai vieilli, mes péchés ont fait pousser des racines et je ne suis plus capable de faire aucun bien. Prenez donc garde de ne pas souffrir comme moi." Et aussi : "Je vous prie, mes frères, de demander pour moi le pardon et la bénédiction de Dieu."

Père Cosme, suivi par des milliers de personnes, va de village en village pour prêcher. Il va à Étolie et à Messolonghi, puis à Naupacte, à Achaïe et par tout le Péloponnèse. L'enthousiasme du peuple est grand : ils le considèrent comme un saint : dix-mille fidèles et quarante prêtres le suivent. Avant d'arriver à une ville ou un village, il prévient les habitants pour qu'ils se préparent par des jeûnes et des confessions. Il leur dit de préparer du blé et du pain. Les gens sortaient tout cela dans la rue et il le distribuait aux fidèles. Quand il entrait dans un village ou une ville, les cloches des églises se mettaient à sonner. Il portait toujours deux grands chandeliers à cent cierges et les gens essayaient de l'approcher pour lui baiser la main, mais ils étaient si nombreux que cela le fatiguait beaucoup : "Vous êtes très polis et vous voulez me baiser la main. Soyez bénis de Dieu, mais si vous me tombez tous dessus, je mourrai. Mais pour ne pas vous chagriner, je vous pris de vous mettre à ma gauche et à ma droite et je vous donnerai ma main. Mais ne la tirez pas l'un vers un côté, l'autre vers l'autre, parce que vous me faites mal aux épaules et je mourrai.

Je ne suis qu'un homme comme vous, pauvre de moi, et non pas un ange. Et ne criez pas tant, car vous me rendez sourd." Il distribuait des cierges à tous, puis on chantait le Canon d'Intercession à la toute sainte Enfantrice de Dieu, puis des dizaines de prêtres faisaient l'onction des malades. Après toute cette préparation, il livrait son enseignement. Il faisait dresser une énorme croix de bois à chaque endroit où il prêchait et la laissait là à son départ pour que les fidèles se souviennent de ses paroles. Ses sermons étaient exemplaires tant par leur contenu que par leur méthode. Après l'analyse du sujet, il se mettait à dialoguer avec les paysans pour leur apprendre ses paroles.

Puis, il faisait le résumé de ses sermons en écrit et le distribuait à son auditoire. Il donnait des croix et des chapelets, des peignes à ceux qui voulaient laisser pousser la barbe, des foulards aux femmes. Il arrivait à les convaincre de ne plus porter de bijoux. Tout cela, il achetait avec l'argent des riches qui le lui avaient donné pour le salut de leur âme. Il a convaincu les riches d'acheter quatre mille baptistères en cuivre et des livres des saints Pères sur la doctrine chrétienne.

Quand on a demandé à un vieillard de 138 ans qui mourait dans un hospice quel était le plus beau moment de sa vie, il a répondu : "C'était lorsqu'on m'a amené près du père Cosme et que je lui aie baisé la main."

L'époque de 1708-1770 est difficile. Les Grecs se réveillent : la Grande Idée a mûri dans leur coeur. Saint Cosme n'est plus suivi par personne. Il court tout seul d'un repaire à l'autre pour encourager les "voleurs" (insurgés réfugiés dans la montagne, vivant de vol aux dépens des Turcs et des gouverneurs grecs soumis. Là ceux-ci) à contre-attaquer l'armée turque. Mais puisque le Père Cosme travaillait en clandestinité, on ne peut suivre son activité. Au moment de la révolte d'Orloff, on le voit au Nord de la Grèce, où il encourage la lutte. Malheureusement cette révolte a échoué. Saint Cosme doit alors partir de là et va à Cephalonie où il reste pendant trois ans. Nombre de prophéties concernant les l9e et le 20e siècles datent de cette époque. Un jour, en passant près d'une jolie maison neuve il s'arrête, la regarde attentivement et dit : "Vous construise des maisons que vous n'habiterez jamais." En effet, les propriétaires sont morts peu après. Les aventures qu'il avait vécues lui donné de l'expérience. Il a compris que les Grecs ne deviendront libres qu' en s'instruisant. Grâce à son oeuvre, la Grèce remplit se d'écoles. "Il ne doit pas exister un seul village sans école, parce qu'à l'école, on apprend ce qu'est Dieu, ce qu'est la Sainte Trinité, ce qu'est la nation. Ce n'est qu'à l'aide des lettres que vous améliorerez votre existence," disait-il. Père Cosme, en tant que prophète, avait prédit qu'un jour, les îles de la Mer Ionienne seraient libérées et feraient beaucoup de progrès dans la civilisation. "Des écoles, sortiront des invention vous ne pouvez imaginer." A Cephalonie, il avait prédit dans un de ses sermons qu'il viendrait un temps où la terre serait ceinte d'un fil et les hommes se parleraient entre eux de Constantinople à Moscou comme d'une chambre à l'autre.

 

Troisième période

 

De Constantinople, centre de l'Orthodoxie, il part commencer son troisième périple. La situation politique est favorable. Il quitte la Ville en 1775 pour se rendre dans la Dodécanèse. On le voit prêcher dans les îles de la Mer Egée puis il retourne à la Sainte Montagne pour y étudier les écrits des saints Pères. Il enseigne dans les monastères et hermitages de la Sainte Montagne. Il visite les villages du Nord de la Grèce et exhorte les femmes à abandonner bijoux et autres futilités. Une

femme qui persistait, malgré les exhortations du père Cosme, à parer de ducats la tête de son enfant, trouva celui-ci mort dans sa chambre un matin. Après cette leçon, les femmes, quand elles voyaient le père Cosme, jetaient leurs bijoux à ses pieds. Les femmes d'Epire ont pris l'habitude - et l'ont conservée jusqu'à nos jours - de porter un foulard blanc, comme saint Cosme leur avait dit, de manière à en couvrir un peu le visage.

Il voulait soulager la condition féminine, idée révolutionnaire pour son époque. Il démontre, en se référant à l'évangile, que la femme n'est pas inférieure à l'homme. Il exhorte les hommes à la tolérance, les femmes à la modestie et à l'humilité .

A Epire ou les Grecs perdent massivement leur foi, il accomplit des miracles, qui touchent aussi les Turcs. Certains d'entre eux voient un jour, à cinq heures du matin, une lumière céleste qui couvre le lieu où le saint était assis. Beaucoup se convertissent à la foi chrétienne.

Il fait des guérisons miraculeuses : un officier turc est guéri par l'eau bénite que lui donne saint Cosme.

A cause de son humilité, il obtient le charisme de lire dans les pensées d'autrui. Un historien écrit : "On voyait des familles divisées se mettre à vivre en bonne entente, des meurtriers pleurer avant de se confesser, des femmes de mauvaise vie renoncer à leur passé, des dames riches offrir leurs bijoux et leur trésor aux églises et aux pauvres, des voleurs et des brigands rendre aux propriétaires ce qu'ils leur avaient volé et toute la population de l'île devenir une seule grande famille."

à suivre

Ce que tu ne sais supporter avec joie,

support-le au moins avec patience.

HOMÉLIE

de saint Jean Chrysostome (suite et fin)

Pour les saints, en effet, honorer Dieu,c'est une récompense suffisante, il n'exigent rien au delà; à celui qu'anime un amour véritable il suffit d'aimer l'être dont il est aimé lui-même; là se bornent ses désirs, il n'est pas à ses yeux de plus belle récompense. Si cela est vrai quand il s'agit de l'homme, combien plus quand il s'agit de Dieu ? Pour rendre cette vérité encore plus évidente, Dieu fit plus que le démon ne demandait; celui-ci avait dit : « Portez la main sur lui; frappez-le lui-même.» Le Seigneur va plus loin et répond : "Je le livre à ta puissance." De même que, dans les luttes corporelles, les athlètes vigoureux et formés par un continuel exercice n'apparaissent pas tels lorsqu'ils sont couverts d'un vêtement tout ruisselant d'huile, mais bien lorsqu'ils s'avancent nus dans l'arène, étonnant les spectateurs et les ravissant par les admirables proportions de leur corps, dont aucun voile ne cache la mâle beauté : de même, lorsque Job était enveloppé de ses richesses, on ignorait ce qu'il était en réalité; mais quand il les eut dépouillées, comme un athlète dépouille ses habits, quand il descendit de la sorte dans la lice de la vertu, tous les spectateurs furent saisis d'admiration à la vue de cet homme, et sur les gradins de l'immortalité les anges eux-mêmes acclamèrent son courage dans le combat, applaudirent à sa victoire. Ainsi que je le disais à l'instant, ses richesses le dérobaient aux regards des hommes; ils ne l'aperçurent que lorsqu'il eut déposé ce manteau pour s'élancer dans l'amphithéâtre de ce monde; ce n'est pas seulement alors la perte de ses biens, c'est sa lutte victorieuse contre la douleur qui fixa sur lui les yeux de la terre et du ciel. Je l'ai dit encore : Dieu ne voulut pas lui-même le frapper, pour que le diable n'eût pas le droit de dire : Vous l'avez épargné, vous ne l'avez pas soumis à d'assez rudes épreuves. C'est au diable lui-même que Dieu donna le pouvoir, et d'anéantir les troupeaux et de torturer la chair du juste. Je compte sur mon champion, tu peux donc lui susciter tels combats que tu voudras.

Bien plus, comme on voit des lutteurs renommés, pleins de confiance dans leur force et dans leur art, ne pas se soustraire aux étreintes de leurs antagonistes, dédaigner l'égalité des chances, se laisser librement saisir par le milieu du corps, afin de remporter un plus glorieux triomphe; ainsi Dieu livra-t-Il le saint aux prises de l'ennemi, dans le but de lui donner une plus brillante couronne, quand il l'aurait vaincu, malgré tous ses désavantages, et couché sur le sol. C'est un or sans mélange; fais-le passer par le creuset, examine-le selon tes désirs et tes caprices; tu n'y trouveras pas de scories.

Mais cette considération ne se borne pas à nous montrer le courage des autres; elle est encore pour nous le sujet d'une grande consolation; car que dit le Sauveur ? "Heureux serez-vous quand les hommes vous maudiront, vous persécuteront et vous accableront d'injustes reproches à cause de moi; réjouissez-vous, tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux; c'est ainsi que leurs pères ont traité les prophètes.»(Mt 5,11-12). Paul, à son tour, console en ces mots les fidèles de Macédoine : «Frères, vous êtes devenus les imitateurs des Églises de Dieu qui sont dans la Judée; car vous avez souffert de la part de vos concitoyens ce qu'elles ont souffert de la part des Juifs.» (I Th 2,14). Il console de même les Hébreux, en leur rappelant que tous les justes ont été jetés dans les fournaises ou dans les lacs; qu'ils ont dû fuir dans les déserts et sur les montagnes, chercher un asile dans les grottes, tourmentés par la faim, vivant dans les angoisses. Or la participation à de semblables souffrances est une consolation pour les pécheurs.

Voulez-vous voir ensuite comment cela nous amène à parler de la résurrection, écoutez le même apôtre : "Si, donnant ma vie, j'ai combattu à Éphèse avec les bêtes féroces, de quoi cela me servira-t-il dans le cas où les morts ne doivent pas ressusciter ?» (I Cor 15,32). Et plus haut : "si nous n'espérons en Jésus Christ que pour cette vie, nous sommes les plus misérables de tous les hommes."( Ibid., 5,19). Nous souffrons ici-bas des douleurs innombrables; en supposant donc qu'il n'y ait pas une autre vie, que peut-on concevoir de plus déplorable que notre destinée ?

Il résulte clairement de là qu'elle n'est pas renfermée dans les étroites limites du présent. C'est dans les tentations que j'en vois la preuve : Dieu ne permettrait jamais que ses serviteurs, après avoir supporté tant de maux, et des maux si terribles, après avoir passé toute leur vie dans les tribulations et dans des périls sans nombre, n'eussent pas ailleurs une compensation surabondante. Si Dieu ne peut tolérer qu'il en soit ainsi, il est indubitable qu'il a

préparé pour l'homme une seconde vie, une vie plus heureuse et plus belle, où Lui-même doit couronner et glorifier à la face de l'univers les généreux athlètes de la vertu. Lors donc que vous verrez le juste dans les tortures, les afflictions, les infirmités, l'indigence et tant d'autres peines qu'on ne saurait énumérer, jusqu'au dernier de ses jours, dites en vous-même : Si la résurrection et le jugement ne devaient pas avoir lieu, Dieu ne souffrirait pas que cet homme qui pour Lui s'est soumis à tant de souffrances, quittât la vie sans avoir joui d'aucun bien. Il est donc évident qu'une nouvelle existence, pleine de gloire et de félicité, attend les justes après celle-ci. Supposez que cela ne fut pas, ni les méchants n'auraient en partage les joies de la terre, ni les bons ne seraient accablés par le malheur. Mais comme il existe un autre monde, où les uns recevront le prix de leurs iniquités et les autres celui de leurs bonnes oeuvres, Dieu permet cette distribution de maux et de biens.

Mais je tâcherai d'en indiquer une autre raison, tirée des saintes Écritures. Et cette raison, la voici. Pour que nous ne prétextions pas, quand nous sommes appelés à pratiquer les mêmes vertus que les saints, qu'ils étaient d'une nature différente, l'un des auteurs sacrés, parlant du grand Elie, s'exprime en ces termes : «Elie était un homme ayant les mêmes passions que nous.» (Jac 5,17). Vous l'entendez, c'est par l'identité des passions qu'il démontre celle de la nature. Ailleurs il est écrit : «Et moi aussi, je suis homme, semblable à vous par mes souffrances.» (Sag 7,1). Même garantie de l'identité de la nature. Par là vous apprendrez de nouveau quels sont ceux qu'on doit regarder comme possédant le vrai bonheur. Entendez encore l'Apôtre : « Jusqu'à cette heure même, nous sommes tourmentés par la faim et par la soif, nus et meurtris de soufflets; nous n'avons ni demeure stable, ni relâche dans nos labeurs. » (I Cor 4,11). Il dit ailleurs : «Celui qu'il aime, le Seigneur le châtie. Il frappe de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfants.» (Heb 12, 6). Si nous comprenons bien ces paroles, ce n'est pas ceux dont la vie s'écoule dans le repos, mais bien ceux qui pour Dieu sont affligés et tourmentés, qui vivent dans la justice et cultivent la piété, que nous louerons et que nous imitons. Voici ce que dit encore un prophète : "Leur main est pleine d'iniquité; leurs filles sont parées, couvertes d'ornements, comme les statues d'un temple; leurs greniers sont remplis et regorgent l'un dans l'autre; leurs troupeaux se multiplient, leurs brebis fécondes sortent en foule; on ne voit ni ruine ni déchirure dans leurs murs; on n'entend pas de cris dans leurs places publiques. Heureux, ont-ils proclamé, le peuple à qui sont tous ces biens.» (Ps 143,11-l5). Et vous prophète, que dites-vous : « Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu.» Non, ce n'est pas celui qui regorge de richesses, mais bien celui qui possède les trésors de la piété, que je béatifie, alors même qu'il aurait mille maux à souffrir.

S'il fallait donner une neuvième raison, je dirais que la tribulation rend plus agréables à Dieu ceux qu'elle éprouve; car «la tribulation produit la patience, la patience rend témoignage, le témoignage rendu donne l'espérance, et l'espérance n'est pas confondue.» (Ro 5,3-5). Vous voyez donc que l'épreuve qui vient de la tribulation nous donne l'espoir des biens à venir, et que vivre dans les afflictions, c'est nourrir des espérances immortelles. Ce n'est donc pas à tort que je le disais, de telles souffrances sont un gage de résurrection et rendent meilleurs ceux qui souffrent. De même, en effet, comme il est dit dans l'Écriture, que l'or est éprouvé dans la fournaise, l'homme juste l'est aussi dans le creuset des humiliations.

Il est même une dixième raison que nous pourrions donner. Et laquelle, me demanderez-vous ? Celle que j'ai déjà plus d'une fois indiquée; c'est que si nous avons encore quelques souillures, là nous en serons purifiés. Le grand patriarche la signalait en disant au mauvais riche : « Lazare a reçu sa part de douleurs sur la terre, et c'est pour cela qu'il est maintenant consolé.» (Lc 16,25). Une autre encore se présente à ma pensée; la voici : C'est pour que notre avenir s'embellisse et que notre récompense soit complétée. Plus les tribulations deviennent intenses, plus augmente le prix que nous sera décerné; il augmente même dans une plus forte proportion. «Les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d'être comparées, dit l'Apôtre, à la gloire qui doit éclater en nous.» (Rom 8,18).

Puisque les peines des saints s'expliquent de tant de manières, ne nous laissons jamais aigrir, ni abattre, ni troubler par les tentations; fortifions nos âmes par l'étude de ces vérités, instruisons-en les autres. Si vous voyez, encore une fois, l'homme vertueux, le disciple de la vraie sagesse, le fidèle serviteur de Dieu, en butte à toute sorte de maux, mon bien-aimé frère, n'en soyez pas scandalisé. Si vous voyez un homme qui s'applique aux oeuvres spirituelles, qui poursuit la réalisation d'une utile entreprise, n'en pouvoir venir à bout, que cela ne vous soit pas non plus un sujet de scandale. J'ai souvent entendu des plaintes comme celles-ci : Tel homme voyageait pour aller au-devant du martyre, il portait tout son argent aux pauvres; et voilà qu'il a fait naufrage et qu'il a tout perdu. Un autre, mû par les mêmes pensées, est tombé dans les mains des voleurs; à peine s'il a sauvé sa vie, sa ruine est complète. Que répondrons-nous à cela ? Qu'il ne faut s'affliger d'aucune de ces choses. Cet homme a fait naufrage, il est vrai; mais certes, rien n'a péri des fruits de sa justice. Il avait réuni tous ses biens, mis tout son argent en réserve; il s'était élancé vers un noble but; son pèlerinage du moins était commencé : en le dépouillant de tout le reste, le naufrage n'a pu lui ravir sa bonne pensée. - Mais pourquoi le Seigneur a-t-il permis que ce malheur arrivât ? - Pour faire éclater la vertu de son serviteur. - Et cependant les pauvres ont été privés de ses richesses. - Vous n'aurez jamais pour les pauvres la même sollicitude que Dieu, dont ils sont les créatures : en les privant de ce secours, il peut leur envoyer, s'Il le veut, des ressources plus abondantes.

Ne Lui demandons pas compte des accidents qu'Il permet; mais rendons-Lui gloire en toutes choses. Ce n'est pas par hasard et sans dessein que ces malheurs arrivent. Sans oublier ceux à qui cet argent devait porter la consolation, tout en se proposant de les secourir par d'autres moyens, il éprouve la vertu du naufragé et lui ménage par là une plus magnifique récompense; car une chose mille fois plus belle que toutes les aumônes qu'on peut distribuer, c'est de rendre grâces à Dieu après de semblables calamités. Ce n'est pas seulement ce que nous donnons aux pauvres, mais encore ce que nous est ravi quand nous supportons ces revers avec courage, qui tourne à notre profit. Il est même aisé de vous montrer que ceci l'emporte sur cela; les épreuves auxquelles Job fut soumis en sont une preuve évidente. Lorsqu'il était en possession de ses biens, il ouvrait sa maison aux pauvres et leur faisait part de toutes ses richesses; et cependant sa gloire n'était pas aussi grande quand il ouvrait ainsi sa maison, que lorsqu'il vit avec une parfaite égalité d'âme que cette maison était renversée. Non, sa gloire n'était pas aussi grande quand de la dépouille de ses brebis il couvrait la nudité des indigents, que lorsqu'il se répandait en actions de grâces à la nouvelle que le feu du ciel avait consumé ses troupeaux. Il s'était montré d'abord l'ami des hommes; puis il se montra l'ami de la sagesse : il avait eu pitié des indigents; il fut après cela plein de reconnaissance envers Dieu. Il ne se dit pas en lui-même : Que signifie donc tout ceci ? Pourquoi vois-je péril ces troupeaux qui me servaient à nourrir tant de pauvres ? Si j'étais moi-même indigne de vivre dans une telle abondance ne devait-elle pas être respectée en faveur de ceux qui la partageaient ?

Rien de semblable ne fut ni sur ses lèvres ni dans sa pensée; il connaissait trop bien celui qui dispose tout pour l'utilité de ses créatures. Vous ne sauriez douter qu'il n'ait infligé, par sa résignation dans la ruine plus que par sa générosité dans l'opulence une sensible défaite au démon; car, pendant que Job faisait l'aumône, le démon avait encore quelque doute sur sa vertu, à tort il est vrai; et néanmoins il pouvait dire avec une apparence de raison : Est-ce gratuitement que Job vous sert ?» Mais après que l'ange des ténèbres eut tout détruit, eut dépouillé de tout le sain patriarche, et que celui-ci témoigna les mêmes sentiments de reconnaissance envers Dieu, la bouche imprudente de l'accusateur demeura fermée, fut réduite au silence; car les épreuves subie n'avaient fait que rehausser la gloire du juste. En effet, et je n saurais assez vous le dire, qu'un homme privé de tous ses bien supporte ce malheur avec courage et même avec reconnaissance c'est quelque chose de plus beau que sa libéralité dans la richesse : son amour remonte des hommes à Dieu, des serviteurs au Maître. Ce n'est pas sans motif que je m'appesantis sur cette considération. Beaucoup, après avoir répandu d'abondantes aumônes, nourri les veuves et les orphelins, ont été dépouillés du nécessaire; les uns ont tout perdu dans un incendie; les autres, dans un naufrage; d'autres encore ont été victimes de la calomnie, poursuivis par la haine : ils sont tombés dans l'indigence, l'infirmité, la maladie; et personne qui leur ait donné quelque secours. N'imitons donc pas ceux qui vont répétant sans cesse : Nul ne sait rien là-dessus; car ce que nous venons de dire suffit pour dissiper ces pénibles incertitudes.

La même plainte revient toujours : Cet homme qui répandait tant d'aumônes a tout perdu. Que signifie cette parole : a tout perdu ? Si pour une telle perte il a rendu grâce à Dieu, Dieu lui prodiguera de plus grands bienfaits; ce n'est pas le double, comme Job, c'est le centuple qu'il recevra dans la vie future. Plus il aura souffert de maux, plus riche sera le trésor de ses biens à venir; car c'est pour l'appeler à de plus vigoureux exercices, à de plus nobles combats, que le Seigneur l'a fait passer de l'abondance à la pénurie. Un feu dévorant a plus d'une fois atteint votre maison et consumé vos biens. Souvenez-vous alors des infortunes de Job. Rendez grâce à Dieu, qui pouvait vous épargner ces épreuves et ne l'a pas voulu; vous obtiendrez de la sorte une récompense aussi grande que si vous aviez tout versé dans les mains des indigents. Vous trouvant dans la détresse, peut-être ressentez-vous le tourment de la faim et courez-vous d'innombrables dangers ? Souvenez-vous de Lazare aux prises avec le dénuement, l'abandon et tant d'autres angoisses; souvenez-vous des apôtres, qui souffraient la faim, la soif, la nudité; souvenez-vous des prophètes, des patriarches et de tous les justes : vous ne les trouverez ni dans la fortune ni dans les plaisirs, mais bien dans l'indigence, les tribulations et les infirmités.

En repassant en vous-même de tels souvenirs, rendez grâce à Dieu de ce qu'Il vous a fait participer à leur sort, non dans sa haine, mais dans son amour. Eux-mêmes n'auraient jamais souffert d'aussi graves peines si le Seigneur ne les avait spécialement aimés; c'est par ce rude chemin qu'Il les conduisait à une gloire plus éclatante. Il n'est rien de meilleur que l'action de grâces, comme il n'est rien de pire que le blasphème. Et ne soyons pas étonnés que les hommes appliqués aux choses spirituelles soient les plus éprouvés. Ce n'est pas dans les lieux où sont renfermés la paille et les roseaux, mais dans ceux où l'or et l'argent abondent, que les voleurs déploient leur vigilance et leur activité; de même le diable s'acharne aux hommes spirituels. Les pièges sont où se trouve la vertu; l'envie marche à côté de l'aumône. Mais nous avons une arme invincible pour repousser toutes les machinations de l'ennemi, c'est de prendre occasion de toutes ses embûches pour rendre grâce à Dieu. Dites-moi, n'est ce pas tandis qu'il immolait les prémices de ses troupeaux qu'Abel périt de la main de son frère ? Ce n'est pas apparemment que Dieu haït celui dont il était honoré, c'est bien plutôt parce qu'il l'aimait : à la couronne méritée par les sacrifices, il voulut ajouter celle du martyre. Pour avoir porté secours à l'opprimé, Moïse courut risque de la vie et fut obligé de s'exiler : Dieu le permit ainsi, pour que vous appreniez à mieux connaître la patience des saints. Si, dans la certitude que nous n'avons à craindre aucun mal, nous abordions les oeuvres spirituelles, nous ne saurions avoir un grand mérite avec une telle sécurité; ce qui rend admirable la conduite de ceux qui les pratiquent c'est qu'ils n'en sont détournés ni par les dangers, ni par les pertes ni par la mort; n'importe de quelles souffrances elle soit accompagnée, aucune crainte n'est capable de refroidir leur ardeur.

Les trois enfants condamnés à la fournaise disaient : «Il est un Dieu au ciel qui peut nous délivrer; et s'Il ne le veut pas, sachez néanmoins, ô roi, que nous n'adorerons pas vos dieux et que nous ne nous prosternerons pas devant la statue d'or que vous avez érigée.» (Dan 3,17-18). Quand vous serez donc au moment d'accomplir un bien pour la gloire de Dieu, ayez, vous aussi, devant les yeux toute sorte de périls et de maux; et si vos prévisions se réalisent, n'en soyez ni surpris ni troublé. «Mon fils, dit l'Ecclésiastique, en entrant au service de Dieu, prépare ton âme à la tentation.» (Ec 2,1). Aucun homme se disposant au combat ne se figure devoir remporter la palme sans blessures. Ni vous non plus, mon bien-aimé, quand vous allez livrer au diable un combat décisif, ne devez chercher une vie exempte de dangers et pleine de délices. Ce n'est pas ici-bas que la récompense et le bonheur vous sont promis, c'est dans la vie future que Dieu vous ouvrira les trésors de la gloire. Lors donc que faisant vous-même un bien, vous en êtes payé par des peines, ou que vous soyez un autre soumis à cette épreuve, livrez-vous aux transports de la joie : c'est là le gage d'une plus belle couronne. Ne vous laissez pas abattre, que votre zèle ne se ralentisse pas, que le découragement ne s'empare pas de votre âme; mais travaillez plutôt avec un redoublement de ferveur.

Si les apôtres, pendant qu'ils accomplissaient leur mission, étaient flagellés, lapidés; si les prisons furent leur demeure ordinaire, ils n'en étaient que plus ardents à faire entendre les oracles de la vérité, non seulement quand le danger n'existait plus, mais au milieu même du danger. Voyez Paul : dans l'ombre des cachots, chargé de fers, il enseigne l'Évangile, il communique la grâce; en face des tribunaux, à la vue du naufrage, dans les périls les plus imminents, il agit de même. Imitez les exemples qui vous sont donnés par les saints, et, tant que vous le pourrez, demeurez ferme dans le bien; ne vous en laissez jamais détourner par les manoeuvres de satan, quelque opiniâtres qu'elles soient. La mer a-t-elle englouti vos trésors, souvenez-vous que Paul allant porter à Rome la parole sainte, mille fois plus précieuse à ses yeux que tous les trésors du monde, fit naufrage et courut beaucoup d'autres dangers. Il le déclare lui-même quand il dit : «J'ai souvent voulu me rendre auprès de vous; mais satan m'en a empêché.» (I Th 2, 18). En effet, pour mieux faire éclater sa Puissance, Dieu a permis que le diable ait suscité mille obstacles à la prédication de l'Évangile, sans pouvoir ni l'amoindrir ni l'interrompre. Voilà pourquoi Paul trouvait en tout un sujet de louanges, sachant que Dieu ne l'éprouvait que pour son bien; les difficultés stimulaient son zèle, au lieu de l'entraver.

Ainsi donc, à chaque déception que nous éprouverons, reprenons avec une nouvelle ardeur nos oeuvres spirituelles. Ne disons pas : Comment le Seigneur a-t-Il permis que j'aie rencontré ces obstacles ? car Il l'a permis pour nous donner une occasion de Lui témoigner plus de zèle et d'amour. Le coeur aimant se reconnaît surtout à ce signe, c'est que jamais il n'abandonne ce qui plaît à l'être aimé. Le serviteur lâche et paresseux se laisse abattre par la première contradiction; mais celui qui est plein de courage et d'activité s'applique d'autant plus aux choses divines qu'il y rencontre plus de difficultés, ne connaissant d'autres bornes que celles de son pouvoir, voyant en tout un sujet de reconnaissance. Voilà comment nous devons agir. Quel trésor que la reconnaissance, quelle incomparable richesse, quel bien précieux, quelle invincible armure ! Le blasphème, au contraire, ne voit que le malheur présent; aux pertes que nous avons essuyées il en ajoute de plus grandes encore. Vous avez donc perdu votre argent ? Ah ! si vous rendez grâce à Dieu, vous gagnez votre âme, vous acquérez des biens infiniment préférables, puisque vous vous conciliez de plus en plus la bienveillance du Seigneur; mais si vous vous livrez au blasphème, outre vos biens temporels vous perdez votre salut; vous ne recouvrez rien, et l'âme que vous possédiez encore, vous la tuez.

Puisque l'enchaînement de mon discours m'a conduit à vous parler du blasphème, je voudrais maintenant vous demander une grâce, qui sera la meilleure récompense de ce même discours : c'est que vous me veniez en aide pour corriger les blasphémateurs, si nombreux dans cette ville. Si, dans les rues ou les places publiques, vous entendez donc quelqu'un blasphémer le saint Nom de Dieu, allez à lui, réprimandez-le; si la parole ne suffit pas, ne craignez pas d'employer des moyens plus énergiques, frappez au visage, meurtrissez cette bouche impie; s'il en est qui vous appellent en jugement et veulent vous amener devant les tribunaux, n'hésitez pas à les suivre; et si le juge menace de vous condamner à quelque peine, dites sans balancer que cet homme a blasphémé contre le Roi des anges. Celui qui blasphème contre les rois de la terre mérite un châtiment; à combien plus forte raison celui qui blasphème contre le Roi des cieux. C'est un crime dont chacun est solidaire, un outrage public; tout le monde peut se porter comme accusateur. Apprenez aux Juifs et aux gentils que les chrétiens sont les gardiens, les protecteurs, les instituteurs de la cité; il faut que les hommes dissolus et pervers en soient également persuadés, qu'ils redoutent les serviteurs de Dieu, si bien qu'aux moment de prononcer des paroles sacrilèges ils regardent autour d'eux et se défient de l'ombre elle-même, de peur qu'il n'y ait là quelque chrétien qui les entende et leur inflige une punition exemplaire.

Ne savez-vous pas ce que fit saint Jean? Il vit un despote, un homme corrompu qui renversait les lois du mariage; et, au milieu même de la cour, il lui dit hardiment en face : «Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de Philippe ton frère.»(Mc 6,18). Ce n'est pas vers un tyran, ou même un juge que je vous envoie; ce n'est pas contre une violation de la sainteté nuptiale, ni contre une injure faite à votre semblable que vous devez vous élever : c'est un outrage fait au Maître de l'univers, que je vous conjure de réprimer chez vos égaux. Si je vous disais : Voilà des rois, des juges prévaricateurs; punissez-les, ramenez-les à la voie droite, n'est-ce pas que vous traiteriez mes paroles de folie ? Et cependant le Précurseur eut ce courage; ce qui vous prouve que cela n'est pas au-dessus de nous. Sachez du moins corriger votre frère, votre égal; et s'il faut s'exposer à la mort pour accomplir ce devoir, ne vous laissez pas arrêter par une telle crainte : comme Jean, vous obtiendrez ainsi la palme du martyre. Il n'eut pas à se détendre de sacrifier aux faux dieux, d'adorer les idoles; c'est pour venger des lois sacrées qu'il donna sa tête. Combattez, vous aussi, combattez jusqu'à la mort pour la vérité, et Dieu combattra pour vous. Ne me répondez pas froidement : Cela n'est pas mon affaire; je n'ai rien de commun avec cet homme. Il n'est que le démon avec qui nous n'ayons rien de commun; quant aux hommes, bien des choses nous sont communes avec eux. Ils ont la même nature que nous, ils habitent la même terre, ils se nourrissent des mêmes aliments, ils ont le même Maître, ils ont reçu les mêmes lois, ils sont appelés aux mêmes biens. Ne disons donc pas que nous n'avons rien de commun avec eux : c'est là une parole satanique; il n'appartient qu'au diable de professer une telle inhumanité. Ne parlons donc pas de la sorte; mais plutôt prodiguons nos soins à nos frères.

Pour moi, c'est avec tout le zèle dont je suis capable, que je vous le dis et que je vous le proteste : si vous tous qui êtes ici présents consentez à vous occuper du salut de vos concitoyens, dans peu cette ville tout entière sera réformée. Il est vrai que vous n'en formez qu'une faible partie; mais, si cette partie est la plus petite par le nombre, elle est supérieure à la plus grande par la piété. Prenons donc en main le salut de nos frères; il suffit d'un homme enflammé du zèle de la foi pour corriger tout un peuple. Quand je vois donc, non pas un homme, ni deux ou trois, mais une si grande multitude d'hommes capables de secouer les indifférents, je suis en droit de dire que c'est à votre défaut d'énergie, et non à votre impuissance, qu'il faut attribuer la perte de tant d'âmes. Quelle étrange inconséquence ! Si nous voyons une rixe s'engager sur la place publique, nous approchons, nous tâchons de séparer les combattants; et que dis-je une rixe ? un âne qui tombe suffit : on s'empresse, on s'efforce de le relever; mais pour un homme qui périt, nous n'en avons aucun souci. Le blasphémateur est un âne; les peines et les contradictions lui sont un trop lourd fardeau; il tombe : allez à lui, relevez-le par la parole et par l'action, par la douceur et la véhémence; ayez recours à des remèdes divers. Si, d'une part, nous disposons bien ce qui nous regarde nous-mêmes, et si, de l'autre, nous avons soin du salut de nos frères, nous ne tarderons pas, en leur faisant goûter nos conseils, à conquérir leur estime et leur affection; et, ce qui est préférable à tout, nous obtiendrons ainsi les biens éternels. Puissent-ils nous échoir en partage, par la grâce et la faveur de notre Seigneur Jésus Christ, par qui et avec qui soient au Père et à l'Esprit saint, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.