Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 32

AVRIL 1988

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 SOMMAIRE

NOUVELLES

BEAUTÉ CACHÉE ET VOILÉE

LA VIE DE SAINT COLOMBAN DE LUXEUIL

HOMÉLIE


NOUVELLES

Voilà enfin le prochain bulletin après des mois de silence. Les nouvelles ne manquent pas cette fois-ci et j'en ai déjà fait part aux fidèles et quelques lecteurs.

Depuis trois mois - exactement depuis le dimanche de Laitages - nous avons pu ouvrir le foyer dont la réalisation nous a coûté tant de luttes et de déceptions.

Lors de l'ouverture, une partie de nos fidèles s'est réunie et nous avons pu célébrer le premier office et passer quelques jours ensemble.

Ce n'est qu'une étape, bien sûr, mais très importante. Des problèmes d'ordre financiers et matériels restent encore à résoudre, mais si Dieu nous a aidé jusqu'à présent, Il saura aussi le faire à l'avenir.

Nous achetons le foyer en location-vente et il nous reste donc à payer les mensualités dans les années à venir. En même temps, il s'agit de réparer et de meubler le tout.

La première réalisation sera la construction d'une crypte au-dessus de la future chapelle, dès que les fonds seront réunis.

En été, plaise à Dieu, nous nous réunirons de nouveau au foyer afin d'y passer les vacances.

Pour ma part, je continue de vivre en Grèce où je suis maintenant curé à Patras tout en m'occupant de notre mission en France. Ainsi je peux aider spirituellement en Grèce et en même temps économiser pour notre foyer. Ce n'est qu'une solution provisoire tant que les circonstances l'exigent.

En même temps je remercie ceux qui ont déjà montré leur générosité ce qui a permis un bon lancement. L'hermitage est provisoirement fermé. Pourtant tout courrier adressé à 1'hermitage m'est expédié en Grèce.

Lors de mon séjour en France, avant le carême de Noël, fut baptisée à l'hermitage, Lucie, la fille de Joëlle Quinta qui suit ainsi de près sa mère sur le chemin de l'Orthodoxie.

Plus récemment fut baptisé par l'archevêque ici en Grèce, Catherine, une fille française.

La présentation du bulletin s'est bien améliorée comme vous voyez. Pour le contenu j'ai fait comme j'ai pu avec le matériel dont je dispose ici. Mes affaires traînent aussi bien ici qu'à l'hermitage et au foyer, mais rarement là où j'ai besoin. (C'est le dynamisme du provisoire pour cité un cacodoxe).

Voici en résumé nos nouvelles qui s'améliorent après cette stagnation apparente qui n'était finalement qu'un temps de maturation, prévu dans l'économie de Dieu pour notre bien.

Christ est ressuscité !
hiéromoine Cassien

Quand on a quitté, non pas son corps ou sa maison, mais soi-même, pour posséder Dieu et que, désormais, Dieu tient lieu de corps, d'âme, de familiers, d'amis et de tout, il est conséquent que la joie ainsi acquise l'emporte sur toute joie humaine et soit proportionnée à la béatitude divine et à cette substitution si avantageuse.

Nicolas Cabasilas

BEAUTÉ CACHÉE ET VOILÉE

Père Basile

suite et fin

La même chose avec l'Écriture sainte. Tôt ou tard, le protestant qui approfondit la chose découvre que «la Bible» n'est en réalité qu'un ensemble de quelques chapitres épars d'un grand chef-d'oeuvre de littérature, mais dont les chapitres manquants qui s'intercalent ne lui permettent pas de reconstituer l'histoire et la revivre ! Il doit avouer qu'il s'agit d'un document, d' un document sacré, certes, mais détaché de l'histoire vécue. Il s'agit d'une lettre provenant et destinée aux membres d'une famille dont lui ne fait pas partie. Ainsi on essaie de serrer le Christ entre les pages de l'Écriture, hélas, dès qu'on ouvre le recueil sacré, c'est pour constater que «le Christ» tel qu'Il y est décrit, n'y est pas. Ainsi on se réfugie dans le social et d'autres activités pour combler le vide, on garde l'étiquette religieuse comme un vestige du passé, et l'on essaie de consoler sa solitude en faisant de l'oecuménisme. N'ayant pas le Christ, on s'unit avec les autres qui ne L'ont pas non plus, au Nom du Christ, mais dans l'Absence du Christ. Ce n'est pas une union, c'est une complicité. L'hérésie repose sur l'orgueil et «l'orgueil ne supporte jamais ce qui est ancien», disent les Pères. Jésus Christ est l'Agneau de Dieu «immolé dès la fondation du monde» dit l'Apocalypse. Ainsi donc l'Église commence avec la fondation du monde. L'Église d'avant la Pentecôte et l'Église d'après la Pentecôte n'est qu'une seule Église, avec un commun Créateur, un commun Rédempteur, un commun Sauveur, un commun Dieu : LE CHRIST. Également dans la période d'avant Christ et la Pentecôte, l'Église d'avant la Loi et l'Église d'après, c'est toujours la même Église. L'apôtre Pierre dit clairement que «jamais» ne fut donné aucun autre nom par lequel nous pouvons être sauvés. Dans l'Ancien Testament orthodoxe le peuple de Dieu est appelé «Église» au moins 96 fois. Dans l'Ancien Testament édité par les Sociétés bibliques protestantes par exemple en français, le terme «Église» n'est jamais mentionné, mais remplacé par «synagogue» ou «assemblée». Il faut aussi noter que la Bible orthodoxe utilise largement le terme «synagogue» et le verbe «assembler». Ainsi donc dans les Bibles protestantes, le terme «Église» n'est qu'une innovation du Nouveau Testament qui concernerait l'Église uniquement dans sa période d'après la Pentecôte. Mais tel n'est pas l'esprit ni la lettre de la Bible authentique, mais le terme «Église» est utilisé pour les deux périodes de l'Église. Une chose aussi à avoir toujours présent à l'esprit, c'est que l'Église de la période vétérotestamentaire existe des siècles entiers avant que Moïse n'écrive la première ligne du Pentateuque, et l'Église de la période néotestamentaire existe des décennies avant qu'une ligne du Nouveau Testament ne soit écrite. Des milliers de chrétiens ont été endormis dans le Seigneur, ou ont subi le martyre par amour pour Lui, sans jamais avoir entendu parler de l'évangile de saint Matthieu, ou des Actes des Apôtres ou de l'Apocalypse ou de n'importe quel autre livre du Nouveau Testament. Pendant des siècles, (jusqu'au concile de Laodicée) l'Église ne connaissait pas le Nouveau Testament sous sa forme actuelle. Des livres entiers du Nouveau Testament ont été perdus à jamais et d'autres, bien que pseudépigraphes, étaient admis pour un certain temps localement d 'ici et là dans l'Église. Ce qui est vrai pour le Nouveau Testament l'est également cour l'Ancien Testament; des livres ont été perdus et d'autres étaient discutés entre les différentes communautés et synagogues juives. Compte tenu de ce qui précède, chaque homme sensé peut comprendre que l'Écriture sainte, soit sous sa forme intégrale de l'édition orthodoxe, soit sous sa forme mutilée de l'édition protestante, ne représente qu'une infime partie de l'histoire de l'Église à travers les siècles. Essayer donc de reconstruire la vie de l'Église, se basant uniquement sur cette source sainte et inspirée de Dieu, mais....fragmentaire, c'est de l'aberration, c'est de la folie pure. C'est la vie de l'Église dans laquelle nous sommes spirituellement engendrés, qui nous a été transmise de père en fils, sans corruption ni aliénation, par la Grâce de Dieu et les promesses qui nous ont été faites, que nous pouvons comprendre, dans la mesure de chacun, et interpréter correctement l'Écriture sainte, qui fut inscrite dans l'Église, par l'Église et pour l'Église ! Séparer la Bible de l'Église, c'est inconcevable pour celui qui fut gardé des préjugés et doté d'un minimum de sens commun. Et si nous consultons cette partie sacrée et fragmentaire de notre patrimoine, avec objectivité et honnêteté, nous constatons que seule l'Église orthodoxe constitue la continuation et le prolongement de l'Église fondée par Jésus Christ «dès la fondation du monde» dans le même esprit, la même discipline, la même force, la même direction et la même espérance. Et si vous voulez vous expérimenter, comparez la Synagogue d'aujourd'hui avec les récits de l'Ancien Testament et bien que logiquement et historiquement ils devaient revivre les pages du récit vétérotestamentaire, vous constaterez qu'il n'y a rien de commun entre les juifs de nos jours et l'esprit sacré et la vie des prophètes. Christ, l'inspirateur de l'Ancien Testament, ayant retiré «son Esprit» ce peuple s'est trouvé séparé de son passé, retranché de son héritage; loin de l'accomplissement de la promesse. La Bible pour la Synagogue est devenue fatalement une pièce d'histoire, quelque chose du passé, mais non une continuité de vie. Vivez par contre la foi chrétienne et orthodoxe et vous vous sentez en intimité avec le patriarche Abraham avec le saint prophète Moïse, avec le prophète Élie et tous les saints d'avant l'Incarnation. Pourquoi ? Parce que nous essayons de vivre comme eux. Nous essayons de les imiter, de vivre comme ils vivaient, de penser comme ils pensaient, d'espérer comme ils espéraient. Commune notre foi, commune notre espérance. En effet, comment en pourrait-il être autrement. Comment Abraham qui avait «vu le jour du Fils de Dieu» pourrait être en harmonie en ce jour avec la Synagogue ? Comment Moïse qui avait jugé «l'opprobre en faveur du Christ» supérieur aux trésors d'Egypte, se mêlerait aujourd'hui aux «sépharades» ou les «ashkénazes» et pas avec nous qu'Il a engendré dans la même foi et la même espérance ? Comment le prophète-roi David qui voyait et entendait «le Seigneur dire à son Seigneur» de s'asseoir à sa Droite, nous ignorerait pour reconnaître ceux qui se sont égarés de ses traces ? Comment le saint prophète Daniel qui voyait «l'Ancien des Jours» devenu «Fils de l'homme» pourrait se contenter du monothéisme unipersonnaliste du judaïsme actuel ? Mais pour ne pas penser que tout ceci n' est que du verbiage et de la littérature, observez les hommes de Dieu à travers tous les siècles, ils sont animés du même esprit, revêtus de la même force, opérant les mêmes oeuvres, que ce soit du temps des apôtres, du temps des prophètes, du temps des pères, ou de nos jours. Où sont les miracles de la synagogue actuelle ? Où sont ses Élie faisant descendre le feu du ciel, ses prophètes ressuscitant les morts ? Soit ils sont devenus rationalistes comme les autres, soit ils étouffent dans un traditionalisme stérile, mélangeant la Tora avec le Talmud ou la Cabale. En effet, le Dieu de l'Ancien Testament est un Dieu qui se révèle et se manifeste. Il a sur la terre «ses saints qui Le glorifient» et que Lui «glorifie en retour». Il revêt ses saints de force et de puissance pour qu'ils opèrent des signes et des prodiges exactement comme les apôtres. Élisée ressuscite un mort et saint Paul ressuscite un mort. David voit le Christ assis à la Droite du Père et st. Étienne voit exactement la même chose. Les saints de l'Ancien Testament Peuvent mettre à mort par leur seule parole ceux qui s'opposent à Dieu, de la même façon que dans les Actes des Apôtres saint Pierre met à mort par sa seule parole ceux qui blasphèment contre le saint Esprit. Les saints de l'Ancien Testament acquièrent de l'audace auprès du trône de la Grâce et constituent une audace pour le peuple et les simples fidèles quand ils se présentent devant leur Dieu. Ils peuvent Lui crier: «Dieu de nos Pères» et même quand ils sont coupables et même quand ils ont apostasié, il leur suffit de se retourner à leur Dieu et Lui demander pardon «à cause d'Abraham ton bien-aimé» et «à cause d'Isaac ton serviteur» et «à cause d'Israël ton saint». Et nous voyons Dieu tenir compte de ces audaces et dans son infinie Bonté condescendre à devenir le débiteur de ses élus et bien que Abraham, David et Jacob soient morts depuis des siècles, les Israélites les avaient comme audace devant Dieu, et Dieu leur pardonnait les pires apostasies «à cause de David mon serviteur» car «J'ai fait serment à David et Je ne m'en repentirai pas».

Et Dieu «Se glorifie dans ses saints» ou, comme dit le psalmiste, «dans l'Église de ses saints» et les prend comme parure et comme escorte et les associe à jamais à son Nom et quand Il appelle de nouveaux serviteurs, Il dit : «Je suis le Dieu de tes pères, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.» Quand Élie devait monter au ciel, son disciple le suivait, le prophète Élisée, et quand ils sont arrivés au Jourdain, Élie frappa les eaux avec son manteau et les eaux se séparèrent et les deux prophètes traversèrent le fleuve, car Élie avait reçu de Dieu une telle force que même les éléments de la nature lui obéissaient. Et Élie fut monté au ciel, et n' était plus sur notre terre mais Élisée a reçu son manteau et retourna à son pays et, arrivant aux bords du Jourdain, il frappa les eaux, tel son maître, mais sans honorer et mentionner son père spirituel et les eaux ne se divisèrent pas. Alors Élisée s'écria : «Où est le Dieu d'Élie ? » et à ce moment, les eaux se divisèrent. Et c'est de l'Ancien Testament que nous avons appris à honorer nos pères et nous prosterner devant eux, comme l'ont fait les prophètes de Jéricho devant ce même prophète Élisée quand ils l'ont rencontré et se prosternèrent devant lui contre la terre. Christ avait mis toute sa Force dans les saints de l'Ancien Testament et ils opéraient les mêmes prodiges et les mêmes miracles qu' il accomplissait Lui-même sur terre, comme Lui ils pouvaient bénir et multiplier les aliments, maîtriser les forces et les éléments de la nature, ils pouvaient fermer les cieux pour qu'il n'y ait point de pluie et à nouveau repousser la sécheresse, ils pouvaient ressusciter les morts. Et quand les saints mouraient, ils éprouvaient la même joie qu'éprouvait saint Paul en disant : «Je désire partir et être avec le Christ». En effet, quand Israël faisait le deuil de ses prophètes, ce n'était parce qu'il croyait que leurs prophètes étaient malheureux ou perdus lors de la mort, mais ils pleuraient leur séparation avec les hommes de Dieu. Mais comme disait Salomon : «Les âmes des justes sont dans la Main du Seigneur» et ailleurs : «Aux yeux du monde ils paraissent comme des morts, mais leur espérance est pleine d'immortalité». Exactement comme notre Seigneur Jésus Christ affirmait aux soeurs de Lazare : «Celui qui croit en Moi ne meurt pas mais il est allé de la mort à la vie». Pour cela, ils n'avaient pas peur de la mort quand p.ex. Antioche l'Épiphane menaçait de mort et de tourments les sept frères Macchabées, il reçut d'eux la réponse : «Nous, à cause de cette souffrance et de cette patience pour la vertu, nous aurons la récompense et nous serons près de Dieu pour Lequel aussi nous souffrons, mais toi en nous assassinant tu recevras par la justice divine le tourment éternel du feu.» Quelle différence avec l'enseignement de notre Seigneur dans les Évangiles ? Et entre eux ils s'édifiaient dans la piété devant le martyr, se disant les uns aux autres : «Consacrons-nous à Dieu de tout nos coeurs, Celui qui nous a donné une âme, et par la Loi gardons nos corps. N'ayons pas peur de celui qui veut mettre à mort le corps, car pour l'âme c'est un grand danger et une grande lutte dans le châtiment éternel de transgresser le commandement de Dieu. Armons-nous donc de la pieuse pensée qui domine les passions. Car si nous mourons de cette façon, Abraham, Isaak et Jacob nous recevront dans leur sein, et tous les pères nous adresseront des louanges». Et sainte Solomonie car de telles paroles exhortait ses enfants en les convaincant de «mourir plutôt que de transgresser le commandement de Dieu, sachant également que ceux qui meurent pour Dieu, ils vivent en Dieu, comme Abraham, Isaac, Jacob et tous les patriarches». Et plus loin : «les fils abrahamiens avec leur mère qui mena le combat, sont en compagnie du choeur des pères ayant reçu des âmes pures et immortelles de la part de Dieu, auquel soit la gloire aux siècles des siècles, amen». Les protestants, surtout ceux qui ne croient pas à la survivance de l'âme, sont furieux contre de telles affirmations de l'Écriture sainte, et ils se sont empressés d'enlever tous les livres de l'Ancien Testament qui les gênaient, en les appelant «pseudépigraphes». O hommes insensés ! La sainte Église utilise tous ces livres depuis les apôtres et même avant, pendant qu'il n'y avait pas encore écrite une ligne du Nouveau Testament, et vos réformateurs sont venus seize siècles plus tard pour dire qu'il ne faut pas les étudier et les croire. Mais supposons, ô hommes sans jugement, que la sainte Église qui utilise ces livres seize siècles après Jésus Christ se trompe, mais qui nous garantit alors que vos réformateurs ne se trompent pas en nous disant de les rejeter ? Qui vous a appris, à vous, ce qui appartient à l'Écriture et ce qui ne lui appartient pas ? Mais même si ces livres ne disaient pas la vérité, dites-nous ce qu'ils disent de plus ou de moins que ce que notre Seigneur affirme dans le saint Évangile ? Alors dans leur folie ils arrivent à taxer de fabulation notre Seigneur Jésus Christ et prétendent que quand notre Seigneur parle de la parabole du riche et de Lazare et du sein d'Abraham, - écoutez, écoutez bien ! - «il utilise une fable répandue pendant son époque.»

Alors, notre Seigneur Jésus Christ perpétuerait des «fables» au lieu de sortir les gens des ténèbres de leur ignorance ? Il dit qu'il y a une âme, quand il n'y en aurait pas. Et qu'il existe un «sein d'Abraham», quand en réalité il n'existerait cas. D'après ces énergumènes, notre Seigneur Jésus Christ serait à court d'arguments, à court de réalités, et aurait besoin des superstitions pour étayer son enseignement. Mais vous, ô illuminés, il faut aussi que vous nous disiez jusqu'où notre Seigneur Jésus Christ aurait poussé la «fabulation» pour que nous sachions ce qui est vrai dans son enseignement et ce qui ne l'est pas. Nous, nous avions appris du Seigneur que «dans ses lèvres, il n'y eu point de fraude». Mais évidemment le protestantisme a comme principe tout ce que son raisonnement n'admet pas, de rejeter. Luther n'aimait pas non plus l'Épître de saint Jacques, car elle le gênait dans ses doctrines, il n'a pas hésité de la considérer comme «une épître de paille». Rien d'étonnant aujourd'hui à ce que ses descendants, gênés par Christ et ses exigences pour lesquelles Il réclame «le iota» même, n'hésitent pas à Le nier, nier sa Naissance ineffable de la sainte Vierge Marie, sa Résurrection après trois jours d'entre les morts, et sa Divinité, tout en continuant à se dire «pasteurs», de «baptiser», «marier», «instruire», «enterrer», «communier» leurs «fidèles.» Mais tout l'Ancien Testament comme tout le Nouveau Testament, bien qu(ils soient, nous répétons, très fragmentaire comme document, car comme dit saint Jean, si toute l'histoire de l'Église était écrite, «le monde n'aurait pas pu contenir les livres écrits», toutefois elle sanctionne toutes nos pratiques, notre foi ainsi que nos usages et coutumes. Comme l'hérésie iconoclaste, le diable avait manigancé de telle façon pour que le protestantisme se présente comme le mouvement purificateur qui, au nom de la plus haute justice et moralité, renverse tout ce que la papauté aurait encore laissé debout. Un des axiomes du droit ancien c'était que «ABUSUS NON TOLLIT USUS» à savoir : l'abus n'enlève pas l'usage. Ainsi pendant que la papauté représentait l'abus, le protestantisme se chargeait de la suppression de l'usage. Ainsi nous nous plaçons devant le drame du christianisme défiguré de l'Occident : Abus sur le sacerdoce et la papauté; suppression du sacerdoce. Abus dans le sacrement de la pénitence et indulgences; suppression de la pénitence. Abus dans les sacrements, suppression des sacrements. Abus sur la personne de la sainte Vierge Marie et mariolâtrie; suppression de la sainte Mère de Dieu. Abus de la Sainte Tradition, abolition de la Tradition et fondation d'une nouvelle religion sur un fragment de la sainte Tradition qui venait d'être abolie, un fragment arbitrairement choisi et taillé a convenance hors de son contexte historique et naturel : LA BIBLE PROTESTANTE qui par ses éditions et traductions arbitraires et tendancieuses, a réussi à déformer à tel point la mentalité des occidentaux, jusqu'à tel point que quand ils se trouvent en présence de la pratique et de la doctrine de l'Église dès le commencement, non seulement cela ne les attire pas, non seulement cela ne leur parle pas, non seulement tout ceci est considéré comme un «sentimentalisme oriental atavique», mais au contraire, cela les irrite, cela les horripile, cela les fait frémir. Le mysticisme protestant ne fait aucune distinction entre «spirituel» et «spiritualiste». Les protestants vous parlent de «Jésus» avec extase, avec délire, avec un tel enthousiasme qui souvent se transforme en hystérie individuelle et collective. Avec le nom de «Jésus», ils peuvent tomber en transe, comme les bouddhistes font avec leur «Krishna». Cette utilisation de la Personne et du Nom du Sauveur, utilisation abusive, non éclairée et sans discernement, les amène dans une grande euphorie, dans une sensation de bonheur, de contentement qu'ils considèrent comme l'état de grâce, de connaissance et de l'illumination. Allez maintenant dans cet état leur parler de pénitence, de contrition, de jeûne , d'humiliation, c'est strictement de l'hébreu et du chinois pour eux. Et l'égarement est grand car cet enthousiasme religieux est dangereux d'autant plus que la personne arrive soit par autosuggestion, soit la nature aidant, soit par stimulation de différents facteurs extérieurs à une norme de vie morale et respectable où elle n'a rien à se reprocher. Se repentir de quoi ? Sa conscience ne l'accuse de rien. On est sauvé. On est avec Jésus, alléluia. Il ne tue pas, il ne vole pas, il ne trompe pas sa femme, il éduque bien ses enfants, il est un élément constructif dans la société où il vit, il aide son prochain. Jeûner ? Pourquoi faire ? Faire des chapelets et des prosternations ? A quoi cela sert ? Si en plus vous leur parlez de la très sainte vierge Marie, des saints, des saintes reliques, soit ils vous regardent de haut avec une infinie condescendance, comme s'ils vous disaient : «Vous en êtes encore là, vous ?» et vous considèrent un peu comme des frères inférieurs et de... «pauvres orientaux», soit au contraire ils se fâchent et s'irritent contre vous et vous accusent, soit d'usurper l'honneur exclusif de «Jésus» et faire partager sa Gloire à d'autres (évidemment tout cela avec l'appui des versets bibliques), soit d'obscurantisme, d'ignorance, d'idolâtrie et vous envoient en enfer. Pour eux, c'est «Jésus» qui compte. Ceux que Jésus aime et glorifie, ils les ignorent, ils ne les intéressent pas, il faut faire abstraction d'eux purement et simplement. «Jésus» n'a que des rapports directs avec eux, peut-être pas d'égal à égal mais... presque. Une fois un jeune homme voulait être engagé dans une entreprise et le directeur de cette entreprise l'a reçu dans son bureau en présence d'autres employés. Le jeune littéralement a ignoré tous les présents, il les a confondus avec les... meubles et par contre il s'évertua à faire de grandes politesses au... «Patron». Le jeune n'arriva pas à comprendre que malgré ses apparentes politesses, le patron considérait comme une insulte personnelle que ce jeune homme ignorât ceux que lui estimait, qui jouissaient de sa confiance, et qui étaient ses collaborateurs depuis de longues années.

Les protestants sont incapables de comprendre que Dieu s'irrite quand nous ne l'appelons pas «Dieu de nos Pères» et ne l'invoquons pas «à cause de David et d'Abraham» et nous nous approchons du trône de la Grâce avec la même audace que ceux auxquels cette audace fut accordée à cause de leur grand amour envers le Maître, et car ils ont accompli scrupuleusement «ses commandements» et «fait sa Volonté» et ils ont été sur la terre «parfaits comme leur Père l'était dans le ciel» et «saints comme leur Père est saint».

Certes, l'euphorie que les protestants ressentent ne prouve strictement rien. La sensation du bonheur est souvent chimérique. Le fou qui croit être le grand Napoléon est heureux et réellement heureux dans l'irréalité de son monde à lui. Les pythagoriciens, les philosophes, les hindous, les sectes abondent en «changements de vie et de conduite», mais qu'est-ce que cela prouve quant à la réalité du Christ ? Le Christ des protestants est très vague et très anémique. Ne leur demandez pas combien de natures Il a et comment Il les a, combien des volontés Il a et comment Il les a. D'après eux, à quoi cela sert, c'est inutile de s'en préoccuper. Inutile de leur expliquer qu'en négligeant la vénération envers la sainte Vierge Marie ou les saints ils préparent 1' apostasie envers le Sauveur, ils ne comprennent rien. Avec la sainte Vierge Marie il se croient d'égal à égal, du quif quif au pareil; ce n'est que «Marie» dont après les Actes des Apôtres la Bible ne fait aucune mention. Car aussi dans leur égarement ils pensent que les livres du Nouveau Testament sont écrits chronologiquement dans l'ordre où ils sont présentés dans les éditions actuelles, «Marie» après la mort de «Jésus» ou plutôt après la Pentecôte est tombée dans l'oubli, elle n'a plus intéressé personne.

Des siècles d'égarement, ils ont perdu la sensibilité d'être attiré par un homme de Dieu, d'être émerveillé par lui, de l'admirer pour la supériorité de son amour pour Dieu, d'avoir le désir de «laver les pieds des saints» comme dit l'Apôtre. De lui reconnaître une prééminence, une audace, une intercession, comme l'Écriture enseigne : «la prière du Juste est puissante». Surtout les protestants qui ne croient pas à la survivance de l'âme présentent un christianisme cadavérique. En Amérique les gens au moment de leur mort se font vider de leur sang et se font garder dans des cercueils frigorifiques avec des testaments spéciaux que dès que la science sera à mesure de guérir le mal dont ils souffraient, on leur remettra du sang, ils vont revivre et être traités médicalement. Ainsi pour ce genre de protestants tous ceux qui sont morts en Christ sont enterrés et n'existent plus, et le Christ règne au milieu des ces millions des cercueils glaciaux, en attendant la résurrection. Ne les interrogez pas au sujet de l'âme, de la personne, de la personnalité, ils n'y comprennent rien. Ne leur citez pas l'Évangile : «Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob», «Dieu est un Dieu des vivants et non des morts», ils vous colleront une interprétation conforme à leur élucubration. Quant aux protestants qui croient à la survivance de l'âme après la mort, la différence avec les précédents n'est qu'intellectuelle, le résultat est du pareil au même. Oui,ils vivent, mais nous ne pouvons rien pour eux et ils ne peuvent rien pour nous. On aurait beau leur dire ce que dit l'Apôtre que «ni la vie ni la mort» ne détruit pas l'amour qui unit les croyants, c'est inutile. Mais nous nous avons reçu de la part de nos pères et l'Écriture nous affirme que nos pères ne nous ont pas menti, que Dieu est un Dieu des vivants, qu'Il honore ses saints et ils sont pour Lui «les fruits de la souffrance de son âme». Il est descendu dans le séjour des morts : ce n'était pas pour y abandonner ses élus, mais ils sont «autour de sa table comme des jeunes rameaux d'olivier portant les fruits de leurs bonnes oeuvres». Ils sont couronnés et «suivent l'Agneau partout où Il va». Certains parmi eux le Seigneur les appela au ciel, sans qu'ils goûtent à la mort comme Énoch, Élie, Jean l'Évangéliste. Même leur corps est précieux devant Dieu. Quand le diable a voulu s'attaquer au corps mort de Moïse, l'archange Michel livra bataille contre lui, et c'est Dieu qui enterre le Prophète Moïse. Moïse et Élie nous les rencontrons de nouveau des siècles après leur disparition de la terre sur le mont Thabor lors de la Transfiguration de notre Sauveur, et les saints apôtres les avaient reconnus. Dans le 4e livre des Rois, nous voyions que Dieu avait sanctifié les ossements du prophète Élisée, car Dieu sanctifie la totalité de notre être et Il n'exclut pas notre corps de cette sanctification, et nous voyons que Dieu ressuscita un mort par les ossements du prophète. L'Écriture nous enseigne de prendre soin de nos morts. Tobie ensevelissait les morts en courant un danger pour sa propre vie, et son Dieu le bénit à cause de cela. Judas Macchabée offrit des sacrifices pour ses soldats qui étaient morts dans la bataille, et Tobie dit de faire des aumônes et de répandre «des pains sur les tombeaux des justes». Le culte de l'Église est spirituel et non spiritualiste. Spirituel ne signifie pas opposition à la matière. Ainsi le culte de l'Église et la manifestation de la Grâce divine souvent se fait à travers des éléments matériels, et le nouveau Testament, ainsi que l'Ancien, abondent d'exemples. Dieu avait béni la piscine de Siloé de sorte que l'ange qui descendait de temps à autre remuait l'eau et celle-ci devenait une source de guérison pour les malades. Par l'eau du Jourdain également Nathan le prophète guérit le Syrien. Les premiers chrétiens disent les Actes des Apôtres se guérissaient en touchant les vêtements et les objets personnels des apôtres, et même Dieu avait placé sa Grâce dans l'ombre même des apôtres comme aujourd'hui dans nos icônes et reliques. C'est par l'Écriture sainte également que l'on peut constater le phénomène de possession diabolique dans l'Ancien et le Nouveau Testament, et l'intervention des saints anges en faveur des croyants qui «introduisent les prières des croyants auprès du Saint». Ainsi toute l'Écriture nous rend témoignage pour le jeûne, les mortifications, l'ascèse, la pénitence. Les prophètes, les apôtres, le Seigneur, les pères tous ont jeûné. Nous n'avons donc rien inventé quoi que ce soit, mais tout nous l'avons reçu de ceux qui nous ont engendrés dans la foi par l'Évangile de notre Seigneur. Terminons le discours avec quelques mots au sujet de la Mère de Dieu, qui tant irrite les protestants. Quand la Toute Sainte arriva chez Élisabeth, sainte Élisabeth bien qu'elle était âgée et que Marie, comme plus jeune, devait normalement lui rendre les honneurs et la visiter, toutefois sainte Élisabeth, remplie de l'Esprit saint, avant que Marie ne lui dise rien, sait qu'elle avait conçu par le saint Esprit et lui dit : «Bénie sois-tu parmi toutes les femmes et béni soit le fruit des tes entrailles» et elle se sent confuse de l'honneur qui lui a été fait : «Comment cela arrive que la Mère de mon Seigneur vienne vers moi», mais aussi l'Enfant dans les entrailles d' Élisabeth tressailli dans le sein de sa Mère lors de l'approche de la Mère de Dieu et entendit la voix de la Vierge par les oreilles de sa mère. Et ensuite la sainte Vierge prédit que toutes les générations l'appelleront bienheureuse ce qui selon le terme grec «makariousi» implique la notion de louange. Comme aussi les traductions modernes ne rendent pas la plénitude du terme original pour «Pleine de grâce» et l'ange lui dit encore qu'elle enfantera le «Fils de Dieu» et le «Fils du Très Haut». Mais les protestants argumentent et disent : «C'est la Mère du Seigneur, pas de Dieu». Comme si Seigneur et Dieu étaient deux choses différentes, et comme si nous pouvions avoir un autre Seigneur que Dieu, ou comme si le Seigneur n'était pas en même temps Dieu comme dit l'apôtre saint Thomas «Mon Seigneur et mon Dieu» comme si Jésus Christ n'avait jamais dit : «Moi et mon Père nous sommes un, et celui qui m'a vu a vu le Père» et comme si le Fils pouvait se séparer du Père.

Il est bon chers frères et soeurs de repenser a ces choses et remercier Dieu,de nous avoir préservés des ténèbres de l'égarement,et qu'il nous rende aussi dignes de son Royaume !

tiré de "La Foi Transmise"

L'homme négligent trouve une occasion de ruine dans le bonheur comme dans le malheur, tandis que la vigilance nous fait également profiter de l'un et de l'autre.Que l'or soit longtemps plongé dans l'eau, rien n'est altéré dans sa nature; qu'il passe par le feu, il n'en sort que plus brillant. Soumettez aux mêmes épreuves le foin ou la boue, celui-là pourrit ou brûle, celle-ci se dissout ou tombe en poussière. Ainsi en est-il du juste et du pécheur : le premier est pur dans le calme comme l'or plongé dans l'eau, et brille d'un plus vif éclat dans la tourmente comme l'or éprouvé par le feu; le second se dissout et se corrompt dans le calme comme la boue et le foin dans l'eau, il se consume et se détruit dans la tentation comme ces mêmes objets dans le feu.

Celui qui ne s'impose aucun sacrifice est toujours languissant et ne tarde pas à tomber dans une léthargie mortelle; celui qui peut, au contraire se rendre le témoignage qu'il a rempli un commandement, un seul, se sentira pénétré d'une noble confiance et s'acheminera plein de zèle à l'accomplissement de ses autres devoirs : de l'un il passera rapidement à l'autre; et toujours ainsi jusqu'a ce qu'il parvienne au sommet de la perfection.
saint Jean Chrysostome

LA VIE DE SAINT COLOMBAN DE LUXEUIL

tiré du Synaxaire ( en 5 volumes)

Nous conseillons vivement ces livres qui sont diffusés par le :
Monastère de st.Antoine le Grand
Fond de Laval
25I90 SAINT LAURENT EN ROYANS

Récemment convertie au christianisme par saint Patrice et ses disciples, l'Irlande connut au 6e siècle une floraison abondante de sainteté : les moines se réunissaient par milliers pour s'offrir au martyre volontaire de l'ascèse dans de grands regroupements monastiques semblables aux vastes concentrations de moines d'Égypte, de Syrie et de Palestine. Leur amour ardent de Dieu lié à un caractère fougueux leur faisait accomplir d'extraordinaires exploits dans la mortification mais attirait aussi sur eux la Grâce de Dieu et le pouvoir d'accomplir des miracles. Ces moines intrépides formaient le coeur de l'Église d'Irlande et contribuèrent grandement à la diffusion et à l'approfondissement de la vie chrétienne dans tout l'Occident d'alors. Parmi eux, la figure la plus attachante est certainement celle de saint Colomban, l'infatigable zélateur des commandements de Dieu.

Né vers 540 dans la province de Leinster, Colomban fut élevé dans l'étude des sciences profanes, fort en honneur parmi les chrétiens irlandais, et montra de grandes capacités. Mais, tourmenté par les ardeurs de la volupté et comprenant la vanité des espoirs terrestres, il alla se mettre sous la conduite d'un saint vieillard qui l'initia à la connaissance des saintes Écritures et à la vie ascétique. Il devint moine ensuite à Bangor, la plus célèbre abbaye d'Irlande, qui comprenait près de trois cents moines, et compléta sa formation monastique sous la conduite de saint Comgal. Vers 590, Colomban ressentit en lui, comme nombre de ses compagnons d'ascèse, un appel particulier de Dieu à quitter sa patrie et les siens pour se soumettre à un exil volontaire et servir à l'évangélisation des peuples étrangers. Il s'embarqua donc pour la Gaule avec douze disciples, comme le Christ, et, guidé par la Providence, partit proclamer l'Évangile et la voie du repentir.

Averti de sa renommée, le roi de Burgondie, Gontran, l'invita dans les Vosges et lui offrit un terrain désert, où fut fondé le monastère d'Annegray. Les vertus de Colomban attirèrent bientôt autour de lui un grand nombre de disciples, qui voulaient, eux aussi, travailler à leur salut par les rudes travaux de l'ascèse. Il fut donc contraint de fonder à proximité un second monastère, Luxeuil; puis, un peu plus tard, un troisième, Fontaine. Le saint se trouvait à la tête de plusieurs centaines de moines. Fixé à Luxeuil, il supervisait ses trois communautés en s'appuyant sur l'autorité d'un prévôt dans chacune d'elle; mais par sa prière, il était le père de chaque moine et son intercesseur auprès de Dieu. Comme dans les laures orientales, l'organisation du monastère restait souple et soumise au caractère charismatique de la paternité spirituelle. On insistait fort sur l'ascèse corporelle, les jeûnes sévères, les fustigations et les séjours dans l'eau glacée pour soumettre le tempérament ardent des moines. Mais le monastère n'était pas seulement un lieu de combats violents contre les passions, il était aussi une image anticipée du ciel, et les moines, semblables aux anges, y célébraient une louange perpétuelle du Seigneur de Gloire. Colomban avait organisé la vie de ses trois communautés de manière à ce que les moines célèbrent sans cesse, nuit et jour, l'office divin, en se relayant par groupes (Laus perennis). (Cet usage se trouvait aussi au fameux monastère des Acémètes à Constantinople et connut une grande diffusion dans de nombreux monastères d'Occident au Moyen-âge). On observait ainsi à la lettre la recommandation de l'Apôtre : «Priez sans cesse !» (1 Th 5,17).

Au bout de vingt ans cependant, Colomban fut chassé de Luxeuil sur l'ordre du roi Thierry, sollicité par sa grand-mère Brunehaut, dont il avait condamné énergiquement les dérèglements moraux. Il fut conduit jusqu'à Nantes pour prendre la route de l'Irlande. Mais, par la Volonté de Dieu, le navire sur lequel il s'était embarqué fut repoussé vers la côte. Le saint moine rentra donc en France et poursuivit sa sainte pérégrination, en marquant de son influence de nombreuses fondations monastiques. Il prit ensuite le chemin de Rome par la Germanie et prêcha l'Évangile aux peuples barbares qui habitaient sur les rives du lac de Constance. Il continuait aussi d'instruire ses disciples de Luxeuil et d'ailleurs par ses écrits; mais, poursuivi par la rancune de Thierry, il dut reprendre son périple vers l'Italie et s'établit en 612 au monastère de Bobbio dans l'Apennin, où il s'illustra dans ses combats contre l'arianisme jusqu'à son bienheureux trépas, en 615.

Par les prières de tes saints, Seigneur Jésus Christ, aie pitié de nous. Amen

HOMÉLIE

de saint Jean Chrysostome sur ces paroles de saint Paul à Timothée :

«Use d'un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquentes infirmités.» ( I Tim 5,23 )

Vous venez d'entendre la voix de l'Apôtre, cette trompette, descendue des cieux, cette lyre du monde spirituel. Comme la trompette, en effet, elle a des sons terribles et guerriers, elle frappe les ennemis d'épouvante, ranime dans l'armée fidèle les esprits abattus, remplit de confiance, les soldats courageux et les rend invincibles au démon; comme la lyre, elle répand la joie dans les coeurs, assoupit les maladies de l'âme en dissipant les mauvaises pensées, nous donne avec une égale abondance force et suavité. L'avez-vous entendu tout à l'heure, ce divin Paul, parlant à Timothée sur les sujets les plus divers et les plus nécessaires ? Touchant l'imposition des mains, voici ce qu'il lui dit dans sa lettre : « Ne vous hâtez d'imposer les mains à personne, et ne participez pas aux péchés d'autrui. » (I Tim 29,11) signale ensuite le danger qu'entraîne une telle prévarication, en montrant qu'on encourt le châtiment mérité par les crimes des autres, quand on confère à des indignes la puissance sacrée. Aussitôt il ajoute : «Use d'un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes défaillances.» (Ibid., 23,) Il nous entretient encore aujourd'hui et de la soumission qui doit régner dans une famille, et de la folie des hommes attachés à l'argent, et de l'aveuglement où les riches sont plongés, et de beaucoup d'autres choses.

Comme il nous est impossible de parcourir tous ces sujet, dites-moi quel est celui que nous devons proposer à votre charité, traiter dans ce discours ? Telle qu'une prairie, cette lecture offre à mes yeux mille fleurs différentes; j'y vois beaucoup de roses et de violettes, et des lis non moins nombreux : partout, sous des formes variées, les fruits abondants de l'esprit, de tout coté s'exhalent les plus suaves odeurs; non ! ce n'est pas seulement une prairie, c'est un paradis que la lecture de nos divins livres ! Ses fleurs ne se bornent pas à donner un parfum qui flatte simplement l'odorat; elles produisent un fruit capable de nourrir l'âme. Quel est donc celui des sujets indiqués dont vous désirez que nous fassions l'exposition en votre présence ? Voulez-vous le moins élevé de tous et le plus accessible à l'intelligence ? Pour moi, je le préfère; et, si je ne me trompe, vous le préférez aussi. Or quel est en réalité le plus facile, le mieux à la portée de notre esprit et de notre parole ? n'est-ce pas celui-ci : «Use d'un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes défaillances.» Eh bien, que tout notre discours roule sur ce texte de l'Apôtre. Que ce ne soit néanmoins ni pour rechercher les louanges, ni pour étaler une vaine force dans l'art de discourir; nous ne parlons pas de nous-même, mais suivant que nous sommes favorise du souffle de l'Esprit. Que ce soit pour exciter jusqu'aux plus nonchalants de nos auditeurs, vous faire voir quel riche trésor est renfermé dans les Écritures et vous persuader qu'on ne saurait passer à côté sans prévarication et sans danger.

Si cette parole simple et facile, cet enseignement que le grand nombre juge de peu d'importance, nous apparaît comme une source intarissable de richesses et nous ouvre l'accès à la plus haute philosophie, qu'en sera-t-il de la doctrine qui puise largement au sein de la vérité comme dans son propre domaine ? de quels trésors infinis ne comblera-t-elle pas ceux qui lui prêtent une oreille attentive ? Ne négligeons pas les choses même réputées les moins importantes; car elles aussi proviennent de la grâce de l'Esprit. Or la grâce de l'Esprit n'est jamais ni petite ni méprisable; elle est, au contraire, pleine de grandeur, toujours admirable et digne de la libéralité de celui qui la donne. N'écoutons donc pas avec indifférence. Les hommes qui traitent le minerai et le soumettent à l'action du feu, ne se contentent pas d'en retirer l'or qui forme des masses considérables, mais recueillent encore avec beaucoup de soin les plus petites parcelles. Puis donc que nous aussi nous extrayons l'or des mines apostoliques, pour le jeter, non dans la fournaise, mais dans le creuset de nos pensées, employant à cet effet, non une flamme matérielle, mais un feu spirituel, recueillons-en les précieux filons avec tout le soin dont nous serons capables. Petit est le discours, mais grande est la puissance. Ce n'est pas de leur masse que les pierres précieuses tirent leur valeur, mais bien de la beauté de leur substance : il en est de même de la connaissance des divines Écritures. Les autres doctrines étalent pompeusement de grandes inutilités, remplissent de choses vaines l'esprit des auditeurs, et les renvoient les mains vides; ils n'emportent aucun gain, ni petit ni grand. La grâce de l'Esprit saint, au contraire, inspire à ceux qui suivent ses enseignements, alors même qu'elle ne leur adresse que d'humbles paroles, une haute philosophie; souvent il suffit d'avoir puisé dans son sein un mot unique, pour avoir en soi le viatique de toute la vie.

Puisque à nos yeux se présente une telle richesse, soyons attentifs et vigilants; car je me dispose à laisser tomber ma parole à de grandes profondeurs. Plusieurs jugeront peut-être que cette exhortation est surabondante et déplacée; et voici ce qu'ils disent : Timothée ne pouvait-il pas savoir par lui-même ce dont il avait besoin ? fallait-il qu'il l'apprit de la bouche de son maître ? et non content de lui en faire un commandement, ce maître devait-il encore l'écrire et le graver dans son épître comme dans une colonne d'airain ? N'eut-il pas honte de le consacrer dans un document adressé à son disciple et destiné à être lu en public ? Eh bien, que cette exhortation, loin d'être superflue, soit extrêmement utile et nécessaire; qu'elle émane, non de Paul, mais de la grâce même de l'Esprit; que cela dût être, non;seulement exprimé de vive voix, mais enseigné par écrit, afin de parvenir de la sorte à toutes les générations par le moyen de cette lettre, c'est ce dont vous ne sauriez douter, et je vous en donnerai tout à l'heure la preuve.

D'autres se laissent entraîner à des doutes non moins graves sur un autre point : Ils se demandent en eux-mêmes comment Dieu permit qu'un homme dont la langue avait tant de puissance, dont les ossements chassent les démons, tombât dans une telle infirmité; car ce n'était pas une infirmité légère, elle ne discontinuait pas, les souffrances ne cessaient d'accabler le malade et ne lui permettaient pas un instant de respirer. D'où le concluons-nous ? Des expressions mêmes de Paul. Il ne dit pas : « à cause de ton infirmité;» mais bien : «à cause de tes infirmités.» Il va plus loin, et, pour montrer qu'elles sont sans relâche, il dit : «infirmités fréquentes.» Qu'ils entendent cela ceux qui souffrant une longue maladie s'irritent et s'abattent.

Mais on ne se borne pas à demander comment un homme aussi saint était éprouvé par des maladies et des maladies continuelles; on s'étonne de plus qu'il en fût ainsi quand sur lui reposaient les affaires du monde. En effet, s'il eût été du nombre de ceux qui se sont retirés au sommet des montagnes ou qui se sont bâti de pauvres cellules dans le désert, choisissant un genre de vie qui les affranchit de telles sollicitudes, la question offrirait moins de difficulté; mais un homme investi d'une haute charge, à qui le soin de tant d'Églises était confié, administrant avec tant de prudence et de zèle, des villes, des nations entières et presque tout l'univers, voilà ce qui est capable de jeter dans la stupeur un esprit irréfléchi. Si ce n'était pas pour lui-même, du moins devait-il posséder la santé pour les autres. Général plein de courage et d'habileté, il faisait la guerre, dira-t-on, non seulement contre les infidèles, mais encore contre les démons et le chef des démons.

Tous les ennemis attaquaient le camp du Seigneur avec un acharnement extrême, dispersant son armée, la réduisant en servitude : il eût pu ramener des malheureux sans nombre à la vérité, et il était malade. Et ne serait-il pas résulté de cette maladie d'autre dommage pour la république chrétienne, elle avait sans doute pour effet de jeter les fidèles dans l'incertitude et la torpeur. Si les soldats voyant leur général étendu sur sa couche sentent faiblir leur ardeur et deviennent plus lents au combat, combien plus les fidèles, en voyant succomber à d'incessantes douleurs un maître qui avait accompli tant de merveilles, ne devaient-ils pas ployer sous le poids de leur humanité ?

Il est encore un autre sujet de doute, une autre question qu'on se pose : Pour quel motif le disciple malade ne s'est-il pas guéri lui même, ou n'a-t-il pas été guéri par son maître ? Quoi ! ils ressuscitaient les hommes, chassaient les démons, triomphaient sous peine de la mort, et ne rétablissaient pas ce corps abattu par la souffrance ! Eux qui, soit de leur vivant, soit du fond de la tombe, exerçaient un si grand pouvoir, pourquoi ne remédiaient-ils pas à cette défaillance ? Et, ce qui est encore plus étonnant, Paul, après avoir opéré tant de prodiges, même avec la parole seule, n'a pas honte d'écrire à Timothée de recourir au vin comme à un remède. Non que l'usage du vin soit une chose honteuse, les hérétiques seuls le prétendent; mais comment n'a-t-il pas regardé comme un déshonneur d'avouer qu'il ne pouvait pas procurer autrement une guérison aussi facile ? Et certes il était si loin d'en rougir qu'il a voulu même le transmettre ouvertement à la postérité. Voyez à quelle profondeur est descendue notre parole; que de questions ont surgi de ce qui semblait si peu de chose. Et maintenant donnons-en la solution. En allant ainsi jusqu'au fond, nous avons voulu stimuler votre intelligence, établir la vérité d'une manière inébranlable.

Accordez-moi cependant, avant que je vous donne la réponse à toutes les questions soulevées, de vous dire quelque chose, et de la vertu de Timothée, et de la sollicitude de Paul. Quel n'était pas l'amour de celui qui, malgré son éloignement, malgré les innombrables affaires dont il était environné, montrait une si vive sollicitude pour la santé de son disciple et lui indiquait avec tant de soin le moyen de se fortifier. Quelle vertu comparer à celle de Timothée ? Il avait un tel mépris pour les délices, il dédaignait tant les plaisirs de la table, qu'il était tombé dans un état de prostration à force d'austérités et de jeûne. Ce n'est pas à son tempérament, en effet, mais bien à ses privations et à l'usage de l'eau qu'il faut attribuer sa faiblesse; Paul nous l'apprend d'une manière formelle. Il ne lui dit pas simplement : «Use d'un peu de vin;» ce conseil est précédé de Celui-ci : «Désormais ne boit plus d'eau.» (I Tim 5,23). Le mot désormais, mhketi, indique assez quelle était la pratique du disciple et la cause de son infirmité. Qui n'admirerait sa mortification et sa philosophie ? Il s'était élevé jusqu'aux cieux, il avait atteint au comble de la sagesse; ce que son maître atteste par ces mots : «Je vous ai envoyé Timothée, qui est mon fils bien-aimé, mon fidèle disciple dans le Seigneur.» (I Cor 4,17). De telles expressions nous font hautement connaître la vertu de celui qui les avait méritées; car les jugements des saints ne proviennent ni de l'amour ni de la haine, ils sont affranchis de toute idée préconçue. Il eut été moins heureux pour Timothée d'être le fils de Paul selon la nature qu'il n'est beau pour lui d'avoir ce titre par adoption : il ne lui était rien par le sang; mais il devint son fils par la piété, en gardant religieusement en lui même les traits de sa vertu.

Tel qu'un jeune taureau qui traînerait le joug avec un boeuf robuste, il allait dans tout l'univers partageant ses travaux, sans jamais faiblir à cause de sa jeunesse, tâchant de rivaliser, à force de courage, avec les labeurs de son maître. C'est encore Paul qui lui rend ce témoignage quand il dit : «Que personne ne le méprise; car il accomplit l'oeuvre du Seigneur, comme moi-même.» (I Cor 16,10). Voyez-vous comme il lui reconnaît un zèle en tout égal au sien ! Ailleurs, pour qu'on ne puisse attribuer ce témoignage à l'affection, il en appelle à ses propres auditeurs touchant la vertu de son enfant : «Vous l'avez vu à l'épreuve, dit-il; comme un fils sert son père, ainsi m'a-t-il servi dans l'oeuvre de l'Évangile; Inexpérience vous a montré quelle est sa vertu et sa grandeur d'âme.» (Phil 2,22). Et cependant, bien qu'il eût atteint à ce haut degré d'honneur et de sainteté, loin de se confier en lui-même, il se tenait dans la crainte et la ferveur : c'est pour cela qu'il continuait à jeûner, se gardant bien d'imiter ces hommes qui, après s'être livrés au jeûne pendant dix ou vingt mois, tombent tout à coup dans le relâchement et la dissolution. Non, il ne souffrit rien de semblable, jamais il ne se dit à lui-même : A quoi bon jeûner désormais ? Je suis sorti vainqueur de la lutte, j'ai triomphé des passions, j'ai mortifié mon corps, frappé les démons de terreur, mis le diable en fuite, ressuscité les morts, guéri les lépreux; me voilà devenu terrible aux puissances ennemies : en quoi pourrais-je encore avoir besoin du jeûne, et de quelle utilité serait maintenant pour moi une telle sauvegarde ? Ni ces paroles n'étaient dans sa bouche, ni ces pensées dans son coeur. Plus il avait acquis de mérites, plus il craignait et tremblait; et cette philosophie, il l'avait apprise de son maître.

En effet, quoiqu'il eût été ravi au troisième ciel, introduit dans le paradis, quoiqu'il eût entendu d'ineffables paroles et pénétré les plus sublimes mystères, alors qu'il avait parcouru le monde entier comme porté sur des ailes de flamme, l'Apôtre écrivait aux Corinthiens : «Je crains qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé.» (I Cor 9,27). Or, si Paul, ayant accompli de si grandes choses, est tellement saisi de frayeur, qu'il dise : «Le monde est crucifié pour moi, et je suis crucifié pour le monde,» (Gal 6,14), n'est-ce pas plutôt à nous qu'il appartient de craindre, et d'autant plus que nous aurons fait des oeuvres plus importantes ? Le démon redouble ses assauts, il devient plus furieux, quand il nous voit disposer avec ordre tout le cours de notre vie; c'est quand nous avons de grandes richesses spirituelles, des trésors de vertu, qu'il s'efforce surtout de nous entraîner au naufrage. Qu'un homme inconnu, sans distinction, chancelle et tombe, ce n'est qu'un faible dommage pour la société; mais qu'un autre en quelque sorte élevé au sommet de la vertu, dans une position éclatante, attirant à lui tous les regards, admiré de tout le monde, succombe à la tentation, c'est un désastre public, c'est une vaste ruine; et cela, non seulement parce qu'il tombe de plus haut, mais parce qu'il ébranle et décourage par sa chute ceux dont les yeux étaient fixés sur lui. De même, dans le corps humain, lorsque les yeux perdent leur lumière ou que la tête est gravement blessée, tout est en quelque sorte anéanti, tandis que le mal n'est plus aussi grave quand un autre membre est atteint. Cela s'applique aux hommes remarquables par la sublimité de leurs devoirs et la sainteté de leur vie : quand ces flambeaux viennent à s'éteindre, quand une souillure a terni leur éclat, tout le reste du corps mystique en éprouve un dommage irréparable.

Timothée, qui n'ignorait pas ces choses, ne négligeait aucune précaution. Il savait que la jeunesse est semée de difficultés, qu'elle est variable, facile à tromper, sur une pente dangereuse, et qu'elle a par là même besoin d'un frein plus vigoureux: c'est un foyer qui s'empare de tous les objets qui l'entourent, pour les enflammer avec autant de facilité que de promptitude. Aussi la resserrait-il de tous les côtés, afin de la réduire en servitude; il avait recours à tous les moyens pour éteindre cette flamme dévorante; ce cheval impatient du frein, qu'on gouverne avec tant de peine, il le maîtrisait avec une infatigable énergie, dans le but de réprimer sa fougue et de le remettre, pleinement dompté, aux mains de la raison, qui doit en être le guide que le corps soit affaibli, disait-il, mais que l'âme soit forte, que la chair ait des entraves, mais que l'esprit ait sa liberté pour voler vers les cieux !

Ce n'est pas assez; voici qui vous frappera bien plus encore. Épuisé de force, travaillé par une longue maladie, le courageux disciple ne néglige pas l'oeuvre de Dieu; il vole partout avec une rapidité que ne peuvent égaler les tempéraments les plus robustes; tantôt à Éphèse et tantôt à Corinthe, souvent en Macédoine et puis en Italie, sur tous les points de la terre et de la mer, il apparaît incessamment avec son maître, prenant part à tous ses combats, à tous ses dangers; et jamais la philosophie de l'âme n'est déconcertée par les défaillances du corps : telle est la puissance de l'amour divin, si rapides sont les ailes qu'il donne à notre faible humanité. De même que les hommes dont le corps est plein de force et d'embonpoint ne tirent aucun avantage de leur vigueur, si l'âme est abattue, lente et paresseuse; de même ceux dont la constitution est épuisée ne souffrent aucun dommage de leur faiblesse, si l'âme est généreuse et brûle d'une noble ardeur. Quelques-uns s'imaginent que le conseil donné par l'Apôtre paraît autoriser l'abus dans l'usage du vin; mais il n'en est pas ainsi.

Quand on l'examine avec attention, on y voit plutôt un conseil de prudence et de sobriété. Remarquez, en effet, que ce n'est pas au début, dès le principe, que Paul donne un tel conseil, mais bien après s'être aperçu de l'extrême faiblesse où son disciple était tombé. Et encore n'est-ce pas sans quelque restriction qu'il le donne; il ne dit pas simplement: Use de vin, mais : « Use d'un peu de vin.» Ce n'est pas que Timothée eût besoin d'un avis formulé avec une telle réserve; c'est à nous qu'il était nécessaire. Les maladies causées par l'usage immodéré de l'eau ne sont, à la vérité, ni peu graves ni peu nombreuses; mais combien l'emportent sous ce double rapport celles qui ont leur source dans l'usage immodéré du vin ! De là naissent et la lutte des passions, et le tumulte des funestes pensées, et l'affaiblissement des forces physiques, et la ruine complète de la santé. La terre ne se dissout pas autant sous l'action continuelle d'une eau trop abondante, que se dissout et s'amollit la constitution de l'homme quand elle est comme noyée sous des flots de vin. Tenons-nous donc éloignés des extrêmes, soit quand nous réparons les forces du corps, soit quand nous en réprimons les dangereux appétits. Le vin est un don que nous avons reçu de Dieu, non pour nous livrer à l'ivresse, mais pour en user avec sobriété; pour y trouver un plaisir utile, et non de stériles douleurs. Il est écrit : «Le vin réjouit le coeur de l'homme.» (Ps 103,6). Et vous en faites une cause de tristesse; car l'ivresse jette, le coeur dans l'abattement et l'esprit dans les ténèbres. C'est un remède parfait, s'il est pris dans une parfaite mesure.

à suivre