Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 30
AVRIL 1986

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE

ÉDITORIAL

ÉGALITÉ OU SOUMISSION ?

THÉOLOGIE MACONNIQUE

LE CRI MUET

L'ICONE

LA PRIERE - MÉDECINE A HAUTE DILUTION

LA BEAUTÉ DANS L'ÉGLISE

CONCERNANT LA REPRODUCTION D'ICONES

La foi se meut au milieu des impossibilités.

ÉDITORIAL

La publication de notre bulletin fut suspendue depuis décembre 1982, pour les raisons mentionnées dans le dernier numéro.

Le départ récent du père Antoine m'incite à reprendre l'édition. Dieu merci, le père Joël (diacre marié) ainsi qu'une partie des fidèles ne nous ont pas quittés, mais sont prêts à réorganiser avec moi notre mission. A part la reprise du bulletin, notre premier projet est l'ouverture d'une église. Au fur et à mesure que les choses se concrétisent, je vous tiendrai au courant.

Je ne promets pas de publier régulièrement et mensuellement le bulletin. Cela dépend de mon temps libre ainsi que de mes finances. Comme dans le temps, j'enverrai gratuitement le bulletin, laissant chacun libre d'aider financièrement selon ses moyens et ses désirs. Vu que je n'ai plus la machine pour tirer moi-même les exemplaires, j'ai décidé de les laisser faire par quelqu'un - en offset. En même temps, le format changera. Il reste encore quelques expériences à faire pour mettre au point une présentation valable.

Entre temps, je fus convoqué par notre Synode afin de faire un rapport concernant le comportement du père Antoine et son apostasie. J'étais donc pendant un mois en Grèce d'où je viens juste de rentrer. J'ai fait mon rapport lors d'un synode des évêques durant lequel l'affaire du père Antoine a été réglée. Par décision du Synode, le père Antoine est suspendu de ses fonctions cléricales, et convoqué par l'archevêque afin de se justifier. Notre archevêque André enverra prochainement une lettre explicative aux fidèles. Plaise à Dieu, nous célébrerons la fête de Pâques près de Montauban. Pour tout renseignement, adressez-vous au Père Joël.

A tous je souhaite déjà la joie de la Résurrection.
Bien à vous, hiéromoine Cassien.

Resplendis, resplendis, nouvelle Jérusalem, car la Gloire du Seigneur s'est levée sur toi. Danse maintenant et exulte Sion, et toi Enfantrice de Dieu très pure, réjouis-toi, car ton Fils est ressuscité !

mégalynaire de Pâque
ÉGALITÉ OU SOUMISSION ?
Saint Jean Chrysostome

(la Genèse)

C'est seulement après la faute que la femme a fait l'expérience de la dépendance. Avant de désobéir, elle partageait exactement les privilèges de l'homme : lorsque Dieu la façonna, les mots qu'Il utilisa furent exactement les mêmes qu'Il avait employés lors de la création de l'homme. Il avait dit : «Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance» (Gn 1,26), et non : «Que l'homme soit». De même, Il ne dit pas : «Que la femme soit», mais ici aussi Il dit : «Faisons-lui une aide» (Gn 2,18). Et Il ne se contente pas de parler d'«aide», Il ajoute : «qui lui soit assortie», ce qui montre bien qu'il y avait égalité.

Or, quand Dieu associe étroitement les bêtes à l'homme pour lui apporter leur aide dans les besoins de notre vie, voyez comment, pour éviter qu'on ne mette la femme au rang d'esclave, Il fait une distinction de langage très nette : «Il amena les bêtes à l'homme, et l'homme ne trouva pas d'aide qui lui fût assortie, qui ait un rapport de similitude avec lui» (Gn 2,19-20). Quoi ? Le cheval n'apporte pas de l'aide quand il est engagé dans la bataille aux côtés de l'homme ? Le boeuf n'apporte pas de l'aide quand il tire sur la charrue et partage notre labeur au moment des semailles ? Et l'âne et le mulet n'apportent pas une aide quand ils collaborent au transport des marchandises ? Pour vous dispenser de ce genre de propos, Dieu a soigneusement établi une distinction : car Il ne dit pas simplement que l'homme ne trouva pas une aide, Il dit qu'il ne trouva pas une aide «qui ait un rapport de similitude avec lui». Et Dieu Lui-même n'avait pas dit : «Faisons-lui une aide», mais :«Faisons-lui une aide qui lui soit assortie.» Voilà la réalité qui a précédé la faute. Après la faute, ce fut cette parole : «Tu te tourneras vers ton mari, et lui dominera sur toi» (Gn 3,16). «Je t'ai créée, dit Dieu, avec les mêmes privilèges, mais tu as mésusé de ton pouvoir; connais désormais la sujétion. Tu n'as pas supporté ta liberté, subis la servitude. Tu n'as pas su commander, comme l'épreuve des faits l'a montré, à ton tour d'être commandée et de faire l'expérience de la domination de l'homme.» D'où le «Tu te tourneras vers ton mari et lui dominera sur toi». Voyez ici encore la Bonté de Dieu. En entendant parler de domination sur elle, la femme aurait pu ne voir là qu'un fardeau; mais Dieu exprime les choses dans un esprit de sollicitude en disant : «Tu te tourneras vers ton mari», ce qui revient à dire : «Il sera pour toi le refuge, le port, la sécurité; dans tous les périls qui peuvent se présenter, c'est vers lui que tu te tourneras pour trouver un abri.» Ce n'est pas le seul lien qu'Il ait mis entre eux; Il les a enfermés aussi dans les liens du désir, chaîne infrangible. Ainsi, vous le voyez, la faute a engendré la dépendance, mais, vous le voyez aussi, Dieu dans sa Sagesse, dans sa Sagacité, en a tiré parti pour notre bien. Écoutez donc Paul vous parler de cette soumission, et vous comprendrez l'harmonie qui règne, une fois de plus, entre l'Ancien et le Nouveau Testament : «que la femme, pendant l'instruction, garde le silence en toute soumission» (1 Tm 2,11). Paul aussi, vous le voyez, soumet la femme à l'homme. Mais soyez patients, vous allez en connaître la raison. Pourquoi, en effet, «en toute soumission» ? «Je ne permets pas à la femme d'enseigner» (1 Tm 2,12). Pourquoi donc ? C'est qu'elle a été une fois un piètre maître pour Adam. «Ni de faire la loi à l'homme» (idem). Pourquoi donc ? C'est qu'elle lui fit la loi, une fois, de piètre façon. «Mais qu'elle garde le silence» (ibid). Et pourquoi ? «Ce n'est pas Adam, en effet, qui fut séduit, mais c'est la femme, qui, séduite, se rendit coupable de transgression» (1 Tm 2,14). Voilà pourquoi elle a été exclue de la chaire d'enseignement. «Celui, nous dit au fond saint Paul, qui ne sait pas enseigner, qu'il s'instruise, et s'il prétend instruire au lieu de s'instruire, c'est lui-même et les autres avec lui qu'il perdra. Et c'est ce qui arriva à la femme.» Voilà donc la femme soumise à l'homme, et cette soumission est due à la faute, c'est clair désormais. Comment, maintenant, comprendre la phrase : «Tu te tourneras vers ton mari et lui dominera sur toi» (Gn 3,16) ? Quelle est donc la pensée de Paul là-dessus, à propos de la sollicitude qui s'exprime dans cette phrase, comment concilie-t-il la domination et l'affection ? C'est dans la lettre aux Corinthiens qu'il déclare : «Maris, aimez vos femmes (5,33)». Vous trouvez là le «Lui dominera sur toi». La domination, ne le voyez-vous pas, est bien peu pesante, du moment que le maître aime ardemment celle qui lui est soumise, du moment que la révérence se marie à l'amour. La soumission se trouve ainsi purifiée de ce qu'elle aurait de pénible.

Celui qui ignore les jugements de Dieu fait suivre à son intellect un chemin bordé de précipices, il sera vite renversé par un coup de vent : si on le loue, il se rengorge; si on le blâme, il s'irrite; s'il festoie, il se laisse aller à l'inconvenance; s'il souffre, il gémit; s'il comprend, il fanfaronne et s'il ne comprend pas, il fait semblant; s'il est en fonds, il épate et s'il est pauvre, il dissimule; s 'il est rassasié, il fait étalage de sa force et s'il jeûne, c'est pour la gloriole; il conteste avec ses censeurs et méprise comme insensés ceux qui lui pardonnent. Si on n'acquiert pas la connaissance de la vérité et la crainte de Dieu selon la Grâce du Christ, on subira de terribles coups, non seulement de la part des passions, mais aussi des événements.

saint Marc l'Ermite

THÉOLOGIE MACONNIQUE

Teilhard de Chardin était franc-maçon. Ce théologien dont les écrits furent condamnés par Rome le 30 juin 1963, était membre de la Loge Martiniste. Jacques Mitterand, Grand Maître de la Grande Loge de France expliquait lors d'une réunion secrète de la Grande Loge, en septembre 1962, que le célèbre jésuite était «un sage au plein sens du terme.» Selon la maçonnerie internationale, Teilhard était la figure clé pour les changements de la doctrine de la Tradition latine. Teilhard avait le rôle de présenter une théologie selon laquelle l'homme et non Dieu est le centre de tout.

Trois mois après la condamnation par Rome, le grand maître Mitterand jugeait opportun de dire la vérité dans son allocution du 3 septembre 1962 :

«A l'opposé de la maçonnerie, le catholicisme nie son passé au nom de l'oecuménisme. Au contraire, avec toute sa force elle tâche de se mettre à la page par ses novations qui nient toute sa Tradition. Comment cela a-t-il pu arriver  ? Écoutez et apprenez comment cela a pu arriver : Un beau jour se leva dans ses rangs un savant et sage au plein sens du terme : Pierre Teilhard de Chardin. Sans y penser, il commit le crime de Lucifer. Il élabora une théologie selon laquelle l'homme, et non Dieu, est le centre de tout. Quand tout sera parfait, arrivé au célèbre point Oméga, alors l'homme nouveau, selon nos rêves et désirs, libre, sans limites et dans son esprit sans entraves, sera achevé. Ainsi, Teilhard éleva l'homme sur l'autel.»

De son vivant, Teilhard n'eut pas le droit de publier ses écrits. Ce n'est qu'après sa mort que ceux-ci furent imprimés aux éditions du Seuil et chez Grasset, sans l'«Imprimatur» de Rome. Faisant allusion au gouvernement français, Mitterand continuait : «Non contents d'être dans notre Temple sous la protection de la République nous sommes en même temps la Contre-Église, car nous sommes les amis de la vie, les hommes de l'espoir, de la lumière, du progrès, de l'illumination, de l'intelligence et de la raison.»

L'appartenance de Teilhard à la maçonnerie fut découverte par le ministre de la Justice sous Pétain dans les années quarante. La liste des maçons «Livre d'or de la Synarchie» tomba dans les mains du premier ministre Pierre Laval qui le remit pour vérification aux mains du ministre de la Justice. Après inspection, le ministre commenta le document et écrivit entre autres : «Éet Pierre Teilhard est le représentant de l'Église catholique». Si on regarde la position du pape Karol Wojtyla, qui ressort clairement dans son encyclique «Redemptor Hominis», alors on découvre vite l'exemple de cette idéologie humaniste : Pierre Teilhard de Chardin.

LE CRI MUET

Pendant dix ans, docteur Nathanson fut chef médecin dans la plus grande clinique pour les avortements à New York avec 35 médecins et plus de 100.000 avortements. Il filma des avortements exécutés par un collègue, grâce à une sonde introduite dans le ventre de la mère. Cette vidéo intitulée : «Le Cri Muet» fit du bruit en Amérique.

On y voit le bébé, âgé d'onze semaines, pris par les instruments, coupé en pièces et finalement aspiré. Dr. Nathanson : «La caméra verrait lors de chaque avortement la même chose : l'enfant dans une agonie cruelle, haché en morceaux. L'avortement est un meurtre.»
On voit dans le film comment l'enfant recule devant les instruments, s'agite, se débat avec ses bras et ouvre sa bouche pour un cri muet. Dr. Nathanson : «Jamais plus je ne ferai cela.»
Traduit de l'allemand.
Dans «Diagnosen» (Juin 1985)

L'ICONE

Le mot «icône» vient du grec et signifie «image». Une icône, c'est la représentation par le dessin, la peinture ou la sculpture, de saints, d'animaux, de paysages ou d'objets. L'icône est donc, certes, une image, mais une image très particulière, une image sacrée restituant, selon la Tradition, les traits vénérables du Seigneur Dieu, de la Toute-Sainte ou des saints ou encore certaines scènes tirées de l'Écriture Sainte. Cette Tradition antique remonte à l'époque même où vivait le Sauveur. Car des images du Christ ont indubitablement existé préalablement à sa mort et à sa résurrection.

La Tradition raconte qu'Abgar, roi d'Edesse, ayant entendu parler du Christ, de son enseignement et de ses miracles, dépêcha auprès de Lui un ambassadeur avec mission de Le conduire à sa cour afin de le guérir, après quoi lui et son peuple se convertiraient. Que si Jésus ne pouvait venir, ledit ambassadeur - qui était peintre - devrait du moins rapporter à son souverain un portrait du Christ.

L'émissaire d'Agbar, ébloui par la souveraine et majestueuse Beauté de son divin Modèle, ne parvenait point à en fixer les traits. Sur quoi Jésus, prenant un linge blanc, l'appliqua sur son Visage et l'offrit au peintre avec son Image miraculeusement imprimée. C'est «l'Icône qui n'a pas été faite de main d'homme», ou le «mandilion» auquel se réfèrent, avec un très grand souci de ressemblance, toutes les icônes du Sauveur. Quant aux icônes de la toute sainte Mère de Dieu, leur prototype remontent à l'apôtre Luc. Les icônes de saints, d'apôtres et de prophètes remontent elles aussi soit à des documents, soit à des traditions qui ont fixé leurs traits.

Or, les peintres d'icônes obéissent à des lois très strictes les obligeant à respecter scrupuleusement les ressemblances. C'est ce qui explique la continuité, la quasi-invariabilité des icônes sacrées, russes ou byzantines.

On a donc peint des icônes dès le début du christianisme. Les plus anciennes ont malheureusement disparu - sauf exceptions - détruites en grande partie durant la «querelle des iconoclastes» aux VIIIe et IXe siècles, querelle qui éclata sous une double influence : juive et musulmane. Les iconoclastes fondaient leurs déprédations sur le «Tu ne feras point d'images» de l'Ancien Testament. A quoi les défenseurs de l'icône répondaient en citant saint Basile le Grand, qui écrivait au Ve siècle déjà : «L'hommage rendu à l'icône passe à celui que l'image représente». Ou encore Denys l'Aréopagite, qui affirmait des représentations en image «qu'elles constituent le visible de l'invisible». Saint Jean Damascène, à qui l'on coupa la main droite pour l'empêcher d'écrire contre les iconoclastes, déclarait, faisant allusion à l'incarnation du Christ : «Lorsque l'invisible devient visible selon la chair, alors tu peux représenter la ressemblance de ce que tu as vu». Cette main coupée, Marie la Vierge la rendit miraculeusement au saint - d'où l'une des légendes se rapportant à la célèbre icône «La Mère de Dieu aux Trois Mains».

On a peint des icônes à Byzance d'abord, puis en Russie dès sa conversion au christianisme au Xe siècle, puis en Serbie, en Roumanie et en Bulgarie. Ces images sacrées étaient presque toutes peintes par des moines qui, avant de se mettre au travail, jeûnaient et priaient. C'est ce qui explique aussi l'indiscutable ferveur, le mysticisme à l'état pur qui émanent de toute vraie icône pour qui la contemple avec la révérence qui convient.

Les primitifs d'Italie et d'Espagne, tout imprégnés encore de traditions byzantines, ont peint eux aussi des oeuvres très proches des icônes byzantines. Mais en Occident, l'art sacré s'est peu à peu écarté de cette voie par suite du schisme pour devenir, de manière presque générale, déplorablement charnel et mondain. Or, les icônes n'ont absolument rien de charnel. Elles tendent à représenter - et elles y parviennent - «les corps transfigurés». Ce que l'icône représente a sa place «au ciel et non sur la terre.» Hiératiques mais étrangement vivants malgré tout, d'une vie supra-terrestre, les personnages sont presque toujours «de face» dans un souci d'accueil, de communion. Ouverts à celui qui les regarde, ils l'entraînent dans la prière, car ils sont eux-mêmes prière.

Les peintres d'icônes sont généralement restés anonymes. Pour la Russie, on ne peut guère citer qu'André Roublev, Théophane le Grec, Daniel le Noir, et Maître Denys qui vivaient au XIVe siècle. Leurs oeuvres sont du reste extrêmement rares. Mais les constantes de l'iconographie, la fidélité aux modèles, font que toute icône véritable est aussi bouleversante, aussi riche de messages et de beauté que les oeuvres célèbres.

Un détail étonne et déroute qui n'est point accoutumé aux icônes : la perspective inverse. Car les objets et les architectures n'obéissent point aux règles de la perspective. Le «point de fuite» est en effet signe de l'espace déchu qui sépare et emprisonne, tandis que la perspective inverse ou renversé permet une dilatation dans la lumière, «de gloire en gloire». D'ailleurs, le décor entier des icônes - plantes, rochers et architectures, animaux même -obéit à une stylisation arbitraire qui les restitue à leur essence paradisiaque. Les icônes sont peintes «à l'oeuf» sur des panneaux de bois préalablement revêtus d'un enduit ou encore, les plus belles et jusqu'à nos jours, sur une toile marouflée sur le panneau.

Certaines d'entre elles sont enrichies d'une couverture d'argent, de vermeil ou de cuivre argenté ne laissant apparaître que les visages et les mains. Les iconographes ont traité une infinité de thèmes. Leur prédilection va évidemment au Christ. Ensuite vient la Toute-Sainte, représentée en diverses attitudes avec l'Enfant Jésus qui n'a jamais l'apparence des ces «bambini» joufflus. Les saints, de même que les scènes tirées de l'Écriture sainte, ont aussi trouvé leurs peintres.

L'icône est à la place d'honneur dans les foyers orthodoxes. Elle préside, sous la douce lumière des cierges et de la veilleuse, à la vie familiale, aux naissances et aux épousailles, aux sépulcres aussi. On les décroche fréquemment pour les baiser. Sans l'icône, l'Orthodoxie manquerait d'une partie vitale de sa Tradition sacrée.

Mon Dieu, donne-moi la force pour accepter sereinement les choses qui ne peuvent être changées, du courage pour changer celles qui peuvent et doivent l'être, et la sagesse pour distinguer entre les deux.

LA PRIERE - MÉDECINE A HAUTE DILUTION

En homéopathie, on distingue entre médicament à basse dilution et médicament à haute dilution. Dans le médicament à basse dilution se trouve encore quelque chose de la substance médicamenteuse, tandis que dans le médicament à haute dilution, seule l'énergie de la substance médicamenteuse est contenue. Le médicament à haute dilution agit bien plus en profondeur, probablement à cause de son dégagement de la matière compacte.

Tout cela est incompréhensible à celui qui ignore les lois de l'homéopathie, qui ne croit qu'à l'efficacité de la matière physique, et c'est la raison pour laquelle il se moque de l'homéopathie qui est basée cependant sur l'expérience et la tradition.

Ce que je viens de dire peut servir de parabole pour la vie spirituelle. Le médicament à haute dilution est semblable à la prière qui est dégagée de tout ce qui est terrestre. Son action est invisible mais agit en profondeur et plus efficacement que toutes nos autres dévotions : lecture spirituelle, aumône, pèlerinage, etc. L'incrédule considère la prière sans valeur et le chrétien rationaliste préfère les autres exercices qui lui sont plus compréhensibles. Dans l'Orthodoxie, cependant - comme dans l'homéopathie -, il existe une hiérarchie de valeurs ainsi qu'un temps d'agir. Dans la vie spirituelle, les exercices pour ainsi dire à basse dilution ont, au début, une place prédominante, mais au fur et à mesure qu'on avance, la prière «à haute dilution» prend de l'importance, car elle seule arrive en profondeur où gît le mal.

Les mêmes lois valent pour l'homéopathie. Bien sûr, il y a des homéopathes qui n'emploient que des médicaments à basse et moyenne dilution - ne les jugeons pas, le résultat en montrera l'efficacité ou l'inefficacité. Pareillement dans la vie spirituelle. Beaucoup mettent l'accent dans la spiritualité sur les exercices à «basse» dilution et ne vont pas au-delà des exercices à «moyenne dilution», ce qui se voit dans leur prière même, qui est encore une prière le plus souvent peu dégagée de la matière. Eux aussi pourtant trouveront le salut. Mais selon les pères - dont les écrits sont contenus dans la Philocalie -, seul celui qui prie immatériellement a la vision pure de la Divinité dans ses Énergies, car pure aussi est son énergie.

En homéopathie, les malades incurables sont traités seulement avec des médicaments à basse et moyenne dilution, car une haute dilution demanderait trop à leur corps, qui n'a plus assez d'énergie et entraînerait ainsi la mort. Cela est valable aussi par analogie dans la spiritualité. La prière pure est à déconseiller pour celui qui est encore faible et vicié, car elle l'entraînerait dans la mort spirituelle, selon les pères.

Les préparations homéopathiques demandent une préparation particulière dont les causes nous échappent, et dont seul l'effet nous est connu : lors des dilutions, il est absolument indispensable de secouer chaque nouvelle dilution, et autant de fois qu'il est prescrit. Ces secousses libèrent l'énergie du produit d'origine pour la transmettre au porteur neutre. Sans ces secousses, on ne fabrique qu'une soupe quelconque. On peut comparer ces secousses à notre foi orthodoxe qui seule donne valeur à nos actes. Car si nous ne croyons pas orthodoxement, nous ne produisons que des actes stériles.

«Ce qui à dose pondérable, provoque des symptômes, les guérit à dose infinitésimale,» dit Hahnemann. Ce qui veut dire que nos bonnes oeuvres (les aumônes, la bonne parole, etc.) - qui pour ainsi dire sont des doses pondérables, des dilutions basses ou moyennes - provoquent des symptômes dûs à l'impureté de nos actes, la prière pure qui est la dose infinitésimale guérit la maladie dans ses racines.

On pourrait continuer à tirer encore d'autres leçons du médicament homéopathique, bien sûr. Par ces quelques paroles je ne veux pas faire de la réclame pour l'homéopathie ni prendre position pour elle officiellement. Je voudrais seulement expliquer par analogie quelques réalités de la vie spirituelle.

hm.Cassien

Tâche de fleurir là où tu es planté,
même si le sol est aride.
Dieu seul sait ce qui te convient.
hm. Cassien

LA BEAUTÉ DANS L'ÉGLISE

 

Au commencement, Dieu créa toutes choses et Il vit que tout était beau et bon. Mais depuis la chute, cette beauté est devenue ambiguë et même dangereuse, depuis qu'Adam ceignit son tablier de feuillage. Donc, la beauté de ce monde fut elle aussi entraînée dans le péché.

L'Église, qui est céleste et terrestre à la fois - je ne dis pas qu'il y a une Église céleste et une autre terrestre comme certains hérétiques le prétendent - a un côté spirituel et un côté esthétique. Le côté esthétique est et doit être le véhicule du contenu spirituel. Le but est toujours spirituel et l'esthétique n'est que le moyen pour y arriver.

L'ambiguïté et le danger de l'esthétique ne sont pas dans les choses mêmes - car Dieu les a créées bonnes - mais dans l'homme vicié. Les choses en soi sont neutres, disons, mais le malin peut s'en servir pour notre perte. Mais l'en-soi n'est qu'une conception philosophique qui ne correspond pas à la réalité. En réalité, tout devient salvateur ou funeste pour l'homme selon l'usage qu'il en fait. La beauté de la création qui reflète la Beauté divine, mais d'une manière troublée, doit donc être purifiée, sanctifiée et rachetée de l'emprise du mal, qui a détourné son but pour perdre l'homme.

Soit l'homme se purifie, et tout devient pur et retrouve son innocence paradisiaque, soit une loi est imposée à l'esthétique qui l'oblige à servir le but - la sanctification de l'homme et la consécration de toutes choses.

Dans l'Église, qui est le second paradis, l'esthétique a un rôle à jouer, mais cette esthétique devient sobre et ascétique et perd son caractère charnel. Dans l'iconographie qui reflète le monde transfiguré, l'Église glorifiée est telle qu'elle se voit aux yeux de la foi, la beauté est devenue impassible, est devenue toute spirituelle. Il y a certes des imperfections techniques et esthétiques sur l'icône mais elles sont très relatives, car dans ces faiblesses précisément se manifeste la Force de Dieu, comme dit l'Apôtre. Le croyant y voit des stigmates - signes de la victoire sur le péché et la mort. Je dirais même qu'il faut ces imperfections, ces faiblesses, car elles empêchent le croyant de s'attacher, de se complaire dans une beauté parfaite selon ce monde et l'obligent à le dépasser vers la beauté spirituelle et céleste. L'incroyant de mauvaise foi, par contre, se heurte à ces tares qui sont en quelque sorte l'épée flamboyante de l'ange qui garde les portes du paradis. Le Christ dans son abaissement n'a-t-Il pas revêtu ces imperfections ? Vivant à Nazareth, une ville peu renommée, issu de parents pauvres, sans instruction, Il finit sa vie sur la croix d'une mort infâme. Mais ce qui est vil aux yeux du monde, Dieu l'a exalté. Ce que le monde juge sans valeur est pour les croyants d'un prix inestimable. La beauté de l'Église, de son iconographie, de ses chants, de son monachisme, etc., est donc une beauté crucifiée - scandale et folie pour ceux qui se perdent, et salut pour les élus.

hm. Cassien

Celui qui a établi en soi les vertus et qui en est pénétré tout entier ne se rappelle plus ni loi ni commandements ni châtiment, mais il dit et fait tout ce que lui dicte la perfection de son état.

Saint Maxime le Confesseur

CONCERNANT LA REPRODUCTION D'ICONES

«Si la foi est en danger, se taire équivaut au reniement.»
Saint Basile le Grand

L'usage des reproductions d'icônes prend de plus en plus d'ampleur dans notre Église et je crains fort qu'avec le temps cette pratique ne soit considérée comme faisant partie de la sainte Tradition. Je me permets donc de sonner le tocsin pour réveiller un peu les consciences car les mauvaises habitudes, une fois prises, sont difficiles à déraciner, comme disent les pères.

D'autre part, je sais que la vénération pieuse de l'icône ne va pas toujours de pair, à l'époque actuelle, avec la connaissance théologique en iconographie.

Une icône est une chose, une reproduction d'icône en est une autre. Si, dans l'icône, la personne (du Christ, de la Toute-Sainte, des saints) est réellement présente d'une manière mystérieuse, dans la reproduction, cela n'est nullement le cas. La reproduction n'a qu'une valeur pédagogique et ne peut communiquer qu'une certaine grâce du fait de sa ressemblance avec l'icône. Mais jamais une machine d'imprimerie ou autre ne saura représenter le contenu de notre foi orthodoxe, pas plus qu'un iconographe hétérodoxe ne sait le faire. Car comment quelque chose qu'ils n'ont pas pourrait sortir d'eux ? L'icône est l'expression de la foi véritable, de la vraie Lumière, de l'Esprit céleste que seul les enfants de l'Église ont reçu et qu'eux seuls peuvent transmettre par l'art sacré, la parole vivifiante, l'exemple de vie. En dehors de l'Église, l'iconographie ne peut être qu'une singerie (tel le singe qui mime les gestes humains sans en saisir le contenu), une représentation morte, car ni la machine, ni l'hétérodoxe n'ont jamais reçu les dons de l'Esprit. L'iconographie est un charisme, comme la prophétie par exemple; et quel charisme y a-t-il en dehors de l'Église ? Si le mystère de l'Église peut être transmis par une machine ou un hétérodoxe, alors à la place du chantre orthodoxe, mettons une cassette ou un non-orthodoxeÉ ou même dans le sanctuaire un «prêtre» hérétique. Ils auront sans nul doute une voix plus belle, plus juste parfois que nos chantres et notre clergé, mais cette justesse, cette beauté seule n'est d'aucune valeur. Un autre aspect que la reproduction d'icône entraîne : la négligence envers la vraie icône : voici ce qu'un patriarche russe écrit au XVIIe siècle : «A cause de ces feuilles de papier, la vénération des icônes est négligée.» Ceci amena le patriarche Joachim à interdire complètement tant l'impression d'images sacrées que leur vente, et à plus forte raison leur utilisation dans les églises et les maisons à la place d'icônes.

Certes, par économie, une reproduction d'icône peut servir d'une certaine manière, mais seulement là où les circonstances ne permettent pas de se procurer une vraie icône. Ceci n'est pourtant qu'une économie, bien sûr, et l'acribie rejette même cette possibilité. Si je peux me procurer une vraie icône et me contente pourtant d'une simple reproduction, il ne peut plus être question d'économie, mais tout simplement de transgression. Mieux vaut avoir une seule icône vraie, vénérée avec piété qu'une abondance de reproductions qui ne servent le plus souvent que comme simple décoration.

Pour celui qui juge tout cela sans trop d'importance, il lui suffit de se reporter à l'époque iconoclaste, durant laquelle nos pères se laissaient martyriser et mutiler pour la défense de l'icône.

Pour terminer, je me permets encore d'inclure une petite histoire qui stigmatise bien comment une fausse pratique peut être considérée avec le temps comme faisant partie de la Tradition.

Un prêtre hindou était gêné par son chat chaque fois qu'il officiait. Finalement, il attachait le chat avant de commencer l'office. Après la mort de ce prêtre, son fils prit la succession et traita le chat de la même manière. Quand le chat mourut à son tour, le fils se procura un autre chatÉ pensant que le chat faisait partie du cérémonial.

hm. Cassien

La parole du Seigneur qui vient de Dieu reste pure dans les siècles des siècles.

Celui qui ne connaît pas Dieu s'exprime par des conjectures.

La vérité est dure et déplaisante aux insensés, mais le mensonge leur est doux et agréable, à peu près comme la vue de la lumière est pénible à ceux qui souffrent des yeux, mais l'obscurité qui ne leur permet pas de voir ne leur donne aucun chagrin et leur est agréable.
Ce n'est pas seulement de ne plus faire le mal qui donne la pureté; c'est de ruiner le mal, de toutes nos forces, par le souci du bien.
saint Cyrille le Philéote