Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André

archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 27
JUILLET 1982

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE

DE MOIS EN MOIS

HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE DE MATTHIEU

A PROPOS DE LA CHRONOLOGIE

SAINT ANDRÉ DE CRETE

LA MARCHE DU MONDE

LA PASSION DE SAINT BAISAR ET DE SA MERE

UNE VIEILLE AU JARDIN BOTANIQUE

«C'EST DANS LA FAIBLESSE...»

Un frère disait à un grand ancien : «Père, je voudrais trouver un ancien à ma convenance pour demeurer avec lui.» L'ancien lui dit : «C'est une bonne recherche, monsieur !» L'autre assurait que tel était son désir, sans comprendre la pensée de l'ancien. Mais lorsque l'ancien vit que le frère s'imaginait penser droitement, il lui dit : «Donc, si tu trouves un ancien selon ta convenance, tu veux demeurer avec lui ?» - «Eh oui, répondit-il, c'est exactement mon intention, si j'en trouve un à ma convenance.» L'ancien lui dit : «Ce n'est donc pas pour suivre la volonté de cet ancien mais pour que lui suive la tienne et qu'ainsi tu trouves du repos auprès de lui ?» Le frère comprit alors ce que le vieillard voulait dire ; il se leva et fit une métanie en disant : «Pardonne-moi, car je me suis gonflé sans mesure, jugeant que je parlais bien, alors que je ne possède aucun bien.»

DE MOIS EN MOIS

Ce n'est pas tout à fait juste cette fois-ci, puisque j'ai dû sauter le bulletin de juin pour des raisons techniques. La machine à offset est finalement montée jusqu'à l'hermitage. C'était encore un travail de romain. Heureusement qu'il y a parmi mes amis des «armoires normandes». Mais il y a encore un problème d'électricité et j'ai dû donc faire imprimer les plaques en ville. Espérons que ça ira mieux la prochaine fois. La prochaine fois, c'est-à-dire après un nouveau voyage en Grèce, puisque, plaise à Dieu, je partirai d'ici deux semaines pour rester là-bas une quinzaine de jours.

La suite de l'article : «L'Église des Catacombes en Russie» est suspendue, faute de traduction. Quelqu'un d'autre m'avait aussi promis de faire des traductions de textes grecs en français. J'attends toujours. Souvent, je me dis que dans la vie, il ne faut compter que sur soi-mêmeÉ et encore.

Bien à vous, votre hm. Cassien

Voilà avant tout la cause de tous les maux : ne point protester au sujet des petites choses. A cause de cela, se sont introduits les plus grands péchés. Car les choses minimes ne se corrigent pas adéquatement. Comme pour le corps, ceux qui ne prêtent pas attention aux blessures subissent la fièvre, la gangrène et la mort, de même pour l'âme, ceux qui passent outre les petites choses introduisent les grandes ! Si, dès le début, ceux qui entreprenaient de transgresser les institutions divines en déplaçant quelque chose, si petite soit-elle, recevaient la réprimande adéquate, aujourd'hui, un tel hiver ne se serait pas abattu sur l'Église. Qui renverse la plus petite chose de la Foi saine, menace le TOUT.

saint Jean Chrysostome

HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE DE MATTHIEU
(13,44 - 52)

de st.Grégoire le Grand
prononcée dans la basilique de ste. Agnès le jour de sa nativité.

Le royaume des cieux, mes chers frères, est comparé aux choses de la terre, afin que l'esprit, des objets qu'il connaît, s'élève à ceux qu'il ne connaît pas, que l'exemple des choses visibles le porte aux choses invisibles, et qu'il s'échauffe, si j'ose ainsi parler, au frottement de celles dont l'usage lui est familier; et qu'ainsi en aimant ce qu'il connaît déjà, il apprenne à aimer ce qu'il ne connaît point encore. Voyez, en effet, le royaume des cieux est comparé à un trésor caché dans un champ, qu'un homme trouve et qu'il cache; et dans la joie qu'il ressent, il va vendre tout ce qu'il a, et achète ce champ. On doit remarquer ici que le trésor trouvé est caché, afin qu'il soit conservé, car en s'étudiant à porter ses désirs vers le ciel, on voit qu'ils ne peuvent être garantis des mauvais esprits, qu'autant qu'on les dérobe à la louange des hommes. Cette vie présente est le chemin où nous marchons pour arriver à notre patrie. Or les malins esprits, à l'instar des voleurs, nous attendent au passage. Celui-là s'expose donc à se voir dépouiller, qui porte publiquement son trésor en chemin. Je ne dis point cela pour que le prochain ne voie point nos bonnes oeuvres, puisqu'il est écrit : "Afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux"; mais pour que nous ne cherchions point les louanges des oeuvres que nous faisons. Que votre oeuvre paraisse en public, mais que votre intention demeure secrète, afin que par nos actions nous donnions le bon exemple au prochain, et que l'intention qui nous fait chercher le seul plaisir de Dieu, nous fasse toujours désirer le secret. Ce trésor est le désir du ciel, et le champ dans lequel est caché ce trésor, c'est le garde de ce désir du ciel.Celui-là donc qui, après avoir vendu tous ses biens, achète ce champs, est celui qui, renonçant aux voluptés charnelles, foule tous les désirs de la terre par la conservation de la science céleste, de sorte que ce qui sourit à la chair, ne lui plaît pas, et ne craint nullement ce qui tire à la vie terrestre.

Le royaume des cieux est semblable encore à un homme qui est dans le trafic et qui cherche de bonnes perles, et qui, en ayant trouve une de grand prix, va vendre tout ce qu'il avait et l'achète. Car celui qui connait parfaitement, autant qu'il est possible, la douceur de la vie céleste, abandonne volontiers tout ce qu'il a aimé sur la terre. En comparaison du ciel, tout lui paraît vil; il se dépouille de tout ce qu'il a, et disperse tout ce qu'il a amassé. Son esprit s'enflamme pour les biens célestes, rien ne lui plaît plus sur la terre. Tout ce qui le charmait auparavant est devenu méprisable à ses yeux, parce qu'il ne voit plus devant son esprit que l'éclat de la perle précieuse. C'est de cet amour que Salomon a dit cette belle parole : "l'amour est fort comme la mort." Car comme l'amour, à l'instar de la mort, tue le corps, ainsi l'amour de la vie éternelle étouffe l'amour des choses corporelles. En effet, celui qui en est vraiment absorbé devient comme insensible aux convoitises de la terre. Cette sainte Agnès, dont nous célébrons aujourd'hui la fête, n'aurait pas eu le courage de mourir à la chair, si elle n'avait pas commencé à mourir en esprit à toutes les affections de la terre. Mais l'âme élevée au plus haut de la vertu, elle méprise les tourments et refuse les récompenses. En présence des rois et des préfets armés, elle se montre plus forte que celui qui la frappe, plus sublime que celui qui la juge. Qu'avons-nous à répondre à cet exemple, nous, hommes à figure martiale et pourtant si faibles, en voyant des jeunes filles braver le glaive et conquérir le royaume des cieux ? Que dirons-nous, nous, esclaves de la colère, de l'orgueil, de l'ambition, de la luxure ? Si nous n'avons pas assez de coeur pour gagner le royaume du ciel par les guerres et les persécutions, honte à nous de ne pas chercher Dieu par la paix ! Tout ce qui nous est commandé, c'est de sacrifier de criminelles affections. Si donc dans la paix, nous ne voulons soumettre les désirs de la chair, quand donnerions-nous notre vie pour Dieu pendant la guerre ?

Le royaume du ciel est semblable encore à un filet jeté dans la mer, lequel prend toutes sortes de poissons, et lorsqu'il est plein, les pêcheurs le tirent sur le bord et mettent ensemble tous les bons dans des vaisseaux et jettent dehors les mauvais. La sainte Église est comparée à un filet, parce qu'elle est confiée à des pêcheurs, et qu'elle tire les hommes du milieu des flots du siècle pour les mettre en possession du royaume céleste, de peur qu'ils ne soient engloutis dans les abîmes de la mort éternelle. Cette Église rassemble les poissons de toute espèce, parce qu'elle appelle à la rémission des péchés les sages et les sots, les libres et les esclaves, les riches et les pauvres, les forts et les faibles. De là le psalmiste dit à Dieu :"Toute chair viendra à toi." Ce filet sera remplit de toute sorte de poissons, lorsque le genre humain à la fin du monde aura accompli sa destinée. Les pêcheurs tirent ce filet sur le bord et s'y assoient. La mer signifie le siècle, et le rivage de la mer la fin des siècles. Là, les bons poissons sont mis à part dans des vaisseaux mais les mauvais sont jetés dehors. Les élus aussi seront reçus dans les tabernacles éternels, et les réprouvés, après avoir perdu la lumière du royaume intérieur, seront jetés dans les ténèbres extérieures. Maintenant le filet de la foi nous réunit pêle-mêle, bons et mauvais, comme des poissons mélangés, mais le rivage indique ce que tirait le filet, c'est-à-dire la sainte Église. Il est vrai que les poissons pris ne peuvent changer. Quant à nous, nous sommes pris mauvais, mais nous changeons en bien. Réfléchissons donc sérieusement pendant que l'Église nous tient dans le filet, de peur d'être séparés sur le rivage.Voyez, cette solennité que nous célébrons aujourd'hui vous comble de tant de joie, que celui qui serait empêché de faire partie de votre réunion, en ressentirait un grand chagrin. Que fera donc en ce jour-là le malheureux qui, chassé de la présence du souverain Juge, sera séparé de la société des élus, relégué dans les ténèbres loin de la lumière, et dévoré par les feux éternels ? Aussi le Seigneur nous fait comprendre en peu de mots cette comparaison lorsqu'il ajoute : "C'est ce qui arrivera à la fin du monde : les anges viendront et sépareront les méchants du milieu des justes; et ils les jetteront dans la fournaise du feu." C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements des dents. Cet événement, mes frères bien-aimés, est déjà plus à craindre qu'à exposer. Car les tourments des pécheurs sont exposés avec clarté, pour que personne ne puisse arguer de son ignorance, s'il n'entendait que des choses obscures sur les supplices éternels. Et il leur dit en conséquence : "Avez-vous bien compris tout cela ?" "Oui, Seigneur", répondirent-ils.

...

Mais comme les joies du siècle sont suivies de pleurs éternels, fuyez ici-bas, mes très chers frères, les vains plaisirs, si vous craignez de pleurer en enfer; car personne ne peut se réjouir en ce monde avec le siècle, et régner au ciel avec le Seigneur. Arrêtez donc la folie des jouissances temporelles, enchaînez les voluptés de la chair. Que la considération du feu éternel rende amer tout ce que le siècle présent offre de souriant à l'esprit, et que la sévérité d'une conduite plus réservée tempère les élans puérils du coeur, afin qu'en fuyant spontanément les joies temporelles, vous receviez sans fatigue, par la Miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ, la jouissance d'un bonheur sans fin.

La guérison de toutes ces choses est toujours la même. C'est en elle qu'on trouve sur-le-champ la consolation dans son âme. Et quelle est-elle ? L'humilité du coeur. En dehors d'elle, nul ne peut renverser le mur de ses vices. Bien plutôt, il va les voir se fortifier contre lui.

saint Isaac le Syrien

A PROPOS DE LA CHRONOLOGIE

 

La chronologie sacrée, dite dionysienne est exacte. Jésus-Christ naquit le 25 décembre de l'an 754 après la fondation de Rome, c'est-à-dire l'an 5508 depuis la création du monde, jour de la semaine mercredi. Les six jours de la création du monde se déroulent du 12 au 17 mars. Adam et Ève, les ancêtres du genre humain, séjournèrent dans le paradis jusqu'a la sixième heure (c'est-à-dire midi) du 25 mars, jour de la semaine : lundi.

Le 25 mars de l'an 5508 après la création du monde, jour de la semaine : lundi, et à la sixième heure (midi) eut lieu l'Annonciation à la toute sainte Vierge Marie par l'archange saint Gabriel pour sauver l'humanité de la malédiction et pour effacer la malédiction qui reposait sur le jour de lundi.

Trente-trois ans après, en l'année 33 après Jésus Christ, ou 776 depuis la fondation de Rome, ou 5541 depuis la création du monde, le 25 mars, un dimanche, Jésus Christ ressuscita des morts ; il y eut donc coïncidence de la Résurrection et de l'Annonciation.

Or, selon saint Luc l'Évangéliste (1,2) « la quinzième année du règne de Tibère CésarÉ Dieu ordonna à Jean, le fils de Zacharie, lequel demeurait dans le désertÉ » Tibère César régna de 14 à 37 ap. J.C. La quinzième année de son règne, l'an 29 ap. J.C., Jean le Précurseur commença son action publique, laquelle devança la mission du Christ. La chronologie de l'action publique de Jésus Christ est par conséquent de 30 à 33 ap. J.C.

Cette chronologie-là fut prise comme base pour le calendrier de l'Église, pour la célébration des fêtes et la fixation de Pâques, aussi bien que pour l'hymnologie, la Tradition et les canons.

Le lundi de la première semaine du Grand Carême est consacré comme premier jour du Grand Carême, en mémoire du péché originel, événement funeste pour l'humanité et toute la création.

La célébration de la fête de Pâques est consacrée en commémoration de la Résurrection du Christ. La fête de Pâques est nommée Pâque du Seigneur quand il y a coïncidence entre Pâques et Annonciation (comme en 33 ap. J.C. Lors de la Résurrection du Christ). Des événements importants ont eu lieu quand il y a eu coïncidence de ces deux fêtes ; en 1912, il y a eu la libération des chrétiens du joug islamique. Conformément à la Tradition, nous attendons l'accomplissement de la grande idée sur la nation hellénique dans une année où il y aura coïncidence de ces deux fêtes.

La Résurrection du Christ eu lieu au mois de mars, mois dans lequel des événements historiques et spirituels de grande importance se déroulèrent : la création du monde et de l'homme, l'Exode des Hébreux de la terre d'Egypte et le passage de la mer Rouge, l'Annonciation, la Passion et la Résurrection du Sauveur ; et plus récemment la révolution et la libération des peuples orthodoxes de l'occupation musulmane, hostile à la foi chrétienne et à la nation hellénique. Selon la Tradition le dernier Jugement aura lieu au mois de mars, un dimanche (au huitième millénaire depuis la création du monde, d'après saint Grégoire le Théologien).

Le dimanche de Pâques est, selon l'hymnologie de l'Église 

« Jour illustre et sacré, Sabbat unique du Roi et Seigneur,

fête des fêtes et solennité des solennités.

En ce jour, bénissons le Christ pour l'éternité. »

(Canon de Pâques, ode 8 : Hirmos)

par un moine grec orthodoxe.

Le commencement de la sagesse de Dieu est l'indulgence et la douceur, qui est le propre d'une grande âme et porte les maladies des autres.

LA MARCHE DU MONDE

La civilisation technocratique essaye d'obtenir deux choses : a) Les petits pois avec lesquels nous remplissons les conserves doivent être de la même grosseur, et b) les hommes sur la terre doivent ressembler au maximum à ces petits pois uniformes mis en boîtes. Pour régner, l'antichrist, n'a pas besoin de PERSONNES libres, conscientes, mais d'INDIVIDUS constituant les cellules d'une masse amorphe, homogène et anonyme. Il cherche à y parvenir par plusieurs moyens, en utilisant même des slogans très idéalistes sur la FRATERNITÉ, l'ÉGALITÉ, la LIBERTÉ, etc., mais qui ont comme principe la destruction de la notion de la HIÉRARCHIE des valeurs. Par la Judéo-maçonnerie, il tend donc vers l'ÉGALISATION de tous et de tout ! LA FAMILLE, étant la force de la personne et d'une société consciente, et doit peu à peu s'abolir : par le féminisme, on cherche premièrement l'égalisation des deux sexes, au lieu de la distinction hiérarchique entre l'homme et la femme, on nous propose le « couple nouveau » avec une égalisation hiérarchique entre le MALE et la FEMELLE. Égalisation au point de vue des droits légaux, afin qu'il n'y ait pas de TETE réelle dans la nouvelle famille. Mais aussi une égalisation dans les apparences extérieures : même l'habillement et la coiffure doivent se confondre. Peu, hélas, sinon rares sont ceux qui se rendent compte que l'esprit de l'antichrist mène de nouvelles formules de structures sociales ayant des conséquences spirituelles terribles pour tout le monde. La famille est combattue également par la licence des moeurs. Les « pères » et les « mères » de demain sont souvent spirituellement et charnellement dépravés, de sorte qu'ils ne puissent transmettre à leurs enfants plus qu'ils ne possèdent eux-mêmes. Et pourtant on ne parle que deÉ « libération ».

L'égalisation des individus s'opère principalement sur le domaine spirituel et religieux . Jusqu'à hier, chaque hérésie revendiquait pour elle-même l'exclusivité de la vérité. Aujourd'hui les choses se présentent sous un jour complètement nouveau. La vérité serait quelque chose de « relatif » et qui n'existerait pas réellement. Il faut détruire les facultés dont Dieu dota l'homme. Nous ne sommes pas contre les spectacles par esprit de « piétisme » ou de « puritanisme », mais nous constatons chaque jour que, par le spectacle, est exercée une influence terrible ayant comme but une sorte de paralysie de l'esprit humain, qui se fatigue et se livre à une sorte de narcose de DOUTE et d'INDIFFÉRENCE envers Dieu. L'éternité étant devenue pour l'homme quelque chose d'INCERTAIN, il limite ses efforts vers les « CHOSES VISIBLES » qu'il accepte comme les seules réelles et certaines. Ainsi, il fraternise avec les autres hommes sur des idéaux communs et terrestres, les « CHOSES NON-VISIBLES » constituant pour lui une UTOPlE et une INCERTITUDE.

C'est donc une conséquence naturelle de chercher à améliorer ses conditions de vie sur cette terre, non de manière PACIFIQUE mais PACIFISTE ! L'Église se dresse comme un obstacle, car elle lui rappelle constamment la vanité de ce monde et cherche à orienter son attention vers le ciel et les choses qui doivent arriver. Elle exige des sacrifices, la pureté, l'effort, l'affliction, et rejette toute surestimation des choses terrestres. Alors l'esprit enténébré n'est plus capable de distinguer l'absolu de la vérité évangélique et cherche à apaiser sa conscience, à trouver une manière de satisfaction par le compromis des exigences de la religion et du monde matérialiste, et cherche à contracter « une assurance de vie éternelle pour le cas où existerait une vie éternelle après la mort » ! L'antichrist prévoit également ce besoin métaphysique de l'homme et lui propose une religion idéaliste avec de grands mots et des slogans : « Dieu est amour et nous devons aimer tous les hommes et les considérer comme frères indépendamment de leurs croyances », nous devons avant tout « vivre en paix avec les autres avec des sentiments de respect mutuel envers les conceptions, les coutumes, usages, et traditions d'autrui » ; nous devons « tourner notre attention à faire toujours le bien et venir en aide aux besoins d'autrui et particulièrement de ceux qui souffrent » ; car « en effet peu importe ce que chacun croit, pourvu qu'il soit sincère dans ses convictions, et ses mobiles », et beaucoup d'autres paroles fascinantes à première vue.

Du fait que l'hérésie cherche, par la moitié d'une vérité, à masquer l'autre moitié, il n'est donc point question du Second Avènement du Christ, ni du Jugement Éternel, ni de devoir confesser notre foi « jusqu'à la mort », ni de maints avertissements de l'Évangile sur « la voie est affligée et resserrée » (Mt 7,14), « qu'il faut entrer par plusieurs afflictions dans le Royaume » (Ac 14,22) ; « dans le monde vous aurez de l'affliction » (Jn 16,33) ; les rachetés passent à travers « la grande tribulation » (Ap 7,14), ni que « tout le monde gît dans le mal » (Ga l,14, Ep 5,16) que l'on rencontre à chaque page de la sainte Écriture et des Pères.

On comprend facilement que l'on ne parle pas de la venue de l'antichrist (2 Th 2), ni que, dans les derniers jours, « des hommes charmeurs qui égarent, avanceront plus dans le mal, égarant les autres et égarés eux-mêmes » (Tm 3,13), et que « plusieurs seront égarés » (Mt 11,24) « si possible, même les élus » (ibid.). Ni que « dans les derniers jours », les gens seront de plus en plus « égoïstes, amis de l'argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, emportés, enflés d'orgueil, aimant le plaisir plutôt que Dieu, ayant l'apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force. » (2 Tm 3,2-3)

Les pasteurs ne rappellent plus à leur troupeau que sur terre nous sommes « des étrangers et des émigrants » (He 11,13) et « haïs de tous pour le Nom » de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ! (Mt 10,22)

Au contraire, le monde est amené à un paradis artificiel, une sorte d'euphorie, où l'homme cherche à attirer le maximum de satisfaction possible, la religion n'étant plus « LA VIE EN CHRIST », mais étant reléguée au niveau d'une simple conviction intellectuelle que l'on adopte soit par habitude, soit par éducation, soit par l'influence d'un milieu dans lequel on a toujours vécu. Un support deÉ civilisation et de culture !

La sainte Église ayant prévu la dégénérescence de cette époque « POST-CHRÉTIENNE » que nous traversons, nous recommande par ses saints apôtres et à plusieurs reprises dans les textes sacrés (Rm 12,2) : « NE VOUS CONFORMEZ PAS AU SIECLE PRÉSENT ! »

Nul n'a l'intelligence s'il n'a pas l'humilité.

Celui qui n'a pas l'humilité ne comprend rien.

Et nul n'est humble s'il n'est pas en paix.

LA PASSION DE SAINT BAISAR ET DE SA MERE
Un écrivain anonyme nous a conservé un épisode d'une grâce exquise :

On conduisait mourir une jeune femme, et pendant la route elle donnait la main à son petit garçon, âgé de quatre ou cinq ans, qui trottinait comme il pouvait. Quand on fut arrivé et tandis qu'on garrottait sa mère, l'enfant vit Dhou-Nowas, le juif, assis sur son trône en vêtement de cérémonie ; il courut à lui et lui embrassa les genoux. Le roi l'éleva jusqu'à lui et l'embrassa : « Dis-moi, petit, veux-tu aller avec ta mère ou rester avec moi ? »

- « Je vais avec maman, elle m'a dit : " Viens, nous serons martyrs ". J'ai dit : " Maman, qu'est-ce que c'est, martyr ? " Elle m'a dit : " C'est mourir et puis c'est vivre ". Laisse-moi aller avec maman, je vois les hommes qui partent avec elle ; et il cria : Maman, maman ! »

- « Connais-tu le Christ ? » dit le roi.

- « Je crois bien. »

- « Comment le connais-tu ? »

- « Je Le voyais tous les jours à l'église quand j'allais avec maman ; veux-tu venir ? Je te Le montrerai. »

- « Qui aimes-tu mieux, le Christ ou moi ? »

- « Le Christ, puisque je L'adore. »

- « Et qui aimes-tu mieux, ta mère ou moi ? »

- « C'est maman ; mais laisse-moi retourner avec elle. »

- « Pourquoi l'as-tu laissée et m'as-tu embrassé les genoux ? Tu ne sais donc pas que je suis juif ? »

- « Je croyais que tu étais chrétien, et je suis venu te demander de laisser maman tranquille. »

- « Et bien, je suis juif ; mais si tu veux demeurer avec moi, je te donnerai des noix, des amandes et des figues. »

- « Laisse-moi aller avec maman, je ne veux pas de tes cadeaux, juif. »

- « Reste ici, tu seras mon enfant à moi. »

- « Non, tu sens mauvais, et maman sent bon.»

- « Voyez, dit le roi à son entourage, oh ! la mauvaise racine ! »

Un des assistants dit à l'enfant : « Veux-tu que je te conduise chez la reine ? »

- « Non. »

Et comme il vit qu'on emmenait sa mère et qu'on la brûlait, il cria : « Je veux maman ». Mais on le retint de force, alors le petit se jeta sur le roi et le mordit à la cuisse ; mais on le remit à un courtisan : « Emmène-le, dit le Roi, élève-le et fais-en un juif. » Comme on passait près du bûcher de sa mère, il s'échappa et courut se jeter dedans, il y fut consumé.

 

Les Ménées font mémoire du saint enfant et de sa mère le 24 du mois d'octobre.

Ainsi se vérifia la parole qui dit :

« C'est dans la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle

que Tu as mis une louange plus parfaite. »

(Matines du Dimanche des Palmes. Prokiménon.)

Ne donne rien à un homme qui aime la dispute, qui veut établir sa propre raison, qui est malin dans son intelligence et insolent dans ses sens. Et ne reçois rien de lui, afin que ne s'éloigne pas de toi la pureté que tu as acquise avec tant de peine, et afin que ton coeur ne s'emplisse de ténèbres et de trouble.

UNE VIEILLE AU JARDIN BOTANIQUE

On dit qu'aux environs d'Athènes, près du Jardin Botanique, se trouve une petite chapelle, dédiée à saint Nicolas. A l'extérieur de cette petite chapelle se trouvait, ou se trouve encore peut-être, un cyprès. Une fois, un jeune moine s'y rendit, faire ses dévotions au saint afin d'être guéri d'une forte grippe. La chapelle était déserte, et le moine s'étonna d'y trouver planté ce cyprès. Comment, sous l'occupation allemande, personne n'avait-il eu l'idée de l'abattre pour le chauffage, en ce temps où les hommes volaient même les volets des fenêtres pour faire du feu ?

Après deux ou trois ans, le moine revint à cette petite chapelle, mais la retrouva cette fois-ci balayée et la veilleuse du saint allumée. Alors il se mit à chanter le Canon de supplication : « Jésus très douxÉ »

- « Quelles belles paroles », entendit-il dire derrière lui, à peine terminé l'office.

- « Si elles te plaisent, mémère, viens et je t'apprends à les chanter. »

- « Hm, je ne suis pas allée à l'école, comment lirais-je ? »

- « Peut-être sais-tu le Crédo ? »

- « Bah, c'est trop long, comment le saurais-je, moi pauvrette ? »

- « Dis, tu connais peut-être le Notre Père ? »

- « On y trouve des passages difficiles pour moi. »

- « Alors je t'apprends une petite prière que tu diras toujours. Elle est vraiment toute petite : " Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi. »

- « Seigneur DieuÉ euhÉ ChristÉ »

- « Pas comme ça. Écoute, mémère : " Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi. "

- « Seigneur Dieu JésusÉ "

- « Tu ne dis pas bien, mémère. Jamais tu ne feras une prière. »

- « Comment ? Je prie en tout temps. Et encore maintenant quand nous parlons ensemble. »

- « Qu'est-ce que tu dis là ? »

- « Je dis : " Pitié, Seigneur. »

- « Elle ne va pas bien. », pensa le jeune moine instruit. Il lui demanda donc :

- « Qu'est-ce que tu fais ici ; qu'est-ce qui t'y a amené ? »

- « Ah, mon cher ! Dieu m'avait donné trois enfants. Et tel Il les a donnés, tel Il les a pris. Que le Nom du Seigneur soit béni ! Quand je perdis le troisième, il ne me restait plus qu'une petite-fille orpheline ; et je pleurais comme une mère. Mais bientôt, je ressentis dans mon coeur une grande joie et tout de suite, je me dis : " Pitié, Seigneur ! " Et depuis, je ne cesse de le dire jour et nuit. »

- «  Dis-moi, mémère, ne te révoltas-tu pas ? »

- « Comment me révolter, mon enfant? Ne sais-tu pas que toutes les tentations viennent à l'homme quand il se sépare de Dieu ? Une seule tentation ne vient pas de Dieu : L'INCRÉDULITÉ. Ainsi, je me retrouvai dans la rue avec l'orpheline, demandant à Dieu un coin pour y rester. Voilà que je vins enfin à cette chapelle pour dire à saint Nicolas : " Saint Nicolas, il ne me reste plus d'enfant car ils sont ensevelis. Plus aucun être cher dans la maison pour m'en occuper. Personne à héberger. Ainsi donc je m'occuperai et je nettoierai ta maisonÉ Avec l'aumône que les gens donnent, j'entretiendrai ta veilleuse et je dormirai dans un coin de ta maison, jusqu'à l'heure où je quitterai cette vie : Car toi, je ne te perdrai jamais. Ainsi tu ne me mourras pas, mais ce sera toi qui me mettras au tombeau. »

- « Et pourquoi, mémère, on ne coupe pas ce cyprès ? »

- « Mon cher, ce cyprès ne peut pas être coupé. Jadis, à cet arbre, les Turcs ont pendu les nouveaux martyrs. C'est un arbre sacré et personne ne doit l'endommager. »

Quand le jeune moine eut entendu tout cela, il se dit : « Peut-être la vieille a-t-elle lu dans la Philocalie saint Siméon le Nouveau Théologien. Tout cela est vraiment admirable et salutaire. Si nous ne cherchons pas à atteindre la simplicité d'un coeur pur, alors le diable trouvera moyen de nous jeter dans les illusions et les égarements. Quand notre coeur sera simple et pur, alors la grâce de Dieu nous couvrira comme et quand elle veut. Ce n'est ni notre science, ni notre savoir prier ni notre ascèse qui fait descendre la force divine. " Il fait droit à tous les opprimés. " Regardez les papistes : ils traduisent les écrits de nos Pères, la Philocalie, les Apophtegmes, les offices, et quoi encoreÉ Mais après tout, ils restent papistes, car ils ne provoquent pas la grâce et le salut de Dieu. »

Chez nous, ni les patriarches, ni les conciles ne peuvent jamais introduire quoi que ce soit de nouveau, car chez nous, le conservateur de la piété du corps du Christ est présent lui-même; c'est le peuple, qui veut toujours maintenir sa foi intacte, d'accord avec la foi de ses pères.

Encyclique du 6 mai 1848

«C'EST DANS LA FAIBLESSE...»

tiré d'une lettre du Père Basile Sakkas

...

Dans la religion orthodoxe, [il y a un] manque de logique, [un] manque de théologie systématique, nous nous inclinons toujours devant le mystère et nous paraissons plutôt naïfs et sentimentauxÉ

Jésus Christ a choisi comme disciples des gens très simples. On dit que saint Pierre était illettré et que c'est saint Marc son disciple qui écrivait ses épîtres. Souviens-toi du cantique de la Pentecôte : « Bénis sois-tu Christ notre Dieu qui as rendu tout sages les pêcheurs, en leur envoyant l'Esprit saint, et par eux Tu as pêché l'univers, Ami de l'homme, gloire à Toi ! »

Les apôtres et les pères n'étaient pas des « génies », ils étaient : « Théophores », c'est-à-dire porteurs de Dieu. A l'Église de Corinthe, il y avait tellement de fornication, que même parmi les païens, il n'y en avait pas tant, au point que parmi les chrétiens, quelqu'un avait sa marâtre comme femme. Si quelqu'un avait dit à l'époque à l'aristocratie corinthienne, très cultivée et érudite, que cet amas de quelques gens, simples et pas très moraux, était l'Église de Dieu par laquelle Il voulait déifier l'univers, il aurait été couvert de ridicule. Et pourtant c'était bel et bien l'Église de Jésus Christ : « sans tache, ni ride, mais sainte et irréprochable ». Ceci n'est pas très logique. N'oublie pas que le Seigneur a choisi « les choses folles de ce monde pour confondre les sages », car « la folie de Dieu, dit l'Apôtre, est plus sage que la sagesse du monde ».

Il s'agit d'une tout autre logique et d'une toute autre intelligence, de laquelle il faut approcher déchaussé, si l'on veut être illuminé par le saint Esprit. La nature de la théologie orthodoxe est principalement apophatique, elle n'est ni cartésienne, ni aristotélienne, ni logique. Tout est basé sur L'INCOGNOCIBILITÉ divine, sur l'océan de l'ignorance en ce qui concerne Dieu, que l'on peut percevoir non par le cerveau mais par le coeur !

Le cerveau n'est qu'auxiliaire, il est au service du coeur, mais si nous n'obtenons pas la grâce des larmes, nous ne pouvons pas entrer dans les ténèbres divines du mont Sinaï et converser comme Moïse avec le Seigneur. Quand les larmes arrivent, tout s'arrête, même la prière, disent les pères. Mais pour cela, il faut beaucoup s'humilier, il faut demander à Dieu la grâce de perdre toute estime pour soi-même et devenir simple comme un petit enfant. J'ai constaté que l'ÉRUDITION ne nous met à l'abri, ni de la CONFUSION, ni de la CONTRADICTlON. Il y a beaucoup de savants qui deviennent ridicules, et les hérétiques ont été souvent des gens très instruits et connaisseurs des positions adverses. Nestorius était un homme très raffiné et fort cultivé, à l'inverse de saint Cyrille d'Alexandrie, qui avait un si sale caractère que notre vénération pose des problèmes aux esprits rationalistes.

Mais la foi n'a rien à faire avec notre morale, ni avec notre bonté naturelle, ni notre finesse, car tout cela peut être utilisé soit en bien, soit en mal. Par contre la GRACE de Dieu peut se servir de notre bassesse, de notre ignorance, et de notre caractère insupportable. Souviens-toi des saints apôtres, qui ont illuminé le monde, il y avait parmi eux des disputes qui étaient portées à leur « paroxysme », comme en témoignent les Actes des saints Apôtres. Maintenant, les gens nous reprochent le « CHAOS » qui existe dans Le monde orthodoxe, mais lis l'Écriture Sainte et tu t'apercevras qu'un « chaos » identique existait même pendant la période apostolique. Rappelle-toi l'hypocrisie de saint Pierre, des veuves des hellénistes victimes de l'esprit nationaliste juif, des faux docteurs qui enseignaient la circoncision, d'autres qui prêchaient l'évangile pour causer de l'affliction à saint Paul, des disputes entre Paul et Barnabas, et tant d'autres échantillons, contraires au bon ordre, à la logique et la discipline romaines.

Le chrétien a l'hérésie en abomination. L'hérésie, c'est la seule chose qui l'écoeure. Souviens-toi de l'histoire de l'abbé Agathon, qui admettait toutes les insultes : de menteur, de fornicateur, d'avare etc. que l'on lui infligeait. Mais quand on l'a traité d'hérétique, il s'est mis hors de lui, et tous ont été émerveillés de son discernement. Ainsi donc quand par la grâce divine, tu obtiendras la pénitence et les larmes, tu obtiendras également le dégoût pour l'hérésie, même quand elle porte des habits pontificaux, ou quand elle usurpe les apparences orthodoxes, même quand elle est très érudite et très cultivée.

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L'érudition ne te mettra pas à l'abri de l'erreur si la grâce de Dieu ne te couvre pas, cette grâce qui, selon le bienheureux Augustin, repose premièrement dans l'humilité, deuxièmement dans l'humilité, et troisièmement dans l'humilité....


L'athéisme provient toujours de l'orgueil. L'homme orgueilleux veut tout comprendre avec son intelligence et par sa science mais Dieu ne se révèle qu'aux humbles. A l'homme humble, Il révèle ses oeuvres qui sont incompréhensibles à notre entendement, mais qui dans la lumière du saint Esprit, nous deviennent tout à fait claires. Avec notre intelligence, nous ne pouvons même pas comprendre partiellement les choses terrestres.
Staretz Sylvain du Mont Athos

Quel est le propre du chrétien ? La foi, qui se traduit en oeuvres par la charité. Le propre de la foi ? Une ferme croyance en la vérité des paroles inspirées, que n'ébranle aucun raisonnement, fût-il fondé sur une loi de la nature ou sur une apparence de piété. Le propre du croyant ? Être affecté dans une telle conviction par la signification propre des mots employés, sans oser rien en retrancher ni rien y ajouter. Car si tout ce qui ne procède pas de la foi est péché, comme dit l'apôtre, et si la foi vient de ce qu'on a entendu prêcher, et la prédication se fait sur la parole du Christ, tout ce qui est en dehors de l'Écriture inspirée, n'étant pas de foi, est péché.
Saint Basile le Grand : Règles Morales

Un petit enfant ne sait pas mentir;

de même l'âme libérée de toute malice.

saint Jean Climaque

SAINT ANDRÉ DE CRETE

Grande est la malice dont use le diable contre les martyrs du Christ, surtout lorsqu'il les voit entrer courageusement dans la lice et servir Dieu fidèlement sans jamais L'offenser. Comme les expédients de cette malice sont variés à l'infini, il est besoin, pour s'en défendre, d'un grand courage, et comme armure, d'un ardent amour du Christ ; sinon, on est exposé à être écrasé et à tomber entre les mains exécrables de cet ennemi qui trouve sa jouissance à insulter les enfants de Dieu. En effet, tantôt par lui-même, tantôt par ses suppôts, il cherche à outrager de toutes façons les serviteurs du Christ ; il fait rouler les uns au fond des précipices, il fait exposer les autres aux morsures des bêtes sauvages ; il allume une fournaise pour ceux-ci, il creuse un gouffre béant pour ceux-là ; pour d'autres il prépare une roue, pour d'autres encore il aiguise un glaive ; bref, il invente pour chacun d'eux un nouveau genre de supplice.

Mais les martyrs le tournent en dérision, quand, faisant peu de cas de tous ces tourments, ils en réclament de plus violents, afin de témoigner davantage l'amour ardent dont ils brûlent pour le Christ. A la vérité, le diable a fait mourir quantité de serviteurs du Christ, et triomphé en eux du corps mais jamais de la résolution, de la volonté et de l'âme qui est supérieure à tout. C'est donc lui en définitive qui a été vaincu et qui a subi la honte d'un échec, quand, malgré les tortures qu'on faisait endurer à leur chair, les martyrs ont su maintenir leur âme invincible. Tel est, précisément le triomphe qu'a remporté sur lui le généreux et bienheureux martyr André. Cet athlète, en supportant ces tortures et d'autres plus cruelles, non seulement remporta sur l'ennemi une brillante victoire, mais encore offrit un exemple remarquable qui a donné du courage à tous ceux qui ont ensuite marché sur ses traces. Le saint dont nous allons parler a donc accompli des exploits vraiment admirables ; mais il ne faut pas oublier qu'il s'y est préparé par une longue suite d'actions saintes, vraiment dignes d'être proposées pour exemples ; par conséquent il ne suffit pas d'écouter avec intérêt le récit des combats d'André, il faut en outre s'appliquer à imiter les vertus qu'il a pratiquées.

Il vit le jour en Crète, qui était alors régie par les lois les plus admirables. Il s'adonna dès son enfance à la piété qui distinguait sa patrie, et donna promptement l'exemple des vertus. La gloire humaine ne lui parut point digne de louanges ; les richesses ne captèrent point son admiration ; il ne chercha point à se procurer une vie molle et désoeuvrée ; mais il se soumit a un genre de vie dur, rigide et âpre, qui était tout a fait propre à le préparer à la lutte. Comme il brûlait d'un ardent amour pour la vertu et qu'il était affranchi des voluptés charnelles, il remporta d'éclatantes victoires sur les ennemis de notre âme, et devint pour tous un admirable exemple pour reconnaître et suivre la voie du salut. Il parvint à persuader nombre de ses compatriotes de mépriser les choses de ce monde, et de tendre vers le ciel, là où les sages nous disent que se trouve et se trouve réellement notre vie véritable. Tel était donc son genre ce vie ; telle était la croyance qui guidait ses actions, c'est-à-dire celle que les apôtres avaient transmise et à laquelle sa patrie était fermement attachée. Du reste, à cette époque, l'univers entier jouissait paisiblement de la possession d'une religion pure et sincère, au milieu de laquelle ne croissait aucune graine du semeur de zizanie. Le malin, témoin de cette longue prospérité et de la parfaite tranquillité dont jouissait l'Église, se sentit piqué de jalousie, et il ne put pas supporter plus longtemps cet état de choses. Aussitôt il se mit à chercher quelle ruse il pourrait imaginer pour entamer l'Église. Il reconnaissait désormais presque impossible de persuader les chrétiens de quelque hérésie touchant la divine Incarnation du Christ, car depuis longtemps la foi sur ce point était immuablement affermie ; elle avait, comme dit David, étendu ses branches jusqu'à la mer et ses racines jusqu'aux fleuves ; de son ombre, elle recouvrait les montagnes et ses rejetons dépassaient les cèdres les plus élevés ; l'infernal sanglier, se précipitant hors de sa forêt embrasée, conçut le projet de ravager la vigne du Seigneur par un moyen nouveau qui aboutirait a peu près aux mêmes résultats que l'antique négation touchant l'Incarnation divine. Il lui sembla qu'en abolissant le culte des saintes icônes, il arriverait de nouveau à saper la croyance à l'Incarnation du Sauveur ; car ce qu'on fait à l'image atteint indirectement la personne qu'elle représente.

Satan entreprit donc peu à peu le scélérat et le misérable qui, à cette époque gouvernait l'empire, et qui se nommait Constantin. C'était, sous le rapport religieux, l'antipode de son homonyme, qui reconnut le premier comme officiel le christianisme ; aussi le diable n'eut-il beaucoup de peine à le persuader que c'était un sacrilège pour les chrétiens de rendre un culte véritable aux icônes sacrées. L'empereur imbécile rendit donc un édit par lequel il proscrivait ce culte comme entaché de paganisme. La vérité était qu'il comprenait mal la notion de ce culte, et faisait un mélange aussi insensé que périlleux de choses qui ne pouvaient en aucune façon s'associer. En effet, les images dont le prototype est impie sont naturellement considérées comme impies par ceux qui professent la vraie religion. Mais celles dont l'exemplaire est vénérable et adorable ne doivent-elles pas forcément être tenues par eux comme pareillement adorables et vénérables ?

Ainsi donc, Constantin, conformément aux instructions du diable, promulgua un édit qui abolissait le culte des icônes sur toute la surface de la terre, et menaçait de terribles supplices tous ceux, sans distinction d'âge ni de rang, qui n'accueilleraient pas avec joie et empressement cette ordonnance et ne s'y soumettraient pas absolument. Bien plus, était passible du châtiment quiconque honorerait, ne fût-ce que par un mot, une image sacrée. Il était prescrit de sévir principalement et sans merci contre les officiers, quels qu'ils fussent, qui auraient admis aux fonctions dépendantes de leur administration, des sujets coupables de désobéissance à l'édit, attendu que leur soumission devait exercer plus d'influence que celle des autres. L'empereur se livra donc aveuglement aux accès de sa fureur, sans se préoccuper en aucune façon de l'intérêt public. La conséquence de ces terribles menaces fut que les villes devinrent désertes ; car les habitants s'enfuirent dans les montagnes pour échapper aux appariteurs ; les prisons devinrent trop étroites, car on les emplissait non plus de voleurs, d'assassins et d'autres malfaiteurs, mais de gens pieux, religieux, craignant Dieu, adonnés aux jeûnes, aux veilles, aux larmes, destinés a jouir des plus grands honneurs dans la Jérusalem céleste.

Dès que cette guerre cruelle et acharnée eut été déclarée dans toute l'étendue de l'empire, on en vit, hélas !, et en grand nombre, se plier aux circonstances, et affecter le servilisme le plus écoeurant dans leurs paroles et leur conduite. Mais le bienheureux André ne put pas supporter ces chaînes honteuses, ni rester insensible à ces milliers d'âmes pieuses auxquelles on voulait fermer les portes du ciel. Il jugea que le temps était venu d'étaler courageusement au grand jour le zèle ardent qu'il nourrissait depuis longtemps en son âme. Il quitta donc sa patrie, s'arracha au sol qui l'avait vu naître, et accourut a Constantinople comme un athlète vaillant et généreux, qui vient d'achever ses exercices préparatoires et brûle du désir de descendre dans l'arène. Sans redouter les officiers ni quoi que ce soit, il se jeta dans la mêlée, et se mit à censurer librement la mauvaise secte de l'empereur et tous ceux qui étaient de son parti. On l'entendit proclamer hautement l'honneur qui était dû aux icones sacrées : « Oui, répétait-il sans se lasser, il faut vénérer les images pour les mêmes raisons qui nous font honorer Dieu. » Il ajoutait qu'il était expressément venu à Constantinople pour démasquer les embûches dressées par le diable, pour amener à résipiscence ceux qui avaient eu le malheur de trahir les intérêts de leur salut, pour leur rendre courage et pour protéger et affermir par ses prières, ses exhortations et ses conseils, ceux qui n'étaient point encore tombés.

Comme le bienheureux André s'exprimait ainsi en public sans daigner user d'aucune précaution de langage, on vint en avertir l'empereur. Constantin se fit dresser un tribunal hors de la ville, devant la basilique du martyr Mamant. Là, s'entourant du faste le plus exagéré, ayant à ses côtés une multitude innombrable d'assesseurs et de satellites, il semblait défier les regards des spectateurs. Son oeil terne et farouche s'abattait avec la férocité d'une bête sauvage, sur les orthodoxes ; il faisait fouetter horriblement les uns avec des nerfs de boeufs, livrait les autres aux flammes ou à divers genres de supplices ; à ceux-ci on crevait les yeux, à ceux-là on arrachait la langue, afin que les premiers ne puissent jouir de l'héroïsme des autres athlètes, et puiser du courage dans la vue de ces exemples ; afin que les seconds ne puissent exciter leurs compagnons à la lutte, et pour ainsi dire les tenir par la main en les exhortant et les conseillant ; il y en avait enfin à qui, dans un accès de colère, on amputait les pieds et les mains. Le bienheureux André fut blessé au coeur à la vue de ce spectacle lamentable ; il se sentit animé de courage et de force pour protester publiquement en faveur du Seigneur, et après avoir fait en son coeur cette prière : « Seigneur, guide mes pas », il se jeta au milieu de la foule des spectateurs, se frayant un chemin à travers la multitude, esquivant ceux qui tentaient de l'arrêter, et arriva soudain en présence de l'empereur. « Pourquoi donc, Sire, lui cria-t-il, pourquoi, si tu es chrétien, t'acharnes-tu avec tant de barbarie contre l'image du Christ et contre ses serviteurs ? » Le tyran ne put supporter une telle liberté de langage, qu'il considérait comme un outrage public à sa majesté : aussi interrompit-il immédiatement le saint et ordonna-t-il à ses gardes de se saisir de lui. Les officiers, dont les mains étaient avides de meurtre, se jettent aussitôt sur le bienheureux ; les uns l'empoignent par la tête, les autres par les mains ; ceux-ci le tirent par le manteau, ceux-la par la tunique, tous l'accablant à qui mieux mieux d'outrages. Pour plaire davantage à celui qui venait de les commander, ils jettent à terre le saint, dont l'âme habitait dans les régions célestes, et il ne cessent de le tirailler, de le traîner jusqu'à ce que l'empereur estimant que l'athlète était suffisamment châtié de sa liberté de langage et voulant faire ostension de clémence, leur ordonnât de cesser. Il le fit ensuite approcher et se tenir debout en sa présence, afin d'essayer de gagner par la douceur celui que les mauvais traitements n'avaient point effrayé. « D'où vient, lui dit-il, que tu pousses l'audace et la grossièreté jusqu'à refuser d'obéir aux ordres de l'empereur, et à débiter hors de propos et sans l'ombre d'un motif en sa présence tout ce qui te passe par la tête ? Tu as probablement choisi ce moyen pour attirer d'une façon quelconque sur toi l'attention de l'empereur. Eh bien ! tu y as parfaitement réussi et tu obtiendras de moi tout ce que tu désires, pourvu que tu adoptes mon sentiment et que tu fasses une profession de foi telle que la raison ordonne qu'on la fasse. Tout alors ira pour toi à souhait. » Notre admirable saint répondit : « Sire, ce n'est ni l'audace, ni la grossièreté, ni le désir d'attirer ton attention ou d'obtenir de toi quelque faveur qui m'a amené ici. Qu'ai-je besoin de ce que tu possèdes ? Je puis même ajouter : qu'ai-je besoin des biens de ce monde, puisqu'il y a longtemps que je les méprise, comme n'ayant pas plus de réalité qu'un songe. L'unique bien qui m'est agréable, c'est de jouir de la paix de l'âme et de vivre en union intime avec Dieu. Mais comme j'ai appris que tu professais des dogmes étrangers à la foi, que tu détournes les chrétiens de rendre aux icônes sacrées le culte qui leur est dû, et qu'ainsi tu jetais le trouble parmi tes sujets et la confusion dans l'Église de Dieu, je n'ai pu supporter qu'une si horrible injustice fut commise sans soulever de protestation ; abandonnant aussitôt ma patrie et mes parents et traversant la vaste étendue des mers, je suis venu, le coeur brûlant de zèle, avec l'intention ou bien de t'affranchir de cette erreur sacrilège, ou bien de donner ma vie pour le Christ, qui, tout Seigneur qu'Il était, a daigné donner la sienne pour moi, sa pauvre petite image. » - « Certes, répondit l'empereur, c'est dans un dessein merveilleux et gigantesque que tu as entrepris ton voyage, à savoir pour amener à ton petit sentiment et l'empereur lui-même et tous les magistrats et jusqu'au pontife vénérable de notre ville. Mais laissons de côté les longs discours, écoute les conseils que je te donne : sors de l'épais nuage qui t'enveloppe, obéis à tout ce qu'ordonne notre puissance et contente-toi de penser comme tout le monde. Sinon, tu éprouveras par expérience combien il en coûte de manquer de jugement, de se persuader vainement qu'on est quelque chose et de se conduire avec arrogance vis-à-vis des empereurs, en s'en tenant exclusivement à son propre sentiment. »

En entendant ces paroles, le martyr se contentait de lever les yeux au ciel et fit cette prière : « Non, ô Christ, mon Sauveur, je ne Te renierai pas ; Je ne Te frustrerai pas de la gloire d'une belle confession ; jamais je ne mépriserai ton Image ; Jamais je ne me désintéresserai, autant qu'il est en mon pouvoir, des souffrances qu'on fait endurer à tes fidèles serviteurs. Sire, fais-moi rouer de coups, fais couper ma langue, amputer mes pieds, si cela te plaît. Car je suis prêt à tout souffrir plutôt qu'à déshonorer en quoi que ce soit mon Christ, qui est tout pour moi et que depuis longtemps j'ai pris la résolution de suivre uniquement. »

à suivre

Grave le Christ là où il convient, comme Celui qui habite Lui-même en ton coeur, afin que, lu dans un livre ou vu sur une icône, tu Le connaisses par les deux connaissances sensibles ; qu'Il illumine doublement tes pensées et que tu apprennes à voir avec les yeux ce dont tu as été instruit par la parole. Et lorsque tu entends et vois de cette manière, tout en ta nature est disposé à glorifier Dieu et à te remplir de componction.

L'icône peinte est pour nous une sainte lumière, un souvenir salutaire puisqu'elle nous montre le Christ né, baptisé, accomplissant des miracles, crucifié, enseveli, ressuscité, montant au ciel. En tout cela nous ne nous trompons pas, comme si cela n'avait pas eu lieu, car la vision s'ajoute à la contemplation intelligible et par les deux notre foi en le mystère de l'Économie se trouve grandement affermie, elle en tire un grand profit et une componction profonde.
Saint Théodore Studite