Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevźque d'AthŹnes et primat de toute la GrŹce

NUMÉRO 26

MAI 1982

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

Tel : 00 33 (0) 4 68 96 1372

 SOMMAIRE
DE MOIS EN MOIS

SERMON POUR L'ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST

L'AMOUR VÉRITABLE

JÉSUS CHRIST LE SAUVEUR PERSONNEL ET INDIVIDUEL DE CHACUN DE NOUS - LA VALEUR INFINIE DE L'HOMME

MARTYRS DE L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

LES APPARITIONS DU CHRIST APRES LA RÉSURRECTION

LETTRE DE L'ÉGLISE DE GOTHIE SUR LE MARTYRE DE SAINT SABAS


DE MOIS EN MOIS

En Allemagne, Pâque et le baptême de deux enfants se sont bien passés. J'espère pouvoir rester un peu sédentaire maintenant. Comme d'habitude, le bulletin est fait en hâte. Ce n'est pas un voyage prévu, mais les derniers voyages qui ont accumulé un tas de besognes. Plaise à Dieu, je serai plus à l'aise la prochaine fois et le bulletin sera imprimé avec une machine offset qu'un généreux lecteur nous a offerte.

Bien à vous, hm. Cassien

Tels étaient le but et la destination de toute l'oeuvre de notre salut par le Christ, que les croyants reçoivent le saint Esprit. saint Syméon le Nouveau Théologien

SERMON POUR L'ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST
 

Saint Diadoque de Photicé

Fais-moi venir maintenant les prêtres juifs, car c'est l'heure de chanter victoire; allons, ici, prédicateur, héraut du Christ : parle, peins la scène avec la puissance de ta véracité; comment se fait-il qu'ils aient, eux, jeté aux soldats l'argent de leur déraison, pensant couvrir par le mensonge la vérité incompréhensible, tandis que maintenant, nous, les ministres du Christ, nous accueillons le Seigneur qui est ressuscité des morts le troisième jour et monté aux cieux, nous glorifiant sans trêve d'avoir pour Sauveur celui que les cieux ont reçu par un prodige qui leur est divinement survenu ? La terre, elle, portée par sa Volonté, ne pouvait plus Le porter; une nuée lumineuse L'enleva, accomplissant en pleine clarté la figure de la prophétie; les anges, eux, Le restaurèrent avec leurs hymnes jusque sur le trône de son Père, criant sans trêve : «Le Seigneur des armées, c'est Lui le Roi de Gloire»; Lui dont le psalmiste avait d'avance, dans l'Esprit saint, contemplé l'ascension de la terre au ciel, en chantant : «Dieu est monté parmi les acclamations, le Seigneur au son de la trompette». Car cet inspiré prévoyait même la voix des saints évangiles. Mais ceux qui se glorifient d'avoir pour père le très fidèle Abraham ne veulent pas que notre Sauveur à tous ait été ressuscité des morts, croyant, les malheureux, souiller chaque jour par une rumeur sans consistance la beauté d'un pareil fait. «Cette tradition en effet, dit l'évangéliste, s'est répandue parmi les Juifs jusqu'aujourd'hui.» (Mt 28,15). Et pourtant les démons Le reconnurent; mais eux, qui déclarent recevoir avec respect les commandements de Dieu, ne se décident pas à L'honorer jusque dans leurs paroles, et cela quand le prophète dit : «Seigneur, notre Seigneur, comme ton Nom est admirable sur toute la terre ! Parce que ta Magnificence a été exaltée au-dessus des cieux» (Ps 8,2-3) et encore : «Élève-Toi sur les cieux, ô Dieu, et que ta Gloire dépasse toute la terre» (Ps 56,6). Cela, jamais les sophistes du mal ne trouveront moyen de le renverser, malgré toutes leurs subtilités sur le mensonge de leur père; car celui qui a été exalté et élevé au-dessus des cieux est absolument Seigneur, Lui qui étant descendu tout d'abord sur la terre, est monté aux cieux. C'est pourquoi, à un autre endroit, le prophète a énoncé cette prédiction : «Seigneur, incline les cieux et descends; touche les montagnes, et elles fumeront; fais luire l'éclair, et Tu les disperseras» (Ps 143,5-6). Il disait cela en annonçant d'avance, à ceux qui étaient encore assis à l'ombre de la mort, la ruine des puissances de l'enfer; ruine qui, nous en sommes convaincus par beaucoup de preuves, s'accomplit par le sépulcre et la résurrection du Seigneur. C'est pourquoi dans un autre texte, nous voyons le psalmiste dire encore : «Monté sur la hauteur, Il a emmené en captivité les captifs, Il a fait des dons parmi les hommes» (Ps 67,19) car, en arrachant par sa résurrection l'humanité à la captivité de la mort et en montant au-dessus des cieux, le Fils seul-engendré de Dieu a préparé des armes aux partisans de la justice (car Il est le Roi de Gloire), fortifiant chaque jour par des cuirasses spirituelles ceux qu'Il recrute sous le sceau de l'humilité; car il convenait qu'Il Se fît une louange de la bouche des enfants et des nourrissons, mais qu'Il rejetât à jamais ceux qui dans leur présomption se croient consommés. Car le vrai sceau de la piété, c'est l'humilité; c'est pourquoi ceux-là qui refusent de croire que, selon la prophétie, par la résurrection du Christ, nous habitons la lumière des vivants, récolteront les fruits de leur folie.

Mais nous, mes frères, considérons encore les paroles du psalmiste, afin de voir à nouveau des yeux de la raison le Seigneur qui est monté aux cieux sur une nuée; car la raison m'invite à taire pour un temps le témoignage des apôtres, pour ne pas paraître aux yeux des ignorants être à moi-même mon propre avocat, bien que toute parole apostolique ait le témoignage de la vérité prophétique; car leurs discours sont reconnus comme les produits des oracles des prophètes. Car ce que les prophètes ont insinué en raison de la prescience au sujet de l'incarnation du Seigneur, les apôtres, en vertu de leur connaissance, l'ont dit en clair sous l'inspiration du saint Esprit. Car il est écrit : «à l'approche des années, Tu seras reconnu; lorsque le temps arrivera, Tu seras manifesté» (Ha 3,2). Disons donc encore : «Seigneur, notre Dieu, comme ton Nom est admirable sur toute la terre ! Parce que ta Magnificence a été exaltée au-dessus des cieux !» (Ps 8,2-3), afin que nous sachions clairement que l'incarnation du Seigneur et son ascension de la terre aux cieux, dont nous fêtons aujourd'hui la mémoire, ont rempli le monde de la science de Dieu. Car tant qu'Il était sur la terre, la plupart se faisaient une petite idée de la grandeur de sa Gloire, mais maintenant qu'Il est visiblement monté aux cieux, accomplissant comme il convenait toute la Volonté de son Père, la création entière a été remplie d'admiration et de science en voyant le Seigneur de toutes choses monté ou enlevé. Il a été enlevé ou exalté au-dessus de tous les cieux, selon la prophétie, en tant qu'homme, mais Il est monté, en tant que Dieu : «Dieu, est-il écrit, est monté parmi les acclamations, le Seigneur au son de la trompette» (Ps 46,6).

Or le prophète n'aurait pas employé ces expressions s'il n'avait sans erreur, des yeux de la prescience, contemplé d'avance sa descente. Comment eût-il été logique de dire : «Élève-toi sur les cieux, ô Dieu, et que ta Gloire dépasse toute la terre», ou encore «Dieu est monté parmi les acclamations», si le théologien n'avait contemplé, de la prescience de l'Esprit, à la fois sa descente et son ascension ? C'est pourquoi, comme je l'ai dit, il parle tantôt de son exaltation, tantôt de son ascension, pour que nous croyions que le même Seigneur est homme et Dieu en une seule personne. Par sa Divinité en effet, Il est monté; par son Corps, on dit qu'Il a été exalté, c'est-à-dire assumé. Ainsi donc, de toute façon, il faut penser que c'est le même qui est descendu, puis monté au-dessus de tous les cieux, pour remplir tout de sa Bonté et, après avoir soustrait ses apôtres aux passions du péché par la descente du saint Esprit, les exalter à tout jamais. Pourquoi dit-il en effet : «Élève-toi sur les cieux, ô Dieu, et que ta Gloire dépasse toute la terre, afin que tes bien-aimés soient sauvés» (Ps 56,6;59,7) ? Car ils sont réellement au premier chef les bien-aimés du Seigneur, ceux qui, ayant en toutes choses partagé sa passion, sont devenus les témoins oculaires et les hérauts de sa Grandeur. C'est donc un seul et même Seigneur que les prophètes annonçaient; mais le mode de son incarnation, ils ne l'ont pas, comme certains aujourd'hui le veulent, confondu en une seule nature : les termes qui se rapportaient à sa Divinité, ils les ont énoncés divinement; ceux qui avaient trait à son Corps, humainement; afin d'enseigner clairement que le Seigneur qui est monté ou a été exalté aux cieux, en ce qu'Il est, est du Père; en ce qu'Il est né de la Vierge, reste homme, un en forme et un en personne. Lui, en effet, qui était incorporel, ayant pris figure en assumant la chair est pour cette raison monté visiblement là d'où Il était descendu invisiblement en S'incarnant. C'est pourquoi Il a été assumé en gloire, on a cru en Lui à cause de sa Puissance, on L'attend dans la crainte et on s'attend que la nuée prophétique Lui serve à nouveau pour redescendre. Et, en effet, les prophètes ont prédit qu'alors elle Lui servirait, afin qu'une substance corporelle et légère apparût à nouveau porteuse du Seigneur revêtu d'un corps. Car Il porte tout, je l'ai dit, par sa Volonté comme Dieu; mais Il sera porté par la nuée comme homme afin que cet ami de nos âmes ne renie pas, même alors, les lois de la nature qu'Il a adoptée.

Aussi le divin Paul nous a-t-il appris en outre que les saints eux-mêmes seraient enlevés sur des nuées quand arriverait le Seigneur dont on attend la venue sur une nuée. Car ce qui convient au Dieu incarné du fait de son Corps, cela conviendra aussi à ceux qu'Il déifiera par la richesse de sa Grâce, puisque Dieu a pris à coeur de faire dieux les hommes. Ainsi donc, que nul ne suppose que la densité de la nature humaine à laquelle nous avons vu participer, substantiellement, le saint Verbe de Dieu, ait été altérée, mes frères, dans l'irradiation de la divine et glorieuse Substance, par la vérité des deux natures qui existent inséparablement en Lui. Car ce n'est pas pour tromper l'imagination de sa créature que le Dieu glorieux S'est incarné, mais pour ruiner à jamais, en partageant notre nature, l'habitude du mal semée en elle par le serpent. C'est donc l'habitude, non la nature, que l'incarnation du Verbe a changée, pour que nous dépouillions le souvenir du mal et revêtions l'Amour de Dieu : non pas transformés en ce que nous n'étions pas, mais renouvelés glorieusement par la transformation en ce que nous étions.

A Lui donc, gloire et victoire pour être descendu des cieux invisiblement et monté aux cieux visiblement, Lui qui est avant les siècles et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Le Verbe a assumé la chair pour que nous puissions recevoir l'Esprit saint. saint Athanase le Grand

L'AMOUR VÉRITABLE

Concernant le naufrage actuel de l'humanité, nous sommes hélas tombés de Charybde en Scylla. Il y eut une époque où, pour un mot théologique, on coupait des têtes ! Certainement, ce zèle outre mesure était «sans intelligence». En tuant leur prochain, les gens croyaient offrir un culte à Dieu. De l'histoire du prophète Élie, ils n'avaient retenu que la première partie, à savoir le massacre des prêtres de Baal. Malheureusement, la «brise légère» du saint Esprit n'avait pas soufflé sur eux comme elle avait soufflé sur le prophète. Aujourd'hui, au contraire, à notre époque matérialiste, les différences entre les religions sont considérées comme de simples différences «de forme et de mots», et absolument pas essentielles dans leur nature. L'idole du matérialisme a pris dans le coeur de l'homme la première place. Elle gagne chaque jour du terrain dans son cerveau même, depuis qu'il ne l'utilise plus pour les préoccupations et recherches spirituelles. Le centre spirituel de l'homme, par manque d'usage, s'affaiblit et s'atrophie, de sorte que les facultés spirituelles de l'homme meurent tous les jours «au milieu de cette génération perverse». Dans le dédale des passions et du confort, des plaisirs et des occupations, comme aussi de la multiplicité des distractions, qui ont usurpé la première place dans notre coeur, nous n'avons plus ni le temps, ni la disposition, ni la capacité de penser : par exemple, à discerner la substance de l'Énergie divine, la Grâce déifiante, ou ce qui concerne nos origines, notre chute et notre destinée éternelle. Souvent, ceux qui le font tombent dans la tentation de l'intellectualisme, évitant de pratiquer les choses qu'ils étudient. Limités au domaine de la connaissance et de la dialectique, nous avons oublié que la connaissance de Dieu présuppose la crainte de Dieu, la purification, l'humilité, la mortification des passions, l'ascèse, le jeûne, la chasteté et tout autre besoin contraire aux «besoins» parfois artificiels du confort de la vie quotidienne. Pourquoi dépenser de la matière grise, cherchant si le saint Esprit procède du Père seul ou aussi du Fils dès l'instant où nous pouvons avoir avec ceux qui croient autrement que nous, de bonnes relations, des échanges de cadeaux, des compliments agréables, des voyages, du champagne et d'autres choses qui font plaisir ? Pourquoi passer des heures entières à faire des complies et des matines et les autres offices, dès l'instant où nous pouvons limiter tout «à une petite heure» ? Après quoi, nous pouvons aller skier, danser ou nous adonner à tout autre loisir. Pourquoi passer la moitié de l'année en jeûne comme le prescrit le rituel, puisque l'Évangile dit que l'important n'est pas ce qui entre dans la bouche, mais ce qui en sort ? Pourquoi voir ceux qui ne croient pas comme nous comme ennemis de la foi, puisque ceux-ci «confessent le même Christ avec nous» ? Alors nous pouvons très bien prier avec eux, collaborer avec eux et développer en commun une activité sociale et philanthropique («mettre l'évangile en pratique»), donner du pain aux hindous qui ont faim et pratiquer la base des vertus : «l'amour», au lieu de perdre du temps à des choses secondaires, des questions de mots et de significations en ne voyant pas l'actuel grand problème de l'humanité qui exige des solutions nouvelles, et non celles que proposent saint Grégoire Palamas, saint Marc d'Éphèse et saint Cosme d'Étolie, etcÉ Bien sûr, ce sont de saints hommes, mais ils ont vécu dans d'autres conditions, ils avaient d'autres problèmes à affronter, et en fin de compte, pourquoi ne pas admettre qu'en tant que moines, ils étaient un peu étroits et un tout petit peu fanatiquesÉ?

Aujourd'hui, un tel raisonnement paraît logique et de bon sens aux hommes de notre temps, y compris au clergé et nous avons de la peine à répondre à leurs arguments par d'autres arguments. Et pourtant, nous ne pouvons pas nous confier aux hommes, pas même au clergé ! Saint Cosme d'Étolie, que nous fêtons le 24 août, dit dans ses prophéties que nous, les clercs, «nous serons plus corrompus que les autres hommes» ! Il ne nous reste plus donc qu'à nous présenter avec notre indignité à la parole prophétique et véridique que nous tenons «comme lampe qui brille dans l'obscurité» et tirer d'elle les directives sur notre façon de vivre et de penser. L'Écriture sainte nous avertit de ce que l'erreur agit avec méthode. Il ne faut pas sous-estimer sa méthode parce que d'après l'apôtre, l'iniquité constitue aussi un MYSTERE et même un mystère «opérant». Si l'erreur se présentait sous l'habit d'un clown, et tenait un langage de clown, naturellement nous n'y prêterions pas attention. Mais en habit de soirée et très intellectuelle, elle exerce sur nous une séduction, nous succombons à son attraction et tombons sous son charme. Qui est aujourd'hui aussi simple, aussi sage et aussi humble que le roi mythique d'Ithaque, (Ulysse) qui au lieu de se perdre en argumentation avec les sirènes, fit quelque chose de plus simple : il se boucha les oreilles ! Et qui est aussi sobre que lui pour refuser les fruits de la nouvelle Circé ! L'erreur est comme le chameau du proverbe qui cherche à faire entrer une seule de ses pattes, et sait d'avance comment faire pour entrer tout entier. Elle est comme une petite fente qui peut faire naufrager entièrement un grand transatlantique, ou encore comme un peu de ferment qui, d'après l'avertissement du Christ, fera fermenter toute la pâte. L'erreur est pénétrante : c'est la séparation de l'homme du Dieu de la vérité. Nous avons conscience que les besoins de l'homme se résument en un seul besoin primordial et vital de retrouver son Dieu s'il veut éviter la mort et la corruption, choses que Dieu n'a pas faites, ni créées, ni imposées comme punition à l'homme déchu. S'éloignant du royaume de la vie en Dieu, l'homme entre alors dans le royaume de la mort. La mort n'est évidemment pas créée par Dieu, mais Il tolère son existence malgré sa Volonté, en vue du bien de l'humanité, afin que le mal ne devienne pas immortel. Comme les pères l'enseignent, Dieu n'a créé l'homme ni mortel ni immortel, mais candidat soit à l'immortalité, soit à la mort.

Comme dit Théophile d'Antioche, Dieu crée l'homme avec un libre arbitre. L'homme est donc libre et par conséquent responsable de sa destinée éternelle. Notre esprit a le vertige devant la responsabilité que nous avons aussi bien envers nous-mêmes qu'envers notre prochain. Voilà pourquoi les pères s'écrient : «La guerre est préférable à une paix qui nous sépare de Dieu». L'amour qui n'est pas basé sur la vérité n'est pas l'amour vrai, mais un sentimentalisme charnel.

Prenons comme exemple le Seigneur Lui-même, dont l'Amour doit nous servir de modèle, nous donnant une garantie sûre et certaine et une preuve irréfutable. Notre Seigneur Jésus Christ, qui aime ses créatures outre mesure, qui n'a pas épargné sa propre Vie, veut que : «tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» dit l'Apôtre. Le salut est donc inséparable de la vérité et cela est attesté par plusieurs versets de l'Écriture sainte. Qui, parmi nous, a autant d'amour pour son prochain que saint Sérapion l'Égyptien qui se vendait comme esclave pour libérer les hommes de l'idolâtrie et de l'hérésie ? Et qui parmi les évêques d'aujourd'hui, qui voient grand et font la publicité d'une union pêle-mêle a autant d'abnégation que l'évêque de Campanie, Paulin, qui se vendit aux Vandales, laissant la gloire et le trône épiscopal pour sauver un jeune homme et le restituer à sa mère ? Même si on possède encore cet amour et cet altruisme, cela ne représente que très faiblement l'Amour de notre Père céleste envers le pécheur. Si donc notre Père céleste lie le salut à la connaissance de la vérité, comment osons-nous prêcher l'amour tout en restant indifférents à la vérité ? Est-ce là un amour salutaire ? Est-ce qu'il oeuvre dans l'intérêt de l'âme, est-ce qu'il porte du fruit pour la vie éternelle, ou bien est-ce qu'il endort ceux qui sont dans l'erreur ? Vous êtes bien là où vous êtes ! Ou encore est-ce qu'il cultive la paresse et l'indolence spirituelle, ou est-il un instrument entre les mains des puissances ténébreuses qui ont pour but le syncrétisme et l'annihilation des valeurs spirituelles aboutissant à la transformation de l'Église en association philanthropique ? L'amour véritable ne présuppose pas seulement la courtoisie et l'affabilité, mais aussi la réprimande, la sévérité et même d'après l'apôtre PaulÉ «la livraison à Satan» ! Qui peut comprendre, qu'il comprenne ! Avant tout, il faut donc nous lancer dans des croisades et des manifestations, si nous vouons notre vie à la vérité, pour que l'on ne nous dise pas : «tes paroles m'effrayent, mais ton attitude me rassure» et ensuite appeler les gens à retourner à la vérité, car la vérité est la Lumière de Dieu. Notre Dieu est Lumière et aucune ombre d'erreur n'existe en Lui. Qui donc prétend être avec Dieu, et croit et prêche le mensonge est soit menteur, soit égaré.

Tiré de «La Foi Transmise»

L'abba Pastor a dit : «Bonne est l'épreuve, car elle fait l'homme expérimenté.»

JÉSUS CHRIST LE SAUVEUR PERSONNEL ET INDIVIDUEL DE CHACUN DE NOUS -

LA VALEUR INFINIE DE L'HOMME

Selon les multiples aspects de notre enseignement orthodoxe, notre Dieu et Seigneur Jésus Christ est, de façon générale, le Sauveur du monde entier.

«Nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé le Fils comme Sauveur du monde» (1 Jn 4,14).

«Voici l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde» (Jn 1,29).

Il est le Sauveur du monde entier dans le sens que chaque créature humaine peut être sauvée par Lui. En effet il n'y a pas de péché qui ne puisse être effacé par le Sang très précieux de notre Seigneur Jésus Christ. Par le vrai repentir, celui qui aurait commis une infinité de crimes peut être complètement purifié et présenté devant Dieu juste comme s'il n'avait jamais péché. Selon l'aspect concret notre Seigneur est le Sauveur de tous ceux qui croient en Lui et qui, unis par cette foi, constituent un seul corps, qui est son Corps, à savoir l'Église.

«Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils seul-engendré, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais qu'il ait la vie éternelle» (Jn 3,16). Nous mettons notre espérance dans le Dieu Vivant qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants» (1 Tm 4,10). «Christ est le chef de l'Église qui est son Corps et dont Il est le Sauveur» (Ep 5,23).

Mais aussi d'une façon particulière notre Seigneur Jésus Christ est le Sauveur personnel et individuel de quiconque croit en Lui et invoque son saint Nom.

«Car quiconque invoquera le Nom du Seigneur sera sauvé» (Rm 10,12-13).

Il ne faut pas croire que l'appartenance du fidèle au corps de l'Église efface sa personnalité et son individualité. L'individu n'est pas absorbé et assimilé par la collectivité au point de perdre son hypostase propre. Voir comment s'expriment les saints apôtres : «Il a paru bon au saint Esprit et à nous» (Ac 15,58). Toutefois, comme on ne peut considérer quelqu'un comme membre s'il n'appartient pas à un corps, ni comme fidèle s'il ne fait pas partie de l'Église (le Seigneur n'ayant jamais constitué des fidèles isolés), de même on ne peut glorifier le corps de l'Église au préjudice de chaque cellule constituante.

Pour cette raison, lors de la Divine Liturgie le prêtre encense chaque fidèle séparément et saint Basile dans son anaphore recommande à Dieu «chacun» avec ses propres nécessités et son cas particulier : «Seigneur, Toi qui sais l'âge et le nom de chacun, Toi qui connais chacun dès le sein de sa mère».

Pour cette raison également, lors de la prothèse, le prêtre mettra sur le disque une parcelle pour chaque fidèle vivant ou endormi, présent ou absent. Chaque parcelle sera plongée dans le Sang très précieux de notre Seigneur Dieu, quand le prêtre, après la communion, videra le disque dans le calice en disant :

«Lave, Seigneur, par ton Sang précieux, les âmes de tes serviteurs mentionnés ici».

Cet acte redoutable est en même temps communautaire et individuel. Dans le saint Sang sont plongés tous et chacun. Ni individualisme ni absorption.

«Celui qui nous aime et qui nous a lavés de nos péchés par son SangÉ» (Ap 1,5)

Le Seigneur n'est pas impressionné par la foule pour sous-estimer l'individu. Il ne calcule pas d'une façon commerciale sur la qualité, au contraire, Il laisse les «quatre-vingt-dix-neuf» brebis de son troupeau pour chercher l'unique brebis égarée. En d'autres termes, s'il n'y avait eu qu'un seul pécheur sur notre globe terrestre, pour lui seul, Christ aurait quitté les cieux pour être crucifié à sa place.

Quelle que soit la condition de l'homme dans la société où il vit, il a besoin du Sauveur. Quand il trouve son Sauveur, même si c'est un esclave, un mendiant, un empereur, ou un être ignoré, il est couronné de la Gloire du Fils de Dieu. Il est assis sur le même trône que le Christ et régnera avec Lui, non sur un groupe ou une assemblée, une ville ou un empire, mais sur l'univers entier. Voilà pourquoi notre père parmi les saints, Jean Chrysostome s'écrie : «L'homme est la fameuse créature de Dieu ! Même s'il est un esclave, je ne le mépriserai point ! Même s'il n'est qu'un seul homme, il est toujours l'homme pour qui le ciel fut tendu. Pour lui le soleil brille, la lune suit son parcours, l'air est répandu, les sources jaillissent et la mer fut étendue. Pour lui, les prophètes furent envoyés et la Loi fut donnée. Et que dirais-je encore ? Pour lui, le Fils seul-engendré de Dieu Se fit homme. Pour lui, mon Maître fut immolé et son Sang fut répandu ! Et moi, je mépriserais cet homme ? Quel pardon pourrais-je alors obtenir ?»

Le fait que nous appelions Dieu collectivement «notre Père» n'empêche pas le fils prodigue repentant de dire : «J'irai vers mon père». Christ est en même temps notre Sauveur mais Il est aussi mon Sauveur, je ne m'efface pas dans la foule des croyants mais Il s'occupe même du nombre des cheveux de ma tête que moi-même j'ignore ! Il s'occupe même et se souvient des plaisanteries et des frivolités qui sortent de ma bouche et que moi j'oublie quelques instants après.

Pour cela, dans l'Église, nous avons une multitude de cantiques par lesquels nous appelons notre Dieu personnellement : «Mon Dieu, mon Seigneur, mon Sauveur, mon Rédempteur», etc.

Frères, qui que soit l'homme que vous croisez dans la rue, en dépit de toute apparence repoussante, en dépit de la plus grande misère spirituelle ou physique, sachez qu'il est appelé personnellement et individuellement à devenir cohéritier du royaume et Fils du Dieu Vivant.

P. Basile Sakkas

Les chrétiens fidèles à la Tradition, même s'ils sont réduits à une poignée, voilà ceux qui sont la vraie Église de Jésus Christ.

saint Athanase d'Alexandrie

MARTYRS DE L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

Le métropolite Joseph était un des flambeaux les plus éclatants de la hiérarchie russe. Il était donc parfaitement normal que les autorités soviétiques combattant Dieu fassent particulièrement attention à lui, comme à quelqu'un de gênant. Élu par le peuple au siège de Pétrograd après le martyre du métropolite Benjamin, le hiérarque devint encore plus dangereux. Et soudain, le hiérarque «gênant» fut immédiatement muté à un autre siège par le métropolite Serge, à Odessa. Monseigneur le métropolite lui-même ne prit connaissance de cette mutation que lorsque le nouveau «hiérarque régnant» arriva à Pétrograd. Cette mutation forcée, accomplie par le pantin des autorités soviétiques, le métropolite Serge, n'était pas reconnue par le métropolite Joseph, en raison de son caractère illégal et contraire aux canons de la sainte Église (1927). Quelques mois plus tard il signa un acte de «non-reconnaissance du métropolite Serge», étant donné son caractère d'usurpateur de l'autorité du «premier évêque de l'Église» (1928). En conséquence de sa «non-reconnaissance» du métropolite Serge, le métropolite Joseph fut arrêté la même année (1928) par les autorités soviétiques et exilé au désert du Kazakhstan. Cet exil dura jusqu'au dernier jour de la vie du métropolite Joseph. Nous n'avons pas de témoignages exacts concernant la nature de la persécution qu'il endura en divers lieux du désert du Kazakhstan. Mais il a été vu par des témoins dignes de foi à Kyzyl-Orde, Tyurlur, à la gare de Turkmestan, à AuliyetÉ Cet exil fut plus dur que la prison. Il endommagea sérieusement la santé du métropolite Joseph. Il dut être mis au régime. Mais quel devait être l'approvisionnement dans ce désert où, encore de nos jours, les habitants vivent de ce qu'ils trouvent dans les trains qui arrivent et, qui, s'ils ont de l'argent, achètent tout ce qui reste dans les wagons-restaurants, pendant que les enfants courent le long des fenêtres, les mains tendues pour obtenir un morceau de pain ?

Le métropolite Joseph a parlé des conditions dans lesquelles il vivait. Il lui était interdit par les autorités de vivre dans des conditions humaines, il devait vivre comme les animaux, avec des cochons. Son lit, des planches nues, n'était séparé des cochons que par quelques poteaux. Il était sale et l'air était infecté par les miasmes. En été la chaleur était intolérable, en hiver il faisait moins 50°. Une fois, un serpent, suspendu par sa queue au plafond s'est abaissé jusqu'à sa tête. Il resta ainsi pendant longtempsÉ C'est ainsi que le métropolite paya son refus de reconnaître le pantin des autorités soviétiques, le métropolite Serge. Cependant, ces conditions intolérables ne brisèrent pas le confesseur du Christ, car la Grâce du Christ fortifia la faible nature. Mais les habitants du Kazakhstan, les Kazaks, voyant de tels supplices subis par les victimes innocentes du combat contre Dieu, prirent leur défense et réclamèrent pour les souffrants des conditions plus favorables. Et finalement les autorités inhumaines elles-mêmes comprirent que garder le métropolite Joseph dans de telles conditions ne les arrangeait pas du tout. D'abord, ils ne purent le briser : cela, il l'a bien démontré. Par contre, cette cruauté des autorités fournissait un terrain propice à des agitations anti-soviétiques. Alors, vers la fin de sa vie, on lui accorda des conditions de vie différentes. Ils le transférèrent à la ville de Tchemkent où il vécut dans des conditions plus normales.

Les habitants craignant Dieu de Tchemkent ont parlé de son court séjour dans leur villeÉ Le métropolite habitait une hutte isolée. Ses admirateurs essayaient, autant que les conditions le permettaient, d'améliorer la vie du hiérarque malade. L'archimandrite Arsène, un ancien marqué de la Grâce de Dieu, lui fournit un harmonium, à l'aide duquel Monseigneur, très musicien, était capable de chanter les chants merveilleux des services divins orthodoxes. Après la mort violente du patriarche Tikhon, l'intérimaire du Trône Patriarcal, le métropolite Pierre est devenu le chef de l'Église secrète des Catacombes. Avec sa bénédiction, se créèrent à travers toute la Russie opprimée des nids de cette Église secrète. Les métropolites Cyr et Joseph travaillèrent aussi avec sa bénédiction à la même oeuvre ainsi que beaucoup d'autres hiérarques qui reçurent en conséquence la couronne des martyrsÉ A cette période de son exil en Kazakhstan, le métropolite Joseph implanta des «bases de prolifération» de «non-reconnaisseurs» du métropolite Serge et de son «Église soviétique». De Tchemkent, il avait la possibilité d'échapper secrètement à la surveillance et de rendre visite personnellement au troupeau de l'Église des Catacombes. Ainsi, par exemple, il y avait une Église souterraine à Alma-Ata, la capitale du Kazakhstan, creusée par les labeurs prolongés de l'archimandrite Arsène. Monseigneur le métropolite Joseph consacra cette église des catacombes en 1936 et y célébra plusieurs fois. Voici les paroles d'un fidèle rapportée par l'archiprêtre, lors de sa rencontre avec Monseigneur le métropolite Joseph dans cette Église clandestine un peu plus d'un an avant son arrestation et son martyre : «Quel merveilleux, humble et inébranlable homme de prière ! Cela se voyait dans sa stature et dans ses yeux comme dans un miroir. Il était très grand de taille, avait une barbe blanche et le visage étonnamment fin. On ne pouvait pas s'empêcher d'être attiré par lui et on aurait souhaité ne jamais se séparer de lui. Ses habits monastiques étaient cachés sous d'autres et ses cheveux aussi, sans quoi il aurait été tout de suite arrêté dans la rue; car il était surveillé et il n'avait pas le droit de sortirÉ Il m'a officieusement confié que le patriarche Tikhon avait projeté, peu après son élection, de le nommer son premier remplaçant. Pour une raison que j'ignore, ce fait n'est mentionné nulle part dans les archives de l'Église. Il avait reconnu le métropolite Pierre de Krutitsk comme le chef légal de l'Église et jusqu'à sa propre arrestation en septembre 1937, il eut avec lui des relations secrètes suivies, en un temps où partout se répandait la rumeur selon laquelle le métropolite Pierre était mort. Le 23 septembre 1937, dans le voisinage d'Alma-Ata et en Kazakhstan, tout le clergé des Églises joséphites en clandestinité fut arrêté. Ils partirent en exil volontaire car ils avaient refusé de reconnaître «l'Église soviétique». Tous ont été condamnés à dix ans, sans droit d'appel, et comme je l'ai appris plus tard, le métropolite était parmi euxÉ» Il semble cependant que l'archiprêtre Michel Polsky ignorait que là-bas, à Chemkent, le métropolite Joseph avait rencontré le métropolite Cyrille, qu'ils ont vécu ensemble en exil et ont subi ensemble le martyre. En tout cas, ce fait était bien connu par l'Église des Catacombes de Moscou. Tous les jours, lors de leur promenade autorisée, les deux métropolites marchaient côte a côte, serrés l'un contre l'autre. Le métropolite Joseph était grand, et, comparé à lui, le métropolite Cyrille, trapu, était petit. Ils marchaient en cercles, toujours en conversation très intense. Évidemment, là, en plein air, personne ne pouvait les entendre. Et ces deux personnes, se complétant, pour ainsi dire, étaient comme une démonstration émouvante de la nature «double» de ces hiérarques. Cette promenade des métropolites était toujours observée par quelques moniales des catacombes, du haut d'une colline. Ce n'était pas sans danger. Il était nécessaire de déguiser leur signal secret, pour éviter d'attirer l'attention des autorités. A tel point que les métropolites les bénissaient chaque fois au début et à la fin de leur promenade. J'ai appris ce détail des habitants de Tchemkent, en prison aussi bien qu'en liberté. Ainsi, il n'y a aucun doute en ce qui concerne ce séjour commun des deux métropolites en automne 1937. «Moscou» et «Tchemkent» en témoignent tous les deux. Aujourd'hui, il n'y a plus de trace de la minuscule baraque où étaient gardés les deux hiérarques confesseurs. Dès qu'ils s'aperçurent que l'endroit jouissait d'une particulière vénération de la part des fidèles, ils l'enlevèrentÉ Le métropolite Joseph, dans une lettre à l'adresse de l'archimandrite Lev, et qui est devenue très connue au sein de toute l'Église des Catacombes, a exprimé la pensée d'après laquelle le terme «hérésie» n'était pas adéquat pour qualifier les actions du métropolite Serge, car «l'assassin de l'Église est pire qu'un hérétique». L'Église des Catacombes se tient sur cette position, adopte ce point de vue. Bien sûr, le métropolite Cyrille était parfaitement en accord avec le métropolite Joseph quant à son appréciation des agissements du Métropolite Serge. Mais telle n'était pas l'opinion des persécuteurs tchékistes. C'était un constant sujet de «discussions» dans d'innombrables interrogations. Et les deux hiérarques ont exprimé le même et unique point de vue. La «déclaration» du gouvernement du 16 juillet 1927 fut la capitulation parfaite de «l'Église» gouvernée par le métropolite Serge. L'administration de cette «Église» devint tout simplement une section secrète des idéologues du «parti» et n'a pas cessé de l'être jusqu'à nos jours. Cette déclaration fut manifestement l'acte le plus honteux de complaisance et d'opportunisme abject devant les pouvoirs de ce monde, devant Staline, et, bien entendu, deux hiérarques tels que les métropolites Cyrille et Joseph durent payer leur témoignage avec leur sang. Et ils acceptèrent courageusement la mort à la Gloire du Seigneur Jésus Christ comme témoins fidèles de la Vérité divine. Ils ont devancé toute l'assemblée et les martyrs tués en même temps qu'eux.

Tous ces saints martyrs furent fusillés près de la ville de Tchemkent, vers le soir, la veille de la Synaxe du saint archange Michel et de toutes les puissances incorporelles, le 8 novembre 1937. Des exécutions en masse eurent lieu partout cette même nuit. Ils les firent sortir dans un groupe de cent cinquante personnes environ. Ils étaient tous du clergé des Catacombes. Les métropolites furent emmenés plus tard dans une voiture, directement au lieu de l'exécution. Il y avait aussi l'archimandrite d'Alma-Ata, Arsène, celui qui avait pris soin du métropolite Joseph. Là, tous se sont demandé pardon les uns aux autres. Tous (ceux qui pouvaient) se sont donnés le dernier baiser les uns aux autres. Les métropolites ont donné chacun leur bénédiction et fait leurs adieux. Et malgré les strictes mesures de sécurité, il se trouva un témoin du massacre. C'est un berger qui vit tout ce monde tomber sous l'averse des balles. Il affirma avoir vu un «grand mollah» parmi les fusillés. Indubitablement, il se référait au métropolite Joseph, qui devait les dépasser tous par sa grande taille.

Mémoire éternelle, hiérarques du Christ et hiéromartyrs Cyrille et Joseph et vous, tous les martyrs avec eux, priez Dieu pour nous avec ferveur.

Le métropolite Cyrille a subi le martyre pour le Christ à l'âge de 74 ans, tandis que le métropolite Joseph en avait 65.

à suivre

L'abba Pambo a dit : «Si tu as du coeur, tu peux être sauvé».

LES APPARITIONS DU CHRIST APRES LA RÉSURRECTION

Onze fois, le Christ S'est montré après la Résurrection :
Une fois, sur la montage de Galilée, devant les onze disciples, lorsqu'Il disait : «Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre.»
La deuxième fois, Il apparaissait devant les Myrophores quand Il dit : «Réjouissez-vous.»
Il Se montrait pour la troisième fois devant deux hommes allant aux champs, comme le dit l'évangéliste Marc.

La quatrième fois, ce fut devant les onze disciples, quand Il leur reprochait de ne pas avoir cru celles qui leur ont dit que le Christ est ressuscité.

La cinquième fois, il est apparu à Luc et Cléopas qui allaient à Emmaüs.

Il se montrait, la sixième fois, à Marie Madeleine, lorsqu'Il lui disait : «Ne me touche pas.»

La septième fois Il apparaissait aux dix disciples, quand Thomas manquait. Ils étaient cachés par crainte des Juifs.

La huitième fois, Il se montrait aux onze disciples, lorsqu'Il montra à Thomas ses Mains, ses Pieds et son Côté.

La neuvième fois, il Se montrait à sept disciples : Pierre, Thomas, Nathanaël, Jacques, frère de Jean, et les deux autres, au moment où ils allaient pêcher dans la mer de Tibériade.

Il Se montrait la dixième fois aux disciples lorsqu'Il dit à Pierre : «Simon, fils de Jonas, M'aimes-tu ?»

La onzième fois, il apparaissait à tous ses disciples et à sa mère.

Trésor de Damascène (sur l'Ascension du Christ)

Question : Dans quel sens est-il dit que la porte est large, et spacieux le chemin qui conduit à la perdition ?
Réponse : Le Seigneur dans sa Bonté envers les hommes, emploie pour exposer les dogmes de la Vérité, des mots et des termes connus. Comme sur cette terre, large est l'espace qui s'étend, à côté du droit chemin, ainsi, dit-Il, celui qui abandonne le chemin conduisant au royaume des cieux, se trouve dans l'immense champ de l'erreur.Large et spacieux sont, me semble-t-il, des termes synonymes, car large, même chez les auteurs profanes, signifie étendu : le champ, c'est-à-dire le terrain de l'erreur qui aboutit à la perdition est donc étendu.Saint Basile le GrandRègles monastiques (240)

LETTRE DE L'ÉGLISE DE GOTHIE SUR LE MARTYRE DE SAINT SABAS

(+ 12 avril 372)

 

L'Église de Dieu en Gothie, à l'Église de Dieu en Cappadoce et à tous les membres de l'Église catholique répandus en tout lieux. Que la Miséricorde, la Paix et l'Amour de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus Christ s'accomplissent en vous.

Nous voyons s'accomplir la parole de Pierre : «A quelque nation qu'appartienne celui qui craint Dieu et se conduit suivant la justice, il Lui est agréable.» Sabas, le martyr de Dieu et de notre Seigneur Jésus Christ, nous en a fourni la preuve. Né de race gothique et vivant en Gothie dans un milieu corrompu, il a tellement su ressembler aux saints et il a comme eux honoré le Christ par la pratique de toutes les vertus qu'il a brillé dans le monde comme un astre. Ayant embrassé le christianisme dès l'enfance, il s'imposa un idéal de perfection et voulut

le réaliser au moyen de la science du Christ. Comme tout concourt à l'avantage de ceux qui aiment Dieu, il obtint la récompense due à sa vocation sublime par une lutte vaillante contre l'ennemi, sa force contre les traverses de cette vie et la paix qu'il sut conserver avec tout le monde. Il n'est pas permis de le taire, maintenant qu'il est allé se reposer en Dieu, afin d'en garder la mémoire et de réconforter les âmes pieuses; nous devons donc entreprendre le récit de ses hauts faits. Il fut donc orthodoxe dans la foi, empressé à remplir les devoirs de la justice, doux, pieux, plus savant que disert, pacifique à l'égard de tous, véridique, ennemi de l'idolâtrie, modeste et - ce qui convient bien aux humbles - soumis, parlant sans jactance, doux, incliné à tout ce qui était bon; psalmodiant à l'église, dont il prenait grand soin, méprisant la fortune et les biens, dont il n'usait que dans la mesure du nécessaire, sobre, réservé en toute occasion, particulièrement dans le commerce avec les femmes, jeûnant et priant chaque jour, étranger à la vaine gloire, stimulant tout le monde à l'adoption d'une vie pure, pratiquant les vertus de son état, évitant les contradictions, observant enfin une foi sans compromis, celle qui fait ses oeuvres par la charité, et s'entretenant toujours familièrement avec Dieu. Il se montra, non en passant, mais souvent, avant son martyre, le vigoureux défenseur de la piété.

Les princes et les juges de Gothie ayant commencé à poursuivre les chrétiens qu'ils voulaient contraindre à manger les mets offerts aux idoles, quelques païens s'entendirent pour qu'on présentât aux chrétiens qui étaient de leur parenté des viandes qui passeraient pour avoir été immolées aux idoles, quoiqu'il n'en fût rien; ce stratagème sauverait leurs parents et bernerait les persécuteurs. A cette nouvelle, le bienheureux Sabas refusa non seulement de prendre sa part de ces mets défendus, mais il s'avança au milieu de l'assemblée et dit : «Celui qui mange de ces viandes cesse d'être chrétien», et ainsi il mit en garde afin que tous ne tombassent dans le piège du démon; mais ceux qui avaient imaginé la ruse en prirent occasion de le faire expulser de la ville; ils le rappelèrent plus tard. Une nouvelle persécution étant déclarée, plusieurs païens de la ville qui offraient des sacrifices voulurent jurer que leur cité ne contenait aucun chrétien; mais cette fois encore Sabas vint tranquillement au milieu de l'assemblée et dit: «Que personne ne jure en ce qui me concerne, car je suis chrétien.» Lorsque le persécuteur fut sur les lieux, les susdits païens mirent leurs parents à l'abri et jurèrent que la ville ne renfermait qu'un seul chrétien. Le prince impie se le fit amener; c'était Sabas. Quand il fut présent, le prince questionna les assistants sur la fortune de Sabas. «Il n'a, dit-on, que ses habits», ce qui lui valut le mépris du juge : «Celui qui est en pareil équipage, dit-il, ne peut être ni utile ni dangereux,» et il le fit relâcher.

Une grande persécution fut ensuite provoquée en Gothie par les méchants, et comme la fête de Pâques était proche, Sabas voulut se rendre dans une autre ville chez le prêtre Gatthica, afin de célébrer ce saint jour. Sur la route, il vit un homme de haute taille et d'un aspect magnifique et vénérable qui lui dit :

- Retourne sur tes pas et rends-toi chez le prêtre Sansala.

- Mais Sansala est absent, dit Sabas.

Il s'était enfui en effet devant la persécution et s'était réfugié sur le territoire romain; cependant la fête de Pâques l'avait mené chez lui, ce que Sabas ignorait et qui explique sa réponse; il continua donc sa route vers la demeure de Gatthica. Comme il ne se conformait pas à l'indication donnée par le grand inconnu, soudain, quoiqu'il fît beau temps alors, il tomba une telle tempête de neige que la route devint impraticable et Sabas ne put continuer. Il comprit à l'instant que Dieu s'opposait à son voyage et le voulait voir retourner auprès du prêtre Sansala. Il rendit grâces et rebroussa chemin. Arrivé chez Sansala, il lui raconta, ainsi qu'à d'autres, son aventure. Ils célébrèrent ensemble la Pâque. Dans le cours de la troisième nuit qui suivait la fête, Atharid, fils de Rothest, conformément à l'édit des méchants, envahit la ville avec une grande troupe de gens sans aveu et, saisissant le prêtre endormi dans sa maison, il le fit garrotter, ainsi que Sabas, qu'on avait arrêté tout nu dans son lit. On mit le prêtre dans un chariot. Quant à Sabas, on le mena parmi les buissons d'épines récemment brûlés, nu comme lorsqu'il sortit du ventre de sa mère; on le lia et le flagella avec des verges et des bâtons, ce qui montre à quel point ils étaient cruels et féroces à l'égard des serviteurs de Dieu.

Mais la patience et la foi du juste triomphèrent de la brutalité de ses ennemis. A l'aube, il rendit grâces à Dieu et dit à ses bourreaux : «Ne m'avez-vous pas conduit nu et sans chaussures dans des terrains difficiles et semés de ronces ? Regardez si mes pieds sont blessés et si mon corps porte la trace des coups que vous m'avez donnés.» Ils ne virent en effet aucune ecchymose; alors enlevant l'essieu du chariot, ils le lui mirent sur les épaules et attachèrent ses mains aux extrémités; ils attachèrent de même ses pieds à un autre essieu et, le jetant par-dessus les essieux, ils l'étendirent sur le dos; enfin ils ne le laissèrent pas avant que la plus grande partie de la nuit ne fût écoulée. Mais pendant que les surveillants dormaient, une femme qui s'était levée de nuit afin de préparer à manger aux ouvriers, coupa ses liens. Une fois délivré, il demeura sur place sans inquiétude, avec cette femme, et il l'aidait de son mieux. Quand le jour parut, le cruel Atharid, mis au courant de ce qui s'était passé, lui fit lier les mains et suspendre à la poutre de la maison.

Peu de temps après arrivèrent des envoyés d'Atharid, apportant des mets offerts aux idoles, qui dirent à Sabas et au prêtre :

- L'illustre Atharid vous envoie ceci afin que vous mangiez et vous sauviez de la mort.

- Nous n'en mangerons pas, dit le prêtre. Cela nous est défendu. Engagez Atharid à nous faire plutôt crucifier ou tuer de toute autre façon.

- Qui envoie cela ? dit Sabas .

- Le seigneur Atharid.

- Il n'y a qu'un seul Seigneur, c'est Dieu, qui est dans le ciel. Ces mets de perdition sont impurs et profanes, comme Atharid lui-même qui les a envoyés.

Un des serviteurs, mis en colère par cette réponse, tordit sur le saint la pointe de son javelot avec tant de fureur que tous les assistants crurent qu'il allait mourir sur le coup. Mais Sabas, dominant la douleur par la sainteté, lui dit : «Croiras-tu maintenant que j'ai soutenu ton choc ? Mais sache que tu ne m'as pas plus endolori que si tu m'avais jeté un peloton de laine.» Ce qui confirma ses paroles fut son attitude, car il ne cria pas, ni même, ainsi qu'on fait lorsqu'on souffre, il ne gémit pas et on ne vit nulle trace de violence sur son corps.

Sur le rapport qui fut fait de tout cela à Atharid, il donna l'ordre de mettre à mort Sabas. Les bourreaux, ayant renvoyé le prêtre Sansala, amenèrent Sabas sur la berge du Mussovo, afin de l'y noyer. Le bienheureux, se rappelant l'ordre du Seigneur et n'aimant pas son prochain moins que lui-même demanda :

- Pourquoi ne pas tuer le prêtre avec moi, quel péché a-t-il donc commis ?

- Cela ne te regarde pas, lui répondit-on. Alors Sabas s'écria dans la joie de l'Esprit saint : «Tu es béni, Seigneur, et le Nom de ton Fils soit loué pendant les siècles. Amen. Atharid s'est condamné et livré lui-même à la mort éternelle, mais il m'a envoyé à la vie qui n'a pas de fin. Telle est ta Volonté dans tes serviteurs, Seigneur Dieu. »

Tandis qu'on le conduisait mourir, il ne cessa de louer Dieu, ne jugeant pas comparables les misères de cette vie avec la gloire future qui est révélée aux saints. En arrivant sur la rive, les bourreaux se dirent entre eux :

- Pourquoi ne renvoyons-nous pas cet innocent ? Atharid en saura-t-il jamais rien ?

Sabas leur dit :

- Vous badinez; faites ce qui vous est commandé. Je vois ce qui vous est caché. Voici que m'attendent ceux qui doivent m'introduire dans la gloire.

Alors on le mena jusqu'au fleuve. Lui louait Dieu et rendait grâces (ce qu'il ne cessa de faire jusqu'à la fin). On lui attacha une pierre au cou et on le précipita. Sa mort par l'eau et le bois fut ainsi un symbole exact du salut. Sabas avait trente-huit ans. Il mourut le cinquième jour de la semaine pascale, c'est-à-dire la veille des ides d'avril, sous le règne de Valens et Valentinien et sous le consulat de Modeste et Arintheus. Les bourreaux retirèrent de l'eau son cadavre et le laissèrent sans sépulcre. Mais ni les bêtes féroces, ni les oiseaux de proie n'y touchèrent. Des fidèles le gardèrent, et le glorieux gouverneur de la Scythie, Junius Soranus, adorateur du vrai Dieu, ayant envoyé des gens sûrs, le fit transporter en terre romaine et, voulant faire bénéficier sa patrie de ce trésor, de ce fruit illustre par sa foi, l'envoya en Cappadoce, conformément au désir des prêtres et à la Volonté de Dieu, qui donne sa Grâce à ceux qui le craignent. C'est pour cela que, le jour où le martyr fut couronné, offrez le sacrifice et rappelez tout ceci aux frères, afin que, se réjouissant dans toute l'Église catholique et apostolique, ils louent le Seigneur, qui se choisit ses serviteurs.

Saluez tous les saints . Tous ceux qui souffrent persécution avec nous vous saluent. Gloire, honneur, puissance, majesté à Celui qui peut nous conduire tous par sa Bonté dans son royaume céleste, à Lui, à son Fils unique et au saint Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

Dans :
H. Leclercq
Les martyrs (Tome III)
Paris 1904

La foi suit la simplicité. Mais la présomption suit la subtilité de la connaissance

et les détours de la pensée. Elle éloigne de Dieu.

saint Isaac le Syrien

Réjouis-toi, maintenant et exulte, sainte Sion,

mère de toutes les Églises

fête avec nous la sainte Pentecôte attendue par toutes les nations,

car c'est au milieu de Toi que l'Esprit Consolateur

est descendu merveilleusement

sur les apôtres sous forme de feu.

Cantique de Pentecôte


Acclamons aujourd'hui les trompettes mystiques de l'Esprit,

les pères porteurs de Dieu, qui chantèrent au milieu de l'église

la mélodie harmonieuse de la théologie,

la Trinité une, l'Etre et la Divinité immuable.

Ils retranchèrent Arius, ils défendirent les orthodoxes,

et ils prient toujours le Seigneur d'envoyer son amour à nos âmes.

Dimanche des saints Pères du 1e Concile

Enfants lumineux de l'Église, recevez la rédemption,

la purification des fautes,

la douceur de l'Esprit au souffle de feu.

Car de Sion est venue la Loi,

la Grâce de l'Esprit dans les langues de feu.

Matines de Pentecôte

Le moine superbe contredit avec véhémence mais l'humble ne sait même pas s'opposer du regard.

saint Jean Climaque. L'échelle sainte (22,6)

On m'a raconté un fait qui dénote une pureté souveraine et extraordinaire. Quelqu'un, me dit-on, à la vue d'un corps d'une singulière beauté, en prit occasion pour glorifier grandement le Créateur; et ce seul regard excita sa charité envers Dieu et lui fit verser un torrent de larmes. Et c'était étonnant de voir ce qui aurait pu être un gouffre pour l'un devenir pour l'autre, d'une manière qui dépasse la nature, l'occasion de couronnes. Si un tel homme ressent toujours de tels sentiments et se comporte toujours d'une manière pareille en de telles circonstances, c'est qu'il est déjà ressuscité incorruptible avant la commune résurrection.
saint Jean Climaque