Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 25

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

AVRIL 1982

 SOMMAIRE

NOUVELLES

SAINT FRÉDÉRIC, ÉVEQUE D'UTRECHT

MARTYRS DE L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

LES FEMMES MYROPHORES AU TOMBEAU

VISION DE SAINT GEORGES LE GRAND MARTYR

VIGILE PASCALE A JÉRUSALEM

Qui n'a mangé toute sa vie que du pain blanc et des brioches, trouvera le pain complet difficile à digérer. De même, celui qui ne connaît qu'un christianisme édulcoré, aura du mal à assimiler la vigueur, la profondeur et l'exigence de l'Orthodoxie.

hm. Cassien
NOUVELLES

Une fois de plus, j'étais en Grèce, d'où je suis rentré il y a une bonne semaine. J'ai juste le temps de publier ce bulletin avant de partir en Allemagne pour y célébrer la solennité de Pâque.

A tous nos fidèles et lecteurs, je souhaite une Pâque dans la joie de la résurrection.

Christ est ressuscité !
Bien à vous, hm. Cassien

LES FEMMES MYROPHORES AU TOMBEAU

Le mystère de Pâque est représenté iconographiquement par deux ou tout au plus trois thèmes : la descente aux enfers, les femmes porteuses de myrrhe et les apôtres Pierre et Jean devant le sépulcre. Le moment même de la résurrection est passé sous silence par les évangélistes, car personne n'a vu ressusciter le Christ. La tradition iconographique se tait aussi sur la résurrection même, et l'icône qui représente le Christ ressuscitant drapeau en main est due à l'influence latine et est basée sur l'imagination.

Je voudrais m'attarder un peu sur l'icône des femmes myrophores et relater à votre charité le peu que j'en sais et ce que les pères en disent.

De grand matin, au moment où l'obscurité lutte avec la lumière, Marie de Magdala et l'autre Marie, mère de Jacques et de José se hâtèrent vers le sépulcre pour embaumer le corps du Seigneur. C'est cette Marie Madeleine et l'autre Marie - qui n'est personne d'autre que la Mère de Dieu, car Jacques et José étaient deux fils du premier mariage de Joseph, l'époux de la Toute-Sainte -, qui vinrent les premières au sépulcre. Et c'est à ce moment-là qu'eut lieu le grand tremblement de terre où l'ange roula la pierre de devant le tombeau, et les gardiens tombèrent à terre comme mort, sous l'effet de la terreur.

L'icône nous montre les myrophores se serrant l'une contre l'autre, les vases contenant les aromates en main. L'ange, - c'était l'ange Gabriel selon saint Grégoire Palamas - se tient majestueusement assis sur la pierre qui ferma l'entrée du tombeau, habillé en blanc, symbole de la joie, et leur montre le sépulcre vide, ne contenant que les linceuls en ordre et le suaire à part, plié. «Vous, ne craignez pas; car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici; Il est ressuscité des morts». Ce «vous» s'adresse aux femmes et non aux gardes terrifiés qui gisaient comme mort à terre. Parfois on les voit représentés sur l'icône comme un détail secondaire.

Après cette première visite, il y a eu d'autres visites et les évangiles et l'iconographie nous les relatent.

Seule la Mère du Christ a compris les paroles de l'ange, tandis que Marie Madeleine, sortant du tombeau pleine de crainte, parait ne pas avoir entendu. Elle n'a remarqué que le tombeau vide et s'est hâtée de trouver Pierre et l'autre disciple, comme le rapporte saint Jean lui-même. «Tandis que la Mère de Dieu, dit saint Grégoire Palamas, rencontre d'autres femmes et revient sur ses pas» : c'est ce groupe qu'on voit sur d'autres icônes avec deux anges cette fois-ci, l'un assis à la tête et l'autre au pied du tombeau, figurant ainsi exactement l'arche de l'alliance. Ou plutôt c'était l'arche de l'alliance qui préfigurait le tombeau du Sauveur, vrai lieu de rencontre et d'où jaillit la Vie.

À propos des bandes mortuaires qui avaient bien la forme des langes de l'enfant qu'on voit sur l'icône de la Nativité, saint Ephrem le Syrien dit : «S'Il a abandonné ses vêtements dans le tombeau, c'est pour qu'Adam put entrer nu en paradis, tel qu'il était avant la faute; car s'étant vêtu pour en sortir, il devait se dénuder pour y entrer. Ou encore, Il a abandonné ses vêtements pour signifier le mystère de la résurrection des morts, car de même qu'Il est ressuscité dans la gloire et sans vêtements, nous aussi c'est avec nos oeuvres et sans nos habits que nous ressusciterons.»

Un dernier aspect encore de l'icône : le gouffre noir, derrière le tombeau. Cette antre, comme sur d'autres icônes, symbolise les entrailles de la terre. Et c'est là que le Rédempteur est entré jusqu'au fond de l'enfer, pour chercher la brebis perdue. C'est au moment où les ténèbres luttent avec le jour que les femmes myrophores sont allées au sépulcre, et, comme nous l'avons déjà dit, c'est à ce moment-là que le Christ, la vraie lumière, lutte avec les ténèbres du péché et du néant. Les ténèbres de la nuit se sont dissipées et ont fait place au jour de la résurrection, où les myrophores emplies de la joie pascale vont annoncer aux apôtres la résurrection du Christ. De même, les ténèbres du péché se dissipent pour ceux qui, régénérés par la triple immersion du baptême, - symbole des trois jours du Christ dans le tombeau -, anticipent la mort et la résurrection de Celui qui est la résurrection et la vie, notre Dieu et Sauveur Jésus Christ.

Hm. Cassien

Qu'est ceci ? Un grand silence règne aujourd'hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence, parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s'est calmée, parce que Dieu S'est endormi dans la chair et qu'Il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles. Dieu est mort dans la chair, et les enfers ont tressailli. Dieu S'est endormi pour un peu de temps et Il a réveillé du sommeil ceux qui séjournaient dans les enfers.

(homélie de saint Épiphane pour le Samedi saint)
VISION DE SAINT GEORGES LE GRAND MARTYR

 

Levez les yeux de votre esprit, frères, et voyez ce prodige qui s'est accompli de nos jours. Considérez la Bonté indicible de Dieu et donnez-Lui louange de gloire. Écoutez les terribles merveilles du très glorieux grand-martyr Georges. Approchez, vous tous qui craignez Dieu, et je vous raconterai les effrayants secrets dont le saint eut la vision.

Après que saint Georges eut été enfanté et qu'il eut atteint l'âge viril, il arriva que la Grâce du saint Esprit l'éclaira et le poussa à la crainte de Dieu. Il se mit à servir Dieu nuit et jour par des jeûnes, des veilles et des prières, et, lorsqu'il eut jeûné quarante jours, il commença à invoquer Dieu en ces termes : «Dieu sans commencement, Principe le plus premier de la vie du monde, Toi qui n'a ni commencement ni fin, Toi qui, par une Miséricorde ineffable, T'es montré à ton serviteur Moïse sur le mont Sinaï à cause de ton bien-aimé Israël, si je suis digne de ton royaume et s'il Te plaît que je sois ton esclave, montre-Toi à moi avec toutes tes armées, pour que je sache que Tu es bien mon Dieu, comme Dieu terrible ayant autorité sur toute la terre.» Telle fut la prière du très glorieux martyr Georges, et l'éternel et vrai Dieu ne la dédaigna point, il ne méprisa point sa requête, mais au cours d'une vision nocturne, un ange du Seigneur vint et lui dit : «Georges, ta prière est montée aux Oreilles du Seigneur, Il l'a exaucée, et voici le message qu'Il t'a envoyé : "J'ai entendu ta voix, ta requête est venue à Moi. Eh bien, Je satisfais ta demande. Veille avant l'aube sur la montagne, et tu verras ce que tu as demandé, pour que tu saches que Je suis avec toi.»

Moi, Georges, quand j'eus entendu cela, je montai sur la montagne chantant le verset de David : «Dirige mes pas selon ta parole, que ne domine sur moi nulle iniquité». Alors que je lisais ce verset et d'autres encore, un éclair de feu vint de l'orient et donna un coup près de moi. Saisi de frayeur et ayant fixé les yeux pour voir d'où venait le feu, je vis quatre roues comme si elles étaient toutes d'or, et une foule de peuples au-dessus des roues. Ils se mirent à arriver avec violence et ils chantaient : «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre». Ils vinrent près de moi et aussitôt cessèrent. Comme je me demandais avec crainte ce qu'était cela, j'entendis un coup de tonnerre venu du couchant. Alors que, pris d'effroi, je regardais vers le couchant pour savoir ce qu'était ce bruit, je vis six roues pareilles aux autres, et, au-dessus d'elles, des multitudes de peuple bellement ornées, bellement formées, portant des ornements d'or, brillantes comme l'or; et ils chantaient eux aussi : «Saint Dieu, saint Fort», et autres exclamations pareilles. Ils vinrent aussi avec les autres. Et il surgit aussitôt une lumière du coté du Nord, et je vis douze roues pareilles aux autres et des foules nombreuses au-dessus d'elles, elles faisaient un bruit terrible, et leur psalmodie était admirable, elle faisait fondre l'âme et l'esprit. Mais je ne comprenais pas ce qu'ils disaient. Et tandis que je m'en étonnais, je vis du côté du sud quatre roues qui arrivaient avec violence. Ils chantaient aussi : «Seul est saint, seul Seigneur Jésus Christ qui vient dans le monde, surtout vers saint Georges.» Quand les quatre corps de troupes se furent rassemblés, un doux soleil vint vers nous. Comme j'avais fixé les yeux pour voir d'où venait cette lumière, je vis douze trônes au-dessus des nuages, et des hommes de belle apparence et admirables, et ils étaient assis sur les trônes. Ils vinrent eux aussi rejoindre les corps de troupes, et aussitôt je vis un grand vase d'or, il était dressé au milieu de nous, et il en sortait un merveilleux parfum. Et de ce parfum, il remplissait le ciel, la terre, la mer, les montagnes, les collines, le monde entier. Et comme j'étais rempli du parfum, je vis un grand nombre de Puissances qui descendaient, et avec elles une nuée lumineuse, et au milieu de la nuée une image d'homme plus pure qu'un rayon de soleil. Elle vint et se tint au milieu des corps de troupes, et ils se mirent un par un à adorer cette image, puis aussitôt cessèrent. Comme je réfléchissais avec crainte, je vis quatre colonnes de feu qui descendaient du ciel, elles virent elles aussi rejoindre les corps de troupes, et tout cela était rassemblé près de moi. Et moi, à cause de mon extrême crainte, je ne savais que faire. Et je vis un grand vent qui faisait fondre monts et rochers, et il y avait un son de brise légère, et une nuée ressemblant à un feu et des multitudes innombrables au milieu de la nuée. Et quand ils furent arrivés à la distance d'un stade, tous les corps de troupes se mirent à chanter : «Seul est saint, seul est Seigneur le Roi de gloire.» Et il vint une voix qui me dit : «Georges, mets ton visage sur le rocher et écoute avec soin». Et il vint un rayon de soleil et il me donna un coup au sommet du crâne et il me jeta dans le trouble, et mon âme tomba en une complète défaillance, et ma langue se colla à ma gorge. Alors vint la voix immaculée de Dieu, cette voix premier principe de toute vie, qui a brisé les liens de la mort, plongé le diable dans les ténèbres, ressuscité Adam, et elle me dit : «Georges, J'ai satisfait à ta demande, à cause de toi, Je suis descendu du ciel. Mais il est impossible que tu voies mon Visage, parce que nul homme qui a vu ma Face ne continuera de vivre. Ceci te sera un signe. Ma Droite te couvrira, Je mettrai mon Esprit sur toi; et tu seras le premier dans mon royaume. Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié au ciel et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié au ciel; tout ce que tu auras demandé en mon Nom, Je te le donnerai et ton nom sera dans le Livre éternel. Tu subiras pour Moi le martyre : trois fois ils te mettront à mort, mais Je te ressusciterai pour l'exultation des peuples et ton nom sera fameux d'une extrémité à l'autre de la terre. Je n'aurais pas voulu t'appeler à témoigner pour Moi, mais c'est pour que tu sois le soutien des martyrs. C'est pourquoi Je t'ai aimé comme Abraham, Isaac et Jacob, et partout où tu seras, Je serai avec toi. Va en paix, élu de mon royaume, va à la plaine que foulent les hommes, dans peu de temps tu viendras dans mon royaume de nouveau, mon royaume perpétuel et éternel.» Sur ces mots, le Seigneur remonta au ciel, et, m'étant relevé, je ne vis plus aucun de ces êtres.

O le prodigieux miracle ! Qui de tout siècle a jamais entendu dire d'aussi grands prodiges que ceux que le Seigneur a accomplis à l'égard de saint Georges ? Aussitôt, en effet survint l'un des séraphins, il m'appela et me dit : «Georges, veux-tu savoir ce que signifie cette vision ? J'ai été envoyé par le Seigneur, je vais t'expliquer tout ce que tu as vu. Les quatre roues venues de l'est sont les terribles chérubins; les roues venues de l'ouest, les saints séraphins, les glorieux anges aux six ailes; les douze roues venues du sud, les douze légions des anges aux yeux multiples; les douze trônes sur les nuées sont les douze disciples du Christ, qui viendront juger les douze tribus d'Israël; le vase d'or qui remplit de parfum tout l'espace est l'Esprit de Vérité; la nuée qui contient les multitudes d'anges est le Fils de Dieu; les quatre colonnes sont les archanges et l'image admirable dans la nuée est le Seigneur qui t'a parlé. Va en paix, toi qui es le bien-aimé et l'élu de Dieu, toi l'illuminé précieux aux yeux de Dieu.»

L'abba Abraham disait d'un moine de Sceté qu'il était copiste et ne mangeait pas de pain. Un frère vint le prier de lui transcrire un livre. Le vieillard, qui avait l'esprit à la contemplation, écrivit en passant des lignes et en omettant la ponctuation. Le frère ayant reçu le livre et voulant mettre la ponctuation, découvrit qu'il manquait des phrases. Il dit au vieillard : «Il y a des lignes sautées, père.» Le vieillard lui répondit : «Va, fais d'abord ce qui est écrit, ensuite tu reviendras et je te copierai le reste.»

MARTYRS DE L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

 

Les métropolites Cyrille de Kazan et Joseph de Pétrograd

Comme ces deux piliers de l'Église ont fini leur vie en martyrs à la même heure, à la même minute, leurs sangs versés se sont mélangés. Avant de mourir, ils occupaient la même cellule à une personne et s'entendaient parfaitement du point de vue spirituel, et c'est pourquoi nous les mettons ensemble. Évidemment, peu sont ceux qui sont au courant de leur martyre simultané, que ce soit en Russie soviétique ou à l'étranger.

Le métropolite Cyrille de Kazan était un des hiérarques les plus distingués, et selon certains le plus distingué au sens spirituel et le plus résolu de l'Église orthodoxe Russe des derniers temps. Il était très apprécié dans la hiérarchie russe. À cause de sa haute autorité, son opinion était toujours prise en considération par tout le monde╔ Et c'est pourquoi dès les premiers jours du pouvoir soviétique, il fut isolé et exilé. Son attitude à l'égard des autorités soviétiques était caractéristique. Il refusa ouvertement de les reconnaître comme une autorité. Car elles se montraient violentes, sanguinaires, soutenues seulement par la plus cruelle des terreurs. Plusieurs fois, en prison, il demanda aux représentants des soi-disant «autorités» soviétiques :

«Qui êtes-vous ? D'où venez-vous ? Et qui vous a donné le droit de disposer de notre esprit, de notre âme et de notre corps ? Qui vous a donné le droit de nous priver de toute liberté, de nous enfermer en prison, en camp, de nous envoyer en exil ? Qui vous a donné le droit ?

«Vous savez, je ne suis pas devenu ce que je suis de ma propre initiative. Je suis un évêque, un métropolite. Mais c'est l'Église qui m'a ordonné; l'Église du Christ. Je ne me suis pas fait évêque moi-même ! Non - la sainte Église du Christ est celle qui m'a établi, moi l'indigne, comme évêque. Ce mot grec signifie : "surveillant", "superviseur" j'ai prêté serment, j'ai fait un voeu de rester fidèle à mon poste d'évêque de l'Église du Christ, qui existe déjà depuis près de deux mille ans.

«Et j'ai fait le voeu de veiller, d'être aux aguets concernant tout ce qui se passe dans l'Église et autour d'elle, et promouvoir avec tout mon pouvoir ce qui lui est utile, et semblablement de supprimer, dans la mesure de mes capacités, tout ce qui lui est nuisible.

«Oui, je suis un évêque, métropolite de l'Église du Christ. Je possède en moi la succession du pouvoir spirituel des apôtres, les saints disciples du Christ, qui ont ordonné à leur place des "hommes apostoliques". Mais les apôtres eux-mêmes sortirent de cette vie vers une autre vie, la vie éternelle, par le chemin du martyre. Et, en quittant cette vie ils commandèrent à leurs successeurs de conférer l'ordre à d'autres. Ainsi, cette ordination apostolique s'est transmise jusqu'à moi, le grand pécheur, et j'ai été placé dans l'Église sainte comme évêque. Et j'ai sur mes épaules la charge de l'autorité spirituelle. Oui, en un sens, je suis une "autorité", en ce sens que "ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jn 20,23)╔

«J'ai dit qui je suis. Mais je ne sais pas, je n'ai pas entendu de vous qui vous êtes et qui vous a donné le droit, "l'autorité" et "le pouvoir" de faire cela ? Et vous ne saurez pas répondre à mes questions : qui vous les a donnés ?╔ Mais je sais qui vous les a donnés : "et le dragon lui donna sa puissance, et son trône et une grande autorité (à cette bête)" (Ap 13,2). Vous êtes représentés dans l'Apocalypse par l'image d'une "bête" à qui le diable a donné son pouvoir et son autorité. Quelle est cette autorité ? "╔Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par l'épée, par la famine, par la mortalité, et par les bêtes sauvages de la terre╔" (Ap 6,8).»

Voilà, en gros, ce que dit l'homme inspiré par Dieu. Le métropolite Cyrille se dressa également contre l'attitude anti-ecclésiale et anti-chrétienne du "remplaçant de l'Intérimaire", le métropolite Serge. Premièrement, il se sépara de lui comme d'un schismatique. Car Serge avait introduit un grand schisme dans l'Église. Mais à mesure que Serge se coupait de plus en plus du comportement canonique, en d'autres mots de l'Orthodoxie, donc de la chrétienté en général, l'appréciation critique de ses activités devint particulièrement grave et lorsque les métropolites Cyrille et Joseph furent, par la Providence de Dieu, réunis dans leur captivité, ils parvinrent à la conclusion que le métropolite Serge avait de loin dépassé ce que les saints pères entendaient par "hérésie". Après cela, ils se dissocièrent complètement du métropolite Serge et de ses partisans d'autant que le métropolite Joseph savait comment l'Église avait été rejetée par ses persécuteurs, parmi lesquels se trouvaient le métropolite Serge et son cercle.

Et tel était le point de vue de tous les hiérarques, qui pourtant n'ont pas vécu assez pour voir le sommet de l'apothéose de la clémence de Staline à l'égard du remplaçant lorsqu'il a été élevé au siège du "patriarcat" de Moscou╔

De façon générale, le métropolite Cyrille parlait toujours directement, franchement et ouvertement. Ce n'est pas sans raison qu'un de ses interrogateurs a dit de lui : "O, quel beau vieillard !"

Beau, bien sûr, non au point de vue physique, mais par sa stature spirituelle, sa confession de foi ouverte et courageuse, son héroïsme spirituel. Devant un tel héroïsme, même ses ennemis s'inclinaient, comme disait saint Grégoire le Théologien dans son éloge de saint Basile le Grand. Et lorsqu'un certain diacre, soumis à l'interrogatoire, se mit à esquiver, tourner autour du pot et hésiter, l'interrogateur lui dit : «Le métropolite Cyrille était avec nous╔ il l'a payé avec son sang mais il est resté lui-même ! Mais vous - qui êtes-vous ?!»

Ils fusillèrent quand même ce diacre, non parce qu'il était accusé de quoi que ce soit, mais simplement par mépris pour lui... Mais ce hiérarque, le métropolite Cyrille, parlait avec cet esprit que, selon la parole du Seigneur, tous ses détracteurs étaient incapables de démentir.

«Car Je vous donnerai une bouche et une sagesse, à laquelle tous vos adversaires ne pourront résister ou contredire.» (Lc 21,15).

Même le tout-puissant Toutchkov reçut une telle réponse, qu'il ne put y répondre que par la violence la plus brutale. Cependant, même lui évitait de parler de sa conversation avec le métropolite Cyrille. Avant d'offrir au métropolite Serge le poste de remplaçant de «l'Intérimaire du trône patriarcal», il essaya de persuader les deux hommes, approuvés par le concile local comme intérimaires, d'occuper le poste de «remplaçant» et lorsqu'il en parla au métropolite Cyrille, il posa comme condition la coopération secrète avec le GPU.

«Si nous devons destituer quelque hiérarque, pouvons-nous compter sur votre aide ?»

«Oui, si le hiérarque en question s'avérait coupable de quelque transgression d'ordre ecclésiastique╔ Dans le cas contraire, je lui dirais sans ambages : "les autorités exigent cela de moi, et je n'ai rien contre vous.»

«Non ! répliqua Toutchkov. Vous devez essayer de trouver un prétexte approprié et le destituer comme de votre propre initiative.»

À cela le hiérarque répondit :

«Eugène Alexéevitch, vous n'êtes pas le canon et je ne suis pas la bombe qui feront exploser notre Église de l'intérieur !»

Après ce refus du métropolite Cyrille, la même proposition fut présentée au métropolite Agathangèle, mais il la refusa aussi. Et seul le métropolite Serge endossa le rôle déshonorant et monstrueux d'être, au sein de l'Église, une arme secrète dans la main du GPU.

L'abba Sarmantas a dit : «Je préfère le pécheur qui sait qu'il a péché et qui se repent à celui qui n'a pas péché et qui se considère comme pratiquant la justice.»

SAINT FRÉDÉRIC, ÉVEQUE D'UTRECHT

fêté le 18 juillet

Saint Frédéric était d'origine frisonne et de race noble. Il fut mis sous la conduite de saint Ricfrid, évêque d'Utrecht, qui en prit un soin tout particulier et le fit avancer successivement dans les ordres sacrés. Après la mort de Ricfrid, le clergé et le peuple le choisirent pour lui succéder. Malgré sa vive opposition, il fut sacré et intronisé, en présence de Louis le Débonnaire. Il déploya un grand zèle dans l'exercice de son ministère, réforma l'île Walacrie, à l'embouchure du Rhin; aidé de saint Théodulphe, il combattit les erreurs touchant la Trinité en Frise. Plusieurs fois le saint évêque adressa des remontrances à l'empereur au sujet des scandales de l'impératrice Judith.

Le pontife saint Frédéric, évêque d'Utrecht, voyant que le coeur de Louis était endurci, lui annonça par lettre qu'il allait l'excommunier, et, appuyant ses paroles de citations d'un grand nombre de pères, il ajoutait : «Si tu te dis serviteur du Christ, pourquoi donc as-tu condamné sans raison des évêques qui sont les ministres du Christ, à savoir Anselme de Milan, Wolfold de Crémone, Théodulfe d'Orléans, Jessé d'Amiens, Ebbon de Reims ? T'a-t-Il ordonné d'agir ainsi, Celui qui a dit par ses prophètes : "Celui qui porte la main sur vous Me touche Moi-même à la pupille de l'oeil ?" Et encore : "Est-ce que vous prétendez tirer vengeance de Moi ? Mais si vous tentez semblable folie, sachez que tous vos efforts retomberont promptement sur votre tête". Tu as également entendu dire à l'apôtre : "Qui es-tu donc pour entreprendre de juger l'esclave d'autrui ? C'est à son maître seul à examiner s'il se tient droit ou s'il tombe". Tu ne souffrirais certes pas qu'un autre se mêle de juger ton esclave; s'il vient à commettre quelque faute, tu ne cèdes à personne le droit de s'irriter contre lui ou de le châtier. Et alors pourquoi donc fais-tu au Seigneur des seigneurs ce que tu ne veux pas qu'on te fasse à toi-même ? Tu as fait là une mauvaise action : car c'est à Dieu et non aux hommes de juger les prêtres, ce n'est point aux gens de moeurs dépravées à condamner les évêques; mais ils doivent plutôt endurer leurs réprimandes. En outre, tout entiers chaque jour à vos festins auxquels vous invitez les joueurs de cithare, de lyre et de tympan, vous n'avez aucun souci de l'oeuvre de Dieu et aucune considération pour l'ouvrage de ses Mains. Aussi Dieu vengera-t-Il sur vous ses serviteurs; l'enfer tient au-dessous de vous ses entrailles dilatées et sa gueule béante; si vous ne faites pénitence, il vous saisira, vous descendrez au plus profond de ses abîmes, et vos regards orgueilleux seront humiliés, parce que vous avez considéré l'amer comme doux et le doux comme amer.»

Ces remontrances ne firent qu'irriter davantage le monarque contre l'homme de Dieu, et comme l'impératrice Judith réclamait sans cesse auprès de lui vengeance contre cet évêque, il finit par lui permettre d'accomplir le meurtre qu'elle désirait tant. L'empereur se rendit alors en France et laissa sur les bords du Rhin l'impératrice impie, afin qu'elle pût mener à bien ses projets sanguinaires. Elle commença par tendre des embûches au saint évêque; mais, n'ayant réussi ni par les prières, ni par les promesses, à le faire choir, elle résolut d'en finir avec lui. Elle fit le choix d'un jour d'été, où l'évêque, ne conservant que quelques gardes autour de lui, se reposait au milieu de ses clercs, connaissant par révélation que sa fin approchait; elle réunit autour d'elle ses amis et les fidèles de l'empereur et leur parla en ces termes : «Votre lâcheté n'ignore pas, je pense, les perpétuelles et insupportables tracasseries que me cause, plus que tous les autres évêques, le prélat Frédéric de Frise. C'est pourquoi je vous demande ardemment, à vous qui vous faites un plaisir d'exécuter mes ordres, de me venger de cet homme, de le tuer d'une manière habilement secrète, non pas à découvert, car il pourrait en résulter un grand péril pour vous. Tout ce que vous désirerez pour votre récompense, fût-ce une partie de notre royaume, nous vous l'accorderons immédiatement.»

Un pareil langage déplut souverainement à tous ceux de l'assistance qui possédaient la crainte de Dieu; mais deux jeunes gens, aussi orgueilleux qu'ambitieux, se levèrent et promirent d'exécuter tout ce qu'on voudrait si l'on consentait à les récompenser. La promesse faite, ils firent serment de ne rien révéler à l'évêque, cachèrent des poignards dans leurs manches, et le jour où le soleil entrait dans le signe du Lion, ils arrivèrent à Utrecht, se donnèrent comme envoyés de la reine et sollicitèrent un entretien secret avec l'évêque. Frédéric se préparait à célébrer la Liturgie quand on vint le prévenir. Il leva les yeux et les mains vers le ciel en poussant un soupir, et rendit à Dieu d'ardentes actions de grâces pour la faveur, depuis si longtemps désirée par lui, qu'Il allait lui accorder; puis, tournant vers ses assistants des regards d'une douceur angélique, il dit : «Je sais ce que me veulent ces messagers; mais j'ordonne qu'ils attendent jusqu'à ce que j'aie achevé le saint sacrifice.»

Il se leva alors de son trône en habits pontificaux et commença la Liturgie avec toute la dévotion que put lui inspirer la crainte de Dieu. Après la lecture du saint évangile, il adressa la parole au peuple et prédit sa mort très prochaine, mais seulement à mots couverts et par allégorie (car le peuple, qui l'aimait comme un père, en aurait ressenti trop de peine) : il dit donc que ce jour-là même, il allait recevoir la nourriture éternelle en compagnie des saints, dans le royaume des cieux; et lorsqu'il distribua le Sang et le Corps du Seigneur, il dit adieu à tous. En fidèle pasteur qu'il était, il recommanda avec larmes au Bon Pasteur notre Seigneur Jésus Christ les brebis qu'Il avait placées sous sa garde. Le clergé et le peuple fondaient en larmes, ne sachant ce que leur évêque voulait dire par là.

Le saint sacrifice achevé, l'évêque, gardant les ornements sacrés, entra dans la chapelle de Saint Jean l'Évangéliste, où il avait récemment fit creuser son tombeau, et, congédiant tout le monde, excepté un chapelain, il implora avec larmes et gémissement l'assistance des saints et fit introduire dans la chapelle les deux messagers. Quand ils entrèrent, l'évêque ordonna à son clerc de se promener derrière l'autel du Saint Sauveur et de ne revenir que lorsqu'il l'appellerait. Dès que le prêtre se fut éloigné, l'évêque vit trembler et se troubler les deux envoyés, et il leur dit : «Accomplissez le message dont vous êtes chargés, ne craignez point; j'ai connu avant votre arrivée de quoi il s'agissait». En entendant ces paroles, les deux assassins comprirent que l'évêque s'offrait de lui-même à la mort; ils tirèrent aussitôt de leurs manches deux longs poignards, les lui enfoncèrent dans les entrailles et dirent l'un après l'autre : «Voilà maintenant que notre reine s'est vengée sur toi.»

Cependant le martyr serra du mieux qu'il put ses blessures avec la main pour empêcher le sang et les entrailles de s'épandre au-dehors, et ordonna aux meurtriers de fuir promptement, de crainte qu'ils ne fussent arrêtés. Ceux-ci s'enfuirent à toutes jambes, et quelques instants après, le saint évêque appela son chapelain et lui ordonna de monter sur le mur pour voir si les messagers avaient déjà traversé le Rhin, et de lui dire avec quelle rapidité ils marchaient. Le clerc fit ce qu'on lui demandait, et revint en disant que les envoyés avaient passé le Rhin et qu'ils se hâtaient comme des fuyards. Ayant alors regardé attentivement son maître, le chapelain s'aperçut que ses traits étaient tout bouleversés et qu'il paraissait comme sur le point de rendre le dernier soupir. Il s'empressa de lui demander ce qu'il avait et ce qui lui était arrivé. Le saint, après l'avoir supplié de ne pas s'attrister, lui dit : «Je suis frappé à mort, mon fils. Fais venir ici mes frères et mes compagnons d'armes, convoque le peuple fidèle pour qu'on me restitue à la terre d'où je suis sorti; et qu'on prie pour que mon âme, quoique indigne, s'envole vers le Seigneur, pour la foi et l'amour duquel je viens d'arroser aujourd'hui la terre de mon sang.» En entendant ces paroles, le clerc s'arracha les cheveux de désespoir et se mit à pleurer en Vé, Vé et Vah ! Et quand il eut raconté à tous ce qui venait de se passer, qui pourrait dire les gémissements, les pleurs, les sanglots, les lamentations qui retentirent de toutes parts ? Il faut les avoir entendus pour s'en faire une idée.

Enfin, tandis que le coadjuteur du saint évêque, saint Odulphus, le clergé et le peuple tout entier, réunis autour du mourant, répétaient sans cesse avec désolation : «Pourquoi donc Père, nous laissez-vous orphelins ?», le glorieux martyr, laissant couler ses larmes, dit avec un accent prophétique : «Mes frères et fils très chers, si je puis trouver une petite place parmi les saints du paradis, je vous promets de ne pas vous laisser dans la désolation, mais je demeurerai toujours un fervent intercesseur de votre salut et de votre santé. Cependant, sachez bien que, à cause de l'empereur, de son épouse et de ses grands, ce royaume sera complètement dévasté par les incursions des Danois; et aussi, hélas ! à cause de nos crimes, cette ville éprouvera le même sort, et le clergé expiera nos fautes.» Après ces mots, il donna sa bénédiction au peuple, et s'étendit vivant dans le sarcophage qu'il s'était depuis longtemps fait préparer. Il fit chanter les psaumes et les prières de l'office des défunts, donnant lui-même l'intonation et disant : «Tu me placeras, Seigneur, dans la région des vivants». Puis il répéta à maintes reprises ce verset : «Seigneur, je remets mon esprit entre tes Mains».

Ensuite, il s'étendit sur le dos, les regards dirigés vers le ciel, et dit : «Voici le lieu de mon repos dans les siècles des siècles; c'est ici que je demeurerai, parce que j'ai choisi ce tombeau.» Il rendit alors sa belle âme à Dieu, et aussitôt l'église tout entière fut remplie de parfums de suave odeur, de sorte que tous les assistants comprirent que les cohortes angéliques étaient descendues en ce lieu, pour emporter aux cieux et conduire au triomphe l'âme du saint martyr. Puisse là aussi nous faire parvenir Celui qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

Tandis que le tombeau est scellé, Tu T'élèves du sépulcre, aurore de vie, ô Christ Dieu;

Tandis que les portes sont fermées, Tu apparais au milieu de tes disciples,
Toi qui es la résurrection de tous,

fondant en nous par eux ton Esprit de droiture,

selon ta grande Miséricorde.

Exapostilaire du dimanche de Thomas

VIGILE PASCALE A JÉRUSALEM

Récit de l'higoumène Daniel, en 1107

Voici, en ce qui concerne la sainte lumière, et comment elle descend sur le tombeau du Seigneur, voici ce que le Seigneur m'a fait voir, à moi misérable et indigne serviteur. J'ai vu en vérité de mes yeux de pécheur comment la lumière sacrée descend sur le sépulcre vivifiant de notre Seigneur Jésus Christ. Beaucoup de pèlerins parlent d'une façon inexacte de la descente de la sainte lumière; l'un, en effet, dit que l'Esprit saint descend sur le tombeau du Seigneur sous la forme d'une colombe; d'autres disent : «des éclairs descendent du ciel, c'est ainsi que s'allument les lampes au-dessus du tombeau du Seigneur.» Ceci est un mensonge et non la vérité. Car on ne voit rien alors, ni colombe, ni éclairs. Mais quelque chose invisiblement descend du ciel, par la Grâce divine, et allume les lampes dans le tombeau du Seigneur. C'est pourquoi j'en parlerai selon ce que j'ai vu en vérité.

Le Grand Vendredi, après les vêpres, on essuie le tombeau du Seigneur, on lave toutes les lampes qui s'y trouvent et l'on y verse de l'huile pure, sans eau, uniquement de cette huile. On garnit d'une mèche les porte-mèches, mais on n'allume pas ces mèches, on laisse ainsi les lampes sans les allumer, et on appose les scellés sur le sépulcre à la deuxième heure de la nuit et l'on éteint alors toutes les lampes et les cierges dans toutes les églises de Jérusalem.

Alors moi, misérable et indigne, ce vendredi, à la première heure du jour, j'allai trouver le prince Baudouin et lui fis un salut jusqu'à terre. Et lui, me voyant, moi, misérable, m'appela près de lui affectueusement et me dit : «Que désires-tu, higoumène russe ?» Il me connaissait bien en effet et m'aimait fort, car c'est un homme généreux, modeste, et pas fier le moins du monde. Je lui dis alors : «Mon prince, mon seigneur, je te prie, pour l'amour de Dieu et des princes russes, permets-moi de placer aussi ma lampe sur le saint tombeau, au nom de toute la terre russe.» Alors, plein d'empressement et de charité, il me permit de placer une lampe sur le tombeau du Seigneur, et envoya un homme qui était son meilleur serviteur pour m'accompagner chez l'économe de la Sainte-Résurrection et chez celui qui détient la clef du sépulcre. Et tous les deux, l'économe et le porte-clefs du sépulcre, me permirent d'apporter ma lampe avec de l'huile.

Je leur fis alors une métanie, partis dans une grande allégresse et achetai une lampe de verre très grande; je la remplis complètement d'huile pure et l'apportai au tombeau du Seigneur. C'était déjà le soir. Je demandai le porte-clefs qui se trouvait seul dans le sépulcre et m'annonçai à lui. Alors il m'ouvrit la sainte porte et m'ordonna d'enlever mes sandales et me conduisit ainsi, nu-pieds, tout seul, jusqu'au saint tombeau du Seigneur, avec la lampe sur le tombeau du Seigneur. Je la posai de mes mains pécheresses à l'endroit des pieds; là où reposèrent les Pieds très purs de notre Seigneur Jésus Christ. À la tête était posée la lampe des Grecs et l'on avait placé à l'endroit de la poitrine la lampe de Saint-Sabas et de tous les monastères. Ils ont ainsi l'habitude de placer chaque année la lampe des Grecs et celle de Saint-Sabas. Par la Grâce de Dieu ces trois lampes s'allumèrent, le moment venu; mais des lampes franques qui étaient suspendues en haut, pas une ne s'alluma.

Alors, après avoir posé la lampe sur le saint tombeau et baisé avec amour et larmes l'emplacement sacré où reposa le corps de notre Seigneur Jésus Christ, je sortis du saint sépulcre dans une grande allégresse et gagnai ma cellule╔

Quand vint la septième heure du jour du samedi, le prince Baudouin sortit de sa maison pour se rendre au tombeau du Seigneur avec sa suite. Tous allaient à pied. il envoya [un serviteur] au couvent de Saint-Sabas chercher l'higoumène de Saint-Sabas avec ses moines. L'higoumène vint avec la communauté au tombeau du Seigneur et moi, misérable, je m'y rendis aussi avec l'higoumène et ma communauté. nous arrivâmes auprès du prince et tous, nous le saluâmes. Alors il salua aussi l'higoumène et toute sa communauté, et nous ordonna, à l'higoumène de Saint-Sabas et à moi, misérable, de marcher à ses côtés, et aux autres higoumènes et à tous les moines il ordonna de marcher devant lui, et à sa suite, de marcher derrière lui. Et nous arrivâmes à l'église de la Résurrection du Christ, devant la porte occidentale.

Mais voici qu'une multitude de gens obstruait la porte de l'église et nous ne pûmes à ce moment pénétrer dans l'église. Alors le prince Baudouin donna ordre aux soldats qui dispersèrent la foule et firent comme une ruelle jusqu'au sépulcre; nous pûmes ainsi avancer à travers la foule jusqu'au sépulcre. Nous arrivâmes à la porte orientale du saint sépulcre du Seigneur; le prince vint derrière nous et occupa sa place, sur le côté droit de l'enceinte du grand choeur en face de la porte orientale du tombeau. C'est là que se trouve en effet la place du prince, ménagée en hauteur. Le prince ordonna à l'higoumène de Saint-Sabas de prendre place au-dessus du tombeau, avec ses moines et les prêtres orthodoxes; et à moi, misérable, il assigna une place élevée, juste au-dessus de la porte du tombeau, en face du grand choeur, afin que je puisse facilement voir par les portes du tombeau. Les trois portes du tombeau étaient scellées en effet, et scellées du sceau royal. Quant aux prêtres latins, ils se tenaient debout dans le grand choeur.

Quand arriva la huitième heure du jour, on commença à chanter vêpres, au-dessus du tombeau : les prêtres orthodoxes, les moines et tout le clergé; et il y avait aussi de nombreux ermites. Les Latins, de leur côté, dans le grand choeur, commencèrent à glapir à leur manière.

Tandis qu'ils chantaient tous de la sorte, moi, je me tenais là et regardais attentivement en direction des portes du sépulcre. Et comme on commençait à lire les leçons du Grand Samedi, à la première leçon un évêque sortit du grand choeur, accompagné d'un diacre, se rendit aux portes du sépulcre, et regarda dans le sépulcre par les croisillons de ces portes; mais ne voyant pas de lumière dans le tombeau, il revint sur ses pas. Quand on commença à lire la sixième leçon, le même évêque alla aux portes du tombeau et ne vit rien non plus. Alors le peuple entier cria en pleurant : «Kyrie eleison», c'est-à-dire : «Seigneur, prends pitié».

Lorsque la neuvième heure se fut écoulée, on commença à chanter le cantique du Passage (de la Mer Rouge) : «Chantons le Seigneur». Alors arriva soudain un petit nuage du côté de l'orient; il s'arrêta au-dessus de la voûte non couverte de l'église et une petite pluie tomba sur le saint tombeau et nous mouilla copieusement, nous qui nous tenions au-dessus du saint tombeau. Alors, subitement brilla la sainte lumière dans le saint tombeau, une clarté effrayante et resplendissante sortit du saint sépulcre du Seigneur. S'avançant alors avec quatre diacres, l'évêque ouvrit les portes du tombeau et ayant pris au prince Baudouin le cierge qu'il tenait, il entra dans le sépulcre et alluma en premier le cierge du prince à cette sainte lumière et rapportant ce cierge du tombeau, il le remit aux mains du prince lui-même. Le prince, debout à sa place, tenait son cierge dans une grande joie. Nous y allumâmes nos propres cierges, chacun allumant son cierge à celui de l'autre dans toute l'église.

Cette sainte lumière n'est pas comme la lumière terrestre; elle brille d'une manière différente, curieuse et extraordinaire; sa flamme est pourpre, comme le cinabre, elle brille d'une façon absolument indescriptible.

Toute la foule se tient ainsi, avec les cierges allumés et tout le monde s'écrie à voix haute : «Kyrie eleison» avec une grande joie et allégresse. L'homme ne peut pas éprouver une joie comparable à la joie qui envahit alors tout chrétien, à la vue de la sainte lumière divine. Celui, en vérité, qui n'a pas vu cette joie en ce jour, celui-là ne peut croire ceux qui racontent toute cette vision. Mais les hommes sages et fidèles y ajoutent entièrement foi, et ils écouteront avec délectation ce récit touchant ce fait véridique et ces saints lieux. «Celui qui est fidèle dans les petites choses, sera fidèle aussi dans les grandes.» (Lc 16,10). Mais pour l'homme mauvais et incrédule, les choses vraies se font mensongères.

Moi, misérable, j'en prends Dieu à témoin, et le saint sépulcre du Seigneur et tous mes compagnons, fils de Russie qui se sont trouvés là en ce jour, gens de Novgorod et de Kiev : Iziaslav Ivanovitch, Gorodislav Mikhaïlovitch, les deux Kachkitch et beaucoup d'autres, qui se portent garants de moi, misérable, et de ce récit.

Mais revenons à notre première narration. À peine la lumière eut-elle jailli dans le saint sépulcre que le chant cessa, tous s'écrièrent : «Kyrie eleison.» Puis ils sortirent de l'église, avec les cierges allumés et dans une grande allégresse, protégeant leurs cierges pour que le vent ne les éteignent point, et chacun s'en fut chez soi. Avec cette sainte lumière, ils allument les lampes dans leurs églises et ils achèvent à la maison le chant des vêpres. Cependant, dans la grande église, au sépulcre du Seigneur, les prêtres seuls, sans le peuple, achèvent le chant des vêpres╔

dans : Premiers chrétiens de Russie.
série : Chrétiens de tous les temps
Éditions du Cerf.

Porteur de vie, plus resplendissant en vérité que le paradis, plus étincelant qu'aucune demeure royale, tel nous est apparu, ô Christ, ton tombeau, source de notre résurrection.

Dans l'office de la prothèse