Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de sa B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 23
MARS 1980

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE

EN DEUX MOTS

SERMON SUR LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE DES ANCETRES

L'AMOUR DE DIEU DANS L'HOMME

MARTYRS DE L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

SAINTE PARASKEVE DE ROME

RÉPONSE DE L'ÉGLISE A L'OECUMÉNISME

VOIR L'INVISIBLE


EN DEUX MOTS

Des jours-ci, plaise à Dieu, je fais une tournée en France, pour être de retour à l'ermitage dans 15 jours. Par contre, le voyage en Argentine n'est toujours pas fixé. A tous nos lecteurs, je souhaite un Noël dans la joie et la paix.

Bien à vous, hm. Cassien

Aujourd'hui naît de la Vierge

Celui qui dans sa Main tient toute créature;

Il est emmailloté de langes,

Lui qui par essence est invisible;

Étant Dieu, Il est étendu dans une crèche,

Lui qui a affermi les cieux.

tropaires des Grandes Heures de Noël

SERMON SUR LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

Saint Léon le Grand

 

Notre Sauveur, bien-aimés, est né aujourd'hui, réjouissons-nous ! Car il serait impie de laisser place à la tristesse en ce jour de naissance de la vie ; de la vie qui, détruisant la mort, nous comble de la joie que donne l'éternité promise. Il n'est personne à qui soit refusé de partager cette allégresse, un seul et même motif de joie est commun à tous, car notre Seigneur qui, venu détruire le péché et la mort, n'a trouvé parmi les hommes personne qui fut libre de faute, est venu les libérer tous. Qu'exulte le saint, car il est près de recevoir la palme ; que se réjouisse le pécheur, car on l'invite au pardon ; que le païen prenne courage, car on l'appelle à recevoir la vie.

En effet, lorsque vint la plénitude des temps qu'avait fixée l'impénétrable profondeur du conseil divin, le Fils de Dieu prit la nature propre au genre humain afin de la réconcilier avec son Auteur, en sorte que le diable, inventeur de la mort, fut vaincu par cette nature même qu'il avait vaincue. Dans cette lutte engagée pour nous, le combat fut mené en se conformant au droit admirable et suprême de l'équité, car le Seigneur tout-puissant se mesura avec ce très cruel adversaire non dans sa Majesté, mais dans notre humanité, lui opposant la même condition, la même nature que les nôtres, partageant notre mortalité tout en demeurant étranger à tout péché. Oui, cette naissance échappe à ce qui est écrit de tous les hommes : « Personne n'est sans souillure, pas même l'enfant qui n'a vécu qu'un seul jour sur la terre. » (Jb 14,4-5). Rien donc dans cette naissance unique qui vienne de la concupiscence charnelle, rien qui découle de la loi du péché. De la race de David est choisie une vierge de sang royal qui, appelée à porter un rejeton sacré, concevrait dans son esprit avant que dans son corps cette divine et humaine descendance. Et, de peur qu'ignorante du dessein divin, elle ne s'effraie devant des faits inhabituels, elle apprend de la bouche d'un ange ce que va opérer en elle l'action de l'Esprit saint. Aussi ne croit-elle pas que sa pureté souffre un dommage, elle qui bientôt sera Mère de Dieu. Pourquoi, en effet, n'aurait-elle point foi en la nouveauté de cette conception, elle à qui est promis que l'efficacité en viendra de la puissance du Très-Haut ? Le témoignage d'un miracle préalable vient même confirmer sa foi, et la fécondité d'Élisabeth lui est apportée en preuve, afin que l'on ne doute pas que celui qui qui avait donné à une femme stérile la faculté de concevoir la donnerait aussi à une vierge.

Le verbe de Dieu, Dieu, Fils de Dieu, qui au commencement était avec Dieu, par qui toutes choses ont été faites et sans qui rien n'a été fait, afin de délivrer l'homme de la mort éternelle, est donc devenu homme. Pour épouser la bassesse de notre condition sans que sa majesté en soit diminuée, Il s'est abaissé de telle sorte que, demeurant ce qu'Il était et assumant ce qu'Il n'était pas, Il unit la véritable condition de serviteur à cette condition dans laquelle Il est égal à Dieu le Père, réalisant ainsi entre les deux natures une alliance si étroite que ni l'inférieure ne fut absorbée par cette glorification, ni la supérieure diminuée par cette assomption. Les propriétés de chaque nature restant donc sauves et se réunissant en une seule personne, la majesté se revêt d'humilité, la force de faiblesse, l'éternité de caducité ; pour payer la dette due par notre condition, la nature inviolable s'est unie à une nature passible, vrai Dieu et vrai homme s'associant dans l'unité d'un seul Seigneur ; ainsi le seul et unique médiateur entre Dieu et les hommes put, comme l'exigeait notre guérison, mourir en vertu d'une des deux natures et ressusciter en vertu de l'autre.

C'est donc à juste titre que l'enfantement du Sauveur ne porta pas atteinte à l'intégrité virginale ; car la mise au monde de Celui qui est la Vérité fut la sauvegarde de sa pureté.

Une telle naissance, bien-aimés, convenait au Christ, Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu, cette naissance par laquelle Il s'adaptait à nous par l'humanité et l'emportait sur nous par la divinité. Si, en effet, Il n'était pas vrai Dieu, Il n'apporterait pas de remède ; s'il n'était pas vrai homme, Il ne procurerait pas d'exemple. Aussi, à la naissance du Seigneur, les anges chantent-ils en liesse : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » et proclament-ils « La paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Ils voient, en effet, la Jérusalem céleste se construire au moyen de toutes les nations du monde : cette oeuvre ineffable de la divine Bonté, quelle cause d'allégresse ne doit-elle pas être dans l'humble monde des hommes, si elle provoque une si grande joie dans la sphère sublime des anges ?

Remercions donc, bien-aimés, Dieu le Père, par son Fils, dans l'Esprit saint, Lui qui, à cause de la grande miséricorde dont Il nous a aimés, a eu pitié de nous, et, alors que nous étions morts par suite de nos péchés, nous a fait revivre par le Christ, voulant que nous soyons en Lui une nouvelle création, une nouvelle oeuvre de ses Mains. Dépouillons donc le vieil homme avec ses agissements, et, admis à participer à la naissance du Christ, renonçons aux oeuvres de la chair.

Reconnais, ô chrétien, ta dignité, et, après avoir été fait participant de la nature divine, ne va pas retourner, par un comportement indigne de ta race, à ta première bassesse. Souviens-toi de quelle Tête et de quel Corps tu es membre. Rappelle-toi qu'arraché à l'empire des ténèbres, tu as été transféré dans le royaume de Dieu et dans sa lumière. Par le sacrement du baptême, tu es devenu temple du saint Esprit : ne va pas, par tes mauvaises actions, faire fuir loin de toi un tel hôte et te soumettre à nouveau à l'esclavage du diable ; ta rançon, c'est le sang du Christ, et Il te jugera selon la vérité, Celui qui t'a racheté selon sa Miséricorde, Lui qui règne avec le Père et l'Esprit saint dans les siècles des siècles. Amen.


HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE DES ANCETRES

Puisque l'assemblée aujourd'hui est plus nombreuse que d'ordinaire, il me semble raisonnable de vous adresser quelques mots, d'autant plus que ce n'est pas un dimanche ordinaire.

Le Dimanche des ancêtres, deuxième dimanche avant la Nativité, nous commémorons les ancêtres du Christ selon la chair. Il y en a eu des justes parmi eux, des moins justes et même des prostituées. Cela nous montre bien que le Seigneur est venu dans le monde sans privilège, pauvre et de condition modeste .

Le dimanche suivant, dimanche avant la Nativité, est consacré à tous ceux qui ont précédé et préparé, par leur justice, la venue du Sauveur, depuis Adam jusqu'à Joseph le juste.

Toute cette liste impressionnante a résonné à nos oreilles, lors de la lecture du Synaxaire. C'est à tous ces personnages, dont, dans notre ignorance, nous ne connaissons même pas le nom (c'est juste si nous le savons prononcer tant bien que mal), que nous sommes redevables, car sans eux le Messie ne serait pas venu.

Ce sont donc les deux lignées des ancêtres, une lignée charnelle et l'autre spirituelle, qui ont ont permis la venue d'Emanuël, le Christ-Sauveur. Et ce sont ces deux lignées que nous célébrons aujourd'hui et dimanche prochain, en préparation de la Nativité du Christ.

Mais comme chaque dimanche, nous célébrons la mémoire de tous les saints et commémorons tous ceux qui se sont endormis dans l'espoir de la résurrection et de la vie éternelle. Aujourd'hui, en plus, nous célébrons la mémoire d'un grand saint dont la fête est toujours chômée, même en dehors du dimanche. (Donc toujours du vin et de l'huile pour nos amateurs). C'est saint Spyridon, dont nous entendrons tout-à-l'heure les exploits d'une manière plus détaillée. Je ne relève que deux traits de lui, suffisants pour l'aimer et lui accorder la place qui lui convient dans l'assemblée des saints.

Notre saint était d'abord un pâtre de brebis, qui brillait par sa simplicité et sa rusticité, avant qu'il ne fût berger d'âmes, c'est-à-dire évêque. Même comme évêque il continua à garder ses brebis et à porter ses pauvres habits. C'est pour cela qu'il est représenté sur l'icône comme évêque, portant sa calotte de pâtre.

C'est lui également qui assista, avec saint Nicolas, au premier concile ¤cuménique, où fut condamné Arius. Au moment, où la discussion tournait autour du mystère de la sainte Trinité, comment Dieu est trine et un à la fois, et où les pères ne savaient plus répondre aux arguties d'Arius et de ses adeptes, saint Spyridon se leva et demanda la parole. Les pères se demandaient ce que pouvait bien dire ce rustre achevé. Il s'avança donc au milieu de l'assemblée et demanda une brique. On lui apporta donc une brique. La montrant il expliqua que cette brique, qui est une, était formée de trois choses : de la glaise, de l'eau et du feu. C'est ainsi la sainte Trinité, une et trine à la fois. Pour confirmer ses paroles, il serra la brique dans sa main et, ô miracle, en jaillit d'en bas de l'eau et d'en haut du feu. Ce miracle et ces paroles confondirent les hérétiques et permirent que l'Orthodoxie sorte, une fois de plus, victorieuse du combat.

Pour terminer, encore quelque chose important : Nous aussi avons chacun des parents, de grands-parents et nous pouvons poursuivre notre ascendance charnelle jusqu'à Adam et Eve. Cette sorte d'ascendance, nous l'avons en commun avec tous les hommes et elle nous a permis de venir au monde. Mais comme l'embryon dans le ventre de sa mère, qui n'a pas encore vu la lumière (ceci sert d'image), nous n'avons pas encore vu la vraie lumière, la vraie vie qui viennent après la mort. La mort constitue la naissance pour l'autre vie. Si nous ne sommes pas prêts, nous naîtrons comme des morts-nés. La tâche principale de notre vie ici-bas consiste donc à nous préparer à ce passage vers l'autre vie. Cela consiste à nous inscrire dans cette lignée des pères que constituent les saints, dans d'autres termes, l'Église. Sacramentellement nous le sommes par le baptême, mais il faut le fructifier, l'accroître car cette vie est dynamique. Il faut lutter chaque jour car elle est fragile, tant que nous vivons dans la chair et chaque péché la met en péril.

Que tous ces ancêtres du Christ, qui sont également les nôtres, pour autant que nous vivons notre foi, nous protègent et nous rendent dignes d'être réunis de plus en plus à eux, dès maintenant et pour l'éternité. Amen.

hm. Cassien


L'AMOUR DE DIEU DANS L'HOMME

 

L'amour de Dieu est par nature une chaleur. Quand il fond sans mesure sur un homme, il plonge son âme dans l'extase. C'est pourquoi le coeur de celui qui l'a senti ne peut supportes d'être séparé de lui. Mais il connaît un changement inhabituel, à la mesure de la qualité de l'amour qui est entré en lui. Tels sont les signes sensibles de cet amour : le visage de l'homme s'enflamme de joie et son corps est comblé de chaleur. La peur et la pudeur le quittent, comme s'il était sorti de lui-même. la puissance qui concentre l'intelligence l'abandonne. Il est comme fou, la mort terrible lui est une joie. Et n'a pas de cesse la contemplation de son intelligence nourrie par la pensée des choses du ciel. Lui-même n'est pas aux cieux. mais il parle comme s'il y était. Et nul ne le voit. Il n'a plus sa connaissance et sa vision naturelles. Et il n'a plus conscience des gestes qu'il fait au milieu des choses. Bien qu'il continue d'agir, il ne sent rien, comme si son intelligence était suspendue dans la contemplation. Sa pensée est toujours comme engagée avec un autre.

Les apôtres et les martyrs ont connu cette ivresse spirituelle. Les uns ont parcouru le monde, peinant et outragés. Les autres, les membres déchirés, ont versé leur sang comme de l'eau. Subissant les pires tourments, ils n'ont pas désespéré. Ils ont supporté noblement. Eux qui étaient les vrais sages ont été considéré comme des fous. D'autres sont allés se perdre dans les déserts, dans les montagnes, dans les cavernes, dans les antres de la terre. Ils étaient les vrais témoins de l'ordre. Et ils abandonnèrent tout rang. Puisse Dieu nous donner de parvenir à leur folie.

Saint Isaac le Syrien
« Oeuvres Spirituelles »
Théophanie - Desclée de Brouwer

Grâce à la bonté de Dieu, frères bien-aimés, voici venir le jour où nous nous proposons de célébrer dans la joie la Nativité du Seigneur.

S'il nous convient en tout temps d'être parés et resplendissants de bonnes oeuvres, c'est malgré tout au jour de la Nativité du Seigneur principalement que nous devons les faire briller aux yeux des hommes. Réfléchissez, je vous en prie, mes frères : quand un homme riche et puissant veut célébrer son anniversaire ou celui de son fils, avec quel soin, plusieurs jours à l'avance, il se met en devoir de nettoyer tout ce qui est malpropre dans sa maison et jeter au-dehors tout ce qui est vilain et déplacé, tandis qu'il fait mettre en place tout ce qu'il faut.
Pourquoi tout cela, frères bien-aimés, sinon pour célébrer dans la joie le jour anniversaire d'un homme destiné à la mort ? Si donc tu fais tant de préparatifs pour ton anniversaire ou celui de ton fils, quels grands et beaux préparatifs ne dois-tu pas réaliser, au moment d'accueillir la Nativité de ton Seigneur ?

saint Césaire d'Arles

MARTYRS DE L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

Le hiéromartyr Benjamin, métropolite de Petrograd

Tout d'abord, il est nécessaire de dire que l'auteur de cet article étant en URSS contre sa volonté, il n'avait pas la possibilité d'avoir de sources écrites sur ce sujet, à part l'autobiographie de l'évêque Pierre, qui ne pouvait être témoin oculaire lui-même de tous les événements dont il parle dans ses mémoires, et qui tirait ses renseignements de diverses sources orales. Dans l'exemple donné, il décrit quelques détails qui ne se trouvent évidemment pas dans d'autres textes. Dans le compte-rendu du très âgé hiérarque (il est mort à l'âge de 94 ans), il peut y avoir des inexactitudes, mais on ne peut pas supposer qu'il soit complètement dénué d'authenticité historique. Nous faisons cette remarque parce que parmi ceux qui ont fourni des informations concernant l'histoire de l'Église, il y en a qui rejettent complètement l'autobiographie de l'évêque Pierre comme n'étant pas une source sûre. Surtout ceux qui ont joué un rôle significatif dans le néonovationisme. Et justement, en ce qui concerne le sujet que nous abordons, leur information ne concorde pas avec la nôtre, basée sur cette «autobiographie». Sans entrer dans la jungle de la polémique, nous pensons que le temps où nous pourrons séparer ce qui est exact de ce qui ne l'est pas n'est pas encore arrivé.

Le 2 mai 1922, Sa Sainteté le patriarche Tikhon fut arrêté pour avoir promulgué un ukase éclaircissant le décret du gouvernement soviétique, qui ordonnait que toutes les églises chrétiennes donnent leur or et leur argent à l'État. Le patriarche précisait que les ustensiles en or et en argent qui avaient déjà servi pour la célébration du mystère de la sainte Eucharistie n'étaient pas concernés par le décret, selon les canons de l'Église. Mais trois évêques exprimèrent leur désaccord avec Sa Sainteté. Il s'agissait d'Evdokim, Antoine et Leonid, accompagnés des prêtres Vvedenski, Krasnitski, Boyarski, Biélkov, et d'autres. Ceux-ci renièrent la décision du patriarche en signant une déclaration disant que le patriarche interdisait illégalement le décret, mais qu'eux le permettaient╔ C'est ainsi que le patriarche fut arrêté et emprisonné.

Prenant connaissance de cette situation, Sa Sainteté le patriarche Tikhon passa la direction de l'Église au premier intérimaire désigné par le Concile local, le métropolite Agathangel de Yaroslav. Le métropolite prit cette responsabilité le 3 mai. Alors qu'il annonçait cela à tous les prêtres et laïcs, il les informa aussi que désormais chaque évêque devait conduire son troupeau selon sa conscience et le serment qu'il avait prêté lors de son ordination. Mais que pour les problèmes difficiles à résoudre, chacun devait s'adresser à son « humilité » (le métropolite Agathangel). Mais aussitôt l'ukase promulgué, le métropolite fut arrêté et envoyé en Sibérie. Tandis que les ex-évêques Evdokim, Antoine et Leonid ont immédiatement accordé le titre de « métropolite » aux prêtres qui les suivaient. Dans le même temps, ces soi-disant « métropolites » établirent l'Administration Supérieure de l'Église (ASE). Ils furent immédiatement reconnus et soutenus par le pouvoir soviétique. Et cette « Administration » commença à diriger les affaires ecclésiastiques de toute la Russie.

Ils promulguèrent un programme en 28 points affirmant que le Seigneur Jésus Christ n'est pas Dieu, mais seulement une personne douée╔

Dans ce même document, la toute-sainte Enfantrice de Dieu, premièrement n'est pas « Enfantrice de Dieu », deuxièmement, n'est bien sûr pas Vierge, mais simplement « femme »... Et ainsi de suite, toujours dans ce même esprit hérétique.

Il est clair que cette fausse doctrine était l'hérésie arienne dans son intégralité, plusieurs fois condamnée par les Sept Conciles oecuméniques. Et ces nouveaux Ariens dirigèrent leur premier coup vers Moscou. Il y remportèrent un succès considérable à cause de la « crainte des Juifs ». L'ASE exigea de tous l'acceptation des « 28 points ». Le 27 mai, en moins d'un mois, leur tâche fut achevée à Moscou. Quiconque parmi les prêtres n'acceptait pas les « 28 points » pouvait désormais s'attendre à être arrêté et emprisonné à tout moment par les autorités soviétiques.

Le 28 mai, ils arrivèrent à Petrograd. Après avoir fait les préparatifs nécessaires « à un endroit pas très éloigné », ils rencontrèrent le métropolite Benjamin dans la soirée. Ils lui présentèrent le programme des « 28 points ».

Le sage hiérarque leur dit :

« J'ai été élu à ce siège par le peuple. Sans le peuple, je ne peux rien décider. Demain, c'est dimanche. le peuple sera libre. Assemblons les croyants. Vous leur expliquerez vos buts et tout le programme de " l'Église Vivante ". Et si le peuple l'accepte, je pourrai alors vous donner une réponse╔ »

Ils furent d'accord. Le lendemain, le métropolite Benjamin servait dans la Laure Alexandre Nevski. Une réunion des croyants fut arrangée pour examiner le programme de « l'Église Vivante ».

A la fin de la Divine Liturgie, le métropolite Benjamin s'adressa au peuple en ces termes :

« Des représentants de " l'Église Vivante " sont venus de Moscou. Ils nous proposent d'accepter leur programme et leur enseignement. Écoutez attentivement. Sans vous, je ne peux pas décider. Mais vous, décidez vous-mêmes si oui ou non vous devez accepter cette doctrine. Ensuite, j'exprimerai moi aussi mon opinion ! »

A dix heures du matin, le peuple avait déjà commencé à se rassembler. Tous ceux qui désiraient être présents à cette réunion inscrivaient leur nom dans des cahiers. Il y avait environ 12000 personnes assemblées avec les prêtres de toutes les églises de Petrograd.

Le métropolite proposa d'élire un praesidium (comité). Ses membres étaient le métropolite lui-même, quatre membres du clergé et trois laïcs. le hiérarque ouvrit la séance. Le soi-disant « métropolite » sortit sur l'ambon. Il dit : « Jusqu'ici, nous avons été des sujets du Tsar. mais maintenant, nous sommes libres. Le peuple lui-même doit diriger l'Église. C'est pourquoi nous voulons nous libérer des liens dont nous étions liés dans le passéÉ Plus de 1900 ans ont passé depuis qu'on a ordonné de croire que le Seigneur Jésus Christ est Fils de Dieu et Dieu, et qu'il est né de la Vierge MarieÉ Mais qui peut souscrire à cela  ? Bien sûr qu'il n'est pas Dieu. C'est clair pour tout le mondeÉ Nous reconnaissons Dieu. Il est vraiment le Seigneur Dieu Sabaoth. Toute la Bible en est témoin Tous les prophètes en ont parlé. Et nous reconnaissons tout cela... Mais Jésus Christ n'est évidemment pas Dieu. Il était tout simplement un homme génialÉ Et jugez par vous-mêmes comment celle qui l'a enfanté peut être vierge...

Nous devons nous unir - Orthodoxes, Catholiques et Juifs - dans une seule Église Vivante (et pas morte) pour tous les peuples !.. »

Quand il eut dit cela, tout le peuple s'écria : « Nous ne voulons pas d'une telle " Église "... Nous croyons que le Seigneur Jésus Christ est Fils de Dieu et Dieu, et nous reconnaissons que la Mère de Dieu est Vierge !.. »

Puis, le « métropolite » Krastnisky de « l'Église Vivante » parla. Il rejeta le baptême des enfants comme étant donné à des êtres non-conscients╔ Selon lui, l'enfant doit d'abord grandir, puis recevoir le baptême en étant parfaitement conscient de ce qu'il reçoit╔ Il rejeta également le sacrement du mariage╔ Selon le « métropolite », on ne doit pas se marier à l'aveuglette. Il faut d'abord se marier civilement. Puis, on doit voir si le couple est bien assorti. Si ce n'est pas le cas, les conjoints doivent se séparer. Seuls ceux qui s'entendent bien peuvent se marier à l'église╔ [Il poursuivit :]

« Nous ne reconnaissons pas de saintes reliques, ni aucune autre relique...»

« Nous ne reconnaissons pas le monachisme non plus  ; un homme ne peut être sans femme, ni un femme sans homme... Les évêques doivent prendre femme... Un prêtre veuf peut se remarier une deuxième et une troisième fois. »

Le « métropolite » Boyarski sortit à son tour. Il commença par une objection au discours de Vvedenski :

« Bien que Vvedenski ait dit que Jésus Christ n'est pas Dieu mais un homme génial, et la Mère de Dieu n'est pas une vierge... je ne suis pas d'accord avec lui. Je reconnais que Jésus Christ est le Fils de Dieu et que la Mère de Dieu est une vierge. Mais le mariage, les saintes reliques, le monachisme - je ne les reconnais pas  ! »

Lorsqu'il eut dit cela, le peuple s'écria :

« Nous ne voulons pas de vos explicationsÉ Nous n'avons pas besoin de votre nouvelle «Église Vivante». Honte, honte !... »

Le métropolite Benjamin, en tant que président, se leva et calma le peuple. Puis il dit :

«Vous avez tous entendu de la bouche des représentants de la soi-disant "Église Vivante" les explications sur ce que cette " Église " représente. Vous avez entendu que l'"Église Vivante" attaque et rejette notre Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Et que cette " Église Vivante " reconnaît comme vraie une doctrine fausse et blasphématoire. Par conséquent, si vous êtes d'accord avec eux et prêts à passer de leur côté, joignez-vous à ceux qui ont parlé. Mais moi, en tant que votre archiprêtre, celui qui a été placé dans la sainte Église pour garder la pureté de la foi et pour chasser loin d'elle les "loups qui la détruisent", je suis obligé de dire ce que je vais dire. Ce sont des loups sous des peaux de brebis ! Le saint apôtre a prophétisé d'eux ainsi :

" Je sais qu'il s'introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n'épargneront pas le troupeau, et qu'il s'élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux. Veillez donc╔ » (Ac 20, 29-31).

« Et je témoigne ici devant vous que ces loups sont maintenant entrés parmi nous pour faire leurs affaires de loups chez nous aussi. Ils sont entrés avec nos habits, mais ils ne sont pas des nôtres╔ attention, méfiez-vous d'eux !.. Moi, en tant que votre archiprêtre, je vous l'ai annoncé. »

«Ce blasphème que vous avez entendu a déjà été prêché par Arius et ses disciples. Mais Arius et ses disciples ont été condamnés par les Sept Conciles oecuméniques et voués à l'anathème, à la séparation d'avec l'Église du Christ. En conséquence de quoi, moi aussi, en accord avec les saints Conciles oecuméniques, je suis obligé de livrer tous les chefs de cette nouvelle "Église Vivante" hérétique et tous ceux qui les suivent à l'anathème !»

Après ces paroles, il retourna aux Portes Royales et prononça les paroles suivantes :

«Au nom de notre Seigneur Jésus Christ, le Fils de Dieu, et de sa toute-pure, immaculée et toujours Vierge Mère, l'Enfantrice de Dieu, je livre à l'anathème la soi-disant "Église Vivante" et ses chefs, et son troupeau !»

Et aussitôt le protodiacre prononça l'anathème sur tous les docteurs et disciples de « l'Église Vivante ». Mais pendant qu'ils scandaient : « Anathème, anathème, anathème ! », Vvedenski, s'enfuit par une porte latérale de l'autel dans la cour de la Laure Alexandre Nevski et informa le GPU par téléphone de ce qui s'était passé. Le métropolite Benjamin, par contre, commença un sermon sur cette hérésie. Pendant qu'il parlait des autorités, des représentants des autorités soviétiques arrivèrent et l'arrêtèrent avec tout le Synode . Il les emmenèrent dans la rue Gorotchovaya où était le GPU. Tout le peuple qui avait été dans la laure et dans ses alentours alla y demander leur libération. mais les autorités ne les relâchèrent pas. Dans la soirée, 30000 personnes environ étaient rassemblées dans la rue du GPU et dans les rues voisines. La foule ne se dispersa pas et et continua à demander sa libération. Puis, le soir, les autorités envoyèrent une unité de cavalerie droit sur la foule et commença à écraser les gens sous les pieds des chevaux. Combien de personnes y trouvèrent la mort  ? Selon la Cour, quelques centaines. Mais combien furent arrêtées et soumises à la répression - il est impossible de le dire, même approximativement. Ils condamnèrent 10 personnes à être fusillées. Pour six autres personnes, ils transformèrent la sentence de mort en prison. Les autres personnes arrêtées furent également emprisonnées pour des périodes de temps de longueur variable.

Parmi les hiérarques appartenant au Synode, le métropolite Benjamin, l'archimandrite Serge qui disait sans crainte toute la vérité à ses exécuteurs, et d'autres, furent fusillés. Tous se conduisirent avec la plus grande dignité. Mais le métropolite Benjamin frappa tout le monde par sa douceur, son humilité et en même temps sa confiance complète en la volonté de Dieu et sa fermeté inébranlable dans la confession de la foi chrétienne. Lui et ses co-lutteurs subirent le martyre la nuit du 31 juillet au 1e août.

Saint hiéromartyr et hiérarque Benjamin et ceux qui ont souffert avec toi pour le Christ, priez Dieu pour nous !

Tel est le récit de ces événements et de la mort du métropolite donné par l'archevêque Pitirim (c'est-à-dire l'évêque Pierre).

à suivre

Aujourd'hui, la divinité s'est imprimé dans l'humanité, - afin que les hommes s'ornent avec le sceau de la divinité.

saint Ephrem le Syrien

VOIR L'INVISIBLE

 

Terni par le péché, l'oeil de notre âme n'est plus en état de contempler la réalité spirituelle. Il n'en fut pas ainsi à l'origine. Il ne nous reste donc que la foi pour accéder directement au monde de l'au-delà. Autrement, ce n'est que par nos sens, et indirectement, que se révèle le surnaturel. Les sacrements, symboles, signes, sont ces auxiliaires à notre faiblesse. Ce qui nous est inconnu et invisible se communique à travers le voile de ce qui nous est familier. Le Christ S'offre dans l'eucharistie sous les espèces du pain et du vin. La parole de Dieu se manifeste dans les saintes Écritures. Et c'est l'icône qui nous rend le ciel présent, qui nous fait voir ce que la cécité de l'âme nous cache et ce que les yeux du corps ne savent saisir.

Sur l'icône, il s'agit d'une véritable représentation, d'une apparition réelle de ce qui y est figuré. L'icône n'est ni idole, ni simple image d'une réalité lointaine. La Tradition orthodoxe distingue bien entre l'icône et ce qu'elle représente : ce qui est semblable, c'est-à-dire la personne et ses attributs, et ce qui les différencie : la nature. Dans l'idole, la nature, l'essence même est identique, ce qui n'est jamais le cas pour l'icône, sous peine de voir l'iconographie se transformer en idolâtrie. D'ailleurs, ce n'est pas la nature, c'est-à-dire la matière : bois, couleurs, etc. qui est porteuse de la grâce, mais la ressemblance de ce qui y est figuré avec le représenté. Pourtant l'icône n'est pas réduite à l'expression d'une simple image qui ne sait restituer que l'aspect extérieur de la réalité. L'icône est sacrement dans le sens large du terme, symbole - c'est-à-dire objet terrestre qui porte inclu le mystère de la grâce.

L'Eucharistie qui contient les deux natures du Christ contient également sa personne, mais non la ressemblance (d'un point de vue visuel) de celle-ci, car c'est toujours l'aspect du pain et du vin que l'on voit. L'icône contient et représente la personne et sa ressemblance. L'Écriture de son côté parle de la nature et de la personne mais ne les contient pas. Par contre, à travers l'Écriture se manifestent les énergies : sagesse, beauté, vérité, etc, et c'est à travers ces énergies ou attributs que se communique la grâce.

La vision de Dieu et de ses saints ne nous est donc donnée que d'une manière indirecte - dans l'icône. Certes, aux coeurs purs, Dieu accorde parfois directement, sans intermédiaire, d'une manière mystique, la vision de l'invisible. Mais à nous, charnels, tiraillés par nos passions, réduits à l'expérience de nos sens, ne nous est donné que l'icône comme vision, en attendant dans l'espérance la vision face à face. Ce que le voile de la matière opaque nous cache, l'icône nous le représente dans la matière. Ce qui est invisible à nos yeux devient ainsi visible dans l'icône.

hm. Cassien

Le prototype n'est pas dans l'icône selon l'essence, sinon l'icône serait, elle aussi, appelée prototype et inversement, le prototype, image : ce qui ne convient pas, parce que chaque nature (celle du modèle et celle de l'icône) a sa propre définition ; le prototype est donc dans l'image selon la ressemblance de l'hypostase.

Saint Théodore Studite

RÉPONSE DE L'ÉGLISE A L'OECUMÉNISME

(suite)

 

11) Mission de l'Église sur terre.

Il est vrai que l'Église doit remplir une mission sur la terre et dans le monde . Mais cette mission, dévolue et dirigée par Dieu, n'est pas ce qu'en déclarent les oecuménistes.

Sans vouloir disserter longuement sur ce thème, qu'il nous suffise de rappeler, ou même seulement d'apprendre aux oecuménistes qu'il est faux de croire que l'Église a pour finalité l'instauration sociale édenique du bien-être terrestre, qu'elle vise à l'amélioration des conditions matérielles de l'humanité. Le message évangélique n'annonce pas et ne promet pas l'instauration du royaume de Dieu dans la réalisation du progrès social terrestre. Jésus Christ a bien précisé, au contraire, que son royaume n'est pas de ce monde, que l'homme, sur cette terre, ne « transite » qu'en passager et en étranger. « Isolés, méprisés, le coeur contrit, la pensée douloureuse, les chrétiens vivent autrement que le reste des hommes. » (Saint Isaac le Syrien).

Tout chrétien qui ne se sent pas étranger au monde n'est pas authentiquement chrétien. Christ n'a-t-il pas répété que la voie menant à son royaume était étroite, et n'a-t-il pas mis en garde contre la voie large qui mène à la géhenne ? La mission de l'Église est de glorifier Dieu, à travers ses membres, imparfaits et pécheurs. Elle est le lieu où ceux-ci peuvent préparer leur salut et atteindre la déification promise. Elle a pour but d'aider l'homme à rétablir sa communion avec Dieu, communion qui fut altérée par la désobéissance adamique. C'est, en effet, par Jésus Christ, Tête de l'Église, que cette communion est rétablie, par sa mort volontairement offerte, par son précieux Sang, et sa glorieuse Résurrection. Dieu, rappelons-le clairement, s'est incarné en Jésus Christ non pour améliorer la condition terrestre de l'homme, mais pour que l'homme puisse devenir dieu et être glorifié dans son royaume. N'oublions pas que nos saints Pères ont jugé l'Église comme « supérieure à la première création ».

 

12) Une autre hérésie, souvent propagée, du « mouvement oecuménique » est que « l'Église doit s'ouvrir au monde ». Les auteurs de ce blasphème ont-ils réfléchi au fait que la sainte Église ne s'est jamais fermée, quelle n'a jamais perdu sa vocation, qui fut, reste, et sera toujours d'appeler tous les hommes au salut, les bras grand ouverts vers eux ? L'Église n'a jamais cessé d'être « ouverte » à tous les hommes sans distinction d'âge, de sexe, de culture, de race ou de classe (puisqu'elle est la seule société sans classes). Elle doit être, par vocation, la « demeure » de tous. Prétendre réaliser et manifester au monde une « Église » nouvelle en amalgamant toutes les hérésies des diverses confessions schismatiques, c'est renoncer à l'Église fondée par l'Esprit sur le Fils. Cette « ouverture au monde », loin d'engendrer la conversion de ce monde, d'attirer à l'Église ceux qui vivent en dehors d'elle (étrangers, infidèles, hérétiques, ennemis et persécuteurs), se solde, hélas, par le désarroi, la déception et l'expulsion de ses enfants. Cette « ouverture au monde » signifie, en effet, dans la pensée des oecuménistes que l'Église doive se modeler sur le monde, ce qui est à l'opposé de la mission que Dieu lui a confiée : à savoir d'être le ferment de ce monde, le levain dans la pâte. L'Église ne peut pas épouser le monde, car le monde vit d'illusions. L'homme « du monde » vit avec le siècle, dans la limitation du temps. Le chrétien vit avec tous les siècles, c'est-à-dire avec Dieu, pour qui le temps n'existe pas.

 

13) Néo-christologie.

Comment ne pas évoquer encore cette autre hérésie consistant à confesser une néo-christologie qui ferait de notre Sauveur un Christ « transcendant » (!) qui ne serait plus le Verbe de Dieu, mais un être initié qui aurait « appris » auprès de saint Jean Baptiste et de certains autres « maîtres ». Face à cette déviation, nous confessons, en vrais chrétiens orthodoxes, que Jésus Christ est un Christ qui « dans le temps, tout en restant le Fils du Père sans Mère dans sa Divinité, est devenu le Fils d'une Mère sans père dans son Humanité ».

 

14) Dans ces mêmes milieux oecuménistes, n'entend-on pas dire aussi que le Christ a versé son Sang, non pour nous offrir un « remède d'immortalité », un « viatique pour la vie éternelle » et nous laver de nos péchés, mais pour « expier le courroux du Père éternel en satisfaisant sa Justice ».

Ces blasphémateurs oublient sans nul doute - à nous de le leur rappeler - que le thème essentiel de la prédication évangélique est le repentance. La première parole adressée à André et à Pierre par Jésus Christ en guise de salutation, est « Repentez-vous ». C'est dire l'importance que Dieu accorde à ce sentiment. Ce n'est, en effet, qu'après son existence que Dieu nous donne sa Grâce. « La pénitence est la porte qui arrache aux ténèbres et qui introduit à la lumière. » (Saint Syméon le Nouveau Théologien).

 

15) De quelle façon les hommes sont-ils frères ?

Il est vrai de dire que tous les hommes sont frères, c'est-à-dire fils de Dieu, mais il est gravement hérétique de confesser, comme le font les oecuménistes, qu'ils le sont par nature. Dire, en effet, que l'homme est , par nature, fils de Dieu revient à nier, à rejeter l'intervention du Christ. Certes, tous les hommes sont frères, c'est-à-dire fils du même Père sur le plan de la création, et tous bénéficient à ce titre, et à leur insu , de la grâce universelle de Dieu.

Mais ils ne sont pas tous frères sur le plan de la grâce rédemptrice. Tous les hommes sont créatures de Dieu, mais ils ne sont pas tous ses enfants. Il est donc hérétique de dire que l'homme est, par nature, fils de Dieu. Il le devient par grâce, en Jésus Christ. « L'homme ne naît pas chrétien, il le devient. » (Tertullien).

Ne sont à Jésus Christ que ceux-là seuls qui Lui ont été donnés par le Père. Seuls ceux qui Lui appartiennent sont enfants de Dieu. Notre filiation divine passe par Jésus Christ et s'opère par Lui, en Lui.

L'homme ne naît pas fils de Dieu, il ne l'est pas par création, par naissance corporelle ; il est incapable de se déifier par prise de conscience et acceptation intellectuelles de l'existence et de la mission de Jésus Christ. Il acquiert cette filiation par rédemption et par participation libre et consciente à la Vie qu'est Christ Lui-même. C'est par adhésion à cette vie christique et trinitaire - qui se perpétue dans le corps ecclésial catholique par la foi orthodoxe de ses membres (Foi qui n'a rien d'un concept vague, d'une intuition personnelle et variable, mais qui est une réalité révélée très précise et intouchable) que Dieu fait de chaque disciple un homme nouveau, un Théophore, un Pneumatophore, un autre Christ, c'est-à-dire un de ses enfants.

 

16) Tout aussi hérétique est de soutenir - comme le font les oecuménistes au nom d'un faux amour - que tous les hommes de la terre sont membres de l'Église. L'Église possède des frontières précises. Ne pas oublier, en outre, que la fin des temps se terminera par le Jugement Redoutable (ainsi que l'enseigne la sainte Église), et non par la réconciliation sentimentale de Dieu avec toute créature, quelle que soit son appartenance philosophique, religieuse ou confessionnelle, et qu'elle ait, durant sa vie terrestre, choisi ou refusé Dieu, Jésus Christ et l'Église.

 

17) Le supra-confessionalisme.

C'est parce que les oecuménistes ne savent pas distinguer entre la filiation selon la chair et la filiation selon la grâce rédemptrice qu'ils cautionnent une autre hérésie : le Supra-confessionnalisme. Il s'agit, en fait, du prolongement logique et non contradictoire du regroupement synthétique des multiples confessions chrétiennes hérétiques. Cette hérésie n'est autre que l'idée devant permettre la création d'une « Communauté mondiale des religions ».

L'acceptation d'une telle création implique tout d'abord le ravalement du christianisme au rang de simple religion ou de philosophie religieuse. Rien de plus faux puisque nul n'ignore que Jésus Christ n'a pas créé une religion mais qu'Il a été le fondement de l'Église créée par l'Esprit saint.

Les religions sont une multitude ; l'Église est et restera unique (unicité et unité se complètent).

Ensuite, il n'est guère difficile à nos oecuménistes supra-confessionnalistes de déclarer que « le christianisme n'est pas l'unique religion, mais une religion relative (théorie du relativisme doctrinal déjà adoptée à propos de la fusion des confessions chrétiennes hétérodoxes, et d'autant plus facilement transposée, ici, aux religions non chrétiennes) possédant de bons éléments communs à d'autres religions ». Aussi paraît-il tout « naturel » à ces gens « d'abaisser les barrières idéologiques dressées entre les diverses formes de croyance », de fondre en un tout ce qui est « bon » en chacune d'elles, afin de créer une nouvelle religion (déjà préexistante dans « l'Association des religions unies ») qui, selon ses auteurs, serait parfaite (!) car « fonctionnelle » et satisfaisant tout le monde par son « adaptation » et son libéralisme laxiste. Ces pauvres égarés auraient-ils oublié que l'Église est UNE, et restera UNE, que Dieu n'a que faire de leurs élucubrations humaines issues de leurs intellects obscurcis et révoltés, et que les chrétiens n'ont pas et n'auront jamais le même Dieu que les non-chrétiens ?

Certes, Judaïsme, Christianisme et Islamisme se réclament d'une origine divine commune : le Dieu d'Abraham. Juifs, chrétiens et musulmans se réclament tous de la postérité d'Abraham (les chrétiens spirituellement), et il est tentant de déduire que tous adorent le même Dieu (cette déduction étant plus difficile si l'on considère les autres religions). Dans cette perspective, il est évident que Jésus Christ, Dieu et Homme, le Fils Coéternel du Père sans commencement, son Incarnation, sa Croix, sa glorieuse Résurrection etc, etc, deviennent des détails secondaires qui ne peuvent pas nous empêcher de « fraterniser » avec ceux qui Le considèrent comme « un simple prophète » (comme le Coran) ou comme « fils d'une prostituée » selon certaines traditions talmudiques.

 

18) Ne pas oublier de préciser que la pan-hérésie oecuméniste est étroitement liée au schisme du calendrier de 1924. Vouloir lutter contre l'oecuménisme et se prétendre anti-oecuméniste sans dénoncer d'abord le schisme néo-calendariste est une erreur et une chimère. L'oecuménisme n'a pu se développer dans l'Église orthodoxe (ou, plus exactement, chez les cacodoxes, séparés de l'Église) que par conséquence du schisme de 1924.

Refaire l'unité de l'Église en abjurant la faute de 1924 et ensuite condamner l'oecuménisme - telle soit être la marche à suivre. Il est impossible de dissocier l'oecuménisme du néo-calendarisme.

 

19) Bien mettre en valeur le Césaro-papisme qui sévit dans l'orthodoxie oecuméniste : l'obéissance à un homme passe avant l'obéissance à la vérité. La domination ecclésiastique l'emporte sur la Tradition évangélico-apostolique. Dénoncer ce danger.

C'est la nuit de la réconciliation. Que personne ne s'y trouve avec un regard coléreux et triste !

Dans cette nuit de paix, que nul ne se trouve qui menace et vacarme !

En ce jour de la rédemption, sélectionnons nos paroles.

Ne parlons pas trop, afin de ne le perdre.

saint Ephrem le Syrien (Hymnes sur la Nativité)
SAINTE PARASKEVE DE ROME

Sous le règne de l'empereur Adrien (117-138 ap. J.C.), vivait, dans un faubourg de Rome, un couple fidèle et craignant Dieu : Agathon et sa femme Politéia. La piété régnait dans leur maison, et leur vie était harmonieuse. Ils avaient tout le nécessaire. Ils devaient être heureux et ils l'étaient. Cependant, quelque chose les chagrinait : ils n'avaient pas d'enfants ! Ils souffraient beaucoup de cette privation. Agathon et Politéia étaient en grande peine de ce manque d'enfants. Et ne pouvant rien faire d'autre, ils s'adressaient à Dieu et, pleins de foi, d'ardent désir et de persévérance, ils Lui demandaient un enfant, des enfants.

Et Dieu, comme Il répond à toute ardente prière, répondit aux supplications des deux vertueux époux. Un jour vint où Agathon et Politéia tinrent dans leurs bras ce qui venait compléter leur bonheur conjugal : l'enfant tant désiré, une petite fille. Comme elle était née un vendredi (Paraskévi en grec), ils lui donnèrent le nom de ce jour. Ils l'appelèrent Paraskève.

Comme il était naturel, ils élevèrent leur petite fille avec beaucoup d'affection et avec une reconnaissance infinie envers Dieu qui avait complété leur bonheur.

Les années passaient ainsi, et Paraskève, sous le regard affectueux et vigilant de ses bons parents, guidée par leurs âmes inspirées, s'accomplissait sans cesse et perfectionnait son caractère.

Cependant, des moments amers arrivèrent. Et arrivèrent prématurément. Personne ne s'y attendait. Paraskève avait à peine vingt ans quand la mort lui enleva ses parents. La jeune fille restait sans soutien et sans protection humaine en ce monde. Chacun peut se figurer combien elle devait avoir de philosophie chrétienne pour ne pas être accablée et abattue par la douleur de ce double deuil.

Et Paraskève souffrit de cette double perte. Elle pleura. Elle ne pouvait rester insensible. Les saints eux-mêmes ont un coeur, et un coeur sensible, et ils souffrent. Seulement, ils contrôlent et dominent leurs émotions.

La jeune orpheline chrétienne pleura donc et fut en deuil tant que le permet la foi évangélique. Elle ne se laissa pas entraîner jusqu'à l'exagération. Ses bons parents étaient morts, mais Dieu n'était pas mort. C'était Lui qui, dorénavant, et plus qu'auparavant, l'assisterait comme un père.

Et bientôt, elle décide de réaliser l'ardent désir qu'elle nourrissait depuis longtemps dans son coeur. C'est pourquoi elle reste insensible aux nombreux prétendants qui se présentent pour et s'empressent de demander sa main parce qu'ils estiment sa vertu et sa beauté et convoitent sa grande fortune. Elle a fait son choix depuis longtemps. « C'est Toi, mon Époux, que je désire. » disaient souvent ses lèvres, avec ardeur au Seigneur Jésus Christ.

Elle vend tous ses biens et les partage entre les pauvres, pour soulager leur misère. Elle s'adonne ensuite de toutes ses forces, à la mission qui, dorénavant, caractérisera plus que toute autre chose sa vie sur la terre.

Au temps où sainte Paraskève déploya son activité d'évangélisation, Antonin, connu sous le nom officiel de Titus Aurelius Adrianus Antonius Pius (138-161) se trouvait à la tête de l'immense empire romain. Il eut connaissance de la renommée de Paraskève et voulut connaître personnellement cette sage et énergique jeune femme. On amena donc la sainte devant son trône. L'extérieur simple et sérieux de Paraskève lui fit impression. Sa clarté d'esprit et sa sagesse, qu'il constata après un bref dialogue avec elle, l'étonnèrent. Il gagnerait une victoire importante, pensa-t-il, en faveur de l'idolâtrie, s'il parvenait à changer ses convictions, et il essaya de l'entreprendre. Mais il s'aperçut bien vite que c'était peine perdue. Non seulement il ne pourrait s'attendre à tirer aucun profit de cette tentative, mais il constata que dans ce duel, pour ainsi dire, la gagnante était Paraskève, car grâce à sa vertu, à son intelligence et à son éloquence, et parce qu'elle avait l'avantage fondamental de soutenir la vérité, elle gagnait à sa cause beaucoup de ceux qui suivaient la scène. une chrétienne, voyez-vous, est réservée et pleine de pudeur, timide, douce, et discrète, mais quand il s'agit du Christ et de la foi, elle devient plus brave et vaillante qu'on ne pourrait, souvent, le soupçonner. Saint Jean Chrysostome avait bien raison, disant : « Rien n'est plus fort qu'une femme pieuse et sage ».

Quand Antonin fut convaincu qu'au moyen de la discussion il ne parviendrait pas à persuader Paraskève de renier sa foi, il essaya la flatterie et les propositions tentantes. Cette méthode aussi s'étant avérée décevante pour l'empereur, son attitude devint dure et il tâcha d'appliquer la méthode ordinaire de tous les persécuteurs du christianisme : les menaces et les supplices.

Antonin ne s'arrêta pas aux menaces. Il utilisa les cruels bourreaux pour livrer aux supplices Paraskève qui refusait obstinément de renoncer à sa foi. Et tout d'abord, il ordonna à ses bourreaux de chauffer au rouge devant les yeux de la sainte un casque de fer pour le mettre sur sa tête. Il espérait ainsi que la jeune chrétienne aurait peur à la vue de ce supplice. Mais en ce qui concerne Paraskève comme ce fut le cas pour tous les martyrs du Christ, Antonin s'était trompé.

La sainte voit le fer rougir au feu et son regard s'illumine d'un reflet céleste. Déjà, depuis qu'elle entreprit son énergique effort d'évangélisation, elle avait préparé son âme à l'éventualité du martyre. Maintenant, rien ne la surprenait plus.

Le casque était prêt et l'âme de la martyre était déjà préparée d'avance à le recevoir. Et tandis que les bourreaux le plaçaient sur sa tête, tous les assistants contemplèrent, avec un indicible étonnement, un spectacle extraordinaire : la sainte, par une divine intervention, demeurait absolument indemne. Ce fut un grand miracle. Beaucoup crurent à la force du Christ. Antonin fut lui-même étonné, stupéfait, bouleversé. En attendant de se ressaisir et de prendre des mesures plus efficaces, il ordonna que la sainte fut jetée, enchaînée, dans une prison obscure, et que ceux qui, par ses paroles, et surtout par le miracle, avaient été amenés à croire, fussent mis à mort de différentes façons. Ainsi s'acheva le premier épisode du martyre de sainte Paraskève.

Tandis qu'elle passait la nuit en prières, un ange lui apparut, la fortifia et la délivra de ses chaînes, ce que virent avec grand étonnement, le lendemain matin, les soldats qui gardaient la prison.

Le deuxième jour, en présence d'Antonin, réservait de nouvelles épreuves à Paraskève. D'abord, l'empereur fit une nouvelle tentative pour faire changer l'attitude de la sainte. Il fut vite déçu. Alors, sur son ordre, on soumit la chrétienne à une série de supplices. Elle fut fouettée, ses membres furent brûlés. Elle subit d'autres supplices encore. Elle les soutint tous avec beaucoup de patience et un courage constant.

Enfin, la martyre fut conduite devant un chaudron qui contenait de l'huile bouillante mélangée à du goudron brûlant. Et elle y fut jetée. Tous, naturellement, s'attendaient à voir Paraskève trouver une mort tragique. Et pourtant╔ miracle divin ! Paraskève, au lieu d'être brûlée, restait au contraire saine et sauve et se rafraîchissait. Antonin n'en croyait pas ses yeux. Comme il essayait de s'approcher davantage pour examiner de près l'étrange spectacle, les vapeurs caustiques suffirent à lui brûler les yeux et lui faire perdre la vue. Cet accident subit le remplit d'effroi. Humilié, l'orgueilleux souverain invoqua l'aide de la sainte. En effet, sainte Paraskève lui dit :

« Roi, le Dieu des chrétiens te guérit du terrible châtiment d'avoir perdu la vue. » Et Antonin la recouvra. Et il semble que les miracles qu'il vit se produire attendrirent son coeur, lui firent reconnaître sa faute et le rendirent désormais plus favorable envers les chrétiens.

Pendant le reste de son règne, il n'y eut plus aucune persécution de chrétiens. L'histoire l'a nommé « Antonin le Pieux ». La période qui passa sans persécutions fut douce. Mais en ce monde, il ne faut pas s'attendre à une sérénité parfaite et durable. Des événements tristes et heureux succéderont les uns aux autres.

Marc-Aurèle, roi et philosophe stoïcien succéda à Antonin sur le trône de l'empire romain. Par une tragique ironie envers sa philosophie, Marc-Aurèle rompit la sérénité et reprit, avec passion et fureur, les persécutions et les martyres des chrétiens soumis aux lois.

Sainte Paraskève fut arrêtée sous son règne parmi les premiers. Deux préfets de l'empire soumirent la sainte à des martyres. Le premier la conduisit même dans une ménagerie.

Il la fit jeter dans le lieu où se trouvait un énorme serpent venimeux. Mais quand Paraskève, par le signe de la croix, eut tué le serpent, Asclipius eut peur et remit la sainte en liberté.

Enfin, Dieu offrit à la belle vierge Paraskève la couronne du martyre. En effet, le second préfet, Tarassius, après l'avoir arrêtée et soumise à une série de supplices, fit, d'un coup de sabre,trancher sa sainte tête.

Les chrétiens recueillirent avec beaucoup de soin le corps de la martyre et l'inhumèrent avec de grands honneurs.

Par les prières de la sainte, Seigneur notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous !

Qu'allons-nous t'offrir, ô Christ,

puisque pour nous tu nais sur la terre comme un homme ?

Chacune des créatures qui sont ton oeuvre

T'apporte en effet son témoignage de gratitude :

les anges leur chant, les cieux l'étoile,

les mages leurs dons, les bergers leur admiration, la terre la grotte, le désert la crèche;

mais nous les hommes nous T'offrons une Mère Vierge.

stichère de Noël