Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de sa B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 22

MARS 1980

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE

NOUVELLES
L'ENTRÉE DE LA VIERGE MARIE AU TEMPLE, SELON LES APOCRYPHES
SAINT BARBAT, ÉVEQUE DE BÉNÉVENT
RÉPONSE DE L'ÉGLISE A L'OECUMÉNISME
LES DEUX HUMILITÉS
L'ANGOISSE CAUSÉE PAR LA SCIENCE HUMAINE
ECCLÉSIOLOGIE

Un ancien a dit : «De toutes les vertus, la discrétion est la plus excellente.»

NOUVELLES

Je ne suis de retour de Grèce que depuis une semaine à peine. Dieu merci, tout va très bien à l'ermitage.

Le synode de tout notre clergé n'a finalement pas eu lieu, et a dû être remis à plus tard. Un synode des évêques a pourtant eu lieu. J'ai tout de même, pour ma part, profité de mon séjour en Grèce, aussi bien sur un plan personnel que pour régler les affaires de la mission.

Plaise à Dieu, je serai à l'ermitage au moins jusqu'en décembre. Il se peut que j'aille ensuite en Argentine comme chaque année, mais d'ici là...

vôtre hm. Cassien

Archanges célestes, nous vous supplions, indignes que nous sommes,

de nous protéger par vos prières,

de nous entourer et de nous couvrir des ailes de votre gloire immatérielle.

Nous nous prosternons et nous vous implorons instamment de nous garder

et de nous délivrer des dangers,

ô princes des armées célestes.

tropaire des archanges Michel et Gabriel

L'ENTRÉE DE LA VIERGE MARIE AU TEMPLE, SELON LES APOCRYPHES

Dans le protévangile de Jacques, nous lisons :

«Les mois se succédèrent pour la petite fille. Lorsqu'elle eut deux ans, Joachim dit: «Menons-la au Temple du Seigneur, afin que s'accomplisse la promesse que nous avons faite, sinon le Tout-Puissant nous avertirait et l'offrande que nous lui ferions serait rejetée.» Mais Anne répondit: "Attendons la troisième année pour que l'enfant soit en âge de reconnaître son père et sa mère." Et Joachim répondit: "Attendons!"

Lorsque la petite fille eut trois ans, Joachim dit: "Appelez les filles d'Hébreux de race pure, et qu'elles prennent chacune un flambeau, un flambeau qui ne s'éteindra pas. L'enfant ne devra pas retourner en arrière, et son coeur ne se fixera pas hors du Temple du Seigneur." Elles obéirent à cet ordre et montèrent ensemble au Temple du Seigneur.

Et le prêtre accueillit l'enfant et la prit dans ses bras. Il la bénit, disant: "Il a glorifié ton nom, le Seigneur, dans toutes les générations. C'est en toi qu'aux derniers jours Il révélera la Rédemption qu'Il accorde aux fils d'Israël!"

Et il fit asseoir l'enfant sur le troisième degré de l'autel. Et le Seigneur Dieu fit descendre sa grâce sur elle. Et, debout sur ses pieds, elle se mit à danser. Et elle fut chère à toute la maison d'Israël.

Les parents redescendirent du Temple, et ils étaient remplis d'admiration, et ils louaient Dieu : "L'enfant ne s'était pas retournée en arrière. Et Marie demeurait dans le Temple du Seigneur, semblable à une colombe, et la main d'un ange la nourrissait.» (chap.7)

 

Dans l'évangile du pseudo-Matthieu, il est dit :

«Neuf mois étant accomplis, Anne mit au monde une fille et l'appela du nom de Marie. Quand elle l'eut sevrée, la troisième année, Joachim et elle se rendirent au Temple du Seigneur, et ayant offert au Seigneur des victimes, ils présentèrent leur petite fille Marie pour qu'elle habitât avec les vierges qui nuit et jour, sans cesse, louaient Dieu.

Quand elle eut été amenée devant le Temple du Seigneur, Marie gravit en courant les quinze marches sans se retourner pour regarder en arrière, et sans réclamer ses parents, comme font les petits enfants. Et cela frappa d'étonnement toute l'assistance, au point que les prêtres du Temple eux-mêmes étaient dans l'admiration.» (chap.4)

L'iconographie s'est largement inspirée de ces deux apocryphes. Sur l'icône nous voyons le Grand-prêtre qui reçoit la Toute-Sainte Marie suivie de ses parents Joachim et Anne ainsi que d'un cortège de vierges, flambeaux en main. Parfois, on voit sur l'icône la scène où la vierge Marie, assise dans une tour, est nourrie par un ange.

C'est aujourd'hui le prélude de la bienveillance divine,

la proclamation anticipée du salut de tous les hommes,

dans le Temple de Dieu, la Vierge se montre au grand jour,

et à tous à l'avance annonce le Christ.

C'est pourquoi nous aussi nous crions vers elle :

«Salut, accomplissement de l'économie du Créateur!»

tropaire de l'Entrée de la Mère de Dieu

SAINT BARBAT, ÉVEQUE DE BÉNÉVENT

Saint Barbat naquit dans le pays de Bénévent, en Italie, au début du VIIe siècle. Ses parents, qui craignaient Dieu, mirent tout en oeuvre pour lui procurer une éducation chrétienne et ils eurent la consolation de voir que leurs soins n'étaient point inutiles. Dès ses premières années, le jeune Barbat montrait des dispositions qui laissaient présager l'éminente sainteté à laquelle il parvint par la suite.

Dès qu'il eut atteint l'âge requis, il reçut les Saints Ordres. Ils s'était rendu digne de cet honneur par un grand amour pour l'Écriture sainte, par la simplicité et l'innocence de ses moeurs et par le zèle extraordinaire avec lequel il avançait continuellement dans les voies de la perfection.

Le rare talent qu'il avait pour la prédication fit confier à son ministère une petite ville voisine de Bénévent. Le saint s'aperçut bientôt qu'il avait affaire à des paroissiens intraitables et ennemis de tout bien. Son zèle ne fit que les aigrir contre lui, et malgré son humilité profonde et sa patience inaltérable, fut forcé par la calomnie de quitter sa paroisse. Du moins il remporta de sa mission l'avantage d'avoir profité des épreuves que Dieu avait permises pour purifier son coeur, en le détachant de plus en plus du monde et de lui-même.

Barbat revint à Bénévent, où il fut reçu avec joie par tous ceux qui connaissaient la sainteté de sa vie. Il y travailla à l'extirpation des abus, non seulement par ses discours, mais encore par ses prières ferventes et par des jeûnes rigoureux qu'il s'imposait. Le bien qu'il y opéra l'en fit nommer évêque. Il mourut plein de grâce en 682, âgé de soixante-dix ans.

La vie de saint Barbat nous montre que Dieu ne veut pas toujours attacher le succès à nos efforts, et qu'il faut se tenir en paix, quoi qu'il arrive. Quand on fait son devoir, les épreuves et les échecs servent à la purification et la sanctification des pasteurs des âmes. Ils sont souvent un germe de sanctification dans le temps à venir, qui produit des fruits au centuple de la récolte prévue, et qui viennent uniquement au temps marqué par Dieu seul!

Dieu féconde l'Église par le sang et la sueur de ses saints. L'homme plante, Dieu seul fait croître. Le succès expose les ministres de Dieu à la vaine gloire. Par contre, la persécution, l'endurcissement des âmes, leur donne l'occasion de pratiquer la résistance, la résignation, l'humilité, la confiance en Dieu seul.

Notre Seigneur Jésus Christ ne prêcha que trois ans. Il choisit peu d'apôtres, fit peu de miracles et peu de disciples. Il vit un peuple ingrat se soulever contre Lui et Le condamner à mort. Cependant Lui, et Lui seul, a opéré le Salut du monde. C'est du haut de sa Croix qu'Il a tout attiré à Lui. Les sacrifices du zèle apostolique ne sont jamais perdus. Tôt ou tard, Dieu en tire profit pour sa gloire. Amen!

Le premier signe de l'obscurcissement de l'esprit est la paresse dans le service de Dieu et dans la prière.

saint Isaac le Syrien

RÉPONSE DE L'ÉGLISE A L'OECUMÉNISME
(suite)

Notre père parmi les saints, Jean Climaque, qui fut le pieux higoumène du monastère du Mont Sinaï, commence son «Échelle Sainte» par la classification des «créatures raisonnables auxquelles notre Dieu a donné l'être», voici ses propres paroles:

"╔entre ces créatures, les unes sont ses amis, les autres ses vrais et fidèles serviteurs, les autres de mauvais serviteurs, les autres des étrangers entièrement séparés de Lui, les autres ses adversaires qui lui font la guerre... Ceux qui sont proprement les amis de Dieu sont ces substances intellectuelles et incorporelles qui environnent son Trône, ses vrais et fidèles serviteurs qui ont toujours fait et qui continuent de toujours faire sa très sainte volonté, ses mauvais serviteurs sont ceux qui, ayant été honorés de la grâce du divin baptême, n'ont point gardé vraiment et fidèlement ce qu'ils avaient promis... les étrangers sont entièrement séparés de Lui, et les ennemis sont ceux que nous voyons, ou n'avoir pas été baptisé comme le sont les infidèles, ou n'avoir qu'une foi erronée et corrompue comme sont les hérétiques... »

Ainsi donc, il est clair, selon ce saint Docteur de l'Église, que les hérétiques, ne confessant plus la foi juste sont des ennemis de Dieu.

On peut donc mesurer l'impérieuse et vitale nécessité de confesser la foi droite pour être sauvé, ainsi que d'évaluer la gravité de l'hérésie et de l'apostasie comme sources de perdition éternelle.

Saint Paul lui-même, en sa première Épître aux Corinthiens (5,11-13) ne dit-il pas: «╔maintenant ce que je vous ai écrit, c'est de ne pas avoir de relations avec quelqu'un qui, se nommant frère, serait fornicateur ou arriviste ou idolâtre ou injurieux ou ivrogne ou spoliateur; de ne pas même manger avec un tel homme»? Admonestation sévère - d'autant plus valorisée qu'elle émane de ce même apôtre Paul qui demande que l'on prie pour TOUS les hommes «car cela est bon et agréable au Seigneur» - mais qui doit inciter à réfléchir et à se situer, afin de ne pas être rangé parmi les ennemis de Dieu.

10) Oecuménisme et fausse conception de la la sainteté de l'Église.

Il est vrai de croire que l'Église est sainte, mais il est faux et hérétique de croire et de dire qu'elle est ainsi en vertu de la sainteté ou des «mérites» de ses membres.

L'Église est sainte en raison de la sainteté de Jésus Christ qui est sa tête et du Paraclet qui agit en elle.

Aussi est-il blasphématoire et parjure de vouloir rénover ou réformer l'Église! Ce serait admettre qu'elle a changé, vieilli, qu'elle est imparfaite. Ce serait nier l'union mystique et réelle entre elle et ses divins Fondement (le Fils) et Fondateur (l'Esprit). Pire, ce serait admettre que Jésus Christ n'est pas le même hier, aujourd'hui, demain, et pour l'éternité. Ce serait reconnaître un divorce entre la Tête et le corps, entre l'Époux immaculé et Immuable et on Épouse non moins Immaculée et Immuable.

Les oecuménistes qui osent, avec irrespect, appeler la sainte Église «une vieille Église aux us et coutumes dépassés et non adaptés» devraient plutôt se souvenir qu'il s'agit de l'Église des apôtres et que ceux-ci sont assis sur treize trônes entourant le Divin Trône du Christ et, avec Lui, nous jugeant. Ne devraient-ils pas plutôt se souvenir de la lettre de Paul à Timothée (3,15): «L'Église du Dieu vivant est le pilier et la confirmation de la vérité.»?

Non, l'Église ne peut pas vieillir; elle demeure dans une éternelle jeunesse. Le temps ne peut aucunement l'altérer et les vicissitudes du monde ne peuvent en aucune manière l'affecter, bien qu'elle déroule au sein de ce monde compté son existence historique.

«L'Église n'est soumise ni aux lois humaines, ni aux lois de la nature, explique le Père Basile. Elle a sa nature propre et elle écrit sa propre histoire. Elle est sur la terre l'avant-goût du ciel et ce n'est pas l'histoire telle que les hommes l'écrivent et la conçoivent qui va contraindre l'Église ou lui dicter sa conduite. Celle-ci lui est dictée uniquement par le Paraclet.»

Déjà, notre bienheureux père parmi les saints Jean Chrysostome avait déclaré à ce propos: «Ni les anges, ni même les archanges ne doivent rien changer à ce qui a été prescrit par Dieu. Seuls le Père, le Fils, et le saint Esprit dirigent tout. Le prêtre, lui, ne fait que prêter sa langue et sa main.»

Certains oecuménistes et modernistes ont même poussé le blasphème jusqu'à prétendre vouloir «sauver l'Église», lors que nous devons être sauvés par elle.

Mais pour comprendre et admettre dans l'humilité et la gratitude que notre salut s'opère par l'Église, il faut se soumettre à la Révélation transmise et ne tolérer aucun compromis en matière de foi.

Dieu nous jugera sur notre fidélité à son Être et à son Église. Le 7e Concile oecuménique n'a-t-il pas prescrit de conserver la vraie et pure foi comme la prunelle de ses yeux et de la transmettre sans altération? La foi ne peut plus changer, puisque la Révélation est close. Elle ne peut plus qu'être transmise (c'est la mission de la sainte Église demeurée catholique depuis l'origine) ou inventée (c'est le cas des hérétiques dont le pluralisme doctrinal se retrouve dans la panhérésie oecuméniste).

Mais inventer une foi nouvelle, donc professer un faux enseignement, signifie: parler par soi-même. Or, c'est là la suprême infamie, puisque même Jésus Christ ne l'a pas commise, ayant parlé au nom de son Père.

Il convient en effet, de rappeler que le Verbe divin n'a pas parlé de Lui-même. Il a transmis ce que le Père lui avait ordonné. La Bible est claire à ce sujet (Jn 12,40; 8,26; 16,14).

Ceci constitue la double assurance suivante:

- la Révélation est complète, totale, parfaite et achevée et en conséquence, aucun homme, fut-il patriarche, aucun Concile fut-il oecuménique, ne peut et ne doit en changer un iota.

- cette Révélation a été transmise non seulement par Jésus Christ, mais aussi par les apôtres qui se sont refusés à y ajouter, soustraire ou modifier quoi que ce soit. (Jn 1,1 & 1Th 2,13)

Quant aux Pères de l'Église, ils n'ont pas agi différemment: ils ont expliqué la Vérité mais l'ont transmise rigoureusement intacte. Ce qui a été reçu de Jésus Christ par les apôtres a été transmis par eux, sous l'inspiration du Saint Esprit, à leur successeurs évêques, qui, à leur tour, l'ont transmis et le transmettront dans l'Église, par succession valide et ininterrompue. Quels changements, quelles innovations, quels renouveaux, quelles réformes veulent donc apporter les prétentieux oecuménistes? De quel droit disposent-t-ils pour s'ériger en réformateurs et en juges de la Vérité?

Qu'ils écoutent plutôt les paroles de saint Athanase le Grand, paroles délectables par leur limpidité inspirée: «Je vous ai transmis la foi apostolique reçue des Pères. Je n'y ai rien introduit du dehors! Ce que j'ai appris, je l'ai consigné, conforme en tout aux Écritures».

Qu'ils méditent dans leur humilité la courageuse décision du saint archevêque Marc d'Éphèse, pilier de l'Orthodoxie, après le «concile» de Florence: «Si je me suis séparé d'eux (les hérétiques), c'est pour rester uni aux saints Pères et aux Docteurs.»

Qu'ils se remémorent les paroles de saint Vincent de Lérins, grande figure de l'Église orthodoxe des Gaules:

«Qu'est-ce que le dépôt? C'est ce qui t'a été confié et non ce que tu as inventé; c'est ce que tu as reçu, et non ce que tu as cogité, ce qui ne vient pas de ton génie, mais de la doctrine. Il n'est pas une acquisition personnelle, mais il est la Tradition commune. C'est une chose qui t'a été confiée et n'a pas été créée par toi. Tu ne peux en être le créateur, mais le dépositaire; non le maître, mais le disciple; non pas le guide, mais le suiveur. Garde le Dépôt! Garde le talent de la foi catholique intégrale et sans le profaner. Que ce qui t'a été confié demeure près de toi car il te sera demandé. Tu as reçu de l'or, tu rendras de l'or».

Nous confessons donc que l'Église est le champ de la Révélation divine parfaite et qu'aucun homme ne peut rien créer, inventer, réformer en son sein. Tous les vrais chrétiens ont, au cours des siècles, communiqué non point leurs idées propres, leurs réflexions ou leur expérience personnelle, mais ce que l'Église enseigne, c'est-à-dire le Dépôt de la Vérité inviolable.

Ce respect du Dépôt est l'unique règle pour participer, dans l'Église, à la Vérité Incarnée, c'est-à-dire à Jésus Christ. Seule la Vérité sauve, puisque Jésus Christ est à la fois la Vérité et le Sauveur. Cet attachement sans faiblesse à la Vérité est le seul rempart contre les diaboliques prétentions de ceux qui veulent saboter l'Église, l'amener à «s'adapter aux exigences du monde moderne», et fonder, sous la «bannière oecuméniste, une sorte d'Église universelle issue de l'union de toutes les dénominations chrétiennes en respectant la liberté de croyance de leurs membres et en faisant fi de la vérité, c'est-à-dire de Jésus Christ.

L'Église a été fondée par Dieu pour notre salut. Elle est la possibilité de réparation offerte par Dieu, en la personne de Jésus Christ, à l'homme qui s'est volontairement éloigné de Lui. Mais l'homme est sauvé non par ses propres efforts et ses mérites personnels, mais par la grâce de Dieu et en tant que membre du corps théandrique et divino-humain qu'est l'Église. C'est en ce sens qu'il faut comprendre l'assertion de saint Cyprien de Carthage: hors de l'Église point de salut; formule dont l'exclusivité mériterait, pour être bien comprise, une exégèse laborieuse qui nous apprendrait au moins qu'il ne suffit pas d'être incorporé à l'Église par le baptême pour être, ipso facto, sauvé!

Aussi, toute tentative de renouvellement de l'Église est-elle une condamnation de Dieu, de l'Église et de la sainte Tradition. L'Église n'a pas à se modeler sur les sociétés humaines qui sont imparfaites, pécheresses et mortelles. C'est l'Église qui, au contraire, est présente au monde pour lui apporter la Bonne Nouvelle du salut et le salut lui-même. (Ce salut, disons-le bien haut, qui est tout autre chose qu'un moralisme, même charitable et social, tout autre chose qu'un humanisme, même biologique, tout autre chose qu'une éthique). Et le monde rejette l'Église comme il a rejeté Jésus Christ. Il lui reproche d'annoncer la vraie foi salvatrice et libératrice, comme il a reproché au Christ de s'affirmer le Fils du Père éternel. Le renouveau fantaisiste proclamé et mis en oeuvre par certains est donc une infidélité aux éléments essentiels, vitaux, intangibles de la Révélation. Le seul renouveau voulu par Dieu n'est pas celui de la foi, de la doctrine, de l'enseignement déposé dans l'Église, ni même de l'ecclésiologie et de la théologie, mais le renouveau intérieur de soi-même, l'éradication des passions, la pratique des vertus.

L'Église Immaculée de Jésus Christ, une, sainte, catholique et apostolique est l'unique voie de notre salut, le royaume contre lequel l'enfer ne prévaudra pas, la seule réfutation à la fausse allégation que «toutes les religions se valent». Elle ne sera jamais ni anéantie, ni fondue dans l'océan pollué de l'hétérodoxie.

Nous nous sommes réfugiés dans l'Église, non pour la réformer, mais pour nous laisser réformer par elle. Nous sommes là pour y être protégés et non pour la protéger; pour y être régénérés et non pour la régénérer, pour y être sauvés, non pour la sauver.

(à suivre)

Il y avait un moine nommé Jean qui habitait dans le monastère de l'abbé Eustorge. Notre saint archevêque de Jérusalem Élie voulut faire de lui l'higoumène du monastère. Mais lui n'accepta pas, disant: «Je veux vivre sur le mont Sinaï pour prier.» L'archevêque insista pour qu'il le devint: il pourrait partir ensuite. Le moine ne le voulant pas, il le congédia quand il fut convenu qu'il se chargerait de la conduite du monastère à son retour. Ayant donc salué l'archevêque, il se mit en route vers le mont Sinaï, en prenant avec lui son disciple. Ayant traversé le fleuve du Jourdain et s'étant avancé environ d'un mille, le moine se mit à ressentir des frissons et de la fièvre. Comme il ne pouvait plus marcher, ils trouvèrent une petite grotte et ils y entrèrent pour permettre au moine de se reposer. Comme la fièvre continuait et qu'il ne pouvait presque plus bouger (il était déjà resté trois jours en cette grotte), le moine vit pendant son sommeil quelqu'un qui disait: «Dis-moi, moine, où veux-tu aller? Il répondit à l'apparition: «Au mont Sinaï.» L'autre lui dit: «Je t'en prie, ne t'en vas pas.» Mais n'ayant pu persuader le moine, il s'éloigna de lui. Or la fièvre du moine augmentait. De nouveau la nuit suivante, la même apparition se présenta à lui sous la même forme, disant: «Pourquoi veux-tu, bon moine, t'exténuer? Écoute-moi donc et ne t'en va pas.» Le moine lui dit: «Qui es-tu donc?» L'apparition répondit: «Je suis Jean le Baptiste; voici pourquoi je te dis de ne pas t'en aller: c'est que cette petite grotte est plus grande que le mont Sinaï. Souvent, en effet, notre Seigneur Jésus Christ y est entré pour me visiter. Donne-moi ta parole que tu y resteras et je te rendrai la santé.» Le moine ayant accepté volontiers, promit qu'il resterait dans la grotte. Ayant été guéri sur-le-champ, il y demeura jusqu'à la fin de sa vie; il fit de cette grotte une église et il y réunissait les frères. C'est l'endroit qu'on appelle Sapsas. À sa gauche se trouve le torrent de Chorat, vers lequel fut envoyé Élie le Thesbite au temps de la sécheresse : il est en face du Jourdain.

«Le Pré Spirituel» de Jean Moschos

LES DEUX HUMILITÉS

C'est chose difficile à acquérir que l'humilité: plus elle est grande, plus elle exige de luttes pour se réaliser. Elle a deux façons d'échoir aux participants de la sainte science. Tant que l'athlète de la piété en est au stade moyen de l'expérience spirituelle, ce sont ou bien les infirmités du corps ou bien ceux qui haïssent à contre-temps les observateurs de la justice ou bien de mauvaises pensées qui l'amènent à former une manière de sentiments plus humbles. Mais quand, par un grand sentiment de certitude, l'intellect a été illuminé par la sainte grâce, alors l'âme possède l'humilité comme par nature. Engraissée vraiment par la bonté divine, elle n'est plus sujette à s'enfler de la boursouflure de la gloriole, même si elle pratiquait sans trêve les commandements de Dieu; bien plutôt se juge-t-elle plus basse que tout, parce qu'elle participe à l'équité divine. La première humilité comporte le plus souvent chagrin et abattement; la seconde, de la joie avec une réserve toute sage. Aussi l'une, comme je l'ai dit, arrive à ceux qui sont au milieu de la lutte, l'autre est accordée à ceux qui approchent de la perfection. C'est pourquoi la première devient souvent le jouet des prospérités de cette vie; à la seconde, on peut offrir tous les royaumes de la terre: ni elle ne s'exalte, ni elle ne sent le moins du monde les traits menaçants du péché; c'est que, étant toute spirituelle, elle ignore complètement les vanités du corps. Mais il fallait de toute façon que l'athlète passât par la première pour atteindre la seconde; car si par la première la grâce n'amollit d'abord notre volonté en lui appliquant des souffrances éducatives à titre d'épreuve, non de contrainte, elle ne peut nous octroyer la magnificence de la seconde.

Saint Diadoque, évêque de Photicé

L'ancien Macaire le Grand a raconté ceci: «Je marchais un jour dans le désert. Je trouvais une tête de mort qui gisait par terre. Je la remuai avec une branche de palmier, et le crâne me parla. Je lui dis : "Qui es-tu?" -"J'étais prêtre des idoles, au service des païens qui demeuraient ici, me répondit le crâne. Et toi, tu es l'abbé Macaire, rempli de l'Esprit saint de Dieu. Chaque fois que tu as pitié de ceux qui sont en enfer et que tu pries pour eux, ils sont un peu soulagés." Je lui demandai: "Et quels sont ce soulagement et ce tourment?" Le crâne me répondit: "Autant le ciel est éloigné de la terre, autant il y a de feu en-dessous de nous, et des pieds à la tête, nous sommes plongés dans le feu; de plus, il ne nous est pas permis de voir quelqu'un face à face, mais le visage de l'un est contre le dos de l'autre. Mais, lorsque tu pries pour nous, l'un peut entrevoir le visage de l'autre: c'est là notre soulagement.» L'ancien lui dit en pleurant: "Maudit soit le jour de la naissance, si c'est le soulagement du supplice!" Et il ajouta: "Y a-t-il de pires châtiments?" -"Il y a, au-dessous de nous, de plus grands supplices". -"Pour qui?" demanda Macaire. -"Nous qui n'avons pas connu Dieu, nous bénéficions d'un peu de miséricorde, mais ceux qui l'ont connu, l'ont renié, et n'ont pas fait sa volonté, sont en-dessous de nous." Sur ce, Macaire prit le crâne et l'ensevelit.

L'ANGOISSE CAUSÉE PAR LA SCIENCE HUMAINE

Quand, dans le paradis, Dieu défendit à l'homme le fruit de l'arbre de la Connaissance, ce n'était point pour le priver d'un bienfait qu'Il se serait réservé à Lui-même. Malgré les apparences, l'attitude divine est toujours positive et jamais négative. Le refus de la connaissance n'était point la condamnation de l'homme à l'ignorance, autrement Dieu n'aurait tout simplement pas planté cet arbre. L'attitude de Dieu est une attitude pédagogique ayant en vue notre unique intérêt.

Le feu, l'eau, l'électricité, les ciseaux, etc. sont des instruments indispensables à la vie de mes enfants. Toutefois, avant de les mettre à leur disposition, je dois les éduquer dans l'art de s'en servir et la première étape de cette éducation est l'interdiction. De même, sachant qu'à cause des limitations de l'homme la connaissance deviendrait entre ses mains une épée à double tranchant, Dieu voulut le conduire premièrement à la sanctification, ce qui lui permettrait d'utiliser ensuite cette science pour son bonheur.

Aujourd'hui, les savants nous disent que, bientôt, ils seront capables de placer des cerveaux humains dans des robots. Nous n'avons aucun motif pour ne pas les croire. Cependant, la question ne se pose pas de savoir s'il est possible de placer le cerveau dans le robot, mais plutôt comment ce cerveau agira dans le robot et quel usage il fera du mécanisme ainsi mis à sa disposition. Si le cerveau n'a pas réussi dans un corps humain, nous ne voyons pas la raison pour laquelle il réussirait mieux dans assemblage de ferraille, de boulons et de connexions électroniques...

Ainsi, l'homme, au lieu de s'abandonner avec confiance au Créateur qui le créa par amour sans avoir besoin de lui, prêta sa confiance à quelqu'un qu'il n'avait jamais vu auparavant, qui prétendait affirmer tout juste le contraire des paroles de Dieu. Frappé de stupeur à la vue de ce personnage séducteur, c'est dans une attitude inintelligente et stupide que l'homme avança la main pour saisir le fruit défendu. La séduction entraîna l'homme dans l'orgueil! L'orgueil obscurcit l'intelligence de l'homme et il commit le péché. Le péché est donc un acte illusoire, inintelligent et stupide! Par la désobéissance, (le refus de la sainteté), l'homme a réussi à associer la connaissance à sa propre attitude inintelligente et stupide! La science s'est donc mise au service de l'orgueil déraisonnable de l'homme. Le résultat de ce mélange de stupidité et de connaissance fit naître le règne du péché dans lequel nous vivons, transforma les hommes créés à l'image de Dieu en monstres fous-savants!

Chez l'homme, la science pure n'existe pas. Même chez les génies disposant d'une grande capacité cérébrale comparable à celle d'un Einstein, par exemple, on constate un curieux mélange de stupidité et de culture qui se traduit par une vision unilatérale des réalités qui nous environnent. La réalité échappera toujours à l'homme, car elle est insaisissable en dehors des dimensions de la sainteté, dimensions auxquelles Dieu se proposait d'élever l'homme comme condition préalable à l'acquisition d'une science saine et intelligente. C'est pourquoi, dans l'histoire humaine, nous voyons tant de stupidités exprimées d'une façon savante par des hommes de science. L'homme imparfait, n'ayant pas au préalable rempli la condition divine de la sainteté, ne peut que produire une science imparfaite.

La véritable science étant divine et «cachée en Christ» (selon l'apôtre Paul), l'homme a voulu y goûter dans le péché, donc dans l'imperfection et comme dans une impasse. Ayant brûlé les étapes de la pédagogie divine, il rabaissa la science au niveau de la caricature, il en fit une contrefaçon trompeuse et séductrice que l'Écriture sainte qualifie de «diabolique». Or, la sagesse d'en haut est «pure, pacifique, conciliante, pleine de miséricorde, exempte de duplicité et d'hypocrisie.»

Cette science «terrestre, charnelle, diabolique» (Jc 3,15), au lieu de soulager l'homme, et lui apporter le bonheur, devient au contraire une source d'ANGOISSE et de DESTRUCTION. Les savants eux-mêmes ne cachent pas cette angoisse et semblent être pris de panique en avouant que l'homme est impuissant face aux connaissances mises à sa disposition. Confirmant sans le vouloir l'interdiction du Créateur, ils avouent qu'il aurait mieux valu que l'homme ignore certaines choses. Un hebdomadaire d'un tirage de plusieurs de dizaines de milliers d'exemplaires publia dernièrement des extraits du dossier d'un éminent chroniqueur britannique: Gordon R. Taylor. Chacun peut lui-même constater l'effroi exprimé dans cette publication d'à peine 23 pages, ce qui nous dispensera de tout commentaire.

«Sans nous en rendre compte, nous sommes arrivés au seuil de la véritable révolution biologique. Les spécialistes de cette science cachent dans leurs manches des découvertes dont les conséquences seront certainement plus dramatiques que la découverte de la bombe atomique».

«L'accession à ces nouvelles connaissances est-elle souhaitable pour l'humanité? La question de savoir si les travaux dont nous parlons ici doivent être poursuivis, sans surveillance ni contrôle, a donc un caractère de réelle urgence. Il est encore temps de s'arrêter. Bientôt, il sera trop tard, même si nous le souhaitons tous╔ »

«La révolution biologique a déjà commencé. Cependant, l'humanité n'est absolument pas prête à en supporter les conséquences, dont certaines pourront être dramatiques. Nous poursuivons la publication de ce document qui énumère les prochaines victoires de cette science. Des victoires qui risquent, finalement, de coûter très cher à la société.»

«Si, comme l'a dit Jean Rostand, nous pourrons bientôt acheter la chasteté chez le pharmacien, nous pourrons également y acheter le désir. L'existence d'aphrodisiaques sûrs et puissants posera des problèmes sociaux sans doute plus graves que la "folie" du LSD╔ »

«Isaac Asimov, célèbre auteur d'anticipation, a prévu l'avènement d'une race d'hybrides hommes-machines. Sera-t-il encore possible un jour, de savoir si l'on s'adresse à un humain mécanisé, ou à une machine humanisée? On y songe avec angoisse».

«Il faut admettre une chose: la mort, prorogée à l'aide des nouvelles techniques, est souvent pénible à accepter. Charles F. Zukosi, chirurgien dans un hôpital, à Nashville, Tennessee, remarque: "Ce n'est en fait qu'une agonie prolongée". Un autre médecin recommande: "Laissons-les mourir avec dignité"╔ Un des problèmes moraux les plus déchirants sera certainement soulevé par une découverte réalisée en 1967: on peut sauver une vie en branchant le système de circulation sanguine d'un malade sur celui d'un corps sain.»

«Mais les conséquences - notamment sociales - de l'immortalité seraient si graves, qu'un recours à cette solution mènerait au désastre, à de rares exceptions près.»

«L'emploi d'hallucinogènes ou de produits apparentés poserait bien des problèmes moraux. Un chef politique pourrait, par exemple, administrer des pilules d'agressivité à ses soldats et des pilules de non-agressivité à ceux qui pourraient souhaiter le renverser.»

«Logiquement, on peut penser que la douleur sera maîtrisée bientôt. Mais une telle possibilité peut en amener une autre: celle d'infliger scientifiquement des douleurs infinies. Il sera alors vain d'espérer que des militaires capturés puissent se taire, même s'ils sont des héros╔ »

«Le professeur James G. Miller, de l'Université de Recherche sur la Santé Morale, Ann Arbor, Michigan, USA, avertit: "La recherche pharmacologique pourrait conduire à des tyrannies." Un danger, à court terme: "la formation d'une élite et la création d'une société à deux castes, nantis et déshérités (Par exemple en ce qui concerne les greffes ou le contrôle génétique)».

«Un pays pourrait acquérir la maîtrise de la météorologie, infliger à son ennemi des récoltes déficitaires tout en s'en assurant de bonnes, etc. Pourquoi s'arrêter aux végétaux ou au bétail? De petites épidémies arrangeraient les choses.»

«Dans la dernière partie de ce document impressionnant, Gordon Taylor, auteur de "La Révolution Biologique" se pose la question de savoir si les savants doivent interrompre leurs recherches, ou s'ils doivent les garder secrètes. Certaines découvertes en matière de biologie pourraient, en effet, causer des troubles dramatiques╔ »

«Si certains savants se sont efforcés de prévoir les conséquences de leurs travaux (comme Rostand), la majorité d'entre eux ne s'en soucie pas.»

«Un autre savant, Sir Mac Farland Burnet, Prix Nobel 1960, exprime des doutes plus sévères: "Il y a des choses dont, purement et simplement, nous ne devrions rien connaître du tout.»

«Rostand s'interroge lui aussi: "Nous nous demandons si la science n'a pas atteint la limite au-delà de laquelle des progrès pourraient être plus néfastes que profitables." "La connaissance, sans charité ni humilité, est dangereuse.»

Pourtant, notre Dieu nous en avait averti: «Le jour où tu en mangeras, tu mourras!»

 

Tiré de «La Foi Transmise».


ECCLÉSIOLOGIE

Alexandre Kalomiros

 

Le bruit fait à propos de l'union des «Églises» révèle l'ignorance qui existe, tant chez les simples fidèles que chez les «théologiens», sur ce qu'est l'Église.

Ils considèrent la catholicité de l'Église comme une cohésion légale, comme une interdépendance réglée par un certain code. Pour eux, l'Église est une organisation ayant des lois et des règles comme les organisations des États. Comme dans la structure des États, les fonctionnaires, les évêques se distinguent en supérieurs et en subordonnés: patriarches, archevêques, métropolites, évêques. Pour eux, un évêque n'est pas quelque chose de complet en soi, mais une partie d'un plus grand tout: de l'Église autocéphale ou du patriarcat. Mais même l'Église autocéphale ressent le besoin d'appartenir à une hiérarchie supérieure. Quand des raisons extérieures l'en empêchent - raisons politiques, historiques, géographiques -, au-dessus des Églises autocéphales plane le sentiment indéfinissable d'une unité insuffisante, ou même le sentiment de division.

Une telle conception conduit directement à la papauté. Si telle est la signification de la catholicité de l'Église, alors l'Orthodoxie est digne de lamentations, n'ayant jamais pu, jusqu'à présent, se soumettre à un seul pape.

Mais les choses ne sont pas ainsi. L'Église catholique que nous confessons dans le Symbole de notre foi (Credo) ne s'appelle pas catholique parce qu'elle contient tous les chrétiens de la terre, mais parce qu'en elle, chaque fidèle trouve toute la grâce et les les dons de Dieu. La signification de «catholicité» n'a aucune relation avec celle d'«organisme universel» comme le conçoivent les papistes et ceux qui sont influencés par la mentalité papale.

Certes, l'Église est destinée à s'étendre et s'étend effectivement sur toute la terre, indépendamment des lieux, nations, tribus et langues et ce n'est pas une erreur de l'appeler catholique également pour cette raison. Mais l'humanité étant une idée abstraite, l'Église risque aussi de devenir une idée universelle et abstraite si nous la voyons ainsi. Pour comprendre ce qu'est l'humanité, il suffit de bien connaître un seul homme. Car la nature de cet homme est commune à tous les hommes de la terre.

De même, pour comprendre ce qu'est l'Église catholique du Christ, il suffit de bien connaître une seule Église locale. Comme chez les hommes, ce n'est pas la soumission à une hiérarchie qui les unit, mais leur commune nature; ainsi en est-il des Églises locales. Ce n'est pas le pape qui les unit, ni la hiérarchie, mais leur nature commune.

Une Église locale orthodoxe, si limitée qu'elle soit en étendue et en nombre de fidèles, est toute seule et indépendante de toutes les autres Églises locales «catholiques». Et ceci parce que rien ne lui manque de la grâce et du don de Dieu. Toutes les Églises locales du monde entier mises ensembles ne contiennent rien de plus en matière de grâce divine que ne contient cette petite Église locale peu nombreuse.

Elle a ses prêtres et ses évêques, elle a les sacrements, elle a le Corps et le Sang du Christ dans la sainte eucharistie. Chaque âme digne peut goûter en elle la présence du saint Esprit. Elle a toute la grâce et toute la vérité. Que lui manque-t-il donc pour qu'elle soit catholique? Elle constitue un troupeau et l'évêque est son pasteur, image du Christ, du pasteur unique. C'est la préfiguration, sur la terre, de l'unique troupeau ayant un seul pasteur, la nouvelle Jérusalem. En elle, les coeur pur goûtent dès à présent le royaume de Dieu, les arrhes de l'Esprit. En son sein, ils trouvent la paix «qui surpasse toute intelligence», la paix qui n'a aucune relation avec la paix des hommes: «Je vous donne ma paix».

«Paul, appelé à être apôtre de Jésus Christ╔ à l'Église du Christ qui est à Corinthe╔ » Oui, elle est en réalité «l'Église du Christ», même si elle était «à Corinthe», dans un lieu défini et limité.

Voilà l'Église catholique. Une réalité concrète, dans l'espace, dans le temps, et dans les personnes. Cette réalité concrète peut se multiplier dans l'espace et dans le temps, mais sans cesser de rester essentiellement la même. Ses relations avec les autres Églises ne sont pas des relations d'interdépendance administrative, mais des relations d'amour et de grâce. Une Église locale est unie avec toutes les autres Églises orthodoxes locales ouvertes, par les liens de l'identité. Église de Dieu l'une, Église de Dieu l'autre, et toutes les autres. Elles ne sont pas divisées par les frontières des nations, ni par les buts politiques recherchés par les États dans lesquels elles vivent; le fait même que l'une peut ignorer l'existence de l'autre ne les sépare pas.

Au même Corps du Christ communient les Grecs et les noirs du Kenya, les Indiens de l'Alaska et les Russes de Sibérie. Le même Sang circule dans leurs veines. Le saint Esprit éclaire leur intelligence et les connaît dans la connaissance de la même vérité. Certes, il existe des relations d'interdépendance entre les Églises locales ayant des canons qui les définissent, mais cette interdépendance n'est pas une relation d'obligation légale, mais un lien de respect et d'amour dans une liberté complète: la liberté de la grâce. Et les canons ne sont pas les lois du droit, mais les sages conducteurs d'une expérience des siècles.

L'Église n'a pas besoin de liens extérieurs pour être une. Ce n'est pas un pape ou un patriarche ou un archevêque qui unit l'Église. L'Église locale est quelque chose de complet et pas un morceau d'un plus grand tout.

D'ailleurs, les relations des Églises sont des relations entre les Églises, et non des relations qui concernent exclusivement leurs évêques. On ne peut pas concevoir un évêque sans troupeau ou indépendamment de son troupeau. L'Église est l'épouse du Christ. C'est l'Église qui est le Corps du Christ et pas seulement l'évêque.

On appelle un évêque patriarche quand l'Église qu'il paît est un patriarcat; archevêque quand son Église est un archevêché, c'est-à-dire que le respect et l'honneur sont dûs à l'Église locale, et, par extension, au troupeau et à son évêque. L'Église d'Athènes est toujours la plus grande Église locale de la Grèce aujourd'hui. C'est pour cela qu'un plus grand respect lui est dû et qu'elle est digne d'un honneur plus grand que n'importe quelle autre Église de Grèce. Son opinion est d'un plus grand poids et son rôle dans la solution des problèmes communs plus importants. C'est pourquoi elle s'appelle justement archevêché. L'évêque de cette Église, parce qu'il représente une Église d'une telle importance, est en conséquence une personne également importante et s'appelle donc archevêque. Lui-même n'est qu'un simple évêque. Au degré du sacerdoce, du diacre, du prêtre et de l'évêque, il n'y a pas de degré supérieur au degré de l'évêque. Les titres de métropolite, d'archevêque, de patriarche, ou de pape ne désignent pas un degré supérieur de charisme ecclésiastique, car il n'y a pas de grâce sacramentelle plus grande que celle attribuée à l'évêque. Ils expriment seulement la différence d'importance entre les Églises dont ces évêques sont les pasteurs. L'importance de cette Église par rapport aux autres n'est pas quelque chose de permanent. Cela dépend des conditions internes et externes. En étudiant l'histoire de l'Église, nous voyons la primauté d'importance et de respect passer d'Église en Église avec une succession naturelle. Aux temps apostoliques, l'Église de Jérusalem, sans aucune discussion, avait la primauté d'importance et d'autorité. C'est elle qui avait connu le Christ, elle qui avait entendu ses paroles, qui le vit crucifié et ressuscité; en elle descendit pour la première fois le saint Esprit. Tous ceux qui se trouvaient en communion de foi et de vie avec elle étaient certains qu'ils marchaient dans le chemin du Christ. C'est pour cela que lorsque l'apôtre Paul fut accusé de ce que l'évangile qu'il prêchait n'était pas l'évangile du Christ, il s'empressa de le développer devant l'Église de Jérusalem pour que l'accord de cette Église devienne la réponse qui fermerait la bouche à ses adversaires (Ga 2,1-2).

Plus tard, peu à peu, Rome prit cette primauté. Elle était la capitale de l'Empire romain. Une multitude de chrétiens éprouvés constituait cette Église. Deux apôtres coryphées avaient vécu et prêché dans son enceinte. Une multitude de martyrs teignirent sa terre de leur sang. C'est pourquoi sa parole était respectable: son prestige provenait de l'Église, non des évêques. Quand on lui demandait son opinion pour la solution des problèmes communs, son évêque répondait, non en son nom, comme le ferait un pape aujourd'hui, mais au nom de son Église. Dans son épître aux Corinthiens, Clément de Rome, ne cite nulle part son évêque, tandis qu'il écrit comme en s'adressant à une Église qui a, en effet, la primauté dans la hiérarchie des Églises de son temps.

Quand saint Constantin transporta la capitale de l'empire romain de Rome à Byzance, Rome commença peu à peu à perdre son ancien éclat. Elle devint une ville de province. Une nouvelle Église locale commença à s'imposer à la conscience du monde chrétien : l'Église de Constantinople. Rome s'efforça alors de conserver jalousement l'éclat de son passé, mais parce que les événements ne l'aidaient pas, elle développa peu à peu son ecclésiologie papale bien connue, pour pouvoir s'assurer théoriquement ce que les circonstances ne lui offraient pas. Ainsi en est-elle arrivée, d'extravagance en extravagance, au point de proclamer l'infaillibilité papale lorsqu'il s'agit de prononcer un dogme, même si, à cause de son état de péché, il n'a pas l'illumination de sainteté qu'avaient les Pères de l'Église.

L'Église de Constantinople joua le rôle le plus important pendant la longue période des grandes hérésies et des Conciles oecuméniques. A son tour, elle donna la part du sang des martyrs, des milliers de ses enfants, à l'époque iconoclaste.

Près de ces Églises qui, selon le temps, possédaient la primauté du prestige, il y en avait d'autres qui venaient à la deuxième et troisième places. C'étaient les différents patriarcats, anciens ou nouveaux, et d'autres Églises ou métropoles importantes. Il existe donc une hiérarchisation, mais une hiérarchisation d'Églises, et non d'évêques. Saint Irénée ne conseille pas aux chrétiens de s'adresser à des évêques importants pour trouver la solution à leurs problèmes, mais aux Églises qui ont les racines les plus anciennes pour qu'ils puissent trouver une réponse dans la foi et dans la vie de ces Églises, dont les racines remontent aux apôtres (Adv. Haer. 3,4).

Il n'existe donc pas de lien d'organisation administrative ou légale entre les Églises, mais des liens d'amour et de grâce. Les mêmes liens d'amour et de grâce qui existent entre les fidèles de chaque Église, prêtres ou laïcs. La relation du prêtre envers l'évêque n'est pas une relation de fonctionnaires, mais une relation charismatique, une relation sacramentelle. L'évêque est celui qui qui transmet au prêtre la grâce du sacerdoce. Et le prêtre donne au laïc la grâce des sacrements. La seule chose qui distingue l'évêque du prêtre est le charisme de l'ordination. L'évêque n'est supérieur d'aucune autre façon, même s'il est évêque d'une Église importante ou porte le titre de patriarche ou de pape. «La différence entre eux (prêtres et évêques) n'est pas grande. Car eux aussi sont promus à l'enseignement et à la garde de l'Église... car ils leur sont seulement supérieurs quant à l'ordination, et ils pensent être supérieurs aux prêtres en cela seulement.». (Saint Jean Chrysostome: 2e Discours sur la 1e Épître aux Thessaloniciens).

Les évêques n'ont aucun droit de se comporter comme des magistrats, non seulement envers les autres Églises, mais même envers les prêtres ou les laïques de leur propre Église. Ils ont le devoir de surveiller paternellement, de conseiller, de diriger, de combattre le mensonge, d'exhorter avec amour et sévérité ceux qui pèchent, de présider en amour. Mais tous ces devoirs, ils les partagent avec les prêtres. Les prêtres, à leur tour, considèrent les évêques comme des pères dans le sacerdoce et les entourent de la même affection.

Tout dans l'Église est géré par l'amour. Les distinctions sont des distinctions de charismes. Ce ne sont pas les distinctions d'une autorité légale, mais spirituelle. Même parmi les laïques, il y a différents charismes.

Par conséquent, l'unité de l'Église n'est pas une question de discipline envers une autorité supérieure, ni une affaire de soumission de subalterne à supérieur. Ce ne sont pas les relations extérieures, même pas les décisions communes des conciles, même oecuméniques, qui font l'unité. C'est la communion au Corps et au Sang du Christ qui fait l'unité de l'Église, l'unité avec la sainte Trinité. C'est une unité liturgique, une unité mystique.

Les décisions communes d'un concile oecuménique ne sont pas la base, mais le résultat de l'unité. D'ailleurs, les décisions d'un concile oecuménique ou local ne constituent une autorité que si elles sont acceptées par la conscience de l'Église et en accord avec la Tradition.

Le papisme est la distorsion par excellence de l'unité ecclésiastique. De ces liens d'amour et de liberté, il a fait un lien de nécessité et de tyrannie. Le papisme est l'incrédulité en la puissance de Dieu et la confiance en la puissance des systèmes humains.

Que l'on ne croie pas que le papisme soit quelque chose qui existe uniquement en Occident! Ces derniers temps, il fit sentir son influence même parmi les «orthodoxes». Certains titres tous nouveaux sont révélateurs d'un tel esprit, comme par exemple les expressions: «de toute la Grèce», «d'Amérique», etc. Souvent, nous entendons dire au sujet du patriarche de Constantinople: «le chef de l'Orthodoxie», ou bien nous entendons les Russes parler de Moscou comme étant la «troisième Rome», et de l'ambition de son patriarche de prendre les rennes de l'Orthodoxie╔ Des rivalités même assez accentuées ont déjà commencé. Tout ces éléments sont des manifestations du même esprit mondain, de la même soif de domination, et se réfèrent aux mêmes tendances d'opinion qui caractérisent le monde d'aujourd'hui.

Les hommes ne peuvent pas sentir l'unité dans la multiplicité. Et pourtant, c'est un mystère profond. Notre incapacité à le sentir provient de l'état de dislocation dans lequel a sombré toute la race humaine. Les hommes, de personnes humaines qu'ils étaient, sont devenus des individus séparés et ennemis et maintenant il leur est impossible de sentir l'unité profonde de leur nature. Et pourtant, l'homme est un dans sa diversité, un en sa nature, multiple dans les personnes. Ceci est d'ailleurs le mystère de a sainte Trinité et le mystère de l'Église.

Qu'ils sont riches et merveilleux, les dons de Dieu, mes bien-aimés ! La vie dans l'immortalité, la splendeur dans la justice, la vérité dans la liberté, la foi dans la confiance, la continence dans la chasteté, et ceux-là sont dès maintenant à la portée de notre intelligence. Quels sont donc les biens préparés pour ceux qui L'attendent ? C'est le Créateur, le Père éternel, le très saint, qui en sait le nombre et la splendeur. Luttons donc pour obtenir d'être au nombre de ceux qui l'attendent, afin d'avoir part aux biens promis.

Et comment y parvenir, bien-aimés ? En attachant à Dieu notre âme de toute notre foi, en recherchant ce qui Lui plaît, ce qui Lui est agréable, en accomplissant ce qui convient à sa sainte volonté, en suivant la voie de la vérité, en rejetant toute injustice, toute méchanceté, l'ambition, les querelles, la malignité et les ruses, les murmures et les médisances, la haine de Dieu, l'orgueil et la jactance, la vanité, la porte close aux étrangersÉ

Saint Clément de Rome (Cor.35)

Ainsi, enfants de la lumière de vérité, fuyez les divisions et les mauvaises doctrines; là où est votre berger, suivez-le comme des brebis. Car beaucoup de loups apparemment dignes de foi captivent par des plaisirs mauvais ceux qui courent selon Dieu; mais ils n'auront pas de place dans votre unité.

Saint Ignace d'Antioche. (Phil.II,1)