Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de sa B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 21
SEPTEMBRE 1981

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE

NOUVELLES
LE MONDE
ORTHODOXIE ET COMMUNISME
LA VÉRITÉ EST UNE
AUTREFOIS EN OCCIDENT
RÉPONSE DE L'ÉGLISE A L'OECUMÉNISME

Nous préservons, incorrompue, la doctrine du Seigneur, et adhérons à la foi qu'il nous a donnée, nous la gardons intacte de toute souillure et amoindrissement, comme un trésor royal et un monument de grand prix, n'ajoutant rien et ne retranchant rien.

Lettre des patriarches orientaux en 1718

NOUVELLES

Plaise à Dieu, je partirai dans quelques jours pour la Grèce. Je pense y rester deux ou trois semaines. Mon voyage en Argentine est toujours projeté, mais les dates ne sont pas encore fixées.

Nous arrêtons la publication de l'article: "L'âme après la mort". Non que l'article soit terminé, ni que nous mettions son orthodoxie en doute. Mais malheureusement, la revue "The Orthodox Word" d'où nous tirons l'article prend une orientation que nous ne pouvons pas partager. Voici ce qu'on nous écrit concernant la revue en question:

"...La publication actuelle de "The Orthodox Word" fait paraître dans sa dernière édition (N° 96) beaucoup d'articles qui sont blasphématoires à l'égard de l'Église des Catacombes de Russie - les fidèles orthodoxes y sont exhortés par des soi-disant membres de l'Église des Catacombes à participer aux offices et aux sacrements du Patriarcat de Moscou. Deux archimandrites du Patriarcat de Moscou y sont présentés pour que l'on admire leur "sainteté". Le Métropolite Philarète a envoyé le pire des deux articles pour publication et il révèle clairement "la nouvelle ecclésiologie" de l'ERHF. Je pense que ce serait une bonne idée de ne plus publier d'articles de "The Orthodox Word" dans votre bulletin, car beaucoup commencent à avoir un double sens - cette publication est en train de changer son interprétation et sa compréhension de l'Orthodoxie..." (fin de citation).

Par contre avec ce bulletin-ci commencera la publication des écrits de notre fidèle Vladimir Moss. Ils ont d'abord été publiés sous forme de brochure pour être réimprimés sous forme de livre :

Vladimir Moss : The Imperishable Word
The Gresham Press
Old Woking Surrey Angleterre, 1980

Vôtre hm. Cassien

Une fois, Satan apparut à un ancien et lui dit: "Je te le dis, vieux que tu es, tu n'es pas chrétien". L'ancien lui répliqua: "Quoi que je sois, je vaux mieux que toi". Satan lui dit: "Je te le dis, tu vas à la damnation". L'ancien lui répondit: "Toi tu n'es ni mon juge, ni mon Dieu".

LE MONDE

Qu'est-ce que le "monde"? Comment en avons-nous connaissance et en quoi nuit-il à ceux qui s'y attachent? Le monde est une femme de mauvaise vie attirant à elle les hommes qui la considèrent avec le désir de sa beauté. Celui pris - ne fut-ce que partiellement - par le goût du monde, qui est en captivité, ne peut s'échapper de ses chaînes qu'en perdant la vie. Lorsque le monde l'aura dépouillé de tout, et au jour de la mort, l'aura emporté de sa maison, cet homme comprendra réellement le mensonge et la tromperie du monde.

Quand tu entends parler d'éloignement du monde, d'abandon du monde, de la nécessité de s'épurer de tout ce qui est dans le monde - il te faut comprendre, non point selon les conceptions de la terre, mais selon celles de la raison réelle, le vrai sens de ce mot: le monde; alors tu seras à même de savoir par quels côtés de ta personne ton âme est éloignée du monde, et dans quelle mesure elle y demeure attachée. Le mot monde est un mot collectif, qui englobe tout ce que l'on appelle les passions. L'homme qui n'a pas su ce qu'est le monde ne pourra savoir par quels côtés de sa personne il s'en est écarté, et par quels autres il lui est lié. Nombreux sont ceux dont deux ou trois membres ont renié le contact avec le monde et qui croient que leur vie lui est devenue étrangère; ils ne peuvent comprendre que le reste de leur corps vit dans le monde. D'après les recherches de l'esprit, le "monde" peut être considéré comme un collectif, englobant les passions séparées. Nous leur donnons, en effet, le nom de monde quand nous voulons les désigner toutes ensembles, et celui de vices s'il s'agit de les distinguer. Elles constituent les diverses parties de la tendance prédominante dans le monde, et lorsqu'elles cessent, cette tendance aussi connaît son point d'arrêt. Voici quelles sont ces passions: l'attachement aux richesses, le désir d'amasser, la jouissance du corps qui engendre l'intempérance de la chair; l'aspiration aux honneurs, d'où découle l'envie; celle qui vise à commander; l'arrogance due à l'éclat du pouvoir; le goût de se parer et de plaire; la recherche de la gloire humaine, cause des rancunes; la crainte corporelle... Là où se brise le cours de ces vices, on voit périr le monde. Vois quels sont ceux de ces membres dont tu vis, et tu sauras pour lequel tu es mort au monde. Quand tu auras connu ce qu'est le monde, toutes ces distinctions te permettront de déterminer en quoi tu y demeures attaché, et dans quelle mesure tu t'en es libéré. Pour résumer, le monde est la vie de la chair et la sagesse charnelle.

Saint Isaac le Syrien.

(Sentences, 37).

Encore une autre sentence de ce même père :

Tant que tu as des doigts, signe-toi dans la prière avant la venue de la mort. Tant que tu as des yeux, emplis-les de larmes, jusqu'au moment où la cendre les recouvrira. A peine le vent a-t-il soufflé sur la rose, on la voit se flétrir; pareillement, si à l'intérieur de toi on pouvait souffler sur l'un des éléments qui te composent, tu cesserais de vivre. Homme, pénètre-toi de cette vérité, que la mort est ton destin.

(Sentences, 49).


ORTHODOXIE ET COMMUNISME

Tiré de "La Foi Transmise".

Certains pensent que l'Église sort des limites de ses compétences quand elle se prononce contre le communisme. On l'accuse de s'occuper de politique, transgressant ainsi le principe de base du christianisme, à savoir l'amour envers tous, sans exception, donc envers les communistes eux-mêmes. Il y a là semble-t-il un grand malentendu. En tant qu'hommes et créatures de Dieu, nous aimons les communistes et nous prions pour leur salut et leur conversion. Nous ne les haïssons pas en tant que personnes, mais nous haïssons leurs blasphèmes envers Dieu, comme dit le psalmiste: "Seigneur, n'ai-je pas de la haine pour ceux qui Te haïssent? Je les hais d'une haine parfaite" (Ps 138,22). L'amour selon Dieu consiste à aimer le pécheur et l'hérétique, mais à haïr le péché et l'hérésie.

En effet, l'Église est tout à fait incompétente pour se prononcer sur une forme de gouvernement quelconque, et la parole de l'Écriture Sainte "honorez le roi" (1 P 2,17) recouvre un sens très général. L'Église ne se préoccupe pas de savoir quel parti sera au pouvoir, prêchant que "le Très-Haut est le Seigneur des royaumes des hommes et qu'Il donne à qui Il veut"! (Dn 4,17; 25; 32) Souvent, à cause de nos péchés, Il nous donne des magistrats injustes et persécuteurs. Ils sont alors "le fouet de la colère de Dieu" par qui son Amour nous châtie et nous éprouve pour nous corriger et nous amener à la repentance.

L'Église ne s'interroge donc pas sur la ligne politique, diplomatique, économique ou autre d'un parti, l'étatisation ou non des entreprises ou les relations entre les États. Mais quand l'autorité civile s'immisce dans sa conscience, alors elle riposte par la parole apostolique: "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes"! (Ac 5,29)

Nous disons donc aux communistes: limitez-vous à vos programmes politico-diplomatiques et laissez le monde libre de sa conscience religieuse, libre de croire ou de ne pas croire. Mais nous recevons toujours la même réponse stéréotypée: - Nous ne le pouvons pas, car pour nous, la négation de Dieu constitue la base de notre philosophie et de notre conception du monde qui règle toute notre attitude.

D'ailleurs, ils ne se limitent pas à cela, ni aux persécutions de toutes sortes qu'ils infligent à la religion. Ils organisent des croisades contre la religion, ayant élevé l'athéisme au niveau de la... "science".

Naturellement, pour ceux qui ont goûté la grâce du Christ, une telle "science" n'est autre que la science de la folie, selon les paroles du psalmiste: "L'insensé dit en son coeur: Il n'y a pas de Dieu" (Ps 13,1; et 52,2). Les communistes, hélas, ne se limitent pas à exprimer de telles insanités... "dans leur coeur", mais ils se sont évertués à ridiculiser la religion, à écrire des ouvrages impies par lesquels ils essaient, en remuant la vase, de "démontrer" à l'aide de la science de l'histoire et même de l'Écriture Sainte, des pères de l'Église, des conciles, et que sais-je encore, que, soi-disant: Christ serait un personnage mythique, n'ayant jamais existé; que les évangiles seraient un ramassis de fables rédigées au troisième siècle; et beaucoup d'autres affirmations de ce genre (nous possédons des documents qui prouvent ce que nous disons). Nous demandons donc à ceux qui pensent sainement: si l'Église a retranché de son sein, en son temps, les hérétiques de toute nature: ariens, monothélites, iconoclastes, et autres, en les considérant sur la voie de la perdition, bien qu'ils aient admis l'existence de Dieu et l'incarnation du Christ, comment faut-il considérer l'hérésie communiste, le sommet du reniement? Il ne leur reste plus aucune chose sainte et sacrée à renier: prière, sacrements, grâce, salut! Tout cela n'est pour eux qu'"imposture", "opium du peuple", ce peuple qu'ils veulent affranchir, "victime" qu'il est des "préjugés et des popes"! Si, en son temps, l'Église a pris des mesures draconiennes contre les anciens hérétiques, de sorte que la ligne de démarcation entre l'erreur et la vérité reste très nette, quelles mesures devrait-elle prendre contre les nouveaux hérétiques de notre siècle qui ébranlent la foi des simples et des faibles par des fantaisies et des mensonges... "scientifiques"? Leurs persécutions ne nous effrayent pas tellement en tant qu'élément négatif, car elles sont entre les mains de Dieu un instrument de sa Grâce, pour notre bien, car "toutes choses concourent ensemble au bien de ceux qui L'aiment" (Rm 8,28). Elles donnent des ailes à notre foi afin que nous retrouvions "notre premier amour" envers le Christ, que nous avons abandonné à notre insu, parfois depuis longtemps. Mais comment resterions-nous indifférents à l'hérésie communiste? S'agit-il de fanatisme, de manque d'amour, ou d'ingérence dans le domaine politique? Il faudrait être simple d'esprit ou de mauvaise foi pour l'affirmer. Ne faut-il pas réagir contre le mensonge en ripostant par la vérité? Ne faut-il pas sonner l'alarme devant le danger? Ne faut-il pas protéger ceux qui s'émeuvent facilement des slogans superficiels lancés non sans préméditation tels que:

- "Les Églises = inventions et entreprises des popes pour brigander le monde!"

- "Les popes hypocrites qui disent et ne font pas!"

- "Les Églises = organes entre les mains du capitalisme!", etc, etc.

Attention, nous ne prétendons pas que les accusations lancées contre nous soient sans fondement. En effet, nous qui prêchons l'Évangile, nous devenons souvent la cause du blasphème de nos persécuteurs, et le prétexte qu'ils cherchent. Mais si nous exploitons l'Évangile, la faute n'en revient pas à l'Évangile.

Les hommes sont appelés à suivre l'Évangile et non pas ceux qui le prêchent, prédicateurs inconscients. "Venez à Moi", dit le Christ (Mt 11,28).

(D'ailleurs, tous les prédicateurs du communisme eux-mêmes sont-ils conséquents avec leur doctrine? N'oublions pas la critique sévère de Lénine lui-même envers ses propres adeptes. Il disait que sur 100 d'entre eux, il comptait 1 consciencieux, 39 imposteurs, et 60 imbéciles!..)

Sache, enfant, que ce n'est ni le jeûne, ni la veille, ni la fatigue corporelle, ni aucune autre action louable qui réjouit Dieu et qui le fait apparaître, mais seulement l'âme et le coeur humbles, modestes et bons.

saint Syméon le Pieux

LA VÉRITÉ EST UNE
IIe partie du livre de Vladimir Moss: Le Verbe Impérissable
Introduction

En science, il est généralement admis que de nombreuses hypothèses contradictoires, une seule peut être vraie (sinon toutes sont fausses). En art, il est généralement reconnu que parmi beaucoup de versions possibles d'un poème, une seule est fidèle au sentiment du poète (ou bien toutes sont à rejeter). Mais en matière de religion, nous sommes aujourd'hui témoins d'un phénomène très étrange, qui est la croyance, pratiquement universelle chez les gens religieux de ce siècle (mais d'aucun autre), selon laquelle chaque forme de conscience religieuse, chaque manière de croire en Dieu est une approche de la vérité ou en exprime une partie.

En science, une erreur dans le domaine de la théorie a aussitôt des conséquences pratiques - très souvent graves, causant des lésions ou la mort. En art, l'expression inexacte du sentiment dans un poème lui vaut d'être remisé aux oubliettes des temps - et s'ensuit de la frustration du poète. Mais, pour ce qui est de la religion, disent les oecuménistes, les différences de foi sont sans importance et à partir du moment où une croyance est sincère et respectueuse des autres croyances, les différences n'ont pas de conséquences graves.

Ce livret est une humble tentative, avec l'aide de Dieu et par la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, d'examiner la nature, l'origine et la destinée de l'oecuménisme, la philosophie religieuse prévalente de notre temps.

 

Qu'est-ce que l'oecuménisme ?

Qu'est-ce que l'oecuménisme? L'oecuménisme est l'hérésie qui proclame qu'il n'existe pas d'hérésie au sens où les apôtres et les pères de l'Église entendent ce terme - c'est-à-dire une fausse doctrine concernant un article de la foi et qui éloigne ses adhérents de l'unité de l'Église. L'oecuménisme est l'hérésie selon laquelle il n'existe pas de foi unique, qu'elle soit orthodoxe, papiste, ou protestante, qui exprime la plénitude de la vérité, mais toutes les confessions existantes (sauf l'oecuménisme lui-même) sont plus ou moins dans l'erreur. Elle explique que l'Église Une, Indivise du Christ a sombré sur l'écueil de la lutte sectaire et qu'elle a besoin d'être re-fondée sur les sables du compromis doctrinal et de l'indifférence à la vérité. C'est la tour de Babel reconstruite, le babil de langues en conflit et unies seulement dans leur insistance à parler le même langage.

Nous ne disons pas que cela ne constitue pas une sorte d'unité. Mais c'est une fausse unité, une unité en opposition avec la Vérité, non pas en union avec Elle. Car le Christ est venu apporter non la paix - la paix sans honneur du compromis avec l'erreur -, mais le glaive - le glaive à deux tranchants de l'infaillible parole de Dieu qui coupe à droite comme à gauche les épines qui cachent la lumière de vérité. La vraie unité ne peut être que dans la vérité - "Sanctifie-les par ta vérité; ta parole est la vérité" a dit le Verbe de ses disciples (Jn 17,17). mais à ceux qui "n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés... Dieu leur enverra une puissance d'égarement, pour qu'ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l'injustice, soient condamnés" (2 Th 2,10-12).

Car c'est vraiment un énorme mensonge de dire qu'il est possible que soient tous dans le vrai: aussi bien celui qui croit que le Pape est infaillible que celui qui ne le croit pas, celui qui croit que l'Eucharistie n'est qu'un symbole autant que celui qui croit qu'elle est réellement le Corps et le Sang du Christ, aussi bien celui qui croit que le Second Avènement du Christ a déjà eu lieu ("dans le coeur des croyants") que celui qui croit qu'il arrivera dans le futur et apportera la fin de l'histoire du monde.

Si la rationalité peut être définie comme la capacité de parvenir à la vérité objective, cette fuite de l'objectivité et cette tranquille acceptation de notions contradictoires dans le raisonnement ne révèlent-elles pas une extraordinaire corruption des puissances rationnelles de l'homme? Car, comme l'a écrit le père Basile Sakkas de Genève, tandis que "jusqu'à récemment, chaque hérésie revendiquait la vérité de façon exclusive", aujourd'hui "les choses se présentent sous un jour totalement différent. La vérité ne devient qu'une question tout à fait relative, et, en réalité, n'existe pas; il paraît nécessaire que les facultés spirituelles dont Dieu a doté l'homme soient détruites".

Mais il n'en a pas toujours été ainsi, et, en fait, il n'en a jamais été ainsi dans la Vraie Église du Christ. Pour prouver cette affirmation, je citerai d'abord plusieurs épisodes de la vie des apôtres et des saints des premiers temps pour illustrer la doctrine et la pratique de l'Église à l'égard de ceux qui ont tenté de corrompre son enseignement. Puis, je tracerai brièvement les origines et le développement de l'oecuménisme à travers les sept derniers siècles environ, avant d'examiner un certain texte-clé que les oecuménistes citent souvent pour se justifier.

L'enseignement de l'Église primitive

Dans sa seconde épître, l'apôtre Jean s'adresse à "l'élue et à ses enfants, que j'aime dans la vérité; et ce n'est pas moi seul qui les aime, mais tous ceux qui ont connu la vérité, à cause de la vérité" (1-2) et l'instruit ainsi: "Quiconque va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine de Christ n'a point Dieu; celui qui demeure dans cette doctrine a le Père et le Fils. Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne lui dites pas: Salut! car celui qui lui dit: Salut! participe à ses mauvaises oeuvres." (9-11).

L'apôtre pratiquait avec zèle ce qu'il prêchait sur ce sujet. Car dans l'"Histoire de l'Église" d'Eusèbe nous lisons qu'il évitait tout contact avec l'hérétique Cerinthe, qui enseignait (comme beaucoup d'hérétiques du vingtième siècle) que le royaume du Christ serait un royaume terrestre. Selon la tradition de Polycarpe, l'apôtre alla une fois aux bains pour se laver, mais quand il apprit que Cerinthe y était, il en ressortit et fuit loin de la porte même, car il ne pouvait supporter d'être sous le même toit que lui, et ordonna à ceux qui étaient présents avec lui de faire de même, disant: "Fuyons de peur que les bains ne s'écroulent, car Cerinthe, l'ennemi de la vérité, est dedans."

De l'Égypte du premier siècle, tournons-nous vers l'Égypte du quatrième siècle. A propos de l'abba Agathon, on disait que des moines vinrent le trouver, ayant entendu parler de son grand discernement. Voulant éprouver 'il se mettait en colère, ils lui dirent: "Est-ce toi cet Agathon, que l'on dit être fornicateur et orgueilleux?" - "Oui, c'est bien vrai", répondit-il. Ils reprirent: "Es-tu cet Agathon qui raconte sans cesse des niaiseries et qui parle mal d'autrui?" - "C'est moi", ils dirent encore: "Est-ce toi, Agathon l'hérétique?" Mais lui répondit: - "Je ne suis pas hérétique." Ils lui demandèrent alors: "Dis-nous pourquoi tu as accepté tout ce dont nous t'accablions, mais tu as refusé ce dernier grief." Il répondit: - "Les premières accusations, je me les fais à moi-même, car cela est utile à mon âme. Mais l'hérésie, c'est la séparation avec Dieu. Or, je ne veux pas être séparé de Dieu." A ces mots, ils admirèrent son discernement et s'en retournèrent édifiés.

Des sables d'Égypte aux neiges d'Écosse - la Tradition et l'esprit sont les mêmes. Ainsi, dans la vie de saint Kentigern (Mungo), premier évêque de Glasgow au sixième siècle, nous lisons que "quand le saint homme, après avoir fini l'office, rentra chez lui, il rencontra sur son chemin, entre autres, un clerc, un étranger de grande éloquence. L'homme de Dieu le regarda d'un oeil brûlant, lui demanda qui il était, d'où, et pourquoi il était venu pour le salut de l'âme. Mais quand le saint eut disputé avec lui, il le trouva intoxiqué par le poison pestilentiel du pélagianisme. Souhaitant alors qu'il se repente plutôt qu'il périsse, il l'avertit et l'incita à renoncer à cette secte pernicieuse, mais trouva son coeur endurci contre la conversion. Alors le saint ordonna qu'il soit expulsé de son diocèse en le dénonçant comme fils de la mort, disant que la mort de l'âme et du corps était à ses portes. Il se souvint aussi de la parole de l'apôtre: "Éloigne de toi, après un premier et un second avertissement, celui qui provoque des divisions, sachant qu'un homme de cette espèce est perverti╔" (Tite 3,10-11). Le même fils de l'enfer, expulsé de ces contrées, partit, et essayant de traverser une rivière, se noya.

On peut multiplier les exemples de ce zèle pour la foi. Lors du Premier Concile oecuménique en 325, le doux saint Nicolas frappa au visage Arius qui était en train de blasphémer contre la Divinité du Fils de Dieu, sur quoi il fut défroqué par les évêques rassemblés, pour être réintégré le lendemain matin, à la suite d'un rêve qu'eurent les évêques et dans lequel ils virent le Seigneur et la Mère de Dieu donner l'Évangile et l'omophorion - symboles du rang épiscopal - au saint. Ailleurs, lorsque saint Basile était pressé d'adoucir sa confession contre l'empereur hérétique Valens, il répondit: "En toutes autres affaires, nous sommes doux comme des agneaux, mais en matière de foi, nous sommes des lions rugissants." Quand saint Martin de Tours cessa de "rugir" momentanément et entra en communion une seule fois avec un synode d'évêques qu'il désapprouvait (pour la raison très compréhensible que sans cela, le roi aurait fait tuer un grand nombre de personnes), un ange l'avertit qu'il avait risqué son propre salut; sur quoi il dut souffrir une diminution de son pouvoir de thaumaturge, et n'assista plus jamais à un synode d'évêques. Plus résolu était saint Maxime le confesseur, qui, bien que presque seul, refusa la communion avec les patriarches monothélites d'Orient (et plus tard de Rome aussi) et dit de son éventuelle communion avec le patriarche Serge de Constantinople: "Quand bien même le monde entier entrerait en communion avec lui, moi, je ne le ferai pas."

Mais pourquoi un zèle aussi extrême dans une affaire qu'aujourd'hui, beaucoup d'orthodoxes même considèrent comme d'importance secondaire? La réponse est donnée dans la "Vie" d'un homme les plus doux et les plus généreux qui ait jamais vécu, saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie au septième siècle. Une chose que ce bienheureux enseignait avec insistance était de ne jamais s'associer avec les hérétiques, et surtout de ne jamais prendre la sainte Communion avec eux, "même si,", disait le bienheureux, "vous restez sans communier toute votre vie, si par la force des circonstances, vous n'arrivez pas à trouver une communauté de l'Église Catholique. Car, si ayant légalement épousé une femme dans ce monde charnel, il nous est défendu, par Dieu et par ses lois, de la quitter pour nous unir à une autre femme, même si nous devons passer un long temps séparé d'elle dans un pays lointain, et si nous allons encourir une punition en violant nos voeux, comment allons-nous, nous qui avons été unis à Dieu par la foi orthodoxe et l'Église catholique - comme dit l'apôtre: "Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure" (2 Co 11,2) - comment allons-nous donc échapper à la part de punition qui attend les hérétiques au siècle à venir, si nous souillons la sainte foi orthodoxe par la communion adultère avec les hérétiques?" Car "la communion", disait-il, "a été ainsi appelée parce que celui qui a communion a des choses en commun et est d'accord avec ceux avec qui il a communion. C'est pourquoi je vous implore instamment, mes enfants, de ne jamais aller près des oratoires des hérétiques pour y communier."

En Angleterre, la discipline de la Vraie Église n'était pas différente de celle qui prévalait en Orient. "Si quelqu'un donne la communion à un hérétique ou la reçoit de la main d'un hérétique... il fera pénitence pendant une année entière" (saint Théodore, archevêque de Canterbury, Ý690).

Enfin, la Tradition unanime de l'Église entière, d'Orient et d'Occident, est résumée dans l'"Exposé de la Foi Orthodoxe" de saint Jean Damascène: "Avec toute notre force... prenons garde à ne jamais recevoir la communion des hérétiques, ni la leur donner. "Ne jetez pas non plus ce qui est saint aux chiens" dit le Seigneur. "Ne jetez pas non plus vos perles devant les cochons", de peur de devenir participants à leur déshonneur et à leur condamnation."

(à suivre)

En effet, à mesure que le soleil se lève, l'obscurité recule et s'évanouit; de même quand brille la vertu, la malice est chassée comme une obscurité et montre son inconsistance et dès lors nous restons toujours bons, comme auparavant nous étions mauvais. Avec un peu de patience et un petit peu de volonté, ou pour mieux dire, par le secours du Dieu vivant, nous sommes recréés et renouvelés, notre âme, notre corps, et notre pensée purifiés, et nous devenons ce que nous sommes de fait sans le savoir, roulés que nous sommes par les passions, et nous recevons encore ce dont nous ne sommes pas dignes.

saint Syméon le Nouveau Théologien
AUTREFOIS EN OCCIDENT

Bien des fois on juge telle ou telle coutume de la Tradition orthodoxe comme purement grecque ou russe. Il n'en est pas toujours ainsi. Il ne faut pas évaluer ainsi à la légère, en se basant sur l'état actuel des choses qui est le fruit des ravages que le Vatican hérésiarque et ses rejetons ont causé.

Voici un fait fort intéressant que j'ai trouvé relaté dans le Dictionnaire d'Archéologie Chrétienne (T. III, C. 3143). Telle était la coutume du Moyen-Âge jusqu'au XIIIe siècle: "Le signe de la croix se faisait en réunissant les trois premiers doigts de la main droite, en tenant les autres fermés et en portant ces trois doigts joints au front, à la poitrine, à l'épaule droite et à l'épaule gauche."

Dans "La chanson de sainte Foy", cet usage aussi bien occidental qu'oriental est bien confirmé :

"Alors elle se signa avec les trois doigts

et pria Dieu qui fit ce siècle... " (XXI).

Ce signe de la croix est parfaitement orthodoxe dans tous ses détails. De là, l'Occident hérétique en est arrivé à faire le signe de la croix avec la main ouverte et de gauche à droite, pour l'abandonner finalement tout à fait.

Le jeûne de l'Avent, qui est toujours en vigueur dans l'Église orthodoxe, le fut aussi autrefois au Couchant, précédé même par le Carême de saint Martin, qui commençait le premier dimanche après le 11 novembre (voir: Saint Martin, par Paul Monceaux, page 68).

La Règle de Saint Benoît atteste (chap. 53) que les moines en saluant demandaient la bénédiction: "Benedicite", tel qu'il est encore en usage dans le milieu orthodoxe.

La distribution du pain bénit lors de la Divine Liturgie était en Occident aussi une pratique courante et que seule l'Église orthodoxe a su garder. En effet, dans la Vie de Saint Grégoire de Tours, écrite en 1854, par l'abbé Achille Dupuy, est noté :

"Quelques-uns des assistants qui ne se trouvent pas préparés à communier, sont restés à leurs places. On leur distribue les eulogies (pain bénit), c'est-à-dire une partie des pains offerts à l'autel et qui n'ont pas été consacrés. C'est un signe attestant que ceux qui le reçoivent ne sont pas séparés de la communion de l'Église".

Ces témoignages et vestiges des traditions orthodoxes abondent aussi en Occident; aussi bien en art sacré, vie liturgique, monachisme que dans le reste de la religion. Le temps me manque, mais chacun pourra à loisir faire soi-même des recherches et découvrir ainsi dans la vie religieuse d'Occident d'autrefois ce que l'Église orthodoxe vit encore aujourd'hui en toute sa plénitude.

hm. Cassien

C'est une grande chose pour l'homme d'abandonner ce qui lui semble juste selon Dieu, et de garder la parole de celui qui l'enseigne selon Dieu.

abba Isaïe

RÉPONSE DE L'ÉGLISE A L'OECUMÉNISME

Commençons par rappeler que le mot oecuménisme vient du grec: oikoumene, désignant l'ensemble de la terre habitée. L'Église, dès son origine, en particulier par la bouche de ses saints Pères théophores, l'a utilisé pour désigner la fraternité chrétienne tout entière, la distinguant ainsi de ceux qui ne reconnaissent pas Jésus Christ le Sauveur, ne reçoivent pas son message et n'appartiennent pas à son Église.

C'est par ce mot que l'Église a désigné les sept Conciles universels de son histoire.

Rappelons, en second lieu, que vers la fin du XIXe siècle, ce mot a dévié de son sens étymologique et de sa signification théologico-ecclésiastique originelle. Cette déviation eut lieu sous l'influence de quelques chrétiens schismatiques et hérétiques qui, animés sans nul doute d'une bonne intention, décidèrent de se grouper et d'agir pour mettre un terme à ce qu'ils appelèrent "le scandale de leurs divisions". Ils projetèrent donc de travailler à réformer l'unité visible de tous les chrétiens - unité qu'ils croyaient, à tort, compromise, voire même disparue - en passant délibérément outre les sujets de divergences et en "oubliant" que les différentes dénominations confessionnelles étaient liées à des altérations, à des modifications de la foi doctrinale dont, aujourd'hui encore, on ne peut pas ne pas tenir compte.

C'est en 1910, à la Conférence Missionnaire Mondiale d'Edimbourg que fut employé pour la première fois le mot oecuménisme dans son sens actuel.

C'est donc par suite d'un développement progressif que naquit le Mouvement oecuménique, organisation maintenant bien structurée et dirigée par son état-major général qu'est le Conseil oecuménique des Églises.

Les causes naissantes, spirituelles et psycho-politiques qui favorisèrent ce mouvement se résument ainsi: "La pierre angulaire de cette tour de Babel en voie de formation, est essentiellement la décomposition spirituelle complète de l'hérésie protestante. Or, si nous disons, en accord avec Tertullien, que "l'âme humaine est par nature chrétienne", ce qui dans la bouche de ce docteur occidental de l'Église, signifiait incontestablement "est par nature orthodoxe", alors nous pouvons affirmer que toute hérésie, par sa nature même, blesse l'âme humaine, et que, tôt ou tard, cette dernière devra en finir avec cette hérésie, la rejeter hors d'elle-même. Ainsi, nous assistons au rejet de l'hérésie protestante; mais, comme dans le monde spirituel tout autant que dans l'ordre naturel, le vide n'existe pas, la place de cette hérésie a été occupée par l'oecuménisme."

Et ajoutons que la raison la plus menaçante est le renforcement de la maçonnerie dans le monde, car celle-ci tend à devenir le gouvernement mondial secret et par tous ses moyens, elle aide, inspire et finance l'oecuménisme.

On ne saurait trop préciser, en effet, que pour bien saisir la nature de l'oecuménisme, pour comprendre l'amalgame doctrinal syncrétiste qui le caractérise, ainsi que sa qualité de réceptacle de toutes les hérésies, il est indispensable d'avoir présent en mémoire ces deux origines de ce mouvement:

- Son enracinement dans le protestantisme.

- Son substrat judéo-maçonnique.

Qui perd cela de vue ne peut rien comprendre aux buts de l'oecuménisme. Qui ignore cela et se laisse séduire par les slogans et le libéralisme de ce mouvement pan-hérétique tombe bien vite dans l'égarement mortel.

L'Église, par contre, est gardienne d'une foi précise divinement révélée, par laquelle sont annoncé le salut de chaque homme, de l'humanité et la transfiguration rédemptrice du cosmos. A cette révélation, nul ne peut toucher, même pas un ange du ciel; lui obéir, loin d'être une contrainte, est un joie, une sérénité, une sécurité à nulle autre pareille.

C'est donc en prenant cette foi orthodoxe comme seule et sûre référence que l'Église peut répondre aux principales hérésies du mouvement oecuménique.

 

1) Il conviendrait, tout d'abord, d'énumérer les grandes hérésies anciennes (arianisme, monophysisme, augustianisme, luthérianisme, césaro-papisme, etc, etc.), et de préciser - avec références - qu'elles sont toutes incluses dans l'oecuménisme. Si nous ne pouvons pas démontrer cela, nous ne pourrons pas dire que l'oecuménisme est une pan-hérésie.

 

2) L'oecuménisme déclare que l'Église a pour membres tous les chrétiens et qu'elle réalise la synthèse de toutes les "Églises". Pour répondre à cette double erreur, il faut donner la définition orthodoxe du chrétien et la définition orthodoxe de l'Église, incluant la notion d'Églises Catholiques locales confessant la foi orthodoxe.

Ainsi sera écartée et dénoncée l'erreur oecuméniste qui consiste à qualifier d'Églises les divers groupes sociologico-religieux dénommés luthériens, anglicans, baptistes, calvinistes, etc.

Puisqu'ils ne correspondent pas à la notion orthodoxe d'Église, l'Église ne peut donc pas réaliser leur synthèse. Quant à leurs membres, ils ne peuvent pas porter le doux nom de chrétiens puisqu'ils sont infidèles à la vraie foi.

 

3) L'oecuménisme traduit parfois le mot "catholique" par "intégrale". Ce mot "catholique", partie officielle du Symbole de Nicée-Constantinople, traduit en russe par l'excellent mot "sobornaya", perd tout son sens orthodoxe s'il est remplacé par "intégrale". C'est à la fois un non-sens littéraire et une hérésie. Les pères n'ont pas parlé d'une Église intégrale, mais d'une Église catholique, et cela sous l'inspiration du saint Esprit.

 

4) L'oecuménisme confond les dons variés et divers du saint Esprit manifestés dans les saints apôtres avec des "divergences", alors que les douze n'eurent jamais de divergences entre eux au sujet de la foi.

 

5) Dans la communication sus-citée est rapporté le propos suivant de Karl Barth, théologien protestant et oecuméniste notoire: "La Bible, la dogmatique, la catéchèse, la discipline ecclésiastique, la liturgie, la prédication et les sacrements sont devenus des pièces de musée."

 

6) Toujours rapporté dans cette communication, voici l'opinion de Georges Florovsky, théologien russe pro-oecuméniste, sur l'Église. Il a osé déclarer publiquement que la sainte Église n'a pas encore pu se définir, donner d'elle-même sa propre définition, sa propre formulation scolastico-théologique, donc que l'Église ne se connaît pas!

"- Georges Florovsky aurait pu dire en toute honnêteté qu'il n'y a de formule pour aucun dogme. Il y a l'enseignement de la sainte Église sur chaque dogme, y compris le dogme de l'Église elle-même, mais il n'existe pas de formule, comme cela se trouve dans les sciences inexactes, les mathématiques, la chimie et la physique.

Ayant constaté le fait de l'absence d'une telle formule, les oecuménistes pensent avoir maintenant le droit de créer leur propre conception de l'Église, et la formulent comme étant la synthèse de toutes les "Églises existantes".

Ne conviendrait-il pas ici, pour compléter ces paroles:

- de donner la définition orthodoxe de l'Église (si tant est que l'on puisse définir intégralement un mystère!). Entre autres définitions, celle-ci: "Église = ensemble des disciples du Christ partout et dans tous les temps, formant la réalité mystique du Corps du Christ, l'Una Sancta".

- d'expliquer pourquoi il n'y a pas et ne peut y avoir de formule pour aucun dogme, pas plus que pour l'Église elle-même. Une telle explication semble indispensable à la plupart des lecteurs non-orthodoxes - et même à beaucoup d'orthodoxes!

- d'expliquer la raison profonde qui pousse les oecuménistes à formuler╔ ce qui semble informulable. Est-ce leur rationalisme? Est-ce quelque intérêt? Est-ce leur tendance à profaner le sacré?

 

7) Théorie des branches.

Il est vrai qu'à l'origine, l'Église fut UNE, mais il est inexact de dire et de croire qu'au cours des siècles, cette Église se ramifia en "branches" qui, toutes, contiendraient des erreurs et une part de la vérité révélée. Il est faux et hérétique de confesser que cette Église UNE se scinda en une multitude de branches confessionnelles, dont aucune ne posséderait la plénitude et la totalité de la Révélation.

Il est hérétique de croire que tous les membres de ces multiples confessions seraient néanmoins unis par la même foi au même Christ et qu'en conséquence, la réunification administrative de toutes ces "branches", simple formalité, ramènerait à l'unité primitive et souhaitée. Car cette unité primitive était une unité par et dans la même foi, alors que les multiples "branches" confessionnelles chrétiennes ne sont plus unies entre elles par cette même et unique foi, chacune ayant élaboré sa propre foi et ne voulant d'ailleurs pas en renier le moindre "iota".

Cette théorie des "branches", née du protestantisme, agréée et développée par le Mouvement oecuménique, a toujours été rejetée par la sainte Église demeurée fidèle, depuis les apôtres, à la foi orthodoxe. Jésus Christ a fondé son Église dans l'unité de la foi et non dans la division et le pluralisme. C'est pourquoi la Vérité est UNE, comme l'Église est UNE. En Lévitique 19,19, ne lisons nous-pas: "Tu n'ensemenceras point ton champ de deux espèces de semences"?

Aussi est-ce dans l'humilité que nous confessons, sans velléité d'hégémonie ni triomphalisme, l'Église orthodoxe comme l'unique et exclusive Église de Jésus Christ, comme le réceptacle immaculé de la Foi révélée transmise inchangée depuis les apôtres.

L'Église orthodoxe demeure aujourd'hui encore l'UNA SANCTA. Par cette blasphématoire théorie des "branches", les faux docteurs oecuméniques enseignent la sénilité du tronc, c'est-à-dire du Corps: "l'Église a vieilli, disent-ils, il faut la rénover, la rajeunir, l'adapter au monde moderne". Mais l'Église leur répond: puisque Tête et Tronc sont indissociables, que Christ, Fils de Dieu vivant, est immuable dans sa pureté, sa jeunesse, sa vie, comment le corps d'une telle Tête pourrait-il être divisé, malade, sénile, lui qui a reçu l'assurance que les forces de l'enfer ne prévaudront pas contre lui? Comment concevoir, sans blasphémer, que la même vie ne circule pas dans la tête et le tronc, et n'anime pas le même corps? Croire en la divinité de Jésus Christ (la Tête), c'est aussi croire à la divinité de son Corps (l'Église): la Tête est une et sainte, le corps est un et saint.

 

8) d'une façon générale, l'oecuménisme est une hérésie parce qu'il admet que l'Église est divisée. Or, un des dogmes de notre foi chrétienne est que l'Église est UNE et indivise. Les schismatiques et les hérétiques se séparent de l'Église, mais l'Église garde sa plénitude; son unité n'est jamais et ne sera jamais perdue. Adopter l'oecuménisme et adhérer au Mouvement oecuménique prouve qu'on est à la recherche de l'Église et de la grâce et que l'on n'est pas l'Église plénière.

 

9) Oecuménisme et fidélité.

Beaucoup de voix séductrices clament "unité", "amour", "oecuménisme", mais combien invitent à la fidélité? Et pourtant, le premier devoir de chrétien n'est-il pas d'être fidèle à son Seigneur, de Lui obéir, marque suprême et probante de l'amour qu'il Lui porte? Certes, Dieu a voulu l'unité, mais Jésus Christ a-t-il demandé à ses disciples d'être UN avec ceux qui Le renient, Le bafouent, le tournent en dérision, persistent dans leurs égarements, et marquent une indifférence irrespectueuse pour sa volonté? L'unité voulue par Dieu est-elle cette union contre-nature du fidèle et de l'infidèle, du serviteur vigilant et de l'idolâtre, du coeur droit et pur et de l'apostat?

"Sortez du milieu d'eux, séparez-vous, dit, au contraire, le Seigneur, ne touchez pas à ce qui est impur et Je vous accueillerai" (2 Co 6,11-17).

(à suivre)

Heureux en vérité celui qui est parvenu à une insensibilité parfaite devant tout corps, toute carnation et toute beauté.

saint Jean Climaque

Est tempérant non celui qui s'abstient de tout ce qui est défendu, mais celui qui use avec modération de tout ce qui est permis. Est maître du plaisir non celui qui s'en prive, mais celui qui en use sans en abuser. Comme le maître d'un navire ou d'un cheval n'est pas celui qui n'en use pas mais bien celui qui les mène là où il veut.
saint Cyrille le Philéote

Le commencement de la purification de l'âme se produit, lorsque la langue ne parle pas des choses humaines, que les yeux ne se tournent pas de toutes côtés pour voir les belles couleurs et les heureuses proportions des corps, que l'ouïe ne relâche pas la tension de l'âme par le charme des mélodies composées pour la volupté, ni par les mots des hommes plaisants et bouffons, ce qui contribue le plus à détendre la tension de l'âme. En effet, l'esprit qui ne se disperse pas à l'extérieur, qui ne se répand pas dans le monde par les sens, revient à lui-même, et par lui-même s'élève à la pensée de Dieu; alors brillant et resplendissant de la beauté divine, il trouve l'oubli de sa propre nature; aucun souci de nourriture, aucune préoccupation de vêtements ne distrait son âme, mais libre du côté des soucis terrestres, c'est tout son zèle qu'il transporte à l'acquisition des biens éternels.
saint Basile le Grand

Un des pères raconta cette histoire: "Un ermite vivait dans le désert de Nilopolis, et un laïc dévoué pourvoyait à ses besoins. Dans cette même ville, un homme riche, mais sans religion, vint à mourir. Toute la ville, évêque en tête, le conduisit au cimetière en portant des flambeaux. Sur ces entrefaites, l'homme qui prenait soin de l'ermite sortit de la ville pour lui apporter du pain selon son habitude, et le trouva dévoré par une bête féroce. Alors il se prosterna devant Dieu: "Je ne me lèverai pas d'ici, se disait-il, avant que le Seigneur ne m'ait montré pourquoi cet ermite a subi cela après avoir servi Dieu jour et nuit." Un ange de Dieu vint lui dire: "Ce mécréant a fait un peu de bien ici-bas, et il a reçu sa récompense en ce monde, pour n'avoir aucun repos dans l'autre; mais cet ermite, qui était orné de toutes les vertus, avait pourtant commis quelques petites fautes - c'était un homme - et il a reçu ce traitement sur la terre pour qu'au ciel il soit trouvé pur devant Dieu". Le serviteur de l'ermite fut consolé par ces paroles et revint en glorifiant Dieu de ses jugements, parce qu'ils sont équitables."

Des frères s'en allèrent visiter un saint ancien qui demeurait dans un endroit désert. Ils trouvèrent auprès de sa cellule des enfants qui gardaient leurs troupeaux, tout en parlant entre eux d'une façon gênante. Les frères virent l'ancien, lui découvrirent leurs pensées et firent leur profit de ses réponses. Ensuite, ils lui dirent: "Père, comment acceptes-tu d'avoir avec toi ces enfants, et pourquoi ne leur ordonnes-tu pas de cesser ce vacarme?" L'ancien lui répondit: "Frères, croyez-moi, il y a des jours où je veux leur donner cet ordre, mais je me reprends en disant: "Si je ne supporte pas cette bagatelle, comment pourrais-je supporter une plus grande épreuve, si Dieu permet qu'elle se présente?" Ainsi, je ne leur dis rien, pour m'habituer à supporter tout ce qui arrive."
Un ancien a dit: "En toute épreuve qui t'arrive, n'incrimine personne, sinon toi seul, en disant : "Ceci m'arrive à cause de mes péchés."
Nous ne changeons pas les bornes éternelles que nos pères ont placées,
mais nous gardons la Tradition, comme nous l'avons reçue.
Saint Jean Damascène