Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 20

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

AOUT 1981
 SOMMAIRE
NOUVELLES
L'ICONE DE LA TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR
REGLEMENTS CANONIQUES DU SAINT CONCILE D'UST-KUT DE L'ÉGLISE ORTHODOXE PAN-RUSSE DES CATACOMBES
HOMÉLIE SUR LA DORMITION DE LA TOUTE SAINTE

LA PERSÉCUTION EN GRECE DEPUIS 1924

ENCYCLIQUE DU CONCILE DE CONSTANTINOPLE DE 1848

SAINT MOISE LE HONGROIS

DÉCHÉANCE

L'AME APRES LA MORT

Il n'y a qu'un seul nom pour exprimer la nature divine - c'est l'étonnement qui nous saisit quand nous pensons à Dieu.

Saint Grégoire de Nysse
NOUVELLES

Juste un petit mot pour signaler mes projets de voyage. En quelques semaines, il me faudra aller en Grèce, pour participer au troisième congrès de tout notre clergé qui aura lieu en septembre. Je pense être donc en Grèce tout le mois de septembre, plaise à Dieu.

Il se peut que pour cette raison, je ne puisse pas publier le bulletin de septembre.

Officieusement, j'irai ensuite un mois en Argentine. Les dates exactes ne sont pas encore fixées.

J'espère être de retour en novembre pour reprendre mes activités à l'hermitage.

Vôtre hm. Cassien

Un frère harcelé de mauvaises pensées avait de la peine et par grande humilité disait: «Moi, avec de telles pensées, je ne suis pas en mesure d'obtenir le salut.» Il s'en fut donc chez un grand ancien et lui recommanda le prier pour que ces pensées fussent enlevées de lui. L'ancien lui dit: «Cela ne t'est pas utile, mon enfant.» Mais lui persistait à faire violence à l'ancien. Et lorsque celui-ci eut prié, Dieu enleva la lutte au frère; et aussitôt il tomba dans la suffisance et l'orgueil. Et il s'en alla prier l'ancien que lui revinssent les pensées et l'humilité qu'il avait auparavant

L'ICONE DE LA TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR

«Il fut transfiguré devant eux: son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent éblouissants comme la lumière.» Moÿse et Elie l'entourent. «Une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et une voix disait de la nuée: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur."»

Saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Damascène expriment une tradition unanime: la lumière révélée aux apôtres était la manifestation de la splendeur divine, gloire intemporelle et incréée. On voit bien qu'il s'agit de la vision de Dieu, et c'est pourquoi la Transfiguration du Seigneur se place au centre de la théologie contemplative des Pères. Saint Grégoire Palamas cherche des précisions doctrinales et donne une formule incisive et fondamentale pour l'Orient: «Dieu est appelé Lumière non selon son essence, mais selon son énergie.»

L'icône nous fait voir le Christ apparu aux apôtres dans la «forme de Dieu», comme une hypostase de la Trinité et cette apparition constitue une Théophanie trinitaire, avec la voix du Père et l'Esprit saint dans la nuée lumineuse. «Lumière immuable du Père, ô Verbe, dans ta fulgurante lumière qu'est le Père et la lumière qu'est l'Esprit illuminant toute créature» (Matines, exapostilaire). Les événements proches projetant leur lumière par anticipation et c'est le sens de la Parole du Seigneur avant sa Passion: «Maintenant le Fils de l'homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui.» (Jn 13,31), «Il vint une voix du ciel qui dit: je l'ai glorifié, et et je le glorifierai encore.» (Jn 12,28).

Le kontakion de la fête précise que la gloire se montre aux disciples «autant qu'ils en étaient capables», à la mesure de leur réceptivité. Le Christ s'entretient avec Moÿse et Elie de sa future Passion; pour ne pas induire les apôtres en tentation par la dure épreuve de la croix, Il apparaît dans l'éclat de sa gloire divine. Le Père témoigne de la divine filiation du Christ afin que les apôtres «comprennent que la passion était volontaire», et qu'ils se rendent compte que le Seigneur est «en vérité la splendeur du Père».

L'icône montre les disciples précipités du sommet escarpé, terrassés et terrifiés par la vision fulgurante. Le plus souvent, saint Pierre, à droite, agenouillé, lève la main pour se protéger de la lumière; Jean, au milieu, tombe en tournant le dos à la lumière; Jacques, à gauche fuit ou tombe à la renverse.

Le contraste voulu est frappant au plus haut degré. Il oppose le Christ comme immobilisé dans la paix transcendante qui émane de Lui, qui baigne les figures inclinées de Moÿse et d'Elie et forme le cercle parfait de l'au-delà, et, en bas, le dynamisme mouvementé des apôtres encore tout humains devant la Révélation qui les bouleverse et les renverse. Cette opposition souligne admirablement, avec ses propres moyens artistiques, le caractère incréé de la lumière de la Transfiguration.

Émerveillé par la vision, saint Pierre voulait «planter des tentes», s'installer dans la Parousie, dans le Royaume, avant la fin de l'histoire. C'est une tentation évidente et saint Grégoire Palamas revient plusieurs fois sur le sens de l'histoire comme une scène immense de l'économie du salut. Le monde tout entier est destiné au Royaume, il doit être transfiguré en «nouvelle terre». L'homme, dans un certain sens, enseigne-t-il, est supérieur à l'ange parce qu'il est esprit incarné, parce qu'il vit en continuité étroite avec le cosmos, contient toute la création et conditionne son état. La nature gémit et attend d'être libérée, sauvée en l'homme christifié, enfin maître et seigneur de l'univers. «L'homme véritable, lorsque la lumière lui sert de voie, s'élève sur les cimes éternelles, il contemple les réalités méta-cosmiques, sans se séparer de la matière qui l'accompagne dès le début... amenant à Dieu, à travers lui, tout l'ensemble de la création.» On voit pourquoi la demande de Pierre n'a pas reçu de réponse, c'est par la Croix que viennent la Résurrection et le Royaume et il faut y amener «tout l'ensemble de la création». Après la brève interruption du Huitième jour, c'est à sa lumière qu'il faut reprendre la mission apostolique, retrouver le monde et descendre en son enfer.

«N'est-il pas évident, écrit Palamas, qu'il n'y a qu'une seule et même lumière divine: celle que les apôtres virent au Thabor, celle que les âmes purifiées contemplent dès maintenant, et celle qui est la réalité même des biens éternels à venir? Voilà pourquoi le grand Basile a dit de son côté que la lumière qui jaillit du Thabor, lors de la Transfiguration du Seigneur, était le prélude de la gloire du Christ lors de sa seconde venue».

Ainsi l'icône de la Transfiguration apparaît comme le prélude de l'icône de la Parousie, nous pouvons la contempler dans l'attitude des apôtres «terrifiés» et la recevoir «selon notre capacité». Plus Dieu se révèle mystérieux, et plus Il enveloppe l'homme de sa «proximité brûlante». Dieu se donne aux hommes selon leur soif, disent les spirituels. A certains, qui ne peuvent boire davantage, il ne donne qu'une goutte. Mais Il aimerait donner des ondes entières, afin que les chrétiens puissent désaltérer le monde à leur tour.

Le Christ se tient au centre d'un diagramme appelé mandorle, formé de cercles concentriques, totalité des sphères de l'univers créé. Selon L'Arc Magna, les trois sphères contiennent tous les mystères de la création divine. Un pentacle, inscrit souvent dans le cercle de la mandorle, représente la «nuée lumineuse», signe de l'Esprit Saint et source transcendante des énergies divines. Moÿse et Elie symbolisent la loi et les prophètes, aussi les morts (Moÿse) et les vivants (Elie, ravi au ciel sur un char de feu). Plus conforme à l'icône, l'explication (vêpres stichère du ton 1) que tous deux sont des grands visionnaires de l'Ancienne Alliance (vision de Dieu sur le Sinaï et sur le Carmel).

Les Israélites chantaient en gravissant le mont Sion, le psaume Judica me: «Envoie-moi ta lumière et ta vérité: elles me guideront et me conduiront à ta montagne sainte...» La montagne sainte constitue souvent le Christ debout ou assis au sommet de la montagne d'où naissent les fleuves paradisiaques, où jaillit la fontaine de Vie qui se divise en quatre bras. Nouvel Adam, le Christ restaure la nature conformément à la vision de Dieu: «Celui qui dit "Je suis Celui qui s'est transfiguré aujourd'hui sur le Thabor pour montrer en Lui la nature humaine revêtue de la beauté originelle de son archétype". La montagne fut recouverte de lumière... les cieux frémissaient et la terre tremblait en contemplant le Seigneur de gloire. Tout jubile aujourd'hui car dans la lumière divine resplendit toute la nature. C'est pourquoi elle s'écrie avec joie: Christ est transfiguré, Lui, le Sauveur du monde"» (idiomèles de Cosmas et d'Anatole, aux vêpres).

«Il nous est bon d'être ici»s'écrie saint Pierre. Il exprime son ravissement de se trouver dans l'état initial du monde quand Dieu le contemplant «vit que cela était beau». C'est ainsi que Dieu a créé le monde, bien que sa vérité reste encore cachée. Toutefois, le voile s'est levé au sommet du Thabor et les disciples avant d'être terrifiés ont ressenti la joie parfaite.

L'icône est plus qu'un art. La distance entre ces deux visions est si grande qu'il faut suivre l'appel liturgique: «que toute chair humaine se taise», et alors, c'est dans un recueillement silencieux que les yeux s'ouvrent et que l'icône s'anime et rend sensible à son message secret, comme la lumière de la Transfiguration apparut aux trois apôtres choisis par le Seigneur. Tel un éclair, l'image du monde à venir nous atteint comme une véritable fête de la Beauté. Or, le Christ s'entretient avec Moÿse et Elie et leur parle de sa Passion, de la Beauté crucifiée, mais justement, parce qu'elle est crucifiée, elle ne rayonne que davantage. L'Amour, même de Dieu, ne peut être que sacrificiel, donc la Croix et le chemin de la croix que le monde actuel suit sur les pas du Christ; toutefois la Croix, et c'est le message secret de l'icône, ruisselle déjà de la lumière du matin de Pâques.

Paul Evdokimov

tiré de L'Art de l'Icône, Théologie de la Beauté.
ed. Desclée de Brouwer

Une fois, deux frères s'entendirent et devinrent moines. Et quand ils eurent réalisé leur intention, ils trouvèrent bon de bâtir deux cellules à distance et chacun d'eux se retira à part en vue de la quiétude. Pendant de longues années, ils ne se virent pas l'un l'autre, parce qu'ils ne sortaient pas de leur cellule. Or, il arriva que l'un d'eux fut malade et les pères vinrent le visiter; et ils virent le frère tomber en extase, puis revenir à lui. Et les pères l'interrogèrent disant: «Qu'as-tu vu?» Il dit: «J'ai vu les anges de Dieu et ils nous prirent moi et mon frère pour nous conduire au ciel. Et les puissances adverses vinrent au-devant de nous et elles ne purent rien contre nous. Comme nous passions auprès d'elles, une voix se mit à dire: "Grande est l'assurance donnée par la pureté."» En disant cela, le frère s'endormit. Voyant cela, les pères envoyèrent un frère annoncer à son frère qu'il était mort. Il partit et le trouva mort lui aussi; et tous furent dans l'admiration et rendirent gloire à Dieu.

REGLEMENTS CANONIQUES DU SAINT CONCILE D'UST-KUT DE L'ÉGLISE ORTHODOXE PAN-RUSSE DES CATACOMBES

Les derniers jours de juillet de l'année 1937, dans la ville sibérienne d'Ust-Kut, sur la rivière Léna (à son confluent avec la rivière Kut), dans la section de redistribution de la maison d'arrat, se sont retrouvés par coïncidence :

2 métropolites,

4 évêques,

2 prêtres, et

6 laïcs

de l'Église clandestine des Catacombes. Ils étaient à une étape de leur voyage de Vitim à Irkust pour être dirigés d'Irkust vers le Nord.

Comme il était difficile de prévoir dans le proche avenir un rassemblement aussi complet et représentatif des membres de l'Église de la même mentalité, ceux qui étaient réunis ont aussitôt décidé d'ouvrir «un saint Concile» pour prendre des décisions canoniques concernant des questions vitales de l'Église des Catacombes. La durée du Concile était, comme il semblait, limitée à 4 heures, au bout desquelles les participants devaient être envoyés en des directions différentes.

Le président était le métropolite Jean, et le Concile a choisi le laïc A.Z. comme secrétaire. Les décisions du Concile n'ont pas été signées. A.Z. a choisi sous serment de mémoriser les décisions du Concile et de transmettre à qui il fallait tout ce qu'il se rappelait avec exactitude, mais de ne rien dire de ce qu'il ne gardait que confusément ou à peu près dans sa mémoire. A.Z. a réussi à temps à transmettre les décisions ainsi mémorisées de l'Église. Ses paroles ont été notées sous serment et sont devenues des canons de l'Église.

Parmi ces canons, quelques-uns sont d'une nécessité particulière pour l'Église. Les voici :

 

Bénis, Seigneur !

1) «Le saint Concile interdit aux fidèles de recevoir la communion des mains du clergé légalisé par l'état anti-chrétien.»

2) «Il a été révélé au saint Concile par l'Esprit que l'anathème lancé par sa Sainteté le patriarche Tikhon est valide et que tous les prêtres et serviteurs de l'Église qui ont osé le considérer comme une erreur ecclésiale ou une simple tactique politique subissent anathème et sont liés par lui.»

3) «A tous ceux qui discréditent le saint Concile de 1917-18 et qui s'en séparent: Anathème!»

4) «Toutes les branches de l'Église qui se trouvent sur le tronc commun - le tronc étant notre Église d'avant la révolution - sont des branches vivantes de l'Église du Christ. Nous donnons notre bénédiction pour la prière communautaire et le service de la Divine Liturgie à tous les prêtres de ces branches. Le saint Concile interdit à tous ceux qui ne se considèrent pas comme branches, mais comme indépendants de l'arbre de l'Église de célébrer la Divine Liturgie. Le saint Concile ne considère pas nécessaire qu'il y ait une unité administrative des branches de l'Église, mais l'unité d'esprit concernant l'Église les lie toutes.»

Un frère harcelé de mauvaises pensées avait de la peine et par grande humilité disait: «Moi, avec de telles pensées, je ne suis pas en mesure d'obtenir le salut.» Il s'en fut donc chez un grand ancien et lui recommanda le prier pour que ces pensées fussent enlevées de lui. L'ancien lui dit: «Cela ne t'est pas utile, mon enfant.» Mais lui persistait à faire violence à l'ancien. Et lorsque celui-ci eut prié, Dieu enleva la lutte au frère; et aussitôt il tomba dans la suffisance et l'orgueil. Et il s'en alla prier l'ancien que lui revinssent les pensées et l'humilité qu'il avait auparavant.

HOMÉLIE SUR LA DORMITION DE LA TOUTE SAINTE

(extrait)

Saint Jean Damascène

O, comment la source de la Vie va-t-elle par la mort vers la vie? Comment celle qui lors de l'enfantement fut au-dessus des lois de la nature, s'y soumet-elle maintenant et livre son corps très pur à la mort? C'est qu'il faut dépouiller ce qui est mortel pour revêtir l'incorruptible. Son Seigneur Lui-même n'a pas refusé de goûter à la mort! Il est mort dans sa chair, mais par sa mort, Il a détruit la mort; Il a rendu immortel ce qui était périssable, Il a fait de sa mort la source de la résurrection.

Ô, comment la sainte âme, alors qu'elle quitte le corps qui a porté Dieu, est-elle portée dans les mains du Créateur du monde? Il honore celle qui, bien que servante par nature, fut sa mère conformément à l'économie de son immense amour pour l'homme, Lui qui vraiment s'est fait chair et non apparemment. Les armées célestes étaient là en attendant ta séparation des hommes.

Les anges et les archanges t'accompagnent au ciel. Les esprits impurs des airs frémissent à ton passage. Dans ta montée, l'air est béni et l'éther sanctifié dans les hauteurs. Le ciel dans la joie reçoit ton âme. Les puissances angéliques, dans l'allégresse, flambeaux en mains, vont à ta rencontre, en chantant les hymnes sacrées: «Quelle est celle qui monte du désert? Qui apparaît comme l'aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil?» «Que tu es belle, que tu es douce! Tu es comme le lys des vallées, la fleur au milieu des épines», «C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment. Tes parfums ont une odeur suave. Le roi t'a introduite dans ses appartements» «où les pouvoirs montent la garde, les principautés chantent tes louanges, les trônes te célèbrent, les chérubins et les séraphins pleins de joie glorifient celle qui fut la Mère vraie et naturelle de leur Maître, selon le dessein de son économie.»

Tu n'es pas seulement montée comme Elie «jusqu'au ciel», ou comme l'apôtre Paul «jusqu'au troisième ciel», non, tu es montée jusqu'au trône royal de ton Fils, où, réjouie, tu Le contemples de tes propres yeux, où tu te tiens à ses côtés avec une grande et indicible assurance.

Tu bénis le monde, tu sanctifies toute la création! Tu es le repos des fatigués, la consolation des affligés, la guérison des malades, le port de ceux que ballottent les tempêtes, le pardon des pécheurs, le soulagement des attristés, le prompt secours de tous ceux qui t'implorent.

Il n'y a qu'un seul nom pour exprimer la nature divine -

c'est l'étonnement qui nous saisit quand nous pensons à Dieu.

Saint Grégoire de Nysse
LA PERSÉCUTION EN GRECE DEPUIS 1924

L'Occident connaît mal ou pas du tout la persécution qui a sévi à partir du schisme de 1924 contre les Vrais Chrétiens, et qui continue encore aujourd'hui en Grèce, quoiqu'avec moins de force, menée par des faux-frères, l'Église d'État.

«On pourrait écrire des volumes entiers au sujet des persécutions qu'ont subi et subissent jusqu'à ce jour les vrais chrétiens orthodoxes. Des moniales furent défroquées de force aux tribunaux et aux bureaux des évêques; on déchirait les soutanes des prêtres, on les faisait raser de force par les gendarmes et on les battait dans les caves de l'archevêché d'Athènes! Nos églises furent fermées et les fidèles se réfugièrent dans les forêts et les cavernes pour la célébration liturgique. Des prêtres de l'Église officielle entrèrent avec des gendarmes dans les églises des V.C.O., renversèrent les saints autels et foulèrent aux pieds le Pain Eucharistique, le Corps seigneurial! Les icônes ne pouvant être décrochées, furent arrachées à la hache pour les jeter avec les calices dans les camions de la police.

Nos églises furent démolies et même une passée à la dynamite. Nos prêtres et évêques se cachaient de maison en maison selon les paroles du Seigneur: «Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel ont leurs nids» tandis qu'eux «n'avaient pas où reposer la tête». Les monastères furent fermés, liquidés ou calomniés. Les étudiants en théologie, s'ils suivaient le calendrier orthodoxe, n'avaient pas droit au diplôme! Les mariages et les baptêmes n'étaient pas enregistrés dans les registres d'État, et c'est ainsi que plusieurs enfants furent portés comme adultérins et les veuves restèrent sans retraite!

L'attitude des V.C.O. fut héroïque. Ils manifestaient par milliers et ensuite étaient matraqués et dispersés par la police. Des vieillards de 90 ans furent battus, mais ils approchaient des portes fermées de nos églises, allumant des cierges sur le trottoir pour distinguer la maison de Dieu Vivant d'avec la montagne Garisin de l'Innovation, et ils criaient aux policiers: "Fermez-la, mes enfants; quoi que vous en fassiez, c'est ici que nous viendrons adorer le Dieu de Vérité." C'est ainsi qu'ils ne levèrent pas les mains vers les dieux étrangers de l'Occident!

Il arrivait qu'un prêtre soit rasé cinq ou six fois, et lui lançait à ses persécuteurs: "Rasez, mes enfants, rasez! Ils repousseront. Pourvu que nous, nous ne les enlevions pas de notre gré. Alors la grâce ne nous abandonne pas!"

Pendant que l'archiépiscopat de l'archevêque Spyridon de honteuse mémoire, les persécutions atteignirent leur point culminant. Voici un extrait de la presse journalière (Kathimerini 20.02.1952): "Exagérations! Nous ne sommes nullement disposés ni à prendre la défense des vieux-calendaristes, ni à nous tourner contre eux! Les vieux-calendaristes peuvent être tout ce qu'on veut: naïfs, têtus ou arriérés, mais ce ne sont ni des criminels, ni des voyous! Pourtant, dans les bureaux de l'archevêché, un prêtre et un vieux moine de 80 ans furent traités comme de vulgaires criminels. On déchira leur soutane et on les rasa de force. Les victimes ont visité nos bureaux et nous les avons vues. Et nous avouons qu'une profonde pitié nous a saisi quand nous les avons vues dans un tel état de misère." Nul besoin de commentaires, mais combien d'autres faits existent...»


ENCYCLIQUE DU CONCILE DE CONSTANTINOPLE DE 1848

«Tenons-nous à la confession de Foi que nous avons reçue pure de la part de tels hommes, rejetant tout modernisme comme dicté par le diable. Celui qui accepte le modernisme accuse la Foi orthodoxe qui nous fut prêchée comme mutilée. Mais elle est entière et déjà scellée, n'acceptant ni ajout ni retrait, ni variation quelconque. Celui qui oserait penser, conseiller, ou faire une telle chose, aurait déjà renié la Foi en Christ; se serait déjà placé sous l'anathème éternel pour avoir blasphémé contre le Saint Esprit, qui soi-disant n'aurait pas convenablement parlé dans les Écritures et les Conciles oecuméniques. Ce n'est point nous, frères et enfants bien-aimés en Christ, qui prononçons ce terrible anathème, mais notre Seigneur l'a prononcé le premier... l'ont prononcé les sept Conciles oecuméniques et tout le choeur des Pères théophores. Selon le psalmiste, ceux qui modernisent dans l'hérésie ou le schisme volontairement se sont entourés "de malédiction comme un vêtement". Ainsi pensaient nos Pères et obéissant aux paroles salvatrices de Paul, se tinrent fermes et solides sur la Foi transmise, reçue par succession, et l'ont préservée pure et immuable à travers tant d'hérésies, nous la transmettant véridique et inaltérable comme elle sortit pure de la bouche des premiers serviteurs du Verbe! En pensant ainsi, nous aussi, nous la transmettons aux générations futures, pure comme nous l'avons reçue en ne changeant rien, afin qu'elles aient comme nous le courage et l'audace en parlant de la Foi des Ancêtres!»

Le patriarche oecuménique Anthime,

Le patriarche d'Alexandrie Hiérothée,

Le patriarche d'Antioche Méthode,

Le patriarche de Jérusalem Cyrille,

et les douze évêques autour d'eux.


SAINT MOISE LE HONGROIS

De ce Moïse le Hongrois, nous savons qu'il fut aimé par saint Boris. Hongrois de naissance, frère de ce Grégoire, à qui saint Boris donna la chaîne en or et avec qui saint Boris fut tué près du fleuve d'Alta, lorsqu'on lui coupa la tête à cause de la chaîne.

Ce Moïse seul, se sauva de devant la mort cruelle et se rendit chez Predslave, la soeur du prince Jaroslav. Et il resta à Kiev près d'elle. En ces jours, on ne pouvait aller nulle part ail-leurs. Il resta ainsi en prière avec Dieu, jusqu'à ce que le pieux prince Jaroslav remportât la victoire, guidé par son amour fraternel et chaleureux, contre Sviatopolk, le sans-Dieu, orgueilleux et maudit. Sviatopolk s'enfuit en Pologne, revint avec Boleslav, chassa Jaroslav et régna lui-même à Kiev. Boleslav revint alors en Pologne, en emmenant les deux soeurs de Jaroslav et ses boyards captifs. Avec eux fut aussi emmené ce bienheureux Moïse, lié avec de lourds fers aux mains et aux pieds, et gardé sévèrement, car il était fort en son corps et beau de visage.

Mais il fut vu par une dame de noblesse, belle et jeune, et dotée d'une grande richesse et d'une grande beauté de son apparence, et s'enflamma de concupiscence envers ce vénérable. Et ainsi elle commença de le tenter, pour le séduire par des paroles flatteuses, lui disant: "Homme, pourquoi supportes-tu de telles peines, alors que tu as l'intelligence pour te délivrer de ces entraves et de ces souffrances?". Mais Moïse lui disait: "Dieu l'a voulu ainsi". Alors la femme lui disait: "Si tu fais ce que je veux, alors je te libère et t'élève en toute la Pologne." Le vénérable comprit son désir mauvais et lui dit : "Quel homme est jamais devenu meilleur en prenant femme? Le prophète Adam fut chassé du paradis, après s'être soumis à la femme. Samson dépassait tous par sa force et vainquit tous les guerriers. Finalement, il fut livré par une femme aux étrangers. Et Salomon, qui atteignit la profondeur de la sagesse, commençait à vénérer les idoles, après avoir prêté l'oreille à une femme. Hérode remporta beaucoup de victoires. Ensuite, il laissa décapiter Jean le Baptiste, quand il se soumit entièrement à une femme." Mais elle disait: "Je te rachèterai et te ferai grand et maître de ma maison. C'est toi qui seras mon mari. Toi seul feras mes volontés, satisferas les passions de mon coeur, et m'accorderas de jouir de ta beauté. Car je suis éprise de toi. Je ne peux supporter de voir ta beauté se perdre ainsi sans raison. Que cesse le feu de mon coeur qui me dévore! Que soient consolées mes pensées et que je trouve consolation dans ma souffrance! Alors tu jouiras de ma bonté et tu seras le maître de toute ma possession, l'héritier de ma puissance et le premier de mes boyards!" Mais le bienheureux Moïse lui disait : "Sache que je ne satisfais pas tes désirs. Je ne veux ni ta puissance, ni ta richesse. Car mieux que tout cela est la pureté du coeur et mieux encore l'intégrité du corps. Loin de moi d'avoir supporté inutilement la peine de cinq ans où le Seigneur m'a permis de porter ces chaînes. Je porte de telles souffrances innocemment, et j'espère pour cela, être libéré des supplices éternels." Alors la femme fut conseillée autrement par le diable et se disait, en voyant lui échapper une telle beauté : si je le rachète, il se soumettra contre sa volonté. Et elle rencontra celui qui le tenait captif, afin qu'il lui cédât Moïse et en prît ce qu'il désirerait. Et lui, profitant de l'occasion, prît environ mille Grives et lui concéda Moïse. Et ainsi, Moïse fut impudemment poussé vers des actes indignes. Elle gagna de la force sur lui et lui commanda de rester près d'elle. Elle le libéra de ses chaînes, le fit habiller en des vêtements précieux, lui fit servir de la nourriture délicieuse et tenta de le forcer à l'amour et à la concupiscence.

Mais le vénérable s'adonna davantage à la prière et au jeûne, quand il voyait la furie de la femme; car il préférait plutôt prendre du pain sec et de l'eau à cause de Dieu, que de prendre des mets délicieux et du vin en forniquant. Et il jetait, tel Joseph, non seulement sa chemise, mais tous ses vêtements. Ainsi, il échappa au péché et méprisa la vie de ce monde, pendant qu'elle voulait le laisser mourir de faim. Mais Dieu n'abandonne pas son serviteur qui espère en Lui. Il fléchit le coeur d'un esclave de cette femme, afin qu'il donnât à manger secrètement à Moïse.

Mais les autres tâchaient de le convaincre et disaient: "Frère Moïse, qu'est-ce qui t'empêche de te marier? Tu es encore jeune, et elle est veuve, elle n'a vécu qu'une année avec son mari. Et elle est plus belle que toutes les autres femmes. Elle possède des richesses inestimables et une grande puissance en Pologne. Si elle avait désiré un prince, il ne l'aurait pas méprisée. Tu es un prisonnier, et tu ne désires pas être libéré! Et si tu dis ne pas vouloir transgresser les commandements du Christ, ne dit-il pas, le Christ, dans l'évangile: 'Alors l'homme quittera père et mère et s'attachera à sa femme, et les deux ne seront qu'une seule chair'? L'apôtre dit: 'Mieux vaut se marier que de brûler', et il conseille aux veufs de se remarier. Pourquoi te soumets-tu à des tortures mauvaises et amères, et pourquoi souffres-tu, alors que tu n'as pas prononcé de voeux monastiques, et que tu es donc libre? Si tu meurs dans la détresse, quelle louange récolteras-tu? Qui, parmi les justes, jusqu'à présent, a méprisé les femmes? Abraham, Isaac et Jacob furent-ils des moines? Joseph remporta une petite victoire, mais par une autre femme il fut vaincu. Tu seras aussi vaincu par une femme, si tu te sépares de la vie. Qui ne se moquera pas alors de ta folie? Soumets-toi à cette femme et ainsi tu seras libre et maître sur tous."

Mais lui leur répondait: "Ô mes frères et bons amis, bien vous me conseillez! Je vois que vos paroles ne valent pas mieux que le chuchotement du serpent à Eve au paradis. Vous me poussez à me soumettre à cette femme. Mais je ne suivrai pas votre conseil. Si je dois mourir dans ces chaînes et dans cette souffrance amère, j'espère trouver grâce devant le Seigneur. Quand bien même tous les justes se mariaient et furent sauvés, moi, pécheur, je ne peux me sauver par le mariage. Si Joseph avait écouté la femme de Potiphar, il n'aurait pas régné par la suite. Dieu voyait sa souffrance et lui donna le pouvoir. C'est pourquoi nous le louons toujours chaste, malgré le fait qu'il a eu des enfants. Moi je ne veux pas régner en Egypte, ni avoir le pouvoir, ni devenir grand en Pologne et honoré en Russie; car c'est pour le royaume des cieux que je supporte tout cela. Et si j'échappe vivant de la main de cette femme, je me ferai moine. Car comme dit le Christ dans l'évangile: 'Celui qui quitte son père et sa mère et femme et enfants et maison sera mon disciple.' Ainsi dois-je plutôt obéir au Christ qu'à vous. L'apôtre dit: 'Qui se marie se soucie de la manière de plaire à sa femme; qui est libre se soucie de la manière de plaire au Seigneur.' Je vous questionne: qui dois-je servir? Christ ou une femme? Les serviteurs obéissent à leurs maîtres, dans le bien et non dans le mal. Saisissez-vous a-lors, vous qui avez pouvoir sur moi, que la beauté de cette femme ne saurait me séduire et me séparer de l'amour pour le Christ?"

Quand la femme apprit cela, elle conçut une pensée rusée dans son coeur. Elle le fit monter sur un cheval et, accompagné de beaucoup de serviteurs, le fit conduire à travers les châteaux et les villages - ce qui lui appartenait - et lui dit: "Tout cela t'appartient. Tu peux en disposer comme tu veux". Et aux gens, elle disait: "Voilà votre maître et mon mari. Que tous s'inclinent devant lui, lors de leur passage." Car elle avait beaucoup de serviteurs et d'esclaves. Mais le bienheureux se riait de la folie de la femme et lui dit: "Tu te donnes de la peine inutilement. Tu ne peux me séduire par les choses périssables de ce monde, ni me ravir ma richesse spirituelle. Comprends cela et ne te fatigue pas pour rien!" Mais la femme lui dit: "Ne sais-tu pas que tu m'appartiens? Qui peut te délivrer de mes mains? Je ne te libérerai pas vivant, mais je t'abandonnerai, après de multiples tortures, à la mort." Mais il lui répondit sans crainte: "Je n'ai pas peur de ce que tu me dis. Celui qui m'a livré à toi portera le plus grand cri-me. Mais moi, je me ferai, plaise à Dieu, dès maintenant moine."

En ce temps arriva de la Sainte Montagne un moine qui le revêtit de l'habit monastique, l'instruisit bien sur la pureté, et lui recommanda de ne pas céder à l'ennemi et de se libérer de cette femme vicieuse. Après avoir dit tout cela, il le quitta, et après recherches, on ne le retrouva plus. Alors la femme désespérant de la réalisation de son but fit battre durement Moïse. Elle le fit étendre et bâtonner, au point que la terre était humectée de son sang. En le bâtonnant, on lui disait: "Obéis à ta maîtresse et accomplis ses volontés. Si tu ne veux pas obéir, alors nous mettrons ton corps en pièces. Ne pense pas que tu puisses échapper à ces tortures. Tu quitteras ton âme amèrement, après beaucoup de souffrances. Aie pitié de toi-même. Dépose ces vêtements usés et revêts-toi d'habits précieux. Libère-toi de ces peines qui t'attendent, avant que nous ayons touché ton corps." Mais Moïse leur répondit: "Frères, faites sans hésitation ce qui vous est commandé. Je ne pourrai jamais renoncer à la vie monastique ni à l'amour du Christ. Aucun supplice, ni feu, ni glaive, ni coups ne peuvent me séparer de Dieu et de la vie angélique de moine. Cette femme impudique, dont l'esprit est obscur-ci montre son impudeur, non seulement en ne craignant pas Dieu, mais aussi en bafouant la pudeur humaine, car elle veut me forcer à commettre l'impureté et la fornication sans aucune honte. Je ne me soumets pas à elle, ni n'accomplis la volonté de cette misérable".

Mais la femme, qui en conçut beaucoup de chagrin, envoya ce message au prince Boleslav, pour venger sa honte: "Tu sais toi-même que mon mari succomba dans une de tes campagnes. Et tu m'as permis de prendre pour mari celui que je désire. Je me suis éprise d'un bel adolescent parmi tes prisonniers. Je l'ai racheté et l'ai pris dans ma maison, après avoir payé pour lui beaucoup d'or. Tout ce qui se trouve dans ma maison, de l'or,de l'argent, et tout mon pouvoir, je les lui ai donnés. Mais lui, il n'en fait aucun cas. Je l'ai fait torturer par la faim et par des coups maintes fois; Mais tout cela ne l'a pas influencé. Pendant cinq ans, il fut lié par celui qui le tenait en prison et à qui je l'ai racheté. La sixième année, il est resté avec moi, et je l'ai laissé beaucoup torturer à cause de sa désobéissance. Lui-même en était la cause du fait de son obstination. Maintenant un moine lui a donné l'habit. Mais moi, je ferai avec lui ce que tu commanderas."

Boleslav commanda à la femme de venir ensemble avec Moïse. La femme se rendit donc chez Boleslav avec Moïse. Boleslav vit le vénérable et essaya de le convaincre d'épouser la femme. Comme il n'y réussit pas, il lui dit alors: "Qui est aussi insensé que toi, qui laisses échapper tant de biens et d'honneurs, et t'exposes à des supplices si cruels? Sache maintenant que ta vie ou ta mort dépendent de toi: ou tu fais la volonté de ta maîtresse et tu reçois d'elle honneur et grande puissance, ou tu restes désobéissant et tu seras reçu par la mort au bout de beaucoup de tourments!" Et il dit à la femme: "Ne libère aucun de tes esclaves que tu as acquis et avec celui-ci fais ce que tu veux comme une maîtresse avec son esclave, afin que les autres non plus n'osent désobéir à leurs maîtres." Et Moïse répondit: "Que dit le Seigneur?: 'Que sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme?' Ou: 'Que peut donner l'homme pour racheter son âme?' La gloire et l'honneur que tu me promets, tu les perdras bientôt toi-même, et la tombe te recevra, tu n'auras donc plus rien. Et cette femme méchante sera assassinée." Cela se réalisa selon les prophéties du vénérable.

La femme qui avait gagné tout pouvoir sur lui, incitait impudemment Moïse au péché. Une fois, elle le fit mettre de force sur le lit, le baisa et l'embrassa, mais ne put éveiller par ses séductions aucune concupiscence en lui. Le bienheureux lui dit: "Tu te fatigues pour rien. Ne pense pas que je sois fou ou impuissant, mais je te méprise comme impure". Quand la femme entendit cela, elle donna l'ordre de lui infliger journellement cent coups. Ensuite, elle commanda secrètement de lui couper les testicules en disant: "Je n'épargne pas ses charmes, afin qu'aucune autre n'en profite." Moïse gisait presque mort par suite de la perte de sang et ne respirait qu'à peine.

Mais Boleslav avait honte du comportement d'une femme si noble, et du fait que lui-même l'avait favorisé. Il commençait à persécuter les moines, et les chassait de son pays. Cependant Dieu vengea bientôt ses serviteurs. Une nuit, Boleslav mourut subitement, et dans toute la Pologne, il y eut une grande révolution. Les hommes se soulevèrent et tuèrent leurs évêques et leurs boyards, ainsi que le relate le chroniqueur. En ce temps, cette femme fut aussi assassinée.

Le vénérable, une fois guéri de ses blessures, se rendit près de la Mère de Dieu, dans le monastère des Grottes, en portant ses blessures de martyr et la couronne de la confession comme un héros et un vainqueur au nom du Christ. Et le Seigneur lui accorda la domination sur les passions. Une fois, un frère fut tenté par l'impureté et se rendit auprès du vénérable, lui demandant de l'aide: "Si tu me conseilles quelque chose, disait-il, je l'observerai jusqu'à ma mort comme un voeu." Le bienheureux lui dit alors: "Jamais de ta vie n'adresse la parole à une femme". Il le lui promit avec joie. Le saint, qui ne pouvait pas encore bien marcher à cause de ses blessures, portait dans sa main un bâton avec lequel il toucha le ventre du frère. Alors les membres de celui-ci moururent, et il ne fut plus tenté. Cela est écrit dans la légende de notre saint père Antoine.

Il s'endormit en Dieu et dans la foi ferme après avoir passé dix ans au monastère. En captivité, il souffrit cinq ans dans les liens, et la sixième année à cause de sa chasteté.

Fêté le 26 juillet


DÉCHÉANCE

A. Kalomiros

 

Malheureuse race hellénique! Toi qui as donné tant de pères et tant de saints à l'Église du Christ, toi qui as illuminé tant de barbares et les as faits enfants de Dieu, toi qui as arrosé ses pierres avec les larmes de l'humilité et de la componction et a fait pousser sur elles le jardin de l'Orthodoxie, toi qui avec tes prières, a fait marcher Dieu sur cette terre, comment maintenant tournes-tu tes regards avec ravissement vers un lieu où le soleil ne s'est jamais levé et te mets-tu servilement à genoux pour adorer - toi, la vieille servante de Dieu - les serviteurs de Lucifer?

Les signes et les prodiges du «progrès» t'ont tellement ébahie que tu es prête à te jeter à ses pieds et à adorer cette idole brillante mais creuse. Ne vois-tu pas le désespoir de la mort qui se cache derrière un sourire factice? Ne vois-tu pas la pauvreté qui se cache derrière l'apparence royale?

Qu'as-tu donc envié? La puissance du Pape? Et la puissance de ton Dieu qui t'a fait conserver jusqu'à ce jour la foi intègre, l'as-tu oubliée?

Mais qu'as-tu désiré? la Connaissance? Oui, la Connaissance, tu dois la désirer, car elle a commencé à te manquer et qu'elle te manque dangereusement. Mais là où tu la cherches, il n'y a pas de Connaissance, il y a seulement les palliatifs à la Connaissance, ces philosophies scientifiques et ces théories scientifiques. Mais tout ceci remplira ton estomac sans te nourrir. Parce qu'il n'y a pas de vie en elles, ce sont des lettres mortes. C'est l'étude de l'ombre des êtres. Ce n'est pas l'étude de Dieu et de la création, mais l'étude de l'idée que nous avons sur Dieu et sa création, c'est l'étude des conceptions de notre cerveau.

Mais si tu as désiré le bien-être, si l'Europe t'enchante parce qu'elle te promet du repos et des plaisirs, alors va auprès d'elle. Elle te donnera en effet du repos et des plaisirs; mais avec ceux-ci, elle te donnera le vide et la mort, la mort spirituelle et éternelle qu'elle goûte elle-même aujourd'hui.


L'AME APRES LA MORT
(Tiré de «The Orthodox Word»)

(suite)

 

Les postes de péage aériens.

L'air est l'endroit précis qu'habitent les démons dans ce monde déchu et l'endroit où les âmes de ceux qui viennent de mourir les rencontrent.

L'évêque Ignace complète la description de ce royaume et cette description doit être correctement interprétée.

«La parole de Dieu et l'esprit qui agit en elle nous révèlent, par l'intermédiaire de ses vases d'élection, que l'espace entre ciel et terre, toute l'étendue azur de l'air visible sous les cieux sert d'habitat aux anges déchus qui ont été précipités du ciel.

ÉLe saint apôtre Paul appelle les anges déchus les esprits du mal sous les cieux (Ep 6,12) et leur chef, le prince des puissances de l'air (Ep 2,2). Les anges déchus sont dispersés en foule dans toute l'immensité transparente que nous voyons au-dessus de nous. Il n'ont de cesse de semer le trouble dans les sociétés humaines et dans chaque personne séparément; il n'y a pas de mauvaises actions, pas de crimes dont ils ne soient les instigateurs et les participants; ils incitent et dirigent les hommes vers le péché par tous les moyens possibles.

Votre adversaire, le diable, dit le saint apôtre Pierre, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera (1 P 5,8) aussi bien pendant votre vie terrestre qu'après la séparation de l'âme et du corps. lorsque l'âme d'un chrétien, quittant son habitat terrestre, commence à s'élever à travers les espaces aériens vers la patrie céleste, les démons l'arrêtent, essayant de trouver en elle une parenté avec eux-mêmes, avec leur nature pécheresse et déchue, et de l'entraîner dans l'enfer préparé pour le diable et pour ses anges (Mt 25,41). Ils agissent ainsi par leur droit acquis.»

«Après la chute d'Adam, continue l'évêque Ignace, quand le paradis a été fermé à l'homme et qu'un ange à l'épée flamboyante y a été placé pour le garder (Gn 3,24), le chef des anges déchus, Satan, avec les hordes des esprits assujettis à lui, s'est dressé sur le chemin menant de la terre au paradis et depuis ce temps jusqu'à la Passion salvatrice et la mort donatrice de vie du Christ, il n'en a jamais laissé l'accès à une seule âme humaine quittant le corps. Les portes des cieux étaient fermées aux hommes pour toujours; les justes aussi bien que les pécheurs descendaient dans l'enfer (après la mort). Les portes éternelles et le chemin infranchissable s'étaient ouverts (uniquement) pour notre Seigneur Jésus Christ.»

Après notre rédemption par Jésus Christ, tous ceux qui, ouvertement, rejettent le Rédempteur, obtiennent l'héritage de Satan; leur âme, après sa séparation du corps, descend directement dans l'enfer.

Mais les chrétiens qui sont enclins à pécher sont également indignes d'être immédiatement transféré de la vie terrestre à l'éternité bienheureuse. La Justice elle-même exige que ces inclinations au péché, ces trahisons envers le Rédempteur soient pesées et évaluées; jugement et discernement sont nécessaires pour définir le degré d'inclination de l'âme chrétienne au péché, pour définir ce qui prédomine en elle - vie éternelle, ou mort éternelle; le juste Jugement de Dieu attend chaque âme chrétienne après sa séparation du corps, comme l'a dit le saint apôtre Paul: "╔il est réservé aux hommes de mourir une fois, après quoi vient le jugement" (He 9, 27).

Pour la pesée des âmes qui traversent les espaces aériens, il a été installé par les puissances des ténèbres des lieux de jugement et des gardiens en un ordre remarquable. Dans les couches de l'atmosphère, entre la terre et le ciel, des légions d'esprits déchus montent la garde. Chaque division est en charge d'une certaine forme de péché, par lequel elle éprouve l'âme qui arrive à sa hauteur. Les démons gardiens et les lieux du jugement aériens sont appelés dans les écrits des Pères les postes de péage et les esprits qui y montent la garde les percepteurs.

Comment devons-nous comprendre les postes de péage ?

Probablement aucun aspect de l'eschatologie orthodoxe n'a été aussi mal compris que ce phénomène des postes de péage aériens. Ayant fini leurs études dans les séminaires orthodoxes modernistes d'aujourd'hui, beaucoup pensent pouvoir rejeter le phénomène comme quelque «addition tardive» à l'enseignement orthodoxe, ou comme une sorte de domaine imaginaire, sans fondement dans les textes patristiques ou scripturaux ni dans la réalité spirituelle. De tels étudiants sont les victimes d'une éducation rationaliste qui ignore la conscience nuancée des différents niveaux de réalité qui sont souvent décrits dans les textes orthodoxes, ainsi que des différents niveaux de sens souvent présents dans les écrits scripturaux et patristiques. L'accent exagéré que mettent les rationalistes modernes sur le «sens littéral» des textes, ainsi qu'une compréhension «réaliste» ou mondaine des événements décrits dans l'Écriture et dans les Vies des Saints tendent à cacher ou même supprimer complètement les sens spirituels et les expériences spirituelles qui sont souvent primaires dans les sources orthodoxes. Par conséquent, l'évêque Ignace, qui d'un côté, était un intellectuel moderne et raffiné, et de l'autre un simple et véritable enfant de l'Église peut très bien servir de pont sur lequel les intellectuels orthodoxes d'aujourd'hui pourraient retrouver leur chemin de retour à l'Orthodoxie, à sa véritable Tradition.

Avant de présenter plus amplement l'enseignement de l'évêque Ignace sur les postes de péage aériens, citons les avertissements de deux penseurs orthodoxes, l'un moderne, l'autre ancien, pour ceux qui entreprennent des recherches sur la réalité de l'autre monde.

Au XIXe siècle, le métropolite Macaire de Moscou, dans son traité sur l'état des âmes après la mort, écrit : «On doit noter que, comme en général dans la peinture des objets du monde spirituel, certains aspects plus ou moins sensoriels et anthropomorphiques sont inévitables pour nous qui sommes habillés de chair, ainsi ces aspects sont aussi inévitablement présents dans le cas particulier de la doctrine détaillée des postes de péage que l'âme humaine traverse après sa séparation du corps. Ainsi, on doit se souvenir fermement de l'instruction donnée par l'ange à saint Macaire d'Alexandrie, lorsqu'il commençait à lui parler des postes de péage: "Accepte les objets terrestres ici comme les représentations les plus faibles des choses célestes". On doit imaginer les postes de péage non pas dans un sens grossier et palpable, mais - autant que cela nous est possible - dans un sens spirituel, sans s'attarder à des détails, qui sont présentés, suivant les différents auteurs et les différents récits de l'Église elle-même, de façon variée, même si l'idée fondamentale des postes de péage reste une et la même».

Quelques exemples spécifiques de tels détails à ne pas interpréter d'une manière «grossière et palpable» sont cités par saint Grégoire le Dialogue, dans le quatrième livre de ses Dialogues qui, comme nous l'avons vu, est consacré spécialement au problème de la vie après la mort.

Ainsi, à propos de la vision d'un certain Réparatus, qui vit un prêtre pécheur en train de brûler au sommet d'un énorme bûcher, saint Grégoire remarque : «Le bûcher que Réparatus a vu, ne signifie pas que l'on brûle du bois dans l'enfer. C'était plutôt pour lui donner une image vivante des feux de l'enfer, pour qu'en le décrivant au peuple, il leur apprenne à craindre le feu éternel par leur expérience du feu naturel.»

De même, après avoir décrit comment un homme été renvoyé après la mort, à cause d'une «erreur» - quelqu'un d'autre du même nom étant celui qui devait quitter cette vie (cela est arrivé aussi dans des expériences d'aujourd'hui) - saint Grégoire ajoute: «Chaque fois que cela arrive, un examen attentif révélera qu'il ne s'agissait pas d'une erreur, mais d'un avertissement. Dans son immense compassion, le bon Dieu permet à certaines âmes de retourner dans le corps peu après la mort, pour que la vision de l'enfer leur apprenne enfin à craindre les châtiments éternels auxquels les paroles seules n'ont pu leur faire croire.» (Dialogues, IV, 37)

Et quand une personne vit dans une vision après la mort, des demeures en or au paradis, saint Grégoire commente: «Évidemment personne de bon sens ne prendra cela au pied de la lettre. Comme la récompense de gloire éternelle est obtenue par la générosité dans les aumônes, il semble tout à fait possible de construire sa demeure éternelle avec de l'or.» (Dialogues, IV, 37).

Plus loin, nous aurons encore à parler de la différence entre les visions de l'autre monde et les véritables expériences «extra-corporelles» qui s'y situent (les expériences des postes de péage, ainsi que beaucoup des expériences «après la mort» d'aujourd'hui font nettement partie de cette dernière catégorie); mais pour l'instant, il nous suffit de savoir que nous devons être prudents et sobres dans l'approche de toutes les expériences de l'autre monde. Personne de ceux qui connaissent l'enseignement orthodoxe ne dirait que les postes de péage ne sont pas «réels», ne sont pas réellement vécus par l'âme après la mort. Mais nous ne devons pas oublier que ces expériences ont lieu dans un monde autre que celui, grossièrement matériel, où nous vivons; que l'espace et le temps, bien que présents, sont différents de nos conceptions terrestres du temps et de l'espace; et que les récits de ces expériences dans notre langage terrestre ne rendent pas justice à la réalité. Quiconque, un tant soit peu familiarisé avec la littérature orthodoxe traitant de la réalité d'après la mort, saura naturellement faire la distinction entre les réalités spirituelles qui y sont décrites et les détails accidentels qui sont parfois exprimés en langage symbolique ou imagé. Ainsi, par exemple il n'y a pas de «bureaux» ou de «postes de garde» visibles dans l'air où les «taxes» seraient perçues, et partout où l'on parle de «rouleaux» de papier et d'instruments pour écrire en vue de noter les péchés, ou bien de «balances» pour peser les vertus, ou encore de «pièces d'or» qui paient les «dettes» - dans tous ces cas, nous devons comprendre ces images comme des métaphores servant à exprimer la réalité spirituelle que l'âme affronte à ce moment. Quant à savoir si l'âme voit réellement ces images, étant donné sa longue habitude terrestre de voir toujours la réalité spirituelle uniquement par l'intermédiaire de formes corporelles, ou que, plus tard, elle ne puisse se souvenir de son expérience que par l'évocation de telles images, ou que tout simplement il se trouve qu'il lui est impossible d'exprimer ses expériences d'une autre manière - c'est une question tout à fait secondaire et qui ne semble pas avoir retenu l'attention des saint Pères ni des rédacteurs de Vies de Saints qui ont rapporté de telles expériences. Ce qui est certain, c'est qu'il y a bien une mise à l'épreuve de la part des démons, qui apparaissent sous une forme humaine mais effrayante, accusent le nouveau-venu de péchés et essayent de saisir littéralement la forme subtile de l'âme, qui est tenue fermement par des anges; et tout cela a lieu dans l'air au-dessus de nous et peut être vu par ceux dont les yeux sont ouverts à la réalité spirituelle.

(à suivre.)