Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André
archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce
NUMÉRO 19
JUILLET 1981

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE
DE MOIS EN MOIS
EN TROIS JOURS SERA DÉTRUITE
AU SUJET DU CALENDRIER ECCLÉSIASTIQUE
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE
PAROLES DU STARETZ SYLVAIN DE L'ATHOS
L'AME APRES LA MORT
LES SIGNES DE LA PAROUSIE
LA «TRICHEROUSA», LA VIERGE «AUX TROIS MAINS»
LE ROI-MARTYR HERMÉNÉGILDE

Réactions à l'article de V. Moss


DE MOIS EN MOIS

Cela grogne parmi les fidèles, puisque la guerre annoncée n'a pas encore eu lieu.

Tout d'abord, je n'ai jamais joué le prophète, mais j'ai tout simplement essayé d'expliquer des prophéties et des signes déjà existants. Je préfère me tromper et être taxé de mensonge, si le châtiment est évité.

Toutefois, pour mettre un peu de clarté dans les pensées embrouillées, j'ai mis par écrit quelques réflexions dans l'article ci-après.

Dans sa dernière lettre, le père Jean Lewis de Floride me décrit les plus récents «progrès» des nouveau-calendaristes en Amérique. Cela confirme bien ce qui est écrit dans l'article «Au sujet du calendrier ecclésiastique» de ce numéro. Une fois l'apostasie engagée, comme une avalanche, elle s'amplifie et roule de plus en plus vite vers l'abîme. Voici ce qu'écrit le père Jean :

...«L'archevêque Jacobos des nouveau-calendaristes grecs en Amérique a concentré tous ses efforts sur les liens avec les juifs. Il y a quelques années, Jacobos a décidé de changer les textes du Nouveau Testament et des Offices de la Semaine Sainte que les juifs trouvaient offensants, et depuis, Jacobos ne cesse d'être honoré par les groupes juifs. L'église «orthodoxe grecque» de West Palm Beach a prêté sa Salle de Fêtes à une congrégation de juifs réformés. Le prêtre a encouragé ses fidèles à assister aux «beaux offices» des juifs, pour mieux comprendre leur foi chrétienne! Vous vous rendez compte? L'apostasie est telle que l'esprit ne parvient pas à la saisir! Le prêtre avait proposé aux juifs d'utiliser l'église, mais ils ont refusé, disant qu'ils ne pourraient pas prier devant des images saintes chrétiennes qu'ils trouvaient si repoussantes! Ils ont donc accepté à la place la Salle des Fêtes des «orthodoxes» grecs.

Cette même église de Jacobos fait des spectacles déshonorants pendant les carêmes, ainsi que des jeux lucratifs, des fêtes et toutes sortes de corruptions imaginables. Le prêtre Emmanuel Bouyoucas est champion de golf de l'Etat de Floride - et les gens sont fiers que cela ait rapporté beaucoup de gloire à la communauté grecque. Quand les laïcs de cette église nous voient dans la rue, ils se moquent de nous à cause de nos habits, pourtant leur prêtre se promène en short même dans l'église, et en un an, je ne l'ai jamais vu habillé comme un prêtre - même pas en costume noir!...

L'Église grecque sert des repas, et même de la viande le vendredi! Les mariages mixtes entre orthodoxes et catholiques ont lieu dans l'église grecque, et le père Emmanuel est toujours heureux d'être assisté par le prêtre catholique. Jacobos enseigne ouvertement: «Les anathèmes ont été levés en 1965. Pourquoi ne pas concélébrer? Nous sommes un.»

Fin de la citation.

Votre hm. Cassien

Un ancien a dit: «Celui qui a de l'humilité humilie les démons, mais celui qui n'en a pas est humilié par eux.»

EN TROIS JOURS SERA DÉTRUITE...

«Encore trois jours et Ninive sera détruite» (Jon 3,4). Ainsi prêcha Jonas le prophète sur l'ordre du Seigneur. Pourtant cette sentence ne fut pas irréversible et fatale, mais conditionnelle, comme Jonas le savait par avance. C'est pourquoi il fuit «loin de la face du Seigneur», car il savait que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Une prophétie n'est pas une expression dogmatique, mais une parole de Dieu qui peut être modifiée selon la réaction de l'homme, qui est libre de choisir entre le bien et le mal.

«Le Seigneur n'accomplit pas le bien qu'il promet, si les bons se tournent vers les vices; ni le mal dont il menace les méchants, s'ils reviennent au salut.» (saint Jérôme).

Il ne faut pas rester à la lettre de la prophétie, mais saisir le sens, la comprendre dans son contexte. Le but de Dieu est le salut de l'homme. Tel un père qui menace l'enfant indocile et ne le punit que si la menace reste inefficace, ainsi agit Dieu dans sa Miséricorde sans borne. «Personne, s'il veut punir, ne prévient sur le ton comminatoire.» (saint Jérôme)

Noë fit construire son arche pendant 120 ans. Évidemment, ce long délai n'a pas été du à l'ampleur de la construction, mais à la patience de Dieu. Ne disons pas: si c'est ainsi, nous verrons dans 120 ans. On ne badine pas avec Dieu! Si Dieu sait patienter, Il peut aussi punir le jour même. Une excuse du bout des lèvres, une conversion momentanée - sous la menace du châtiment, et qui reprendra ses égarements de plus belle, une fois la menace passée, Dieu n'en veut pas! Dieu regarde le fond du coeur et n'en reste pas à l'apparence. Que sert à Dieu de retarder indéfiniment la punition? S'Il ne punit pas dans cette vie, Il devra le faire dans l'autre, car Il est juste, et ne veut pas contraindre la liberté de l'homme vers le mal. L'apocatastase, - la croyance selon laquelle finalement toute créature raisonnable sera sauvée - est condamnée par l'Église, car cette croyance ignore le mystère de l'homme (et du diable) qui est libre d'opter pour le mal - le refus de l'amour de Dieu. Selon l'apocatastase, tout homme et tout démon sera alors inévitablement amené vers le bien. C'est une conception de nos raisonnements limités - car la grandeur de Dieu inclut le risque d'un refus de sa créature.

Si Dieu punit c'est toujours dans son amour de Père. Dans cette vie, c'est pour nous amener vers le salut, dans l'autre, c'est nous-mêmes qui nous châtions, car l'amour «devient souffrance dans les réprouvés» (saint Isaac le Syrien), à cause de l'incapacité à aimer et à accueillir l'amour.

Si le choix du diable fut instantané, à nous, cette vie terrestre est donnée comme temps de l'épreuve. La mort est «l'ultime ultimatum» pour l'homme.

Mais reprenons le fil et revenons à la prophétie. Pourquoi Jonas a-t-il simplement dit: «en trois jours»? Pourquoi n'a-t-il pas ajouté de «si» et de «mais», de conditions? C'est d'abord pour concentrer son message à l'essentiel, pour attirer l'attention sur la menace potentielle, et parce que les Ninivites savaient que Dieu est prompt à pardonner, dès que nos coeurs se tournent vers Lui. La pédagogie divine est une pédagogie de père, et bien plus que cela, et non celle d'un juge inflexible et sans coeur.

Posons encore l'hypothèse: que serait-il advenu si quelques Ninivites seulement avaient fait pénitence? Je pense que le Seigneur Dieu n'aurait pas puni tout de suite, mais aurait de nouveau envoyé le prophète prêcher un autre délai, peut-être encore un troisième, autant qu'il y aurait eu l'espoir d'un revirement. Cependant, n'allons pas, avec présomption, calculer l'économie pédagogique de Dieu. «Heureux le serviteur qui est prêt», dit le Christ, et «veillez et priez, car vous ne savez ni l'heure ni le jour».

Celui qui veut comprendre, comprendra quelque chose, et celui qui ne comprend toujours pas en fera l'expérience.

hm. Cassien

Un ancien disait: «Celui qui entre dans une parfumerie, même s'il n'achète rien, bénéficie au moins de la bonne odeur. Ainsi, celui qui visite les pères. S'il veut travailler, les pères lui montrent le chemin de l'humilité, et cela lui deviendra un rempart contre les assauts des démons.»

AU SUJET DU CALENDRIER ECCLÉSIASTIQUE

Comme nous le savons, depuis 1923, l'Église orthodoxe du Christ se trouve sous la menace d'un complot de grande envergure qu'il est impossible d'appeler simplement «crise» ou «question de calendrier et de sanctoral», mais bien complot contre l'Orthodoxie, dont la question du calendrier n'est qu'un élément, non le seul, car ce complot s'étend à d'autres domaines. La considération juste et objective du calendrier exige que nous placions cette question dans le cadre de ce complot contre la foi orthodoxe, à savoir le plan conçu contre l'Orthodoxie par ses ennemis extérieurs. Personne ne peut nier que l'assemblée anti-orthodoxe de Constantinople en 1923 (appelée ainsi justement par l'évêque de Cassandre, Irénée), mue par des organes ténébreux de la Franc-Maçonnerie et du Vatican hérésiarque, fut constituée par des ennemis de la Foi orthodoxe qui, ayant accédé aux trônes patriarcaux et archiépiscopaux et aux sièges professoraux, ont établi un programme ignominieux pour la destruction de celle-ci. Ce programme revu et complété par les soi-disant «Assemblées panorthodoxes» de Rothes, de Belgrade et de Genève en 1961, 1963, 1964, 1966 et 1968, constitue le cadre de la trahison, de l'impiété et de la destruction. Voilà en quoi consiste ce programme abominable et destructeur :

1/ Révision de toute la législation ecclésiastique et de tout le Droit canon et réadaptation (prêtez bien attention:) à la situation actuelle de l'Église. (En clair, cela signifie l'abolition complète des saints et divins canons).

2/ Effort, à travers tout moyen et de toutes les façons possibles (par conséquent, même injustifiables), vers l'union et la communion dans l'amour du Christ avec toutes les Églises chrétiennes (expression diplomatique signifiant: abolition, dans l'amour du Christ, de tout ce que le Christ nous a transmis).

3/ Distinction des théologoumènes d'avec les dogmes et les articles de foi (c'est-à-dire abolition du maximum possible de dogmes sous prétexte qu'ils ne sont que des «théologoumènes».)

4/ Distinction (c'est-à-dire: altération) des livres symboliques de l'Orthodoxie.

5/ Soumission à cette même distinction (c'est-à-dire: altération) des différents enseignements et les articles de Foi de l'Église orthodoxe d'avant la prise de Constantinople (c'est-à-dire: fabrication d'arguments pour combattre l'enseignement de saint Grégoire Palamas, de saint Marc d'Éphèse et de leurs compagnons qui avaient anéanti les trahisons dans les cas de Barlaam d'Akindyne et de Florence, dans le souci que les papistes ne se retrouvent pas dans ce même embarras).

6/ Établissement d'une profession de Foi orthodoxe «officielle» (ce qui sous-entend que le Crédo établi par les deux premiers Conciles oecuméniques ne constitue pour ces dévastateurs une profession de Foi «officielle». Au contraire, ils veulent nous imposer la leur en niant ainsi la Foi des apôtres, des Pères et des Conciles oecuméniques).

7/ Le sujet du baptême des hérétiques (c'est-à-dire: annulation de l'enseignement selon lequel le baptême des hérétiques est invalide et recherche d'un fondement théorique de sa prétendue validité).

8/ Nouvelle définition quant à la signification des Conciles oecuméniques dans l'Église orthodoxe et définition du temps de sa convocation (c'est-à-dire selon les principes démocratiques: rejet de l'inspiration divine des Conciles oecuméniques afin que la démolition de l'Orthodoxie par les innovateurs soit possible!).

9/ Nouveau règlement au sujet des Livres liturgiques et ecclésiastiques (c'est-à-dire que tout doit être nouveau: amputation sauvage, raccourcissement des offices et réforme du rituel orthodoxe).

10/ La prédication divine (par de nouvelles méthodes comme par exemple les protestants, qui ont mis au service de leur prédication le jazz et les danses étranges de peuples sauvages).

11/ Le rituel (nouveau «rituel», plus moderne).

12/ Le temps de culte (question de la férie des dimanches et fêtes et célébration de la divine Liturgie à n'importe quelle heure du jour et de la nuit).

13/ Abolition des carêmes (au moins, ceci est exposé sans prétexte).

14/ Transformation des habits du sacerdoce et des ustensiles (ceci parle de soi-même).

15/ L'iconographie (remplacement des saintes icônes par des tableaux d'art mondain et occidental sans trace de notion sacrée, théologique et dogmatique que recèle l'icône. Il ne faut pas oublier en effet que: a) La vénération des saintes icônes constitue un dogme de Foi, établi par le 7e Concile oecuménique. b) Par les symboles sacrés de l'iconographie orthodoxe qui constitue une sainte tradition de plusieurs siècles, nous signifions et représentons en quelque sorte de façon sensible les vérités dogmatiques de la Foi orthodoxe. Tandis que la peinture mondaine ou occidentale représente soit des choses de ce monde, soit des erreurs. Nous avons par exemple pour notre part reçu l'enseignement de mettre une auréole aux saints dans les icônes orthodoxes; alors que les saints dans les peintures occidentales portent un reflet lumineux qui suggère le dogme occidental erroné sur la qualité matérielle et créée de la Lumière divine incréée manifestée lors de la Transfiguration de notre Seigneur sur le Mont Thabor. Cette cacodoxie fut condamnée à partir de 1341 par les Synodes contre Barlaam et Akindyne qui eurent lieu à l'époque de saint Grégoire Palamas. De même les trois étoiles que les orthodoxes placent sur le front, l'épaule droite et l'épaule gauche de la Vierge Marie signifient de manière quelque peu sensible qu'elle est vierge «avant l'enfantement» (étoile de gauche), «pendant l'enfantement» (étoile du front), et «après l'enfantement» (étoile de droite). Par ces exemples et d'autres encore, nous voyons que l'iconographie n'est pas un sujet quelconque que l'on peut se permettre de négliger.

16/ Altération de la musique sacrée (remplacement de l'excellente musique byzantine pleine de piété ou d'autres mélodies traditionnelles acceptées jusqu'à ce jour par l'Église orthodoxe).

17/ Remise en cause du mariage des prêtres (ceci sans prétexte).

18/ Habillement du clergé (remplacement de la soutane par les habits que portent les hétérodoxes ou même les gens du monde, et introduction du rasage).

19/ Nouveau règlement au sujet des moines et des monastères (qui sait à quoi ils ont pensé et sous quelle inspiration?)

20/ Nouvel établissement de calendrier et de pascalie (bien qu'ayant déjà changé le calendrier, ils discutent maintenant la possibilité d'instaurer un troisième calendrier ainsi que le changement systématique de la pascalie).

21/ Questions morales et sociales (mariages dans la famille, abolition des degrés de parenté en ce qui concerne les mariages, augmentation du nombre de mariages, etc...)

22/ Ainsi que toute question ecclésiastique et théologique...

Voilà pourquoi ces «projets» ont non seulement pour but le renversement du calendrier patristique, mais aussi de la Foi orthodoxe (dogmes, traditions, institutions, sacrement,culte, canons, etc.) La réforme du calendrier n'est qu'un élément de ce plan de trahison parmi d'autres. Ils ont d'abord appliqué la réforme du calendrier, puis d'autres réformes, pour aboutir à l'oecuménisme. Ceci est dû au choix tactique des ennemis de l'Orthodoxie, qui ont d'abord voulu provoquer le SYNCRÉTISME des peuples et des Églises orthodoxes grâce aux dates de célébration communes comme dit l'Écriture: «Ils se sont mêlés aux autres nations et ont appris leur oeuvres», ensuite par l'affaiblissement et le fléchissement de la conscience orthodoxe des fidèles, afin qu'il n'y ait pas de réactions de leur part quand, plus tard, des innovations plus conséquentes surviendraient. Le 15e canon du Concile A/B dit: «Celui qui prêche l'hérésie PUBLIQUEMENT et l'enseigne à tête découverte au milieu de l'église». Or, par la publication de ces programmes contre l'Orthodoxie, et non une seule fois, mais en 1923, 61, 63, 64, 66 et 1968, par les prières communes et l'échange de baisers avec les hérétiques, la cacodoxie est publiquement prêchée et appliquée. La condition du 15e canon au sujet des hérétiques s'applique donc bien. Par conséquent, nous avons l'obligation de nous séparer de la communion de ceux qui prêchent ces choses «publiquement et à tête découverte». Aucun clerc ou laïc n'a le droit d'obéir à de tels ordres et à de tels programmes anti-orthodoxes, car «celui qui oserait accomplir, penser ou conseiller de telles choses, a rejeté la foi en Christ, s'est déjà placé de lui-même sous l'anathème éternel, car il blasphème contre le saint Esprit qu'il suppose avoir parlé de façon imparfaite à travers les Écritures et les conciles oecuméniques.» (Encyclique des quatre patriarches de l'Église orthodoxe de l'Orient, 1848). Pour le calendrier, particulièrement, ont été convoqués non pas un mais trois conciles panorthodoxes au temps du patriarche oecuménique Jérémie II en 1583, 1587 et 1593 qui ont soumis à l'anathème la réforme du calendrier. Dans ses articles 7 et 8, le Concile panorthodoxe de 1583 dit ceci: «Celui qui suit le calendrier mensuel des astronomes athées du pape, qu'il soit sous l'anathème et soit en dehors de l'Église du Christ et de l'assemblée des fidèles». Ici, nous devons prêter TRES GRANDE attention, car c'est ici que se trouve la clé de tout le problème. Si la décision du concile disait: «Celui qui suit le nouveau calendrier, etc... il faut qu'il soit sous l'anathème et en dehors de l'Église...» c'est-à-dire, si elle utilisait les mots «il faut qu'il soit», cela signifierait que celui qui suivrait le nouveau calendrier devrait être jugé par un Synode d'évêques vivants qui promulguerait alors la décision de sa condamnation comme dit aussi saint Nicodème l'Aghiorite à la deuxième annotation de l'explication du troisième canon apostolique dans le Pedalion. Dans ce cas, avant la convocation d'un concile, il n'y aurait eu ni condamnation, ni anathème, ni excommunication; mais dans le cas présent, ce Concile panorthodoxe, s'exprimant sous l'inspiration du saint Esprit et suivant les traditions apostoliques et patristiques, et entrevoyant la perfidie de l'Église papale, n'a pas ordonné la convocation d'un concile ultérieur pour se prononcer sur la question du calendrier et appliquer des punitions, mais dit sans détour: «Celui qui recevra un nouveau calendrier mensuel, etc... qu'il soit sous l'anathème et qu'il soit en dehors de l'Église du Christ et de l'assemblée des fidèles». Il utilise donc l'impératif pour l'avenir et à jamais, en ordonnant que celui qui chuterait dans la réforme du calendrier (individu ou groupement de personnes, ou Église ou groupement d'Églises) doit être anathématisé, c'est-à-dire séparé de la très sainte, indivisible et vivifiante Trinité, et en dehors de l'Église du Christ, c'est-à-dire excommunié. Par cette décision sont condamnées:

a) L'innovation en elle-même en tant que fait, et

b) Les personnes qui suivraient cette innovation. Par conséquent, il n'y a pas besoin de convoquer un nouveau concile pour juger une question déjà jugée et appliquer des sanctions. Que pourrait faire de plus un tel concile? Pour vérifier s'il y a ou non introduction d'un nouveau calendrier ou pour juger les personnes ayant introduit cette innovation et leurs adeptes? Ces deux points sont déjà pris en compte. La question se poserait différemment si un calendrier inconnu et tout à fait nouveau était adopté puisque dans ce cas, un concile serait convoqué pour en juger. Mais tout autre est la situation qui se présente à nous aujourd'hui, puisque le nouveau calendrier a été introduit en transgressant les décisions synodales de 1583. Dans le premier cas, nous attendrions la décision d'un concile et les nouveau-calendaristes auraient à répondre devant le tribunal de l'Église. Dans le second cas, les nouveau-calendaristes n'ont pas à répondre puisqu'ils sont déjà trois fois condamnés par les trois conciles panorthodoxes de 1583, 1587 et 1593. Une situation exactement semblable a eu lieu lors des décisions des Conciles oecuméniques contre les Ariens, Pneumatomaches, Manichéens, Pélagiens, Nestoriens, Monothélites, etc. Cette innovation a donc pour conséquence :

A/ La création d'un schisme :

a. Par rapport à l'Église triomphante des orthodoxes dans les cieux et envers Dieu.

b. Par rapport à l'Église militante orthodoxe sur terre, constituée de tous les pieux chrétiens, nombreux ou minoritaires, en harmonie avec ce que dit saint Nicéphore le Confesseur: «Même si un petit nombre reste attaché à la piété et à l'orthodoxie, il CONSTITUE L'ÉGLISE sur qui repose l'autorité et la protection des institutions ecclésiastiques».

B/ La privation de la grâce du très Saint Esprit et la nullité des sacrements des nouveau-calendaristes selon les canons apostoliques 45, 46 et 47, l'unique canon du Concile de Carthage, le 32e canon de Laodicée, le 1er canon de saint Basile et d'autres encore.

Ceci ne doit pas être considéré comme une façon de parler, car d'après le 1er canon de saint Basile le Grand, «le commencement de la séparation a eu lieu à travers un schisme. Ceux qui s'éloignent de l'Église n'ont pas conservé sur eux la grâce du Saint Esprit. Le pouvoir de transmission est interrompu... car ceux qui se séparent, devenus comme des laïcs, n'ont pas eu d'autorité ni pour baptiser, ni pour ordonner, ne pouvant pas transmettre aux autres la grâce du Saint Esprit de laquelle ils sont déchus eux-mêmes...» L'unique canon du Concile de Carthage dit: «A cause de cela, les choses faites par les schismatiques ou les hérétiques sont fausses et vides et COMPLETEMENT RÉPROUVÉES» !

C/ Le placement sous les sanctions des Pères et Conciles prononcés contre les fils de rébellion d'après le deuxième canon du Concile Quinisexte, le 11e discours de saint Jean Chrysostome, le 5e acte du 7e Concile oecuménique, Proverbes 29, 12, Mat 12, 31-32.

D/ L'obligation des orthodoxes de ne pas obéir à de tels pasteurs déchus et éviter complètement toute communion spirituelle avec eux (voir 15e canon du Concile A/B, explication du 31e canon apostolique etc.)

E/ Toute personne retournant à l'Orthodoxie doit donner une déclaration écrite rejetant l'erreur nouveau-calendariste et oecuménique (7e canon du 2e Concile oecuménique, 95e du Quinisexte, 7e de Laodicée, 2e épître de saint Athanase le Grand à Rufin, 66e canon du Concile de Carthage, etc.)

F/ La validation des sacrements des nouveau-calendaristes et oecuménistes qui retournent à l'Orthodoxie est exigée (chrismation, chirothésie ou même selon le cas, célébration dès le début). 1er de saint Basile, l'unique de Carthage, 8e du 1er Concile oecuménique, 7e du 2e, etc.)

Par conséquent, la question du calendrier est «jugée» de façon irrévocable. Ceux qui veulent la considérer comme «susceptible d'être jugée» manquent de respect envers les 4 conciles panorthodoxes de 1583, 1587 et 1848, les 3 premiers ayant condamné la réforme du calendrier et le 4e «tout modernisme comme dicté par le diable». Ainsi, la proclamation et publication du programme des innovations correspond à une «prédication publique et la tête découverte de la cacodoxie» dont parle le 15e canon du Concile A/B.

Tiré d'une lettre de notre saint synode des V.C.O. datée du 06.03.1974

Quelles délices de la vie n'ont pas leurs tristesses ?
Quelle gloire sur terre est immuable?

Tout est plus faible que l'ombre

et plus trompeur que les rêves.

Un temps, et la mort reçoit tout être.

Mais dans la lumière de ta face, Christ,

et la douceur de ta beauté,

Tu donneras le repos à ceux que Tu reçois.

Vêpres de vendredi (ton 1)

L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

Le «prêtre» et le portrait du «chef»

Non loin d'Omsk se trouve un petit village du nom d'Issyl-Koul en langue tchouvache. Et curieusement, cette appellation signifie en russe: «Le lac puant».

Dans cette petite ville, il y a, ou plutôt il y avait une église voici cinq ans. Un jeune «prêtre», le père Nicolas, y servait. La ville était petite et contenait plus de poussière que d'habitants. Et ces derniers se connaissaient tous, aussi bien ceux qui allaient à l'église que ceux qui n'y allaient pas. L'église elle-même était une ancienne maison, (mais peut-être avait-elle été construite ainsi?), on rentrait d'abord par le narthex (vestibule de l'église) et ensuite on arrivait aux portes qui menaient dans l'église elle-même, c'est-à-dire au milieu de l'église. Au-dessus des portes pendait une icône de saint Nicolas. C'est pourquoi celui qui passait par la porte saluait l'icône, habituellement, sans la voir. Le «prêtre» voyant cela, déplaça un peu de côté l'icône et accrocha parallèlement un portrait de l'athée «Illitch». Les fidèles en entrant dans l'église saluaient ainsi les deux personnages, saint Nicolas le Thaumaturge et le «chef de la révolution prolétarienne», Lénine.

Après que le «prêtre» eut fait cela, ceux qui n'allaient pas à l'église le remarquèrent et bien sûr, ils dirent aux fidèles:

- «Et bien quoi? Vous reconnaissez comme saint «le chauve»?

- «Comment? Ne blasphème pas ainsi!»

- «Moi, je ne sais pas qui de nous est blasphémateur ou combattant de Dieu; vous qui saluez «l'icône» de celui qui ne roule pas les "R" ou nous qui vous en parlons? Regardez un peu ce qui se passe dans votre église. On a déplacé l'icône du saint thaumaturge et on a accroché le portrait de cette idole du diable!»

- «Que dis-tu? Où donc? Où l'a-t-on accroché?»

- «Mais dans le narthex de votre église! Et vous dites encore que tout se fait comme avant! Est-ce qu'avant on mettait Lénine à côté des icônes?»

Les fidèles coururent à l'église et se mirent à pousser des hauts cris. C'était la vérité! Le portrait de Lénine était accroché comme une icône!..

Ils allèrent voir le «prêtre». Les uns criaient quelque chose, les autres autre chose. L'émotion était à son comble...

- «Qui vous a permis... le portrait de Lénine avec de saintes icônes!... C'est un sacrilège!... C'est scandaleux!... rendez-vous compte: dans une église!... La maison de Dieu est profanée!...

Le prêtre attendit que le silence se fasse.

- «Vous avez fini? Maintenant permettez-moi de vous répondre. Si j'ai commis une faute, elle n'est pas bien grave: je n'ai pas accroché le portrait dans l'église même.»

- «Comment cela? Le narthex, ce n'est pas l'église?»

- «Permettez! je ne vous ai ni gêné, ni interrompu, alors laissez-moi parler... Voyons, pourquoi ai-je pendu le portrait de Vladimir Illitch Lénine à côté de l'icône de saint Nicolas? Mais parce que ces deux personnages, qui ont vécu différemment et à des époques différentes, se ressemblent. Pourquoi vénérons-nous saint Nicolas? Parce qu'il a sauvé plusieurs personnes de la mort. Et nous faisons bien de le vénérer. Cependant, Illitch n'a pas sauvé seulement deux ou trois personnes comme saint Nicolas, mais des millions de gens! Ne devons-nous pas d'autant plus lui rendre hommage? Je sais que vous êtes d'accord pour vénérer saint Nicolas, mais pas pour vénérer Vladimir Illitch. Est-ce la vérité?»

- «Mais nous respectons Lénine, seulement d'une autre manière... Pas comme un saint...»

- «Il n'est pas possible de l'honorer d'une autre façon...»

Après une pause, le «prêtre» ajouta :

«Donc, vous ne voulez pas vénérer Vladimir Illitch Lénine. Et moi, je vous dis que vous n'avez tout simplement pas compris ce que j'ai dit. Mais le temps viendra où vous comprendrez. Pour cette fois, je cède à votre demande. Quoi qu'on fasse, vous ne comprenez pas. Selon votre désir, je vais enlever ce portrait. Mais c'est une exigence, je le répète, injustifiée.»

Les femmes étaient déconcertées. Elles ne savaient que dire...

Le «prêtre» monta sur une chaise et décrocha le portrait. Il l'embrassa et le sortit de l'église pour le mettre dans la maison du gardien.

Les fidèles pressentirent que la «conclusion» politique à cette conversation pourrait bien ne pas être à leur avantage.

 

Le chef de la milice qui habitait dans l'Oural a raison quand il dit que «les "prêtres" de "l'Église" soviétique officielle travaillent pour l'athéisme» et «mènent le peuple vers un but déterminé: le communisme!»

 

(habitants de la ville d'Issyl-Koul)

La suite de l'article sera provisoirement interrompue, faute de traducteur.

Un ancien disait : «Sagesse et simplicité forment l'état parfait des apôtres et de ceux qui examinent attentivement leur conduite, et le Christ les exhorte à cela en disant: "Soyez candides comme la colombe et malins comme les serpents" (Mt 10,16). Et l'apôtre lui aussi exhorte les Corinthiens à la même chose, disant: "Frères, ne vous montrez pas enfant en fait de jugement, mais soyez de petits enfants pour la malice; pour le jugement montrez-vous des hommes faits." (1 Co 14,20). La sagesse sans la simplicité est une astuce mauvaise, et c'est elle, la subtilité des philosophes païens, dont il est écrit: "Il prend les sages à leur astuce." (Jb 5,13); 1 Co 3,19), et encore: "le Seigneur connaît les pensées des sages, car elles sont vaines" (Ps 94,11 et 1 Co 3,20). Et la simplicité sans la sagesse est de la sottise qui pousse à l'erreur. L'apôtre en parle encore quand il écrit à ceux qui la possédaient: "J'ai grand peur que, comme le serpent séduisit Eve par sa fourberie, vos jugements ne s'écartent de la simplicité qui est auprès du Christ" (2 Co 11,3), car ils acceptaient toute parole sans la mettre à l'épreuve, ainsi qu'il est dit dans le livre des Proverbes: "Le simple croit tout ce qu'on dit" (Pr 14,15)».

PAROLES DU STARETZ SYLVAIN DE L'ATHOS

Staretz Sylvain de l'Athos disait :

Les saints étaient des hommes semblables à nous. Beaucoup d'entre eux étaient autrefois de grands pécheurs, mais par leur revirement, le royaume des cieux pénétra en eux.Ce n'est que par un changement radical de notre vie que nous atteindrons le royaume. Je suis tourmenté. A cause de mon manque d'humilité, Dieu ne me donne pas la force de me développer spirituellement, et mon faible esprit s'éteint comme une minuscule lumière. L'esprit des saints "était enflammé et ne s'éteignait pas sous le vent des tentations, mais jaillissait toujours plus fort. Pour l'amour du Christ, ils supportaient toutes les épreuves sur la terre, la souffrance ne les amoindrissait pas, et par cela, ils glorifiaient le Seigneur. C'est pourquoi Dieu les avait aimés et glorifiés.

Un jour, lorsque, comme jeune novice, je priais devant l'icône de la Mère de Dieu, la Prière de Jésus entra dans mon coeur et y demeura. Une autre fois, j'entendis à l'église une lecture des prophéties d'Isaïe, et aux paroles: «Lavez-vous et vous serez purs» (Is 1,16), il me vint cette pensée: «La Mère de Dieu n'a-t-elle vraiment jamais péché, ne serait-ce que par une seule pensée?» Et pendant que je priai, une voix s'exprima clairement en moi: La Mère de Dieu n'a jamais péché, même pas par une seule pensée.» C'est ainsi que l'Esprit-Saint témoigna dans mon coeur de sa pureté.

Abba Antoine a dit : «Je priais Dieu, une fois, de m'indiquer le secours qui entoure les moines et , comme je priais encore, je vis des lampes de feu et un choeur d'anges qui entouraient les moines, les gardant comme la prunelle de l'oeil; et une voix vint du ciel, disant: "ne le quittez pas, tant qu'il est dans le corps." Et lorsque j'eus vu un tel secours qui entourait l'homme, je soupirai en disant : "Malheur à toi, Antoine, car ce grand secours, Dieu te l'a octroyé, et toi, tu es négligent en tout temps".»

L'AME APRES LA MORT

(suite)

Tiré de «The Orthodox Word»

Le danger du contact avec les esprits.

«La perception sensorielle des esprits est toujours plus ou moins nocive pour les hommes qui n'ont pas la perception spirituelle. Ici, sur terre, des images de vérité sont mélangées avec des images de fausseté» (saint Isaac le Syrien) puisque c'est un pays où le bien et le mal sont mélangés, ce pays étant l'exil des anges et des hommes déchus.

«Quelqu'un qui perçoit des esprits avec ses sens matériels peut être facilement trompé pour son propre malheur et sa perte. Si, les percevant, il leur témoigne confiance et crédit, il sera infailliblement trompé, il sera infailliblement attiré, il sera infailliblement scellé du sceau d'illusion, incompréhensible pour les inexpérimentés, le sceau de l'effroyable blessure de son esprit; et qui plus est, souvent, la perte de la possibilité de correction et de salut. C'est arrivé à beaucoup, à énormément de personnes. Non seulement à des païens, dont les prêtres étaient, pour la plupart, en communion ouverte avec les démons; non seulement à beaucoup de chrétiens qui ne connaissaient pas les mystères de leur foi et par quelque circonstance sont entrés en communion avec des esprits; c'est arrivé à beaucoup de combattants et de moines qui ont perçu des esprits avec leurs sens matériels sans en acquérir la perception spirituelle.

«L'entrée correcte et légitime dans le monde des esprits est uniquement rendue possible par la doctrine et la pratique du combat chrétien. Tous les autres moyens sont illégitimes et doivent être rejetés comme sans valeur et destructeurs. C'est Dieu Lui-même qui guide le vrai combattant du Christ jusqu'à la perception. Quand Dieu est le guide, les apparences de vérité dont la fausseté s'affuble sont séparées de la vérité elle-même; alors le combattant est doté, avant tout, de la perception spirituelle des esprits qui lui révèle en détail et avec précision les qualités de ces esprits. Ce n'est qu'après cela qu'est accordé à certains ascètes la perception sensorielle des esprits qui complète leur connaissance des esprits acquise grâce à la perception spirituelle.»

Quelques conseils pratiques.

L'évêque Ignace cite saint Antoine, d'après sa vie par saint Athanase (mentionnée plus haut comme étant la source principale de notre connaissance de l'activité des démons), pour fournir des conseils pratiques aux combattants chrétiens concernant l'attitude à adopter face à la perception sensorielle des esprits, pour le cas où cela arriverait à l'un d'entre eux. Ceci est extrêmement précieux pour tous ceux qui veulent mener une vie spirituelle véritablement chrétienne de nos jours où la perception sensorielle des esprits est devenue bien plus commune qu'autrefois (pour des raisons que nous tenterons d'expliquer plus loin). Saint Antoine enseigne: «Tu dois savoir, pour ta protection, ce qui suit. Lorsque n'importe quelle vision se présente à tes yeux, n'aie pas peur, mais quelle que soit la vision, demande-lui comme un homme brave, avant tout: «Qui es-tu et d'où viens-tu? Si c'est une manifestation de saints, ils te calmeront et changeront la peur en joie. Mais si c'est une apparition démoniaque, se heurtant à la fermeté de ton âme, elle s'ébranlera aussitôt, car la question est le signe d'une âme courageuse. Grâce à de tellts questions, Josué, fils de Nun, a été convaincu de la vérité (Jos 5,13), et l'ennemi ne se cachait plus de Daniel (Dn 10,20)» (Évêque Ignace).

Après avoir relaté comment même Syméon le Stylite a failli être trompé une fois par un démon qui lui est apparu sous la forme d'un ange dans un char de feu, l'évêque Ignace donne cet avertissement aux chrétiens orthodoxes d'aujourd'hui: «Si les saints ont couru de tels risques d'être trompés par des esprits malins, ce risque est encore plus effrayant pour nous. Si les saints n'ont pas toujours reconnu les démons qui leur apparaissaient sous la forme de saints ou du Christ lui-même, comment nous est-il possible de nous imaginer nous-mêmes capables de les reconnaître sans erreur? Les seuls moyens de se sauver de ces esprits est de refuser carrément de les percevoir et d'entrer en communion avec eux, en nous reconnaissant inaptes à une telle perception et communion.

Les saints docteurs du combat chrétien (...) ordonnent aux pieux combattants de ne se fier à aucune sorte d'image ou de vision, si elles leur apparaissaient subitement, de ne pas entrer en conversation avec elles, de ne prêter aucune attention à elles. Ils ordonnent que, pendant de telles apparitions, on se protège du signe de la Croix, on ferme les yeux, et que, conscient de son indignité et de son inaptitude à des esprits saints, on implore Dieu pour qu'Il nous protège de tous filets et illusions que préparent pour les hommes de façon insidieuse les esprits de malice».

Plus loin, l'évêque Ignace cite saint Grégoire le Sinaïte: «Ne l'accepte sous aucun prétexte, si tu vois quoi que ce soit, avec tes sens ou par l'esprit, intérieurement ou à l'extérieur, que ce soit une image du Christ ou un ange, ou quelque saint, ou qu'une lumière te soit présentée par l'imagination de l'esprit. Car par nature, l'esprit a tendance à se complaire dans l'imagination et forme facilement les images qu'il désire; c'est très courant chez celui qui ne fait pas attention à soi-même, et par là, il ne fait que se nuire.»

Conclusion

En conclusion, l'évêque Ignace enseigne: «La seule entrée correcte dans le monde des esprits passe par la doctrine et la pratique du combat chrétien. La seule entrée correcte dans la perception sensorielle des esprits passe par le progrès et la perfection chrétiens.»

«Quand l'heure viendra, l'heure déterminée par le seul Dieu est connue de Lui seul, nous entrerons infailliblement nous-mêmes dans le monde des esprits. Cette heure n'est pas loin de chacun de nous! Que le Dieu de Bonté nous accorde de passer notre vie terrestre de telle façon qu'étant encore en cette vie, nous puissions rompre toute communion avec les esprits déchus et entrer en communion avec des esprits saints, afin que sur cette fondation ayant quitté le corps, nous puissions être comptés au nombre des esprits saints et non des esprits déchus!»

Cet enseignement de l'évêque Ignace Briantchaninov, écrit il y a plus de cent ans, aurait bien pu être écrit aujourd'hui, si grande est la précision avec laquelle il décrit les tentations spirituelles de notre temps. Ce temps dans lequel les «portes de perception» (pour employer le terme consacré et rendu populaire par un voyageur dans ce royaume, Aldous Huxley) se sont ouvertes dans les hommes à un degré inimaginable du temps de l'évêque Ignace.

Ces mots ont a peine besoin de commentaire. Le lecteur perspicace a déjà pu commencer à les appliquer aux expériences «après la mort» que nous avons décrites en ces pages, et par là se rendre compte de l'effroyable danger que ces expériences représentent pour l'âme humaine. En possession de la connaissance de cet enseignement orthodoxe, on ne peut que considérer avec horreur l'étonnante légèreté qui amène les «chrétiens» contemporains à se fier aux visions et apparitions qui deviennent si fréquentes de nos jours. La raison de cette crédulité est claire: le catholicisme romain et le protestantisme, coupés depuis des siècles déjà de la doctrine et de la pratique orthodoxe de la vie spirituelle, ont perdu toute capacité de discernement clair dans le royaume des esprits. La qualité absolument essentielle pour un chrétien, celle de se méfier de ses propres «bonnes» idées et «bons» sentiments, leur est devenue totalement étrangère. En conséquence, des expériences «spirituelles» et des apparitions d'esprits sont devenues peut-être plus communes aujourd'hui qu'à n'importe quelle période de l'ère chrétienne, et l'humanité manipulable est prête à accepter la théorie d'une «époque nouvelle», de merveilles spirituelles ou d'un «nouvel épanchement du Saint Esprit» comme explication de ces faits. L'humanité est atteinte de misère spirituelle, en s'imaginant «chrétienne» tout en se préparant pour l'âge des «miracles» démoniaques, qui sont le signe de la fin des temps (Ap 16,14).

Ceux qui décrivent aujourd'hui leurs expériences «après la mort» sont aussi crédules que tous ceux qui ont été détournés du droit chemin autrefois. Dans toute la littérature contemporaine sur ce sujet, il y a très peu de cas dans lesquels quelqu'un se demande sérieusement si au moins une partie de l'expérience ne pourrait venir du diable. Le lecteur orthodoxe, évidemment, se posera la question et essaiera de comprendre ces expériences à la lumière de l'enseignement spirituel des pères et des saints orthodoxes.

Maintenant, nous devons continuer, et voir ce qui se passe de particulier, selon l'enseignement orthodoxe, lorsque l'âme quitte le corps au moment de la mort, pour entrer dans le royaume des esprits.

(à suivre)

Un vieillard a dit : «Rien n'est plus indigent qu'une pensée qui philosophe sans Dieu sur les choses de Dieu. En effet, celui qui enseigne soit à l'église, soit en cellule, doit d'abord faire ce qu'il dit et enseigne. Car il est dit : "Celui qui travaille la terre doit être le premier à avoir part aux fruits" (2 Tm 2,6).

LES SIGNES DE LA PAROUSIE

Alexandre Kalomiros

Les chrétiens sentimentaux «mi-figue mi-raisin» considèrent mes paroles comme étant d'un pessimisme exagéré et répugnant. Comme ils sont les alliés du monde, ils ne peuvent pas voir les sauts du diable dans ce qu'ils applaudissent. Ils ne peuvent pas mesurer le gouffre terrible qui sépare le monde de Dieu, car alors ils seraient obligés d'accepter que le même gouffre les sépare eux-mêmes de Dieu. Ils ne peuvent donc pas tolérer que quelqu'un soit pessimiste au sujet de la Babylone contemporaine. Ils sont tellement satisfaits de leur époque. Ils voient l'avenir tellement radieux. Pour eux, le christianisme est tellement compatible avec le monde et ils sont tellement heureux de cela qu'ils ne pardonneront jamais à celui qui leur montrera qu'ils sont dans l'erreur. Comme vision de l'avenir, ils ont celle d'une Église universelle unissant tous les hommes, unis par les liens de l'amour. Les hérétiques des différentes sectes sont pour eux des «frères en Christ» desquels les ont séparé les égoïsmes et les étroitesses d'époques surannées.

Ils concèdent qu'il existe des divergences dogmatiques, mais qui seront surpassées par l'amour ou, pour parler plus clairement, seront oubliées par «l'amour».

Mais que peut avoir de commun cet «amour» larmoyant avec l'amour de Dieu? Comment peuvent-ils prétendre sans avoir honte qu'ils ont plus d'amour dans leur coeur que n'en avaient les saints, qui n'ont pu renverser les barrières qui les séparaient de l'hérésie, mais au contraire, haussaient ces barrières pour protéger les brebis des loups?

Mais ce qu'ils prennent pour de l'amour envers les hommes, en substance, n'est pas autre chose que l'amour envers le monde. C'est un accord avec le mensonge des hommes qui supportent mal les adversités de la guerre contre les puissances des ténèbres.

Et leur rêve, cette image idyllique d'un monde bon et aimable qui fera régner le Christ sur cette terre - cette tentation du désert - est un rêve condamné par le Seigneur Lui-même.

Que ces super-optimistes jettent un coup d'oeil au 24e chapitre de l'évangile selon saint Matthieu pour voir comment le Seigneur prophétise la fin des temps.

Les disciples demandent au Seigneur de leur dire quel sera le signe de son avènement et de la fin des siècles. En réponse, le Christ commence par ces mots: «Prenez garde que personne ne vous séduise.» Il existera donc un terrible danger d'égarement à la fin des temps, et ceci à cause du fait que «plusieurs viendront en mon nom disant: "c'est moi qui suis le Christ" - et ils en séduiront plusieurs.» Plusieurs viendront, se faisant passer pour le Christ ou ses représentants, ou ses envoyés, ou les docteurs du christianisme, des hommes qui prétendront être chrétiens, sans l'être en vérité. Et ces gens-la trouveront un écho dans le coeur des hommes et en séduiront plusieurs.

Christ ne parle donc pas pour les ennemis visibles de Dieu. Il ne parle pas pour les matérialistes, les communistes, les athées, mais pour ceux qui se présentent comme étant amis de Dieu, comme chrétiens, sans l'être en vérité. C'est de cet écueil que le Christ veut sauver les fidèles, parce que leurs plus grands ennemis sont les hypocrites «qui peuvent séduire».

Ensuite, Christ décrit quelques signes qui seront le commencement des douleurs. Des guerres et des bruits de guerre, des famines, des épidémies et des tremblements de terre. Tout ceci ne sera pas encore la fin, mais le début de la fin. «Alors, on vous livrera à l'affliction et on vous fera mourir, et tout le monde vous haïra à cause de mon Nom». Alors plusieurs seront scandalisés à cause des chrétiens et commenceront à se trahir les uns les autres et à se haïr mutuellement. Plusieurs faux prophètes circuleront parmi eux et en entraîneront plusieurs dans la séduction. Et comme l'iniquité se multipliera, «l'amour du plus grand nombre envers Dieu et envers le prochain se refroidira». Sera sauvé seulement celui qui, jusqu'à la fin, supportera avec patience et persévérance toutes les tentations. Dans ce chaos d'apostasie et de froidure s'accomplira la prédication de l'évangile à toute la terre et tous les hommes la connaîtront afin que tous les hommes entendent l'appel de Dieu. Mais parce qu'il y a «beaucoup d'appelés, mais peu d'élus», les hommes entendront cet évangile, mais ne l'accepteront pas pour l'apprendre et le vivre. Il restera un «témoignage parmi toutes les nations», un témoignage redoutable que les hommes auront connu la Vérité, et que s'ils ne l'ont pas suivie, cela n'est pas du à leur ignorance, mais à leur aversion de la Lumière. C'est alors que «viendra la fin».

Quand tout cela sera accompli et que l'apostasie délibérée atteindra son zénith, alors viendra la fin du monde, le second avènement du Christ.

Ensuite, Christ commence à parler d'une chose, en apparence sans relation avec la fin du monde: la destruction de Jérusalem. Cette destruction eut lieu 40 ans plus tard et réalisa la préfiguration de la fin du monde.

Lorsque l'apostasie d'Israël fut complète, lorsqu'ils connurent Christ et qu'au lieu de Le recevoir, ils Le crucifièrent et persécutèrent ses disciples, alors vint la fin de Jérusalem. Et, comme l'avait prophétisé le prophète Daniel, l'abomination de la désolation est venue et s'est tenue dans le lieu saint du Temple dont il n'est pas resté «pierre sur pierre». Tous les objets sacrés et respectables des Israélites furent dispersés et perdus. C'est ainsi qu'il en sera du nouvel Israël, du monde chrétien. Comme l'ancien Israël, lui aussi fut appelé à devenir enfant de Dieu; mais comme l'ancien Israël, il a lui aussi méprisé son père et bienfaiteur et, au lieu de rechercher le royaume de Dieu, a cherché le royaume de l'homme. Lorsque l'apostasie arrivera à son zénith, alors s'accomplira pour lui aussi la prophétie de Daniel. Viendra aussi l'abomination de la désolation qui s'étendra sur les lieux saints de Dieu, de son Église, de ce temple où l'Antichrist viendra s'asseoir à la place de Dieu et cherchera à être adoré à la place de Dieu. Alors les choses saintes et respectables du nouvel Israël, l'Église réelle du Christ sera dispersée, et chassée aux extrémités du monde, comme au temps de la destruction de Jérusalem par les romains, lorsque ceux qui étaient restés fidèles à Dieu avaient suivi le Christ, passant ainsi au nouvel Israël: c'est de cette même façon qu'arrivera la fin du monde. L'Israël véritable et éternel, les véritables enfants de Dieu passeront à la nouvelle Jérusalem, la ville éternelle qui n'est pas faite de mains d'hommes, mais que l'amour de Dieu a préparée.

(à suivre)

Abba Macaire le grand a dit : «Je vous prie, mes frères, qui désirez votre salut et la délivrance de vos âmes, ne remettez pas de jour en jour et que ces délais ne vous rendent pas étrangers aux biens de Dieu.»

LA «TRICHEROUSA», LA VIERGE «AUX TROIS MAINS»
Icône slave ancienne de Chilandari

Parmi les icônes vénérées de l'Église orthodoxe, quatre seulement sont attribuées directement au peintre-apôtre Luc. La plus célèbre est la «Panagia Trichèrousa» du monastère serbe de Chilandari, sur l'Athos. La tradition raconte que saint Luc l'a peinte alors que, en sa qualité de médecin, il accompagnait l'apôtre Paul dans ses voyages missionnaires. Au Vllle siècle, elle devint la possession du grand théologien de l'Église d'Orient, Jean Damascène, qui lui vouait, à cause de son pouvoir miraculeux, une vénération particulière. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il se soit élevé de toutes ses forces contre la vague iconoclaste déchaînée dans tout l'empire d'Orient par l'empereur Léon III. Sur ordre impérial, le calife de Damas fit trancher la main droite à Jean l'iconolâtre, afin que cette main ne pût plus rédiger d'écrits dirigés contre les iconoclastes. «Ainsi cette main, d'abord tachée d'encre dans la lutte contre les ennemis du Seigneur, fut-elle teinte de son propre sang» , écrit l'hagiographe. En proie à de grandes souffrances physiques et morales, Jean Damascène courut à l'icône cachée, qui remit sa main en place et chargea le théologien guéri d'«utiliser cette main comme le roseau d'un prompt scribe, afin de composer des hymnes au Christ et à la Mère de Dieu. En signe de reconnaissance, Jean fit ajouter une main d'argent sur la partie inférieure de I'icône. Depuis lors, celle-ci est appelée Trichèrousa, la Vierge aux trois mains. Elle appartint pendant près de quatre cents ans au cloître de Saint-Sabas, dans le désert de Judée. Au Xlle siècle, elle parvint entre les mains de l'archevêque serbe homonyme, saint Sabas (ou Sava). C'est lui qui fonda en 1196, le monastère de Chilandari, où la célèbre icône est restée depuis lors.


LE ROI-MARTYR HERMÉNÉGILDE
par Saint Grégoire le Grand

Le roi Herménégilde, fils du roi des Wisigoths Léovigild, passa de l'hérésie arienne à la foi catholique par la prédication du très révérend Léandre, évêque de Séville, avec lequel je suis depuis longtemps en intime amitié. Son père, arien, pour qu'il revînt à l'hérésie, tenta et de le persuader par des faveurs, et de l'effrayer par des menaces. Comme il répondait avec la plus ferme constance qu'il ne pourrait jamais abandonner la vraie religion qu'il avait une fois reconnue, son père, irrité, le priva du règne et le dépouilla de tous ses biens. Comme, même ainsi, il n'avait pu énerver la force de l'esprit, il le fit enfermer dans une prison très étroite, le cou et les mains enchaînés. Le jeune roi Herménégilde commença donc à mépriser le royaume terrestre et, cherchant d'un ardent désir le céleste, à coucher vêtu d'un cilice sous ses chaînes, à supplier le Dieu tout-puissant de le réconforter et à regarder d'autant plus haut la gloire du monde transitoire qu'il voyait mieux, lié comme il était, qu'il n'y avait rien qu'on pût lui enlever. La fête de Pâques approchant, son père hérétique lui envoya, dans le silence du milieu de la nuit, un évêque arien, pour qu'il reçût de sa main la communion d'une consécration sacrilège et méritât ainsi de rentrer dans la faveur paternelle. Mais, à la venue de l'évêque arien, cet homme dévoué à Dieu lui fit de violents reproches, comme il le devait, et il repoussa son hérésie par les blâmes qu'il méritait; car, bien qu'il fut couché extérieurement lié, il se tenait assuré en lui-même dans une grande élévation d'esprit. Quand donc l'évêque fut revenu auprès de lui, son père frémit de rage, et il envoya aussitôt ses appariteurs pour qu'ils tuassent, au lieu même où il gisait, ce très constant confesseur de Dieu. Ce qui fut fait. Car, à peine entrés, ils plantèrent une hache dans sa cervelle et lui enlevèrent ainsi la vie. Mais ce qu'ils purent faire périr en lui, c'était une chose que celui-là même qui périt se trouvait avoir méprisée en lui-même.

Cependant il ne manqua pas de miracles célestes pour manifester sa vraie gloire. En effet, on commença d'entendre dans le silence de la nuit le chant d'une psalmodie auprès du corps de ce même roi et martyr. Certains même rapportent que là, au cours de la nuit, il apparaissait des lampes allumées. Il en résulta que le corps d'Herménégilde, comme étant évidemment le corps d'un martyr, fut à bon droit vénéré par tous les fidèles. Quant à son père hérétique et meurtrier de son fils, il fut ému de repentir, il regretta d'avoir agi ainsi, mais non toutefois jusqu'à obtenir le salut. Il reconnut sans doute que la foi catholique était la vraie, mais effrayé par la crainte de son peuple, il ne mérita pas d'atteindre à cette foi. Une maladie s'étant déclarée, parvenu à l'extrémité, il prit soin de recommander à l'évêque Léandre, qu'il avait d'abord fortement affligé, son fils le roi Récarède qu'il laissait en son hérésie, pour que, par ses exhortations, il agît avec Récarède de la même façon qu'il avait agi avec son frère. Cette recommandation achevée, il mourut. Après sa mort, le roi Récarède ne suivit pas son père hérétique mais son frère martyr, il se convertit de l'erreur de l'hérésie arienne et conduisit si bien tout le peuple des Wisigoths à la vraie foi qu'il ne permit d'être fonctionnaire en son royaume à aucune personne qui ne craindrait pas d'être par l'hérésie l'ennemie du royaume de Dieu. Et il n'est pas étonnant qu'il soit devenu un prédicateur de la vraie foi, puisqu'il est le frère d'un martyr, dont les mérites l'aident pour qu'il ramène tant de peuple au sein du Dieu tout-puissant. Et il nous faut nous représenter en ce point que tout cela n'eût pu avoir lieu si le roi Herménégilde n'était pas mort pour la vraie foi. Car, selon qu'il est écrit, «Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits» (Jn 12, 24), nous voyons se produire dans les membres ce que nous savons s'être produit dans la tête. Dans la nation des Wisigoths en effet, un seul est mort pour que beaucoup eussent la vie, et, tandis qu'un seul grain est tombé avec foi, une riche moisson d'âmes s'est levée pour obtenir la vie... Chose bien étonnante, et stupéfiante en nos temps.

(Tiré des «Dialogues» de Saint Grégoire le Grand)
éd. Téqui, 82, r. Bonaparte 75006 Paris)

Réactions à l'article de V. Moss paru dans le n° 18 du bulletin ''Orthodoxie'' des V.C.O. (Juin 1981).


Rappel des positions de l'auteur (qui répondait à l'article d'Athanase F. Guillemot; bulletin n° 15) :

1°) Si l'on met un point d'interrogation sur tous les saints qui ont utilisé le Filioque, il faut alors enlever les noms de saint Ambroise, de saint Augustin (surtout), et de saint Grégoire le Grand. Mais le cinquième Concile oecuménique a compté saint Augustin parmi les saints, tout en anathématisant Origène, - pourtant trois cents ans après sa mort. Le grand adversaire du Filioque, saint Photios, a accepté saint Augustin en disant: "Nous embrassons les Pères, mais non pas leurs erreurs." Saint Marc d'Éphèse a adopté la même position au "Concile" de Florence. Qui est plus orthodoxe que ces pères?

2°) Si je ne me trompe pas, saint Maxime le Confesseur a écrit, lors de son séjour en Occident, que le Filioque était une erreur, bien sûr, mais qu'à son avis, les chrétiens de l'Occident ne l'utilisaient pas dans un sens hérétique. C'est peut-être un raisonnement semblable qui guida l'Église d'Orient, car elle ne rompit pas la communion avec l'Occident, même après la condamnation formelle du Filioque au Concile de Constantinople, en 879-880. Si l'on rejette ce raisonnement, il faut alors reconnaître que toute l'Église d'Occident fut en communion avec des hérétiques condamnés, durant les années 880-1054. En étant trop strict, on en vient à conclure que l'Église n'existait pas à cette époque.

3°) En suivant le raisonnement de l'auteur, il faut aussi enlever du catalogue des saints (officiellement reconnus) les noms de Justin de Rome, de saint Irénée de Lyon, et de saint Méthode de Patara, car il ont accepté l'erreur millénariste, qui était condamnée par le deuxième Concile oecuménique.

5°) Les critères de l'auteur, strictement adoptés, mènent à des incohérences bien difficiles à concevoir. Par exemple, "l'âge d'or" de l'Église anglaise orthodoxe fut indiscutablement le siècle qui suivit le Synode de Whitby. (...) Mais cette même Église avait, en 680, dans le Concile de Heatfield, présidé par saint Théodore de Cantorbéry (un grec d'Asie mineure éduqué à Athènes), utilisé le Filioque dans sa confession de foi ! Faut-il donc mettre en doute les noms de Cuthbert de Lindisfarne et de Boniface d'Allemagne, et dire que tous ces actes de canonisation par une Église locale en pleine communion avec l'Église catholique sont douteux ? Et les miracles de ces saints : il est bien naturel de penser qu'ils sont des témoignages donnés par Dieu à la sainteté de ces hommes. Mais, si on adopte les critères de l'auteur, ils nous faut conclure, soit qu'ils sont diaboliques, soit que Dieu voulait que ces hommes ne soient vénérés comme saints qu'à cette époque.

J'aimerais répondre à ces importantes questions, sur lesquelles l'auteur (V. Moss), hélas, semble ne s'être limité qu'aux falsifications occidentales sans prendre la peine de les vérifier par d'autres sources (orientales). Ces contre-preuves émanent principalement de quatre sources :

- le moine russe (d'origine prussienne) Adam Zoernikav qui, en
1682, publia à Baturyn (près de Kiev) un énorme travail recensant toutes les falsifications papistes concernant le Filioque qu'il avait pu constater de visu dans tous les manuscrits patristiques des bibliothèques d'Europe; à ma connaissance, il ne reste aujourd'hui que 2 exemplaires de cet ouvrage : l'un à Helsinki, l'autre à Londres;

- le bienheureux évêque russe (d'origine grecque) Eugène Boulgaris, qui fit éditer en 1797 à Petersbourg, en grec, l'ouvrage de Zoernikav augmenté de falsifications découvertes ultérieurement;
- l'historien grec Cyriaque Lampryllos qui, en 1883, fit connaître ;les grands traits de l'oeuvre de Zoernikav dans un ouvrage intitulé ''La Mystification Fatale'' (réédité à ''l'Age d'Homme'');

- mes propres recherches.

Voici donc ma réponse, en fonction de ces quatre sources, à l'article de V. Moss.


1) Saint Ambroise.

- L'Esprit saint qui procède du Père n'a pas Lui non plus commencé, parce que sa Procession est sans séparation et issue de Celui qui n'a pas commencé - car le Père n'a pas commencé et, parce qu'Il n'a pas commencé, l'Esprit non plus n'a pas commencé, pour la raison aussi que l'Esprit est en Lui et à Lui. (De Symbolo 4)

Ce passage a été falsifié par le théologien jésuite Pétau : il a remplacé du Père par de l'un et de l'autre.

- Il procède du Père et possède en commun avec le Père et le Fils même Déité, même opération, même substance.

- Le Fils dit : L'Esprit de vérité qui procède du Père pour montrer l'origine, et que j'enverrai pour montrer la communauté et la connaturalité. (De Symbolo 11)

Malgré ces trois assertions on-ne-peut-plus claires, les Latins prétendent qu'Ambroise confesse le Filioque en quatre endroits de son œuvre : dans le De Spiritu sancto, ch. I; IX; XV, 152-154 (P. L. 16, col. 732-739), et dans ''La dignité de la condition humaine'' (P. L. 17, col. 1015) !...


2) Saint Grégoire le Grand.

- L'Esprit consolateur sort toujours du Père et du Fils. (''Dialogues'', livre II; ''Vie de saint Benoît'', in fine)

Le mot procède n'est pas employé; cependant, la phrase étant à prendre dans le sens de la source éternelle de l'Esprit, il faut admettre qu'elle a été falsifiée. Pourquoi ? Parce que Grégoire était un théologien trop précis, trop rigoureux pour se permettre, sur un tel sujet (la Trinité, le sommet du mystère chrétien !), de dire une chose puis son contraire, comme nous allons le voir à satiété dans les passages qui suivent. C'est peut-être à ce passage que les moines franks de Palestine faisaient allusion, dans leurlettre au pape Léon III (809), en affirmant avoir lu le Filioque chez saint Grégoire le Grand et dans la Règle de saint Benoît. Si on ne trouve nulle part dans la ''Règle'' originelle de saint Benoît la double procession de l'Esprit saint, on peut se demander si les moines franks de Palestine ne désignaient pas la règle révisée par Benoît d'Aniane, abbé unificateur proche de Charlemagne et favorable au Filioque : cette règle fut en effet élaborée à partir de 787 et imposée en 817; les moines de Palestine pouvaient donc déjà la connaître.

-Il est bien clair que l'Esprit Paraclet procède du Père et demeure dans le Fils. (''Dialogues'', livre II; ch. 4)

Telle est la version grecque de ce passage des ''Dialogues'', traduits du latin au début du VIIIe s. par le pape Zacharie; Migne prétend - à tort - qu'Enée de Paris, au IXes., aurait signalé ce passage, et qu'un certain Jean le Diacre, vers la fin de ce même IXe s., aurait accusé les Grecsd'avoir falsifié la traduction de Zacharie (Migne en accuse nommément saint Photios !?) Le texte latin, à cet endroit, dit en effet : L'Esprit Paraclet procède toujours du Père et du Fils. Zoernikav penche pour une falsification latine, et ceci pour une raison toute simple : la ''Vie du bienheureux Grégoire'' écrite par Jean le Diacre, où l'on trouve soi-disant l'accusation d'une falsification grecque, était dédiée à son ami le pape Jean VIII, adversaire acharné du Filioque. L'accusation de Jean le Diacre reproduite par Migne est donc très certainement un faux.
Si l'on admet cette falsification supplémentaire, dès lors tout prouve que Grégoire lui-même a été faussé: pourquoi en effet avoir introduit une falsification chez Jean le Diacre, si ce n'est pour couvrir une falsification du texte latin de Grégoire ?? En outre, si ce passage a été falsifié (peu après le IXe s.), il va sans dire que la fin de la ''Vie de saint Benoît'' (du même livre des ''Dialogues'') a dû l'être aussi, à une époque antérieure, vers 807.

- L'Esprit procède du Père et reçoit du Fils. (Moralia in Job; livre V)

Cette citation est produite (entre autre) par Enée, évêque de Paris au IXe s.; pour ce dernier, dont on peut au passage souligner la piètre théologie, ''recevoir'' équivaut à ''procéder'' !

-Une autre phrase du même livre de Grégoire, au chapitre 29-16, affirme clairement que l'Esprit procède du Père avant les siècles (Spiritus qui de Patre ante secula procedit), montrant que Grégoire n'ignorait pas le fait que la procession constitue le propre de la personne de l'Esprit dans son éternité, et qu'elle
ne concerne pas l'économie divine, traduite par le terme d' envoi.

-Les Latins ont mis en avant un autre texte de Grégoire, une
''Homélie XXVI'' sur les Evangiles. Celle-ci ne parle jamais que de l'envoi de l'Esprit, non de sa procession. Pour Enée de Paris, cependant, c'est tout un !?

Des trois Pères (occidentaux) cités par V. Moss, seul reste donc Augustin, qui a bel et bien enseigné le Filioque, et ceci dès 393. Les deux autres, à mon humble avis, ont été falsifiés.

3) 5e Concile œcuménique (553); saint Photios (IXe s.); saintMarc d'Ephèse (1438-39).

Je n'ai pas connaissance d'un endroit des Actes du 5e
Concile Oecuménique où l'on reconnaisse nommément Augustin comme un saint. Si même cela était, il faut mettre un bémol : les oeuvres d'Augustin, jusqu'au XVe s., étaient pratiquement inconnues en Orient, sinon à travers leur réputation en Occident. Aucune traduction grecque n'existait, ainsi qu'en témoigne saint Gennade Scholarios, disciple de saint Marc d'Ephèse; une fois libéré de la séduction du Filioque, Gennade Scholarios ne tarda pas à en découvrir la paternité : C'est Augustin qui, le premier, chez les Latins, a construit et façonné cette doctrine (...) Cela ressort clairement, si on veut bien l'examiner, non seulement de la lecture des écrits latins d'Augustin, (...) mais aussi du peu de ceux-ci qui ont été traduits en notre langue. Ainsi, si Marc ne pensait pas lors du ''Concile'' de Florence à la responsabilité d'Augustin quant au Filioque, il la découvrit probablement peu après et l'enseigna à son disciple. En 1439, comme saint Photios au IXe s., il croyait, dans sa sainte naïveté, qu'Augustin avait subi les mêmes falsifications que celles qui déjà défiguraient les manuscrits des Pères orientaux en Occident.

4) Les vraies dates du Schisme.

C'est en 867 - et non en 879 ou 880 - que saint Photios, pour la première fois, anathématisa le Filioque lors d'un concile réuni à Constantinople. Mais il est vrai que le concile de 879-880, approuvé par le pape Jean VIII, étendit cet anathème à toute l'Eglise. Néanmoins, chose que semble ignorer V. Moss, il est doublement faux de dire qu'aucun pape ne fut rayé des diptyques entre cette date et 1054 : une lettre d'un patriarchede Constantinople du début du Xe s. affirme en effet le contraire, précisant qu'aucun pape n'y était commémoré depuis longtemps. Depuis longtemps, c'est-à-dire, précisément, depuis la mort tragique de Jean VIII, en 882. Les choses durent se rétablir quelque temps puisqu'on constate que la papauté a soigneusement fait disparaître de sa collection de lettres de communion avec Constantinople, celles qui concernent le Xes. ...avant de rompre de nouveau cette communion en 1009, à la fin du pontificat de Serge-IV. Enfin, l'Église de Rome se plaça elle-même sous son propre anathème (celui de 879-880) lorsqu'en 1014, à l'occasion du sacre d'Henri II, le pape Benoît VIII chanta et fit chanter le Credo ''filioquiste'', chose qui devint la règle depuis dans tout l'Occident romain.

C'est donc à l'intérieur de ces deux limites - les dates de 867 et 1014 - (et non simplement après 1054) qu'il faut rechercher, selon les cas, la canonicité des ''saints'' occidentaux. Avant 867, l'Occident ''romain'' est orthodoxe, si l'on excepte l'empire karolingien (entièrement ''filioquiste'' depuis 794). Après 1014, tout l'Occident ''romain'' devient hérétique.

D'autre part, il est étrange de lire sous la plume de l'auteur qu'être trop strict confine à nier l'Eglise de cette époque : cet argument oecuméniste est, en particulier, celui des détracteurs des ''Matthéistes''... L'auteur semble avoir une notion bien bizarre de l'unité de l'Eglise : si nier l'Eglise papiste équivaut à nier l'Eglise, où va-t-on ?

5) Comparaison entre ''filioquistes'' et millénaristes.

J'estime qu'il existe tout de même une différence, en terme de degré de gravité, entre une hérésie mineure concernant l'économie divine (millénarisme) et une hérésie majeure - pour saint Photios, la pire de toutes - concernant les propriétés mêmes, éternelles et immuables, des personnes de la Trinité. D'autre part, le Concile œcuménique qui condamna le millénarisme n'est pas le 2me, mais le 3me (Ephèse).

6) Orthodoxie des saints anglais à partir du VIIe s.; conciles de Latran (649) et d'Heathfield (680).

La profession de foi figurant au premier chapitre des Actes du Concile de Latran (649), réuni par le saint pape Martin Ier pour combattre le monothélisme, enseigne que l'Esprit procède du Père et du Fils. Certes, la ''Lettre à Marin'' de saint Maxime montre ce qu'il convenait de penser d'un éventuel emploi du Filioque dans le contexte du VIIe siècle romain. Mais comme saint Maxime (pour qui la seule source de l'Esprit est le Père) était justement ''l'âme'' du Concile du Latran, nous ne devons pas écarter non plus l'hypothèse d'une falsification : le Concile anglais d'Heathfield en effet, en 680, proclamera son adhésion complète aux cinq premiers Conciles ?cuméniques et au Concile du Latran. Si le Credo de 649 avait différé de celui de 381 (ratifié par les trois conciles ultérieurs), comment le Concile d'Heathfield eût-il pu adhérer complètement aux uns et à l'autre ? A l'appui de cette thèse (d'une falsification), il convient de citer le P. Justin Popovitch, qui en 1932 disait du Concile du Latran (''Dogmatique de l'Eglise Orthodoxe''; édition L'Age d'Homme, 1992; t. 1, p. 222): Au temps du pape Martin, les évêques occidentaux qui prirent part au concile de Latran (649) confessèrent leur foi dans la sainte Trinité en suivant la lettre du symbole de Nicée-Constantinople et renouvelèrent en commun et mot-à-mot la décision du IVe Concile oecuménique (Chalcédoine; 451) interdisant d'ajouter ou de modifier quoi que ce soit dans ce Symbole. Et Justin Popovitch de citer sa source, une source occidentale du XVIIe s. : Labbe, Concil., t. XV, pp. 185 et 189.

Le pape Agathon, dans l'une de ses lettres au VIe Concile œcuménique (680), écrivit que la connaissance parfaite consiste à garder avec attention et vigilance tous les articles de la foi apostolique et à croire à l'Esprit saint, Seigneur vivifiant, qui procède du Père. Dans une autre lettre adressée à ce même Concile, il soutint résolument que l'Eglise romaine s'en tient fermement à la foi transmise par les cinq Conciles oecuméniques, et en particulier qu'elle veille à ce que rien ne soit changé, que rien ne soit ajouté ni rien retiré à ce qu'ont décidé dans leurs décrets les saints Conciles oecuméniques (Binius, Concil.; t. V, pp. 62-63). A l'empereur Constantin Pogonat, il écrivit, à propos du même saint Concile : Nous souhaitons que rien de ce qui a été défini canoniquement ne soit modifié, altéré, augmenté, mais que tout demeure inchangé. La même année (680) se tint en Angleterre le concile national d'Heathfield : On y proclama la foi orthodoxe, l'adhésion complète aux cinq Conciles ?cuméniques et au Concile de Latran sous le pape Martin; enfin on y condamna le monothélisme. Le concile se prononça pour la procession du saint Esprit e Filio. (Leclercq; ''Hist. des Conc.''; 1909; t. III ; p. 475-476 d'après Mansi; Hardouin; Pagi, Critica, ann. 679, n° 6) Saint Théodore de Canterbury présidait ce concile. D'abord moine basilien à Tarse (Asie Mineure), il s'enfuit devant la menace des Perses et s'arrêta à Athènes, puis à Rome. Le pape Vitalien le consacra archevêque de Canterbury le 26 mars 668. Pendant 22 ans, il parcourut l'Angleterre et organisa l'Eglise de ce pays, tout en réconciliant les princes. Il présida les deux premiers conciles anglais, à Hertford (673) et Heathfield (680). Il mourut nonagénaire à Canterbury, en 690. De par ses origines grecques, de par l'orthodoxie des papes Vitalien et Agathon en matière trinitaire, il est fort peu probable que Théodore ait pu enseigner la double procession de l'Esprit saint. Le fait que le concile d'Heathfield se soit formellement et explicitement engagé à respecter la foi des cinq premiers Conciles œuméniques, comme pour Tolède en 589, nous oriente à coup sûr vers l'hypothèse d'une falsification : car la foi de ces cinq Conciles était celle de Nicée-Constantinople, et n'enseignait pas autre chose que l'unique procession e Patre. Le concile d'Heathfield a affirmé en outre son adhésion au synode du Latran (649), dont l'âme était saint Maxime le Confesseur, et dont nous venons de voir qu'il a très certainement été falsifié par la suite. Mais quand bien même par mégarde ce concile se serait laissé aller à professer le Filioque, nous devrions admettre que ce Filioque ?là n'aurait rien à voir avec celui des Carolingiens et des Scholastiques, et signifierait l'envoi temporel e Filio de l'Esprit vers les hommes, comme on le voit dans la lettre de saint Maxime au prêtre Marin.

Je terminerai donc en disant mon accord avec Athanase F. Guillemot sur l'ensemble de son article, y compris en ce qui concerne Isidore de Séville (que personnellement je ne considère comme un saint orthodoxe, tout comme je ne vénère pas Augustin, qui avec Origène était un des deux maîtres à penser de l'évêque espagnol). Je mettrai cependant un bémol en ce qui regarde les Conciles de Tolède, auquel ni Léandre ni son frère Isidore n'osèrent dicter leur opinion personnelle sur la procession de l'Esprit, et qui semblent bien avoir été falsifiés eux aussi.

3me Concile de Tolède (589).

Ce concile marquait, on le sait, le retour à l'orthodoxie du roi wisigoth Reccared et de tout son peuple, sous l'impulsion du grand évêque Léandre de Séville, ami du pape de Rome saint Grégoire Ier. Léandre présidait l'assemblée. Les Actes de celle-ci présentent un Symbole altéré du Filioque. Comme certains chercheurs l'ont supposé, ce rajout est un accident ou plutôt une falsification a posteriori ; l'Anathème 3 insiste en effet un peu trop lourdement sur la validité de sa déclaration sur ce point précis, allant jusqu'à anathématiser tout opposant : Quicumque Spiritum sanctum non credit aut non crediderit a Patre et Filio procedere, eumque non dixerit coaeternum esse Patri et Filio et coessentialem, anathema sit. Cet ''Anathème 3'' est en fait celui d'une ''Confession de foi'' rédigée pour ce concile. D'autre part, le Filioque apparaît également dans le texte d'introduction des Actes du concile : Spiritus aeque sanctus confitendus a nobis, et praedicandus est a Patre et a Filio procedere ? Le Filioque apparaît une troisième fois dans la ''Récapitulation du Concile de Constantinople'' de 381, qui se retrouve évidemment falsifiée : Fides sancta, quam exposuerunt CL patres Constantinopolitani concilii, consona magna Nicaena synodo : (?) Credimus et in Spiritum sanctum, Dominum et vivificatorem, ex Patre et Filio procedentem ?

L'édition de 1808 des ''Canons de l'Eglise d'Espagne'' que nous citons ici, pour rester conforme aux falsifications antérieures, a-t-elle falsifié à son tour les canons du Concile œcuménique de 381 ? Il semble que ce ne soit pas le cas, car cette même édition reproduit de façon exacte (sans le Filioque)
les symboles confessés aux Conciles d'Ephèse (431) et Constantinople-II (553). Le jésuite Hardouin, en 1715, utilisait des documents déjà falsifiés; sa version diffère peu de celle de 1808 : vivificantem au lieu de vivificatorem; et ex Filio au lieu de et Filio, ... D'autre part, la falsification était déjà connue de Zoernikav, qui en 1682 a montré que les Acta manuscrits de tous les conciles de Tolède avaient été falsifiés.
La corruption est donc bien antérieure à cette date de 1682.

Léandre de Séville, le roi Reccared, les archevêques de Merida, Tolède et Narbonne, les évêques de Béziers, Carcassonne, Agde et Lodève, les légats des évêques de Maguelonne et Nîmes, et 52 autres évêques (hispaniques), signèrent les canons de 589 (en plus des 8 évêques ex-ariens convertis, qui avaient préalablement signé les anathèmes). Soit au total : 70 évêques. Ce concile s'est déroulé le 8 Mai 589 (après trois jours de jeûne); convoqué par le roi wisigoth Reccared, il débuta par une profession de foi rédigée par lui, et qui, prétend-on, mentionnait la procession de l'Esprit saint du Père et du Fils. Le plus curieux, c'est que Reccared ajoutait à sa déclaration les professions de foi de Nicée, de Constantinople et de Chalcédoine avec ces mots : ex Patre et Filio procedentem !? Puis il engagea les évêques présents ou représentés à confirmer sa déclaration par une profession de foi unanime; cette session aurait ainsi proclamé, traduisant la même aberration que la déclaration de Reccared :

3. Quiconque refuse de croire que l'Esprit saint procède du Père et du Fils et qu'il est également éternel et égal au Père et au Fils, qu'il soit anathème. (...) 11. Quiconque déclare catholique une foi autre que celle de Nicée, de Constantinople, d'Ephèse et de Chalcédoine, qu'il soit anathème. (?) 19-22. Quiconque rejette la foi des conciles de Nicée, de Constantinople, d'Ephèse et de Chalcédoine, qu'il soit anathème. 23. ?Nous souscrivons aux définitions de chacun de ces conciles de Nicée, de Constantinople, d'Ephèse et de Chalcédoine ; elles contiennent explicitement la doctrine orthodoxe sur la Trinité et l'Incarnation. Que celui qui altère cette sainte doctrine, et se sépare de la communion catholique, à laquelle nous nous sommes ralliés, en soit responsable devant Dieu et devant le monde.

Les définitions doctrinales des conciles de Nicée, de Constantinople et de Chalcédoine furent reproduits une fois de plus, et le tout fut signé par huit évêques ex-ariens convertis, plusieurs clercs et les principaux personnages du royaume wisigoth. Le roi proposa ensuite d'introduire partout la coutume grecque de la récitation du Symbole avant la communion; après quoi les évêques publièrent 23 canons disciplinaires. A la suite des signatures, saint Léandre de Séville, l'âme de ce concile, fit un discours exprimant la joie de l'Eglise pour la conversion des Wisigoths.

Il est clair qu'à la lecture de ces détails, on peut d'ores et déjà éliminer toute hypothèse d'une falsification par le concile lui-même, doublée d'une incompétence doctrinale de Reccared et de l'assemblée des évêques du royaume wisigoth. De plus, si le Credo de Tolède avait comporté le Filioque, saint Grégoire le Grand, qui enseignait explicitement la procession éternelle a Patre (voir précédemment), en aurait fait la remontrance à Léandre son ami intime, lequel, en pareille occasion et dans le doute, n'aurait pas manqué d'en référer à son maître. Tous deux avaient longuement séjourné à Constantinople et entretenaient une correspondance assidue avec des personnages proches du Patriarche de la Nouvelle Rome. Tout concourt donc à montrer que ce concile a été parfaitement orthodoxe, mais que les Acta ont été falsifiés, à savoir : la profession de foi de Reccared et l'anathème 3, avec les citations du 2me Concile ?cuménique qui leur sont associées. A l'appui de cette thèse, nous trouvons Zoernikav qui, en 1682, fit remarquer que les anciennes éditions des Actes des Conciles, comme celles de Cologne (1530) et de Paris (1535) ne mentionnent point le Filioque dans le Concile de Tolède de 589; dans l'édition de Madrid de 1543, l'addition se trouve mais est notée en marge comme interpolée. L'édition royale de 1644 et celle de Paris en 1671, en revanche, insèrent le Filioque sans commentaire. Lampryllos (op. cit., p. 20-25) soutient une thèse originale, affirmant que ce sont les premières éditions qui retranchèrent le Filioque afin de rendre ces conciles cohérents ave le Credo de Constantinople : Le Filioque n'a été admis que subrepticement chez les Espagnols, dans le symbole de la foi, c'est-à-dire comme s'y trouvant lors de sa promulgation. (ibid., p. 70) Je ne partage guère cette candeur : tant Léandre que son frère Isidore avaient une parfaite connaissance du dogme des Orientaux au sujet de la procession du saint Esprit, et l'on ne saurait admettre une telle négligence de leur part.

Isidore de Séville, le 4me Concile de Tolède (633), et les suivants ?

Convoqué le 5 décembre 633 par le roi Sisenand, le 4e Concile de Tolède se composait de 62 évêques du royaume wisigoth, présidés par Isidore de Séville, frère de saint Léandre. 75 capitula furent prononcés : le tout premier consiste en un Symbole de foi altéré du Filioque : Spiritum vero sanctum nec creatum nec genitum sed procedentem ex Patre et Filio profitemur. S'agit-il là d'une falsification du texte originel, ou bien d'un acte de mauvaise foi délibéré d'Isidore de Séville, comme pourrait le prouver le capitulum 6, sur le baptême (où est attribuée à Grégoire de Rome une tradition baptismale qui ne correspond pas aux opinions de ce pape) ? Isidore n'hésitait pas à affirmer que de tous les Pères, Augustin seul suffit. Le doute peut donc être permis. Plusieurs passages de l'?uvre d'Isidore semblent professer le Filioque. Cependant Zoernikav, qui au XVIIe s. a consulté manuscrits et éditions, pense que les acta de tous les conciles de Tolède avaient été falsifiés. Même un théologien papiste comme Palmieri, qui avait dû consulter un certain nombre des manuscrits, écrivait : La théologie latine, dans sa polémique contre les Grecs, ferait bien en n'insistant pas sur l'autorité du témoignage des Conciles de Tolède, dans le but de prouver la vérité dogmatique du Filioque. Comme nous l'avons signalé à propos du Concile de Tolède de 589, on a pu supposer les premières éditions (où on ne lit pas l'addition) ont retranché le Filioque afin de rendre ces conciles cohérents avec le Credo de Constantinople (opinion de Lampryllos). Dès lors, nous ne savons plus à quelle hypothèse nous raccrocher. Deux élément déterminant, cependant, vont nous permettre de trancher en faveur d'une falsification :

1) Isidore de Séville, bien que partisan du Filioque, a été falsifié. Certes sa bibliothèque personnelle, selon ses propres dires, comportait essentiellement des ouvrages d'Augustin, d'Origène et des païens grecs et latins. Au sujet de l'évêque d'Hippone, il se contentait d'affirmer : S'il est là, cela suffit. Certes Isidore fut le premier grand métropolite phylétiste d'Occident, le premier signe de décomposition de la romanité. Il était le frère de Léandre de Séville, mais contrairement à lui, il porta à son plus haut degré le chauvinisme religieux wisigothique et anti-grec. Pour laisser croire qu'Isidore était ''filioquiste'', on a produit sa ''Lettre au duc Claudius'', où on lit ce qui suit : Tu as pensé à nous avertir de la conduite de certains Grecs qui, se basant sur la défense faite sous peine d'anathème de ne rien retrancher ou ajouter au Symbole de Constantinople et à celui de saint Athanase, prétendent audacieusement faire des reproches aux Latins de ce que dans ces deux professions de foi, ils chantent de bouche et professent de c?ur que le saint Esprit procède du Père et du Fils (?) Mais si l'on considère cette défense avec plus de subtilité et de correction (si subtiliter et recte praecipitur), toute équivoque disparaît : puisque la défense de ne rien ajouter ne regarde que l'opinion contraire. Je ne sais ce qu'en pensait Zoernikav, mais je puis affirmer sans l'ombre d'une hésitation que cette ''lettre'' est tout entière un faux. Elle plaide éminemment contre elle-même, ses anachronismes la trahissant : allusion aux Grecs, à leur anathème qui semble se rapporter à l'affaire des moines franks de Palestine (808) ou à celle de Photios et Nicolas (866), plutôt qu'aux cinq premiers Conciles ?cuméniques; allusion au Symbole dit ''de saint Athanase'' (ou ''Quicumque'') dont il est aujourd'hui prouvé qu'il n'apparut que vers 676 à Autun (et qui originellement ne mentionnait pas le Filioque); allusion aux reproches faits aux Latins - reproches qui n'apparurent que vers 800 - ; et surtout, allusion au chant du Symbole par les Latins - chant qui ne fut introduit que sous Charlemagne, vers 800. Il est clair que la ''Lettre à Claudius'', qui n'apparaît ni chez Théodulfe ni chez Enée de Paris, a été forgée soit entre 866 et 872, soit peu après l'assassinat du pape Jean VIII, c'est-à-dire entre 882 et 1054.

2) Le théologien carolingien Théodulfe, originaire de l'Espagne wisigothe, a cité en 809 Isidore de Séville parmi les partisans du Filioque. Or, dans sa liste des conciles ayant soi-disant promulgué un Symbole ''filioquiste'', ne figure aucun des conciles de Tolède, qui étaient pourtant bien connus de lui. Enée de Paris, qui suivait Théodulfe, ne les cite pas plus.
Les Actes de ces conciles ont dû être falsifiés postérieurement à 867.

Bien sûr, tout cela ne prouve pas qu'Isidore ait nié le Filioque augustinien. Une lettre fabriquée de toute pièce et à lui attribuée, cela ne prouve rien. Trois passages de ses ''Etymologies'' (II, 3 : cité par Théodulfe en 809 mais pas par Enée cinquante ans plus tard; VII, 3 : deux passages cités par Théodulfe et Enée) et un passage de son Liber Officiorum (ch. 2 : cité par Enée de Paris) enseigneraient formellement le Filioque. Les trois citations des ''Etymologies'' paraissent authentiques; quant à la citation du Liber Officiorum, elle a de grandes chances d'être un faux, ne figurant pas chez Théodulfe : ce dernier en effet n'aurait pas omis une seule occasion de mettre en avant son maître à penser dans cette affaire...

En conséquence, on peut considérer comme orthodoxes l'Espagne et la Septimanie wisigothes jusqu'au concile de Frankfort (794).

BEZIAT Dominique