Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André
archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 17

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

MAI 1981
 SOMMAIRE
APOLOGIE
L'ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR
LA CIVILISATION
LE CHEMIN DIFFICILE
L'AME APRES LA MORT
LES FRERES DU CHRIST
L'APPARITION DE LA SAINTE CROIX EN 351, A JÉRUSALEM
VIE DE SAINT MACAIRE DE CORINTHE
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE


APOLOGIE

Je vais répondre ici à des questions qu'un lecteur vient de me poser, et que l'on m'a déjà posées plusieurs fois.

Par manque de chance, je fus ordonné hiéromoine (=prêtre-moine) et chargé par notre Synode de m'occuper de nos fidèles en Europe occidentale (et en Amérique du Sud, pour le moment) et de me mettre à la disposition de tous ceux qui veulent s'approcher et entrer en contact avec l'Orthodoxie. Je ne fais pas de prosélytisme, ni de porte à porte, et je n'ai pas non plus le culot suffisant pour prêcher au coin des rues. C'est donc une simple présence, une disponibilité, au cas où...

Je suis sous la juridiction des Vrais Chrétiens Orthodoxes (V.C.O.) de Grèce, qu'on appelle aussi «Vieux-calendaristes» et «Matthéistes».

Nous sommes en communion «in sacris» avec les V.C.O. de Chypre sous la juridiction de Monseigneur Epiphane et avec les V.C.O. (dans les catacombes) en URSS.

Nous ne sommes en communion avec aucune autre juridiction soi-disant orthodoxe en Europe occidentale. Notre mission est fort modeste, et à part le père Sotirios, qui est en Angleterre, je suis le seul prêtre en Europe occidentale. (D'ailleurs, notre clergé de Grèce n'a pas le droit de sortir de son pays, par suite de la persécution de l'«Église officielle grecque» à travers le pouvoir politique.

L'oecuménisme - le cheval de Troie - est considéré par notre Église comme la pan-hérésie. Il ne peut nullement être question d'une confusion de la vérité avec les erreurs, de l'Église avec les cacodoxes. Le retour à la foi que le Seigneur Jésus nous a transmise à travers les apôtres et les pères est la base «sine qua non» d'une union avec les groupes hétérodoxes.

Le bulletin est envoyé sans aucune condition à qui le demande (répétons-le une fois encore). Mais qu'on ne nous demande pas d'être encore plus simple dans nos articles. Ils sont d'abord écrits pour nos fidèles. Que les autres lecteurs fassent un petit effort ou me demandent directement des éclaircissements. Après tout, nous n'écrivons pas le bulletin pour des débiles.

Je n'ai pas appris à parler pour ne rien dire. Mon silence veut parfois dire des choses que la parole ne saurait exprimer, pour lesquelles la parole viendrait à contre-temps. Mes paroles concises et laconiques, qui sortent du silence habituel du moine, doivent être mâchées et digérées, sinon elles produisent l'effet contraire.

votre hm. Cassien

Dieu a accordé aux fils des hommes la mauvaise tentation de se distraire dans la vanité, pour qu'ils n'inclinent pas vers le pire.

Saint Pierre Damascène
L'ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR

(Homélie du métropolite Philarète de Moscou, prononcée à l'église du monastère des Miracles, le 20 mai 1854.)

Nul homme vivant dans son corps ne fut témoin de la Résurrection du Christ en cet instant mystérieux de la nuit ou de l'aurore profonde où elle s'accomplit. Il en fut ainsi peut-être à cause du caractère même de cet événement dans lequel le Corps visible lui-même de Jésus Christ, se transformant en Corps spirituel et glorifié, s'éleva majestueusement au-delà des limites du monde visible. Mais, en outre, les choses furent ordonnées de cette manière probablement aussi parce que la foi n'était pas encore mûre pour cette haute contemplation: car une manifestation céleste et divine, pour celui qui s'y trouve préparé par la foi, la pureté, l'amour de Dieu, et l'humilité est une lumière qui éclaire et vivifie, tandis que, pour celui qui n'y est point préparé et qui n'est pas purifié, c'est un éclair foudroyant. De plus, les choses furent ordonnées de cette manière vraisemblablement pour donner lieu à un acte élevé de foi, et à la rémunération plus élevée encore de cet acte, selon cette parole de Jésus Christ: Bienheureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru (Jn 20, 29).

Au contraire, plusieurs ont vu de leurs yeux l'Ascension du Seigneur au moment où elle s'accomplit. Cela fut ainsi assurément parce qu'alors la foi de plusieurs était déjà mûre pour cette contemplation divine. Cela fut ainsi sans doute pour confirmer, par une preuve manifeste, ceux aussi qui étaient encore plus faibles dans la foi, comme on vit Thomas l'être le jour de la Résurrection du Christ.

Le saint évangéliste Luc témoigne que le Seigneur ressuscité - et, semble-t-il aussi, montant au ciel - fut vu non seulement des onze apôtres, mais encore des autres qui étaient avec eux (Lc 24, 33-50).

Puisque le Seigneur Lui-même a daigné vouloir que la contemplation de ses divines merveilles fût d'un accès si facile, accompagnons, nous aussi, par la pensée, ceux qui en ont été les témoins oculaires, afin de voir aussi prêt et aussi clairement que possible ce spectacle que les cieux ont admiré avec le même ravissement que la terre. La voie que nous suivrons, ce sera le récit évangélique, et notre guide, le saint évangéliste Luc.

Il écrit : Il les conduisit hors de la ville jusqu'à Béthanie. C'est-à-dire, le quarantième des jours durant lesquels le Seigneur ressuscité se montra aux apôtres et s'entretint avec eux du royaume de Dieu, Il leur apparut à Jérusalem; ensuite, les précédant, Il les mena par les rues de la ville, et Il en sortit par la porte où commençait le chemin du Mont des Oliviers.

Le Seigneur ressuscité était apparu à ses disciples, non seulement à Jérusalem, mais encore sur le chemin d'Emmaüs, et, en Galilée, sur la montagne et sur le bord du lac de Tibériade: pourquoi donc, à la fin, ne leur apparut-Il pas précisément à l'endroit même qu'il avait choisi pour son Ascension, mais à Jérusalem, pour les conduire hors de la ville? Il n'est pas douteux que comme tous les actes de sa divine sagesse, celui-ci encore ne fût rempli d'un sens profond. Cela signifie que la grâce se retire de l'ancienne Jérusalem, parce qu'elle n'a pas reçu, lorsqu'Il est venu chez les siens (Jn 1,11), le Christ qui lui était promis, parce qu'elle a consenti à voir retomber sur elle son Sang répandu pour le salut du monde, et parce qu'elle s'est ainsi préparée à elle-même, par l'incrédulité et le déïcide, l'abandon et la ruine. Et, comme Celui qui était venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour sauver celles qui étaient perdues, commençait déjà à choisir ses élus, prenait les meilleures pierres de l'ancienne cité, et, par l'art d'une céleste architecture, - par la parole de vérité et du salut - les purifiait et les préparait pour le nouvel édifice, alors, pour montrer qu'Il ne favorisait pas ce qui était vieilli et passé, qu'Il ne mettait point une pièce neuve à un vêtement usé, qu'Il ne versait point de vin nouveau dans de vieilles outres, mais qu'Il préparait un nouveau vêtement de salut, de nouveaux vases de grâce, une nouvelle cité vivante du Royaume céleste sur la terre, Il porte les pierres vivantes qu'Il a choisies de l'ancienne cité dans un lieu découvert, libre, élevé, pour y bénir la nouvelle Église qu'Il fonde, comme autrefois. Il bénit sa création nouvelle dans le paradis terrestre. Il les conduisit hors de la ville jusqu'à Béthanie, et Il éleva ses Mains, et Il les bénit. Il éleva ses Mains au ciel et les étendit sur ceux qu'Il bénissait, pour montrer qu'Il donnait une bénédiction céleste et toute divine, aussi étendue que l'espace que peuvent atteindre ses Mains dans lesquelles sont toutes les extrémités de la terre (Ps 94, 4). Quelles furent les paroles de cette bénédiction? - Saint Luc ne le dit point; mais nous croyons que ce fut un torrent de grâce divine, de vie et de force, qui ne remplit pas seulement les vase présents, mais qui se répandit et se répand sur toute l'Église du Christ jusqu'au dernier chrétien vraiment digne de ce nom, et jusqu'au second avènement du Fils de Dieu. Il est plus probable qu'à cette bénédiction appartiennent ces paroles de Jésus Christ que nous a transmises saint Matthieu : Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. (Mt 28,20).

Et il fut fait que, pendant qu'Il les bénissait, Il s'éloigna d'eux et s'éleva au ciel. Remarquez que l'évangéliste ne dit pas : Quand Il les eut bénis, quand il eut achevé sa bénédiction, mais : Pendant qu'Il les bénissait, pendant qu'Il continuait à les bénir. Quelle merveilleuse manière d'agir! Le Seigneur bénit, et, sans mettre fin à sa bénédiction, en continuant à bénir, Il s'élève au ciel. Qu'est-ce que cela signifie? C'est qu'Il ne veut pas mettre de terme à sa bénédiction, mais qu'Il continue sans fin à bénir son Église et tous ceux qui croient en Lui. Songeons, mes frères, que, si nous croyons, aujourd'hui encore ses Mains sont étendues sur nous, et ses regards, et sa bénédiction. Quelle joie pour ceux qui L'aiment ! Quel sujet d'opprobre et de terreur pour ceux qui L'oublient dans les vanités du monde !

La limite d'où part le Seigneur pour commencer son Ascension est le Mont des Oliviers. Pourquoi ce mont est-il choisi pour cela, et non pas un autre lieu? Il est permis de penser que c'est parce qu'il a été d'abord le lieu de prédilection sanctifié par ses stations et ses prières fréquentes, et surtout parce que c'est là que les souffrances par lesquelles Il nous a rachetés ont commencé par une tristesse d'âme profonde jusqu'à la mort, par une prière laborieuse jusqu'à l'effusion d'une sueur de sang. En changeant le lieu où a commencé sa passion en celui où s'est accomplie sa glorification, Il a fait entendre par là que sa passion et sa glorification sont également essentielles à l'harmonie de l'économie divine de notre salut, qu'elles constituent une même chaîne d'or forgée dans la fournaise de la sagesse infinie de Dieu pour attirer au ciel l'humanité tombée du paradis.

Et où sont les limites auxquelles doit atteindre l'Ascension du Seigneur? Si une réponse à cette question est possible à la bouche de l'homme, on peut la trouver dans ce texte de l'apôtre: Celui qui est descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses (Ep 4,10). Joignons à ces paroles l'affirmation de l'Évangéliste que le Seigneur monté au ciel est assis à la droite de Dieu (Mc 16,19), mais sans attribuer à cette expression rien de corporel ni de sensible. On entend quelquefois un homme dire d'un autre homme: Il est ma main droite, sans penser qu'un homme soit devenu une main; mais on comprend par là qu'il est attaché à un autre comme sa propre main, et qu'il agit exactement selon sa volonté, de la même manière que la main droite agit exactement en concordance avec la gauche. Combien moins doit-on appliquer ses idées corporelles au Dieu incorporel, mesurer l'espace à un Dieu infini et présent partout! Quand on entend dire que le Christ est assis à la droite de Dieu le Père, il faut comprendre qu'Il a avec Lui une même omnipotence, avec Lui une même gloire, une même direction souveraine du gouvernement du monde entier et surtout de l'Église et de ceux qui sont sauvés. En général, n'élève pas audacieusement l'essor d'une pensée scrutatrice à cette hauteur incommensurable: il y a là une lumière inaccessible (1 Tim 6,16). Si ton oeil est incapable de supporter la lumière créée du soleil visible, comment l'oeil de ton esprit, qui n'est pas encore débarrassé de sa fange, pourrait-il soutenir la lumière du Soleil éternel des esprits, devant lequel les plus élevés des anges eux-mêmes se couvrent le visage? Les regards des apôtres ne purent eux-mêmes suivre le Seigneur loin dans son Ascension : un nuage Le reçut et Le déroba à leurs yeux. Et de même qu'alors ils se prosternèrent devant Lui, toi aussi, après un humble regard de foi vers le ciel, tombe, fils de la poussière, humblement dans la poussière, et révère l'ineffable grandeur dans un adoration silencieuse.

L'effet que produisit sur les apôtres, selon le témoignage de l'évangéliste, l'ascension du Seigneur, peut paraître surprenant: ils retournèrent à Jérusalem remplis d'une grande joie. Pourquoi cela? Ils se réjouissent, parce qu'à présent, leur foi est parfaite et leur esprit ouvert à l'intelligence des mystères du Christ : ils croient, et ils savent que le Christ a brisé, par sa Résurrection, les portes de l'enfer et en a fait sortir les croyants, ainsi, par son ascension, Il ouvre les portes du ciel et y introduit les croyants. Ils se réjouissent, parce que leur amour est parfait, il est doux pour eux de voir leur Sauveur bien-aimé entrer au ciel, dans la béatitude et la gloire, quoique eux-mêmes restent sur la terre pour les combats et les souffrances. Ils se réjouissent, parce que leur espérance est parfaite: ils attendent et pressentent que le Seigneur monté au ciel leur enverra bientôt, selon sa promesse, un autre consolateur, l'Esprit saint, et enfin, que selon la prédication de l'ange, ce Jésus qui s'est élevé au ciel viendra de la même manière (Ac 1,11), et qu'Il les prendra avec Lui (Jn 14,3).

O bienheureux sont-ils avant la béatitude céleste! Mais si, mes frères, une pareille félicité est désirable pour nous aussi sachons qu'elle ne nous est pas refusée, à nous non plus. Écoutez ce que dit l'apôtre saint Pierre de tous ceux en général qui croient en Jésus Christ et qui L'aiment: vous L'aimez sans L'avoir vu, et ne Le voyant pas davantage aujourd'hui, mais croyant en Lui, vous vous réjouissez d'une joie ineffable et glorieuse (1 P 1,8). Conservez donc une foi vive en Jésus Christ, réchauffez en Lui, et, selon la mesure de votre constance dans ces efforts, vous serez, dès cette terre, comblés d'une joie ineffable et glorieuse.

Enfin, ne laissons pas passer sans attention, mais considérons pour nous instruire et pour en faire le modèle de notre conduite, le soin que prirent les apôtres de conserver et de nourrir en eux le sentiment bienheureux qui leur fut donné à l'Ascension du Seigneur. Ils étaient toujours dans le temple, louant et bénissant Dieu (Lc 24,53). Héritiers du ciel! Après quoi nos pensées et nos désirs errent-ils toujours sur la terre? Recueillons-les dans le vestibule du ciel; soyons toujours dans le temple, par une indissoluble union avec l'Église par la foi, par une participation assidue à ses prières et à ses mystères, par une obéissance pratique à ses lois et à son enseignement de la vie. Voilà le chemin qui nous aussi, nous conduira au ciel, et il n'y en a pas d'autre. Amen.

La parole de Dieu ne veut pas tout livrer dans la clarté, ni non plus tout abandonner dans l'obscurité, mais elle fait ce qui est bon. C'est là, dit saint Jean Chrysostome, un grand bienfait de Dieu, que certains passages des divines Écritures soient clairs et d'autres obscurs. Par les uns nous accédons à la foi et à la ferveur, alors qu'une totale incompréhension pourrait nous faire tomber dans l'incroyance et la nonchalance. Par les autres nous nous éveillons à la recherche et à la peine, nous nous délivrons du désespoir, et nous trouvons l'humilité, car nous ne pouvons pas comprendre par nous-mêmes.

LA CIVILISATION

A. Kalomiros

 

On dit que le Pape est très optimiste pour l'avenir de l'humanité. Certes, il faut qu'il le soit! Telle est l'humanité dont il rêve depuis des siècles. Qu'il admire maintenant l'oeuvre de ses mains!

Tous ces hommes cultivés, intelligents, comme il faut, sont ses disciples. C'est lui qui les a initiés le premier aux mathématiques et aux lettres. C'est lui qui les a initiés à Aristote. C'est lui qui leur a appris la philosophie à l'époque où ils étaient encore des barbares. C'est à lui qu'ils doivent la civilisation.

La papauté n'a pas prêché le christianisme. Elle n'avait dans son apparence, comme dans sa pensée, rien de commun avec les pêcheurs de Galilée. La papauté porta la civilisation aux Européens. Si quelqu'un a le droit de revendiquer la constitution d'une civilisation «gréco-chrétienne», c'est bien la papauté.

Mais quelle relation peut-il exister entre le christianisme et la civilisation? Quelle relation peut avoir la religion qui dit : «Nous n'avons pas ici-bas une cité qui demeure; nous cherchons celle qui est à venir» avec la civilisation, c'est-à-dire l'effort de l'homme à vouloir s'établir de façon aussi confortable que possible sur la cité terrestre?

Et pourtant, si on examine attentivement les prédications et les efforts de la plupart des «chrétiens», on verra que ce qu'ils recherchent et ce qu'ils souhaitent, ce n'est pas tant la gloire de l'Église que la gloire de la civilisation.

De tels «chrétiens», le monde les veut et les accepte parce qu'à la base, ils ont les mêmes buts. Les autres, ceux qui ne parlent pas pour une civilisation «gréco-chrétienne», mais pour le monachisme, pour l'ascèse, pour la prière et qui ont pour pain quotidien la vision continuelle de la cité future, ceux-là, le monde les hait parce qu'il ne les sent pas lui appartenir. Les premiers, il les caractérise comme «des hommes vraiment religieux». Les seconds, comme des «bigots», des «fanatiques», et comme niant la vie.

La parenté d'idée qui existe entre les «orthodoxes» qui parlent pour une civilisation «gréco-chrétienne» et les adeptes de la papauté est étonnante. La même mentalité, les mêmes buts, la même indifférence pour la Vérité et la vie mystique. Leur «christianisme» est un vernis, une vision du monde qui remplit leur vide et rend leur vie terrestre encore plus confortable.

De tels «chrétiens» ne manqueront jamais. Ils seront toujours prêts à des compromis afin d'avoir la foule avec eux.

Et comme le Pape, ils sont également optimistes quant à l'avenir de l'humanité et ils ont raison, car tous deux luttent pour bâtir la civilisation. La civilisation se bâtit et se bâtira mieux de jour en jour pour leur plus grande satisfaction. Ce sera une civilisation qui respectera les valeurs, car la civilisation n'existe pas sans valeurs, et ces valeurs n'existent que parce qu'elles sont utiles pour la civilisation. Seulement, ces valeurs n'empêcheront pas la mort de remplir le coeur des hommes. Car ces valeurs sont des sacrifices offerts à l'idole «homme». Ce n'est pas un culte rendu à Dieu.

Quand l'empereur Léon le Sage fut exilé de Constantinople, raconte-t-on, sa mère ne pouvait trouver sa consolation ailleurs que dans le souvenir permanent du nom de son fils. Elle répétait cette phrase si souvent que même son perroquet avait appris à la répéter. L'âme qui aime Jésus doit faire de même. Comme Jésus est au ciel, il n'est pas présent de manière que l'âme puisse le voir et se réjouir de sa Présence; alors son seul moyen de consolation reste le souvenir constant de son divin Nom.

saint Nicodème l'Hagiorite

LE CHEMIN DIFFICILE
A. Kalomiros

 

Tout ce qui est écrit ici ne s'adresse ni au monde, ni à de tels «chrétiens». Ceci est adressé aux quelques élus qui, eux-mêmes, risqueront d'être égarés à la fin des temps.

Dans les organismes chrétiens, dans la papauté et le protestantisme, il y a, en effet, des âmes qui désirent réellement Dieu et qui cherchent la cité future, mais ni leur milieu, ni leurs maîtres ne les laissent trouver le chemin que leur coeur désire.

Que ces quelques élus fassent attention, qu'ils fassent grande attention. Le diable n'agit pas toujours comme tel. Dans la plupart des cas, il se présente comme un «ange de lumière». Il prêche le christianisme «un peu différent de l'authentique»; avec ce piège, il ramasse dans ses filets beaucoup plus qu'en lançant une armée entière d'athées et de Dioclétiens. Il stigmatise les fidèles en les caractérisant comme intolérants, étroits d'esprit, fanatiques et ritualistes. C'est de cette manière que s'éleva contre l'Église du Christ la persécution la lus terrible qui ait jamais existé.

Parce que les hommes craignent plus les critiques qui diminuent leur honneur et leur réputation que l'épée des persécuteurs. Très peu nombreux sont ceux qui peuvent accepter le sacrifice d'être considérés comme stupides, mais dans le monde actuel, il est inévitable qu'un véritable chrétien soit désigné comme stupide ou du moins comme étroit d'esprit. Très peu ont le courage d'avancer dans une telle perspective qui approche le martyre.

Pour cela, la plupart préfèrent le chemin facile des compromis, et le prêchent avec fanatisme.

Jamais les idolâtres n'ont haï les chrétiens avec autant de haine que ne les hait le monde «chrétien» d'aujourd'hui. La tolérance de convention est trompeuse. Le monde tolère seulement les «chrétiens» qui font route avec lui. Ceux qui appliquent le «christianisme» social et s'efforcent d'être toujours à la page. Les autres, qui n'acceptent pas d'altérer leur foi, il les hait. Mais cette haine du monde, c'est un critère pour comprendre si nous sommes de véritables chrétiens: «Si le monde m'a haï, il vous haïra également.» (Jn 15, 18).

Nous voyons tout ce qui périt dans ce vaste univers, et, malheureux que nous sommes, la mort d'autrui ne nous avertit pas plus de la nôtre propre que si nous vivions sous un autre soleil. Nous perdons nos amis, en face de nous, loin de nous, la douleur nous arrive là par la vue, ici par l'ouïe. Nos parents chéris meurent au déclin de l'âge; une épouse chérie est enlevée du sein même de l'époux; la mort arrache le frère aux embrassements du frère, et peut-être que celui-là était plus jeune. Ce n'est point par ordre d'âge que nous sommes enlevés de la vie, car le père est témoin souvent des tristes funérailles de son fils. Nul cependant ne croit prudemment ce qu'il voit, et l'on s'aperçoit néanmoins que l'on peut souffrir ce que l'on ne veut pas. Tout cela vient pourtant de ce que, dans nos actions iniques, nous regardons la mort comme un mal éternel, et que, c'est un gain nous semble-t-il, de subir le plus tard possible les peines dont la loi sainte menace nos crimes... Heureux l'homme qui regarde la mort comme la légitime fin des labeurs: il s'est prémuni contre les peines qu'il appréhendait.

Heureux celui qui, en face de ce grand jugement, de ce solennel jugement réservé aux peuples, aux cités, et dans lequel tout sera recherché avec sévérité, heureux qui peut espérer d'un coeur ferme, d'un visage serein, et qui se repose avec confiance sur la probité de la vie...
Saint Orientius d'Auch
LES FRERES DU CHRIST

 

L'Écriture sainte fait partie de la Tradition de l'Église; et c'est cette même Tradition qui en est la clef. Beaucoup de mots et de faits dans la Bible ne sont compréhensibles qu'en les complétant par d'autres données de la Tradition. Si on se contente d'expliquer la sainte Écriture par elle-même, on en est souvent réduit à des théories, des suppositions, des hypothèses.

C'est ce que font les Protestants dans leur «Nouveau Dictionnaire Biblique» au sujet des «frères du Seigneur».

Voilà vraiment des hiboux qui tendent le cou vers la lumière! Si on ne veut pas comprendre, on ne comprend rien du tout! Dans leur incrédulité concernant la virginité de Marie, ils se tournent de tous côtés pour trouver une issue, et font dire à la Bible ce qu'elle ne dit pas.

Quand l'évangile parle des frères de Jésus, il faut comprendre le vocable dans le contexte biblique, et non selon notre français moderne. «Frère», dans ce contexte, peut aussi bien dire «demi-frère», que «cousin», par exemple, et a donc un sens plus large que notre mot français: «frère». Cela n'exclut certes pas que l'hébreu et le grec aient des mots spécifiques, adéquats, pour dire «cousin», «frère de lait», etc.

Qui sont donc les frères et soeurs de Jésus dont parle l'Écriture? A travers la Tradition sacrée, nous savons qu'il s'agit des enfants du premier mariage de Joseph, l'époux de Marie la Vierge. Saint Joseph était fort avancé en âge quand il prit sous sa protection la Toute-Sainte et qu'il l'épousa. Il était veuf et ses fils s'appelaient: Juste, Simon, Jude et Jacques. L'une de ses deux filles avait le nom d'Asia.

Il y a aussi un autre Jacques, fils d'Alphée, qui est un cousin de Jésus. Jacques, le fils de Joseph - et donc le demi-frère de Jésus - est celui qui fut plus tard le premier évêque de Jérusalem et que la Tradition appelle le «frère de Dieu».

Quant au fait que le Christ soit appelé «Premier-né de Marie» (Lc 2,7), cela ne veut pas forcément dire que Marie a eu d'autres enfants par la suite. («Le premier engendré est dit premier-né: qu'il soit seul-engendré ou le premier parmi d'autres frères», saint Jean Damascène). Bien au contraire, nous savons par la Tradition qu'elle resta vierge après son enfantement.

Bien sûr, par la seule raison et la Bible en main, il est impossible de sonder les mystères de la foi. Ce serait rabaisser la réalité de la foi au niveau de la philosophie et des recherches scientifiques.

C'est dans la Tradition sacrée que tout s'explique, par la foi véritable que tout se comprend, et avec un coeur pur que tout s'expérimente.

hm. Cassien

Ayant accompli l'économie divine à notre égard,

et ayant uni les habitants de la terre à ceux du ciel,

Tu T'es élevé au ciel, Christ notre Dieu, en gloire,

sans nullement T'éloigner, mais demeurant inséparablement

avec ceux qui T'aiment, leur criant :

«Je suis avec vous et personne ne peut rien contre vous.»

Kondakion de l'Ascension

L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

Le métropolite Nicodème au Mont Athos :

Il y a quelques temps déjà en URSS, une rumeur circulait de bouche à oreille qui parlait du voyage du métropolite Nicodème en Grèce. Après avoir séjourné à Athènes, ce dernier devait accomplir un voyage au Mont Athos. C'est alors qu'un événement extraordinaire se produisit quelques instants devant l'icône miraculeuse du monastère d'Iviron. Cette icône était arrivée seule sur le Mont Athos et, sans le secours de l'homme, s'était élevée au-dessus des portes du monastère d'Iviron pour signifier que ce n'est pas elle que l'on protégera, mais elle qui protégera le monastère et le Mont Athos de tous ses ennemis. Lorsque le métropolite Nicodème arriva sur la Sainte Montagne, la lampe qui pendait devant l'icône se balança si fort que l'huile déborda et la lampe s'éteignit. Quoique fissent les moines pour que la lampe ne remue plus, l'huile débordait et la flamme s'éteignait. Quand le métropolite Nicodème, après avoir visité la Sainte Montagne, s'en alla, la lampe se remit à briller tranquillement comme auparavant....

Le signe de Dieu a montré qui était Nicodème. Il est l'ennemi de Dieu!

L'arrivée à Jérusalem du patriarche de Moscou ou plutôt du «patriarche soviétique» Pimène fut aussi marquée par un signe indiscutable de Dieu. Lorsque Pimène visita le Saint Tombeau de notre Seigneur, il ne put passer par la «porte» à cause de son obésité. Son embonpoint ne lui a pas permis de passer. Il resta coincé dans le passage. Il ne pouvait plus avancer, ni reculer. Seule la présence d'esprit des diacres grecs le sauva. Ils poussèrent le patriarche...

(Témoignage d'habitants de ces deux saints endroits).

Rencontre de touristes avec l'évêque Nicodème :

Voici une impression au plus haut point curieuse de touristes visitant l'URSS et qui ont rencontré au monastère de la Trinité Saint Serge ce membre de la hiérarchie de «l'Église soviétique»:

- «L'évêque Nicodème nous a particulièrement fait mauvaise impression; c'est un homme corpulent aux yeux cruels et avec une médaille soviétique sur la poitrine. (...)

Tous le craignaient beaucoup. Même le fondé de pouvoir des affaires de l'Église Russe auprès du conseil des ministres d'URSS "se tenait devant lui au garde à vous." Tout contact personnel ou intime entre nous et les serviteurs du monastère Saint Serge s'interrompait momentanément dès qu'apparaissait la dure figure de Nicodème. De ses petits yeux cruels, il réussissait à suivre chacune des personnes présentes, bien que nous ayons été plus de vingt. Il nous hypnotisait littéralement.»

(Journal La Russie Orthodoxe 1961, n°7)

Ce n'est pas en vain qu'on dit : «Les yeux sont le miroir de l'âme.»

Le petit peuple parle du métropolite Nicodème comme du «général du KGB»!

Et on peut encore entendre : «Le métropolite Nicodème est le ténébreux génie de notre Église (soviétique)».

L'évêque de Krasnodar :

Les prêtres de l'Église de Labinsk dans la région de Krasnodar n'étaient pas d'accord entre eux. Un jeune prêtre menait une campagne contre l'ancien. La paroisse se divisa. Les uns étaient du côté du jeune et les autres du côté de l'ancien. La majorité était du côté du jeune prêtre. Dans le tohu-bohu des reproches et des accusations mutuels, la majorité en arriva à accuser un partisan du vieux prêtre de gaspiller les deniers de l'église. Mais cette personne n'avait rien à voir avec la caisse de l'église.

Et ce partisan, pour se justifier, ayant réuni quelques centaines de signatures de paroissiens, se rendit à Krasnodar au siège épiscopal, pour se plaindre de l'injustice qui régnait dans la paroisse. Il amena avec lui deux hommes comme témoins. Ils arrivèrent à Krasnodar(, trouvèrent la résidence de l'épiscopat, entrèrent. Dans le hall, un jeune homme le secrétaire, était assis à une table:

- «Bonjour, nous venons voir l'évêque.»

- «Pour quelle affaire?»

Ils expliquèrent ce qui les amenait. Le secrétaire se leva et rentra dans une pièce. Il ressortit et demanda:

- «Mais qui d'entre vous ira voir l'évêque?»

- «Comment cela, qui? Nous sommes tous venus pour expliquer l'affaire sous tous ses aspects, ensemble.»

- «Non!», répondit le secrétaire, «Un seul d'entre vous peut se rendre auprès de l'évêque.»

- «Mais pourquoi? Nous aurions voulu tous ensemble expliquer...»

- «Non! C'est le règlement, un seul peut entrer. Qui vient?

Il était évident que le principal intéressé serait celui qui irait. Il déclina son identité.

- «Entrez!» dit le secrétaire en montrant la porte du doigt. Le plaignant ouvrit la porte et entra dans la pièce constituant le «bureau de l'évêque». Celui qui venait d'entrer fut étonné par son ameublement. Il n'y avait rien de religieux dans ce bureau; aucune icône, mais au contraire, sur tout un mur, du plafond au plancher, pendait un portrait de Lénine, et sur le fond du tableau représentant le «chef des peuples» se tenait un petit homme (en comparaison avec le portrait en uniforme) qui portait des bottes à la façon des soldats, une culotte bouffante du même genre, une tunique, et n'avait pas d'épaulettes. Cet homme s'adressa à celui qui venait d'entrer:

- «Qu'y a t-il pour votre service?»

- «Je viens voir l'évêque.»

- «Parlez, s'il vous plaît.»

- «Non je ne peux pas, je suis venu voir l'évêque», expliqua-t-il.

- «Et bien, c'est moi! Parlez! De quoi s'agit-il?»

Le pauvre solliciteur était si perdu en voyant cet «évêque» dans une telle apparence et surtout dans une atmosphère aussi étrange, qu'il perdit, semble-t-il, la mémoire, et par la suite, il n'arriva pas à se souvenir de ce qu'il avait dit à «l'évêque». Il ne se rappela pas ce qui s'était passé. Il ne revint à lui et ne se remit du choc qu'au moment où «l'évêque» faisait, de ses mots impuissants, un discours cohérent. Ce n'est qu'alors que la mémoire lui revint, comme au sortir d'un rêve, et il se mit à expliquer son affaire. Bien sûr, il ne pouvait être question, comme il disait à Labinsk, de «se mettre à genoux devant l'évêque et de le supplier avec des larmes dans les yeux». Il avait devant lui l'un des étranges évêques de cette «Église» que le pouvoir soviétique avait bien voulu donner au peuple, un «évêque» n'ayant rien de commun avec ce titre ecclésiastique!

Le solliciteur exposa son problème de façon désordonnée et sans persuasion, et demanda de l'aide. L'homme en uniforme promit de débrouiller l'affaire. Et tout se termina là-dessus.

(Communiqué par un habitant de Labinsk)

Opinion d'un haut membre du parti sur «l'épiscopat» de «l'Église soviétique».

Bien sûr, il aurait été tout à fait intéressant de rapporter l'opinion d'importants communistes sur «les évêques» et sur «l'Église soviétique» créée par le parti. Parmi les théoriciens communistes, l'apparition de cette «Église» créée directement par l'appareil tchékiste a provoqué des attitudes spontanément négatives. Les plus hauts membres du parti, très familiers avec la technique de sélection de cette haute hiérarchie (ecclésiastique) exprimèrent parfois leur opinion presque ouvertement au sujet de cette «opération».

Un des habitants, né dans la capitale, ayant terminé ses études à la faculté de droit M.G.OU. avant la révolution, officier pendant la grande guerre et prêtre sous le régime soviétique, prêtre consacré personnellement par le patriarche Tikhon, donne l'avis d'un haut membre du parti de Moscou:

- «Dites-moi, s'il vous plaît, votre opinion personnelle. Comment vous comportez-vous envers les nouveaux "évêques" apparus de manière inattendue dans "l'Église" dirigée par le métropolite Serge?» Lui demanda-t-on.

- «Tout d'abord, je ne respecte pas ces évêques pour la raison suivante: chacun d'eux a dans la poche une clé d'un bureau privé à la Loubianka (immeuble des services secrets et prison à Moscou).»

Ceci est clair. Et se passe de commentaires.

(Témoignage d'un prêtre moscovite.)

Cependant il convient d'apporter un éclaircissement déjà connu du public. Il s'agit de la déposition d'un transfuge, ancien tchékiste; Rastvorov, lors d'un interrogatoire de la sous-commission du congrès américain le 12 avril 1956. Rastvorov parle:

«Le major général Karpov était le chef de la section religieuse dans l'état-major M.V.D. En même temps, il occupait le poste de président du Comité aux affaires religieuses du Conseil des Ministres d'URSS.

Morris: A-t-il reçu ce poste de président du Comité religieux en rapport avec son service au NKVD?

Rastvorov: Oui.

Morris: Bien. Maintenant, pouvez-vous décrire de façon plus détaillée le rôle déterminé qu'il jouait?

Rastvorov: Comme vous le savez, l'Église en Russie n'est pas indépendante comme s'efforce de le démontrer maintenant le gouvernement soviétique. Elle dépend entièrement de l'état et l'état dirige toute l'activité de l'Église en Union Soviétique. De plus, il ne dirige pas seulement toute l'activité de l'Église Orthodoxe, mais y envoie aussi des agents du MVD.

Morris: Vous dites que dans l'Église s'infiltrent des agents du MVD?

Rastvorov: Oui. Je pense qu'il faut noter qu'à la fin de la Deuxième guerre, quand...

Morris: De la Deuxième guerre mondiale?

Rastvorov: Oui, de la Deuxième guerre mondiale, quand le gouvernement a permis à l'Église d'agir librement en Union Soviétique, l'Église organisa des séminaires, un ou deux semble-t-il, et quelques personnes, pas beaucoup, y allèrent, mais beaucoup de gens de l'Etat-Major du MVD furent envoyés dans ces séminaires comme étudiants.

Morris: Furent-ils envoyés comme étudiants, ou bien pour surveiller les étudiants?

Rastvorov: Non. Ils ont envoyé des officiers, des officiers des services du renseignement dans ces séminaires, et par la suite, ils sont devenus évêques dans beaucoup d'églises.»

(Sténographie du procès-verbal. Sénat américain, 12 avril 1956.)

(à suivre)


L'AME APRES LA MORT

(suite)

 

Tiré de «The Orthodox Word»

La partie la plus importante de nos investigations est maintenant devant nous: l'évaluation et le jugement de ces expériences par les critères de l'enseignement et de l'expérience authentiquement chrétiens de la vie près la mort, et la définition de leur sens et signification pour notre temps. Il est d'ores et déjà possible cependant de donner une estimation préliminaire de l'expérience du «ciel» si communément rapportée de nos jours: la plupart ou peut-être même la totalité de ces expériences ont peu de choses en commun avec la vision chrétienne du ciel. Elles ne sont pas spirituelles, mais mondaines. Elles sont si rapides, si facilement obtenues, si communes, si terrestres dans leur imagerie qu'elles ne supportent pas une sérieuse comparaison avec les vraies visions chrétiennes du ciel de par le passé (dont certaines seront décrites plus loin). Même leur côté le plus «spirituel» - le sentiment de la présence du Christ - ne fait que nous convaincre de l'immaturité spirituelle totale de ceux qui l'éprouvent. Plutôt que de produire une terreur profonde, la crainte de Dieu et le repentir que la présence de Dieu a provoqués dans les saints chrétiens (dont l'exemple de saint Paul sur la route de Damas peut être pris comme modèle [Ac 9, 3-9]), les expériences d'aujourd'hui produisent des sensations de «confort» et de «paix» bien plus familiers aux mouvements spiritistes et pentecôtistes modernes.

Néanmoins, il est indéniable que ces expériences sont extraordinaires; beaucoup d'entre elles ne sauraient être réduites à de simples hallucinations, et elles semblent se produire au-delà des limites de la vie terrestre au sens ou nous l'entendons habituellement, dans un royaume situé, pour ainsi dire, quelque part entre la vie et la mort.

Quel est ce royaume? C'est la question qui nous intéresse maintenant. Pour y répondre, nous nous tournerons d'abord vers le témoignage authentiquement chrétien, et ensuite - comme le font le Dr. Moody et d'autres qui ont écrit sur ce sujet - vers les écrits d'occultistes modernes et d'autres qui prétendent avoir voyagé dans ce royaume. Cette dernière source, correctement comprise, corrobore, de façon surprenante, la vérité chrétienne.

Pour commencer donc, posons la question: selon l'enseignement chrétien, quel est le royaume où va l'âme, tout de suite après la mort?

Le royaume aérien des esprits.

Pour comprendre dans quel royaume l'âme entre au moment de la mort, nous devons le considérer dans le contexte de la nature de l'homme. Nous devrons être renseignés sur la nature de l'homme avant sa chute, sur les changements qu'elle subit après la chute, et sur les possibilités qu'il a d'entrer en contact avec des êtres spirituels.

Peut-être le plus concis parmi les traités orthodoxes sur ce sujet se trouve dans le livre de l'évêque Ignace Brianchaninov que nous avons déjà cité à propos de la doctrine orthodoxe concernant les anges. L'évêque Ignace a consacré un chapitre de ce livre à la discussion de la «perception sensorielle des esprits» - c'est-à-dire aux apparitions angéliques et démoniaques perçues par des hommes. Dans ce qui suit, nous allons citer ce chapitre, qui donne l'enseignement orthodoxe des Pères, transmis avec sobriété et précision par un des grands Pères orthodoxes des temps modernes. (Sous-titré par le traducteur).

La nature originelle de l'homme.

«Avant la chute de l'homme, son corps était immortel, étranger aux maladies, à sa grossièreté et à sa lourdeur actuelles ainsi qu'aux sensations pécheresses et charnelles qui lui sont maintenant naturelles. (Saint Macaire le Grand, Homélie 4). Ses sens étaient incomparablement plus subtils, leur activité incomparablement plus étendue et totalement libre. Vêtu d'un tel corps, avec de tels organes des sens, l'homme était capable de la perception sensorielle des esprits aux rangs desquels il appartenait en âme; il était capable de communion avec eux, de ces visions et communions avec Dieu qui sont naturelles aux esprits saints. Le saint corps de l'homme n'était pas une barrière, ne séparait pas l'homme du monde des esprits. L'homme, vêtu d'un corps, était appelé à vivre au paradis où maintenant seuls les saints, et seulement dans leur âme, sont capables de séjourner, et où les corps des saints monteront aussi après la résurrection. Alors ces corps laisseront dans la tombe leur grossièreté qu'ils assumaient après la chute; ils deviendront spirituels, esprits même, selon l'expression de saint Macaire le Grand (Hom. 6, ch. 13), et manifesteront en eux-mêmes les mêmes qualités qui leur avaient été données lors de leur création. Alors les hommes se rangeront à nouveau parmi les esprits saints et seront en pleine communion avec eux. Nous avons un exemple de ce corps à la fois corps et esprit dans le Corps de notre Seigneur Jésus Christ après sa Résurrection.»

La chute de l'homme.

«Par la chute, l'âme et le corps de l'homme ont changé. Au sens strict, la chute a aussi été une mort pour eux. Ce que nous appelons la mort est en fait seulement la séparation du corps et de l'âme, mais les deux ont déjà été mis à mort par une mort éternelle bien avant les infirmités de notre corps, sa sujétion à l'influence hostile des diverses substances du monde matériel, sa grossièreté, ce sont des conséquences de la chute. En raison de la chute, notre corps est entré au rang de ceux des animaux; il existe avec une vie animale, la vie de sa nature déchue. Il sert de prison et de tombe à l'âme.

Ces expressions que nous avons employées sont fortes. mais aussi fortes qu'elles soient, elles n'expliquent pas de façon adéquate la descente de notre corps de la hauteur de la condition spirituelle à la condition charnelle. On doit se purifier par un repentir attentif, on doit sentir au moins un peu en nous la liberté et la hauteur de la condition spirituelle, pour comprendre la misérable condition de notre corps, sa condition mortelle causée par son éloignement de Dieu.

Dans cette condition mortelle, en raison de leur extrême grossièreté et épaisseur, les sens corporels sont incapables de communier avec les esprits, ils ne les voient pas, ils ne les entendent pas, ils ne les perçoivent pas. Ainsi, la hache émoussée ne peut plus remplir sa fonction originelle. Les esprits saints évitent la communion avec les hommes qui sont indignes d'une telle communion; tandis que les esprits déchus, qui nous ont entraînés dans leur chute, se sont mêlés parmi nous, et, dans le but de nous tenir plus aisément en captivité, s'efforcent de se dissimuler et de nous cacher les chaînes dont ils nous lient. Et lorsqu'ils se révèlent, ils le font pour renforcer leur domination sur nous.

Nous tous qui sommes esclaves du péché, devons comprendre que la communion avec les saints anges est anormale pour nous en raison de notre éloignement d'eux par la chute; que ce qui nous est naturel, pour la même raison, c'est la communion avec les esprits déchus au rang desquels nous appartenons en âme; que les esprits qui apparaissent de façon sensible aux hommes qui sont en état de péché et de chute sont des démons, et jamais de saints anges. Une âme souillée, dit saint Isaac le Syrien, n'entre pas dans le pur royaume des esprits saints et ne peut les côtoyer. De saints anges n'apparaissent qu'à de saints hommes qui ont recouvré la communion avec Dieu par une vie de sainteté.

(à suivre)

L'APPARITION DE LA SAINTE CROIX EN 351, A JÉRUSALEM

A Jérusalem, le mardi avant l'Ascension, le 7 mai 351, à la troisième heure du jour, la précieuse et vivifiante Croix apparut à tout le peuple, resplendissante de lumière, s'étendant du Golgotha jusqu'au Mont des Oliviers. Aussi le peuple des fidèles tout entier accourut-il à l'église, où, dans une joie surabondante, ils glorifièrent Dieu pour ce prodige merveilleux. Saint Cyrille, évêque de Jérusalem, en écrivit à l'empereur Constance, fils de Constantin le Grand, pour le confirmer dans la foi orthodoxe.

VIE DE SAINT MACAIRE DE CORINTHE

Issu de l'illustre famille des Notaradès, qui avait déjà donné à l'Église saint Gérasime de Céphalonie (1509-1579), et deux patriarches de Jérusalem, le bienheureux Dosithée (1641-1707), et son neveu Chrysanthe, le saint hiérarque Macaire est né à Corinthe en 1731 et reçut le nom de Michel. Nous savons que: «dès sa première enfance, il se fit remarquer par sa piété et donna des signes d'une grande âme et d'une grande ardeur pour le bien.»

Ses débuts monastiques se déroulèrent dans le monastère de Méga Spiléon, dans le Péloponnèse. Le patriarche oecuménique Samuel 1e (1768-1774) le sacra métropolite de Corinthe. Mais, lors de la première guerre russo-turque (1768-1777), sous Catherine II, et de la révolte des Grecs de 1769, les Turcs arrêtèrent des membres de la famille Noraras et bannirent le nouveau métropolite de sa ville. Pendant son séjour à l'île d'Hydra, saint Macaire rencontra pour la première fois saint Nicodème de la Sainte Montagne. Les deux spirituels se revirent par la suite et collaborèrent pour la rédaction de maints ouvrages, les Synaxaires, des traités apologétiques, et surtout la Philocalie.

Ennemi farouche de l'humanisme occidental et de toute innovation il ne cessa de lutter aux côtés de saint Nicodème et du bienheureux Athanase Parios, ce nouveau Marc d'Éphèse, pour le retour à la Tradition authentique de l'Église en matière liturgique, sacramentelle, canonique et patristique. Saint Macaire fut une des plus belles figures du mouvement anti-libéral et traditionaliste des Collyvadès.

C'est dans ce cadre-là qu'il écrivit son ouvrage admirable: Au Sujet de la Communion Fréquente aux très Purs Sacrements du Christ, où il se prononçait chaleureusement en faveur de cette dernière, les saints Canons et les écrits des saints Pères à l'appui. Il traduisit aussi en grec le Catéchisme du métropolite Platon de Moscou et une Vie de saint Christodule. Très humble, il fit publier sous d'autres noms la plupart des ouvrages qu'il écrivit. Ses fils spirituels étaient nombreux et ses activités incessantes. Souvent en mer, voyageant vers Chios (où il s'endormit le 16 avril 1805), Patmos, où il enseigna, ou Smyrne, dont il fut un évêque exemplaire, aidant les pauvres et les jeunes gens dans leurs études. Le peuple lui-même le proclama saint. Sa mémoire est fêtée le 17 avril. Ses saintes reliques, à Chios, sont une source de grâces.

Par les prières de ton saint, Seigneur Jésus Christ, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.