Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes

sous la juridiction de S.B. Mgr. André
archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 16

AVRIL 1981

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE
CHRIST EST RESSUSCITÉ 
HYMNE PASCALE
LE LIBÉRATEUR PRÉFIGURÉ PAR SAMSON
POUR UN CATALOGUE DES SAINTS DE BRETAGNE
RÉCIT DU TRANSFERT DES RELIQUES DES SAINTS ABDON ET SENNEN
NÉCESSITÉ DU BAPTEME
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE
L'AME APRES LA MORT
"COMMENT T'APPELLERONS-NOUS ?"

Je ne cherche pas à plaire, mais à vous faire du bien; je ne réclame ni vos applaudissements, ni vos suffrages : je ne veux que votre perfection et votre salut.

Saint Jean Chrysostome.
CHRIST EST RESSUSCITÉ 

Sur la certitude de cette affirmation est basée toute notre foi. Car, si le Christ n'est pas ressuscité, mangeons, buvons, comme dit l'Apôtre. Mais puisque la Résurrection de notre Sauveur nous est la réalité la plus sûre, nous croyons fermement que nous sommes ressuscités avec Lui et qu'Il nous a libérés de l'esclavage du péché.

Pâque est la fête des fêtes, la solennité des solennités et tout le mystère de notre salut tourne autour de la Résurrection.

La sainte Cinquantaine et la semaine sainte de la Passion nous ont amené successivement et progressivement vers le point culminant - Pâques. Et c'est Pâque à son tour, qui donne tout son sens à notre pénitence et à la Passion salvatrice du Christ. Le Seigneur Jésus ne serait pas ressuscité s'il n'avait d'abord subi la Passion; et nous ne ressusciterons pas avec Lui si nous restons dans nos péchés, si la pénitence fait défaut, ce revirement de tout notre être, du péché vers Dieu.

Christ est ressuscité - vraiment Il est ressuscité !
votre hm. Cassien

Toute la sainte Cinquantaine des jours après Pâque est un rappel de la Résurrection espérée. Car ce jour un et premier, multiplié sept fois, constitue les sept semaines de la sainte Cinquantaine; commençant et finissant par un, elle déroule ce même un cinquante fois; elle imite ainsi l'éternité, commençant, comme dans un mouvement cyclique, au même point et terminée au même; pendant cette cinquantaine, la coutume de l'Église nous a appris à préférer la station debout pour la prière, transportant pour ainsi dire notre esprit du présent à l'avenir par ce rappel manifeste. Par ailleurs, chaque fois que nous plions les genoux et que nous nous relevons, nous démontrons en acte avoir été jetés à terre par notre péché et rappelés au ciel par la miséricorde de Celui qui nous a créés.

26e canon de saint Basile
HYMNE PASCALE

C'est la pâque, la pâque du Seigneur, clame l'Esprit.
C'est la pâque, non pas en figures, mais réelle;
ce n'est plus l'ombre, mais la pâque du Seigneur en toute vérité.
Le sang versé est un signe, un signe de la vérité qui devait venir.
Il est la première figure de l'Esprit, l'image de la première onction.

"Je verrai le sang, et je vous protégerai."
 
En vérité, Jésus, Tu nous as protégés contre un désastre sans nom,
Tu as étendu tes Mains paternelles, Tu nous as abrités sous tes Ailes,
Tu as versé le sang d'un Dieu sur la terre, pour sceller l'alliance sanglante
en faveur des hommes que Tu aimes.
Tu as éloigné les menaces de la colère;
Tu nous as rendu la réconciliation qui est de Dieu... 
O Toi qui es seul entre les seuls, et qui es tout en tous,
que les cieux aient ton Esprit, et le paradis ton Ame...
mais ton Sang, qu'il appartienne à la terre...

O coryphée de la danse mystique! O fête de l'Esprit!
O pâque de Dieu qui descend du ciel sur la terre et qui de la terre remonte vers le ciel.
Solennité nouvelle et universelle, assemblée de toute la création!

O joie universelle, honneur, festin, délices : les ténèbres de la mort sont dissipées,
la vie à tous est rendue, les portes des cieux se sont ouvertes.

Dieu est devenu homme, et l'homme est devenu dieu.
Il a rompu l'emprise de l'enfer et les barrières qui retenaient Adam.
Le peuple des enfers est ressuscité des morts,
pour dire à la terre que les promesses sont accomplies.
Et les chants furent rendus à la terre.

O pâque de Dieu, le Dieu du ciel, dans sa libéralité, S'est uni à nous dans l'Esprit,
l'immense salle des noces s'est remplie de convives.

Tous portent la robe nuptiale, et nul n'est jeté dehors pour ne l'avoir pas revêtue.

O pâque ! Lumière de la nouvelle clarté, splendeur du cortège virginal !

Les lampes des âmes ne s'éteindront plus.

Chez tous le feu de la grâce brûle de manière divine, dans le corps et dans l'esprit,
et c'est l'huile du Christ qui brûle.

 

Aussi nous te prions, Dieu souverain, Christ, Roi dans l'Esprit et les éternités,
étends tes grandes Mains sur ton Église sacrée,
et sur ton peuple saint qui toujours T'appartient, défends-le, garde-le, conserve-le,
combats et livre bataille pour lui, soumets tous les ennemis à sa puissance,
jusqu'à l'écrasement des forces invisibles, qui déjà sont en déroute.

Lève maintenant ton étendard au-dessus de nous et donne-nous
de pouvoir chanter avec Moïse le chant triomphal.

Car à Toi est la victoire et la puissance dans les siècles des siècles ! Amen.

Saint Hippolyte de Rome

LE LIBÉRATEUR PRÉFIGURÉ PAR SAMSON

 

C'est bien le sens que laissaient présager les hauts-faits de ce fameux Samson, dont parle le Livre des Juges (16, 1-3). Quand il se fut introduit dans la ville de Gaza, la ville des Philistins, ceux-ci apprirent très vite son arrivée, bouclèrent immédiatement la ville avec des postes de garde, lui dépêchèrent des gardes, et furent tout à la joie d'avoir enfin capturé Samson l'homme fort. Ce que fit Samson nous le savons! A minuit, il emporta les portes de la ville et monta sur le sommet de la montagne.

De qui dans cet exploit, mes biens chers frères, de qui Samson est-il figure, sinon du rédempteur? Que signifie Gaza, sinon l'enfer? Qui sont les Philistins, sinon les Juifs perfides? - Quand ils virent le Seigneur mort, et son Corps déjà déposé au tombeau, ils dépêchèrent les gardes aussitôt et se réjouirent de tenir captif, comme Samson à Gaza, Celui qui s'était fait un nom comme auteur de la vie et que détenaient maintenant les antres de l'enfer. Mais Samson, au milieu de la nuit, ne s'était pas contenté de sortir de la ville, il en avait enlevé les portes: notre Rédempteur, en ressuscitant avant l'aube, ne s'est pas contenté de sortir libre des enfers, Il en a bel et bien aussi détruit les portes. Et comme Samson qui, après avoir enlevé les portes, monte sur le sommet de la montagne, le Christ renverse, par sa Résurrection, les portes de l'enfer et pénètre, par son Ascension, au Royaume de Dieu.

Saint Grégoire le Grand

Un vieillard a dit : «Tant que le corps a des désirs, l'âme ignore Dieu.»

POUR UN CATALOGUE DES SAINTS DE BRETAGNE

L'histoire des nations locales peut puissamment nous aider à déterminer la qualité de la foi, la façon dont elle s'est conservée, et comment elle s'est transmise. En étudiant l'histoire de la Bretagne, il me semble qu'il est possible de prolonger jusqu'à la fin du VIIIe siècle la glorification des saints ayant servi Dieu en terre bretonne.

Il est établi que l'on peut inscrire au calendrier des saints les chrétiens honorant Dieu par leurs exploits jusqu'au VIIe siècle, la période postérieure nécessitant examen.

C'est à cet examen que je voudrais contribuer par de brèves remarques historiques qui semblent avoir une grande valeur indicative en l'espèce.

Partant du principe que Charlemagne et les Francs contribuèrent à étendre, avec leur empire, l'hérésie filioquiste et les principes ecclésiologiques qui en découlent, la non-franquisation de territoires offre une preuve de maintien en ces derniers d'une foi ancestrale indemne de cacodoxie.

Or, dès 753, Pépin le Bref essaya d'envahir la Bretagne, n'arrivant qu'à s'emparer de Vannes et à y imposer tribut pour peu de temps. Il ne réussit qu'à provoquer une auto-défense du pays contre l'hégémonie franque.

Par trois fois (786, 799, 811), Charlemagne fit intervenir ses armées. Dévastations, soumissions éphémères et diplomatiques, suivies de révoltes: voici ce qui se déroulait en Bretagne alors indépendante. Cette nation resta donc en marge de la monarchie franque impériale qui imposait sa volonté plus efficacement aux Tchèques de Bohème ou aux Croates de l'Adriatique qu'aux Celtes de l'Armorique.

En envisageant cette situation sous l'angle purement ecclésial, il semble bien se vérifier que l'Église de Bretagne, née des saints de l'émigration de la Bretagne insulaire jusqu'au VIIe siècle, a gardé cette foi, transmise par eux.

Il est difficile de croire que la "théologie franque" ait pu pénétrer là où les armées de ce peuple étaient considérées comme ennemies.

Louis le Débonnaire, fils de Charlemagne, considérant le caractère précaire de la soumission des Bretons après la mort de l'un de leurs rois, crut trouver un allié en la personne de Nominoë, prince breton, qu'il lui croyait dévoué.

A l'image de Léon III, pape de Rome, ce dernier usa de diplomatie, et assura, avec la paix, une administration bénéfique en Bretagne.

Avec l'aide du moine Konwoïon, fondateur de l'abbaye de Redon, il favorisa la colonisation bretonne de la région située entre la Vilaine et le golfe du Morbihan, région qui constituait une brèche ouverte aux invasions franques.

A la mort de Louis le Débonnaire, et après réflexion, (de 840 à 843), le roi Nominoë entra en rébellion ouverte contre Charles le Chauve, roi de la Francie.

Après quelques batailles indécises, les Bretons se rendirent vainqueurs des Francs, à la bataille de Ballon en 845. Cette victoire de Nominoë devait assurer l'indépendance de la Bretagne. Charles le Chauve, après une nouvelle tentative infructueuse, signa la paix en 846.

Réorganisation de l'Église en Bretagne

Indépendant de fait, le roi Nominoë en profita pour réorganiser l'Église bretonne. Les trois évêques francs furent accusés de simonie (trafic des choses spirituelles).

Le moine Konwoïon (considéré comme saint en Occident), obtient du pape leur condamnation et leur remplacement par trois évêques bretons. Il obtient également pour Nominoë le droit de ceindre une couronne d'or aux jours de fête.

Ces événements me semblent dépasser le cadre historique, ou l'apologie de l'histoire des Bretons. Ils semblent donner une méthode de datation pour déterminer la période de maintien de la foi ancestrale en Bretagne continentale.

Les Francs considérés comme ennemis, leurs évêques traités en intrus, puis chassés comme simoniaques en 846, ces faits ne semblent guère indiquer une altération de la foi de l'Église en Bretagne au VIIIe siècle.

De plus, la fondation de cette Église étant surtout le fait de moines et d'abbayes jouant un plus grand rôle même que l'épiscopat diocésain, il est improbable que ces moines attachés à leur propre rite et à leurs propres pratiques liturgiques venues d'Irlande et de Bretagne insulaire, aient pu être polluées par les innovations franques.

Ceci semble prêcher pour l'inscription du moine Konwoïon (considéré comme saint en Occident) dans le ménologe orthodoxe.

La date du «concile de Charlemagne» à Aix la Chapelle datant de 809, son but visant à imposer le «filioque» à l'aide de ses armées n'aurait pu réussir, même provisoirement, en Bretagne avant cette date. Le début de ce VIIIe siècle semble donc parfaitement sain. Pour la période qui s'ensuit, et jusqu'au début du IXe siècle, sans doute faut-il considérer la "mauvaise volonté" des moines bretons à "romaniser" leurs rites, ce qui les amena à résister à la cacodoxie filioquiste par le biais de l'uniformisation des rites.

Là encore, quelques dates.

Dès 817, sous la pression de Louis le Débonnaire, la Bretagne fut sommée d'abandonner ses usages liturgiques celtiques. A cette date, les monastères étaient censés adopter la règle bénédictine. Ont-ils immédiatement obtempéré? On peut en douter, vu le climat de l'époque.

D'autre part, l'abbaye de Landevennec fondée par saint Gwenolé (Ý 532), dut conserver les usages celtiques jusqu'au IXe siècle.

Pour l'instant, aucune recherche ne permet de prouver la non-insertion du «filioque» dans les rites après le VIIIe siècle, et la romanisation progressive de l'Église en Bretagne. Le missel de saint Vougey (XIe siècle) est, fort probablement, pollué sur ce point.

Quelques études de chercheurs érudits peuvent cependant nous faire connaître la teneur de certains textes liturgiques en Irlande, mère de l'Église bretonne continentale.

Le texte du Credo de l'Antiphonaire de Bangor (vers 695): «Credo et in spiritum sanctum, deum omnipotentem, unam habentem substantiam cum Patre et Filio...»

Ce texte affirme donc la divinité de l'Esprit saint et sa consubstantialité avec le Père et le Fils, sans parler de la procession.

Plus net encore le Sacramentaire de Tallacht (en usage au IXe siècle): «Et in Spiritum Sanctum, dominum et vivificantum, ex Patre procedantem, cum Patre et Filio coadorandum et conglorificandum, qui locutus est per prophetas...»

La procession par le Père seul est ici nettement confessée.

Tel est donc l'esprit qui a pu perdurer en Bretagne continentale jusqu'au début du IXe siècle.

Cela permet aux hagiographes de dresser correctement un calendrier orthodoxe de Bretagne jusqu'au VIIIe siècle, et de le proposer, avec des exemples éventuels de bons chrétiens glorifiés par la voix populaire, mais ayant oeuvré avant cette date.

Quelques exemples de résistance à la romanisation :

Ces exemples sont antérieurs au «filioque». Il me semble utile de les citer, non pour privilégier les faits de résistance qui n'ont plus d'existence aujourd'hui mais pour en remarquer l'esprit. Cet esprit que l'on taxa à Rome de relever du schisme n'était rien d'autre que la défense du droit des Églises locales, et une lutte contre l'influence de Rome qui voulait tout englober.

D'autre part, les Irlandais et Bretons insulaires étaient fort éloignés de l'augustinisme, système qui tendait à devenir la doctrine de l'Occident. Nous savons quelles erreurs ce système engendra, et sans doute même peut-on y voir le père du «filioquisme» qu'Isidore de Séville ne fit que répéter à Tolède.

Ainsi l'Église d'Irlande entre-t-elle en conflit avec Rome à propos de la date de Pâques, pour un calcul des computs. L'affaire est très embrouillée, et on se tromperait en n'y voyant qu'une question d'ordre astronomique. Saint Colomban entra en conflit à ce sujet avec saint Grégoire le Grand. On peut en retenir avant tout le souci qu'avaient les chrétiens celtiques de demeurer fidèles à ce qui était prescrit, en toutes choses, et de dénier à Rome le droit de régenter les Églises locales de l'univers chrétien. La réforme romaine se termina même par des massacres, et c'est ainsi que la vieille Église de Bretons insulaires fut anéantie. La réforme romaine ne triompha pourtant en Irlande qu'avec le légat papal Gilbert de Limerick en 1110 et ne réussit vraiment qu'avec son successeur Malachie, archevêque d'Armagh.

Insulaires, les chrétientés d'Irlande entretenaient de bons rapports avec les chrétientés de l'Orient. Ainsi leurs monastères relevaient largement de l'organisation du monachisme égyptien, et ces ensembles monastiques étaient appelés «laure». Certains historiens avancent même que, pour connaître la liturgie celtique primitive, il faudrait connaître la liturgie primitive du Mont Athos.

Sur le plan architectural, on trouve à Rahan dans le Comté d'Offaly, une particularité unique parmi les églises irlandaises: le choeur est flanqué de deux petites salles, au nord et au sud, auxquelles on accède par de petits porches. Ces petites salles répondent au diaconicon et à la prothèse des églises de rite byzantin. Les mêmes particularités se retrouvent en Syrie et en Afrique du Nord aux Ve et VIe siècles, et dans quelques églises anglaises du VIIe siècle.

En dehors de la présence d'évêques au Concile d'Arles en 314, ces rapports avec l'univers catholique rangent ces chrétientés, sans aucun doute, dans le nombre des Églises orthodoxes ayant vécu au temps de l'Indivision en confessant la vraie Foi.

 

Quelques saints déjà glorifiés dans l'Église Orthodoxe :

Saint Patrick, dit l'Illuminateur de l'Irlande ( 461).

Saint Colomba, moine d'Iona ( 597).

Saint Colomban ( 615).

Saint Gwenolé, fondateur de Landevennec ( 532).

Saint Ronan, ermite à Locronan ( Ve siècle).

Saint Herven, moine exorciste ( 566).

Saint Riwal, prêtre, premier émigré breton.

Saint Gwenael, abbé de Landevennec, successeur de saint Gwenolé ( 650).

Saint Jezekaek, roi de Bretagne, abdiqua en 639 pour embrasser l'état monastique (Ý 658).

 

Les sept saints appelés "fondateurs de Bretagne" :

Saint Samson, évêque de Dol (Ve siècle).

Saint Corentin, évêque de Quimper ( 454).

Saint Paterne, évêque de Vannes ( 490).

Saint Brieuc, évêque de Saint Brieuc ( 590).

Saint Tugdual, évêque de Tréguier (VIe siècle).

Saint Paul, évêque en Léon (VIe siècle).

Saint Malo, évêque d'Aleth - aujourd'hui Saint Malo ( 627).

Cette liste est loin d'être limitative.

Je laisse à d'autres chrétiens orthodoxes plus compétents que moi, de fouiller avec soin l'histoire des saints de cette partie de la chrétienté. Je parle tout spécialement des chrétiens orthodoxes, car l'hagiographie ne se confond pas avec la simple recherche humaine sur une période historique donnée. Le regard du chrétien fouille plus avant, plus profondément, et il n'est pas arrêté par les obstacles dus au monde du péché.

Père Athanase Fradeaud-Guillemot, moine

Un vieillard a dit: «Ne t'étonne pas de ce que, étant homme, tu puisses devenir un ange. Car une gloire semblable à celle des anges t'est proposée, et Celui qui préside au combat la promet à ceux qui luttent.»

RÉCIT DU TRANSFERT DES RELIQUES DES SAINTS ABDON ET SENNEN

(d'après un manuscrit très ancien)

La vallée d'Arles sur Tech, à cause de la réverbération du soleil, est sujette à la grêle, à tel point qu'au moment de la récolte, les vignes perdaient feuilles et raisins, et les céréales ne fournissaient que de la paille sans grain. En outre sévissait en ces lieux une autre espèce d'orage tout aussi funeste: nuit et jour des bêtes sauvages et notamment des chats et même des singes, sans crainte des hommes, faisaient des incursions et ravissaient les enfants de leurs berceaux pour les dévorer, semant la terreur et l'horreur tant chez les clercs que chez les laïcs.

L'on tint conseil pour décider ce qu'il fallait faire. L'abbé du monastère Arnulphe, qui était un saint homme, recommanda des jeûnes et des prières et des processions pour que le Seigneur daignât délivrer son peuple de ces tribulations; mais ces moyens traditionnels n'aboutirent à rien, soit par la ruse du diable, soit par la malice de la population. Alors le saint abbé Arnulphe pensa que le mal pourrait être vaincu si l'on apportait à Arles des reliques de quelque saint. Il décida donc de se rendre à Rome, d'abord pour visiter les tombeaux des apôtres Pierre et Paul et des autres saints martyrs, et ensuite pour obtenir des reliques de la part du Pape.

Conduit par le Seigneur, il parvint à Rome et visita divers cimetières où reposent les corps des saints; or, il advint que le Pape, faisant la procession ou la station au cimetière de l'église Saint-Laurent, rencontra notre abbé, et, conversant avec lui, apprit ainsi les raisons de sa présence en ces lieux. Le Pape lui dit alors: «Je t'accorde les reliques que tu voudras, sauf celles des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et des bienheureux martyrs Etienne et Laurent». Et l'abbé de répondre: «Bienheureux Père, donnez-moi le temps d'une nuit pour demander à Dieu qu'Il daigne m'indiquer les reliques qu'il me faut emporter». Cette nuit-là donc, le saint abbé s'abîma dans la prière, puis, cependant, s'endormit un instant. En songe, il aperçut le cimetière de l'église Saint-Laurent, et dans ce cimetière deux tombes, et une voix lui fit savoir qu'il s'agissait de la sépulture des martyrs Abdon et Sennen, ajoutant: «Ce sont les reliques que Dieu vous concède pour mettre fin à la tribulation qui vous accable.» Averti de cette révélation, le Pape, convoquant tout le clergé, se rendit au cimetière et remit les reliques enlevées des tombeaux à l'abbé qui, prenant congé, s'apprêtait à revenir chez lui. Mais, par peur de se voir dérober un tel trésor, Arnulphe, astucieux, fit faire un tonnelet assez grand et arrangé de telle façon qu'il comporte trois compartiments étanches et contienne les reliques dans celui du milieu; les deux autres furent remplis de vin comme pour quelqu'un qui va s'embarquer.

Voici l'abbé à Gênes; au port, une femme possédée du démon, apercevant l'abbé et sa monture, s'écrie: «Malédiction, les saints de Dieu, Abdon et Sennen, sont ici». Ce qu'entendant, l'abbé prend du vin du baril et en offre à la femme; immédiatement, le démon, criant et puant, s'enfuit, laissant la femme délivrée.

Voici l'abbé en mer; une énorme tempête se lève; les nautoniers eux-mêmes ont peur; le vent brise le mat, et le naufrage est imminent. L'abbé se met à prier les saints, et l'on voit deux jeunes hommes, beaux au-delà de toute expression, qui redressent le mat et remettent les voiles au vent; et l'on arrive au port de Capdequers (Cadaquès) où, en souvenir de ce miracle, on érigea une chapelle en l'honneur de nos saints.

Voici l'abbé à la Junquera: une femme et deux enfants aveugles mendient; Arnulphe leur donne à boire; ils goûtent et se retrouvent aussitôt guéris.

L'abbé approche maintenant d'Arles; il ne juge pas convenable de porter le tonnelet sur ses épaules; il faut que l'entrée en ville soit digne; il embauche donc un homme et sa monture jusqu'au monastère. En traversant les villages, les cloches se mettent d'elles-mêmes à sonner; le muletier finit par s'en rendre compte et, quand aux approches d'Arles, ce fut au tour du clocher du monastère de s'ébranler, il se dit: «Par Dieu, je verrai bien si je porte des diables ou autre chose». Et il pique l'animal qui, s'écartant du chemin, tombe dans le Tech du haut d'un précipice, mais n'en continue pas moins à trottiner comme si de rien n'était et à arriver à destination plus tôt que le muletier et l'abbé qui l'accompagnaient.

Le clergé et le peuple firent à tous une grandiose réception dans la plus grande joie, et l'on déposa les reliques dans l'église Sainte-Marie. Et depuis lors, grâce aux mérites des saints, Dieu fit cesser les calamités qui ravageaient la vallée.

Que Dieu accorde la grâce souhaitée à tous ceux qui la demandent, par l'intermédiaire des bienheureux martyrs Abdon et Sennen !

Un vieillard a dit: «Souvenons-nous de Celui qui n'avait pas où reposer sa tête (Mt 8, 20). O homme, pense à cela et n'aie pas de pensées orgueilleuses. Vois ce qu'est devenu pour toi ton Maître: étranger et sans-logis. Oh! Quel ineffable amour Tu as pour les hommes, Seigneur. Pourquoi T'es-Tu humilié ainsi pour moi, ta créature, puisque Celui qui a tout créé d'un seul mot, n'a pas où reposer sa tête? Pourquoi t'agiter pour les richesses, ô homme misérable? Pourquoi t'aveugler par le manque de foi? Pourquoi t'illusionner? Pourquoi ne pas amasser les richesses qui subsisteront là-haut et y trouver tes délices?» «Connaissant tout, retenez ce qui est bon.» (1 Th 5,21)

NÉCESSITÉ DU BAPTEME

 

Je l'affirme, l'homme ne peut ressusciter sans avoir été régénéré par le baptême. En disant cela, je n'ai pas en vue la reconstitution et la restauration du composé humain; de toute façon, la nature doit s'y acheminer sous l'impulsion de ses propres lois, selon le plan de sa structure, qu'elle reçoive la grâce du baptême ou qu'elle reste exclue de cette initiation. Je veux parler ici de la restauration qui amène à l'état bienheureux, divin, qui supprime toute souffrance.

Tout ce qui reçoit le privilège de revenir à l'existence par la résurrection ne retourne pas à la même vie: il y a une grande distance entre ceux qui ont été purifiés et ceux qui ont encore besoin de l'être. Ceux qui auront harmonisé leur vie avec la purification du baptême s'acheminent vers ce qui constitue leur être profond. Or, à la pureté est étroitement unie l'absence de passions, et dans l'absence de passions réside sans conteste la béatitude. Quant à ceux dont les passions se sont invétérées et qui n'ont eu recours à aucun moyen d'effacer la souillure, ni eau du sacrement, ni invocation de la puissance divine, ni repentir qui les aurait amendés, de toute nécessité ceux-là doivent recevoir eux aussi la place qui correspond à leur conduite.

Saint Grégoire de Nysse

Tu es descendu dans les entrailles de la terre

et Tu as brisé les verrous éternels
qui retenaient les captifs, ô Christ,

et le troisième jour, Tu es sorti du tombeau

tel Jonas du monstre marin.

Gloire à ta sainte Résurrection, Seigneur!
Hirmos de la 6e ode (matines de Pâques)

L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

 

Le métropolite Nicolas lors d'un repas :

Ceci est rapporté par la personne même qui assista personnellement à ce dîner de gala. Le dîner eut lieu dans une maison privée à Soukhoumi. On se mit à table sans prières. A table avec le métropolite Nicolas, il y avait également un «évêque». La conversation aborda un sujet à propos duquel ce laïc (qui autrefois était membre du parti et athée, mais maintenant est un ferme croyant) se référa au saint apôtre Paul et répéta plusieurs fois cette référence: «L'apôtre Paul a dit... (telle et telle chose)... Le saint apôtre Paul disait ceci et cela... »

Soudain, «l'évêque» qui accompagnait le métropolite Nicolas coupa sèchement la parole à ce laïc: - «Nous ne croyons pas à ce Paul! A qui te réfères-tu?» Le métropolite ne réagit nullement à ces paroles. D'autant plus que, demandant son soutien, celui qui prononça ces paroles disait «nous» et dans ce «nous» était manifestement incluse l'opinion du métropolite lui-même. Le métropolite, par son silence, ne faisait qu'exprimer son accord avec ce qui avait été dit. Il est vrai que l'accord avec ce qui venait d'être dit par ce pronom personnel «nous» était un reniement évident des paroles de l'apôtre Paul, et non seulement un reniement de l'apôtre, mais un reniement du christianisme.

«C'est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux; mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 10, 32-33).

Si, à la place de ce métropolite, il y avait eu un dignitaire orthodoxe, il se serait levé, se serait signé et aurait dit:

- «Non, celui qui a dit ces paroles a parlé pour lui-même. Moi, je crois à l'apôtre Paul et je suis effrayé par ce reniement qui vient d'être prononcé. Et en signe de mon total désaccord avec lui, je quitte cette table.»

Cela aurait donné une issue digne à cette situation critique. Et par la manière dont a agi le faux métropolite Nicolas, celui-ci a démontré qu'il était tout à fait d'accord avec le faux évêque qui a renié l'apôtre et le christianisme.

Il en résulta qu'ils sortirent de table, à nouveau sans faire la prière. Ce qui était, de «leur» point de vue, «tout à fait logique».

(un participant au dîner)

Nicodème, le métropolite de Leningrad :

Il ne m'est arrivé d'entendre en URSS une autre opinion à propos de ce métropolite que celle proférant qu'il est communiste et athée. Et cela, non seulement dans le milieu des catacombes, ce qui serait compréhensible, mais cette opinion à son sujet circulait aussi parmi «les ecclésiastiques», c'est-à-dire les personnes qui appartiennent à «l'Église soviétique» dans laquelle il est «métropolite».

Avant tout il se considérait non seulement comme l'admirateur mais aussi le continuateur des «affaires» du métropolite et «patriarche» Serge à l'intérieur du pays et à l'extérieur comme le guide du chemin tracé par le «métropolite» Nicolas (Iarouchevitch). C'est pourquoi il se «libéra» de notions telles que «la vérité» et le «mensonge» et adopta la morale qui présidait dans le parti de Lénine et qui selon son goût appelle le noir blanc et le blanc noir. Ainsi il nia très tranquillement toutes les persécutions contre la foi et l'Église du Christ en URSS, comme son maître le métropolite Serge. Et quand on lui eut dit qu'à l'étranger avaient été publiés des documents irréfutables sur des persécutions, incroyables dans l'histoire du monde, contre la foi chrétienne, il répondit effrontément:

- «Nous allons nous mettre d'accord: vous publiez ces documents, et nous ("l'Église soviétique"), nous les réfuterons!»

- «Comment pouvez-vous au nom de l'Église défendre une telle injustice, répandre dans le monde un tel mensonge...Et qui fait cela? Les évêques de "l'Église"! Quelle duperie pour les croyants!»

- «C'est vous à l'Ouest qui réagissez ainsi. Nous sommes habitués et nous considérons que c'est dans l'ordre des choses.»

- «Mais c'est terrible!»

- «Je ne dis pas que ce soit bien ou mal, je constate le fait, simplement», répondit «l'élève» du métropolite Serge.

 

Donc, d'après ce métropolite, ce point de vue est celui de toute la hiérarchie de «l'Église soviétique»: cette fausse Église légalise officiellement à travers elle le droit au mensonge, en d'autres termes, elle légalise «la morale» du père du mensonge, le diable. Comme le dit notre Seigneur Jésus Christ:

- «Parce que la vérité n'est pas en lui; lorsqu'il dit des mensonges, il dit ce qu'il trouve en lui-même, car il est menteur et père du mensonge.» (Jn 8, 44).

Le métropolite déclare que «nous», c'est-à-dire «l'Église soviétique», ferons ce que fait le diable: nier la vérité et soutenir le mensonge. Telle est la voix du scandaleux mensonge mise en évidence dans la fausse Église par l'hypocrite métropolite Serge. Depuis lors, toute la fausse hiérarchie de Serge répète ce mensonge criminel. Or, en fait, les gens sont habitués au mensonge, non seulement en URSS, mais également «à l'Ouest». Ils considèrent cela «dans l'ordre des choses». Mais le commandement du Christ gardé dans les fondements de la véritable Église est le suivant:

- «Contentez-vous de dire, si cela est: cela est; ou, si cela n'est pas: cela n'est pas...» (Mt 5, 37)

Car l'Église du Christ est «la colonne et la base de la vérité» (1Tim 3,15). Et par conséquent, le mensonge dans la bouche de l'Église transforme celle-ci instantanément en fausse Église.

 

Le père Dimitri Doudko, en tant qu'opposant interne à cette fausse Église controversée, révèle la caractéristique principale de sa hiérarchie; après avoir dit que dans cette hiérarchie il existait un un courant patriarcal conservateur, qui s'efforce d'une certaine manière de rester ferme contre toute innovation et réforme, et qu'elle fait tout ce qui est agréable au pouvoir soviétique, il écrit:

- «Ils peuvent mentir. D'ailleurs, maintenant, tous peuvent mentir... Mais le mensonge reste le mensonge, quel qu'il puisse être...»

Ce témoin parle ici de la tendance représentée par le patriarche Pimène, qui utilise «la tromperie» et le «mensonge». Il en vient ensuite à décrire la deuxième tendance, illustrée par le métropolite Nicodème:

- «Cette tendance est progressiste, elle est pour les réformes. Ils peuvent tout. Et mentir, et transformer les faits. Ils misent sur la jeunesse quelle qu'elle soit. Rien ne les dégoûte. (...) [Ils savent] jeter de la poudre aux yeux! Ils peuvent coopérer avec n'importe qui, avec les organes de la Sûreté de l'Etat, avec d'autres confessions. L'oecuménisme est leur dada. Cette tendance est facilement reconnue à l'Ouest. Je crains qu'on [puisse] créer une "Église" à notre image, l'Église de ceux qui rusent».

(Semences [Posiev] N°2, 1979 p.23)

Nicodème s'apprête à devenir patriarche :

Même à un observateur extérieur, fortuit et impartial, de «l'Église soviétique», il était clair que le métropolite Nicodème préparait le terrain afin de devenir le «patriarche de Moscou». Le soutien du gouvernement de l'URSS lui était naturellement assuré. Pour atteindre ce but, il créa un imposant détachement de jeunes évêques et un clergé cultivé dont les membres étaient ses disciples. Ce groupe s'opposa aux partisans du patriarche Pimène. Les rapports entre ces groupes furent toujours très tendus. Dans les milieux du patriarcat, on disait qu'il existait officieusement deux hiérarchies, la première, celle du patriarcat, et la deuxième, celle du métropolite Nicodème. D'autre part, la première perdait de ses forces dans la mesure où elle s'appuyait sur un vieillard, la seconde, elle, rajeunissait et concentrait ses forces parce qu'elle misait sur la jeunesse. Les partisans du patriarche Pimène considéraient le métropolite Nicodème comme un rénovateur dissimulé. Et cet aspect de rénovation apparut clairement à travers les chemins «théologiques» empruntés par Nicodème à l'étranger. Il se présenta comme le nouveau découvreur et l'apologiste «de nouveaux dogmes» qui n'existaient pas dans l'enseignement du Saint Père. Il s'avéra que le métropolite Nicodème et son groupe de partisans avaient durant de longues années développé et répandu dans «l'Église soviétique» un enseignement entièrement nouveau «dans l'esprit d'un communisme religieux apocalyptique» dans lequel apparaît une formulation dogmatique des fondements de la foi chrétienne qui n'est pas celle des dogmes des Conciles oecuméniques.

(Léon Reguelson: Tragédie de l'Église russe. Paris, 1977)

 

Tout ceci avait attiré l'attention de la société (communauté) ecclésiastique. Un groupe de chercheurs; le père Nicolas Gaïnov et les laïcs F. Koreline, L. Reguelson et V. Kapitantchouk, dans une étude spéciale «adressée au concile régional de 1971» avaient attiré l'attention sur ce danger. Mais le seul résultat de cette action fut la perte pour le prêtre Gaïnov de sa place de prêtre dans une paroisse... C'est ainsi que «l'Église soviétique» remercia le groupe de zélateurs de «l'orthodoxie».

(Léon Reguelson, op. cit.)

(à suivre)

En Te voyant crucifié, ô Christ,

Celle qui T'a mis au monde s'écriait :

Quel étrange mystère je contemple, ô mon Fils?

Comment meurs-Tu attaché sur le bois dans ta Chair,

O Toi qui donnes la vie ?

Office de la sainte Résurrection.
L'AME APRES LA MORT

 

(suite)

Tiré de "The Orthodox Word"

Cette expérience est-elle vraiment différente de celles racontées par le Dr. Moody? S'agit-il là d'une vision chrétienne du ciel? (Mme Malz est de confession protestante et sa foi a été renforcée par cette expérience). Le lecteur orthodoxe n'en est évidemment pas aussi convaincu que les auteurs protestants cités plus haut. Sans même tenir compte de ce que nous savons sur la manière dont l'âme se dirige vers le ciel après la mort et de ce qu'elle doit affronter avant d'y arriver (cela sera commenté plus loin), cette expérience ne nous apparaît pas vraiment différente des autres. A part la coloration naturellement «chrétienne» que lui donne une fidèle protestante (l'ange, l'hymne, la présence de Jésus), il y a plusieurs éléments communs aux expériences «mondaines» de sentiment de bien-être et de paix (qu'elle décrit comme étant en contraste avec les mois de maladie et de douleurs), «l'être de lumière» (que d'autres identifient également à Jésus), l'approche d'une sorte de «royaume» différent situé au-delà d'une sorte de «frontière». Et puis, il est un peu étrange qu'elle voie le soleil d'ici-bas se lever au-dessus des murs de pierre précieuse, si c'est vraiment le ciel... Comment devons-nous interpréter cette expérience?

Dans plusieurs autres nouveaux livres, il y a un certain nombre d'expériences semblables. Leur examen rapide nous donnera une meilleure idée de ce dont il s'agit. L'un de ces livres est une compilation de d'expériences de «chrétiens» (protestants pour la plupart) mourants ou cliniquement morts (J.Myers, Voices from the Edge of Eternity). Dans une des expériences racontée dans ce livre, une femme «morte», après avoir été libérée de son corps, arrive à un endroit de grande lumière où elle regarde par une «fenêtre du ciel»:

«Ce que j'y ai vu a fait pâlir pour moi toutes les joies terrestres. Je languissais après le joyeux cortège d'enfants qui chantaient et s'ébattaient dans le verger de pommiers. Il y avait des fleurs odorantes aussi bien que des fruits mûrs et rouges sur les arbres. Comme j'étais assise là à savourer cette beauté, peu à peu, je devenais consciente d'une présence; une présence de joie, d'harmonie et de compassion. Mon coeur désirait faire partie de cette beauté». Après son retour dans son corps au bout de quinze minutes, «[Pendant] le reste de la journée et le lendemain, l'autre monde m'était beaucoup plus réel que celui dans lequel j'étais revenue.» Cette expérience a produit une joie d'apparence «spirituelle», comparable à celle de Mme Malz, et comme celle-ci, a donné une nouvelle dimension religieuse à sa vie; mais l'image du «ciel» qu'elle a vu était différente.

Une expérience vivante «après la mort» est celle d'un médecin de Virginie, Dr. G. C. Ritchie Jr. Un bref compte-rendu en a été publié dans Guidepost Magazine en 1963, et une version plus longue sera bientôt publiée sous forme de livre par Chosen Books sous le titre Retour de Demain. Dans ce compte-rendu, le jeune Ritchie (qui était déclaré mort), après une longue aventure de séparation du corps, est retourné dans la petite chambre où son corps était étendu, et ce n'est qu'à ce moment qu'il s'est aperçu qu'il était «mort», et c'est alors qu'une grande lumière qu'il sentait être le Christ a rempli la chambre: «une présence si réconfortante, si joyeuse et bienfaisante que je voulais me perdre pour toujours dans son admiration.» Après avoir vu des images rapides de sa vie passée, en réponse à la question: «Qu'as-tu fait de ton temps sur terre?», il a vu trois visions. Les deux premières semblaient être «d'un monde très différent qui occupait le même espace» que ce monde, mais avec encore beaucoup d'images terrestres (rues et campagnes, universités, bibliothèques, laboratoires). «Du monde de la fin, je n'ai eu qu'un instantané. Nous n'étions plus sur terre, mais infiniment loin, en dehors de tout contact possible avec elle. Et là, toujours à une grande distance, j'ai vu une ville, mais une ville construite - si telle chose est concevable - de lumière... Les murs, les maisons, les rues semblaient renvoyer de la lumière, et les êtres qui y évoluaient étaient d'un éclat aussi aveuglant que celui qui se tenait à mon côté. Ce ne fut que la vision d'un instant, car le moment d'après, les murs de la petite chambre se refermaient autour de moi, la lumière éblouissante disparaissait et un sommeil étrange m'enveloppait». Avant cela, il n'avait jamais rien lu sur la vie après la mort; et après, il est devenu très actif au service de l'Église protestante (Voices from the Edge of Eternity).

Cette expérience frappante s'est passée en 1943, et il se trouve que de telles expériences ne sont pas dues uniquement aux phénomènes produits par les techniques de réanimation de ces dernières années. Le ministre protestant Norman Vincent Peale enregistre quelques expériences semblables et les commente ainsi: «Hallucination, rêve, vision - je n'y crois pas. J'ai passé beaucoup trop d'années à parler avec des gens qui étaient arrivés à la limite de quelque chose, qui avaient jeté un coup d'oeil de l'autre côté et qui, tous, en avaient rapporté beauté, lumière et paix, pour avoir le moindre doute dans mon propre esprit.» (N. V. Peale, La Puissance de la Pensée Positive). Voices of the Edge of Eternity prend de nombreux exemples dans trois anthologies du XIXe siècle contenant des visions et des expériences d'agonisants; bien qu'aucun de ces exemples ne soit aussi détaillé que certains des témoignages plus récents, ils offrent une preuve suffisante du fait que la vision d'apparitions et de scènes de l'autre monde a été un phénomène tout à fait courant pour les agonisants. Dans ces expériences, ceux qui se sentent chrétiens et préparés à la mort éprouvent des sentiments de paix, de joie, voient de la lumière, des anges, le ciel, tandis que les incroyants (dans l'Amérique la plus fondamentaliste du XIXe siècle!) voient souvent des démons et l'enfer.

Le fait de ces visions une fois confirmé, nous devons maintenant poser la question de savoir quelle est leur nature: la vision du ciel est-elle vraiment si répandue parmi ceux qui, bien que mourant comme chrétien autant qu'il leur est possible, sont cependant en dehors de l'Église Orthodoxe? En jugeant de la nature et la valeur de telles expériences, nous commencerons par la même approche qu'au sujet de la «rencontre avec d'autres». Examinons les expériences de non-chrétiens pour voir si elles présentent des différences notables avec celles des vrais chrétiens. Si des non-chrétiens voient aussi souvent «le ciel» en mourant, ou «après la mort», nous devrons comprendre cette expérience comme quelque chose de naturel, qui peut arriver à n'importe qui, et non comme quelque chose de spécifiquement chrétien. Le livre des Drs. Osis et Haraldsson abonde en témoignages sur ce sujet.

Ces chercheurs rapportent quelques 75 cas de «visions de l'autre monde» parmi les malades mourants. Certains décrivent des prés et des jardins incroyablement beaux; d'autres voient des portes s'ouvrant sur une magnifique campagne ou ville; beaucoup entendent une musique d'outre-monde. Souvent, une imagerie plutôt mondaine y est mêlée, comme dans le cas de l'américaine qui allait en taxi dans un joli jardin, ou de l'indienne qui allait à son «ciel» à dos de vache, ou encore le new-yorkais qui, entré dans un luxuriant pré vert, avec son âme «remplie d'amour et de bonheur», a pu voir les édifices de Manhattan et un parc d'attractions dans le lointain.

Il est à remarquer que les Hindous, dans l'étude d'Osis-Haraldsson, voient «le ciel» aussi souvent que les chrétiens, et pendant que ces derniers voient «Jésus» et «les anges», les premiers voient des temples et des dieux hindous. Ce qui est plus remarquable encore, c'est que la profondeur de l'engagement des malades dans la religion ne semble avoir aucune influence sur leur capacité à avoir des visions d'outre-monde; «des malades très engagés voient des jardins, des portes, et le ciel aussi souvent, mais pas plus que ceux qui sont moins ou pas engagés du tout.» En effet, un des membres du Parti Communiste Indien, athée et matérialiste, a été transporté pendant son agonie à un «endroit très beau, pas de ce monde... Il entendait de la musique et quelque chant à l'arrière-plan. Quand il s'est rendu compte qu'il était vivant, il regretta d'avoir dû quitter ce beau lieu». Quelqu'un qui a tenté de se suicider racontait pendant son agonie: «Je suis au ciel. Il y a beaucoup de maisons autour de moi, des rues avec de grands arbres portant de doux fruits, et des petits oiseaux chantent dans les arbres». La plupart de ceux qui font une telle expérience ressentent une grande joie, de la paix et de la sérénité et l'acceptation de la mort; rares sont ceux qui ont envie de revenir dans cette vie.

Ainsi, il est évident que nous devions nous armer de prudence pour interpréter les «visions du ciel» qu'ont les mourants et les «morts». Comme précédemment en examinant la «rencontre avec d'autres» au chapitre 2, nous devons, encore une fois, distinguer clairement entre les véritables visions de l'autre monde accordées par la grâce, et une expérience purement naturelle qui, bien que située au-delà des limites normales de l'expérience humaine, n'est pas du tout du domaine spirituel et ne nous apprend rien de la juste réalité du ciel ou de l'enfer ou de l'authentique enseignement chrétien.

(à suivre)

Le roi des anges est couronné d'épines.

Celui qui déploie les cieux sur les nues
est revêtu de la pourpre de dérision.
Celui qui délivra Adam dans le Jourdain
reçoit des soufflets.
L'époux de l'Église est perforé de clous.
Le fils de la Vierge est percé de la lance.
Nous adorons tes souffrances, ô Christ.
Montre-nous aussi ta glorieuse Résurrection.
Office de la sainte Passion (quinzième antiphone)
"COMMENT T'APPELLERONS-NOUS ?"

L'Occident fut autrefois indiscutablement orthodoxe. Mais il est vrai, aussi, que pour revenir à l'Orthodoxie, il ne suffit pas de plonger les gens dans le baptistère. Tant de siècles d'hérésie ont laissé leurs traces. Il faut reconvertir la mentalité, la culture, la langue, etc. C'est tâche difficile mais indispensable. Il ne peut nullement être question d'accommoder l'Orthodoxie à l'homme et au monde occidental, mais bien d'élever ceux-ci à la hauteur de la foi orthodoxe.

N'imitons pas ces pseudo-orthodoxes qui font des concessions sur des questions de foi au profit d'une esthétique qui n'a pas su se purifier à la lumière de la Croix. Ils veulent à tout prix que leur orthodoxie soit française, coûte que coûte.

Je vais citer un exemple bien précis : quelques titres de la toute sainte Vierge Marie:

Le vocable de "Mère de Dieu", qui se dit en grec: "Miter tou Théou", est généralement aussi employé pour traduire d'autres dénominations qui n'ont aucunement le même sens.

"Théotokos" signifie "Enfantrice de Dieu". Bien sûr, le mot "Enfantrice" ne "fait pas beau", mais à quoi bon une beauté qui n'est pas vraie ? Une fois mon goût esthétique purifié, je trouverai beau ce qui, au yeux du monde, ne l'est pas. Nous n'avons pas à chercher cette beauté-là, celle du monde qui gît dans le mal, mais la beauté que le monde ne peut saisir.

"Mère de Dieu" et "Enfantrice de Dieu" ne veulent pas dire la même chose. Une mère peut être uniquement mère adoptive, sans avoir mis l'enfant au monde. Saint Joseph est le père du Christ, mais aucunement son géniteur. Ce n'est pas par hasard que nos Pères ont employé une fois le mot de "Mère" et une autre fois celui d' "Enfantrice". C'était bien au contraire pour mettre en relief toute la réalité du mystère.

Il y a encore un autre mot, qui n'existe même pas en français, et que les pseudo-orthodoxes traduisent également par "Mère de Dieu", c'est celui de "Théogénitora" en grec, qu'il faut traduire par "Génitrice de Dieu". Enfanter, c'est le rôle de la femme, et engendrer celui de l'homme,. Mais puisque la Toute Sainte a enfanté sans le concours de l'homme, nos Pères lui ont réservé aussi le titre de «Génitrice».

Ce sont donc trois aspects du même mystère qu'il ne faut ni confondre, ni réduire au titre de "Mère de Dieu".

Il n'y a pas non plus de sens à transcrire simplement les mots grecs si on peut les traduire - sans trahir, bien sûr - en français. Dire "Théotoke" ne signifie rien pour un français qui ignore le grec. Autant adopter avec l'Orthodoxie tout ce qui est grec : langue, culture, etc. C'est ce qu'on exige dans certains milieux russe et grec. Mais c'est l'attitude opposée extrême, qui n'a rien à voir avec la vraie attitude orthodoxe.

Il faut nous défaire de certains préjugés et ne pas tenir pour impossible ce qui est réalisable avec un peu de bonne volonté. Il ne faut pas enfermer l'Orthodoxie dans nos limites esthétiques, ethniques, culturelles ou autres, mais prendre l'Orthodoxie comme norme pour toute chose.

hm. Cassien