NUMÉRO 15

 Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

MARS 1981

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

NOUVELLES
DES SAINTS JEUNES
POUR SERVIR A LA COMPOSITION D'UN MÉNOLOGE OCCIDENTAL
CANTILENE DE SAINTE EULALIE
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE
L'AME APRES LA MORT
LE GRAND ABIME

Avant tout, laisse à tes enfants l'héritage d'une foi intacte et de saines doctrines ; ainsi tu conduiras vers le Seigneur, par le chemin de l'Orthodoxie, non seulement tes fils, mais encore les fils de tes fils

saint Jean Climaque
NOUVELLES

Voilà juste à temps le bulletin de mars. Il me reste encore à publier la traduction d'une prophétie, qui se promène, hélas, dans le désordre de l'hermitage. Saint Maniaque priez pour nous !

A nos nouveaux lecteurs, je répète ce qui a déjà été dit : Le bulletin est envoyé à qui le demande, sans aucune condition. Pourtant, les suggestions, critiques et dons sont toujours bienvenus. D'ailleurs, nous signalons chaque fois les dons reçus, de façon «semi-anonyme». Les donateurs s'y reconnaissent, ainsi cela m'évite de remercier expressément, et de cette manière, les bienfaiteurs ne seront pas frustrés de leur récompense de Celui qui demande que la main gauche ignore ce que donne la droite. Dieu merci, les dons couvrent généralement les frais du bulletin, et malgré son aspect modeste, il paraît - à en juger d'après les réactions -, que le bulletin est lu avec intérêt et profit. En face de toutes ces publications, «qui ont l'apparence de la piété, mais qui renient ce qui en fait la force» (2 Tm 3), comme dit l'Apôtre, je suis plus que peiné de ne pouvoir faire davantage et d'être limité par le temps, l'incapacité, l'incompétence. C'est bien vrai : peu d'ouvriers dans la vigne du Seigneur - et encore souvent mal qualifiés - et beaucoup de loups en peau de brebis, qui ravagent et égarent ceux qui voudraient être sauvés.

Bien à vous,
Hm. Cassien

Nous confessons retenir et prêcher la foi qui fut donnée dès le début par notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ aux saints apôtres, et qui, par ceux-ci, fut prêchée dans le monde entier. C'est cette foi qu'ont confessée, exposée et transmise aux Églises les saints pères, et en tout nous les suivons.

Actes du concile de Constantinople en 553.
DES SAINTS JEUNES

Dans la Loi, Dieu avait prescrit aux fils d'Israël d'offrir chaque année la dîme de tous leurs biens (cf. Nb 1). Ce faisant, ils étaient bénis en toutes leurs oeuvres. Les saints apôtres, qui le savaient, décidèrent, pour procurer à nos âmes un secours bienfaisant, de nous transmettre ce précepte sous une forme plus excellente et plus élevée, à savoir l'offrande de la dîme des jours mêmes de notre vie, autrement dit leur consécration à Dieu afin d'être, nous aussi, bénis dans nos oeuvres et d'expier chaque année les fautes de l'année entière. Ayant fait le calcul, ils sanctifièrent pour nous, parmi les trois cent soixante-cinq jours de l'année, les sept semaines de jeûne. Car ils n'assignèrent au jeûne que sept semaines. Ce sont les Pères qui, par la suite, convinrent d'ajouter une autre semaine, à la fois pour exercer à l'avance et comme pour disposer ceux qui vont se livrer au labeur du jeûne, pour honorer ces jeûnes par le chiffre de la sainte Quarantaine que notre Seigneur passa lui-même dans le jeûne. Car les huit semaines font quarante jours, si l'on en retire les samedis et les dimanches, sans tenir compte du jeûne privilégié du Samedi Saint, qui est sacré entre tous et l'unique jeûne du samedi dans l'année, mais les sept semaines, sans les samedis et les dimanches, font trente-cinq jours, et en y ajoutant le jeûne du Samedi Saint et de la moitié constituée par la nuit glorieuse et lumineuse, on obtient trente-six jours et demi, ce qui est très exactement la dixième partie des trois cent soixante-cinq jours de l'année. Car le dixième de trois cents, c'est trente ; le dixième de soixante, six ; et le dixième de cinq, un demi. Ce qui fait trente-six jours et demi, comme nous le disons. C'est, pour ainsi dire, la dîme de toute l'année que les saints apôtres ont consacrée à la pénitence pour purifier les fautes de l'année entière. Heureux donc, frères, celui qui, en ces jours saints se garde bien, et comme il convient ; car s'il lui est arrivé, comme homme, de pécher par faiblesse ou par négligence, Dieu a précisément donné ces saints jours, pour qu'en s'occupant soigneusement de son âme avec vigilance et humilité, et en faisant pénitence pendant cette période, il soit purifié des péchés de toute l'année, alors son âme est soulagée de son fardeau, il s'approche avec pureté du saint jour de la Résurrection et devenu un homme nouveau par la pénitence de ces saints jeûnes, il participe aux saints mystères sans encourir de condamnation, il demeure dans la joie et l'allégresse spirituelle célébrant avec Dieu toute la cinquantaine de la sainte Pâque, qui est, a-t-on dit «la résurrection de l'âme», et c'est pour le marquer que nous ne fléchissons pas le genou à l'église durant tout le temps pascal.

Saint Dorothée de Gaza
«Oeuvres spirituelles»
Sources chrétiennes - Les Éditions du Cerf

Saint Jean de Lycopolis disait : «Il faut attendre patiemment la mort comme le passage à une vie heureuse, ne pas se préoccuper à l'avance de la faiblesse du corps, ne pas se remplir le ventre, fut-ce même de mets communs - car si l'on est plein, dit-il, on subit les mêmes tentations que les gens qui vivent dans le luxe -, mais s'efforcer par l'ascèse d'atteindre à l'insensibilité aux appétits. Ne recherchons jamais la facilité et le relâchement, mais acceptons aujourd'hui resserrement et compression, pour qu'il nous soit donné en héritage d'avoir nos coudées franches dans le royaume du Christ. «Car c'est par beaucoup de pressures, dit l'Écriture, que nous devons entrer dans le royaume» (Ac 14,22). «Étroite la porte, resserrée la voie qui mène à la Vie, et peu nombreux sont ceux qui la trouvent» (Mt 7,14) ; «large la porte, spacieuse la voie qui mène à la perdition, et nombreux sont ceux qui s'y engagent» (Mt 7,13). Mais pourquoi, dit-il, nous montrer négligents ici-bas, si nous devons aller un peu plus tard à un repos éternel ?

Un ancien a dit : «Je préfère un échec supporté humblement à une victoire obtenue avec orgueil.»


POUR SERVIR A LA COMPOSITION D'UN MÉNOLOGE OCCIDENTAL

Athanase Fradeaud-Guillemot

 

La résurrection de l'Orthodoxie en Occident s'accompagne souvent d'une véritable redécouverte des pays qui le composent. Cette redécouverte ne repose pas sur une doctrine politique, où l'exaltation outrancière du nationalisme, mais sur l'histoire des saints qui ont sanctifié la terre d'Occident.

Ce véritable ressourcement nous permet d'ailleurs de redevenir «nous-mêmes» et de faire véritablement revivre un pays sous le regard de Dieu. Et c'est là, me semble-t-il, que l'on corrige ce monde du péché qui obscurcit aussi bien la culture locale et nationale, que la politique des dirigeants de tous les temps.

Avec les saints, nous confessons la foi véritable, et nous retrouvons donc véritablement une vraie vision du sol qu'ils ont sanctifié par leur ascèse et leurs reliques. C'est ainsi que nous redevenons nous-mêmes, et que nous pouvons considérer notre pays avec un oeil purifié.

Aussi faut-il dégager la geste de l'Église d'Occident de tout ce qui la défigure, retrouver sa véritable histoire, hors des apologies romaines, pour reconnaître les saints d'avant le schisme qui ont dispensé fidèlement la parole de vérité, et qui souvent sont morts pour elle.

Avant toute chose, il faut se rappeler que la date «officielle» du schisme, 1054, est celle donnée par l'historien romain Baronius, et elle est aussi arbitraire qu'artificielle. Nul, à l'époque, n'avait remarqué cette date comme celle d'une véritable séparation.

Il faut se souvenir que le processus qui a marqué l'éloignement de Rome de l'Église orthodoxe est long et complexe. L'apparition du «filioque» au concile de Tolède de 569 fut d'abord plus une réaction exagérée et fausse contre l'arianisme qu'une hérésie au sens strict. Cette fausse doctrine, dictée par un manque de réflexion évident, fut pourtant confirmée en Occident jusqu'à devenir une hérésie formelle dont se surent servir certains empereurs pour asseoir leur puissance.

La seconde «proclamation» du filioque eut lieu lors d'un concile local de Tolède en 633. Ce concile de Tolède, quatrième du nom, s'était tenu sous la présidence d'Isidore de Séville. Cette seconde proclamation, plus insistante, rencontra la désapprobation de l'Église, qui se refusa à glorifier parmi les saints Isidore de Séville. Pourtant, cette question demeura non résolue pendant plus de deux cents ans, jusqu'au début du IXe siècle.

Le pouvoir qui voulut se servir de l'Église

C'est à la limite des VIIIe et IXe siècles, que le roi des Francs, Charlemagne, fut proclamé Empereur du Saint Empire Romain. Nouvel empereur, Charlemagne attendait de son «confrère» d'Orient le respect et l'amitié dûs à un confrère. Un refus de marier la fille de Charlemagne avec Constantin le fils de l'impératrice Irène, conduisit Charlemagne à une étrange «théologie».

On entre ici dans les ténèbres du monde du péché qui veut se servir de l'Église, et non point servir l'Église. Charlemagne prétendit alors tout simplement faire opposition aux décisions du VIIe concile oecuménique. Rien moins que cela. En 794, les forts piètres réfutations des théologiens francs furent réunies, insultantes pour le saint concile oecuménique, dans les fameux «Livres Carolins», que Charlemagne fit «reconnaître» par son concile de Francfort. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Mais ces réfutations étaient si grossières, si maladroites, et si théologiquement incultes, que l'Église orthodoxe ne put y répondre que par le mépris.

Charlemagne ne s'arrêta donc pas là, et entreprit de proclamer comme article de foi un nouveau dogme entérinant la doctrine du «filioque», qui à cette époque, avait déjà pénétré en Gaule et en Angleterre.

L'empereur s'adressa donc au pape de Rome Léon III lui demandant de ratifier le «dogme» adopté lors du concile d'Aix-la-Chapelle en l'an 809.

Le pape répondit avec diplomatie, ne voulant pas entrer en conflit avec l'empereur, mais il refusa l'ajout du «filioque» au Symbole de Nicée-Constantinople. Au contraire, pour confesser droitement sa foi, il fit graver le Credo à l'entrée de sa cathédrale, sans consentir à l'adjonction cacodoxe qui lui était demandée.

Il faut se souvenir que cette fausse doctrine, parfois acceptée par des patriarches romains, constitua l'une des raisons du schisme sous le saint patriarche Photius. Ce schisme fut résorbé sous Photius même, et l'an 879.

D'ailleurs, la pleine et entière séparation de Rome de l'Église orthodoxe eut véritablement et totalement lieu en 1204, après la prise de Constantinople par les Croisés. Ceci ne signifie pas pour autant que nous pouvons repousser de 1054 à 1204 la période autorisant la confirmation des saints occidentaux.

La glorification des saints : pédagogie du peuple orthodoxe :

Pour déterminer l'inscription d'un saint au calendrier orthodoxe, l'important n'est pas la date de sa vie ou de son décès, mais de son orthodoxie, ou de sa non-orthodoxie. La date de sa vie n'a qu'une signification pouvant éventuellement servir de «preuve d'appoint».

Ainsi, l'Église, en son temps, refusa d'inscrire parmi les saints Ansgerius (Anschaire ou Oscar), apôtre des Slaves occidentaux, honoré en Occident romain sous le nom d'Apôtre du Nord, bien qu'il ait vécu au tout début du IXe siècle, soit 250 ans avant 1054, et bien qu'il se soit distingué par ses exploits ascétiques et missionnaires.

Considérant son intimité spirituelle avec l'empereur Louis le Pieux (ou le Débonnaire), l'Église craignit de façon justifiée qu'il ait pu partager les erreurs de Charlemagne, et notamment le rejet du 7e saint concile oecuménique et la fausse doctrine du «filioque».

D'autre part, l'Église honore parmi les saints, Procope de Sazave, un tchèque pieux ayant vécu à la fin du XIe siècle, des dizaines d'années après le schisme. Pourquoi ? Parce qu'il avait consacré toute sa vie dans son pays à défendre le rite oriental et le service divin en slavon qui, à cette époque, constituaient une barrière à l'hérésie filioquiste et se trouvaient donc indissociables de l'Orthodoxie.

Pour mieux saisir la totalité de ce problème, rappelons-nous tout simplement la signification des saints orthodoxes. Eux-mêmes n'ont aucun besoin, ni de cette glorification, ni de notre inscription sur le calendrier liturgique : glorifiés par Dieu dans le royaume des cieux, ils n'ont nul besoin d'une canonisation terrestre. La glorification des saints est nécessaire à nous-mêmes, dans un but pédagogique, pour que nous ayons devant les yeux un exemple impeccable à imiter.

Or, le premier de cet exemple n'est autre que la pureté de la foi et son expression juste. Voilà l'élément essentiel. C'est pourquoi nous avons besoin d'une certitude absolue concernant l'orthodoxie de la foi de tel ou tel «homme de Dieu».

Ce faisant, nous n'osons préjuger du jugement de Dieu. Aussi est-il fort possible que saint Ansgerius ou Isidore de Séville soient glorifiés par Dieu pour leurs nombreux exploits. Mais, si nous ne les incluons pas dans le ménologe (sanctoral), c'est parce que nous ne pouvons ni les adopter comme exemples d'imitation, ni les proposer en ce sens au peuple chrétien par crainte que leur confession de foi ne contienne des germes de non-orthodoxie. C'est de la part de l'Église, non pas une étroitesse de vue humaine, mais un légitime souci maternel qui met tout en oeuvre pour que ne soit pas ternie la foi du peuple chrétien orthodoxe.

Indications pratiques

Compte tenu de tout cela, il est admis de reconnaître comme saints les chrétiens ayant honoré Dieu par leur ascèse, leur martyre et leurs exploits, jusqu'au 7e siècle, car à cette époque, l'erreur du «filioquisme» n'était pas encore sortie des limites de l'Espagne.

A partir de cette date, il est nécessaire de soumettre tous les cas à un examen individuel attentif, afin de déterminer la nature de leur croyance. Il appartient ensuite à l'épiscopat orthodoxe de donner cette autorisation. Souvenons-nous, à cet effet, que, dans l'antiquité, chaque évêque diocésain avait le droit de confirmer la vénération des saints locaux.

Note :

Le schisme de 1054 ne fut d'abord qu'un schisme entre l'Église de Rome et l'Église de Constantinople. Ce n'est que par la suite que le pape de Rome a entraîné les autres Églises locales de l'Occident dans le schisme et l'hérésie. Les Églises de l'Orient ont dû adhérer, après 1054, pour des raisons ecclésiologiques et théologiques à la position de leur Église-soeur de Constantinople.

Hm. Cassien

Nous n'avons pas changé, nous sommes toujours ce que nous étions au VIIIe siècle. Oh ! si vous consentiez seulement à redevenir ce que vous étiez, lorsque nous étions unis dans une même foi et une même communion.

Alexis Khomiakoff

CANTILENE DE SAINTE EULALIE

Ceci est la traduction du plus ancien poème hagiographique français. Il n'est en fait qu'une transcription littéraire d'une hymne latine de la fin du IXe siècle (881) en langue romane.

Bonne vierge fut Eulalie,

Beau était son corps, plus belle son âme.
Les ennemis de Dieu voulurent la vaincre ;
Ils voulurent la mettre au service du diable.
Elle n'écoute point les mauvais conseillers.
A renier Dieu, qui règne là-haut au ciel,
Ni or, ni parures,
Ni menace royale, ni prière,
Jamais nulle chose ne put la décider,
Ni contraindre la vierge à ne plus aimer et servir Dieu.
Ainsi fut-elle présentée à Maximien
Qui, en ce temps, était roi sur les païens.
Il l'exhorta, mais elle n'en fit rien,
D'abandonner le nom de chrétien.
Elle rassemble donc son courage :
Elle subirait les tourments plus volontiers
Que de perdre sa virginité.
Pour cela elle mourut en grand honneur ;
Au feu ils la jetèrent pour la brûler vive :
Elle était sans péché, le feu l'épargna.
Le roi païen ne voulut point céder,
A l'épée il ordonna de la décapiter.
La jeune fille ne protesta pas :
Elle voulut bien quitter le siècle et pria le Christ ;
Sous forme de colombe elle s'envola au ciel.
Demandons tous qu'elle daigne prier pour nous
Que le Christ ait pitié de nous
Après la mort, et nous laisse venir à Lui
Par sa Clémence.
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

 

Tentative pour renverser le gardien de l'Église

Le gardien de l'Église, le métropolite Pierre, comme on le sait, proposa à son remplaçant provisoire, le métropolite Serge, après sa déclaration considérée comme une déchéance spirituelle, de quitter le poste de remplaçant afin qu'un autre membre de la hiérarchie puisse occuper ce poste et qu'en son nom il conduise les affaires de l'Église. Mais le métropolite Serge refusa de se soumettre à la volonté de celui qui lui avait conféré son mandat.

Il existe des preuves scrupuleusement dissimulées aux yeux de tous sur la rencontre demeurée secrète (non pour le pouvoir soviétique) entre le métropolite Serge et le métropolite Pierre. Le remplaçant proposa au gardien de l'Église d'accepter sa politique de compromission avec le pouvoir antireligieux. Le gardien du siège patriarcal refusa catégoriquement.

- «Eh bien va donc croupir en exil !» lui cria le métropolite Serge.

- «Je croupirai, mais avec le Christ et non avec toi, traître-Judas», répondit l'inébranlable gardien.

Et il croupit effectivement plus de dix ans dans cet exil effrayant, récompense du pouvoir soviétique au confesseur irréductible et martyr, membre de l'Église du Christ.

Dans le même temps, à Moscou, le métropolite Serge se permit une plaisanterie inadmissible et méchante sur la mémoire bienheureuse du grand martyr de l'Église du Christ.

- «Khé - khé - khé», rit-il, - «Et vous ne voulez pas aller à Khé, - khé - khé !» dit-il à son interlocuteur, en jouant avec le nom de l'île de Khé, où mourait lentement le confesseur du Christ, et l'onomatopée exprimant le rire (khé-khé).

«Malheur à vous qui riez maintenant ! car vous serez réduits aux pleurs et aux larmes» (Luc 6,25).

(Communiqué par un moine).

Un juge d'instruction à propos du patriarche Alexis

 

Cela se passait il y a longtemps, mais ni dans une prison, ni dans un camp. Je me souviens d'une conversation avec un juge d'instruction. Il savait que j'étais croyant. Et nous parlions de la foi en Dieu largement répandue parmi la population d'URSS. Et, entre autres, il me demanda :

- «Que pensez-vous ? Est-ce que le patriarche Alexis croit en Dieu dans le fond de son coeur ?»

Un moment, je fus simplement éberlué par l'étrangeté de cette question. Est-ce qu'on pouvait vraiment douter de cela ? Mais puisque la question était posée, je répondis :

- «Je pense qu'il croit en Dieu».

Le juge d'instruction se mit alors à rire et me dit :

- «Non, non, figurez-vous qu'il n'est pas du tout croyant».

Comme il me sembla alors, le juge ne plaisantait pas, mais parlait tout à fait sincèrement. Il hésita à me révéler sur quels éléments il fondait sa conclusion. Mais ensuite, il décida de toute évidence de s'abstenir de répondre.

(Cela se passait dans la province du sud du Khazakstan).

Le patriarche s'oppose à ce que les enfants chantent dans l'église

 

Je me souviens d'un événement qui alors me troubla, une nouvelle confirmation de ce que le juge mentionné plus haut avait peut-être raison en affirmant que le patriarche Alexis, dans son âme, ne croyait déjà plus et qu'il était compté parmi les croyants uniquement par tradition.

J'eus l'occasion de lire une lettre envoyée par une choriste de Moscou qui chantait dans la cathédrale patriarcale de Elhov (Elkov). Elle avait emmené avec elle sa petite fille dans le choeur. Mais, dans le choeur, une personne qui tenait la fonction de gouvernante auprès du patriarche Alexis s'éleva violemment contre cela. Elle s'appelait, à ce qu'il semble, Olga Ivanovna. Et cette femme, d'un ton catégorique, fit une remarque à la choriste, mère de la petite fille :

- «On vous a dit de ne pas amener votre fille dans le choeur. Ne la forcez pas et ne l'habituez pas au chant. Elle est encore trop petite. Mais quand elle sera grande, elle décidera elle-même. Maintenant, ne la forcez pas, ne lui imposez pas votre volonté !»

- «Mais d'où tenez-vous que je la force ? C'est elle qui veut venir. Elle me supplie et pleure si je ne la prends pas avec moi… Et puis, en quoi mon enfant vous concerne-t-il ? Je suis sa mère et j'ai le droit d'éduquer mon enfant dans un esprit chrétien. Vous ne m'interdirez rien. De la même façon que moi, je ne peux vous interdire d'élever les vôtres - si vous en avez - comme vous l'entendez».

- «N'oubliez pas que nous vivons dans un pays socialiste, et que le principal éducateur de nos enfants est l'État. Vous devez le savoir et vous en souvenir. Et ne pas claironner trop haut vos propres "droits".»

- «Mais qui êtes-vous ? Une choriste comme moi !»

- «Vous savez parfaitement que je suis membre du parti.»

- «Eh quoi ! n'y a-t-il pas d'autres membres du parti dans le choeur ? Mais il n'y a que vous qui vous immiscez dans les affaires qui ne vous regardent pas.»

- «Je vous l'ai dit, n'amenez pas votre fille dans le choeur !»

Et peu après cette conversation tellement tendue avec Olga Ivanovna, la choriste, selon l'habitude, s'approcha pour recevoir la bénédiction du patriarche. Mais avant de lui donner sa bénédiction, le patriarche lui dit de façon éloquente :

- «Je ne vous recommande pas de vous disputer avec Olga Ivanovna.»

En d'autres termes, le «patriarche de Moscou et de toutes les Russies» était du côté du K.G.B. dans la question du droit pour une mère d'élever sa fille dans la foi chrétienne. Il accusa la choriste de se disputer avec Olga Ivanovna, pour avoir amené sa fille dans le choeur de l'église.

En outre, dans ses paroles résonnait une allusion politique tout à fait claire et la menace que finalement, on pourrait enlever la petite fille à sa mère en tant que propriété d'État afin de l'élever «selon le socialisme», dans un esprit athée.

(L'auteur a lui-même pu lire cette lettre bouleversante de la choriste.)

 

Le patriarche Alexis et le métropolite Nicolas sur la plage

Le patriarche Alexis et son remplaçant le métropolite de Kroutsk, Nicolas, alors qu'ils se trouvaient à Soukhoumi, s'installèrent sur une plage publique. Ils choisirent un endroit et se dévêtirent. Ils étaient en maillot de bain. Le patriarche enleva sa cuculle (voile) patriarcale et le métropolite enleva son klobouk (toque) blanc, et, leurs médaillons sur la poitrine, ils se mirent à l'eau.

Qu'est-ce que cela ? il devait s'agir pour le moins d'une nécessité médicale d'extrême urgence ! Et si cela avait bien été le cas, ils auraient pu au moins s'éloigner à un endroit où personne ne les aurait vus. Au lieu de cela, voilà une démonstration évidente de relâchement, devant le peuple, les hommes, les femmes et les enfants. Même un homme sans religion comprendrait le caractère scandaleux et indécent de ce spectacle, de toute manière abaissant et offensant pour la dignité des deux plus hauts membres de la hiérarchie de «l'Église».

(Communiqué par un moine de Soukhoumi).

 

Nicolas, métropolite de Kroutsk, dans un meeting à Budapest

Le métropolite de Kroutsk et de Kolomenskoe, Nicolas, était le membre le plus élevé de «l'Église soviétique», le premier après le patriarche de Moscou. Et en même temps que lui, il était un des membres proches, si ce n'est le plus proche, du gouvernement soviétique. Il suffit de dire que vers 1939, il restait en tout 4 évêques non soumis à la répression, et que Nicolas figurait parmi ceux-ci. Il y avait aussi le métropolite Serge de Stragorod, le futur faux patriarche, le métropolite Alexis Simanskij, également faussement appelé «patriarche» (tous deux furent nommés par Staline pour diriger «l'Église soviétique»), et le métropolite Nicolas Iarouchévitch… A propos de ce dernier couraient des bruits confus, et d'ailleurs en ce qui concernait les deux premiers cités, les choses n'étaient pas plus claires. A cette époque, le métropolite Nicolas apparaissait à l'étranger comme à l'intérieur du pays à toutes sortes de congrès internationaux avec des discours de toute évidence «soviétiques». Après la guerre, il prononça un discours de ce genre à Budapest, lors d'un meeting public. On peut juger de ce discours par son appel final à tous les peuples de la terre :

- «Que tous les peuples du monde fassent leur possible pour entrer dans la grande famille du communisme.»

Que dire à propos d'une aussi «sainte» activité, et de l'action politico-idéologique de ce membre de «l'Église soviétique» officiellement reconnue sur le territoire d'URSS ? Tout cela est-il compatible avec son rang officiel et sa position de deuxième personnage de la hiérarchie ecclésiastique ? Il n'y a pas, dans tout cela, le moindre signe de chrétienté. C'est le «reniement» total, ce même «reniement» dont parle le saint apôtre Paul, qui doit s'accomplir parmi les croyants (cf. 2 Thes 2,3).

(Communiqué par une radio américaine dans une émission d'un hiéromoine).

 

L'amiral et le métropolite de Kroutsk Nicolas

 

Le métropolite Nicolas se rendit dans la station balnéaire de Soukhoumi pour s'y reposer. Après être descendu dans le meilleur hôtel, il exigea qu'on lui donne une chambre «luxe». L'administration lui répondit que la chambre «luxe» était déjà occupée.

- «Par qui ? Qui l'occupe ? demanda le métropolite.

- «Un amiral».

- «Demandez-lui de libérer cette chambre !»

Cette demande fut transmise à l'amiral et ce dernier refusa naturellement de satisfaire une si prétentieuse exigence. On transmit la réponse de l'amiral au métropolite. Celui-ci écouta attentivement, s'approcha du téléphone et composa un numéro qu'il savait par coeur. Après s'être nommé, il s'adressa à quelqu'un en l'appelant par son nom de famille et son nom patronymique : Nicolas Mikhailovitch. Après une courte conversation, le métropolite dit au directeur :

- «Demandez au camarade amiral de venir au téléphone, le président du Conseil des Ministres, le camarade Boulganine va lui parler.»

L'amiral arriva rapidement. La conversation au téléphone fut étrange. On ne sut ce qu'avait dit Boulganine, mais tout le monde entendit ce que répondit l'amiral :

- «Je vous écoute… Oui ! oui ! oui ! Bien ! Oui ! oui ! oui ! C'est clair ! c'est clair ! J'ai l'honneur… Je vous remercie…»

Et, sans dire un mot au métropolite, l'amiral libéra la chambre «luxe».

Le hiéromoine qui a rapporté cet événement donna quelques éclaircissements : les deux premiers dignitaires de «l'Église» reconnue par le gouvernement soviétique, le patriarche Alexis et son remplaçant, le métropolite de Kroutsk Nicolas, avaient, selon toute vraisemblance, «le rang de membres du Comité Central du PCUS.»

(Communiqué par un hiéromoine de Soukhoumi).

(à suivre)

Nous confessons retenir et prêcher la foi qui fut donnée dès le début par notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ aux saints apôtres, et qui, par ceux-ci, fut prêchée dans le monde entier. C'est cette foi qu'ont confessée, exposée et transmise aux Églises les saints pères, et en tout nous les suivons.

Actes du concile de Constantinople en 553.
L'AME APRES LA MORT

(suite)

tiré de «The Orthodox Word»

Il y a des critiques qui ont déjà fait le rapprochement entre «l'être de lumière» des expériences «après la mort» de nos jours et les esprits «guides» et «amis» du spiritisme concernant les «êtres de lumière» et leurs messages. Un texte classique du spiritisme constate que «l'enseignement des esprits est toujours dans la ligne des plus hautes normes morales ; quant à la croyance, il est théiste, toujours respectueux, mais rarement pointilleux vis-à-vis des nuances intellectuelles qui occupent l'esprit des évêques aux conciles de l'Église.» (A. Hill, Spiritualism.)

De plus, ce livre soutient que c'est l'amour qui donne le ton et qui constitue la doctrine centrale de l'enseignement spiritiste ; que l'on reçoit une «science glorieuse» des esprits, et c'est cette science qui incite les spiritistes au travail missionnaire qui consiste à répandre la connaissance de la certitude d'une vie après la mort, et de ce que les esprits «supérieurs» perdent leurs limitations personnelles et deviennent plutôt comme des influences que comme des personnes, se remplissant de plus en plus de «lumière». En effet, les spiritistes, dans leurs hymnes, invoquent littéralement «des êtres de lumière» :

«Saints ministres de lumière
Invisibles à nos yeux mortels.
Envoie tes messagers de lumière
Pour ouvrir nos yeux intérieurs»

Tout cela est assez pour nous rendre méfiants à l'égard de «l'être de lumière» qui apparaît de nos jours à des gens ignorant la nature et la subtilité de l'action des démons. Notre méfiance ne fait que grandir lorsque nous apprenons du rapport du Dr Moody que certains décrivent cet être comme étant «une personne drôle» avec «un sens de l'humour» et qui «amuse» le mourant en lui faisant passer un bon moment. Un tel être, avec son message «d'amour et de compréhension», rappelle de façon remarquable les vulgaires «esprits» souvent plaisantins des séances et qui sont indubitablement des démons (quand la séance elle-même n'est pas frauduleuse).

Ce fait a amené certains à condamner toute l'expérience «après la mort» rapportée ici, comme tromperie démoniaque. Des protestants évangélistes déclarent dans un livre : «Nous avons le sentiment que toute cette tromperie de "vie après la mort" comporte quelques dangers nouveaux et inconnus. Croire même vaguement aux expériences cliniques rapportées, peut avoir - pensons-nous - des conséquences graves pour ceux qui croient à la Bible. Plus d'un chrétien sincère a parfaitement accepté le fait que l'Être de lumière n'est autre que Jésus Christ et malheureusement, ces gens sont extrêmement faciles à tromper.»

Pour appuyer leur point de vue, les auteurs de ce livre citent quelques cas de ressemblance entre les expériences «après la mort» d'aujourd'hui et les expériences récentes de médiums et d'occultistes, et signalent en outre le fait que bon nombre de chercheurs qui s'intéressent aux expériences «après la mort» sont également attiré par l'occulte et ont déjà eu des contacts avec des médiums.

Il y a, bien sûr, beaucoup de vérité dans ces remarques. Malheureusement, sans la plénitude de l'enseignement chrétien sur la vie après la mort, même les «gens de la Bible» les mieux intentionnés s'égarent en rejetant les vraies expériences de l'âme après la mort en même temps que celles qui peuvent effectivement être des illusions démoniaques.

Les docteurs Osis et Haraldsson, qui ont eu tous les deux des contacts directs avec des médiums, remarquent quelques ressemblances entre les apparitions vues par les mourants, et les expériences du spiritisme. Cependant, ils trouvent qu'il y a une différence fondamentale frappante entre les deux sortes d'expériences : «Au lieu d'une vie plus ou moins mondaine, décrite par les médiums, la survie "post-mortem" semble plonger dans un mode d'existence radicalement nouveau, une manière de perception différente.». En effet, le monde des expériences «après la mort» semble être en gros tout à fait distinct de celui du médiumnisme et du spiritisme ordinaire ; mais c'est pourtant un monde où les tromperies et les influences démoniaques sont non seulement possibles, mais très probables, surtout en ces derniers jours que nous vivons actuellement où nous voyons de nouvelles tentations de plus en plus subtiles, y compris de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s'il était possible, même les élus (Mt 24,24)

Il nous est donc indispensable d'être très méfiants (c'est le moins que l'on puisse dire) envers les «êtres de lumière» faisant leur apparition au moment de la mort. Ils nous rappellent trop les démons se montrant en «anges de lumière» avec l'intention de séduire non seulement le mourant, mais plus encore ceux à qui il racontera son histoire quand il sera revenu à la vie (ses chances de survie, bien sûr, ne sont pas du tout ignorées des démons).

Cependant, notre ultime critère pour juger de ces phénomènes devra être la doctrine qui s'en dégage, qu'elle soit donnée par un «être spirituel» vu au moment de la mort, ou bien simplement suggérée ou déductible de ces phénomènes. Nous aborderons le problème du jugement après avoir achevé l'examen des phénomènes eux-mêmes.

Certains de ceux qui sont revenus de la mort - en général les plus «religieux» - ont identifié «l'être de lumière» rencontré, non comme un ange, mais comme une «présence» invisible de Christ Lui-même. Dans l'expérience de ces gens-là, il y a un autre phénomène, qui, à première vue, s'avère le plus difficile à expliquer : la vision du «Ciel».

4) La vision du «Ciel»

Dans «La Vie après la Mort», le Dr. Moody remarque que les gens qu'il a interviewés ne semblent pas avoir fait l'expérience de quelque chose qui ressemble à «l'image mythologique de l'au-delà», et ils ont, au contraire, tendance à douter de la notion classique du ciel et de l'enfer, ainsi que de toute conception de la vie après la mort basée sur le schéma «récompense-châtiment».

Dans la suite de son livre, par contre, il affirme que ses récentes interviews ont révélé des expériences «d'autres royaumes qui pourraient bien être qualifiés de "célestes». Un homme s'était vu dans «un paysage avec ruisseaux, prés, arbres, collines», une femme s'était également trouvée en «un endroit très beau», et «loin, à l'horizon,… je voyais une ville. Il y avait des immeubles, séparés les uns des autres. Ils étaient brillants, éclatants, de couleurs vives. Les gens y vivaient heureux. Il y avait de l'eau étincelante, des fontaines… une ville de lumière, je crois, serait le terme pour la décrire.»

En fait, comme le révèlent quelques uns des livres les plus récents, cette expérience est tout à fait courante. Les auteurs protestants cités plus haut pensent que cette expérience (du moins lorsque son imagerie est nettement biblique) est chrétienne et est à distinguer nettement de la plupart des autres expériences «après la mort» qui, elles, sont qualifiées par eux de tromperies démoniaques : «Les incroyants font l'expérience de la fausse doctrine spécifiquement attribuée par Satan dans la Bible ; les croyants vivent des événements qui sont véridiques du point de vue doctrinal et qui pourraient sortir tout droit des Écritures.» Est-ce bien exact ou bien y a-t-il beaucoup moins de différence en réalité entre les expériences des croyants et celles des incroyants que ne le pensent ces auteurs ?

L'expérience citée par ces auteurs comme étant authentiquement chrétienne, est celle de Betty Malz, qui a publié un livre sur son expérience «extra-corporelle» de 28 minutes, pendant qu'elle était «cliniquement morte». Immédiatement après sa mort, elle s'est trouvée «en train de monter une belle colline verte… je me promenais sur l'herbe, d'un vert plus vif que je n'aie jamais vu.» Elle était accompagnée d'une autre forme, «grande, d'aspect masculin, habillée d'une robe longue. Je me demandais si ce n'était pas un ange… Pendant que nous marchions ensemble, je ne voyais pas de soleil - mais il y avait partout de la lumière. A notre gauche, il y avait des fleurs multicolores. Des arbres, des arbustes aussi… Nous avons aperçu une magnifique construction en argent. C'était comme un palais, mais sans tours. Comme nous nous en approchions, j'ai entendu des voix. Elles étaient très mélodieuses, harmonieuses, se fondaient en choeur et j'ai entendu le mot "Jésus"… L'ange s'est avancé et a posé la main sur une porte que je n'avais pas remarquée avant. De plus de trois mètres de haut, la porte était une seule plaque de perles.» Quand la porte s'est ouverte, «j'ai vu à l'intérieur ce qui semblait être une rue de couleur dorée avec une couche de verre ou d'eau dessus. La lumière jaune qui est apparu était aveuglante. Il est impossible de la décrire. Je ne voyais personne et pourtant j'étais consciente d'une présence. Soudain, j'ai su que la lumière était Jésus.» Invitée à entrer par la porte, elle s'est souvenue de son père qui priait pour elle, la porte s'est fermée et elle a redescendu la colline, en apercevant le soleil qui se levait au-dessus du mur de pierres précieuses - qui s'est bientôt transformé en lever de soleil au-dessus de la ville de Terre-Haute, où elle retournée dans son corps, à l'hôpital, ce qui a été unanimement considéré comme étant un vrai miracle. (Betty Malz, My Glimpse of Eternity).

(à suivre)

Le diable nous porte au désespoir par la pensée qu'autres étaient ces temps et autres les hommes en lesquels Dieu a fait les merveilles qui fondent la foi, et que maintenant le temps n'est plus où il fallait se donner de la peine. Nous sommes chrétiens. Nous portons le baptême. Il est dit que celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. De quoi avons-nous encore besoin ? Or, si nous nous laissons persuader, si nous demeurons dans l'état où nous sommes, nous serons vides de toute manière, et ne serons chrétiens que de nom. Nous ignorons que celui qui croit et est baptisé doit observer tous les commandements du Christ et dire, quand il a tout mené à bien : «Je suis un serviteur inutile», ce que le Seigneur a affirmé aux apôtres, quand Il leur a enseigné à observer «tout ce que Je vous ai ordonné». Tout baptisé, en effet, renonce, quand il dit : Je renonce à Satan et à ses oeuvres, et je me joins au Christ et à toutes ses oeuvres. Or, où est notre renoncement, si nous ne laissons pas derrière nous toute passion et tout péché que veut le diable ? Est-ce bien du fond de l'âme que nous méprisons le diable et aimons le Christ en observant ses commandements ? Comment observer ses commandements, si nous ne renonçons pas à toute volonté et à toute pensée propres ? Il faut le dire, ces volontés et ces pensées s'opposent aux ordres de Dieu.

Saint Pierre Damascène

LE GRAND ABIME

par Alexandre Kalomiros

Le catholicisme, le protestantisme et l'athéisme, comme toutes les autres philosophies, parlent le même langage. Malgré leurs oppositions, chacun comprend l'argument de l'autre ; mais un grand abîme sépare tous ces systèmes de l'Orthodoxie, car celle-ci est quelque chose de substantiellement différent. Toutes les cacodoxies de l'Occident et le dessèchement de leur spiritualité ont comme cause de base le rationalisme. Les Européens jugent des choses avec les mesures terrestres et toute la religion avec la perspective et les critères de cette vie. On pourrait multiplier les exemples et en remplir beaucoup de livres. Mais ces exemples que nous venons de citer suffisent déjà à faire comprendre que ce qui différencie l'Église orientale des «Églises» d'Occident n'est pas une différence de caractéristiques, mais une différence de sens.

En supposant qu'il y ait, de la part des occidentaux, la meilleure bonne volonté pour approcher et vivre l'Orthodoxie, (chose qui n'arrive peut-être que chez les catholiques «traditionalistes»), il ne suffit pas d'avoir une telle disposition pour devenir capable de sentir et de vivre l'Orthodoxie. Tant de siècles d'apostasie ne sont pas passés sans laisser leur sceau dans l'âme de ces hommes. Et ce sceau est tellement profond qu'il ne peut s'effacer qu'avec la Grâce de Dieu, et seulement dans des coeurs humbles.

Plusieurs ont pris le nom d'orthodoxes, ces derniers temps en Europe, et se sont fait chrismer avec le saint chrême de l'Église orthodoxe, mais il en est très peu qui soient devenus vraiment orthodoxes. La plupart ont embrassé l'Orthodoxie de façon intellectuelle, enchantés par la richesse des connaissances qu'elle leur offrait et fascinés par une nouvelle vision du christianisme qui comblait le gouffre laissé dans leur esprit par le christianisme mutilé de l'Occident. Mais avant qu'ils arrivent à communier pour la première fois, avant qu'ils arrivent à pleurer sur leurs péchés, avant qu'ils cherchent dans le silence et l'ascèse la Grâce du Christ, ils se sont sentis impérieusement obligés de prêcher l'Orthodoxie aux orthodoxes.

Scandalisés par l'ignorance des orthodoxes sur les questions théoriques, domaine dans lequel eux-mêmes étaient des «champions», ils ont méprisé le peuple orthodoxe qui, quoique dans l'ignorance, a vécu l'Orthodoxie de ses pères et a été prêt à mourir pour elle. Mais Dieu n'habite pas dans l'esprit des orgueilleux. Leur préparation intellectuelle ne les a pas sauvés de l'erreur, et ces aveugles conducteurs d'aveugles sont tombés dans le gouffre des erreurs en y entraînant d'autres après eux, ou sont retournés «comme le chien à son propre vomissement» et à leurs premières oeuvres mondaines.

Pour que l'homme comprenne les saints et les pères de l'Église, il ne lui suffit pas simplement de les lire. Les saints ont parlé et écrit, ayant vécu les mystères de Dieu. Ils avaient une expression personnelle des mystères. Pour pouvoir les comprendre, il faut avoir soi-même accédé à un certain degré d'initiation aux mystères de Dieu, par une saveur, une odeur et une vision personnelle. On peut lire les livres des saints et très bien se préparer en ce qui concerne une connaissance intellectuelle, sans avoir goûté à une seule miette de ce qu'ont goûté les saints qui ont écrit ces livres sur leur propre expérience. Mais pour comprendre les saints essentiellement, et non intellectuellement, il faut avoir l'expérience de ce qu'ils disent. Il faut avoir goûté à ce qu'ils ont goûté. Il faut vivre dans l'ambiance chaleureuse de l'Orthodoxie, il faut avoir grandi en elle. Il faut avoir fait l'expérience de l'ascèse, de l'effort, de la lutte pour la perfection chrétienne. Il faut se courber très profondément pour pouvoir passer par la porte basse et étroite qui conduit au royaume des cieux. Il faut s'humilier, s'être délivré des vains fardeaux des biens humains, avoir vidé son coeur de ce que les hommes considèrent comme grand et digne de respect. Il faut avoir versé des larmes de repentance pour la vanité dans laquelle on a vécu, des larmes brûlantes de supplication envers le Seigneur pour qu'Il nous fasse sortir des ténèbres et fasse descendre dans notre coeur un rayon du saint Esprit. Il faut qu'une cosmogonie complète, totale, ait lieu dans le coeur d'un occidental, pour qu'il puisse comprendre quelque chose à l'Orthodoxie. Comment peut-il s'humilier et devenir simple, celui qui, dès le berceau, a respiré l'air sec du rationalisme et a appris à adorer l'idole de l'intelligence humaine ? Comment peut-il échapper aux échardes des préoccupations, celui qui, tout petit, a appris à chercher les choses qui sont «très hautes pour les hommes» et «abomination devant Dieu»… Celui à qui on a enseigné à considérer le regard de l'homme fixé sur son propre nombril comme étant la recherche de la vie intérieure ? Comment peut-il verser des larmes sur la vanité de la vie, celui qui a appris à considérer cette vanité comme valeur ?

Qu'ont fait en vérité le catholicisme et le protestantisme pour préserver l'homme de ce tourbillon sans fin dans lequel il est tombé ? N'est-ce pas en fait la religion de l'Occident qui a poussé l'homme à courir jusqu'à l'asphyxie pour gagner ce que le Christ a déclaré comme vain ? Le monachisme, le coeur de la religion, elle l'a ou bien détruit ou bien transformé en ordres utilitaires ayant pour mission, soit par leur activité, soit par leur doctrine, de servir le bien-être terrestre de l'homme, et la sagesse du monde «que Dieu a convaincue de folie». Elle a fait de la politique un domaine d'activité «chrétienne» en influençant les royaumes et versant le sang pour acquérir du pouvoir et de l'argent. Elle s'est servie des missions comme appâts pour assujettir les peuples de couleur à la domination inhumaine de l'Europe. Elle a recherché le loisir et le confort, en enseignant que la fortune était un don de Dieu. Elle a donné au christianisme une finalité utilitaire et sociale, en faisant croire aux hommes que le Christ est un maître de morale s'intéressant avant tout au bon ordre de la société, et que l'Église était la gardienne par excellence des lois humaines, et la surveillante de leur mise en application. Elle a créé le type du chrétien pharisien, du bon et juste citoyen qui a l'impression d'avoir approché la perfection parce qu'il n'a nui à personne ou parce qu'il a donné de l'argent pour les oeuvres de bienfaisance.

D'une civilisation préoccupée par la recherche du bien-être humain, caractérisée par l'orgueil luciférien, par les acquisitions de la science, comment demander qu'il sorte des hommes humbles, des hommes qui cherchent avec effort et larmes l'illumination d'en haut ? Comment demander à une civilisation dont la caractéristique principale est un mouvement incessant vers l'extérieur, de forger des hommes qui se pencheront sur le fond de leur coeur pour trouver, dans le silence et l'humilité de leur chambre, «la perle de grand prix» ?

Pareille chose, lorsqu'elle se produit, équivaut à un miracle des plus rares et des plus inestimables. Mais si, pour un seul individu, le goût de l'Orthodoxie est aussi difficile à acquérir, comment toute «l'Église» catholique ou l'ensemble des «Églises» protestantes pourraient le goûter ?

La plupart des millions d'occidentaux ne savent même pas qu'il existe une Orthodoxie. Comment, après une ou plusieurs réunions des représentants des différentes «Églises», des âmes qui depuis des siècles marchent dans l'obscurité pourraient, en foules, réaliser un retour vers la vérité ? Ceux qui parlent de «l'union des Églises» croient-ils qu'ils traitent d'affaires politiques, dans lesquelles les chefs des nations conduisent par groupes leurs sujets à la guerre ou à la paix ? Les hommes ne viennent pas au Christ et à l'Église par groupes. Il viennent en personnes libres.

Supposons qu'une personne décide soudainement de devenir orthodoxe et amène tous les catholiques à l'Orthodoxie. Ce changement extérieur pourra-t-il faire un seul orthodoxe véritable de ces millions de catholiques ? Supposons encore qu'ils aient toute la bonne volonté d'apprendre par coeur tous les dogmes de l'Orthodoxie ainsi que toute la bonne volonté de les croire : ils ne pourront pas faire un seul pas vers l'Orthodoxie. Parce que l'Orthodoxie n'est pas seulement une série de dogmes ou d'habitudes, mais quelque chose de plus profond et de plus substantiel, une orientation de vie et de pensée. C'est un souffle, le souffle de la Tradition qu'on ne peut pas apprendre par les livres, mais qui se transfuse d'un être vivant à un autre être vivant, de père en fils, de mère en fille, de frère en frère, d'ami en ami, de prêtre en prêtre, de moine en moine, d'un père spirituel à un fils spirituel, «non par l'encre et le papier, mais de bouche à bouche», d'âme à âme, et tout cela dans l'action mystérieuse de l'Église, dans l'ambiance du saint Esprit, dans la durée, peu à peu, avec la lenteur du développement d'un organisme.

Mais ceux qui parlent d'union ne sont pas tous naïfs. Ils savent très bien que tant les catholiques que les protestants ne se feront jamais orthodoxes en bloc. Mais ceci ne les intéresse pas. Ils ne sont pas préoccupés par le retour des brebis perdues au bercail du Christ. Ils calculent plutôt un compromis et se contentent d'un accord conventionnel. D'ailleurs, ils ont cessé depuis longtemps d'être eux-mêmes orthodoxes. Ils ne s'intéressent pas à la vérité ni à la vie en Christ. En eux opère déjà le mystère de l'Antichrist, et ils en sont possédés jusqu'à ce que ce mystère soit accompli.

Le jeûne de l'Église n'est pas sans conséquence. La transgression dans le paradis, du premier commandement (de jeûner) nous a procuré le malheur. Le mépris du jeûne ecclésiastique n'est pas moins funeste.
Faisons donc un effort pour nous humilier sous le joug salvateur du jeûne, et Dieu nous accordera, dans son Amour, ce que nos premiers parents convoitaient - la déification.
Hm.Cassien